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3.1 Lier la conception
des projets, la programmation annuelle et le S&E: présentation
générale
La “gestion de projet orientée vers l’impact”
exige de lier la conception du projet, la programmation annuelle et le
S&E. Le point de départ de la mise en œuvre est la conception
initiale du projet telle que décrite dans le rapport de préévaluation.
Cependant, la conception est un processus qui se poursuit pendant toute
la vie du projet. Il est essentiel pour que l’impact soit maximal
que la stratégie du projet soit continuellement adaptée
pour prendre en compte les nouveaux éléments de compréhension
de la situation et les changements de contexte. Ainsi, appliquer une bonne
méthode de conception de projet est tout aussi important pour les
responsables de projet et les agents chargés du S&E que pour
l’équipe chargée de la conception initiale.
Les points essentiels de la conception d’un projet sont consignés
dans l’accord de prêt. Leur modification ultérieure
peut se révéler difficile et prendre du temps. Il est par
conséquent primordial que la conception initiale soit de la meilleure
qualité possible. En outre, l’équipe chargée
de la conception initiale doit prévoir une certaine souplesse pour
permettre, lors du démarrage du projet, d’y apporter des
modifications.
3.1.1 La conception des projets est un processus
continu
Pourquoi peut-on être amené à modifier la conception
d’un projet? Premièrement, de nombreux projets ne démarrent
que plusieurs années après leur conception initiale pendant
lesquelles le contexte a évolué. Le cycle du projet (voir
1.4) comprend de nombreuses étapes avant le démarrage qui
prennent toutes du temps. Deuxièmement, la conception initiale
des projets appuyés par le FIDA est soumise à des contraintes
de temps et de ressources. De nombreux partenaires n’auront pas
encore été identifiés, la participation aura donc
été limitée. Il est par conséquent essentiel
de lancer, au moment du démarrage, un large processus participatif
pour réexaminer et améliorer si nécessaire la conception
du projet.
Après le démarrage, l’amélioration de la
conception du projet peut se faire à deux principales occasions:
i) lors du bilan d’activité et de la programmation annuels,
et ii) lors de l’examen à miparcours. Le tableau
3-1 liste les tâches de conception et d’adaptation pendant
la durée du projet.
Tableau 3-1. Tâches de conception et d'adaptation
aux stades clés de la vie du projet
| Étape
du projet |
Tâches
de conception |
| Phase de conception initiale |
- Évaluer la faisabilité,
la portée et la justification du projet.
- Déterminer les objectifs.
- Esquisser les principaux produits attendus et activités
du projet.
- Indiquer les grandes lignes du montage opérationnel du
projet.
- Esquisser le système de S&E.
- Établir le budget et préciser les ressources humaines
á mobiliser. |
| Phase de démarrage |
- Faire comprendre aux principaux acteurs
et partenaires les objectifs du projet.
- Examiner et réviser la conception initiale.
- Concevoir et programmer les activités de façon suffisamment
détaillée pour en permettre la mise en œuvre.
- Mettre au point un système de S&E opérationnel. |
| Bilan annuel des activités
et budget |
- Vérifier que les
réalisations attendues, les objectifs spécifiques
et l'objectif général restent valables, les adapter
éventuellement.
- Décider quelles sont les activités et les tâches
réalisations. |
| Supervision (récurrente)
|
- Examiner l'éxaminer
l'état d'avancement du projet.
- Décider des changements á apporter au programme
de travail annuel.
- Éaluer les changements dans la conception générale
qui obligeraient á engager des négociations sur l'accord
de prét. |
| Fin de la première phase de
mise en œuvre |
- Examiner la stratégie générale
du projet á la lumiére de l'expérience acquise
pendant le début de la mise en œuvre.
- Formuler des recommandations concernant le programme de travail
de la phase suivante.
- Négocier tout changement important de la conception du
projet pour la phase suivante. |
| Examen á mi-parcours
(ou examens entre phases du projet s'il recourt á un mécanisme
flexible de financement) |
- Examiner les résultats
obtenus et les progrés réalisés dans l'accomplissement
des objectifs spécifiques et de l'objectif général.
- Évaluer si la stratégie générale es
appropriée.
- Réviser la conception du projet si nécessaire. |
| Début de la période d'achèvement
du projet |
- Identifier les priorités dans
les activités finales afin de maximiser l'impact.
- Examiner et adapter les stratégies afin de produire un
impact durable. |
3.1.2 Les bonnes pratiques pour la conception
des projets
Certaines pratiques sont considérées comme essentielles
pour la conception de toute intervention de développement. Elles
sont particulièrement importantes lors de la formulation et du
démarrage ainsi qu’au moment de toute révision éventuelle
du projet, par exemple lors du bilan annuel et de l’examen à
mi-parcours.
- Impliquer tous les acteurs concernés dans des processus participatifs
de conception du projet.
- Entreprendre un diagnostic approfondi de la situation, avec les acteurs
à la base, de manière à connaître le mieux
possible le contexte du projet, ce qui permettra de concevoir une stratégie
et des procédures de mise en œuvre pertinentes.
- Élaborer une stratégie cohérente et réaliste,
exprimant clairement ce qui est attendu (finalité et objectifs
spécifiques) et la manière de l’atteindre (réalisations
et activités).
- S’accorder et se concentrer sur les questions transversales
telles que la pauvreté, le genre et la participation.
- Prévoir le développement à long terme et durable
des capacités locales afin de s’assurer que le projet contribuera
au renforcement et à l’autonomie des populations et institutions
locales.
- Prévoir des activités et des moments privilégiés
pour favoriser l’analyse critique et permettre l’adaptation
de la stratégie du projet en cours de mise en œuvre.
3.1.3 Mettre en œuvre la méthode
du cadre logique
Depuis 1998, le FIDA exige que la conception des projets fasse appel à
la méthode du cadre logique (MCL). Cette démarche a été
mise au point au cours des années 70 pour améliorer la clarté
et la qualité de la conception des projets. La MCL s’appuie
sur la participation des acteurs clés, dont les bénéficiaires.
La structure conceptuelle du projet issue de cette démarche est
récapitulée dans un tableau appelé matrice du cadre
logique, ou cadre logique (voir 3.3.2).
Bien que son utilité soit désormais largement reconnue
pour l’élaboration des projets, on admet cependant que la
MCL pose certains problèmes. La méthode classique a donc
été améliorée au fil des années. Pour
utiliser la MCL de façon souple et critique, il faut:
- reconnaître que le développement n’est pas
un processus mécanique, en intégrant dans la conception
des alternatives et des possibilités d’adaptation;
- insister sur les effets (niveau d’accomplissements
entre les réalisations concrètes et les impacts à
long terme) en les explicitant dans la matrice du cadre logique;
- éviter toute simplification excessive des grands programmes
ou projets en utilisant des objectifs spécifiques multiples,
généralement un par composante;
- intégrer les vues et les aspirations de la population
et identifier les potentialités lors de la planification au lieu
de se concentrer seulement sur l’analyse des problèmes;
- reconnaître que les indicateurs quantitatifs et les informations
qualitatives, par exemple les opinions et les récits des
acteurs sur les changements qu’ils ont constatés, sont
nécessaires au S&E;
- éviter la tendance au contrôle bureaucratique
en relatant davantage les résultats obtenus, les impacts intermédiaires
et les améliorations prévues, que les activités
et les produits;
- éviter une utilisation de pure forme de la matrice
du cadre logique en veillant à ce qu’elle représente
une vision partagée de l’intervention, en l’utilisant
comme instrument de gestion du projet et en la tenant à jour;
- surveiller la justesse des hypothèses dans le cadre
du S&E pour aider à orienter la stratégie du projet.
Notons que la MCL n’est qu’une méthode parmi d’autres
pour élaborer un projet. Par ailleurs, la MCL ne garantit en aucune
façon que le projet sera bien conçu. Ce sont l’esprit
critique et la créativité qui permettront de concevoir un
projet adapté à son contexte.
3.1.4 Lier la conception du projet au programme
de travail et budget annuel
Le cadre logique mentionne les principales activités pour la
durée du projet. Chaque année, les opérateurs doivent
définir les activités à entreprendre et établir
un budget. Le cadre logique est la base du programme de travail et budget
annuel (PTBA). Pour être utile, le cadre logique doit être
suffisamment détaillé et, en particulier, mis à jour
de manière à refléter la situation du projet au moment
considéré. Par exemple, le cadre logique initial pouvait
comporter des réalisations ou même des composantes qui ne
sont plus pertinentes et ont donc été laissées de
côté.
La façon dont le rapport de préévaluation est traduit
en programmes opérationnels varie énormément d’un
projet à l’autre, même si tous établissent des
programmes annuels. Certains projets disposent d’un plan d’opération
d’ensemble ponctué d’échéances marquant
les principales étapes de mise en œuvre, ce qui peut faciliter
la conversion du cadre logique en séries annuelles d’acti-vités.
D’autres ont un “manuel de mise en œuvre du projet”
qui détaille les activités. Certains ont des plans opérationnels
de deux ou trois ans, en plus des programmes annuels.
3.1.5 Lier le S&E à la conception
du projet
La mise au point du S&E commence bien avant le démarrage
du projet. La conception initiale du projet conditionne grandement la
facilité avec laquelle le S&E pourra être mis en œuvre
par la suite. On peut citer par exemple:
- les relations et les engagements pris avec les partenaires et la
population locale, particulièrement les bénéficiaires
escomptés;
- la cohérence et la faisabilité de la stratégie
du projet;
- les ressources affectées au S&E (moyens financiers, temps
imparti, compétences);
- la latitude laissée dans le montage pour permettre aux résultats
du S&E d’influencer le pilotage du projet;
- et tous les éléments opérationnels du S&E
qui peuvent être définis lors de la conception initiale.
Lors de la formulation du projet, un cadre général de S&E
doit être élaboré et inclus dans les documents de
formulation et de préévaluation. Ce cadre fournit: a) des
détails suffisants pour permettre la budgétisation et l’affectation
des moyens d’expertise technique; b) un aperçu général
des modalités de S&E retenues; etc) des indications à
l’intention du personnel du projet pour la mise en place du S&E
lors du démarrage. Ce cadre général complète
les informations très succinctes sur le S&E présentées
dans le cadre logique (voir 3.4). Ce qui a été
conçu lors de la phase de conception initiale n’aura qu’une
valeur indicative et devra être revu et affiné lors du démarrage
du projet.
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3.2 Concevoir un projet qui favorise
l’apprentissage mutuel, le renforcement des capacités des
acteurs et la durabilité des résultats
Pour concevoir un bon projet de développement rural, il faut
porter une attention particulière aux processus sociaux et au développement
institutionnel qui seront nécessaires pour favoriser l’apprentissage
mutuel, le renforcement des capacités des acteurs à la base
et assurer la pérennité des résultats.
3.2.1 Associer les acteurs à la conception
du projet
Les projets conçus sans une consultation efficace des acteurs
concernés courent à l’échec. En revanche ceux
qui le font augmentent leurs chances de succès. Dans le cas du
Ghana, présenté dans l’encadré
3-1, le processus participatif a permis aux bénéficiaires
d’ajuster une partie de la stratégie pour l’adapter
à leur situation, et la rendre mieux à même de répondre
à leurs vrais besoins. Il est important d’associer les acteurs
à la conception du projet pour, en particulier:
- les inciter à définir, gérer et contrôler
leur propre développement, et donc accroître leur autonomie;
- s’assurer que les finalités et les objectifs du projet
seront pertinents et, par conséquent, répondront aux besoins
réels des bénéficiaires;
- s’assurer que la stratégie du projet est adaptée
à la situation locale;
- susciter les partenariats, l’appropriation et l’engagement
nécessaires à une mise en œuvre efficace.
La participation locale dès le départ peut aussi s’avérer
rentable à long terme. En Ouganda, on a consacré beaucoup
de temps et d’argent pour associer les bénéficiaires
à la formulation du projet pilote de développement local.
Cela s’est ensuite avéré efficace, compte tenu de
leurs apports, de leur appropriation et de leur meilleure connaissance
du projet. Si cet investissement n’avait pas été fait
dès le début, il aurait fallu dépenser beaucoup d’argent
par la suite pour des campagnes d’infor-mation avant et pendant
la mise en œuvre.
| |
Encadré 3-1. Participation des
communautés au processus de conception des projets
Lorsque le spécialiste de l’irrigation du district
de Zebilla, au Ghana, a exposé ses plans pour la remise en
état du barrage en terre et du réseau d’irrigation
du village de Saka, l’association villageoise des irrigants
l’a vite renvoyé à ses études! Lorsque
le barrage avait été construit et mis en fonction
plusieurs années auparavant, le village avait créé
une grande plantation de manguiers juste au-dessous. Bien que le
barrage n’ait pas fonctionné pendant 17 ans, les manguiers
ont continué de produire. Lors du démarrage du projet
soutenu par le FIDA, le LACOSREP, les villageois se sont organisés
en groupements d’auto-assistance, ont élu une association
d’usagers de l’eau et ont demandé que leur barrage
soit remis en état. Le spécialiste de l’irrigation
du projet a alors recommandé d’abattre la plupart des
manguiers afin de laisser la place à un réseau d’irrigation
plus étendu juste au-dessous du barrage. La communauté
s’y est opposée car les manguiers sont une richesse,
surtout pendant la saison sèche. Un ancien a expliqué,
“Avec les manguiers, je sais que mes enfants auront quelque
chose à manger à l’heure du déjeuner
à l’école”. Les villageois ont suggéré
de prolonger plutôt le canal au-delà de la plantation.
Ainsi, non seulement elle serait épargnée, mais ce
canal permettrait d’accroître la superficie irriguée. |
|
La première étape de la conception d’un projet consiste
à effectuer une analyse initiale des acteurs (voir annexe
D pour plus de détails). On dresse la liste des partenaires
potentiels (individus, groupes sociaux et organisations), on définit
ceux qui doivent être associés en priorité (et non
pas tous ceux qu’on souhaiterait associer) et on convient avec eux
de la meilleure manière de les faire participer. Une liste de questions,
formulées par un projet en Tanzanie pour l’analyse des besoins
des acteurs, est présentée dans l’encadré
3.2.
Encadré
3-2. Liste de questions visant à définir une stratégie
au niveau des différents acteurs pour le programme de développement
participatif de l’irrigation (PIDP) en Tanzanie |
| Ménages agricoles
* Quelle est la situation actuelle du ménage?
* Quelle pourrait être la situation future, améliorée,
du ménage?
* Quels changements doivent être apportés au niveau
du ménage?
* De quel appui les ménages ont-ils besoin?
* De quel appui les agriculteurs et les membres de l’association
des usagers de l’eau ont-ils besoin?
* Qui devrait apporter cet appui?
Association des usagers de l’eau
* Quelle est la situation actuelle de l’association?
* Quelle pourrait être la situation future, améliorée,
de l’association?
* Quels changements doivent être apportés au niveau
de l’association?
* De quel appui les associations ont-elles besoin?
* Qui devrait apporter cet appui? |
Conseils de district
* Quelle est la situation actuelle des conseils de district?
* Quelle pourrait être la situation future, améliorée,
des conseils de district au niveau de leur mandat, de leur structure
et des services offerts?
* Quels changements doivent être apportés au niveau
du conseil de district et de l’unité de gestion du
projet à l’échelon du district?
* De quel appui les conseils ont-ils besoin?
* Qui devrait apporter cet appui?
Unité de coordination du programme (UCP)
* Quelle est la situation actuelle de l’UCP?
* Quelle pourrait être la situation future, améliorée,
de l’UCP?
* Quels changements doivent être apportés au niveau
de l’UCP?
* De quel appui l’UCP a-t-elle besoin?
* Qui devrait apporter cet appui ?
|
Faire participer les acteurs à la conception ne consiste pas à
travailler seulement avec les communautés locales ou à valoriser
les points de vue de celles-ci plus que le point de vue d’autres
acteurs. L’idée d’une “communauté”
que l’on consulte est tout à fait simpliste et peut poser
problème. À titre d’exemple, si des agents des opérateurs
de mise en œuvre ou le personnel du projet consultent une communauté,
tous les intérêts locaux seront-ils pris en considération?
Lesquels seront involontairement oubliés ou ignorés? Par
ailleurs, ce qui est valable pour une communauté ne l’est
pas nécessairement pour une autre ou pour l’ensemble de la
région considérée. Si les opinions exprimées
par l’une ou l’autre des communautés diffèrent,
laquelle prendrez-vous en compte? Pour comprendre les différences
au sein d’une communauté locale ou entre plusieurs d’entre
elles, il est nécessaire de beaucoup écouter, d’écouter
encore et de travailler ensemble. C’est à cette condition
que vous parviendrez à acquérir un début de compréhension
des liens et des intérêts locaux. Certains pensent que l’illettrisme
et l’isolement géographique des groupes cibles rendent leur
participation impossible. Mais de nombreux exemples montrent comment il
est possible d’intégrer les groupes les plus pauvres, les
plus isolés et les plus illettrés en faisant preuve de créativité
et en y consacrant du temps (FIDA, ANGOC et IIRR 2001, voir Lectures complémentaires).
Pour qu’un processus participatif soit efficace, il est nécessaire
d’échanger les points de vue et de discuter des divergences.
Les acteurs peuvent être associés de multiples manières,
parmi lesquelles les méthodes accélérées de
recherche participative (MARP), les discussions informelles et les ateliers
de planification. Cependant, il ne suffit pas que les gens soient présents
physiquement. Certains projets très mal conçus ont largement
fait appel à la population locale, qui cependant n’a pas
participé véritablement. Il est essentiel de s’assurer
de la qualité de la participation et donc de prévoir des
instances dans les structures de projet pouvant répondre aux exigences
des gens (voir encadré 3-3).
| |
Encadré 3-3. Des instances
dans un projet au Mali visant à créer un espace
nécessaire à la participation
Le projet PADL-Gao (Mali) a décidé de
la mise en place de plusieurs instances visant la participation
des bénéficiaires lors du démarrage du projet
: i) privilégier la demande par rapport à l’offre,
ce qui implique que les activités du projet commencent par
un processus participatif d’identification de la demande des
communautés rurales en matière d’infrastructures
et de services; ii) constituer des instances au niveau communautaire
et au niveau communal pour sélectionner les projets prioritaires
et s’assurer par la suite de leur bonne exécution;
iii) définir avec des représentants des bénéficiaires
les modalités et critères de notation des appels d’offres
locaux lancés pour la réalisation des études
et travaux en fonction des contraintes locales et associer société
civile, élus et représentants du projet au sein des
comités de dépouillement. |
|
Bien concevoir un projet suppose de poser des questions, d’échanger
et de débattre. Cela est possible lorsque des informations de bonne
qualité sont disponibles et que les différents points de
vue des membres des communautés, des techniciens, du personnel
des ONG et des fonctionnaires sont examinés librement et discutés.
Les ateliers de planification avec les acteurs sont importants, et un
processus bien conçu, compris par tous sera d’un apport essentiel.
Certains projets n’organisent qu’un seul atelier où
des accords établis sous la pression du temps imparti peuvent s’avérer
dénués de sens après coup. On peut être tenté
de penser que les résultats obtenus lors de l’atelier, puisqu’ils
ont été formulés par les acteurs sont nécessairement
“corrects” et définitifs. Pourtant, le fait de dialoguer
permet aux gens d’apprendre, et les points de vue peuvent évoluer
d’une réunion à l’autre, suite aux réflexions
et aux échanges tenus avec d’autres personnes entre temps.
C’est pourquoi, plutôt qu’un atelier unique, il est
préférable d’organiser une série de rencontres
pendant lesquelles les idées peuvent être partagées,
les points de vue rapprochés et des accords conclus sur des fondements
plus solides.
3.2.2 Expliciter les thèmes transversaux:
pauvreté, genre et participation
Il est essentiel que les acteurs, parties prenantes du projet, aient
une compréhension partagée des concepts de réduction
de la pauvreté, d’égalité entre les sexes et
de participation. C’est le seul moyen d’obtenir un accord
solide sur la manière d’intégrer ces concepts dans
la stratégie du projet, des compréhensions différentes
risquant d’aboutir à des objectifs divergents. À titre
d’exemple, dans un projet au Yémen, le manque apparent d’intérêt
de la coopérative de crédit agricole pour le groupe cible
du projet – les petits paysans – relevait d’un malentendu.
La coopérative considérait que tous les petits paysans de
la zone du projet étaient éligibles, alors que le projet
ne ciblait que ceux qui vivaient dans les 47 villages spécifiques
participant aux activités de construction de brisevents, tel que
prévu dans le document de projet. Cette différence dans
les définitions avait créé un sentiment de frustration
et désorganisé le suivi des activités de crédit.
La première étape consiste à définir le
sens de ces trois concepts pour les futurs agents d’exécution.
Il est essentiel, à la fois pour une bonne conception du projet
et pour le S&E, de se mettre d’accord sur des termes tels que
“pauvreté” ou “besoins de base”. Il en
va de même pour “genre” et “participation”
(voir 2.7). Même si,
d’emblée, ces concepts font consensus, il est nécessaire
d’y revenir périodiquement pour éviter de s’écarter
de l’objectif de réduction de la pauvreté et de développement
équitable. Néanmoins, des conceptions différentes
peuvent persister, étant donné que les activités
reposant sur ces notions sont exécutées dans des contextes
organisationnels propres à chaque groupe d’acteurs (voir
encadré 3-4).
| |
Encadré 3-4. Notions de pauvreté
dans un contexte organisationnel particulier
Dans une zone de projet, en Afrique du Nord, le président
d’une communauté rurale, travaillant par ailleurs dans
l’administration locale, était impliqué dans
l’établissement de liens entre le personnel du projet
et la population locale. Il estimait qu’il était difficile
d’engager les ressources limitées du projet en faveur
des seuls ménages pauvres. Il cherchait plutôt à
en faire profiter le plus de personnes possible, et tout particulièrement
celles qui étaient motivées et capables d’achever
ce que le projet avait mis en route. Il expliquait, “Pour
le travail d’améliora-tion des terres, nous avons les
ressources nécessaires pour enlever les pierres sur un hectare
de terre par ménage, nous choisissons donc les personnes
ayant plus d’un hectare qui seront capables d’enlever
les pierres sur le reste de leur terre avec leurs propres ressources.”
Les personnes disposant de davantage de terres et de moyens n’étaient
pas les plus pauvres, mais cette stratégie se comprenait
fort bien. L’administration locale, dans laquelle il travaillait,
avait pour mission d’organiser la prestation des services
pour la majorité des citoyens, plutôt que pour le groupe
cible du projet, constitué uniquement des plus pauvres. |
|
3.2.3 Prévoir le renforcement durable
des capacités
De nombreux projets soutenus par le FIDA mettent l’accent sur
la création d’infrastructures et d’équipements
publics – puits, routes, marchés couverts, dispensaires,
bâtiments scolaires, etc. Mais ce sont les populations qui utilisent
et entretiennent les infrastructures. L’expérience des agences
de développement au cours des 25 dernières années
a montré qu’il est au moins aussi important d’investir
dans les capacités des gens que dans les infrastructures.
Dans cette optique, les questions à examiner au cours de la conception
et de l’adaptation du projet sont les suivantes:
- Quelles sont les personnes dont les capacités sont renforcées
grâce au projet?
- Ces capacités permettront-elles de réduire la pauvreté?
- Sinon, que devrons-nous faire en matière de renforcement des
capacités pour obtenir un impact local durable?
Certains pensent que le renforcement des capacités se mesure en
comptant le nombre de participants à des ateliers de formation.
Mais le fait de participer à un atelier ne renforce pas nécessairement
les capacités d’agir. Pour construire réellement ces
capacités il faut s’employer à partager dans la durée
la prise de décisions avec les acteurs à la base (voir encadré
3-5).
| |
Encadré 3-5.
Participation et renforcement durables des capacités
Le projet des Cuchumatanes au Guatemala travaillait
avec des agriculteurs organisés: des organisations structurées,
des groupes d’intérêts et des banques communautaires.
En 1998, un comité des bénéficiaires a été
créé pour renforcer leur participation à la
gestion du projet. Ce comité a supervisé les activités
de terrain et recueilli les demandes des principaux acteurs. Lorsque
le projet a pris fin en 2000, ce comité est devenu une association
appelée Association des organisations des Cuchumatanes. |
|
Suivre et évaluer le renforcement des capacités n’est
pas aussi simple que de quantifier des évolutions dans le domaine
des infrastructures. Les “capacités” sont parfois difficiles
à décrire clairement pour permettre de définir des
indicateurs qu’on puisse mesurer, et il faut donc faire preuve d’un
surcroît de créativité. On présente dans l’encadré
3-6 une comparaison entre deux séries d’indica-teurs
de performance, l’une pour la composante infrastructure rurale du
programme WUPAP du Népal, l’autre pour la composante similaire
d’un projet en Chine. Mettre l’accent sur le développement
des capacités exige que le S&E soit participatif – seuls
les bénéficiaires sont en mesure d’indi-quer si effectivement
et de quelle manière les capacités sont renforcées.
Par exemple, les capacités n’ont rien à voir avec
le nombre de kilomètres de routes construites, mais bien avec la
manière dont les bénéficiaires vont veiller à
ce que ces routes soient entretenues, utilisées et prolongées.
Encadré 3-6. Comparaison entre des indicateurs
mettant en valeur le renforcement des capacités et d’autres
qui l’ignorent (Note: les mots en italique indiquent les
cas où le renforcement des capacités est explicite)
| Résultats du projet |
Indicateurs de performance figurant
dans les cadres logiques des projets |
| WUPAP, Népal
Programme d'infrastructure mis en œuvre
- Infrastructures rurales identifiées, construites et entretenues
par des groupes défavorisés selon une approche par
la demande
- Politiques relatives aux infrastructures élaborées
et appliquées, qui servent l'intérêt des groupes
défavorisés |
Nombre de petits ou micro
périmètres irrigués construits/remis en état
et entretenus
Kilomètres de pistes et nombre de ponts construits/remis
en état/entretenus
Nombre d'équipements communautaires (y compris les installations
de stockage) construit et entretenus
Nombre de réseaux d'alimentation en eau et d'assainissement
construits/remis en état et entretenus
Nombre de groupes défavorisés réussissant
á accroitre la superficie irriguée et pourcentage
d'accroissement de la superficie irriguée.
Kilomètres de routes rurales construites/remis en état
et entretenues: 75
Pourcentage de main-d'œuvre pour les tavaux de terrassement
foumie par le groupe cible défini par les communautés
et les animateurs sociaux: 70 (dont au moins 50% de femmes)
Nombre de personnes défavorisées employées
dans le cadre de cette comosante |
| Projet Chine
Infrastructures rurales construites ou remises en état |
- Nombre de ménages bénéficiaires desservis
par les nouveaux réseaux d'alimintation en eau á
usage domestique: 25,000
- Kilomètres de routes rurales améliorées,
passant dans la catégorie 4: 198
- Nombre de villages électrifiés: 67
- Nombre de réseaux d'alimintation des ménages en
biogaz installés: 22,500
Adopter une optique de renforcement des capacités a des répercussions
politiques, car les populations locales qui se prennent davantage en charge
peuvent remettre en cause les politiques en vigueur. En établissant
un lien explicite entre les activités du projet et des politiques
spécifiques, l’équipe du projet a la possibilité
d’alerter les décideurs sur les conséquences de leurs
politiques et de leur fournir un retour d’information sur les réactions
venant du terrain. Cela présente deux avantages: porter la parole
des bénéficiaires jusqu’aux niveaux les plus élevés
et s’assurer que les activités locales de renforcement des
capacités sont en accord avec les orientations politiques en vigueur.
Pour obtenir un impact durable, il est essentiel de renforcer de façon
efficace les capacités. Trois points méritent une attention
particulière:
- Un public élargi. Le renforcement des capacités doit
concerner non seulement les bénéficiaires mais aussi les
autres acteurs clés, en particulier l’administration locale
(voir encadré 3-7).
- Programmer le désengagement. En Inde, les responsables de
projets établissent systématiquement des plans de désengagement
avec attribution de responsabilités spécifiques, de façon
à pouvoir montrer les résultats durables obtenus grâce
aux investissements effectués dans le développement local.
- Le S&E, un sujet sensible. Le S&E du renforcement des capacités
constitue un sujet délicat, car il vise essentiellement des personnes
et porte des jugements sur leurs activités.
| |
Encadré 3-7. D’un
S&E au service du projet à un S&E en appui à
la gouvernance locale
Les termes de référence des experts
en S&E d’un projet d’appui au développement
local en Ouganda ne portaient que sur le projet. Le personnel s’est
rendu compte qu’on pouvait aisément modifier le mandat
initial afin d’évoluer vers un dispositif de S&E
de l’administration locale, couvrant l’ensemble du district.
Pour que le S&E puisse servir au niveau du district, et pas
uniquement au projet, l’opérateur devrait:
-
connaître et comprendre le système administratif
local en Ouganda;
-
travailler en étroite collaboration avec l’équipe
du projet afin de créer un système de S&E
à plusieurs niveaux et multi-acteurs, qui réponde
aux besoins des administrations locales en matière de
programmation, d’affectation des moyens et de mise en
œuvre des actions. Ses attributions consisteraient, entre
autres, à conseiller les unités de planification
des districts et les autres directions afin d’aider leurs
partenaires/autres acteurs à élaborer leurs propres
indicateurs pour le S&E des services de l’administration
locale;
-
travailler en étroite collaboration avec les autres
institutions à la mise au point des dispositifs de S&E
pour les administrations locales;
-
s’assurer que les rôles et les responsabilités
proposés soient compatibles avec ceux des autorités
et des services locaux (de manière à ne pas créer
des fonctions ou des instances éphémères);
-
maîtriser les techniques de documentation et de diffusion
afin d’aider les administrations locales à mettre
au point des stratégies de communication. Il s’agit
de répondre aux besoins de formation et d’information
de leurs administrés; par exemple, capitaliser l’expérience
du dispositif de S&E de l’administration locale en
vue de sa diffusion à plus grande échelle et de
sa mise en œuvre dans d’autres districts en Ouganda.
On peut ainsi passer d’un outil de réflexion capitalisation
à court terme au profit d’un projet au développement
d’un changement institutionnel à plus long terme. |
|
3.2.4 Programmer l’acquisition d’expérience
et l’adaptation en cours d’exécution
Tout projet devra être révisé à maintes reprises
au cours de sa vie. Les ajustements en cours d’exécu-tion
du projet seront d’autant plus difficiles que la stratégie
aura été très détaillée. Voici quelques
conseils pour aider l’équipe chargée de la conception
d’un projet à laisser des marges de manœuvre pour évoluer
selon l’expérience.
-
Concevoir le processus, ainsi que les objectifs, aux niveaux
supérieurs (voir également le point suivant). Repérer
les instances et les processus par lesquels on associera les acteurs
à l’examen et à l’adaptation du projet,
et garder la souplesse nécessaire pour faire face aux imprévus.
Cette approche a été celle du projet TEPP au Yémen
pour associer les groupes d’acteurs en voie de constitution
à la collecte des données et à leur restitution.
Les communautés locales avaient un sens aigu de l’action
collective. Lorsque les jeunes ont vu que le projet commençait
à prendre corps, ils ont entrepris d’y participer volontairement,
prêtant leur concours à la protection des semis, la santé
de la collectivité et l’alimentation en eau. Le projet
a été en mesure de les associer à l’exécution
et au S&E, et a ainsi obtenu un soutien précieux et des
appréciations informelles sur la situation sur le terrain.
-
Mettre l’accent sur un objectif général et
des objectifs spécifiques précis, plutôt que de
décrire trop en détail les activités et les résultats
quantitatifs. En général, les équipes chargées
de la conception des projets détaillent trop les activités
et consacrent beaucoup de temps à l’objectif général,
puis complètent les étapes intermédiaires en
ajoutant des objectifs spécifiques ou des réalisations
formulés à la hâte. Ces niveaux intermédiaires
sont pourtant la partie la plus importante de la “gestion orientée
vers l’impact” et exigent donc une attention particulière.
Cette approche peut également avoir des avantages secondaires,
ainsi qu’il a été constaté au Ghana, où
la deuxième phase d’un projet a été conçue
de manière à être moins ciblée et plus
souple. La direction du projet et l’institution coopérante
ont pu revoir les composantes et les réalisations prévues
telles qu’elles figuraient dans le document de conception du
projet, afin de tenir compte des objectifs exprimés au niveau
local. Cette conception plus souple a par ailleurs renforcé
l’appropriation du projet par les bénéficiaires
et leur maîtrise des activités.
-
Être explicites à propos des incertitudes.
Au lieu de vouloir tout spécifier, expliquez ce que tout simplement
vous ne savez pas encore, comme la manière précise dont
les communautés souhaiteront administrer les fonds affectés
au développement local. Expliquez quelles sont les inconnues
et indiquez comment et à quel moment la direction du projet
devrait arrêter une position. Indiquez que les objectifs quantitatifs
sont approximatifs et décrivez comment le projet pourrait les
revoir, si nécessaire. Par exemple, il est stipulé expressément
dans le cadre logique du programme WUPAP (Népal) que: “Le
programme étant construit sur une approche par la demande,
les résultats à obtenir restent tout à fait indicatifs
et, dans certains cas, ils ne sont pas détaillés…
Le cadre logique doit être considéré comme indicatif,
car il devra être remanié par les acteurs concernés
en cours de mise en œuvre.”
-
Intégrer des mini-phases de recherche à des moments
clés. On ne peut pas anticiper l’ensemble des questions
qui se poseront au projet. Prévoyez comme activité et
affectez un budget à la réalisation d’“études
spécifiques”. À titre d’exemple, si le projet
expérimente un nouveau dispositif de microcrédit, il
est nécessaire d’en effectuer une évaluation intermédiaire
circonscrite et détaillée avant d’envisager son
développement à plus grande échelle.
-
Stipuler clairement que la stratégie et le cadre logique
du projet doivent être révisés tous les ans.
Les révisions annuelles du cadre logique sont de plus en plus
souvent acceptées et attendues. Le moment et les personnes
avec lesquelles cette opération aura lieu peuvent être
indiqués dans la conception du projet.
-
Donner à la “gestion adaptative” une importance
fondamentale dans les termes de référence des cadres
de direction et les contrats des partenaires. Lors du recrutement
des responsables de projet et de la sélection des partenaires,
sélectionnez ceux qui sont capables de compenser les incertitudes
par leur détermination sur les objectifs fondamentaux du projet,
tels que la réduction de la pauvreté.
-
Inscrire au budget les activités d’expérimentation
et les imprévus. Si le projet teste une nouvelle approche,
il faut prévoir d’affecter davantage de fonds pour les
dernières années, lorsque cette approche sera généralisée.
Réservez par ailleurs une partie du budget et du temps du personnel
à des activités ne rentrant pas dans des catégories
préétablies. Dans certaines entreprises qui doivent
innover pour survivre, les chercheurs peuvent réserver 10%
de leur temps pour des activités de leur choix, ce qui leur
permet de répondre à des sollicitations imprévues.
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3.3 La méthode du cadre
logique
La méthode du cadre logique (MCL) peut être très
utile pour la conception et la mise en œuvre des projets. Les idées
de base qui la sous-tendent, valables pour tout processus de conception,
sont simples et de bon sens.
- Expliciter autant que possible ce à quoi vous
essayez de parvenir et la manière d’y
parvenir.
- Préciser comment vous comptez juger si vous atteignez vos objectifs
et mettre en place un système de suivi.
- Expliciter les conditions (hypothèses) dont le projet n’a
pas la maîtrise directe et qui sont fondamentales pour son succès,
et évaluer les risques encourus si ces conditions ne sont pas
réunies ou si elles évoluent.
La MCL a aussi des faiblesses. On lui reproche d’aboutir parfois
à une conception rigide et bureaucratique du projet, déconnectée
de la réalité du terrain et de ses situations changeantes.
Cependant, il est facile d’appliquer la MCL de manière plus
souple, en particulier si l’on considère qu’il faudra
au moins en partie affiner et probablement réviser la conception
d’origine, et si l’opérateur accorde une juste importance
aux bilans annuels et à l’actualisation du cadre logique.
Les cadres logiques des projets soutenus par le FIDA varient beaucoup
sur le plan de la qualité, de la justesse et de la terminologie.
Les équipes chargées de la conception qui utilisent le cadre
logique pour des projets appuyés par le Fonds rencontrent fréquemment
des difficultés. Cela se vérifie pour des projets de long
terme, qui ont des objectifs ambitieux de réduction de la pauvreté
et qui engagent de nombreuses actions de développement différentes.
Ces caractéristiques obligent à trouver un équilibre
entre la surabondance de détails et la simplification à
outrance. Dans la pratique, un cadre logique synthétique sera utile
pour donner une vue d’ensemble du projet, notamment pour ceux qui
prennent les décisions de financement des projets. Ceux qui utilisent
le cadre logique comme outil de gestion auront besoin de davantage de
détails.
Lorsqu’elle est mise en œuvre avec une bonne animation, la
MCL est généralement considérée comme très
utile par les acteurs du projet et permet à tous les participants
d’avoir des vues concordantes et plus précises des besoins,
des objectifs et des stratégies. Il est conseillé de suivre
les idées forces sans obliger tout le monde à rentrer dans
tous les détails de la matrice du cadre logique. On peut faciliter
la compréhension des étapes du processus en les représentant
graphiquement plutôt qu’en utilisant le tableau à quatre
colonnes. Il peut être également judicieux d’éviter
certaines expressions de la terminologie classique et d’employer
à la place des termes locaux. Certaines personnes peuvent être
effrayées par des termes tels que “cadre logique” et
“indicateurs objectivement vérifiables”. Ces propositions
renvoient toutes à une certaine souplesse dans l’utilisation
de la méthode.
3.3.1 Principales étapes de la méthode
du cadre logique
La plupart des personnes connaissent bien la matrice du cadre logique,
mais la partie la plus importante de la MCL est en réalité
le processus de planification qui a été mis au point pour
améliorer la qualité et la clarté de la conception
des projets.
Il existe plusieurs versions des étapes de la MCL. Celle qui
est présentée ci-dessous tient compte du caractère
spécifique des projets de développement rural appuyés
par le FIDA. Les principales étapes à franchir – en
collaboration avec une sélection de partenaires diversifiés
– sont les suivantes:
- définir le champ d’intervention et l’orientation
générale du projet;
- convenir d’un cadre de planification adopté et d’une
terminologie précise, puis définir le processus de conception;
- effectuer un diagnostic précis de la situation;
- élaborer la stratégie du projet (hiérarchie d’objectifs,
moyens et modalités de mise en œuvre);
- identifier et analyser attentivement les hypothèses et les
risques, et modifier en conséquence la conception du projet;
- élaborer le cadre général du S&E.
Chaque étape est examinée plus en détail en 3.4.
Des exemples précis sont donnés en annexe
B pour la matrice du cadre logique et en annexe
C pour la matrice de S&E.
3.3.2 La matrice du cadre logique
L’aboutissement de la MCL est l’établissement de
la matrice du cadre logique. La matrice classique est un tableau
comportant quatre lignes et quatre colonnes, qui récapitule:
- ce que le projet doit permettre de réaliser, de l’objectif
général jusqu’aux activités spécifiques;
- les questionnements et indicateurs relatifs à la performance
qui seront utilisés pour suivre l’avancement des travaux
et les réalisations d’ensemble;
- comment les indicateurs seront suivis et où les données
seront recueillies;
- les hypothèses qui sous-tendent le lien logique affiché
entre activités et finalité, et les risques encourus par
le projet si ces hypothèses s’avèrent incorrectes.
Le tableau 3-2 présente une matrice de cadre
logique convenant aux projets soutenus par le FIDA et conforme aux concepts
exposés dans le présent guide. D’autres termes équivalents
couramment employés sont indiqués entre parenthèses.
Il faut noter que les moyens nécessaires pour mener les activités
figurent à la ligne Activités dans la deuxième colonne
(Questions et indicateurs de performance) – les indicateurs ne doivent
pas figurer dans cette colonne à ce niveau. Le tableau indique
également comment rédiger les différents éléments
de la colonne Hiérarchie des objectifs.
Tableau 3-2. Matrice du cadre logique et indications
pour la rédaction du texte de chaque niveau (autres termes possibles
entre parenthèses
| Hiérarchie
des objectifs
(Résumé, logique d’intervention)
|
Question et indicateur
de performance
(Indicateur objectivement vérifiable et/ou valeur cible
de cet
indicateur) |
Mécanismes
de suivi
(Moyens de vérification, sources
d’information)
|
Hypothèses et
risques |
Objectif
général1
(Finalité, objectif global, objectif de développement)
L’objectif à long terme, le changement
d’état ou l’amélioration de la situation
vers lesquels tend le projet
Comment rédiger: mettre
le verbe au passé, comme s’il s’agissait
d’un résultat déjà atteint dans le long
terme |
Questions et
indicateurs de
performance au niveau de la finalité – impacts de haut
niveau
|
Comment recueillir
l’information
nécessaire
|
En vue de la
durabilité à long
terme du projet
|
Objectif(s)
spécifique(s)2
(Objectif de développement du projet)
L’objectif immédiat du projet, (ou
objectifs des composantes), l’évolution générale
attendue grâce au projet dans les performances, les comportements
ou la situation des ressources
Comment rédiger: mettre le
verbe au présent ou au passé
comme si le résultat était déjà atteint
|
Questions et
indicateurs de perfor-
mance pour chaque objectif spécifique (composante) –
effet des réalisations
(produits)
|
Comment recueillir
l’information
nécessaire
|
Hypothèses
concernant le
passage de l’objectif spécifique à l’objectif
général
|
|
Les réalisations du projet (qui peuvent
être des biens ou des services)
pour que l’(les) objectif(s) spécifique(s) soi(en)t
atteint(s)
Comment rédiger: mettre le
verbe au présent ou au passé, comme si le résultat
était déjà atteint |
Questions et
indicateurs de
performance pour
chaque réalisation (produit)
|
Comment recueillir
l’information
nécessaire
|
Hypothèses
concernant le
passage des
réalisations à l’objectif spécifique
|
| Activités
Les réalisations du projet (qui peuvent
être des biens ou des services)
pour que l’(les) objectif(s) spécifique(s) soi(en)t
atteint(s)
Comment rédiger: mettre le
verbe au présent ou au passé, comme si le résultat
était déjà atteint |
Note: les
moyens nécessaires sont notés ici, et non pas les
indicateurs relatifs aux activités |
|
Hypothèses
concernant le passage des activités aux réalisations
|
1 En anglais "goal".
| 2 En anglais "purpose". |
3 En anglais "outputs".
L’utilisation de la matrice pour des projets ou des programmes
de grande envergure
De nombreux projets soutenus par le FIDA comportent plusieurs composantes:
santé, infrastructures, vulgarisation, développement de
l’irrigation, microfinance, renforcement institutionnel et justice
sociale. Bien qu’elles soient souvent étroitement liées,
chacune de ces composantes peut être considérée comme
un projet à part entière. Certains projets du FIDA sont
donc plutôt des programmes, en ce sens qu’ils comportent toute
une gamme d’initiatives plus ou moins coordonnées, mises
en œuvre par des groupes différents en vue d’atteindre
le même objectif général.
La version la plus courante de la MCL ne prévoit qu’un
objectif spécifique par projet. Cependant, du fait de la taille
des projets soutenus par le FIDA, de la diversité de leurs composantes
et de leur longue durée, il n’est pas judicieux de n’avoir
qu’une finalité et un seul objectif spécifique. De
nombreux projets appuyés par le Fonds sont donc passés à
une MCL utilisant plusieurs objectifs spécifiques se rapportant
chacun à l’une des principales composantes.
Dans les projets complexes, un autre sujet de préoccupation est
la difficulté d’inclure des problèmes transversaux
dans la hiérarchie des objectifs. Par exemple, vous souhaiteriez
peut-être accorder une attention particulière à la
place des femmes dans les activités du projet. Concevoir une ligne
Réalisations concernant le genre risque d’isoler la problématique
hommes-femmes alors que vous souhaitez l’intégrer dans toutes
les activités. Vous ne pouvez cependant pas ignorer le caractère
distinct de ce résultat, car sinon vous risqueriez d’exclure
des indicateurs permettant de l’évaluer.
On peut sortir de ce dilemme en incluant des thèmes ou des objectifs
transversaux distincts. Ils peuvent parfois s’intégrer dans
le cadre logique. Sinon, il est nécessaire de les inclure dans
le document de projet, de préférence en annexe à
la matrice. Ces thèmes ou objectifs transversaux doivent être
abordés de façon explicite afin de les intégrer non
seulement dans les activités mais aussi dans le S&E.
Reconnaître l’importance des effets
Votre projet peut comporter un objectif ainsi formulé: “améliorer
la capacité du service de vulgarisation agricole et les compétences
des vulgarisateurs”. Les projets utilisent souvent un indicateur
tel que “le nombre de vulgarisateurs formés”. Mais
si vous souhaitez une “gestion orientée vers l’impact”,
vous devez savoir dans quelle mesure le personnel de vulgarisation utilise
ses nouvelles compétences sur le terrain et, ensuite, dans quelle
mesure les agriculteurs adoptent durablement les techniques agricoles
améliorées. C’est cela qui vous permettra de savoir
si les objectifs sont atteints. Le nombre de vulgarisateurs formés
constitue un produit du projet. L’adoption de nouvelles techniques
agricoles est un effet du projet. C’est l’ensemble des effets
qui permettra d’avoir un impact (accroissement de la productivité
et du revenu des agriculteurs). Si, d’après vos données
de S&E, les agriculteurs n’adoptent pas les techniques améliorées
alors qu’un grand nombre de vulgarisateurs a été formé,
vous pouvez remettre en cause votre stratégie d’amélioration
du service de vulgarisation par la formation.
La plupart des utilisateurs de la matrice et de la MCL classiques insistent
surtout, et parfois exclusivement, sur les produits tangibles obtenus
(les “réalisations”). Cela apparaît en particulier
dans les rapports d’activités des projets et dans les rapports
de supervision. Les effets des réalisations sur le groupe cible
sont pourtant plus importants et devraient systématiquement apparaître
sous forme d’indicateurs au niveau de l’objectif spécifique
correspondant.
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3.4 Utiliser la méthode
du cadre logique
3.4.1 Première étape: définir
le champ d’intervention et l’orientation générale
du projet
Le point de départ de tout projet consiste à identifier
la situation générale à améliorer, les bénéficiaires
et autres acteurs potentiels, le champ géographique de l’intervention,
la gamme des sujets à traiter, la durée probable du projet
et l’ordre de grandeur du budget. Il faut également se renseigner
sur l’intérêt porté au projet par les communautés,
le gouvernement et les bailleurs potentiels. Ces premières informations
permettent d’orienter le diagnostic de la situation de départ
et le processus de conception du projet. Une partie de cette information
devrait figurer dans le COSOP.
Pendant cette première étape, il est important de s’assurer
que l’idée de base qui sous-tend le projet est réaliste
et bénéficie d’un soutien suffisant de la part des
principaux acteurs pour que le passage à l’étape suivante
ait un sens.
3.4.2 Deuxième étape: convenir
d’un cadre de planification adopté et d’une terminologie
précise, puis définir le processus de conception
Ainsi qu’il a déjà été évoqué,
il existe différents cadres de planification et plusieurs approches
de la MCL. Selon les pays, les gens auront utilisé des modèles
différents et seront habitués à un certain vocabulaire.
Il sera utile pour tout le monde de s’accorder au début du
processus de conception sur la méthode de planification retenue,
sur la manière dont le cadre logique sera utilisé et sur
la terminologie qui sera employée.
Par ailleurs, il faut donner des indications précises sur le
processus de conception: qui y participera; de quelle manière et
à quel moment; quelle information doit être recueillie et
comment; enfin, comment la conception finale sera validée avec
les principaux partenaires. L’encadré 3-8 présente
les éléments clés de la conception participative
selon l’expérience du FIDA en Asie.
On accorde souvent trop peu d’attention à cette étape
“d’élaboration du processus de conception”, ce
qui explique les nombreux problèmes qui surgissent pendant la conception
et la mise en œuvre.
| Encadré
3-8. Élaborer une phase de conception participative (fondée
sur l’expérience du FIDA en Asie)4
- Mettre en place une équipe de conseillers nationaux –
un groupe de personnes déterminées, expérimentées
et respectées qui, à titre bénévole,
jouent le rôle de personnes-ressources pour accompagner
le processus de formulation et défendre les finalités,
les stratégies et les approches proposées par le
projet.
- Effectuer une analyse participative des acteurs sous la forme
d’un travail de réflexion avec des groupes/particuliers/institutions,
réunissant les parties prenantes au projet, évaluant
leurs attentes par rapport au projet et leur rôle potentiel
dans sa réussite, et ébauchant les modalités
de leur participation.
- Constituer une équipe chargée de la conception
du projet composée de spécialistes nationaux de
différents secteurs professionnels, d’ONG compétentes
et de la fonction publique.
- Former cette équipe à mettre en œuvre des
outils de diagnostic participatif et à tirer de ses discussions
avec les groupes d’acteurs des conclusions pour la conception
du projet.
- Faire le bilan des données existantes et des entretiens
avec des principaux informateurs clés.
- Formuler la trame de l’étude et le plan d’analyse
compte tenu des besoins d’information identifiés.
- Diviser la zone du projet en zones d’étude sur
la base de zones agroécologiques relativement homogènes.
- Procéder à l’identification des problèmes
et à l’évaluation des besoins au niveau du
village grâce à des réunions de groupe thématiques
et à des entretiens avec les ménages:
- Évaluer les problèmes: examiner les difficultés,
les problèmes et les préoccupations des villageois;
évaluer leurs causes et leurs effets; repérer
ceux qui pourraient avoir un lien avec le projet en cours
de planification; convenir de critères pour classer
les problèmes par ordre de priorité; les classer
par ordre de priorité.
- Analyser les options: examiner les stratégies et
les options proposées/souhaitées par la communauté
pour sortir de la situation créée par ces problèmes.
- Analyser les diverses solutions: convenir de critères
pour comparer les options permettant de surmonter les difficultés
et de concrétiser les aspirations, puis définir
et évaluer les différentes stratégies/options
disponibles pour atteindre les objectifs souhaités.
- Effectuer une analyse transversale, par zone agroécologique
et par couche socioéconomique, afin d’intégrer
les analyses réalisées dans les différentes
communautés.
- Organiser des ateliers de conception avec différents
niveaux d’acteurs afin d’élaborer ensemble
la matrice du cadre logique:
- Résumé des objectifs (hiérarchie des
objectifs): mettre au point le concept du projet, la vision
à terme, la mission, les résultats et les activités
du projet.
- Indicateurs: déterminer conjointement les indicateurs
qui saisissent et mesurent les différents niveaux de
changements sur lesquels le projet devrait avoir une influence.
- Moyens de vérification: convenir des sources d’information
à utiliser pour suivre l’impact.
- Hypothèses/facteurs extérieurs importants:
examiner les attitudes, les comportements, les processus,
les tendances, les catastrophes/risques naturels, etc. sur
lesquels le projet n’a pas de prise mais qui pourraient
avoir des conséquences bénéfiques ou
préjudiciables.
- Sonder en permanence l’opinion des acteurs concernés
afin de garantir que le processus de consultation et les résultats
provisoires soient aussi valables que possible.
- Organiser au niveau national des ateliers de planification et
de vérification des réalités du projet auxquels
toute une série d’acteurs et de futurs bénéficiaires
sont conviés et pendant lesquels les premières propositions
sont présentées et débattues afin d’examiner
leur adéquation aux différentes réalités.
- Rédiger la proposition de projet, compte tenu des résultats
des ateliers, avec une équipe de spécialistes nationaux
et internationaux.
- Valider les grandes lignes du projet avec les acteurs clés,
notamment les futurs bénéficiaires, dans le cadre
d’une série de débats ou d’ateliers.
4/ Extrait
de: Altarelli, V. Participatory Diagnostic Study in Project Formulation
and Beyond: A Process Approach. J. Kumar Dutta. Stakeholder Involvement
in Participatory Practices: An Overview of Bangladesh NGOs. Dans: IFAD,
ANGOC et IIRR. 2001. Enhancing Ownership and Sustainability: A Resource
Book on Participation.
3.4.3 Troisième étape: effectuer
un diagnostic précis de la situation
Le diagnostic initial a pour objet d’obtenir autant d’informations
que possible sur le contexte du projet et sur les intérêts
et les besoins de la population locale afin de concevoir un projet pertinent.
Il vaut mieux à cet effet travailler avec plusieurs groupes d’acteurs.
Une liste des principaux sujets, questions et méthodes utiles
au diagnostic initial est présentée dans l’encadré
3-9.
Dans l’approche de la MCL classique, la planification du projet
se base sur l’établissement d’un arbre à problèmes
correspondant à la situation de départ. La technique de
l’arbre à problèmes fonctionne bien pour les situations
simples. La planification qui en résulte correspond à
une approche assez mécanique du développement selon laquelle
les projets sont conçus pour “régler” des
problèmes plutôt que pour faciliter des processus locaux
de développement. Par ailleurs, les gens conçoivent leur
avenir en termes de visions et d’aspirations – et pas uniquement
de problèmes. Analyser les visions pour l’avenir aide à
repérer les possibilités d’amélioration et
de réussite pouvant être exploitées ultérieurement.
Un bon diagnostic initial associera la collecte et l’analyse
d’informations sur le contexte local, des expertises spécialisées
et des processus participatifs tels que les diagnostics participatifs,
les réunions au niveau des communautés et les ateliers
multi-acteurs. Un diagnostic initial constructif et suscitant la réflexion
associera plusieurs méthodes (voir annexe
D).
Un bon diagnostic permet entre autres aux acteurs de mieux comprendre
leur situation et d’être plus à même de concevoir
un projet solide. Cependant, organiser une seule réunion collective
ne suffira pas pour atteindre ce résultat. Les points de vue
des gens évoluent à mesure qu’ils discutent et écoutent.
Le diagnostic doit donc faire appel à une série de rencontres.
Il est essentiel pour le système de S&E que le diagnostic
soit mis à jour. Un diagnostic/analyse de situation n’est
pas une enquête de référence. Il s’agit dans
les deux cas de collecte d’informations. Mais un diagnostic est
plus évolutif pour ce qui concerne les thèmes et les questions
analysés, tandis qu’une enquête de référence
ne comprend que les critères nécessaires aux mesures d’impact.
L’enquête de référence est effectuée
après que la conception du projet a été achevée,
tandis que le diagnostic fait partie de la conception.
| |
Encadré
3-9. Principaux thèmes, questions et méthodes (en
italique, voir annexe
D) en vue d’un diagnostic approfondi avec les acteurs
Acteurs (cartes des acteurs, diagrammes institutionnels,
données secondaires)
- Quelles sont les populations locales susceptibles de bénéficier
du projet?
- Quels sont les autres acteurs clés?
- Quelles sont les interactions entre les différents
groupes d'acteurs?
- Quel est l'équilibre des forces entre les différents
groupes?
Problèmes et questions (description approfondie,
cartes conceptuelles, discussions de groupe thématiques,
analyses historiques, données secondaires, classement
dans une matrice)
- Quels problèmes ou questions sont essentiels par rapport
à l'orientation centrale du projet?
- Quels sont les principaux problèmes ou préoccupations
des différents groupes d'acteurs et quel rapport ont-ils
avec le thème central du projet?
Aspirations et possibilités (descriptions approfondies,
jeux de rôles)
- Quels changements les différents groupes d'acteurs
aimeraient-ils voir induits par le projet?
- De manière générales, quels sont les
aspirations, espoirs ou réves des différents acteurs
et ont-ils une incidence sur le projet?
- Quelles possibilités de réaliser leurs aspirations
les acteurs entrevoient-ils?
Cadre biophysique (cartes, transects, visites de terrain,
calendriers salsonniers)
- Quelles sont les caractéristiques géographiques
des zones du projet?
- Quelles sont les conditions climatiques?
- Quelles sont les principales formes d'utilisation du sol?
- Quels sont les problèmes ou risques environnementaux?
Organisations (diagrammes institutionnels, diagrammes
en réseau, diagrammes de flux, classement dans
une matrice)
- quelles sont les organisations publiques, professionnelles
et non gouvernementales importantes?
- Ces organisations fonctionnent-elles de manière efficace?
- Quels sont les liens entre les différentes organisations
(rapports de pouvoir, communication, collaboration, concurrence)?
Infrastructures (cartes des ressources)
- quels sont les principaux problèmes d'infrastructure
de la zone?
Législation, politiques et institutions politiques
(descriptions approfondies, diagrammes institutionnels, analyses
historiques, entretiens thématiques ciblés,
données secondaires)
- Quels sont les facteurs juridiques importants pour le projet?
- Quels sont les politiques nationales et les programmes gouvernementaux
importants?
- quelles sont les principales structures gouvernementales et
politiques dans la zone et comment fonctionnent-elles?
Économie (classement selon le bien-être,
diagrammes d'activités quotidiennes, calendriers
saisonniers, échelles de revenus, données secondaires)
- Quelle est la situation économique de la population
locale?
- Quels sont les principaux moyens de subsistance?
- Quelles sont les principales caractéristiques de l'économie
locale?
- Quelles sont les opportunités et les contraintes liées
au marché?
Social et culturel (analyses historiques, discussions
de groupe thématiques, analyses FFPM)
- Quels sont les principaux aspects sociaux et culturels à
prendre en considération pour le projet?
|
|
3.4.4 Quatrième étape: élaborer
la stratégie du projet (hiérarchie d’objectifs,
moyens et modalités de mise en œuvre)
Ayant une bonne connaissance de la situation, vous êtes maintenant
prêt à élaborer la stratégie du projet, qui
indique de manière claire ce à quoi tout le monde espère
parvenir et comment. La stratégie du projet comprend la hiérarchie
des objectifs, les modalités de mise en œuvre et les moyens
nécessaires. Le présent chapitre porte principalement
sur la hiérarchie des objectifs – première colonne
du cadre logique – qui est essentielle pour la stratégie.
Cette hiérarchie a une structure de type arborescent qui établit
la manière dont les activités et les réalisations
prévues contribuent à l’(aux) objectif(s) spécifique(s)
et à l’objectif général du projet (voir figure
2-4 et la description de la méthode à l’annexe
D).
Une stratégie de projet ne pourra bien fonctionner que si elle
est logique, c’est-à-dire si toutes les réalisations
nécessaires pour atteindre un objectif spécifique ont
été correctement identifiées et si, à leur
tour, toutes les activités nécessaires à l’obtention
d’une réalisation ont également été
précisées. À titre d’exemple, vous ne pouvez
pas avoir comme réalisation “la production et certification
de semences de variétés améliorées”,
sans faire figurer comme activités “l’expérimentation
et la production de semences par des privés” et “la
formation du personnel du Ministère de l’agriculture à
la certification”. Une fois établie la hiérarchie
des objectifs, il faut en vérifier la logique (voir tableau
3-3).
La MCL classique applique une méthode très structurée
consistant à convertir l’arbre à problèmes
en arbre ou hiérarchie des objectifs. Lorsque vous en êtes
à élaborer les aspirations par rapport au projet, et dans
des situations complexes où la taille de l’arbre à
problèmes le rend peu maniable, vous pouvez avoir recours à
une approche plus ouverte et itérative. Les principales étapes
de l’éla-boration de la hiérarchie des objectifs
sont présentées ci-dessous et décrites à
l’annexe B avec un exemple détaillé.
-
Définir l’objectif général du projet.
Celui-ci doit évoquer l’impact à long terme,
au niveau le plus élevé, auquel le projet va contribuer.
-
Définir le(s) objectif(s) spécifique(s).
C’est ce à quoi le projet doit parvenir pour contribuer
à atteindre l’objectif général. Le niveau
de l’objectif spécifique décrit généralement
des changements importants de comportement ou de capacité.
Sachant qu’un projet peut contribuer à réaliser
l’objectif général de plusieurs manières,
les acteurs devront décider ce qui est le plus opportun et
faisable pour ce projet spécifique. Il est utile de définir
des critères pour faciliter cette décision. Il est
judicieux de prévoir un objectif spécifique distinct
pour la gestion du projet. Les principales tâches de gestion
du projet (gestion du personnel, gestion financière, entretien
des installations et de l’équipement, et S&E) peuvent
être mentionnées comme réalisations (voir prochaine
étape).
-
Définir les réalisations nécessaires.
Il s’agit de définir les réalisations nécessaires
pour atteindre chaque objectif spécifique. Imaginez que vous
concevez une voiture. Si vous oubliez une partie essentielle, comme
les roues ou le moteur, quelle que soit la qualité des autres
éléments de la voiture, elle ne marchera pas. Par
ailleurs, vous ne voulez pas monter des roues de tracteur sur une
voiture, ni un moteur de moto sur un gros tracteur. Autrement dit,
faites en sorte que les réalisations attendues correspondent
aux besoins réels et évitez celles qui ne sont pas
absolument nécessaires. Tout objectif spécifique peut
être atteint de plusieurs manières. Faites preuve d’inventivité
et analysez les avantages et les inconvénients des différentes
options avant de faire votre choix.
-
Définir les activités. Chaque réalisation
est obtenue grâce à une série d’activités.
Il se peut qu’au stade initial de la conception du projet,
la meilleure façon d’atteindre les objectifs spécifiques
et d’obtenir les réalisations n’apparaisse pas
clairement, il faudra donc probablement réviser et finaliser
la définition des activités ultérieurement.
-
Vérifier la logique. Une fois que la hiérarchie
des objectifs est établie, testez-la avant finalisation à
l’aide des questions de contrôle de la logique (tableau
3-3).
-
Affecter les moyens nécessaires pour mener les
activités et établir le budget global.
-
Établir le calendrier des travaux pour les principales
activités pendant la vie du projet et fixer des repères
clés.
- Définir les dispositifs de gestion et de fonctionnement,
avec les principales responsabilités et procédures de
travail.
Tableau 3-3. Questions de contrôle de
la logique
| Niveau |
Questions de contrôle
de la logique |
| Objectif général
|
- L’objectif général
exprime-t-il une situation future souhaitée ou un impact
d’ordre supérieur auxquels le projet contribue?
- L’objectif général permet-il de situer
le projet dans un contexte plus vaste lui donnant sa raison
d’être?
- L’objectif général est-il suffisamment
circonscrit pour avoir un sens compte tenu de la portée
du projet?
- Évitez d’exprimer les objectifs généraux
à un niveau excessivement général. L’objectif
général est-il reconnu et partagé par les
acteurs concernés? |
| Objectif spécifique |
- L’objectif spécifique
est-il l’exposé succinct de ce que le projet réalisera
dans l’ensemble?
- L’objectif spécifique est-il réaliste
compte tenu des ressources, de la durée et du contexte
d’intervention du projet? |
| Réalisations |
- Prises conjointement les réalisations
décrivent-elles l’ensemble des produits auxquels
il faut parvenir pour que l’objectif spécifique
soit atteint?
- Autrement dit, si l’on parvient aux réalisations
prévues, l’objectif spécifique sera-t-il
atteint?
- Certaines réalisations attendues sont-elles inutiles
pour atteindre l’objectif spécifique?
- Les réalisations que le projet doit permettre d’obtenir
sont-elles réalistes au regard de sa durée prévue?
- Existe-t-il un ensemble d’actions concrètes
qui peuvent être mises en œuvre pour obtenir chacune
des réalisations prévues? |
| Activités |
- L’ensemble des activités
relatives à chaque réalisation correspondent-elles
aux principales actions à mener pour obtenir les réalisations
attendues?
- Certaines activités sont-elles inutiles pour obtenir
les réalisations ou relèvent-elles logiquement
d’une autre réalisation?
- Est-il nécessaire de scinder certaines activités
et de les affecter en partie à différentes réalisations?
Le niveau de détail est-il à peu près équivalent
pour toutes les activités?
- Autrement dit, êtes-vous sûr que certaines activités
ne se situent pas plutôt au niveau des réalisations
alors que d’autres sont au niveau des tâches? La
liste des activités est-elle gérable (pas trop
longue)? |
| Pour tous les niveaux |
- Tous les niveaux sont-ils compréhensibles
pour les partenaires et acteurs du projet, et exprimés
aussi clairement et succinctement que possible? Certains moyens
proposés sont-ils inutiles? |
On n’élabore pas une bonne stratégie de projet
d’un coup en déroulant simplement toutes les étapes
à la suite. Il faut revenir aux étapes précédentes
à mesure que la réflexion s’approfondit. À
titre d’exemple, lorsque vous commencez à réfléchir
au coût et aux aspects pratiques de certaines activités,
il se peut que vous vous rendiez compte que certaines réalisations
ou objectifs spécifiques ne sont pas réalistes. On présente
dans l’encadré 3-10 une liste d’erreurs
à éviter lorsqu’on établit la hiérarchie
des objectifs.
| |
Encadré
3-10. Erreurs courantes à éviter lors de la formulation
de la hiérarchie d’ob
|
|
Dans la mesure du possible, chaque niveau de la hiérarchie
des objectifs doit être SMRPD (voir encadré
3-11). N’oubliez pas que le cadre logique n’est qu’un
résumé d’une description et d’une justification
plus détaillées figurant dans le rapport de préévaluation
pour chaque niveau de la stratégie du projet. Faites en sorte
que chaque indication de la première colonne du cadre logique
soit aussi spécifique que possible.
Afin d’éviter une planification trop détaillée,
n’oubliez pas que les réalisations et les objectifs spécifiques
ne sont pas seulement matériels (routes, périmètres
d’irrigation ou accroissement de rendement), mais comprennent
également les processus de dialogue et le renforcement des
capacités. Vous pouvez inclure des objectifs quantitatifs approximatifs
et indiquer qu’ils seront précisés une fois que
le processus participatif de planification engagé au démarrage
aura permis de mieux comprendre les priorités des bénéficiaires.
| |
Encadré 3-11.
S’assurer que les objectifs sont SMRPD
Si votre objectif général, votre objectif spécifique,
vos réalisations et vos activités sont orientés
vers l’impact, ils doivent être:
- Spécifiques
- Mesurables
- Réalisables
- Pertinents (par rapport à l’objectif
spécifique et à la finalité du projet)
- Définis dans le temps
Mais attention! Retenez que:
- Il se peut qu’il soit nécessaire de s’appuyer
sur l’expérience pour établir ce qui est
réalisable.
- Il faut du temps pour développer de bonnes idées.
- On ne peut pas mesurer facilement tout ce qui vaut la peine
d’être fait.
|
|
Les détails de la stratégie de projet évoluent
au cours du déroulement de celui-ci. C’est ainsi qu’au
démarrage du projet, la stratégie doit être plus
détaillée que pour la préévaluation, et
elle doit l’être encore plus pour établir le programme
de travail et le budget annuels.
Cela vaut la peine d’investir du temps et de faire un effort
d’analyse pour mettre au point une stratégie de projet
claire, logique et réalisable. Très souvent l’équipe
du projet est impatiente de “démarrer” –
ce qui se comprend. Cependant, si les actions à entreprendre
reposent sur une maîtrise précise et partagée
de la stratégie du projet, il sera ensuite plus facile de les
orienter de manière à obtenir l’impact souhaité.
Sans cela, les membres de l’équipe risquent de mener
certains travaux correctement mais de façon fragmentaire, ces
travaux ne se renforçant pas mutuellement. À titre d’exemple,
dans un projet nigérien d’appui à la filière
riz, un cadre logique et un programme de travail annuel avaient tous
les deux été établis, mais il n’y avait
pas vraiment de lien entre les deux, le cadre logique n’a donc
pas pu être utilisé de manière optimale par le
projet la première année. Cela a pu être corrigé
par la suite.
3.4.5 Cinquième
étape: identifier et analyser attentivement les hypothèses
et les risques, et modifier en conséquence la conception du
projet
Les hypothèses, qui figurent dans la quatrième colonne
de la matrice, sont souvent les “orphelines” du cadre
logique (voir encadré 3-12). Elles sont
fréquemment formulées rapidement, sans réel travail
de réflexion. Elles constituent pourtant la véritable
ossature de la stratégie du projet. Elles spécifient
les conditions nécessaires (les relations de cause à
effet), sur lesquelles la direction du projet n’a pas de prise
directe, qui doivent être remplies pour que le projet atteigne
ses objectifs. Elles sont fondamentales pour la logique globale du
projet et donc pour son succès. L’idéal est de
réfléchir aux hypothèses à mesure que
vous établissez la hiérarchie des objectifs et d’y
revenir une fois achevée cette version préliminaire.
Les hypothèses ne sont importantes que lorsqu’elles
décrivent les conditions qui – si elles ne sont pas réunies
– risquent de compromettre le succès du projet. Nombre
de matrices de cadre logique n’indiquent que des hypothèses
tout à fait évidentes, générales et souvent
très probables, telles que: “maintien de la sécurité
nationale”, “politiques de marché libre”,
“souplesse suffisante de l’ad-ministration publique”
et “maintien de la pluviométrie”. Elles ne peuvent
donc pas être utiles pour orienter stratégiquement le
projet.
| |
Encadré
3-12. La colonne des hypothèses: la “poubelle”
Selon un consultant de S&E en Ouganda, la colonne des hypothèses
du cadre logique sert de “poubelle”. Au lieu de
les considérer comme faisant partie intégrante
du projet, en général, les équipes chargées
de la conception se débarrassent simplement de tous les
aspects institutionnels en les inscrivant dans cette colonne.
Il s’ensuit que ces questions ne sont pas traitées
par le personnel du projet, qui les considère alors comme
indépendantes de sa volonté. Il est nécessaire
de consacrer plus de temps à l’analyse des hypothèses
pendant la planification et de réfléchir au parti
que l’on pourrait en tirer. |
|
La plupart des projets reconnaissent l’importance des hypothèses,
qui réapparaissent pendant l’exé-cution sous forme
de problèmes. Nombre d’entre elles peuvent être
identifiées pendant la conception, qui en sera ainsi améliorée.
Elles ne sont pas prises en considération lorsque le diagnostic
initial n’a pas été fait, n’est pas complet
ou n’est pas suffisamment bien mené pour démêler
les hypothèses sous-jacentes. Par exemple:
-
Dans un projet, l’un des objectifs spécifiques consistait
à “augmenter de 10% la superficie cultivée
non consacrée au riz”. Ce n’est que pendant
la mise en œuvre que le projet s’est aperçu
que les petits paysans du groupe cible n’avaient pas accès
à des terres supplémentaires pour ces cultures.
Explication: mauvais diagnostic initial.
-
Un autre projet avait retenu pour réalisation “programmes
de radio mis au point et diffusés” et pour hypothèse
“les communautés ont accès aux médias
radiophoniques”. En réalité, les communautés
n’avaient pas de radios. Explication: mauvais diagnostic
initial.
Dans les deux cas, les hypothèses auraient dû être
vérifiées avant que les objectifs et réalisations
attendues ne soient formulés. Si cela avait été
fait, et s’il était apparu que les communautés
n’avaient pas l’accès voulu à la terre ni
aux radios, elles auraient été abandonnées ou
repensées. Ainsi, dans le deuxième cas, les réalisations
pourraient être revues de manière à fournir l’accès
à la radio et le budget correspondant. Les risques sont la
contrepartie des hypothèses. Un coup d’œil aux hypothèses
d’un projet permettra d’avoir une idée des risques
qu’il court. Plus il y a d’hypothèses, plus il
est difficile pour le projet de les maîtriser, ce qui augmente
le risque d’échec. Prenons le cas d’un projet ayant
pour hypothèse “les précipitations annuelles sont
supérieures à la moyenne annuelle de la région.”
Si son succès repose sur cette hypothèse (qui a peut-être
été émise à la hâte), il est certain
que ce projet présente un risque d’échec élevé.
Un bon système de S&E a besoin d’hypothèses
claires et justes. Lorsqu’un objectif donné n’est
pas atteint ou que des problèmes se posent, vous constaterez
souvent que cela est imputable à une hypothèse erronée.
Un bon système de S&E exige de s’assurer de la validité
des hypothèses. Voici quelques conseils pour faire des hypothèses
un outil de gestion utile:
-
Considérez d’abord les hypothèses comme
des risques. Lorsque vous formulerez des hypothèses,
commencez par penser aux risques éventuels que court le
projet. Par exemple, si vous pensez que l’un des risques
est “la non-fourniture en temps voulu des services sous-traités”,
vous le ferez apparaître dans la matrice du cadre logique
sous la forme: “les partenaires du projet rempliront leurs
contrats en temps voulu”.
-
Examinez les hypothèses concernant l’efficacité
des institutions publiques, des organismes privés, des
ONG/organisations communautaires, des sous-traitants/consultants
et des bailleurs de fonds, le contexte politique, les phénomènes
naturels, les marchés et les prix internationaux ou domestiques,
et les troubles civils/guerre.
-
Vous ne pouvez pas suivre un grand nombre d’hypothèses.
Limitez-vous aux hypothèses essentielles pour le succès
du projet. Après avoir dressé la liste de toutes
les hypothèses possibles, éliminez celles qui ne
sont pas importantes pour le succès du projet, et celles
qui sont presque certaines d’être réalisées
donc inutiles à suivre. L’analyse des risques (voir
figure 3-1) est une méthode efficace
pour évaluer l’importance des hypothèses.
-
Concentrez-vous sur les hypothèses dont vous n’êtes
pas sûr qu’elles se vérifieront. Ces hypothèses
doivent être suivies car elles risqueraient de compromettre
sérieusement le projet s’il s’avérait
qu’elles ne sont pas vérifiées. On peut citer
des exemples d’hypothèses de cet ordre tirés
de cadres logiques réels: “les gros fermiers sont
coopératifs”, “les bénéficiaires
géreront de manière efficace les terres qu’ils
viennent d’acquérir”, “les fluctuations
du climat restent dans la norma-le” et “la communauté
respecte la réglementation des pêches concernant
la taille des filets”.
-
Vérifiez que les hypothèses sont effectivement
hors du contrôle du projet. Pour ce faire utilisez
un arbre de décisions (voir figure 3-1). La formulation
des hypothèses est un processus très important.
Elle sert à vérifier que la stratégie du
projet permet d’atteindre l’objectif spécifique,
sachant que sont pris en compte le maximum d’éléments,
susceptibles d’être affectés par divers facteurs
aléatoires. Si vous vous rendez compte que des hypothèses
peuvent être maîtrisées par le projet, vous
devez en déduire des résultats et des activités
supplémentaires dans la matrice du cadre logique. Les hypothèses
suivantes, tirées de projets du FIDA, auraient pu toutes
être traitées comme des éléments de
la stratégie: “personnel du service de vulgarisation
agricole motivé”, “fourrages disponibles”
et “les rapports de suivi sont fondés sur une analyse
du contexte”.
-
Des hypothèses importantes qui ont très peu
de chances de se vérifier sont des “hypothèses
fatales”. Le projet doit être repensé
afin de les éliminer. En voici un exemple: “la formation
des vulgarisateurs entraînera une adoption accrue de nouvelles
technologies par les agriculteurs”. Le projet doit examiner
cette relation de cause à effet parce qu’en fait,
il est très improbable que le manque de connaissances soit
le principal problème des vulgarisateurs (vous ne savez
pas si vous disposez d’un nombre suffisant d’agents
à former, ni si ce sont les personnes qui conviennent le
mieux). Il est par ailleurs à peu près certain que
les agriculteurs se heurtent à de nombreuses difficultés
les empêchant d’adopter les technologies, autres que
les connaissances des vulgarisateurs.
-
Revoyez périodiquement vos hypothèses,
au moins lors du bilan annuel, afin de réviser ou de sup-primer
celles qui ne sont plus valables et d’ajouter celles qui
apparaîtraient. Dans un projet participatif ouvert à
la réflexion, on formulera de nouvelles hypothèses
à mesure que la stratégie évoluera et que
les premiers résultats apparaîtront. Il faut comparer
les données de suivi-évalua-tion aux hypothèses
afin de voir s’il y a des contradictions à résoudre.
Par exemple, vous pourriez poser comme hypothèse “qu’un
accroissement de 25% du revenu des ménages entraînera
une réduction de la collecte illégale de bois de
feu”. Lorsque les données de suivi indiquent que
les revenus ont augmenté de 35% mais que la collecte de
bois de feu ne diminue pas, il vous faut repenser la logique du
projet si celui-ci a pour objet de réduire le déboisement.
Il se peut que l’accroissement du pouvoir d’achat
stimule la demande de bois de feu. Vous pouvez probablement en
conclure qu’“accroître les salaires” n’est
pas la meilleure stratégie pour “réduire la
collecte illégale de bois de feu”.
Figure 3-1. Décider des hypothèses
qu’il est important de garder
3.4.6 Sixième étape: élaborer
le cadre général du S&E
La dernière étape consiste à mettre au point
le cadre général du S&E du projet. Les questions
et indicateurs clés de performance sont récapitulés
dans la deuxième colonne du cadre logique et les principaux
mécanismes de suivi dans la troisième. Cependant, il
ne s’agit que d’un résumé du cadre général
du S&E. La mise en place du dispositif de S&E étant
traitée en détail dans la suite du guide, elle ne sera
pas examinée de manière approfondie ici.
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3.5 De la matrice du cadre
logique au programme de travail et budget annuel
Passer de la stratégie du projet, telle qu’elle est
formulée dans la matrice du cadre logique, à un programme
de travail annuel opérationnel qui soit clair pour l’équipe
du projet et pour les partenaires revient à traduire ses idées
en actes. Un programme opérationnel est suffisamment détaillé
lorsque l’équipe et les organismes chargés de
la mise en oeuvre savent ce qu’ils doivent faire, quand et comment.
3.5.1 Qu’est-ce que le PTBA?
L’outil de planification et d’exécution le plus
important d’un projet est le programme de travail et budget
annuel (PTBA). Le PTBA, qui sert de guide pour la mise en œuvre
du projet au quotidien, comprend:
-
le programme de travail, la description de chaque
activité/réalisation/indicateur par compo-sante, fondée
sur le cadre logique;
-
le calendrier ou déroulement chronologique,
qui spécifie le moment où les activités doivent
avoir lieu et dans quel ordre;
-
le budget, qui précise le coût de chaque
réalisation et activité par composante;
-
le plan relatif au personnel, qui définit
les responsabilités, les besoins de personnel supplémentaire
et la formation du personnel;
-
le plan relatif au matériel/équipement
qui établit les besoins pour chaque résultat et activité
par composante, y compris la passation de marchés.
Le PTBA mentionne l’engagement annuel du projet envers les
communautés, le gouvernement et le FIDA. Le PTBA est d’ordinaire
intégré dans le cycle budgétaire national. Ainsi,
il bénéficie d’un aval juridique et constitue
le document de base officiel pour l’exécution et le déblocage
des fonds (fonds du FIDA et contributions des contreparties). Dans
certains pays, les fonds de contrepartie requis sont mis à
la disposition du projet immédiatement après l’approbation
du PTBA.
La rédaction du PTBA est habituellement engagée avant
la fin de l’année budgétaire et repose sur l’expérience
acquise sur le terrain pendant la mise en œuvre. Du fait de l’existence
de PTBA détaillés, l’importance du rapport de
préévaluation diminue au cours du projet. Après
la première année, il ne sert plus à la programmation,
hormis les orientations générales sur les objectifs,
les principes et les approches. Le rapport de préévaluation
reste cependant un point de référence important pour
l’évaluation, car les PTBA ne font pas référence
aux objectifs à long terme, ni aux principes généraux.
Le PTBA s’inscrit dans le cadre de l’accord de prêt,
qui peut être modifié le cas échéant. Les
éventuelles modifications découlent de l’expérience
acquise par tous les participants au projet, qui préparent
le PTBA en fonction des enseignements tirés et des résultats
obtenus. Le premier PTBA se base habituellement sur le rapport de
préévaluation, en actualisant des détails tels
que les prix et les besoins réels. Les PTBA suivants sont mieux
élaborés lorsqu’ils sont préparés
dans le cadre de bilans et ateliers de programmation participatifs.
Les communautés, l’équipe du projet et les partenaires
examinent conjointement les résultats obtenus l’année
précédente. Les conclusions de ces discussions servent
de base à l’exercice de planification participative du
PTBA suivant.
Dans un nombre croissant de projets, les PTBA sont précédés
par des évaluations participatives pendant lesquelles les acteurs
à la base, avec l’aide de l’équipe du projet,
définissent les besoins, les ressources et les priorités
de leur communauté. Ces éléments servent de base
aux “plans d’action communautaire” qui sont les
composantes des plans à l’échelon supérieur
(du district ou de la circonscription) et dont le projet tire ses
PTBA (voir encadré 3-13).
Le PTBA ne sert pas seulement de guide pour le projet pendant un
an, mais c’est également le mécanisme grâce
auquel le projet tire des enseignements de l’expérience
de l’année précédente et peut ainsi apporter
les modifications nécessaires. Le PTBA adapte le plan opérationnel
du projet à la situation du moment et précise pour l’année
en question les réalisations concrètes que l’on
veut obtenir, les activités à entreprendre, les ressources
nécessaires et leur coût, ainsi que les institutions
assumant la responsabilité financière. Le PTBA sert
de base pour l’évaluation de l’état d’avancement
du projet par le FIDA, l’institution coopérante et les
participants au projet.
3.5.2 La préparation du PTBA
L’information nécessaire pour préparer le PTBA
est tirée du rapport de préévaluation du projet,
de l’accord de prêt, de tout plan stratégique spécifique,
ainsi que des programmes et rapports des années précédentes.
Les PTBA sont préparés pour chaque niveau de participants
au projet selon un processus participatif à partir de la base,
en commençant par les bénéficiaires selon leurs
besoins et leurs demandes exprimées. Au niveau le plus élevé,
le PTBA doit être préparé juste avant l’affecta-tion
par le gouvernement du budget de l’année suivante, afin
d’inscrire précisément les fonds requis par le
projet.
Voici les étapes fondamentales de l’élaboration
du PTBA (voir également encadré 3-13):
-
Relever les activités dans la matrice du cadre logique
révisé et les inscrire dans la première colonne
du programme de travail. Les énumérer en précisant
quelle activité est nécessaire pour exécuter
les autres. Apporter ensuite des précisions et ajouter
les sous-activités, le cas échéant.
-
Pour chaque (sous-)activité, spécifier les éléments
suivants: points de repère – ce qui doit être
fait pour telle date, qui est responsable de sa mise en œuvre
et de sa vérification, quand doitelle démarrer et
se terminer, quels sont les besoins en personnel exprimés
en hommes-mois, quantité de matériel et d’équipement
nécessaires, coûts et catégorie de coûts,
et hypothèses importantes.
-
Vérifier que le coût total du programme reste dans
les limites du budget (voir encadré 3-14),
que les responsabilités sont bien réparties (c’est-à-dire
que personne n’est surchargé ni oublié) et que
les attributions de tâches sont pertinentes. S’assurer
par ailleurs que le calendrier est réaliste et cohérent.
Vous ne pouvez pas programmer deux fois la même personne ou
le même équipement au même moment!
-
Parcourir les étapes ci-dessus avec les bénéficiaires
afin qu’ils prennent conscience de leurs responsabilités
(voir encadrés 3-13 et 3-14).
- Établir le document du PTBA avec les éléments
arrêtés d’un commun accord (voir tableau
3-4) et l’envoyer à l’institution appropriée
pour approbation, en vous assurant de la “non objection”
de l’institution coopérante.
Le PTBA sert de base à une programmation opérationnelle
plus détaillée: programmes de travail par composante,
par membre de l’équipe du projet, par mois/trimestre/semestre,
etc. Certains projets utilisent des graphiques de Gantt pour indiquer
le moment où les activités doivent avoir lieu au cours
de l’année. Cependant, ces graphiques ne peuvent pas contenir
certaines informations importantes, telles que les responsabilités
et les ressources, et il faut donc les compléter par d’autres
graphiques (voir annexe
D).
Encadré 3-13. L’élaboration
du PTBA dans un projet tanzanien

| |
Encadré 3-14
Révision participative du budget et de la stratégie
du projet
La simple intégration du budget dans le cadre logique
peut s’avérer difficile, ainsi que l’a constaté
le personnel d’un projet en Ouganda. Lors d’un atelier
participatif sur l’élaboration du cadre logique,
les participants étaient pressés de fournir leurs
chiffres et de partir. Le personnel du projet a dû les inciter
à justifier les dépenses dans le cadre de la stratégie
générale et des activités. Bien sûr,
le budget dépassait largement les ressources disponibles.
Pour le réduire, ils ont dû reprendre la réflexion
et identifier les activités contribuant le plus aux réalisations
concrètes qu’ils souhaitaient obtenir. Cette marche
arrière a aidé les participants à expliquer
et à justifier pourquoi les activités étaient
importantes et ce qui n’aurait pas été entrepris
sans les ressources extérieures. |
|
Tableau 3-4. Exemple de table des matières
d’un PTBA
| Sujet |
Description |
| 1. Introduction |
Présentation
résumée des objectifs, des composantes et de la
zone du projet, centrée sur la stratégie de réduction
de la pauvreté. Faire mention des sujets particuliers et
des recommandations justifiées par l’évo-lution
des politiques, de directives gouvernementales ou des missions
de supervision. |
| 2. Bilan de la mise
en œuvre |
Description de l’état
d’avancement des travaux, des problèmes rencontrés,
de l’adéquation/inadéquation des moyens du
projet, des enseignements tirés pour chaque niveau du cadre
logique. Indiquer toute modification à apporter au cadre
logique et la justifier. |
| 3. Résumé
du budget |
Budget récapitulatif:
synthèse par composante du projet, par réalisation,
par unité géographique de base et aux niveaux national
et général. Expliquer comment les composantes doivent
être financées par les différents partenaires
– gouvernement, bénéficiaires, FIDA et autres
institutions de financement – et quelle est la contribution
de chacun aux différentes composantes. |
| 4. Programme général
de travail |
Présente pour
chaque composante ce qui doit être financé, la justification,
la stratégie, les résultats attendus et les réalisations
concrètes escomptées et tout changement par rapport
au PTBA de l’année précédente, en suivant
la présentation du cadre logique. Indiquer quels éléments
se rapportent aux besoins jugés prioritaires par les bénéficiaires
et quels besoins ne peuvent pas être satisfaits et pourquoi.
Récapituler le processus à suivre pour assurer la
participation des bénéficiaires pour l’année
à venir. |
| 5. Programmations des
activités |
Programmes pour chaque
composante, indiquant notamment les besoins vis-à-vis du
projet en termes d’appui, de coordination et d’activités
de formation à l’intention du personnel du projet/partenaires
de mise en œuvre et des bénéficiaires; modalités
de suivi de la mise en œuvre du programme. |
| 6. Procédures
d’achats |
Matériels et
équipements à acheter, quantités, coût,
affectation prévue et justification. |
| 7. Programmation des
sous-traitances |
Assistance technique,
services sous-traités à des ONG et au secteur privé.
|
| 8. Programmation des
moyens et budget |
Budget des activités:
définition des moyens nécessaires pour mener à
bien les activités, par composante et par catégorie
de dépense. Cette programmation est directement liée
au programme de travail. |
| 9. Chronogramme (graphique
de Gantt) |
Périodes de réalisation
des activités et d’obtention des résultats
concrets attendus; qui en est responsable, et principales dates
de référence dans l’année. |
| Annexes |
Fiches de présentation:
programme d’activités, budget des activités/,
indicateurs et calendrier de suivi, suivi des services sous-traités,
suivi des activités de formation, suivi de l’état
d’avancement des travaux, situation financière, résumé
de la situation du projet, analyse du crédit, résumé
des produits du projet et calendrier d’activités. |
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3.6 Esquisser le S&E au
moment de la conception initiale du projet
3.6.1 L’influence de la conception
initiale du projet sur le S&E
Involontairement, le S&E peut être voué à
l’échec dès la conception initiale du projet. C’est
le cas, par exemple, si le budget prévu est trop limité,
si le temps et les compétences alloués au S&E pendant
la phase de démarrage sont insuffisants, ou si la conception
du projet n’est pas assez souple pour permettre au système
de S&E d’influencer la stratégie pendant la mise en
œuvre.
La conception initiale du projet influe sur le S&E à travers:
- les relations établies avec les partenaires et la population
locale, en particulier les bénéficiaires prévus,
et les engagements pris avec eux;
- la logique et la faisabilité de la stratégie du projet;
- les ressources allouées au S&E (moyens financiers, temps,
compétences);
- le degré de souplesse intégré au projet;
- les orientations opérationnelles données au S&E.
Examinons chaque point.
Tout d’abord, pendant la mise en œuvre du projet, l’efficacité
du S&E sera fortement influencée par les attitudes et l’engagement
de la population locale et des partenaires du projet, et par le type
de relation qu’ils entretiennent. Les particuliers ou les organisations
qui ont joué un rôle actif pendant la phase de conception
sont plus à même de comprendre les objectifs du projet
et de voir s’il sert véritablement leurs intérêts.
Ils s’intéresseront plus volontiers au suivi de l’avancement
des travaux et des réalisations. Si au contraire les gens ont
été déçus, frustrés ou exclus pendant
le processus de conception, il y a moins de chances qu’ils apportent
leur soutien aux activités de S&E.
Dans la pratique, les projets subissent les retards importants qui
interviennent entre la conception et le démarrage, et les modifications
du partenariat local que ces retards entraînent. Néanmoins,
l’expérience et la légitimité du processus
de conception auront des conséquences durables lors de la mise
en œuvre. La définition de responsabilités précises
peut par ailleurs exiger de constituer de nouvelles institutions ou
des groupes/unités au sein des institutions existantes pour les
assumer. C’est ainsi que le rapport de préévaluation
du projet PADEMER (Colombie) prévoyait la mise en place, dans
le cadre de la composante de coordination, d’une unité
de coordination technique nationale “qui intégrerait les
fonctions de l’unité de suivi et de l’unité
d’évaluation et s’inscrirait dans le cadre du système
national d’évaluation”. Il était en outre
stipulé que cette unité de coordination serait responsable
du programme de travail annuel, du traitement de l’information
sur l’avancement du projet afin de garantir la prise de décisions
en temps voulu, et de la préparation des rapports correspondants.
L’encadré 3-15 décrit l’importance
des relations et de la structure organisationnelle pour jeter les bases
d’un S&E efficace.
| |
Encadré 3-15 Une base trop
fragile pour que le S&E soit efficace
Dans la conception initiale du projet de protection de l’environnement
de la Tihama (TEPP) au Yémen, le service de S&E ne
faisait pas partie de la structure de gestion du projet, mais
il relevait d’un organisme public devant lequel il était
directement responsable et qui avait sa propre unité de
S&E, fonctionnant depuis longtemps selon les normes nationales.
De même, le directeur de projet était directement
responsable devant le président de cet organisme. En raison
de sa structure, l’unité de S&E n’avait
pas d’accès direct à des moyens de financement
et était tributaire d’une dotation publique minimale.
Aucun rapport de S&E n’était donc établi.
Les activités de S&E devaient être approuvées
par une hiérarchie complexe de directeurs d’échelon
supérieur. Le service de S&E étant responsable
devant cet organisme public, les relations avec la direction étaient
difficiles, ce qui eut un effet préjudiciable sur le budget
de S&E, sur l’intérêt du projet pour le
S&E et sur l’adoption des recommandations effectuées
par le S&E. Fait aggravant, le suivi-évaluation était
conçu conformément au système public en vigueur,
sans tenir nécessairement compte des spécificités
du projet. Cette situation était compliquée par
le fait que le personnel de S&E du projet était également
responsable du S&E d’autres projets sous l’égide
de l’organisme public. |
|
La deuxième erreur de conception se produit lorsque la logique
de la stratégie d’un projet est défaillante ou que
ses objectifs ne sont pas réalistes. Cela nuit à la mise
en place d’un bon système de S&E. En effet, dans ce
cas, les indicateurs et les questionnements de l’évaluation
sont souvent dénués de sens et ne permettent pas de produire
des informations utiles. De plus, si vous ne savez pas clairement vers
quoi vous vous dirigez, vous ne serez pas en mesure de faire bon usage
de l’in-formation obtenue. Un bon système de S&E peut
contribuer à remettre sur les rails un projet mal conçu,
mais c’est au prix d’un travail supplémentaire considérable
au moment du démarrage et pendant la mise en œuvre du projet.
La troisième erreur se produit lorsque l’équipe
chargée de la conception n’alloue pas suffisamment de moyens
au système de S&E (voir module
7 pour plus de détails sur l’établissement du
budget). Les moyens déterminants sont notamment les suivants:
des fonds pour la gestion de l’information, les
activités de suivi participatif, les visites de terrain, etc.;
du temps en phase de démarrage, suffisamment
pour pouvoir mettre en place le système de S&E, effectuer
une enquête de référence participative, former le
personnel et les partenaires, associer les bénéficiaires
au S&E, au suivi et à la réflexion; et de l’expertise,
telle que celle d’un consultant pour aider à mettre au
point le S&E. En tant qu’équipe chargée de la
conception, vous devez négocier le niveau et l’ampleur
du S&E qu’il est possible d’obtenir pour un budget donné.
Ensuite vous pourrez établir un budget détaillé
pour le S&E.
Le quatrième facteur est fondamental si l’on veut que
les dispositifs de S&E favorisent la réflexion critique qui
aidera les partenaires du projet à améliorer continuellement
l’exécution et la stratégie. Plus la conception
est rigide, plus l’équipe responsable d’un projet
aura de difficultés à l’adapter en fonction de l’évolution
du contexte et des résultats intermédiaires obtenus. En
tant qu’équipe chargée de la conception, déterminez
le degré de souplesse que doit avoir la conception selon vous
et quels devraient être les limites à fixer et les processus
à suivre pour l’adapter. La souplesse introduite lors de
la conception du projet constitue un élément de base important
pour le système de S&E.
Cinquièmement, il est important que le cadre général
du système de S&E soit mis en place pendant la conception.
Les attentes de chacun quant à ses responsabilités et
à ses droits à l’information peuvent être
ainsi clarifiées. Au point 3.6.2 est indiqué
ce qui peut être inclus dans la documentation décrivant
le système de S&E dans le rapport de préévaluation
du projet.
3.6.2 Décrire le S&E dans le
rapport de préévaluation du projet
La dernière étape relative au S&E pour l’équipe
chargée de la conception consiste à décrire le
cadre de S&E proposé dans le rapport de préévaluation.
La façon dont cette tâche est accomplie peut avoir une
incidence marquée sur le démarrage du projet (voir encadré
3-16).
| |
Encadré
3-16. Conséquences pouvant découler de la manière
dont le système de S&E est décrit au moment
de la préévaluation
Le rapport de préévaluation d’un
projet abordait la conception de l’enquête de référence
et de l’enquête de suivi, mais ne décrivait
pas le système de S&E dans son ensemble, ni les objectifs
spécifiques par activité, ni un moyen systématique
de recueillir les données. Selon l’équipe
du projet, “La conception du projet ne présente ni
les éléments constitutifs ni les différentes
fonctions du système de S&E, ni ce qu’il produira.”
Pour cette raison, bien que l’unité de S&E ait
été mise en place avant que le projet ne démarre,
les données recueillies n’étaient pas directement
en rapport avec les objectifs du projet. Ce n’est que plus
d’un an après le début de la mise en œuvre
des actions sur le terrain qu’une mission de supervision
a préparé un tableau d’indicateurs de performance
basé sur les objectifs du PTBA et établi un cadre
logique plus élaboré. C’est à cette
époque également qu’un conseiller technique
nouvellement recruté a encouragé la mise en place
d’une base de données, l’adoption de formulaires
pour la collecte des données, etc. |
|
Le tableau 3-5 présente ce qui doit figurer
dans le rapport de préévaluation en ce qui concerne le
S&E. Il peut servir de guide pour la rédaction. Puisque les
fonctions de gestion concernent le S&E et la mise en œuvre
du projet, la partie consacrée au S&E dans le rapport de
préévaluation peut être traitée à
part, ou intégrée dans un module traitant de l’organisation,
de l’administration et/ou de la gestion du projet. Il faut souligner
que plus la composante de S&E est intégrée dans le
système de gestion, plus elle pourra être efficace et utile.
Tableau 3-5. Proposition de table des matières
pour la composante S&E du rapport de préévaluation
| Titre de
la section |
Description
|
| Introduction
|
Vue
d’ensemble de l’objectif de ce chapitre du rapport
de préévaluation et résumé des principales
innovations et des obstacles potentiels que l’équipe
du projet doit examiner |
| 1.
Caractéristiques spécifiques du projet et du contexte
influant sur le S&E |
Éléments
influant sur les moyens nécessaires pour que l’unité
de S&E soit viable, notamment: la couverture géographique
et le degré de développement des réseaux
de communication nationaux; autres caractéristiques du
contexte: diversité des composantes et organigramme du
projet |
| 2.
Objectif et champ d’action du S&E |
Définition
générale de l’objectif et du champ d’action
du S&E dans le contexte du projet, y compris les besoins du
S&E et l’information qui doit être produite |
| 3.
Principaux indicateurs et questionnements relatifs à la
performance, besoins en matière de collecte d’informations
et conséquences pour le système de S&E |
Liste
des principaux indicateurs et questionnements relatifs à
l’objectif général, à l’objectif
spécifique et aux réalisations, et description générale
des méthodes de collecte et d’organisa-tion des informations |
| 4.
Processus internes d’auto-évaluation (suivi des moyens
et des résultats, évaluation continue et évaluation
de l’impact) |
Exposé
général des principaux processus, des tâches
et des évènements périodiques envisagés
|
| 5.
Évaluations externes (évaluations continues et études
d’impact) |
Fréquence
des évaluations externes et manière d’intégrer
le projet à ce processus d’évaluation, notamment
par des études spéciales d’évaluation
ou des études thématiques à certains stades
décisifs du projet |
| 6.
Participation des bénéficiaires souhaités
et des partenaires au S&E |
Y
compris la première identification des bénéficiaires
susceptibles de participer à la planification du S&E
au moment du démarrage |
| 7.
Structures et dotation en personnel du S&E |
Effectifs
approximatifs et types de personnel, rôles et responsabilités
par rapport aux activités, et description précise
de la structure organisationnelle du suivi-évaluation et
de sa relation avec les autres secteurs du projet, en particulier
la direction du projet |
| 8.
Renforcement des capacités pour le S&E |
Types
d’appui nécessaires pour créer une capacité
de S&E adaptée et suffisante chez les acteurs et partenaires
du projet |
| 9.
Gestion de l’information |
Tout
système spécifique de gestion de l’information
recommandé dans le contexte du projet |
| 10.
Processus de planification détaillée du S&E
au moment du démarrage |
Y
compris un calendrier indicatif pour l’élaboration
du système de S&E |
| 11.
Stratégie de communication |
Description
générale des principaux destinataires d’information
et des types d’information qui doivent leur être communiqués |
| 12.
Budget |
Estimation
des montants à affecter aux principaux postes budgétaires
(personnel, matériels, sessions de formation et d’évaluation,
publications/documentation, consultants) |
| Annexes |
|
| Responsabilités
de la direction du projet en matière de S&E |
| Mandats
des personnels responsables du S&E et des consultants apportant
un soutien dans ce domaine |
| Budget de suivi-évaluation détaillé
|
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Lectures complémentaires
Sites traitant du cadre logique ou de la planification axée
sur les objectifs:
- Cadre logique de AusAid. Etude détaillée des étapes
du cadre logique et des questions y relatives, avec des exemples.
Voir le site interactif www.ausaid.gov.au/ausguide/ausguidelines/1.html.
- Document sur la planification des projets axée sur les objectifs.
Télécharger à partir du site: www.gtz.de.
- Direction suisse du développement et de la coopération
(DDC). Voir la section des publications (en plusieurs langues) sur
le site: www.sdc.admin.ch.
Broughton, B. et Hampshire, J. 1997. Bridging the Gap: A Guide to Monitoring
and Evaluating Development Projects. Canberra: Australian Council for
Overseas Aid. Contact: reception@acfoa.asn.au.
FIDA, ANGOC et IIRR. 2001. Enhancing Ownership and Sustainability:
A Resource Book on Participation. Fonds international de développement
agricole, Coalition des ONG d’Asie pour la réforme agraire
et le développement rural et Institut international pour la reconstruction
rurale. Contact: info@ifad.org.

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