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2.1 Utiliser le suivi-évaluation
pour une gestion orientée vers l’impact: présentation
générale
Les projets de développement rural sont destinés à
améliorer les conditions de vie des populations rurales. En tant
que responsable de projet ou de certaines composantes, savez-vous toujours
quel est l’impact des activités dont vous êtes responsable,
et à quoi il est dû? Comprendre, grâce à une
pratique régulière de suivi et de réflexion critique,
les raisons des succès et des échecs est essentiel pour
orienter votre intervention vers un impact maximum. Le suivi-évaluation
se trouve au cœur de cette gestion orientée vers l’impact
(voir encadré 2-1).
Gérer le projet pour en optimiser l’impact implique que
vous puissiez réagir aux évolutions de la situation et aux
connaissances acquises en adaptant le projet – qu’il s’agisse
d’apporter de légers ajustements dans les activités
ou des révisions stratégiques plus profondes – pour
qu’il soit mieux en mesure d’avoir les effets escomptés.
Chaque projet fait face à des contraintes spécifiques, tant
internes qu’externes, qui évoluent et dont la connaissance
actualisée vous aide à apprécier de façon
réaliste les ajustements qu’il est possible d’apporter
et les résultats qu’il est possible d’obtenir.
Pour pouvoir gérer un projet en l’adaptant progressivement,
les responsables de projet et les autres personnes participant à
sa mise en œuvre doivent:
- maîtriser la conception du projet;
- recueillir et analyser les informations nécessaires à
la prise de bonnes décisions;
- faciliter la réflexion critique avec tous les acteurs clés;
- négocier les modifications requises.
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Encadré
2-1. Définition du suivi-évaluation
Au sens le plus large, on entend simplement par évaluation,
le fait “d’apprécier ou de juger la valeur ou
l’intérêt de quelque chose”. Dans la pratique,
cela signifie que les responsables de la mise en œuvre d’un
projet doivent de façon continuelle s’interroger et
chercher à porter des appréciations. Les évaluations
interviennent souvent de manière plus périodique et
permettent de poser des questions plus fondamentales quant au déroulement
général et à l’orientation d’un
projet. Les exercices d’auto-évaluation complètent
bien les évaluations externes.
Le suivi contribue
à l’auto-évaluation permanente en fournissant
les données nécessaires, par des mécanismes
formels, c’est-à-dire le relevé d’indicateurs
sélectionnés et la collecte de données sur
des critères de performance, ou informels, c’est-à-dire
le recueil et l’échange d’impres-sions tirées
d’entretiens avec les acteurs et d’observations sur
le terrain. Le suivi est centré sur le recueil régulier
d’informations et la vérification à intervalles
rapprochés des progrès réalisés sur
le court terme, complétés par l’analyse des
implications de ces progrès pour le projet.
Il n’y a pas consensus sur une terminologie
de la planification et du suivi-évaluation. Le présent
guide n’établit pas de distinction absolue entre “suivi”
et “évaluation” parce que dans la pratique les
deux se recoupent et font partie d’un processus méthodique
de réflexion et de capitalisation participative. Par exemple,
si un suivi régulier révèle que les choses
ne se déroulent pas comme prévu, vous pouvez juger
nécessaire d’en-treprendre une évaluation plus
approfondie de tel ou tel aspect pour en comprendre les raisons
et déterminer les modifications à apporter.
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Pour piloter un projet de façon à en accroître l’impact,
il est indispensable de disposer d’informa-tions fiables sur le
déroulement des activités et les résultats obtenus,
sur les motifs de succès et d’échec, et sur le contexte
dans lequel se déroulent les activités engagées.
Ces informations sont le produit de votre système de S&E. Leur
analyse avec les acteurs clés peut contribuer à la prise
de décisions qui amélioreront le projet. Les dispositifs
de S&E n’ont d’intérêt, dans le cadre des
projets soutenus par le FIDA, que dans la mesure où l’information
qu’ils produisent permet de lutter plus efficacement contre la pauvreté.
2.1.1 Les quatre éléments d’une
gestion orientée vers l’impact
Une gestion orientée vers l’impact doit s’intéresser
(comme présenté à la figure 2-1)
à quatre éléments de base:
-
Orienter la stratégie du projet de façon à
ce que celui-ci ait un impact sur la pauvreté – il s’agit
de comprendre les finalités et les objectifs du projet, puis
d’affecter les ressources disponibles et de définir les
relations entre acteurs de façon à maximiser l’impact.
-
Créer les conditions favorables à la réflexion
critique – il s’agit d’inciter et d’aider
ceux qui participent au projet à faire preuve d’esprit
critique en ce qui concerne son déroulement, à tirer
les enseignements des erreurs commises, à tirer parti des nouvelles
opportunités perceptibles et à émettre des propositions
pour apporter des améliorations.
-
Assurer une mise en œuvre efficace – il s’agit de
planifier, d’organiser et de contrôler les moyens en personnel,
le matériel, les contrats avec les partenaires, les ressources
financières, les programmes de travail (bi) annuels et les
communications afin d’exécuter les activités de
façon à la fois efficace et efficiente.
- Élaborer et mettre en œuvre le système de S&E
– il s’agit de concevoir et de mettre en œuvre la collecte
d’informations et le processus de réflexion critique qui
vous fourniront les éléments à même de vous
aider à améliorer les actions et à ajuster si nécessaire
les orientations stratégiques du projet.
Figure 2-1. Principaux
éléments d’une gestion orientée vers l’impact

Le système de S&E permet, en suivant l’émergence
des effets et des impacts, de disposer des informations utiles à
la prise de mesures correctives nécessaires à la maximisation
de l’impact final du projet. Ainsi la gestion du projet est orientée
“vers l’impact” mais aussi “par l’impact”
émergent et la réflexion critique qu’il suscite.
Le tableau 2-1 illustre comment ces quatre éléments
de base peuvent être mis ou non en pratique dans les projets. Le
tableau peut servir d’aide-mémoire aux responsables de projet
pour apprécier dans quelle mesure le projet est effectivement géré
en vue de produire des impacts.
Tableau 2-1. Exemples de projets dont
la gestion est orientée ou non vers l'impact
| Éléments |
Gestion orientée
vers l'impact |
Gestion non
orientée vers l'impact |
| Accent
sur la pauvrete |
Les
partenaires de mise en oeuvre du projet, y compris les acteurs a
la base, recueillent des données sur l'impact du projet et
se rencontrent á intervalles réguliers afin de déterminer
si le projet a un impact visible et s'il répond aux attentes. |
Le
projet confie l'évaluation de l'impact á des organismes
extérieurs au projet, et se limite au suivi du déroulement
des activités |
| Un
environnement de réflexion-capitalisation |
Le
personnel du projet et des organisations partenaires ainsi que les
acteurs á la base se rencontrent réguliérement
pour débattre librement des progrés réalisés
et des problémes et des erreurs commises permettent de travailler
plus efficacement. Les personnels concernés et les acteurs
se sentent suffisamment en sécurité pour faire part
de leurs idées et de leurs observations á leurs supérierus
et á leurs pairs. |
Le
personnel se consacre á la mise en oeuvre des activités,
sans se poser la question de savoir si elles répondent aux
besoins locaux. Les personnels du projet/des organisations partenaires
ont le sentiment que leurs idées et leurs observations ne
sont pas appréciées et ne s'experiment donc pas lorsqu'ils
consatent des insuffisances. L'opinion des acteurs á la base
n'est que rarement demandée. |
| Efficacité
des opérations |
Il
existe des systèmes clairement définis pour évaluer
l'activité des personnels, l'utilisation du matériel,
etc. Chacun sait avec précision quelles sont ses responsabilités
et les délais á respecter, et dispose des ressources
dont il a besion. Les responsables de projet prévoient un
budget suffisant et mettent en oeuvre les actions de formation nécessaires. |
Le
personnel n'a souvent qu'une vague idée de ce qu'il doit
fare, quand et comment. La coordination, en ce qui concerne l'utilisation
des véhicules et des autres ressources, est insuffisante
quand elle existe, l'inactivité fait perdre beaucoup de temps.
Aucun effort n'est fair pour rémedier aux insuffisances un
matière de formation. |
| Un
système de S&E qui contribue a l'efficacité du
projet |
Le
responsable de projet peut avoir rapidement et facilement accés
á l'information concernant le déroulement du projet.
Le personnel du projet et des organisations partenaires diffuse
des informations au sujet des résultats et de l'impact. Les
informations concernant le déroulement du projet sont régulièrement
communiquées á l'ensemble des acteurs de façon
claire et compréhensible. Des informations actualisées,
graphiques, tableaux et photos du projet sont affichés sur
les murs des bureaux. Des études sont entreprises afin de
comprendre la cause de tout nouveau problème. Les rapports
sont intéressants á lire, ils décrivent aussi
bien les aspects positifs que négatifs et expliquent comment
les améliorations seront apportées. |
Seul
un petit nombre de personnes connaît l'état d'avancement
réel du projet. Trés peu d'éléments
sont disponibles pour pouvoir dire á quoi ménent les
activités du projet, si tant est qu'elles mènent á
quelque chose. Le S&E est considéré pour l'essentiel
comme une fonction de compte rendu pour l'extérieur. Les
rapports sont intéressants, ne présentent pas d'analyse
et exagérent les succés remportés tout en passant
sous silence les problèmes rencontrés. Peu d'information
est communiquée aux acteurs á la base du projet. |
2.1.2 Orienter la stratégie
de façon à avoir un impact sur la pauvreté
En règle générale, le projet type appuyé
par le FIDA dispose d’environ sept ans pour avoir un impact sur
la pauvreté. Au démarrage de l’intervention, une première
révision des éléments de stratégie est effectuée.
Cette révision constitue un moment particulièrement important
pour orienter la stratégie du projet. Par la suite, le projet a
tendance à mettre toute son énergie dans la mise en place
des moyens et des procédures, tandis que vers la fin il concentre
souvent ses efforts sur la consolidation des résultats et le désengagement
du projet. Les acteurs concernés disposent donc en fin de compte
de trois ou quatre ans pour y apporter les ajustements nécessaires.
Pour savoir comment mobiliser au mieux les ressources et
constituer les bons partenariats en vue de réduire la pauvreté,
les responsables de la mise en œuvre du projet doivent comprendre
la stratégie d’intervention et en modifier l’orientation
lorsque des problèmes apparaissent. Pour ce faire, l’essentiel
est de poser les bonnes questions – et d’obtenir des réponses
– aux bons moments (voir encadré 2-2).
Le suivi-évaluation remplit une fonction fondamentale lorsqu’il
s’agit de prendre des décisions concertées qui ont
pour objet de modifier l’orientation du projet.
| |
Encadré
2-2. Cinq questions stratégiques en matière de suivi-évaluation
pour une gestion orientée vers l’impact
- Pertinence – Les activités que
nous menons sont-elles susceptibles d’améliorer véritablement
la situation? Correspondent-elles aux priorités des groupes
cibles? Pourquoi?
- Efficacité – Les prévisions
ont-elles été réalisées (a-t-on poursuivi
les objectifs définis? Les réalisations attendues
ont-elles été obtenues? Les activités programmées
ont-elles été menées à bien?)? La
logique d’intervention est-elle adaptée? Pourquoi?
Les activités que nous menons sontelles la meilleure façon
d’avoir un impact maximum?
- Efficience – Les ressources sont-elles
utilisées au mieux? Pourquoi? Que serait-il possible de
faire différemment pour améliorer la mise en œuvre
et, par conséquent, accroître l’impact du projet
tout en en maintenant le coût à un niveau acceptable
à long terme?
- Impact – Dans quelle mesure le projet
a-t-il contribué à la réduction de la pauvreté
(ou à d’autres finalités)? Pourquoi? Quelles
ont été les conséquences positives ou négatives
non prévues sur le projet? Qu’est-ce qui explique
qu’elles se soient produites?
- Durabilité – Le projet continuera-t-il
à avoir un impact positif quand les fonds qui lui ont été
alloués seront épuisés, c’est-à-dire
dans quatre ou cinq ans? Pourquoi?
|
|
Tout projet a une logique d’ensemble (voir figure
2-2 et encadré 2-3) caractérisée
par les objectifs recherchés, par leur justification et par les
modalités envisagées pour les atteindre. La première
étape consiste à décrire la situation qu’un
groupe de personnes concernées souhaite améliorer. La façon
d’apporter des améliorations à cette situation doit
être appréciée sur la base des problèmes ressentis
par les populations locales, en particulier les ruraux pauvres, et en
fonction de leurs aspirations; elle constitue la justification du projet.
Il est clair que tout le monde n’aura pas la même perception
de ce que sont les principaux problèmes et de ce qui constitue
une amélioration. C’est pourquoi il est très important
d’adopter une approche participative pour formuler l’intervention
(voir 2.7 et 3.2
pour de plus amples détails sur la planification participative).
Figure 2-2. La stratégie
du projet et le contexte local

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Encadré 2-3. Des activités
aux résultats, des résultats à l’impact
On entend par impact d’un projet
les changements dans la vie des ménages ruraux auxquels le
projet a contribué. Pour réduire la pauvreté,
l’équipe du projet prévoit la réalisation
d’activités concrètes, mais
celles-ci n’ont pas d’impact direct par elles-mêmes.
De nombreuses autres étapes et de nombreux autres intervenants
déterminent l’impact final, ce qui signifie que l’orientation
des activités doit être ajustée en permanence.
La plupart des méthodes de planification du
développement prévoient deux étapes intermédiaires
entre les activités et l’impact: les produits
ou réalisations (outputs) et les effets (outcomes). Les produits
(réalisations) sont la conséquence directe des activités
du projet tandis que les effets décrivent
les premiers changements induits par ces produits. Ils constituent
le premier signe d’impact. En règle générale,
les effets consistent en une modification du comportement des personnes
ou des organisations. Le FIDA caractérise l’impact
des projets qu’il appuie à la fois en termes d’effets
et en termes d’évolution constatée
dans la situation des bénéficiaires après que
les effets se soient manifestés. Le terme générique
de “résultats” désigne à la fois
les réalisations et leurs effets directs.
Par exemple, le produit d’un projet pourrait
être “l’étude et la mise au point d’un
système de production agricole amélioré”
dans la zone du projet, l’effet serait “l’adoption
du système amélioré par les paysans ciblés
par le projet” et l’impact serait l’amélioration
(ou la détérioration!) de la sécurité
alimentaire et économique de ceux qui ont adopté le
système de production recommandé.
|
|
Après vous être assuré que votre hiérarchie
d’objectifs est claire et cohérente (relation logique entre
causes et effets, entre moyens et fins, avec des hypothèses explicites
à chaque étape) et qu’elle est partagée et
comprise par vos partenaires, la mise en œuvre peut commencer. Le
pilotage stratégique consiste alors à réaliser de
façon régulière les vérifications, les questionnements
et les ajustements de l’action nécessaires à l’obtention
des réalisations puis des objectifs du projet. Si ce pilotage stratégique
est bien mené, tous les acteurs concernés pourront constater
d’une année sur l’autre les améliorations apportées
à la mise en œuvre des activités, aux relations entre
partenaires ainsi qu’à la qualité des résultats
du projet.
La réduction de la pauvreté est un objectif à long
terme et ne constitue donc pas un critère approprié pour
le pilotage du projet au quotidien. Les réflexions sur l’orientation
du projet, par exemple lors de réunions mensuelles ou trimestrielles,
mettront l’accent sur les activités, les réalisations,
les approches et méthodes, mais devront également permettre
de réviser les hypothèses qui sous-tendent le projet. Il
sera nécessaire, pour satisfaire aux exigences d’une gestion
de projet orientée vers l’impact, de procéder chaque
année à un examen des progrès accomplis en direction
de l’objectif général de réduction de la pauvreté.
C’est à ce niveau que le suivi d’impact joue un rôle
essentiel.
2.1.3 Favoriser la réflexion critique
et la participation
Le succès ou l’échec d’une intervention de
développement dépendra de ceux qui sont chargés de
sa mise en œuvre. Leur implication dans le processus qui consiste
à apprendre comment améliorer le projet tout au long de
son existence est essentielle. Pour ce qui concerne le personnel du projet
et des organisations partenaires, cela signifie écouter soigneusement
et régulièrement le point de vue de différents groupes
– y compris de ses homologues – sur ce qui marche et ce qui
ne marche pas, pourquoi certains problèmes existent ou ce qu’il
convient de faire pour améliorer la situation. Il est clair qu’”écouter”
seulement ne suffit pas. Il faut créer les occasions pour que le
personnel du projet et des partenaires de mise en œuvre, avec les
acteurs à la base, puissent se rencontrer et analyser leurs expériences
dans le cadre du projet. Le module
8 suggère diverses façons de favoriser la réflexion
et l’analyse critique.
Un bon système de suivi-évaluation produit et communique
aux personnes concernées par le projet des données qui leur
permettent d’analyser les avancées de celui-ci. Le S&E
n’est rien de plus – ou de moins – qu’un processus
ouvert de réflexion critique et de communication destiné
à renforcer les acteurs associés au projet. Pour que la
réflexion-capitalisation participative soit au cœur de la
gestion du projet, il est nécessaire de disposer à la fois
d’informations sur les activités du projet et de comptes
rendus personnels des expériences des uns et des autres. Cela suppose
d’effec-tuer des rencontres de bilan régulières entre
le personnel de projet et les acteurs à la base, renforcées
à l’occasion par des apports d’intervenants extérieurs
spécialisés.
Dans beaucoup d’interventions d’appui au développement,
les personnes concernées perdent leur motivation si elles ne sont
pas invitées à participer ou si les conditions ne leur permettent
pas une participation significative. La participation au suivi-évaluation
doit permettre de donner à tous ceux qui ont des avis pertinents
sur le projet la possibilité d’apporter leur contribution
à son amélioration.
Cette simple réalité recouvre deux questions. Tout d’abord,
quelles sont les personnes dont l’opinion est importante? Étant
donné qu’il n’est ni réaliste ni nécessaire
de faire participer tout le monde à l’élaboration
du système de S&E, il faudra choisir. Deuxièmement,
comment faire en sorte que différents types de personnes puissent
participer de la meilleure façon possible? L’implication
des différents acteurs dans des tâches clés du suivi-évaluation
doit être définie dans la négociation. Souhaitent-ils
– et dans quelles conditions – participer:
- à la conception du système de S&E (questions à
instruire, indicateurs pour la collecte de données, choix des
méthodes et de la fréquence des relevés, etc.);
- à la collecte et à la synthèse des données;
- aux analyses débouchant sur des décisions pour améliorer
les actions;
- à la communication et à la restitution des résultats?
Une approche du S&E par la réflexion participative doit être
appuyée par une gestion de projet également participative.
Pour que de nombreux acteurs puissent participer avec succès au
suiviévaluation, il faut qu’ils aient le sentiment que les
responsables du projet encouragent et récompensent la réflexion
critique. C’est à cette condition que chacun sera en mesure
de tirer des enseignements à partir des problèmes rencontrés
et améliorer le fonctionnement du projet. Si le rôle des
responsables de projet consiste principalement à contrôler
et à punir, ceux qui y participent ne voudront pas prendre le risque
d’innover, ce qui limitera grandement la capacité du projet
à mettre en œuvre une gestion réellement orientée
vers l’impact.
2.1.4 Assurer une mise en œuvre efficace
Assurer la gestion opérationnelle du projet, c’est mettre
en place les conditions pratiques nécessaires pour que les activités
du projet puissent être réalisées avec efficacité.
Les opérations sont pilotées à partir du programme
de travail et budget annuel (PTBA) et de réunions périodiques
avec les maîtres d’œuvre et les acteurs à la base.
Les programmes de travail et budgets annuels et semestriels doivent
traiter de manière détaillée de six domaines suivants:
- personnel: effectifs, salaires, compétences,
qualité des performances;
- matériel, biens, bâtiments: quantité
et qualité du matériel sur chaque site, dispositifs et
moyens alloués pour l’entretien;
- gestion des contrats: contrôle et définition
de la qualité des activités des sous-traitants, y compris
en ce qui concerne les contrats avec les communautés définissant
leurs droits et leurs responsabilités;
- finances: contrôle des dépenses afin
d’allouer les ressources – ou de modifier l’allocation
des ressources – en fonction des besoins, et réalisation
des audits financiers exigés par la loi;
- programmation: préparation et suivi du déroulement
des programmes de travail mensuels, semestriels et annuels pour chaque
membre du personnel, les équipes de mise en œuvre et l’en-semble
du projet;
- communication: établissement du calendrier d’élaboration
et diffusion des éléments de communication, détermination
des responsabilités pour tous les communiqués, rapports
et publications qui servent au processus participatif de prise de décision
et de compte rendu.
2.1.5 Les différentes étapes
de l’élaboration d’un système de S&E
Conformément à ce qui est présenté à
la figure 2-1, la gestion de projet orientée
vers l’impact repose sur le système de suivi-évaluation.
L’élaboration d’un tel système comprend les
six étapes suivantes:
- définition de l’objectif et du champ d’action
du système;
- identification des critères de performance, des besoins en
matière d’information et des indicateurs à utiliser;
- planification de la collecte et de l’organisation de l’information;
- planification des mécanismes et des activités liés
à la réflexion critique;
- mise en place des conditions nécessaires à une communication
et à des rapports de qualité;
- planification des conditions et des moyens nécessaires.
Chaque étape doit être abordée à deux reprises.
D’abord à l’occasion de l’élaboration
du rapport de préévaluation, dans lequel l’équipe
chargée de la conception du projet propose un cadre général
du suivi-évaluation abordant chacun des six domaines présentés;
puis une seconde fois au moment du démarrage de l’intervention,
quand l’équipe du projet va devoir transformer le cadre général
en plan opérationnel détaillé. Les six étapes
sont décrites en détail dans les modules 4 à 8.
Les produits du système de S&E permettront de répondre
aux cinq questions qui servent à orienter la stratégie du
projet telles que présentées à l’encadré
2-2. On constate que les questions en rapport avec l’efficacité
et l’efficience se rapportent essentiellement à la gestion
opérationnelle et que les aspects concernant la “pertinence”,
l’”impact” et la “durabilité” seront
traitées lors des réflexions plus stratégiques menées
par exemple lors des examens annuels et des missions de supervision.
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2.2 Pilotage du projet et suivi-évaluation
2.2.1 Les moments clés pour orienter
la gestion vers l’impact
Les quatre éléments d’une gestion orientée
vers l’impact, tels que présentés au chapitre 2.1.1,
sont les grands axes de tout management de projet mais, au quotidien,
le personnel du projet et des organisations partenaires ainsi que les
acteurs à la base exercent des fonctions de gestion plus précises
qui offrent toutes l’occasion d’accroître l’impact.
- Direction générale: fournir la vision
d’ensemble, exercer l’orientation stratégique, insuffler
la dynamique
- Planification: fixer et ajuster les objectifs, puis
décider dans quels délais les atteindre, définir
les actions à engager, comment, par qui, et en affectant quels
moyens
- Organisation (interne et externe): mettre en place
des structures et des mécanismes internes nécessaires
à la mise en œuvre du projet, tout en tenant compte du système
politique dans lequel celui-ci s’inscrit et en assurant la coordination
de l’action des différents acteurs
- Gestion du personnel: employer, superviser, former
et motiver les personnes impliquées
- Contrôle: s’assurer que les activités
prévues ont été effectivement exécutées
et que les ressources ont été allouées et utilisées
de manière appropriée.
Dans la pratique, il est relativement facile d’orienter la gestion
de projet vers l’impact à l’occasion d’activités
périodiques telles que les réunions de bilan annuel, les
rencontres trimestrielles et semestrielles entre le personnel du projet
et celui des organisations partenaires, ou les missions de supervision.
Les principes à mettre en œuvre sont suffisamment simples
pour pouvoir être appliqués dans le cadre des procédures
courantes des projets en cours et être intégrés aux
procédures opérationnelles des nouveaux projets.
Par exemple, il arrive de plus en plus fréquemment que des réunions
de bilan annuel avec les acteurs à la base soient organisées
dans le cadre du processus permanent d’auto-évaluation d’un
projet. Lors de ces réunions, le personnel du projet et des organisations
partenaires ainsi que la population locale examinent les données
du suivi concernant les activités, les produits et les effets.
Ils les analysent au regard de l’objectif général
du projet afin de déterminer si le projet contribue – ou
non – à la réduction de la pauvreté. Ils examinent
également la qualité des mécanismes de mise en œuvre
et des relations entre les différents acteurs. Ces divers éléments
leur permettent d’élaborer le PTBA suivant et d’ajuster
les programmes du S&E. Cette auto-évaluation et le PTBA constituent
à leur tour la base du rapport annuel d’avancement, mais
des questions plus stratégiques peuvent également apparaître
à l’occasion de discussions menées au niveau des communautés
de base (voir encadré 2-4). La procédure
de bilan annuel relie donc les quatre éléments d’une
stratégie orientée vers l’impact, à savoir
l’impact, la stratégie, les actions et le suivi-évaluation.
| |
Encadré 2-4. Changement
de l’orientation stratégique du projet de services
agricoles dans le nord-ouest de l’Arménie
À l’origine, le projet comportait une
composante “développement communautaire” dans
le but de financer des activités et des infrastructures au
niveau communautaire. Toutefois, une fois le projet engagé,
l’équipe du projet a réalisé à
l’occasion de discussions avec les communautés que
celui-ci aurait un impact plus durable si les ressources étaient
utilisées pour favoriser le développement de petites
entreprises communautaires. Celles-ci, si elles réussissaient,
fourniraient les ressources nécessaires pour investir et
répondre aux besoins d’infrastructure, par exemple
en matière d’adduction d’eau ou de construction
d’écoles. L’équipe du projet a estimé
qu’en renforçant ainsi l’autonomie économique
des communautés, le projet aurait un impact plus durable.
Les acteurs, le personnel du projet, le gouvernement et le FIDA
ont donc décidé de modifier la stratégie du
projet dans ce sens. Il reste maintenant à savoir si l’hypothèse
de base, à savoir que la population investira pour répondre
à ses besoins d’infrastructure, se vérifiera.
Dans le cas contraire il faudra peut-être revoir à
nouveau la stratégie du projet. |
|
Les réunions trimestrielles et semestrielles de bilan
et programmation peuvent fonctionner comme des réunions de
bilan annuel, éventuellement en rassemblant un moins grand nombre
d’acteurs et en consacrant davantage de temps aux aspects liés
à la mise en œuvre et aux collaborations. La confrontation
avec les données fournies par le suivi peut interpeller les participants
sur leurs impressions et leurs hypothèses et ainsi stimuler une
analyse plus approfondie de ce qui se passe réellement sur le terrain.
Les rapports trimestriels et semestriels peuvent dans ce cas être
consacrés principalement aux réalisations, à l’analyse
des principaux résultats et problèmes rencontrés
et, surtout, à la façon d’améliorer la mise
en œuvre du projet. Ce type d’auto-évaluation interne
périodique axée sur l’amélioration du projet
est la marque d’un environnement de réflexion critique permettant
aux acteurs de tirer les enseignements de l’expérience et
de renforcer l’impact à travers l’amélioration
de l’organisation et de l’efficacité du projet.
Les quatre éléments de base d’une gestion de projet
orientée vers l’impact sont également abordés
à l’occasion des missions de supervision et des examens
à mi-parcours. Toutefois le pilotage du projet ne peut se
suffire de ces supervisions et examens à mi-parcours étant
donné que les premières ne sont pas toujours suffisamment
approfondies et que le moment où elles interviennent n’est
pas toujours le plus approprié pour influer sur l’impact,
tandis que les seconds interviennent trop tard dans le cycle du projet
(voir encadré 2-5). Lorsque le personnel chargé
de la mise en œuvre du projet tire lui-même directement les
enseignements des résultats obtenus et des problèmes rencontrés,
il peut apporter les modifications nécessaires – corriger
les erreurs, développer les bonnes pratiques, repenser les activités
et les procédures en fonction de l’évolution du contexte,
saisir les nouvelles opportunités – avant qu’il ne
soit trop tard.
| |
Encadré
2-5. N’attendez pas l’examen à mi-parcours pour
adopter une gestion de projet orientée vers l’impact!
De nombreux projets appuyés par le FIDA ne
commencent à s’intéresser au suivi-évaluation
qu’au moment de l’examen à mi-parcours. Un démarrage
aussi tardif du S&E est à l’évidence regrettable.
Par exemple, d’après le rapport de la mission de supervision
d’un projet, réalisée en 1997, le suivi exercé
par l’administration n’était pas très
efficace et ne prenait pas en compte l’impact qualitatif du
projet. D’après l’accord de prêt, le gouvernement
aurait dû mettre en place des mécanismes institutionnels
pour suivre et évaluer les progrès de l’impact
du projet sur les acteurs à la base, mais bien que le projet
ait débuté en 1995, ces mécanismes n’ont
été mis en place qu’en septembre 1997. Jusqu’à
cette date, les rapports de supervision et les mémorandum
concernant le projet ne mentionnaient aucun système de S&E.
La seule source d’évaluation de l’impact était
l’examen à mi-parcours réalisé par un
centre de recherche local.
|
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2.2.2 Identifier les besoins en information
et organiser la réflexion critique
Avoir une idée claire de ses besoins en matière d’information
permet de définir plus facilement le système de S&E
et, en particulier, de tirer le meilleur parti des réunions semestrielles,
des examens à mi-parcours et des bilans annuels avec les divers
acteurs. Pour vous assurer que le système de suivi-évaluation
vous fournit effectivement les informations dont vous avez besoin, reportez-vous
aux cinq questions qui figurent à l’encadré
2-2. Si vous constatez qu’il y a des manques, c’est qu’il
vous faut rectifier certaines procédures de S&E en vigueur.
Dans un projet, les responsables ne sont pas les seuls à avoir
besoin d’information: chacun a des tâches précises
à remplir et a donc besoin d’informations spécifiques.
Le système de S&E d’un projet doit pouvoir satisfaire
la plus grande part possible de cette demande. Ce n’est qu’à
cette condition que la gestion de projet orientée vers l’impact
deviendra un processus de réflexion et de capitalisation participatif.
Le module 5 présente
certains moyens de répondre à différents besoins
d’information. Les projets doivent ainsi prévoir toute une
gamme d’activités de réflexion critique. Par exemple,
le projet Tropisec au Nicaragua fait face à ses besoins d’information
grâce à 16 types d’activités différentes:
ateliers, rencontres, enquêtes et autres dispositifs (voir 2.7.2).
Pour utiliser l’information de la façon la plus efficace
pour l’impact, demandez-vous à quels moments clés
de la mise en œuvre du projet sont prises les décisions stratégiques
qui vous permettent de vous rapprocher de votre objectif général,
c’est-à-dire de réduire la pauvreté (voir figure
2-3). C’est à ces moments-là que les informations
fournies par le système de suivi-évaluation seront les plus
utiles.
Si vous considérez ces moments clés comme des occasions
de réflexion critique pour accroître l’impact du projet
au lieu d’être des passages obligés, vous vous rendrez
compte de leur intérêt pour le pilotage stratégique
du projet. Il vous faut veiller à ce que le niveau de discussion
et le type de décision soient adaptés à la nature
de la réunion. Par exemple, la réunion de bilan annuelle
n’est pas un moment adéquat pour organiser l’approvisionnement
des groupes villageois en fournitures de bureau, pas plus qu’une
réunion hebdomadaire du personnel de projet n’est le lieu
approprié pour convenir de nouvelles conditions contractuelles
avec les partenaires.
Figure 2-3. L’enchaînement
des moments clés de réflexion critique au cours du cycle
du projet

2.2.3 Repérer les contraintes opérationnelles
imposées par le contexte
Il est fondamental de comprendre le contexte pour pouvoir juger de la
pertinence de la stratégie adoptée et des activités
engagées, pour anticiper les problèmes opérationnels
et apprécier la contribution du projet aux changements obtenus,
et aussi pour concevoir le dispositif de S&E.
Vous pouvez commencer à démêler ce qui constitue
la contribution spécifique du projet en analysant ses interventions
au cours du temps en parallèle avec les influences extérieures
qui s’exercent sur les acteurs à la base. La mise à
jour permanente de l’analyse du contexte permet également
d’adapter la stratégie et les opérations. Une évaluation
régulière des conditions de mise en œuvre des actions
du projet permet d’anticiper plus facilement certains problèmes
opérationnels. Par exemple, au Népal, un responsable de
projet reçoit chaque trimestre des rapports de “suivi de
la situation politique” afin de pouvoir déterminer en quoi
celle-ci est susceptible d’avoir des conséquences sur le
projet. Ces rapports rendent compte des principaux événements
survenus au cours du trimestre – concernant par exemple l’insécurité,
les mesures prises par le gouvernement, les manifestations et les initiatives
de médiation engagées – et leurs conséquences
pour le projet. Ces éléments sont obtenus auprès
de personnes bien informées, des journaux, de la radio et de la
télévision. Leur connaissance est essentielle pour décider
de suspendre ou non les activités dans une zone peu sûre.
Étant donné que les conditions varient d’un projet
à l’autre et au cours de la vie d’un projet, les contraintes
et les stratégies employées varieront également (voir
encadré 2-6). Il est important d’ajuster
la stratégie et la mise en œuvre du projet autant que les
circonstances le permettent. Le premier élément de base
d’une gestion de projet orientée vers l’impact, à
savoir la direction à donner à la stratégie du projet
(voir 2.3), peut être particulièrement
utile à cet égard. Le module
3, qui est consacré aux ajustements à apporter à
la conception initiale du projet, fournit des indications utiles à
cet égard.
| |
Encadré
2-6. Contextes favorables ou contraignants
- Guatemala: Au moment de la mise en route d’un
projet, les changements politiques et socioéconomiques
avaient conduit le gouvernement à modifier son champ d’intervention
et à décentraliser certaines fonctions. Le projet
a alors adopté une nouvelle stratégie faisant intervenir
les acteurs locaux (en particulier les organisations communautaires)
dans un processus continu de planification et d’évaluation
qui a facilité la décentralisation progressive des
services fournis par les projets. La “contrainte”
opérationnelle externe a donc été transformée
en avantage et a débouché sur la mise en place de
modalités plus participatives de mise en œuvre des
activités de suivi et d’auto-évaluation.
- Ghana: En 1996, les bénéficiaires
d’un projet se sont plaint de n’avoir pratiquement
jamais de contact avec les intermédiaires, c’est-à-dire
les banques qui fournissaient les crédits. Suite à
cela, le projet a créé un “cycle de formation”
afin que les emprunteurs puissent bénéficier d’un
suivi et de conseils permanents. Cela a amené à
devoir relever un nouveau défi, celui d’avoir suffisamment
de personnel dans les banques. Bien qu’en théorie
trois personnes étaient placées auprès de
chaque banque afin d’assurer le suivi avec les clients,
dans la pratique il n’y en avait souvent qu’un seul
en raison de la politique du gouvernement consistant à
ne pas procéder à des embauches.
|
|
Les personnes chargées de la conception d’un projet doivent
également en comprendre le contexte. Dans le cas contraire, elles
peuvent introduire dans le projet, par méconnaissance, des modes
d’in-tervention ou de relations entre acteurs qui seront à
l’origine d’importants problèmes au stade de la négociation
et de la mise en œuvre du système de S&E (voir le module
4 pour plus de détails sur la conception du système).
Les tableaux 2-2 à 2-4 fournissent un inventaire des caractéristiques
de projet et de contexte qui ont une incidence sur la gestion du projet
et le suivi-évaluation. Le chef de projet ou le responsable du
S&E peuvent trouver intérêt à s’y référer
au moment de décider de la façon d’élaborer
le système de S&E.
Tableau 2-2. Caractéristiques du projet
ayant une incidence d’ordre méthodologique
 |
Quel est le nombre de partenaires
de mise en œuvre envisagé? |
|
Plus leur nombre est grand, plus il
faudra du temps pour former les agents et négocier un système
de S&E qui permette de répondre aux besoins de tous en
matière d’information et qui soit véritablement
partagé. |
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 |
Quels sont les aspects culturels et les caractéristiques
de l’administration locale qui pourraient favoriser ou entraver
la mise en œuvre de processus participatifs? |
|
La culture et les modes d’organisation locaux
peuvent favoriser ou entraver une plus large participation au S&E.
|
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 |
Quelle est l’institution coopérante?
Quelle attitude a-t-elle vis-à-vis du S&E? Quelles demandes
exprime-t-elle à son égard?
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|
Veiller à ce que les conceptions de l’institution
coopérante et du FIDA en matière de dispositif de S&E
ne soient pas contradictoires. Demander à chacun de préciser
ce qu’il en attend. |
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|
|
 |
Quelle est la durée prévue du projet?
|
|
Plus la durée du projet est longue, plus
vous aurez de temps pour élaborer avec l’en-semble des
acteurs un système efficace de S&E mais également
plus fortes seront les pressions pour que le projet ait un impact
important, et plus il sera nécessaire d’ajuster le projet
en fonction de l’évolution du contexte. |
|
|
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|
 |
Quelle part des caractéristiques du projet
n’est pas modifiable?
|
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Connaître la marge de modification possible
des caractéristiques de l’intervention permet de faire
porter la réflexion critique sur les domaines où une
évolution de la stratégie est possible. |
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Le projet prévoit-il des mécanismes
de réflexion critique et de capitalisation? |
|
Moins ce sera le cas, plus il faudra faire d’efforts
pour inciter à une utilisation du suiviévaluation comme
outil véritable de réflexion-capitalisation permettant
d’ajuster la stratégie et le déroulement du projet.
|
Tableau 2-3. Caractéristiques du projet
ayant une incidence sur la communication
 |
Quelle est l’étendue
géographique de l’intervention et quel est son degré
de décentralisation? |
|
Plus le projet est largement dimensionné
et plus il est décentralisé, plus l’analyse des
données de suivi-évaluation peut être décentralisée
et plus il est important d’accorder de l’attention à
la mise en place de mécanismes de communication de façon
à permettre aux responsables de projet de se tenir informés
de ce qui se passe sur le terrain. |
|
|
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|
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Quel est le degré de décentralisation
de l’administration dans la zone du projet?
|
|
Plus la décentralisation est importante,
plus les acteurs ont théoriquement la possibilité de
participer au S&E du projet, et plus grandes sont les possibilités
que la responsabilité d’intervenant et l’obligation
de rendre compte puissent s’exercer sous une forme de transparence
envers les bénéficiaires. |
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|
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Quelle est l’importance de la hiérarchie
dans le mode d’administration du pays ou de la zone du projet?
|
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La forme de gouvernance peut imposer ou interdire
la participation de certains niveaux de l’administration au
S&E et entraîner de ce fait plus ou moins de bureaucratie.
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La culture locale est-elle ouverte aux pratiques
consistant à parler des problèmes et à tirer
les leçons des erreurs commises?
|
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Le contexte culturel et historique déterminera
dans quelle mesure certaines informations peuvent ou non faire l’objet
d’une analyse critique, les acteurs tirer les enseignements
des erreurs commises et faire part des problèmes rencontrés.
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À combien d’organismes de financement
et de partenaires les responsables du projet doivent-ils rendre compte
– et quelle est leur demande? |
|
Plus les organismes de financement et les partenaires
de mise en œuvre seront nombreux et variés, plus il importera
de maintenir à un niveau raisonnable le nombre de rapports
et les engagements de compte rendu. |
Tableau 2-4. Caractéristiques du projet
ayant une incidence sur la qualité de l’information
 |
La zone du projet subit-elle des troubles
de l’ordre public? |
|
Dans les zones de conflit, le fait
que les projets soient régulièrement interrompus compromet
la continuité de la mise en œuvre et donc l’évaluation
de l’avancement des actions, sans parler du fait qu’il
est plus difficile d’en déterminer l’impact en
raison de l’importance des facteurs externes. |
|
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Quelles sont les caractéristiques opérationnelles
du projet?
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Le type de projet (plus ou moins décentralisé,
plus ou moins ouvert) déterminera le type d’indicateurs
à utiliser pour évaluer la qualité des procédures. |
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|
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Quel est le degré de décentralisation
et d’attachement à la bonne gouvernance de l’administration
dans la zone du projet? |
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Moins une administration est transparente, plus
il est difficile d’obtenir et d’utiliser des données
essentielles pour le système de S&E. |
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Quel type d’objectifs de développement
le projet doit-il permettre d’atteindre? |
|
En fonction de l’orientation donnée
au projet, ses effets en termes de réduction de la pauvreté
seront plus ou moins directs, ce qui aura donc une incidence sur la
façon d’évaluer et d’attribuer clairement
l’impact. |
|
|
|
|
 |
Le projet met-il l’accent sur les changements
physiques ou sur le développement et la formation des personnes?
– ou sur les deux? |
|
Selon que le projet est orienté vers des
modifications quantitatives et physiques ou vers le renforcement des
capacités et des moyens d’action de la population, les
conséquences sur la façon d’en évaluer
l’impact à long terme et sur les conditions de vie des
populations cibles seront différentes. |
|
|
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 |
Quelle est l’étendue de la zone
couverte par le projet? |
|
Plus la zone couverte sera grande, plus il faudra
s’efforcer de comprendre le point de vue des populations locales
et ne pas se limiter à évaluer simplement le niveau
d’activités. |
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2.3 Orienter la stratégie
du projet vers l’impact
2.3.1 La stratégie du projet
La stratégie d’intervention constitue le principal produit
de la phase de formulation. Elle se compose d’objectifs classés
hiérarchiquement, ainsi que d’une description des mécanismes
de mise en œuvre et des ressources nécessaires. Elle constitue
la base du rapport de préévaluation. En ce qui concerne
plus particulièrement les projets appuyés par le FIDA, la
stratégie de projet repose sur la méthode du cadre logique
(MCL) et les objectifs sont présentés sous forme hiérarchisée
dans une matrice (voir module
3). Cependant, quelle que soit la façon dont la stratégie
et les objectifs sont formulés, les idées décrites
dans le présent module restent valables.
Par nécessité, une stratégie de projet simplifie
toujours la réalité. Il n’est pas possible qu’elle
décrive tous les détails d’un contexte et des évolutions
recherchées. Il en résulte que la proposition de stratégie
constitue un outil de pilotage qui doit être réajusté
en permanence en fonction de la situation du moment et de l’évolution
des besoins.
Il est essentiel que la stratégie de projet soit dès le
début rendue aussi explicite que possible pour (et avec) toutes
les personnes impliquées. Dans l’un des projets appuyés
par le FIDA, le personnel n’avait pas une idée claire des
objectifs recherchés: la conception initiale laissait à
désirer et n’avait donné lieu qu’à de
très rares consultations auprès des acteurs concernés.
Du fait de la faiblesse du document, les personnes chargées de
mettre en œuvre le projet n’avaient pas la motivation nécessaire
pour étudier de façon approfondie les problèmes rencontrés
et y apporter une réponse: elles mettaient en application passivement
ce qui figurait dans le document et étaient donc plus soucieuses
de réaliser les activités prévues que de rechercher
un impact.
2.3.2 La hiérarchie des objectifs
et les hypothèses de base
La hiérarchie des objectifs constitue l’épine dorsale
de la stratégie (voir figure 2-4 et encadré
2-7). Elle décrit comment les activités de niveau inférieur
contribuent aux réalisations attendues de niveau supérieur
et comment ces dernières, à leur tour, permettent d’atteindre
le (les) objectif(s) spécifique(s) et l’objectif général
du projet.
La figure 2-4 présente une hiérarchie
à quatre niveaux et les hypothèses qui les relient. Les
organisations de développement utilisent de nombreuses désignations
différentes pour qualifier ces niveaux, voire différents
nombres de niveaux (voir module
3), mais tous les niveaux peuvent être considérés
comme des objectifs étant donné qu’ils représentent
quelque chose que les personnes concernées souhaitent voir se réaliser.
C’est pourquoi on utilise l’expression “hiérarchie
des objectifs” (même si parfois on utilise également
“logique de l’intervention” et “résumé
de la logique d’intervention”). Cette hiérarchie représente
la première colonne de la matrice logique et montre comment “les
moyens” permettent d’atteindre la “fin” d’une
intervention.
Figure 2-4. Hiérarchie des objectifs
d'un projet

| |
Encadré 2-7. Définitions
pour les quatre niveaux d’une hiérarchie d’objectifs
- Objectif général (finalité):
C’est l’objectif à long terme, la modification
ou l’amélioration d’une situation à
laquelle une intervention en faveur du développement telle
qu’un projet ou un élément de projet vise
à contribuer. Pour ce qui concerne les projets appuyés
par le FIDA, l’objectif général est une forme
ou une autre de réduction de la pauvreté. Au sens
strict du terme, l’impact du projet est la mesure dans laquelle
il a contribué à atteindre cet objectif général.
- Objectif spécifique: C’est l’objectif
en termes de modifications observables du comportement des acteurs
ou de l’état des ressources du projet (ou d’une
composante) dont l’atteinte est une responsabilité
du projet (ou d’une composante). Les matrices logiques courantes
ne comprennent qu’un seul objectif spécifique alors
que le FIDA admet qu’un projet complexe puisse en avoir
plusieurs.
- Réalisations (ou produits) attendues:
Ce sont les biens, services ou résultats qui doivent être
produits dans le cadre de la mise en œuvre du projet afin
que les objectifs spécifiques puissent effectivement être
atteints.
- Activités: Ce sont les actions menées
par les personnes chargées de la mise en œuvre du
projet et qui permettent, en mobilisant des moyens financiers,
humains, matériels ou autres, de produire les réalisations
attendues.
|
|
Il est essentiel de bien rendre explicite la logique de cette hiérarchie
à l’attention des partenaires de la mise en œuvre, y
compris les acteurs à la base, même si cela ne signifie pas
nécessairement qu’il faille utiliser la terminologie du cadre
logique avec eux. Ce qui importe est qu’il y ait consensus quant
à ce qui doit être réalisé à court terme,
moyen terme et long terme et avec quel objectif général.
Si la hiérarchie d’objectifs n’est pas logique, on
risque alors de se retrouver à exécuter de nombreuses activités
fragmentaires différentes, qui ne débouchent pas sur un
résultat clair. Un manque de logique peut certainement être
à l’origine de l’échec d’un projet (voir
encadré 2-8), ou alors vous pouvez être
amené à créer l’attente d’un impact totalement
irréaliste compte tenu de la durée et du budget du projet.
Enfin, sans une idée claire de ce qui doit être accompli
dans un délai donné, il sera très difficile de définir
avec précision ce qu’il faut suivre et évaluer.
| |
Encadré 2-8. Comment
la logique de la stratégie influe sur le succès du
projet1
Réussite du projet |
Un modèle théorique [logique] bien construit
+ une mise en œuvre efficace = mènent au succès
du projet |
Échec du projet pour des motifs théoriques |
Un modèle théorique [logique] insatisfaisant
+ une mise en œuvre efficace = mènent à
l’échec du projet |
Échec pour des motifs d’exécution |
Un modèle théorique [logique] bien construit
+ une mise en œuvre déficiente = mènent
à l’échec du projet |
Échec total |
Un modèle théorique défectueux (illogique)
+ une mise en œuvre déficiente = mènent
à l’échec du projet |
|
|
La figure 2-4 montre également qu’une
stratégie est soumise à de nombreuses hypothèses.
On entend par hypothèse toute condition nécessaire pour
que le projet réussisse mais qui échappe au contrôle
direct de celui-ci. Il existe deux types d’hypothèses: celles
liées aux facteurs externes et celles liées aux rapports
de cause à effet au sein des objectifs recherchés (voir
encadré 2-9). Plus le niveau hiérarchique
de l’objectif sera élevé, plus grand sera le nombre
d’hypothèses, car le projet n’est que l’un des
nombreux acteurs qui contribuent à la réduction de la pauvreté
rurale, et le nombre de problèmes qui échappent à
son contrôle direct est donc de plus en plus important.
Les hypothèses doivent être identifiées lors de
la formulation initiale du projet, mais à ce stade elles le sont
rarement de façon satisfaisante. Elles constituent un outil important
pour orienter la stratégie du projet et permettent de savoir si
celle-ci a une chance raisonnable de succès ou si elle repose sur
des hypothèses irréalistes. Il est essentiel de les contrôler
périodiquement afin de déterminer celles qui présentent
un risque pour le projet, de les mettre à jour en fonction des
leçons tirées de l’expérience et d’en
identifier de nouvelles. Le module
3 présente comment travailler sur les hypothèses dans
le cadre du système de S&E.
| |
Encadré 2-9. Travailler
avec des hypothèses
Au Népal, le projet de réduction de
la pauvreté dans les hautes terres de l’Ouest, pour
l’une de ses réalisations attendues (dont l’énoncé
est “un programme de microfinancement qui comprend des composantes
formation, crédit et épargne est mis en œuvre”),
est soumis aux hypothèses suivantes:
- les tendances et fluctuations du marché n’ont
pas d’incidences négatives sur la viabilité
économique des activités agricoles et non agricoles;
- le personnel du projet a reçu une formation suffisante
et est motivé;
- les groupes cibles sont disposés à participer
efficacement au projet et ils sont en mesure de le faire.
La plupart des projets comportent des hypothèses comme celles
mentionnées ci-dessus, qui décrivent l’évolution
de facteurs extérieurs dont dépend le succès
du projet. Par exemple, un projet d’amélioration de
l’irrigation peut reposer sur l’hypothèse d’un
approvisionnement continu en eau depuis un barrage. Mais le barrage
peut s’envaser en raison d’une mauvaise gestion environnementale
des bassins versants en amont, ou bien encore le gouvernement pourrait
décider de détourner les eaux vers d’autres
utilisations pour des raisons politiques. En identifiant ces hypothèses,
les responsables de la mise en œuvre du projet sont en mesure
de préciser celles sur lesquelles ils n’ont aucun moyen
d’action directe, et de voir ce qu’ils peuvent faire
pour réduire les risques d’origine extérieure.
Les hypothèses concernant les relations de causalité
internes au projet sont tout aussi importantes – et encore
plus négligées. Par exemple, un projet appuyé
par le FIDA au Mali prévoit de financer la construction de
marchés couverts dans des zones isolées afin de réduire
la pauvreté. Il fait donc l’hypothèse que la
présence physique de ces marchés se traduira par un
accroissement du revenu des ménages. Mais qui aura accès
à ces marchés, ceux-ci seront-ils utilisés,
et existe-t-il des produits à y vendre? Le revenu des utilisateurs
de ces marchés augmentera-t-il véritablement? Dans
l’affirmative, qui contrôlera les revenus supplémentaires
et comment seront-ils dépensés? Seront-ils consacrés
à l’achat de biens essentiels? Voilà autant
d’exemples d’hypothèses logiques internes qui
se cachent derrière le simple énoncé “les
marchés réduiront la pauvreté dans les zones
isolées”.
Le fait de rendre explicites les hypothèses permet de vérifier
plus facilement si la hiérarchie des objectifs présente
des points faibles et donc d’identifier les ajustements à
apporter. Cela est également très utile pour l’analyse
des données de suivi. Par exemple, dans une initiative d’agroforesterie
dans le sud-est du Brésil, les participants effectuaient
le suivi de leur temps consacré aux essais à la ferme.
Ces paysans ont été extrêmement surpris de réaliser
qu’après plusieurs années leur temps de travail
était encore très conséquent et que leur productivité
n’avait que très peu augmenté. Ce constat a
amené chacun à rejeter l’hypothèse initiale
selon laquelle les agriculteurs pauvres obtiendraient une rentabilité
suffisante au bout de deux ans. Le volet “agroforesterie”
du projet a ensuite été reformulé, en intégrant
une hypothèse améliorée consistant à
appliquer une progression moins rapide dans le temps du taux de
retour sur investissement, ce qui a permis de fixer un niveau d’impact
attendu du projet plus réaliste.
|
|
2.3.3 Responsabilité et ajustement
de la stratégie du projet
Pour pouvoir maîtriser les ajustements nécessaires de la
stratégie du projet, il vous faut connaître votre marge de
manœuvre. Un projet peut être modifié de deux façons:
-
Si le projet repose sur des stratégies ouvertes, avec des
orientations générales mais qui laissent aux partenaires
la possibilité de définir le détail des opérations
et des activités, la stratégie sera affinée au
fur et à mesure du déroulement du projet. Plus celui-ci
sera conçu de manière souple, plus il sera nécessaire
de disposer d’un bon système de S&E pour obtenir
des informations qui soient utiles.
-
Si le projet a été conçu de manière rigide,
les analyses du suivi-évaluation peuvent amener les partenaires
impliqués dans la mise en œuvre à conclure que
certaines activités, procédures ou relations ne sont
plus pertinentes ou que d’autres, non prévues, sont nécessaires.
L’ajustement repo-sera alors sur une meilleure compréhension
de ce qui est nécessaire pour réduire la pauvreté
dans la zone du projet.
Pour pouvoir procéder à des ajustements de stratégie,
il faut savoir avec précision quels sont les résultats à
atteindre qui engagent la responsabilité des personnes chargées
de la mise en œuvre du projet. Il vous faudra donc ajuster la stratégie
jusqu’à être sûr de pouvoir fournir les résultats
– ni plus ni moins – dont vous êtes responsable.
L’influence exercée par le projet sur les facteurs de son
environnement qui conditionnent l’atteinte de ses objectifs diminue
à chaque niveau franchi dans la hiérarchie des objectifs
(voir figure 2-5). Au niveau des “activités”,
les personnes chargées de la mise en œuvre ont un contrôle
important. Les facteurs extérieurs ne risquent guère de
menacer sérieusement le déroulement des activités.
En revanche, au niveau de “l’objectif général”,
de nombreux facteurs agissant sur l’impact échappent au contrôle
direct des responsables. À ce niveau, le projet ne représente
qu’un acteur parmi de nombreux autres contribuant à la réduction
de la pauvreté rurale. La responsabilité du projet est alors
moindre, mais elle ne disparaît cependant jamais complètement.
Figure 2-5. Les limites du contrôle
et de la responsabilité dans un projet

Par exemple, un projet peut prévoir des activités de formation
à l’intention des agriculteurs. Il peut exercer un contrôle
direct sur le lieu de formation, la préparation du matériel,
la présence d’un formateur qualifié et la sélection
des participants pour qu’ils remplissent les conditions requises.
Son contrôle est moindre en ce qui concerne la participation effective
de ceux-ci et considérablement plus réduit, si tant est
qu’il existe, en matière de mise en œuvre de ce qu’ils
auront appris une fois de retour sur leur lieu de travail. Si le personnel
du projet chargé de la formation peut être tenu responsable
de la pertinence et de la facilité d’accès à
ladite formation, il ne saurait en revanche être tenu responsable
du fait que les conditions à la ferme permettent ou non aux agriculteurs
d’appliquer les nouvelles compétences acquises.
Par conséquent, si vous craignez que l’objectif spécifique
du projet ne puisse être atteint qu’après certains
ajustements, il vous faudra réviser la stratégie en conséquence
(voir encadré 2-10). Vous aurez peut-être
à négocier avec les bailleurs de fonds et les organisations
de supervision leur accord sur les changements proposés. Les limites
de la responsabilité devront peut-être être négociées
avec les bailleurs de fonds, et ce point est fondamental pour que l’impact
attendu du projet soit réaliste.
| |
Encadré 2-10. Révision
de la stratégie d’un projet
Une étude de suivi-évaluation réalisée
dans le village de Challa, en Chine, concernant l’impact en
termes de bien-être d’un projet de crédit appuyé
par le FIDA a révélé la nécessité
d’adopter une approche plus globale de la réduction
de la pauvreté. Bien que le crédit ait contribué
à accroître la productivité sur les exploitations,
en raison d’une adoption accrue des paquets technologiques
vulgarisés, cet accroissement de productivité ne s’est
pas automatiquement traduit par une augmentation du revenu et une
amélioration du bien-être. L’étude a montré
que d’autres facteurs tels que les pertes post-récoltes,
les problèmes de commercialisation et de transformation de
la production limitaient l’ac-croissement des revenus. Certains
éléments, tels que les activités non agricoles
génératrices de revenus n’avaient – à
tort – pas été considérés lors
de l’élaboration initiale du projet. La stratégie
a dû être modifiée afin de prendre en compte
les problèmes rencontrés par les agriculteurs d’une
manière plus intégrée. Les représentants
paysans, les autres acteurs importants à la base et des experts
ont été réunis de façon à identifier
l’ensemble des problèmes, des besoins et des priorités
des paysans et pouvoir ainsi améliorer la stratégie
du projet.
|
|
2.3.4 Quand et comment ajuster la stratégie?
Il existe plusieurs outils de pilotage qui permettent d’orienter
la stratégie du projet.
-
La notion de négociation et de décision partagée
avec les partenaires impliqués dans la mise en œuvre et
les acteurs à la base peut paraître évidente,
au point qu’elle est parfois ignorée. Toute mesure destinée
à ajuster l’orientation de la stratégie doit reposer
sur un accord quant au besoin et aux types de modifications à
apporter, car l’existence même d’un tel accord renforcera
la probabilité de voir les modifications effectivement appliquées.
Il faudra également négocier avec les bailleurs de fonds
et les administrations concernées par le projet. Il ne sera
pas possible d’appor-ter tous les changements souhaités,
mais le fait de disposer, grâce au suivi-évaluation,
de données solides qui permettent d’expliquer pourquoi
tel ou tel changement est souhaitable, permet d’avoir une plus
grande marge de manœuvre.
-
La hiérarchie des objectifs est un thème
qui peut être abordé lors des réunions de bilan
et programmation périodiques (semestrielles et annuelles) au
cours desquelles on compare les résultats obtenus avec ce qui
avait été prévu et on tente de comprendre la
différence entre les deux (qui intervient inévitablement).
De nombreux projets se centrent sur les activités lors des
réunions d’analyse de l’avancement, mais cela n’est
pas suffisant pour assurer une gestion de projet effectivement orientée
vers l’impact.
Au sein de la stratégie, les niveaux “réalisations”
et “activités” décrivent la façon
dont vous pen-sez devoir vous y prendre pour atteindre les niveaux
“objectif spécifique” et “objectif général”
du projet. L’examen des progrès réalisés
doit porter sur les deux niveaux. Si vous vous limitez aux seules
activités et réalisations, vous pourriez en conclure
que tout se passe comme prévu mais il vous faut également
vous demander “vers quoi cela mène?” afin de pouvoir
déterminer si tel est également le cas en ce qui concerne
les effets et l’impact. Cela permettra d’éviter
de gaspiller du temps et des ressources pour des réalisations
et des activités sans intérêt.
-
Les hypothèses peuvent être contrôlées
régulièrement afin de vérifier si elles sont
toujours valables. Il faut identifier les nouvelles hypothèses
qui sont apparues et abandonner celles qui ne sont plus pertinentes.
-
Après avoir évalué les problèmes rencontrés
et les succès obtenus et révisé les hypothèses,
assu-rez-vous que chacun des niveaux hiérarchiques est
pertinent et complet. Ajoutez de nouvelles activités ou réalisations
attendues et supprimez celles qui, d’après votre évaluation,
n’ont plus d’in-térêt. Ajustez également
les objectifs selon que de besoin. Cela pourra nécessiter des
négociations avec les organismes de financement, en particulier
en ce qui concerne les objectifs de niveaux hiérarchiques les
plus élevés.
-
Un système de suivi-évaluation peut fournir
les données nécessaires et assurer l’organisation
des processus de réflexion selon les points 1 à 4 ci-dessus.
L’encadré 2-11 montre comment un projet
au Venezuela évalue les résultats obtenus par diverses composantes
d’un projet et se fonde sur cette évaluation pour améliorer
la stratégie.
| |
Encadré 2-11. Auto-évaluation
stratégique au Venezuela
Au Venezuela, le PRODECOP analyse les résultats
des diverses composantes de projet en cinq étapes:
-
Les résultats attendus (planifiés):
l’atteinte de chaque objectif est évaluée
sur une échelle allant de 0 (aucun progrès) à
5 (excellent).
-
Les résultats non prévus: les résultats
sont décrits et leur contribution à la composante
de projet évaluée (importante, moyenne ou faible).
-
Les facteurs ayant une incidence sur les résultats:
dresse la liste des facteurs et évalue s’ils
ont été positifs ou négatifs et pourquoi.
-
Les impacts éventuels: dresse la liste des
impacts possibles aux niveaux sociaux, économiques, éducatifs
et autres à quatre niveaux (acteurs et communautés
à la base, personnel du PRODECOP, PRODECOP, autres programmes/organisations).
-
Les mesures nécessaires pour améliorer les
résultats des différentes composantes du projet:
dresse la liste de toutes les mesures que prendra le projet
pour son propre compte et de toutes celles qui pourraient relever
de la responsabilité d’autres intervenants (en
les indiquant).
Les données de S&E nécessaires à
cette analyse proviennent d’enquêtes ou ont été
communiquées par des informateurs clés. Ces cinq étapes
sont appliquées aux trois composantes du projet, à
savoir: 1) renforcement des capacités pour le développement
et la participation de la société civile, 2) systèmes
de services financiers et de financement rural, et 3) suivi-évaluation.
|
|
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2.4 Créer les conditions
favorables à la réflexion critique
2.4.1 Qu’entend-on par conditions favorables
à la réflexion critique?
Permettre aux différents intervenants d’avoir une réflexion
critique sur le déroulement des actions et d’en tirer les
leçons pour orienter l’intervention à la fois au plan
stratégique et au plan opérationnel constitue le deuxième
élément nécessaire à une gestion de projet
orientée vers l’impact.
Le petit test suivant vous permet de vérifier si le management
de votre projet favorise la réflexion critique. Interrogez-vous
sur chaque ligne d’énoncé. Si votre réponse
est, pour chacune d’entre elles, un “oui” clair et sans
ambiguïté, alors vous pourrez en conclure que le pilotage
de votre projet, du point de vue des conditions favorables à la
réflexion, est bien engagé:
- Chacun a le sentiment que ses idées et suggestions sont appréciées.
- Chacun considère que les erreurs et les échecs sont
autant d’occasions de tirer des enseignements et qu’il ne
faut pas en avoir honte.
- Les principaux acteurs impliqués dans la mise en œuvre
du projet communiquent ouvertement et régulièrement.
- Les personnes impliquées dans la mise en œuvre du projet,
y compris les acteurs à la base, discutent régulièrement
et sans façon de l’avancée du projet, des relations
entre les différents intervenants et de comment améliorer
les actions.
- Les responsables du projet écoutent avec attention ce que les
autres ont à dire et recherchent des solutions avec eux.
- Lors des réunions et ateliers périodiques, un temps
est consacré à l’analyse des erreurs et à
la réflexion sur les leçons qui peuvent en être
tirées.
- La question “Pourquoi telle chose se produit-elle?” est
souvent posée lors des discussions.
Créer les conditions favorables à la réflexion
critique et à la capitalisation peut demander seulement de légères
modifications à la gestion du projet, ou bien nécessiter
des interventions et des modifications beaucoup plus conséquentes
(voir encadré 2-12).
| |
Encadré 2-12. L’importance
de la restitution pour créer un environnement de réflexion-capitalisation
L’équipe de direction du projet de développement
des micro-entreprises rurales en Colombie (PADEMER) attache une
très grande importance au S&E. L’un de ses points
forts a été sa capacité à prendre des
décisions sur la base des informations fournies par le S&E.
Les visites de suivi sur le terrain ont abouti à l’annulation
de contrats avec certains opérateurs et à la modification
des procédures de mise en œuvre. La restitution des
informations aux opérateurs les a encouragés à
modifier leur propre stratégie. Quatre fois par an, ils soumettent
des rapports financiers et techniques à l’unité
chargée du S&E, qui les analyse et leur en restitue les
résultats. Un tel processus aide les partenaires à
déterminer quelles sont les informations pertinentes à
faire figurer dans leurs rapports. Ainsi ces derniers ne sont plus
seulement constitués d’une liste d’activités,
mais décrivent les résultats obtenus et les moyens
utilisés pour ce faire. |
|
2.4.2 Le management du projet, facteur déterminant
du processus de réflexion critique
La responsable d’un projet en Amérique latine demande à
ses collègues d’évaluer la façon dont elle
s’acquitte de sa fonction. Ce type d’attitude est rare. Pourtant,
c’est bien en acceptant soi-même la critique et en montrant
que l’on peut apprendre grâce aux remarques constructives
de ses collègues, que l’on peut arriver à constituer
une ambiance de véritable collaboration et de réflexion
critique au sein d’une équipe. Les responsables de projet,
qui ne sont pas en général sélectionnés sur
leurs compétences ou leurs dispositions pour le management, peuvent
en revanche tous travailler à l’amélioration de leur
savoir-faire dans ce domaine. Le personnel d’un projet a ainsi jugé
que pour favoriser le suivi et la réflexion critique, un responsable
de projet devait posséder les deux qualités essentielles
suivantes:
-
Attitude – La personne choisie pour diriger le projet
doit avoir compris que le S&E est une activité essentielle,
et que ceux qui en sont chargés ne sont pas des concurrents
mais des collègues qui ont les mêmes objectifs quant
à l’amélioration de la mise en œuvre de l’intervention.
-
Conviction – Il faut que le responsable du projet
fasse preuve d’une réelle motivation pour la réflexion-capitalisation
et la création d’un état d’esprit positif
au sein de l’équipe. Cet état d’esprit doit
se manifester dans ses rapports avec le personnel, par la diffusion
de l’informa-tion, par un dialogue ouvert et transparent et
par l’allocation de ressources suffisantes pour le suivi-évaluation.
Le responsable d’un projet n’a certes pas d’influence
sur le contexte dans lequel le projet est mis en œuvre, mais il en
a sur la culture interne au projet. La comparaison de deux projets exécutés
dans le même pays, l’un bien conçu mais avec une gestion
peu efficace du système de S&E et l’autre moins bien
conçu mais avec une bonne gestion de ce système, a montré
que le second a obtenu de meilleurs résultats grâce aux redressements
qu’il a pu mettre en place suite à l’analyse des informations
issues du suivi-évaluation. Un bon management peut donc permettre
de résoudre de nombreux problèmes, même ceux liés
à une mauvaise conception initiale.
Il n’est pas forcément nécessaire de mettre en œuvre
des procédures complexes pour encourager la réflexion critique
(voir encadré 2-13). En Inde, le responsable
d’un projet séjourne fréquemment auprès des
groupes locaux concernés par le projet, ce qui lui permet de réaliser
un suivi qualitatif et d’apprécier directement la manière
dont le projet se déroule. Il restitue ensuite directement par
écrit ses impressions à tous ceux qu’il a rencontrés.
On trouvera au module 8,
d’autres idées destinées à encourager la réflexion
critique.
| |
Encadré 2-13. Le
partage des idées peut permettre d’éviter des
frustrations au personnel
Bien que les échanges entre projets puissent stimuler fortement
la réflexion et ainsi l’amélioration des pratiques
et des connaissances, les projets appuyés par le FIDA fonctionnent
souvent de façon complètement isolée, ils n’ont
généralement pas de contacts suffisants avec leur
environnement. Prenons le cas de deux projets appuyés par
le FIDA dans le même pays: ils ont des objectifs similaires
et sont dirigés en grande partie par le même personnel
du Ministère de l’agriculture, y compris, au niveau
provincial, par le même coordonnateur de projet et la même
personne chargée du suivi agricole. Chaque projet a un responsable
différent. Ceux-ci se réunissent rarement et organisent
tout aussi rarement des réunions d’équipes qui
permettraient pourtant de tirer profit des expériences de
chacun des projets, ou tout simplement de coordonner leurs activités.
Ce manque d’échanges se traduit par un sentiment de
frustration du personnel des services de l’agriculture concernés,
qui considère que le pilotage des projets n’est pas
clair, qu’il n’y a pas de priorisation des objectifs
et qu’il manque une mise en cohérence au sein de chaque
intervention et entre les deux. Ils se retrouvent à tenter
d’organiser leur programme de travail entre les deux projets
tout en ayant à tenir compte des autres tâches qu’ils
ont à effectuer au sein de leurs services.
Par contraste avec l’exemple précédent, dans
le cas d’un projet mis en œuvre au Bénin, l’élaboration
du système de S&E a été fortement inspirée
par le système mis en place par un autre projet appuyé
lui aussi par le FIDA, proche géographiquement et commencé
un an plus tôt. Les deux projets avaient établi des
contacts, ce qui a permis à l’un de réaliser
un manuel de suivi-évaluation appuyé à la fois
sur la documentation empruntée à l’autre et
sur les échanges entre les deux responsables. |
|
2.4.3 Tirer parti des problèmes pour
éviter les échecs
Il vous est peut-être déjà arrivé de lire
un rapport concernant un projet que vous connaissez bien et de vous apercevoir
que ce qui est écrit est très différent de la réalité:
le rapport passe probablement sous silence les difficultés rencontrées
par le projet.
Des problèmes surviennent au quotidien dans un projet, ce qui
ne veut pas dire que l’on est en situation d’échec.
En fait, les erreurs sont formatrices et peuvent justement aider à
éviter l’échec, à condition que l’on
sache en tirer les leçons. Il est d’ailleurs généralement
admis que l’on apprend plus de ses échecs que de ses succès.
Pourtant, étrangement, on a plutôt tendance à faire
ressortir les succès d’un projet, voire même à
les exagérer, et à en minimiser les problèmes et
les échecs.
En règle générale, toute organisation et tout individu
veut montrer qu’il ou qu’elle a réussi. Cette tendance
est visible à tous les niveaux du système, depuis les rapports
issus des ministères et des bailleurs de fonds jusqu’à
ceux des acteurs de terrain. Cela entretient le “mythe du succès”
(voir encadré 2-14) et laisse ainsi échapper
une opportunité essentielle de remise en question et de progression.
| |
Encadré 2-14. Les
“non-succès” n’ont pas la place qu’ils
méritent
Dans un projet, des indicateurs ont été mis au point
pour classer les coopératives en fonction de leurs performances.
Le classement reposait toutefois sur une analyse superficielle.
L’un des membres de l’équipe de projet, chargé
du développement des coopératives, a déclaré
que si les données beaucoup plus détaillées
dont il disposait à son niveau n’étaient pas
partagées et transcrites, le risque était réel
que l’outil de suivi en vigueur conduise à surestimer
les avancées de certaines coopératives et que l’on
soit amené à considérer, par exemple, que celles-ci
seraient capables de fonctionner de manière autonome, alors
que ce n’était probablement pas le cas. Lorsqu’on
lui a demandé pourquoi cette analyse ne figurait pas dans
les rapports, il a expliqué que les responsables du projet
et de ses diverses composantes voulaient présenter dans le
rapport des résultats positifs. Or, s’ils s’appuyaient
sur son analyse, le nombre de coopératives classées
dans les catégories “satisfaisantes” ou “très
satisfaisantes” aurait été beaucoup moins élevé.
De plus, le fait qu’un grand nombre de coopératives
soient classées comme “non satisfaisantes” risquait
de provoquer un arrêt du financement.
|
|
Pour créer des conditions propices à la réflexion
et à la remise en question, les personnes exerçant une responsabilité
dans le cadre d’un projet doivent donc prendre en compte le fait
que l’on parle trop rarement des problèmes et essayer de
renverser cette situation. On trouvera ci-après quelques idées
simples pour les aider en ce sens. Le module 8 examine plus en détail
comment faciliter le type de réflexion nécessaire pour que
les erreurs deviennent une force positive de changement.
-
Indiquez dans les rapports trimestriels et annuels ce qui
s’est déroulé de manière satisfaisante
et ce qui s’est déroulé de manière moins
satisfaisante. Indiquer aussi ce que le projet et ses partenaires
vont changer dans leur pratique suite à l’analyse des
erreurs commises et de leurs causes.
-
Vous pouvez valoriser l’innovation au sein du projet en organisant
un concours annuel, par exemple sur le thème “le
membre de l’équipe ou l’agent de terrain le plus
innovateur”. La reconnaissance publique des personnes créatives
et qui prennent des risques peut motiver les autres membres de l’équipe
à tirer les leçons des problèmes rencontrés.
-
Il est indispensable que les responsables du projet soient régulièrement
et ouvertement informés à partir du terrain de façon
à pouvoir prendre les décisions adéquates. Dans
ce sens, l’expérien-ce des “boîtes à
suggestions” utilisées par certaines entreprises pour
connaître les insatisfactions et les idées de leur personnel
et de leurs clients peut être aussi valorisée dans les
projets de développement. Ces boîtes sont très
faciles à mettre en place et l’examen de leur contenu
par les responsables du projet peut leur permettre d’avoir des
informations directes, fort utiles pour réagir aux problèmes
en connaissance de cause.
- Des représentants des villageois choisis avec soin doivent
participer au comité de pilotage du projet. Ainsi il
y a moins de risque que certaines de leurs préoccupations ne
soient oubliées. Par ailleurs, cela permet aux ruraux d’exprimer
leur opinion, ce qui est essentiel aux responsables de projet pour piloter
l’intervention dans le sens de l’intérêt des
communautés locales.
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2.5 Assurer une mise en œuvre
efficace
Un projet peut avoir une stratégie adaptée et une équipe
très ouverte qui cherche toujours à relever de nouveaux
défis, mais si son personnel n’est pas bien organisé,
si le matériel n’est pas bien entretenu et si les états
financiers ne sont pas à jour, le programme de travail et budget
annuel (PTBA) laissera à désirer et il est peu probable
que le projet ait véritablement l’impact qu’il pourrait
avoir. “Assurer une mise en œuvre efficace” nécessite
la mise en place des conditions pratiques d’une bonne conduite des
activités. Les opérations reposent sur le PTBA qui est lui-même
fondé sur la stratégie du projet. La façon dont le
PTBA est mis en œuvre détermine le caractère efficace
ou non de votre gestion.
Ce thème n’est pas l’objet principal du présent
guide. La question n’est examinée ici que brièvement
du point de vue de ses liens avec le suivi-évaluation. Pour plus
d’informations sur le PTBA, voir le module
3.
2.5.1 Principaux domaines de la gestion opérationnelle
Pour que la gestion opérationnelle d’un projet soit assurée,
celui-ci doit produire des programmes semestriels et annuels et des rapports
d’exécution détaillant les activités et les
dépenses dans six domaines:
-
Personnel. Il s’agit de mettre en place les
personnels nécessaires, de les payer et de veiller à
ce que leurs compétences soient adaptées au profil requis
et actualisées. Les procédures d’évaluation
de la performance du personnel sont très importantes. Elles
peuvent porter sur la productivité du personnel du projet et
des organisations partenaires, mais il est préférable
qu’elles concernent surtout la qualité du travail réalisé.
- Matériel, biens et bâtiments. Cette
rubrique concerne les véhicules, les matériels de construction
et le matériel de bureau (y compris les ordinateurs et les logiciels).
Il faut veiller à ce que les locaux disponibles au siège
comme dans les zones d’intervention soient suffisamment vastes
et que les dispositifs et ressources nécessaires pour leur entretien
soient mis en place.
-
Contrats. Il s’agit de tous les contrats de
sous-traitance conclus dans le cadre du projet, ils peuvent concerner
aussi bien des aspects mineurs que des composantes importantes du
projet.
-
Finances. Tous les responsables de projet connaissent
l’importance du contrôle des dépenses. Ils sont
aussi légalement tenus de faire réaliser des audits
financiers.
-
Programmation. Il faut établir des programmes
de travail mensuels, semestriels et annuels pour chaque membre du
personnel et chacun des principaux partenaires impliqués dans
la mise en œuvre, pour les diverses composantes ainsi que pour
l’ensemble du projet.
-
Communication. Dans chacun des programmes, un calendrier
présentant le détail des communications à effectuer
sur la période doit être établi ainsi que la répartition
des tâches. Sont concernés les communiqués internes
de même que les publications destinées à partager
l’information avec les différents acteurs concernés,
parmi lesquels les bailleurs de fonds.
2.5.2 Les informations nécessaires
à la gestion opérationnelle du projet
Dans chacun de ces domaines de la gestion opérationnelle, le
suivi-évaluation est nécessaire pour pouvoir adapter les
ressources, les procédures employées et la qualité.
Si l’on examine les systèmes d’information sur la gestion
des projets, on s’aperçoit que dans la plupart des cas, ils
fournissent un grand nombre de données sur les véhicules,
les fournitures, les finances, le personnel, etc. Dans certains projets,
la recherche et le traitement de ces informations peuvent occuper les
personnels de l’unité de S&E une grande partie de leur
temps. Dans le projet FODESA au Mali, toute la mise en œuvre des
activités – ainsi que le suivi de la mise en œuvre –
est sous-traitée et le personnel chargé du suivi-évaluation
consacre une part considérable de son temps à rechercher
et à traiter les informations permettant de s’assurer de
l’exécution conforme des nombreux contrats que cela implique.
Bien que la gestion opérationnelle nécessite la collecte
et l’analyse de nombreuses informations, ce suivi est généralement
plus simple que celui de la stratégie du projet. On trouvera au
tableau 2-5 les principaux domaines de la gestion
opérationnelle, les principales tâches correspondantes ainsi
que les besoins en information (voir également le module
5).
| Domaine
opérationnel |
Tâches |
Exemples
de besoins en information |
| Gestion
du personnel |
-
Élaboration et suivi des programmes de travail du personnel
- Évaluation de la performance du personnel
|
-
Programmes de travail trimestriels, semestriels et annuels pour chaque
membre du personnel
- Performance (quantitative et qualitative) de chaque membre du personnel |
| |
|
|
| Gestion des installations, des bátiments
et du matériel |
- Acat et entretien du matériel
- Allocation du matériel
- Obtention et entretien de locaux de travail appropriés
|
- Inventaire
- Utilisation des véhicules
- Calendrier d'entretien du matériel,
normes, responsabilités
|
| |
|
|
| Gention des contrats |
- Rédation
des contrats
- Suivi de la mise en application des contrats
|
- Base de données
contenant tous les contractants et les contrats
- respect des termes des contrats (délais,
qualité)
|
| |
|
|
| Gestion financiére |
- Affectation de ressources financières
aux activités
et aux tâches
- Contrôle de la conformité
des dépenses
au budget
- Révision
des budgets si nécessaire
|
- Information générale
sur la gestion financiére
du projet
- Audits annuels
|
| |
|
|
| Programme de travail et suivi des activités |
- Planification annuelle, trimestrielle et hebdomadaire
des activités
- Allocation des ressources aux diverses activités
- Contrôle du déroulement
des activités
et réglement
des problémes
|
- Liste détaillée
d'activités
et de tâches nécessaires
á l'obtention des résultats
- Listes des ressources nécessaires
par activité
- Déroulement
des activités
et des tâches
|
| |
|
|
| Gestion de la communication |
- Communication aux différents
acteurs d'informations actualisées
sur les activités
et les réunions
- Production des rapports prévus
|
- Calendrier/responsabilités
de la présentation
des rapports dans les délais
- Base de données
permettant d'identifier qui doit recevoir quel type de rapport
- Base de données
contenant tous le documents produits
|
Il est tentant de vouloir tout savoir mais il faut essayer de se limiter
aux informations dont vous avez réellement besoin, sous peine d’être
débordé par les tâches de collecte et d’analyse.
Il faut également éviter que toutes les informations remontent
systématiquement vers les échelons hiérarchiques
supérieurs, car cela ne fera que ralentir le processus de décision.
Pour être efficaces, les informations ne doivent être diffusées
que vers ceux qui en ont vraiment besoin. Pour chacun des domaines de
la gestion opérationnelle, les informations que vous avez “besoin
de connaître” doivent être directement liées
à trois questions de base:
- À quoi a servi l’argent dépensé et comment
le personnel a-t-il utilisé son temps?
- Quelle est la performance dans chacun de ces domaines – qualité
des résultats obtenus et des procédures utilisées?
- A-t-on été efficace ou faut-il améliorer l’utilisation
des véhicules, la performance du personnel, les procédures
d’achat des fournitures de bureau, etc.?
Le suivi grâce aux contacts directs avec les acteurs à la
base peut permettre d’avoir un angle de vue intéressant sur
l’efficacité de la gestion opérationnelle. Cela suppose
des entretiens réguliers avec les bénéficiaires pour
leur demander ce qu’ils pensent des services et des structures du
projet. La connaissance de leur perception permet de déterminer
comment mieux répondre à leurs besoins et à leurs
exigences. Pour recueillir des données, il est possible de constituer
des dossiers de suivi pour chaque acteur, mais cela n’est réaliste
que pour des acteurs clairement ciblés pour lesquels l’apport
du projet est à la fois spécifique et mesurable, par exemple
un crédit, et pour des informations simples. Il est également
possible de prévoir un programme d’enquêtes et d’études
périodiques auprès d’un échantillon d’acteurs
à la base. Les questions abordées peuvent être: les
personnes concernées sont-elles informées des services fournis
par le projet? Quel est parmi elles le pourcentage d’individus qui
a utilisé au moins une fois les services du projet? Quels sont,
d’après les personnes concernées, les problèmes
à résoudre en priorité? Enfin, des entretiens informels
peuvent permettre d’obtenir plus directement des informations sur
les expériences réussies et sur les problèmes rencontrés.
Il faudra chercher à savoir non seulement ce qui s’est passé,
mais également pourquoi. Vous trouverez à l’annexe
D d’autres méthodes qui peuvent vous être utiles.
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2.6 Élaborer et mettre
en œuvre le système de suivi-évaluation
2.6.1 Qu’est-ce que le système
de S&E?
Si vous vous reportez à la figure 2-1, vous
pouvez constater que les quatre fonctions de la gestion de projet orientée
vers l’impact reposent sur un système de S&E opérationnel.
On entend par système de S&E l’ensemble des procédures
de collecte, de traitement et d’analyse de l’information,
et d’établissement des rapports auxquelles s’ajoutent
l’ensemble des conditions et des compétences nécessaires
pour que les résultats du S&E contribuent valablement au processus
de prise de décision, de réflexion critique et de capitalisation.
Afin que tous les acteurs impliqués dans le projet puissent utiliser
les résultats du suivi-évaluation pour améliorer
la mise en œuvre de l’intervention, il est indispensable qu’ils
soient associés à l’élaboration des différents
éléments du système.
La mise en place d’un système de S&E comporte six étapes
qui doivent être franchies deux fois: au stade initial de conception
du projet puis de manière plus approfondie lors de sa mise en place.
- La définition de l’objectif du suivi-évaluation
et de son champ d’action – Pourquoi avons-nous besoin d’un
système de S&E et quelle est l’étendue de ce
que nous voulons suivre et évaluer?
- L’identification des questionnements, des besoins en information
et des indicateurs pertinents – Que nous faut-il savoir pour pouvoir
suivre et évaluer le projet de façon à le gérer
efficacement?
- L’organisation de la collecte et du traitement de l’information
– Comment seront collectées et organisées les informations
nécessaires?
- L’organisation de l’analyse et l’animation de la
réflexion critique – Comment interpréter les informations
recueillies et les utiliser de façon à améliorer
la mise en œuvre du projet?
- La mise en place des conditions nécessaires à l’élaboration
de rapports de qualité et l’organisation de la communication
– À propos de quelles activités et de quels processus
voulons-nous communiquer, comment et à l’intention de qui?
- L’organisation des conditions de travail et la planification
des moyens nécessaires – Qu’est-ce qui est nécessaire
pour que le système de S&E fonctionne effectivement?
Ces questions doivent être posées au moment du lancement
d’un nouveau projet et lors de la révision du système
de S&E d’un projet en cours. Il arrive qu’un projet se
soit posé certaines de ces questions mais que d’autres aient
été oubliées ou sous-évaluées, ce qui
a généralement comme conséquence un fonctionnement
peu satisfaisant de son système de S&E. Le nombre de questions
à traiter peut paraître effrayant, mais dans la pratique
on s’aperçoit souvent qu’il s’agit surtout de
bon sens. L’encadré 2-15 présente
brièvement le système de S&E d’un projet mis en
œuvre en Inde.
| |
Encadré 2-15. Description
générale d’un système efficace de suivi-évaluation
en Inde
Le système de S&E du projet de crédit
rural dans le Maharashtra est composé de trois éléments:
- Suivi des moyens/résultats: évaluation régulière
du déroulement du projet et des résultats obtenus
et adoption de mesures pour remédier aux problèmes
éventuels;
- Suivi de l’impact et évaluation permanente: détermination
de l’effet du projet sur les ruraux concernés (à
partir des informations recueillies par les conseils de développement
villageois et complétées par le personnel chargé
du S&E);
- Évaluation externe et études ponctuelles: examen
de l’impact à long terme du projet et de questions
précises apparues au cours de son déroulement.
Ce système de S&E a obtenu de bons résultats
parce que:
- Son organisation générale était bonne,
composée d’un vaste réseau d’antennes
sur le terrain dont le personnel était de haut niveau,
notamment au niveau de l’État.
- Avec l’aide d’experts locaux, des ateliers ont
été organisés afin de familiariser les opérateurs
impliqués dans la mise en œuvre de certaines composantes
avec le fonctionnement du système de S&E et ses besoins
d’informations. Ils ont été suivis de réunions
mensuelles au niveau du district ainsi que d’ateliers périodiques
destinés à analyser ensemble les informations recueillies.
Ces réunions ont permis de clarifier le contenu et le fonctionnement
du système de S&E, d’en accroître l’efficacité
et d’augmenter l’impact du projet.
- La restitution des informations était régulière
et ciblée de manière adéquate: le système
de S&E prévoyait la restitution systématique
aux opérateurs des informations de terrain analysées.
- Outre la collecte systématique des données usuelles,
des enquêtes ont été réalisées
à intervalles réguliers en fonction des besoins
(par exemple, une évaluation détaillée de
la situation des groupes d’entraide).
- Les données étaient analysées de façon
systématique et professionnelle, et fournissaient des informations
détaillées sur, par exemple, l’évolution
de certains indicateurs de pauvreté.
- Les acteurs à la base du projet ont été
impliqués dans le S&E. Un certain nombre de réunions
ont été organisées avec leurs chefs au niveau
des villages au démarrage du projet, ce qui explique probablement
leur participation active dans les différents aspects de
sa mise en œuvre.
|
|
2.6.2 De la collecte des données à
la prise de décision
Comme l’illustre l’exemple simple mais parlant ci-dessous
(voir également encadré 2-16), l’utilisa-tion
des données pour la prise de décision implique une attitude
critique. La responsable d’un projet appuyé par le FIDA à
Bhadrachalam (Inde) a examiné les résultats des programmes
en faveur des écoles et a constaté qu’ils étaient
très faibles dans une des zones du projet. En analysant de manière
plus approfondie les données dont elle disposait, elle s’est
rendu compte que les professeurs de la zone concernée n’avaient
pas reçu une formation suffisante. Un programme intensif de formation
a donc été appliqué, ce qui a permis d’améliorer
sensiblement les résultats. La responsable a ainsi effectué
une réflexion critique à partir des données à
sa disposition, ce qui lui a permis de prendre les mesures adéquates.
| |
Encadré 2-16.
Mesures simples d’utilisation des données pour la prise
de décision
- Au Bénin, grâce au fait que le personnel d’un
projet mentionnait les problèmes observés dans les
rapports de suivi-évaluation, par exemple que certains
groupes locaux ne se réunissaient pas assez souvent pour
fonctionner de manière satisfaisante, le projet a été
en mesure d’apporter une aide à ces groupes et de
remédier au problème.
- En Inde, dans le cadre d’un projet de crédit, l’analyse
des informations issues du suivi a montré que les groupes
d’entraide sont plus efficaces lorsqu’ils ne comportent
pas plus de 15 femmes. Ce nombre a donc été retenu
comme un maximum par le projet.
- Dans un autre projet également mis en œuvre en Inde,
les responsables ont renoncé à diffuser leurs messages
de vulgarisation agricole les plus difficiles après avoir
remarqué, suite à des enquêtes régulières
auprès des producteurs, que certains messages plus simples
permettaient d’augmenter la productivité agricole.
|
|
Pour la plupart des personnels de projets ou des organisations partenaires,
la notion de suivi est associée à celle de “données”
ou à de nombreux tableaux de chiffres. Ils considèrent que
pour réaliser un bon suivi, il importe de définir de nombreux
indicateurs. C’est pourquoi beaucoup de projets finissent par disposer
d’une longue liste de données chiffrées que le personnel
s’évertue à collecter alors qu’une grande part
de celles-ci n’ont guère d’influence sur le pilotage
du projet.
Relever des indicateurs et avoir certaines informations est certes indispensable
pour avoir une connaissance de la situation mais cela ne suffit pas pour
acquérir une compréhension de l’évolu-tion
du contexte, du déroulement des opérations ou des nouveaux
enjeux, ce dont le personnel du projet et ses partenaires ont besoin pour
orienter la stratégie et la mise en œuvre de l’intervention.
Avant de décider de collecter une certaine donnée, on doit
s’interroger et se mettre d’accord sur ce que son analyse
apportera comme information pour le pilotage de l’action et pour
la prise de décision. Tout bon système de S&E comportera
donc un protocole et des méthodes pour l’analyse des données,
la communication et la réflexion critique avec les acteurs concernés.
Les modules 6 et 8
présentent un certain nombre d’idées pour conduire
la réflexion critique et permettre le partage des conclusions de
l’analyse.
Consigner dans des documents les décisions prises après
l’analyse des données du suivi-évaluation peut contribuer
à en faciliter la mise en œuvre (voir encadrés
2-11 et 2-17). Mais les rapports doivent aussi
intégrer le suivi des nouvelles mesures engagées de manière
à permettre aux responsables de juger de leur intérêt.
Il ne suffit pas de définir qui est responsable de l’exécution
d’une décision, il faut pouvoir suivre si cela a été
fait, comment et avec quels résultats et juger de la qualité
du travail réalisé par le membre de l’équipe
ou le partenaire qui en était chargé.
Encadré 2-17. Format utilisé
par le Ministère ougandais de la fonction publique (entre autres)
pour présenter dans les rapports périodiques les mesures
à prendre en vue de remédier aux problèmes rencontrés
(download MSWord format | HTML
Format)
| Problème |
Mesure |
Personne(s) responsable(s) |
Délai |
Preuve de l'exéution |
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2.6.3 Concilier réflexion interne
et redevabilité
Le fait que le suivi-évaluation soit principalement destiné
à la réflexion interne et au pilotage du projet ne signifie
pas pour autant qu’il faille ignorer la question de la redevabilité
du projet vis-à-vis de l’extérieur. Les projets doivent
justifier auprès de leurs bénéficiaires, des organismes
publics, des bailleurs de fonds et de la société au sens
large les dépenses engagées, les activités exécutées,
les résultats atteints et l’impact obtenu. De même,
les organismes chargés de la supervision et les bailleurs de fonds
doivent à leur tour rendre compte de l’investissement réalisé
aux gouvernements et aux contribuables. Si ce compte rendu doit être
rigoureux, il ne nécessite cependant pas toujours la mise en place
d’outils complexes ou de données sophistiquées (voir
encadré 2-18).
| |
Encadré 2-18. Des
cas exemplaires – plutôt que des indicateurs –
pour rendre compte2
Le CCDB est une organisation non gouvernementale
du Bangladesh qui compte à peu près 550 personnes.
Son principal programme s’adresse à plus de 46 000
personnes dans 785 villages répartis dans 10 districts. Les
ruraux ont accès à trois types d’appui: le crédit
et l’épargne pour répondre aux besoins des ménages,
des dons destinés au développement communautaire,
et la formation. L’ampleur et la variété de
ces différentes activités rendaient difficiles la
conception d’un système destiné à en
suivre le déroulement et les résultats.
En 1994, un mécanisme participatif de suivi
a été introduit en renonçant délibérément
à l’utilisation d’indicateurs. La nouvelle approche
mettait l’accent sur les “histoires de changement”:
tous les trois mois les groupes qui bénéficient de
crédits choisissent et décrivent la transformation
la plus importante intervenue dans leur groupe, et ce d’au
moins trois points de vue:
- les conditions de vie de la population;
- la participation de la population;
- la durabilité des institutions et de leurs activités.
Ces “histoires de changements” s’appuient sur
des données simples et vérifiables. Ces histoires
sont consignées et envoyées aux bailleurs de fonds.
Pour éviter un trop grand nombre d’histoires qui seraient
à la longue fastidieuses à lire, chaque niveau du
personnel du projet (agents de vulgarisation, superviseurs et personnel
du bureau central) ne retient que celles qu’il considère
comme les “plus significatives” en justifiant son choix.
Le CCDB applique maintenant cette approche depuis plusieurs années.
D’après son directeur, elle permet à la fois
de rendre compte aux bailleurs de fonds et de comprendre l’impact
du programme sur les ruraux concernés.
Les informations fournies par le système de S&E sont
“suffisantes” lorsqu’elles permettent d’expliquer,
de manière fiable, ce qui se passe.
|
|
Si le système de S&E est bien conçu et permet de répondre
aux besoins en matière d’informations pour évaluer
l’impact du projet et en tirer des enseignements, il pourra également,
sans que cela ne nécessite d’efforts particuliers, fournir
les informations nécessaires pour rendre compte aux organismes
extérieurs. Le problème est que la plupart des projets adoptent
une approche inverse: ils essaient de s’organiser pour être
en mesure de présenter des rapports aux organismes extérieurs
et ne consacrent ensuite qu’un temps limité à la mise
en place des mécanismes internes de réflexion et de capitalisation.
Comment savoir si vous avez consacré suffisamment de temps au
mécanisme de réflexion critique? Si le suivi-évaluation
est intégré à la gestion du projet, il est impossible
de l’isoler et de déterminer combien de temps chacun des
responsables de sa mise en œuvre devrait y consacrer et y consacre
effectivement. Toutefois, en règle générale, le budget
destiné aux activités de suivi-évaluation, c’est-à-dire
aussi bien la réflexion critique que la rédaction des notes
et rapports pour rendre compte aux différents partenaires et bailleurs,
est de l’ordre d’entre 2% et 5% du budget général
du projet.
2.6.4 Faire simple
Un bon système de suivi-évaluation est un système
qui fournit des informations détaillées mais dont l’organisation
est simple. Il peut être construit sur des choses simples, telles
que l’organisation de réunions au cours desquelles est examiné
et élaboré le PTBA avec les différents acteurs, ou
l’en-registrement des activités réalisées et
une recherche d’éléments d’impact au moyen d’un
nombre très limité d’indicateurs clés. Un projet
a ainsi considéré que son système de S&E pouvait
reposer sur six éléments de base: organisation d’ateliers
réunissant les acteurs impliqués en vue de définir
les caractéristiques du système de S&E; suivi des activités;
suivi financier; suivi de l’impact avec les ruraux afin de renforcer
les organisations villageoises; suivi-évaluation externe pour évaluer
l’impact général du projet sur les différents
groupes de bénéficiaires; et suivi technique afin de répondre
aux problèmes méthodologiques qui pourraient se poser.
Un autre type de construction envisageable est de partir de trois éléments
principaux qui pourront être complétés au fur et à
mesure de l’expérience acquise et de l’évaluation
des besoins:
- le relevé, pour l’ensemble des activités, des
moyens engagés et des résultats obtenus;
- l’organisation de réunions trimestrielles avec les acteurs
clés pour évaluer l’avancement et les problèmes
rencontrés dans la mise en œuvre du projet;
- l’organisation de réunions annuelles de réflexion
sur des thèmes liés à l’impact du projet
(voir encadré 2-19) en vue de l’élaboration
du PTBA.
| |
Encadré 2-19. Cinq
questions pour repérer l’impact du projet – l’exemple
d’Oxfam
Pour orienter la réflexion, Oxfam UK, organisation
non gouvernementale internationale, encourage l’utilisation
des cinq questions suivantes:
- Quels sont les changements importants apportés aux conditions
d’existence de la population? Sont-ils durables?
- Quels progrès a-t-on enregistrés sur le plan de
l’équité et en particulier de l’égalité
hommes-femmes?
- De quelle façon les politiques et les pratiques, les
idées et les convictions des institutions dont l’action
a une incidence sur les conditions de vie des pauvres ont-elles
évolué?
- Dans quelle mesure les personnes démunies ont-elles pu
participer et avoir une influence sur les programmes, les processus
et les décisions qui ont une incidence sur leurs conditions
de vie?
- Les programmes mis en œuvre par Oxfam et par d’autres
pour encourager ces changements ont-ils un bon rapport coût-
efficacité?
Les réponses aux questions ci-dessus pourront être
plus ou moins précises en fonction des informations qu’apporteront
les différents acteurs et en fonction aussi des méthodes
de collecte et d’analyse utilisées (voir annexe
D). Ce sera toujours à vous de décider quel degré
de sophistication et de précision vous voulez apporter à
votre système de S&E. Néanmoins, aborder le problème
à l’aide de questions de base comme celles-ci permet
de structurer le dispositif de gestion des données, souvent
trop ambitieux en début de projet car voulant prendre trop
d’informations (voir également module
5). Cela ne vaut – comme pour le reste du suivi-évaluation
– que si les réponses apportées à ces
questions au fil du temps sont consignées, partagées
et traduites en actions.
|
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2.7 Les éléments
de base d’un suivi-évaluation participatif
2.7.1 Qu’est qu’un S&E participatif?
Très souvent, pour les personnels de projet, faire du suivi-évaluation
participatif se limite à “impliquer les communautés”
comme on aura pu, quelque part, à un moment donné. Pour
la plupart des projets, la notion de S&E participatif n’est
qu’une façon de dire “rassemblons des informations
auprès des acteurs locaux en utilisant quelques questionnaires
et méthodes statistiques”.
Pourtant, mettre en place une approche participative du S&E ne consiste
pas à apporter simplement quelques modifications à vos méthodes
de collecte de données. Par exemple, dans le projet d’infrastructures
communautaires dans la province de la frontière du nord-ouest du
Pakistan, mis en œuvre grâce à un financement de la
Banque mondiale, ce sont les communautés qui contrôlent la
qualité des investissements (voir Lectures complémentaires).
Le taux des organisations communautaires qui abandonnaient en cours leurs
projets est passé de 37% au cours de la phase 1 à 0% au
cours de la phase 3. La réduction des coûts a atteint 40%
et les travaux réalisés sont souvent de meilleure qualité
que ceux effectués par l’intermédiaire des pouvoirs
publics. Pour que la participation se traduise par une implication durable
et un accroissement du pouvoir de décision et de gestion des populations,
il faut que le projet et la population concernée aient une conception
commune et prennent les décisions ensemble. Un suivi-évaluation
dont le contenu et les procédures ont été définis
en commun doit être considéré comme un des éléments
d’une bonne gouvernance. L’encadré
2-20 donne un exemple de système de S&E participatif fondé
sur un apprentissage commun et une prise de décision partagée.
| |
Encadré 2-20. Exemple
du village de Chella (Tanzanie)
Lors de l’examen annuel du projet, une association locale
gérant un périmètre irrigué a posé
une question d’importance à des fonctionnaires de district
tanzaniens: “Vous dites que le projet nous appartient et qu’il
figure dans le plan d’action [de notre association]. Mais
pourquoi ne nous dites-vous pas, par exemple, quelle quantité
de ciment est nécessaire et quel en sera le coût? Pourquoi
ne nous confiez-vous pas le ciment afin que nous puissions le fournir
à l’entreprise de travaux en fonction des besoins...
et ainsi être responsable?”
Le coordonnateur a alors donné son accord pour que l’association
supervise l’utilisation du ciment. Cette dernière s’est
donc chargée d’en contrôler la distribution et
l’utilisation en fonction des besoins de l’entreprise
avec laquelle avait été passé le contrat de
travaux. Une fois le projet terminé, il lui restait sept
sacs de ciment grâce à la “bonne supervision”
exercée. Les membres de l’association ont fait observer
que si le personnel de projet avait supervisé l’intégralité
du contrat, tout le ciment aurait probablement été
utilisé. Elle a ensuite proposé de vendre le ciment
non utilisé et de verser le produit de la vente au fonds
d’exploitation et d’entretien. À la suite d’une
discussion lors de la réunion annuelle de bilan et de nouveaux
essais avec un groupe pilote, les procédures de passation
de marché du projet ont été modifiées
de façon à déléguer à l’association
une plus grande responsabilité en matière de supervision
des travaux de construction. |
|
Pour que le système de S&E soit véritablement participatif,
il ne suffit pas de greffer quelques techniques de collecte de données
de type participatif sur un système classique de S&E ou d’organiser
seulement un atelier pour définir des indicateurs. Il faut réellement
repenser le système et se poser la question de qui sera le mieux
à même de lancer et mener à bien le processus, qui
tirera profit des enseignements fournis par le système.
Prenons l’exemple, de plus en plus fréquent, d’avoir
à définir un mécanisme participatif pour réaliser
le bilan annuel d’un projet. Le responsable du projet ou les membres
de l’équipe chargée du suivi-évaluation doivent
prendre des décisions en matière de budget et de personnel
pour que le travail soit réalisé. Trois possibilités
s’offrent à eux:
- engager pendant environ deux mois par an un consultant qui permettra
aux principaux acteurs d’apporter en un temps limité une
contribution clairement ciblée;
- engager pour une période pouvant aller jusqu’à
six mois pendant les deux premières années du projet,
un consultant chargé de définir le processus avec le personnel
du projet, d’en faciliter en partie la réalisation et d’appuyer
ainsi la formation du personnel;
- organiser des rencontres avec les partenaires du projet et les représentants
de la population locale au moment du lancement du projet et élaborer
conjointement un système qui permette de tirer les leçons
de chaque bilan annuel pendant toute la durée du projet.
Cette dernière option prend plus de temps et exige davantage d’engagement,
mais elle constitue un véritable investissement dans la construction
des capacités locales et l’appropriation du projet. Elle
implique de planifier clairement les activités de formation et
de fixer des échéanciers réalistes. Les rencontres
peuvent être organisées au début du projet, mais il
est préférable de rechercher une large participation des
différents acteurs concernés avant même la mise en
œuvre de l’intervention (voir encadré
2-21).
| |
Encadré 2-21. La
participation des acteurs locaux à la conception d’un
projet facilite la définition ultérieure du système
de S&E
-
La responsable d’un projet consacré à la
biodiversité au Ghana a constaté que si les acteurs
locaux concernés participent à la conception du
projet, les activités de suivi-évaluation sont
de bien meilleure qualité. Lors de la phase de formulation,
les communautés bénéficiaires ont participé
à la définition des activités à
entreprendre ainsi que des indicateurs d’impact. La responsable
a déclaré que lorsque les membres de la communauté
étaient impliqués dès le début (dans
ce cas précis, à la définition des indicateurs),
ils en comprenaient mieux la justification et la stratégie,
et étaient plus actifs au niveau du suivi-évaluation.
-
Par contraste avec l’exemple précédent,
les services de l’administration responsables d’un
projet qui appuyait la mise en place d’activités
génératrices de revenus ont organisé un
atelier pour présenter en détail le cadre logique
du projet. Les participants (responsables de projets et représentants
de certaines ONG susceptibles d’y participer) ont évalué
l’opérationnalité des indicateurs suggérés
pour mesurer l’impact de l’intervention. Tous les
responsables de projets ont précisé leurs besoins
et leurs attentes en matière d’information et ont
préparé suite à l’atelier un plan
opérationnel pluriannuel. Le choix définitif des
ONG partenaires est intervenu après cet atelier et seules
deux d’entre elles y avaient participé. Les 12
autres ONG retenues n’avaient pas pris part à l’examen
du système de S&E, ce qui a posé par la suite
des problèmes dans la mesure où elles n’étaient
pas correctement informées des besoins du système.
|
|
La Colombie offre un exemple particulièrement intéressant
de système de S&E participatif, intégré à
la planification, permettant au projet d’assumer information et
responsabilité vis-à-vis de ses commanditaires et des bénéficiaires
(voir encadré 2-22). Cet exemple pourra paraître
hors sujet par rapport à votre situation, cependant il fournit
certainement des éléments qui lui seront en partie applicables.
En tant que responsable ou membre de l’équipe chargée
du S&E, vous n’avez pas à interrompre tout ce que vous
avez déjà entrepris et à repartir à zéro.
Commencez simplement par le problème auquel vous devez faire face
aujourd’hui et utilisez les idées pratiques suggérées
aux modules 4 à 8 du présent guide pour améliorer
progressivement la façon dont vous tirez les enseignements de ces
problèmes.
| |
Encadré 2-22. Un
système de S&E qui contribue à la gouvernance
locale en Colombie
En Colombie, l’ACIN, qui est une association
de populations indigènes couvrant 13 communautés,
suit et évalue son propre plan multisectoriel de développement
régional. Ce S&E se déroule selon trois cycles:
1) un cycle triennal d’évaluation du plan local de
développement complété par 2) un cycle annuel
d’évaluation des petits projets qui constituent le
plan et 3) une évaluation mensuelle des activités.
Le cycle triennal, qui couvre l’ensemble du
plan, se concrétise par quatre réunions qui regroupent
chacune environ 300 à 600 personnes (hommes et femmes, adultes
et jeunes, enfants, dirigeants communautaires et membres de l’administration
ainsi que d’autres acteurs qui participent collectivement
au processus de prise de décision) pendant trois jours. Les
représentants de chaque groupe social et de chaque secteur
d’activités sont également présents afin
d’assurer la continuité des activités.
- La communauté définit ou modifie sa vision de
l’avenir et établit les critères de développement
en comparant les situations présente et passée.
Ainsi, la situation présente est analysée au moyen
de données provenant de systèmes d’information
géographique et de modèles à échelle
réduite de la zone locale. La première assemblée
permet également de revoir le plan de développement
local et d’identifier les résultats obtenus ainsi
que les forces et les faiblesses de chaque secteur compte tenu
des objectifs fixés pour les trois années suivantes.
- Les résultats attendus sont identifiés par secteur,
en fonction de la vision des priorités de développement
définies lors de la première assemblée. Ils
sont classés par ordre de priorité et regroupés
en diverses catégories, puis des indicateurs sont sélectionnés
pour chacun des résultats. Après la deuxième
assemblée, le conseil de planification organise un atelier
afin d’examiner les indicateurs adoptés, qui serviront
lors des enquêtes de référence auxquelles
il est répondu collectivement à l’occasion
de vastes réunions organisées dans chacune des communautés.
Les informations sont résumées sous forme de tableaux
qui montrent les résultats attendus, les indicateurs correspondants,
les informations fournies par le suivi et les résultats
obtenus.
- Les informations recueillies à l’occasion de ces
enquêtes sont présentées lors de la troisième
assemblée. Les indicateurs sont rapportés aux objectifs
fixés et des objectifs complémentaires sont identifiés
pour les trois années suivantes. Les participants analysent
les informations dans le cadre de comités de travail sectoriels.
Les conclusions de la troisième assemblée sont débattues
au niveau communautaire afin de valider les conclusions et de
s’assurer qu’elles bénéficieront d’un
large soutien de la part des communautés.
- Lors de la quatrième assemblée, le plan de développement
local, les objectifs et les activités sont à nouveau
examinés et ajustés en fonction des résultats
des analyses et des conclusions des évaluations. L’assemblée,
au vu de ce qui a facilité ou au contraire gêné
le bon déroulement des activités, classe les objectifs
par priorité et identifie des stratégies pour les
atteindre. Des projets de développement local sont élaborés
avec l’aide du conseil communautaire et des représentants
sectoriels puis sont présentés à l’assemblée
pour adoption.
|
|
2.7.2 Les points clés à prendre
en compte pour la mise en place d’un suivi-évaluation participatif
Que ce soit au moment de l’élaboration du système
de S&E d’un nouveau projet ou au moment de la révision
du système de S&E d’un projet en cours, quatre points
clés sont importants pour que le système de suivi-évaluation
auquel vous aboutirez soit adapté à votre situation:
1. Ayez une idée précise des motivations des différents
acteurs qui souhaitent participer au suivi-évaluation et n’essayez
pas de les contraindre à travailler ensemble si cela n’est
pas possible. On pense fréquemment que l’organisation
d’une large participation au système de S&E permet de
répondre aux besoins de chacun en matière d’information.
Or, ces besoins sont parfois tellement différents qu’il peut
s’avérer préférable d’adopter des systèmes
distincts et complémentaires plutôt que de tenter d’obtenir
toutes les informations nécessaires d’un seul ensemble d’indicateurs
ou d’un seul dispositif de rencontres. Il s’agira donc de
fournir un appui afin que les différents systèmes fonctionnent
de manière satisfaisante et se complètent.
Le tableau 2-6 présente les motivations de
trois groupes d’acteurs différents dans un projet agricole
au Brésil. Après avoir essayé de mettre au point
un système unique pour tout le monde, il était devenu clair
pour l’organisation non gouvernementale en charge du projet que
les besoins en matière d’information et les échelles
d’analyse différaient tellement d’un groupe à
l’autre qu’il était indispensable de mettre en œuvre
différents processus de S&E.
Au Nicaragua, le projet Tropisec a mis au point divers types de rencontres
et de mécanismes pour la production des rapports, spécifiques
pour les différents niveaux et groupes d’acteurs. Par exemple,
à la base, pour ce qui est des ménages, le suivi-évaluation
prend principalement la forme de réunions mensuelles, de sessions
semestrielles de planification et d’évaluation et d’enquêtes
de référence. En ce qui les concerne, les structures chargées
de la mise en œuvre présentent chaque trimestre des rapports
décrivant les résultats obtenus, les enseignements tirés,
les réunions organisées avec des représentants de
l’administration locale et les résultats d’évaluation
indépendante concernant des composantes du projet sous-traitées.
Enfin, pour les responsables du projet, le niveau du suiviévaluation
est le même que celui des opérateurs et consiste, par exemple,
à réaliser des réunions mensuelles de suivi et des
études de cas destinées à évaluer l’impact
du projet.
Tableau 2-6. Motivation des participants au suivi-évaluation
d'un projet au Brésil
| Participants |
Pourquoi souhaitaient-ils
suivre et évaluer le projet agricole commun? Pour: |
| Agriculteurs |
- améliorer la gestion
de leurs propres entreprises agricoles
- susciter l'intérét d'autres agriculteurs qui n'étaient
pas encore engagés dans des modes d'exploitation durable
|
| |
|
| Syndicat de travailleurs
ruraux |
- évaluer
l'impact de façon plus sûre et éviter
les points de vue non fondés
- prouver aux autres agriculteurs que les modes d'exploitation agricoles
durables pouvaient présenter de l'intérét
également pour eux et méritaient
le soutien de leurs organisations
- être en mesure de mieux évaluer les aspects
non agricoles de l'action du syndicat
- participer á la planification étant donné
qu'ils savaient ce qui marchait et ce qui ne marchait pas
|
| |
|
| ONG locales |
-
évaluer l'impact écologique, social
et économique des innovations au niveau local
-montrer aux organismes de financement dans quelle mesure les efforts
entrepris permettaient effectivement d'atteindre les objectifs fixés
- participer â la planification des activités
et á leur classement en fonction de leur degré
de priorité
- disposer d'arguments en faveur du projet á présenter
au niveau régional, de l'État voire national
- renforcer la capacité es agriculteurs et des syndicats
á exécuter eux-mêmes des activités
agricoles durables
- renforcer les interactions entre les groupes expérimentaux
d'agriculteurs constitués depuis peu
|
2. Négociez avec chacun et convenez de leur “degré”
de participation. L’importance de la participation des différents
groupes dépend largement de l’objet du système de
S&E.
S’il s’agit de mettre en place des mécanismes locaux
durables de S&E (comme pour la fertilité des terres), les agriculteurs
et le personnel de vulgarisation devront alors participer à l’ensemble
du processus: définition de la méthodologie, collecte et
regroupement de l’information, analyse et diffusion des résultats.
S’il s’agit au contraire de s’informer, dans le cadre
du projet, des conditions locales de gestion de la fertilité des
terres, la participation peut être dans un premier temps limitée
au personnel de projet, mais il sera essentiel d’obtenir le point
de vue des agriculteurs au sujet des indicateurs utilisés. S’il
s’agit de faire en sorte que le projet s’acquitte mieux de
ses responsabilités à l’égard des organismes
extérieurs, alors il sera peut-être possible de mettre en
place un système classique de suivi-évaluation et de faire
appel à des méthodes participatives pour recueillir et analyser
les informations avec les bénéficiaires.
Pour évaluer dans quelle mesure il est nécessaire que
les différents acteurs (membres de la communauté, groupes
d’agriculteurs, dirigeants communautaires, organismes publics, personnel
des ONG, etc.) participent au S&E, on peut se poser les questions
suivantes:
- À quel stade la participation est-elle importante: au moment
de l’élaboration de la méthodologie, du traitement
de l’information, de l’analyse finale, etc.?
- Quel est le destinataire final des informations au sujet de chaque
activité, résultat et impact? Ceux qui utiliseront ces
informations pour prendre des décisions doivent avoir les éléments
pour comprendre sur quelles bases elles reposent et comment elles ont
été obtenues, sans quoi ils n’en comprendront pas
les implications.
- Quelles sont les compétences nécessaires pour l’analyse?
Plus l’analyse est difficile, plus il faut faire preuve de prudence
avant d’encourager une large participation, à moins que
l’on ne sache clairement qui en bénéficiera et comment.
3. Assurez-vous que la population trouve un intérêt
à participer, et identifiez l’appui nécessaire.
Même si le personnel du projet et des organisations partenaires,
ainsi que les acteurs à la base sont motivés, ils ont quand
même besoin, pour continuer à s’impliquer, de pouvoir
constater concrètement à quoi mènent leurs efforts.
L’encadré 2-23 présente un certain
nombre d’idées pour maintenir l’in-térêt
de la population à l’égard du suivi-évaluation.
Le module 7 présente
d’autres idées sur les incitations et la motivation. Par
ailleurs, étant donné que les capacités sont souvent
limitées, il est fort probable que vous devrez chercher à
les renforcer par la formation. Ainsi, en Zambie, un projet qui s’appuyait
sur un suivi-évaluation au niveau du district a rencontré
plusieurs problèmes: définition peu claire des rôles,
des responsabilités et des compétences; faiblesse des structures
au niveau du sous-district et capacité limitée en matière
de suivi-évaluation. Des efforts concertés sont nécessaires
pour pouvoir assurer, dans un tel contexte, une large participation au
suivi-évaluation.
| |
Encadré 2-23. Facteurs
exerçant une influence sur une participation durable de la
population au suivi-évaluation
- intérêts du S&E aux yeux de la population (et
coûts partiels ou à court terme)
- utilité du S&E pour les priorités des groupes
participants
- souplesse du système de S&E pour répondre
à des besoins d’informations divers et changeants
- restitution rapide et ciblée des résultats du
S&E
- capacité à mettre en œuvre les recommandations
issues des résultats du S&E
- forces et potentiel des groupes concernés en termes de
moyens, de capacité à diriger, de nature et de maturité,
y compris leur ouverture en ce qui concerne le partage du pouvoir
- histoire politique locale, étant donné qu’elle
influence l’ouverture de la société à
l’égard des initiatives des acteurs à la base
- capacité à faire face aux besoins vitaux à
court terme des participants, tout en répondant à
des besoins d’information à plus long terme
- soutien matériel pour rendre faisable concrètement
le suivi-évaluation (par exemple, stylos, livres, formation,
etc.)
|
|
4. Associez des éléments participatifs et non participatifs
de suivi-évaluation dans le même cadre de projet. Les
besoins en matière d’information ne sont pas les mêmes
pour tous, de sorte que l’importance de la participation sera variable
suivant les aspects concernés (voir encadré
2-24). Les domaines de la gestion opérationnelle seront suivis
directement par le personnel de projet, éventuellement avec les
organisations partenaires impliquées, tandis que l’évaluation
du processus de mise en œuvre et de l’impact du projet devront
toujours faire appel au point de vue des acteurs à la base et donc
être à caractère davantage participatif.
| |
Encadré 2-24. Différencier
les suivis participatifs en fonction des acteurs3
Pour fonctionner de manière satisfaisante, un système
de suivi participatif doit reposer sur une approche à plusieurs
niveaux qui relie les besoins différents – et souvent
contradictoires – en matière d’information de
tous les participants. Des réunions périodiques sont
nécessaires à tous les niveaux afin d’utiliser
les données obtenues. Quelques méthodes de suivi participatif:
- au niveau du groupe local: tenue d’un registre permanent,
organisation de réunions, tenue de grands livres et livres
de comptes, évènements communautaires;
- au niveau des agents de vulgarisation: carnets et registres,
réunions pour suivre les progrès du groupe;
- au niveau du projet: dossiers, archives et comptabilité
du projet, enquêtes par échantillon, visites sur
le terrain, préparation de rapports d’activités
périodiques et réunions avec les agents de vulgarisation
afin de faire le point sur le déroulement de l’activité;
- au niveau de l’organisme de financement: suivi extérieur
et ateliers.
|
|
Les responsables de projets en cours qui souhaitent adopter des formes
de suivi-évaluation plus participatives auront peut-être
l’impression qu’ils ont besoin de compétences et de
méthodes spécifiques et complexes alors qu’en fait
il suffit d’apporter quelques changements relativement simples.
Dans le projet mis en œuvre dans la région de Cuchumatanes
au Guatemala, les responsables du projet n’ont dans un premier temps
utilisé que des évaluations internes pour suivre le déroulement,
identifier les problèmes et apporter des solutions.
Toutefois, après une modification de la nature du projet qui a
consisté à transférer au groupe utilisateur la mise
en œuvre des services techniques, des représentants des bénéficiaires
ont commencé à participer aux évaluations: ils présentaient
les services qu’ils fournissaient ou pour lesquels ils effectuaient
un appui, tandis que pour sa part le personnel du suivi-évaluation
présentait les résultats des auto-évaluations réalisées
par les bénéficiaires de ces services. Ces présentations
servaient alors à formuler les plans pour l’année
suivante. Chaque année, tous les groupes participaient en commun
à l’évaluation du système de S&E.
Pour introduire des méthodes participatives dans les projets
en cours, il faut engager un débat collectif afin de:
- décrire et d’évaluer les fonctions et activités
de base des systèmes de S&E existants au niveau des différents
acteurs (y compris du projet) en repérant ce qui marche et ce
qui ne marche pas;
- se mettre d’accord sur ce que l’on entend par S&E
participatif et comment adapter dans ce sens les systèmes existants;
- s’entendre sur comment faire participer différents groupes
d’acteurs à une réflexion collective dans le cadre
du S&E, et de définir une stratégie pour introduire
des formes de S&E plus participatives au sein de chaque composante
de projet (voir encadré 2-25).
| |
Encadré 2-25.
Transparence contractuelle et suivi-évaluation participatif
Un projet appuyé par le FIDA au Zimbabwe a proposé
que pour tout microprojet approuvé, un contrat soit négocié
et signé publiquement entre la communauté, le conseil
de district et les autres partenaires. Ce contrat préciserait
les indicateurs et les modalités utilisées par la
communauté pour suivre l’avancement du microprojet.
Des facilitateurs qualifiés ayant une expérience en
matière de suivi-évaluation participatif apporteraient
leur appui aux communautés. |
|
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Beaudoux, E. et al. 1992. Cheminements d’une
action de développement: De l’identification à l’évaluation.
Paris: Ed.L’Harmattan
Davies, R.J. 1998. “An Evolutionary Approach
to Facilitating Organisational Learning: an experiment by the Christian
Commission for Development in Bangladesh.” In: David Mosse, John
Farrington and Alan Rew (éds) Development as Process: Concepts
and Methods for Working with Complexity. Londres: Routledge. Document
consultable en ligne à l’adresse suivante: http://nt1.ids.ac.uk/eldis/hot/pm3.htm
Dufumier, M. 1996. Les projets de développement
agricole. Manuel d’expertise. Paris: Ed. Khartala.
Espinosa Alzate, R.D. 2000. “Monitoring and
Evaluating Local Development Through Community Participation: The Experience
of the Association of Indigenous Cabildos of Northern Cauca, Colombia”.
In: Estrella, M. et al (éd.) Learning from Change: Issues
and Experiences in Participatory Monitoring and Evaluation. Londres:
Intermediate Technology Publications. Peut être commandé
à l’adresse suivante: http://www.itdgpublishing.org.uk
(une version résumée en espagnol peut être consultée
sur le site Web de PREVAL à l’adresse
http://www.preval.org).
FAO. Programme de participation populaire. 1997. Participation
in Practice 10. Monitoring and evaluation. Le document peut être
consulté en ligne: http://www.fao.org/sd/ppdirect/ppre0053.htm
Feuerstein, M.-T. 1986. Partners in Evaluation:
Evaluating Development and Community Programmes with Participants.
Londres: Macmillan Education Ltd. Peut être commandé par
l’intermédiaire de TALC (Teaching Aids at Low Cost) à
l’adresse suivante: http://www.talcuk.org/
Guéneau, M.C. et al. 1996. L’évaluation,
un outil au service de l’action. Paris: F3E. Peut être
commandé à l’adresse suivante: http://www.f3e.assoc.fr/
Margoluis, R. et Salafsky, N. 1998. Measures
of Success: Designing, Managing, and Monitoring Conservation and Development
Projects. Washington, DC: Island Press. Peut être commandé
à l’adresse suivante: http://www.islandpress.org/books/
Pour plus de détails sur le projet d’infrastructure communautaire
dans la province de la frontière du nord-ouest, voir: http://www.worldbank.org/participation/PMDC.htm
1/
Margoluis et Salafsky, 1998. Voir Lectures complémentaires.
2/
Davies, 1998. Voir Lectures complémentaires.
3/
FAO, 1997. Voir Lectures complémentaires.
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