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7.1 Mobiliser les capacités
nécessaires et assurer des conditions de fonctionnement optimales
– présentation générale
7.1.1 Les capacités des différents
acteurs du suivi-évaluation
Lorsqu’on demande pourquoi un système de S&E ne fonctionne
pas, la réponse est souvent “l’insuffisance ou la médiocrité
des capacités”. Par définition, “la capacité
est l’aptitude des personnes et des organisations à exercer
des fonctions de façon efficace, efficiente et durable”1.
L’aptitude regroupe à la fois les connaissances et les compétences
nécessaires à l’accomplissement d’une tâche
donnée.
La réaction la plus courante lorsque des capacités en
matière de suivi-évaluation font défaut est “d’envoyer
le responsable de S&E à une formation” où il peut
acquérir de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences.
Si une formation peut se révéler utile, toute formation
a ses limites. En pratique, les capacités s’acquièrent
en grande partie “sur le tas” par une expérience concrète.
Pour que le système de S&E soit efficace, il est indispensable
de disposer d’un personnel qualifié, capable d’accomplir
les fonctions et les tâches de S&E. Les tâches essentielles
sont les suivantes: concevoir les grandes lignes du système de
S&E (voir module 3); mettre
en place et faire fonctionner des systèmes de gestion des données
informatisés (voir 7.5); faciliter la réflexion
critique et la capitalisation au cours des rencontres prévues à
cet effet (voir module 6); et
gérer la diffusion des résultats du suivi-évaluation
(voir module 6). Pour répondre
aux besoins en matière de capacités, vous devrez:
- Vous doter des ressources humaines adaptées en:
- recrutant des personnes déjà formées;
- formant votre personnel (en interne ou au moyen de cours à
l’extérieur);
- recrutant des consultants externes pour des appuis spécifiques.
- Vous assurer des capacités de bonne qualité en:
- supprimant les facteurs dissuasifs et adoptant des mesures incitant
à la réflexion critique et à la capitalisation;
- indiquant clairement ce que vous attendez du personnel de S&E;
- évaluant régulièrement la performance du personnel;
- sous-traitant la vérification des données;
- vous efforçant de conserver le personnel;
- trouvant une personne hautement qualifiée pour coordonner le
suivi-évaluation.
- Développer les capacités de S&E. Après
vous être accordés avec les différents acteurs sur
le rôle de chacun, évaluer si les personnes retenues ont
les savoir-faire et les dispositions nécessaires puis élaborer
un plan de formation en suivi-évaluation pour tous les acteurs
concernés et avec leur participation. Vous pouvez organiser la
formation en combinant les trois options suivantes:
- cours externes;
- cours internes, spécialement conçus pour les personnes
concernées et liés au déroulement du plan opérationnel
de suivi-évaluation lui-même;
- formation continue.
- Investir dans les capacités pour un S&E participatif.
Collaborer étroitement avec le personnel du pro-jet et des partenaires
de mise en œuvre ainsi qu’avec les acteurs à la base
et les bénéficiaires pour définir les conditions
du bon fonctionnement d’un S&E participatif. Élaborer
les programmes nécessaires pour combler les lacunes en matière
de capacités. Si vous avez recours à des consultants,
définissez clairement leurs attributions et essayez de faire
appel aux mêmes personnes dans la durée pour assurer la
cohérence de l’approche retenue et construire des relations
suivies avec les acteurs; stipulez le caractère participatif
du suivi-évaluation dans les termes de référence
des consultants et demandez à chaque candidat potentiel comment
il envisage le S&E participatif.
7.1.2 Prendre des mesures incitatives
Mettre en place des incitations en faveur du S&E signifie fournir
des stimulants pour encourager les responsables de projet, les agents
de S&E et les acteurs à la base et bénéficiaires
à percevoir le suiviévaluation, non comme une tâche
bureaucratique mais comme un moyen d’examiner les problèmes
ouvertement, de se livrer à une réflexion critique constructive
en vue de déterminer les changements nécessaires pour améliorer
l’impact du projet. Il s’agit à la fois de mettre en
place des mesures d’encouragement et d’éliminer les
facteurs de manque de motivation.
Lorsque vous réfléchissez aux mesures d’incitation
à adopter, prenez en considération celles que vous pouvez
mettre en place facilement, sans modifier l’organisation existante,
et aussi celles qui pourraient exiger des changements structurels dans
l’organisation et la mise en œuvre du projet. Prenez aussi
en considération les personnes visées en vue de les inciter
à s’engager dans un S&E participatif et orienté
vers la réflexion capitalisation. Vous pourrez ainsi adapter les
mesures d’inci-tation à chaque groupe particulier.
Les systèmes d’incitation doivent être équitables,
appliqués au moment voulu, compatibles avec les principes et stratégies
du projet et reconnus comme faisant partie intégrante de la politique
du projet. Les mesures incitatives doivent être adaptées
au contexte et favoriser la durabilité des efforts entrepris. C’est
pourquoi dans de nombreuses situations, les incitations financières
ne sont pas souhaitables car elles ne pourraient se prolonger au-delà
de la clôture du projet.
Les meilleures incitations concernant le suivi-évaluation sont
étroitement liées aux efforts de gestion générale
destinés à améliorer la performance globale des projets.
Par exemple, les mesures suivantes sont d’usage courant:
- définition claire des responsabilités en matière
de S&E dans les descriptions de poste et les programmes de travail;
- niveau approprié des salaires et autres éléments
de rémunération, tels que le logement ou l’utili-sation
d’un véhicule;
- appuis pour la mise en œuvre des activités requises par
le projet, par exemple accès facilité aux ressources financières
et autres;
- perfectionnement professionnel en vue de favoriser l’avancement.
Vous avez moins d’influence sur les mesures d’incitation
visant les partenaires de mise en œuvre et les acteurs à la
base que sur celles qui concernent le personnel du projet. Pourtant, lorsqu’il
s’agit du suivi-évaluation participatif orienté vers
la réflexion critique et la capitalisation, il est essentiel qu’ils
soient autant motivés que le personnel du projet. Se référer
au point 7.3 pour d’autres éléments à ce sujet.
Les mesures d’incitation changeront pendant la durée de
vie du projet. Soutenez la motivation en modifiant les mesures d’incitation.
Celles-ci peuvent varier à chaque étape du projet, en fonction
de l’évolution des tâches et des problèmes de
suivi-évaluation et dans certains cas, certaines mesures prises
au départ peuvent s’avérer incitatives ultérieurement.
Par exemple, au Ghana, les candidats aux emplois du projet étaient
soumis à une sélection très rigoureuse. En outre,
les fonctionnaires des ministères qui posaient leur candidature
devaient aussi être désignés par leur chef de département.
Sachant qu’ils avaient été recrutés à
l’issue d’un processus particulièrement rigoureux,
les agents du projet y compris ceux en charge du S&E avaient une grande
estime mutuelle de leurs compétences et aptitudes professionnelles.
7.1.3 Définir clairement les responsabilités
de chacun
Définir clairement les fonctions et responsabilités en
matière de suivi-évaluation d’un projet peut éviter
bien des problèmes de communication, des conflits de pouvoir et
d’intérêt, des oublis, des doubles emplois et des efforts
inutiles. Cela permet d’économiser les ressources et d’éviter
les maux de tête. Organiser les responsabilités consiste
à déterminer quelles sont les fonctions les plus appropriées
pour le personnel du projet, les organisations partenaires et les acteurs
à la base, et de quelle façon ces fonctions doivent être
liées les unes aux autres.
Le suivi-évaluation fait partie du travail de chacun, du planton
au directeur de projet. Il est néanmoins important que les fonctions
de S&E soient clairement attribuées dans la structure du projet,
qu’il s’agisse du personnel du projet, des partenaires ou
des acteurs à la base. Les personnes ayant des responsabilités
en matière de S&E doivent être bien en vue et en situation
d’autorité de façon à ce que soit assuré
le lien entre l’information et son utilisation dans la prise de
décision.
Pour que les fonctions et les tâches de suivi-évaluation
soient bien claires:
- définissez les responsabilités en matière de
S&E des partenaires de mise en œuvre et des acteurs à
la base;
- déterminez le niveau des effectifs nécessaires en tenant
compte de l’ensemble des tâches et fonctions de S&E
qui doivent être remplies;
- définissez clairement les niveaux de responsabilité
du personnel chargé du S&E;
- veillez à ce que la gestion du projet et le S&E soient
étroitement liés;
- aidez-vous de profils de poste détaillés pour coordonner
les apports de chaque employé.
Tous les projets ont recours à des consultants, locaux ou internationaux
pour des missions de courte ou de longue durée, auxquels ils confient
de plus ou moins grandes responsabilités. Prêtez attention
aux points suivants:
-
utilisez les consultants de façon stratégique pour
élaborer un système de S&E permettant de renforcer
les capacités locales et de mettre à profit les formes
existantes de suivi-évaluation;
-
lorsque vous les recrutez, ayez clairement en tête ce que vous
souhaitez qu’ils ajoutent aux systèmes et compétences
existants, dans quels délais et selon quelles modalités
de travail;
-
cherchez à travailler le plus possible avec les mêmes
consultants de façon à réduire au minimum la
nécessité de devoir concilier des points de vue contradictoires.
7.1.4 Bien réfléchir au système
d’information
La quantité d’informations recueillies et devant être
échangées dans le cadre des projets soutenus par le FIDA
justifie une réflexion approfondie sur le système d’information
nécessaire pour stocker les données et permettre aux différents
acteurs d’y avoir accès. Les systèmes d’information
sont aussi des éléments essentiels de tout processus participatif.
L’information est la base de la communication interactive entre
les acteurs et de la transparence.
Il est nécessaire de stocker deux types d’informations:
celles qui portent sur l’impact et servent à guider la stratégie
du projet et celles qui se rapportent à l’état d’avancement
du projet et permettent de suivre les opérations. Le stockage de
toute cette gamme d’informations, allant des données fournies
par les enquêtes aux copies des contrats et à la correspondance,
exigera probablement différents systèmes de stockage de
l’information.
L’informatique peut grandement faciliter la recherche et l’utilisation
des données, mais ce n’est pas une panacée. Ce n’est
pas l’informatisation des données qui permettra à
un projet d’atteindre ses objectifs. Les informations qui doivent
être partagées peuvent aussi être tout simplement photocopiées
et distribuées, chaque utilisateur utilisant le même système
de classement.
Pour mettre en place un système d’information informatisé,
il vous sera nécessaire de suivre les étapes ci-après:
- Définissez ce que vous voulez stocker dans votre système
d’information et dans quel but.
- Définissez la structure de base de votre réseau en analysant
quand, comment et par qui la base de données sera utilisée.
- Déterminez la façon dont vous prévoyez de traiter
l’information, qui en sera chargé et sous quelle forme
elle devra être traitée.
- Comparez les options disponibles en matière de logiciels et
de matériel (réseaux) et décidez si vous devez
investir dans des logiciels existants ou charger un spécialiste
d’en concevoir un sur mesure.
- Après avoir choisi l’option qui vous convient, affinez
vos modalités de gestion des données.
- Déterminez les formats nécessaires pour l’enregistrement
des données dans la base.
- Dispensez une formation aux utilisateurs du système, afin d’en
assurer l’utilisation optimale.
- Adaptez le système régulièrement sur la base
d’évaluations réalisées avec les utilisateurs.
7.1.5 Financements et moyens nécessaires
La gestion et l’analyse des informations de manière rigoureuse
et systématique demande des moyens. Des ressources financières
sont nécessaires pour les dépenses en personnel, le fonctionnement
des systèmes de gestion de l’information, la formation, les
déplacements, etc.
Les principaux postes de dépenses à prévoir au budget
sont les suivants:
- contrats de consultants/spécialistes extérieurs (honoraires
et frais de voyage);
- investissements en matériels;
- dépenses courantes de personnel (traitements du personnel permanent
et du personnel temporaire en appui);
- prestations spécialisées, comme l’assistance technique
(à court ou long terme, nationale ou internationale);
- formation et voyages d’études pour renforcer les capacités;
- dépenses opérationnelles autres que celles du personnel
(par exemple, fournitures de bureau, réunions, allocations destinées
aux acteurs à la base et aux opérateurs ou prestataires
de service, données extérieures telles que les cartes).
Bien qu’il n’existe pas de règle fixe, les budgets
de suivi-évaluation représentent en général
de 2% à 15% du coût total du projet. Dans les projets où
les acteurs expérimentent de nouvelles formes de collaboration
avec leurs partenaires, les budgets de S&E sont généralement
plus élevés car il faut consacrer plus de temps à
l’analyse des processus de collaboration et à la réflexion
critique de leur fonctionnement.
Quelle que soit la façon dont le budget de S&E est calculé,
il y aura toujours plus ou moins de chevauchements avec d’autres
activités du projet. Par conséquent, il faut éviter
les budgets de suiviévaluation trop détaillés. Le
plus important est d’inscrire au budget les événements,
les procédures et le temps de travail nécessaire au soutien
de la réflexion critique et de la capitalisation.
Les processus participatifs de capitalisation des connaissances sont
plus exigeants en temps que ceux dans lesquels n’interviennent que
quelques personnes. Il faut en effet plus de temps pour organiser les
réunions auxquelles participent un plus grand nombre de personnes
et des groupes plus hétérogènes, et pour s’accorder
sur les modalités du S&E ou sur la signification des données.
Pour le S&E participatif, prévoyez les postes budgétaires
suivants:
- formation spécifique du personnel aux méthodes participatives
de S&E;
- réunions avec les acteurs et partenaires pour concevoir le
S&E;
- réunions pour l’analyse des données avec les acteurs
à la base;
- ateliers de formation de courte durée sur les étapes
clés de la conception du S&E et sur des éléments
particuliers tels que les indicateurs et les méthodes (y compris
l’utilisation de la matrice du cadre logique).
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7.2 Capacité humaine et
institutionnelle
7.2.1 Capacités indispensables pour
le suivi-évaluation
Deux types de compétences sont d’une particulière
importance pour l’efficacité du suivi-évaluation –
celles qui permettent de traiter des données diverses et celles
qui permettent de traiter avec despersonnes diverses – mais d’autres
compétences sont aussi nécessaires. Le tableau
7.1 donne la liste des domaines clés de connaissances et de
compétences dont chaque projet devrait pouvoir disposer pour mener
à bien son suivi-évaluation. Cette liste peut vous servir
de référence pour vérifier si les acteurs impliqués
dans le S&E de votre projet possèdent les capacités
indispensables.
Selon les dimensions et les ressources du projet, les fonctions peuvent
être regroupées ou confiées au personnel du projet,
à des partenaires de mise en œuvre, à des sous-traitants,
ou aux acteurs à la base. Quelle que soit la personne chargée
d’une fonction, ses compétences doivent être à
disposition du projet sans doubles emplois inutiles ni orientations contradictoires
(voir encadré 7-1).
Tableau 7-1. Capacités que les acteurs
du projet doivent posséder pour assurer un bon suivi-évaluation
| Savoirs/Compétences
nécessaires |
Responsabilités
possibles |
| Vue d’ensemble du système
de S&E du projet (procédures de base et communications
essentielles) pour permettre une conception intégrée
|
Directeur de projet et agents de S&E
et responsables (provenant du projet ou des partenaires de mise
en œuvre) |
| Maîtrise des problématiques
de genre, de participation et de pauvreté pour que le S&E
fournisse des informations adaptées aux demandes des bailleurs
de fonds |
Spécialistes de secteurs ou
coordonnateurs de composantes de projet |
| Connaissance des modalités
de mise en place d’un système de réflexion critique
sur des bases participatives |
Personnel de l’unité
de S&E ou consultants ayant l’expérience du S&E
participatif |
| Idées de méthodes de
capitalisation des connaissances |
Personnel de S&E ou personnel
de terrain, avec le concours de consultants externes |
| Compétences en animation pour
les réunions de réflexion |
Toute personne responsable d’un
aspect quelconque de l’analyse conjointe (des communautés
à l’équipe de projet) |
| Connaissance des instruments de collecte
de données sur le terrain
|
Collecteurs de données, en
particulier agents de terrain mais aussi responsables qui suivent
les relations/ le personnel |
| Aptitude à vérifier
la qualité des données |
Organisation extérieure, éventuellement
institution coopérante |
| Aptitude à regrouper des données
et à en faire l’analyse statistique |
Statisticien ou économiste
|
| Aptitude à évaluer les
incidences des résultats de l’analyse des données
pour chaque composante du projet |
Responsables de composantes du projet
(qui pourraient être des partenaires de mise en œuvre)
et acteurs à la base |
| Bonne compréhension de la situation,
des changements et des impacts au niveau local |
Acteurs à la base et bénéficiaires
|
| Opinions indépendantes sur
l’impact du projet |
Évaluateurs extérieurs
sous contrat |
| |
Encadré 7-1.
Éviter les doubles emplois inutiles
Dans un projet en Indonésie, les agents de terrain recueillent
de nombreuses données sur les groupements de crédit
local et la banque en fait autant. Des données clés
sur l’épargne et le crédit sont recueillies
auprès des groupements d’agriculteurs par les agents
de terrain du projet et par les groupements eux-mêmes à
destination de la banque. Une fois que la demande de prêt
d’un groupement d’agriculteurs est approuvée,
la banque tient des dossiers informatisés des prêts
et des dépôts d’épargne du groupement.
Ce dernier tient manuellement pour sa part des registres de l’épargne
et des prêts pour assurer la transparence entre les membres.
Le groupement recueille chaque mois auprès des 55 000 membres
des informations qui sont ensuite traitées, dactylographiées
et regroupées avant d’être envoyées par
l’intermédiaire des sous-districts au ministère
de Jakarta. Parallèlement, la banque adresse chaque mois
au ministère des documents informatisés fournissant
les mêmes données. Même si les groupements d’agriculteurs
et la banque ont tous besoin de suivre le processus de crédit
à des fins de comptabilité, certains efforts inutiles
pourraient être supprimés si les agriculteurs utilisaient
les dossiers de la banque pour vérifier leurs propres registres
et si le ministère considérait ces dossiers comme
des comptes rendus satisfaisants des opérations de crédit
aux agriculteurs. |
|
7.2.2 Recruter les personnes qu’il
faut
En tant que directeur de projet ou coordonnateur d’une unité
de S&E, vous avez trois solutions possibles pour disposer de capacités
suffisantes et bien adaptées.
-
Recruter des gens déjà formés. C’est
la solution idéale mais elle est très difficile à
appliquer pour la plupart des projets. Il y a peu de gens compétents
en matière de S&E classique, à plus forte raison
en matière de processus participatifs. Pour recruter des personnes
déjà formées, il faut être en mesure d’offrir
des incitations appropriées et suffisantes pour que le travail
soit durablement motivant (voir 7.3).
-
Former les gens dont vous avez besoin. Une formation en
interne ou en externe est toujours nécessaire. Les professionnels
du suivi-évaluation, même les plus qualifiés,
ont besoin de perfectionner leurs qualifications et leurs connaissances.
Les acteurs à la base et bénéficiaires ont besoin
de renforcer leurs capacités pour organiser leur propre suivi-évaluation
et contribuer au S&E du projet. Le personnel de terrain doit renforcer
ses capacités en permanence car les besoins d’informations
d’un projet évoluent et il faut pouvoir utiliser de nouvelles
méthodes de collecte et d’analyse des données.
-
Recruter des consultants externes pour des tâches déterminées.
On fait souvent appel à des consultants en raison de leurs
qualifications spécialisées dans le domaine du suivi-évaluation.
C’est là une solution relativement coûteuse qui
contribue moins à renforcer les capacités locales mais
c’est souvent la seule solution possible lorsqu’il n’y
a pas de spécialistes disponibles sur place et que le temps
manque. Les consultants sont particulièrement utiles au moment
du démarrage du projet lorsque tout le personnel n’a
pas été recruté et que les rapports avec les
partenaires de mise en œuvre sont limités. Leurs premières
tâches consistent à mettre en place les processus de
gestion et de S&E, recruter le personnel, établir définitivement
le programme de travail et budget annuel, définir les procédures
de comptes rendus, mettre en place les systèmes d’information
et assurer la formation interne. Pour tirer le meilleur parti des
consultants, il est nécessaire de définir clairement
ce qu’on attend d’eux (voir 7.4).
Votre stratégie en matière de personnel peut combiner ces
trois options. Si en tant que responsable de projet, vous souhaitez créer
un environnement favorisant la réflexion critique et la capitalisation,
vous serez probablement amené à:
- faire votre possible pour recruter la personne la plus compétente
pour conduire les activités de S&E ou rechercher une personne
de ce genre chez les partenaires de mise en œuvre;
- faire appel à des consultants pour fournir des apports spécialisés
sur des questions précises;
- établir un plan de formation permanente pour tous les acteurs
concernés participant au suiviévaluation.
7.2.3 Mobiliser des capacités de qualité
Il ne suffit pas de disposer d’effectifs suffisants pour être
certain de mobiliser les “capacités” voulues. La qualité
est indispensable. Si vous êtes en mesure de définir clairement
ce qu’est un suivi-évaluation de qualité, vous serez
mieux à même d’orienter la réflexion critique
et la capitalisation. L’encadré 7.2.
donne un exemple de la définition d’un bon système
de S&E en Inde.
| |
Encadré 7-2.
Comment définir la bonne qualité du S&E
Selon des observations faites sur le suivi-évaluation
d’un projet en Inde, “le projet a organisé la
formation intensive et permanente du personnel au S&E et les
responsables ont été tout à fait satisfaits
de la qualité et de la ponctualité des rapports. Deux
techniciens des services agricoles spécifiquement chargés
du S&E travaillent avec le projet presque depuis le début
et paraissent très bien connaître les principes et
les pratiques de base du suivi-évaluation. Ils analysent
régulièrement les rapports mensuels, transmettent
leurs observations aux autorités compétentes pour
action et les problèmes remontent jusqu’au plus haut
niveau, si nécessaire”.
Les passages en italique présentent les critères
d’une bonne capacité de suivi-évaluation. Dans
ce cas, les agents chargés de S&E doivent:
- bien connaître le contexte du projet et les besoins d’information
des acteurs;
- connaître les principes et les pratiques de base de S&E;
- analyser régulièrement les données;
- assurer la transmission des informations nécessaires
pour engager les adaptations requises au niveau approprié
de l’organisation;
- communiquer les rapports prévus qui doivent être
de bonne qualité et ponctuels;
- soulever les questions importantes sur la base des constatations
du S&E au niveau le plus élevé possible.
|
|
Les qualifications indispensables pour un niveau de personnel en charge
de certaines tâches spécifiques ne sont pas forcément
nécessaires à d’autres niveaux. Par exemple, si les
agents de vulgarisation doivent savoir très bien communiquer avec
les acteurs à la base, les statisticiens doivent savoir très
bien traiter les chiffres.
Que peut-on faire pour que le personnel du projet et les partenaires
de mise en œuvre assurent un S&E de bonne qualité? Dans
un projet en Tanzanie, on a tenté d’y parvenir en ouvrant
le recrutement du personnel au secteur privé et pas seulement au
secteur de l’administration. Cette solution donnait davantage de
possibilités de trouver une personne possédant les qualifications
appropriées. Dans certains pays d’Amérique latine,
les candidats à un emploi de cadre dans un projet bénéficiant
de l’appui du FIDA participent à un processus de formation
et de sélection qui comprend un atelier de deux ou trois jours
au cours duquel on évalue leurs compétences en matière
de communication, de prise de décision etc. Le comité de
sélection se compose de fonctionnaires, de bénéficiaires
et d’experts. Le point 7.3 traite des mesures
incitatives pour assurer la bonne qualité du S&E.
Quelques autres moyens d’assurer la qualité sont suggérés
ci-après.
-
Supprimer les facteurs dissuasifs et adopter des mesures incitant
à la réflexion critique. Il faut encourager les
agents du projet et de l’organisation partenaire à se
montrer curieux et disposés à apprendre au moyen de
diverses mesures incitatives, et limiter les facteurs dissuasifs qui
peuvent les empêcher de tirer des leçons de leurs erreurs.
Voir également le point 7.3.
-
Indiquer clairement ce que vous attendez. Préciser
les capacités en suivi-évaluation que vous attendez
et mettre en place des procédures permettant de les mobiliser
de manière durable. La description des fonctions du personnel
(voir annexe E)
et l’évaluation des performances sont les deux procédures
clés dans ce domaine.
-
Évaluer régulièrement les performances du
personnel. Dans la plupart des documents de projet, les performances
du personnel sont évaluées au regard du degré
de mise en œuvre des activités. Toutefois, il faut aussi
évaluer ce que les agents ont appris des différents
acteurs à la base et des collègues, quelles innovations
ils lancent en matière de réflexion critique et comment
ils utilisent les informations qu’ils ont pu recueillir.
-
Sous-traiter la vérification des données. Tout
projet peut tirer grand profit d’un regard extérieur.
On peut par exemple confier périodiquement à une organisation
sous contrat la vérification de la qualité des données
et de leur utilisation. Il faut cependant éviter de transformer
ces vérifications en contrôle policier.
-
Assurer la stabilité du personnel. La stabilité
du personnel est très utile mais aussi très difficile
à assurer. En limitant les changements de personnel, il est
possible de constituer une réserve d’expérience
plus cohérente et moins fragmentaire. Il est très important
d’offrir des mesures incitatives judicieuses au personnel pour
le stabiliser.
- Trouver une personne hautement qualifiée pour coordonner
le suivi-évaluation. Une telle personne jouit d’une
position supérieure par rapport au reste de l’équipe,
ce qui donne davantage de chances de disposer des capacités nécessaires
à ce niveau.
7.2.4 Renforcer les capacités de S&E
participatif
Les rapports de préévaluation indiquent rarement comment
les acteurs à la base doivent prendre part au suivi-évaluation.
Dans le cas des projets prévoyant un S&E participatif, il n’est
pas toujours précisé clairement les capacités que
doivent posséder le personnel, les acteurs à la base et
les consultants. Dans le cas des projets qui sont débutants en
suivi-évaluation, il peut paraître trop ambitieux de mettre
en place un S&E participatif. La question doit être étudiée
avec soin. Cependant, un certain nombre de changements mineurs peuvent
être apportés dans l’organisation pour favoriser les
formes de réflexion critiques interactives.
Mettre en place un véritable S&E participatif
Faire du suivi-évaluation un processus de réflexion et
de capitalisation qui intègre l’ensemble des acteurs concernés
par le projet, c’est pratiquer le S&E participatif. Vous devrez
réfléchir aux nombreuses implications qu’entraîne
la participation active de ces différents acteurs et en particulier
celle des bénéficiaires sur l’évolution du
projet et son impact ainsi qu’à la collecte, l’analyse
et la sélection des données, à l’adaptation
du système etc. (voir tableau 7-2).
Pour que le S&E participatif soit vraiment utile, les acteurs concernés
doivent être en mesure de participer utilement; en d’autres
termes, les agents du projet et des organisations partenaires doivent
avoir des compétences en matière de techniques participatives
et être convaincus de l’importance de chercher à connaître
l’opinion des autres. En outre, les bénéficiaires
doivent avoir les connaissances requises pour apporter une contribution
réelle. L’organisation d’un S&E participatif de
qualité implique obligatoirement le renforcement des capacités
de tous.
Tableau 7-2. Différences entre le suivi-évaluation
participatif et le suivi-évaluation classique2
| Aspect
du S&E |
S&E
classique |
S&E
participatif |
| Qui planifie et gère le
processus
|
Cadres supérieurs et experts
externes |
Acteurs à la base et bénéficiaires,
agents du projet, cadres et autres personnes impliquées,
souvent aidées par un facilitateur |
| Rôle des bénéficiaires
|
Uniquement fourniture d’information
|
Conception et adaptation de la méthodologie,
collecte et analyse de données, mise en commun des constatations,
identification des enseignements à retenir et liaison avec
l’action |
| Modalités de mesure de la réussite
|
Modalités définies de
l’extérieur, principalement indicateurs quantitatifs
|
Indicateurs définis en interne,
notamment davantage de jugements qualitatifs et exemples de changement
personnel |
| Approche |
Déterminée à l’avance
et fixe |
Indicative et adaptable |
Les acteurs à la base et les bénéficiaires peuvent
participer au suivi-évaluation d’un projet suivant des modalités
diverses et à des degrés divers. L’équipe du
projet doit déterminer le degré de participation faisable
et opportun avec les partenaires de mise en œuvre et les différents
acteurs. Pour ce faire, il faut étudier les questions suivantes:
-
Pourquoi cherchons-nous à faire participer activement les
bénéficiaires au suivi-évaluation? Qu’attendons-nous
de cette opération? Quels avantages prévoyons-nous pour
les personnes concernées et pour le projet?
-
Pour que le processus soit aussi large que possible, quels sont les
acteurs dont la participation est indispensable? Il ne faut pas oublier
que les groupes d’acteurs à la base sont loin d’être
homogènes.
-
Quel rôle devrait, dans l’idéal, jouer chaque
groupe d’acteurs? Par exemple, les bénéficiaires
devraient-ils simplement vérifier les indicateurs suggérés
par les agents de terrain ou participer également à
la conception du processus de réflexion critique, des indicateurs
aux méthodes et aux restitutions d’information?
-
Quels obstacles le personnel rencontre-t-il lorsqu’il s’agit
de faire participer les acteurs à la base et les bénéficiaires?
-
Quelles sont les capacités qui manquent pour mettre en œuvre
le S&E participatif?
Les réponses à ces questions donneront une idée
des personnes dont les capacités ont besoin d’être
renforcées et des moyens de les renforcer. Ainsi, si des représentants
des acteurs à la base et des bénéficiaires doivent
intervenir dans la conception d’une évaluation participative
de l’impact, ils devront se familiariser avec l’idée
d’évaluation de l’impact et s’initier aux techniques
d’interview, à la notion d’indicateur et à divers
types d’analyses. Le personnel du projet devra être en mesure
soit de promouvoir cette formation pour les représentants des groupes,
soit de promouvoir un processus d’apprentissage concret sur le terrain.
| |
Encadré
7-3. Degrés de participation locale au suivi-évaluation
et capacités nécessaires correspondantes
Souhaitez-vous associer les hommes et les femmes des
populations locales à:
- la définition de ce que signifie “impact, suivi-évaluation
et réflexion capitalisation”?
- la conception de l’objectif, du processus et des méthodes
du suivi-évaluation?
- la définition des thèmes à suivre/évaluer?
- la définition des indicateurs?
- la communication d’opinions sur l’évolution
du projet et les changements du contexte?
- la communication de leurs points de vue sur la mesure dans laquelle
les objectifs du projet ont été atteints?
- l’analyse des données/résultats et la formulation
de conclusions?
- la restitution aux acteurs à la base et aux bénéficiaires?
- la présentation et la communication des conclusions?
- Dans l’affirmative, quelles sont les capacités
dont auront besoin ces hommes et ces femmes ainsi que vous-mêmes?
|
|
Capacités du personnel (projet et partenaires de mise
en œuvre)
Lorsque tout le monde s’est mis d’accord sur les modalités
de participation des différents acteurs à la base au suivi-évaluation,
il est possible de dégager plus clairement les capacités
dont auront besoin les agents du projet et des partenaires. Le programme
de renforcement des capacités destiné au personnel du projet
et à celui des organisations partenaires doit s’articuler
en trois volets:
-
Comprendre pourquoi les opinions des acteurs à la base
et des bénéficiaires sont importantes. Pour comprendre
pourquoi les idées des acteurs locaux sur l’avancement
du projet et l’impact présentent de l’importance,
il faut bien comprendre en quoi la participation des acteurs à
la base constitue non seulement un outil utile au projet mais aussi
un moyen de renforcement du développement local autonome. Lorsque
le personnel du partenaire de mise en œuvre hésite à
entreprendre des formes plus participatives de S&E – par
exemple un bilan annuel de projet avec les acteurs à la base
– les agents du projet ont besoin de compétences supplémentaires
pour promouvoir l’idée et offrir une formation. En tant
que responsable du projet ou du suivi-évaluation, vous devrez
également avoir les compétences requises pour négocier
des formes de participation dans le cadre du partenariat tout en comprenant
suffisamment bien les problèmes que la participation peut poser
pour argumenter de manière convaincante.
-
Renforcer les compétences de facilitation. Pour mettre
en œuvre le S&E participatif, les agents doivent maîtriser
l’art de la facilitation, notamment ceux qui sont en contact
direct avec les acteurs à la base. Pour cela, ils doivent bien
connaître et pratiquer les techniques mais aussi savoir faire
émerger des idées au lieu d’imposer les leurs.
-
Se remettre en cause. Même quand quelqu’un a
une grande expérience de la collecte ou de l’ana-lyse
participative des données, il n’obtient de bons résultats
que s’il fait preuve d’intérêt pour les acteurs
locaux et d’humilité. Pour concevoir et mettre en œuvre
le S&E participatif, tous les agents doivent porter un regard
critique sur leur mentalité et leur comportement vis-à-vis
des bénéficiaires. Pour cela, une formation peut être
nécessaire.
Capacités des acteurs à la base
Il ne suffit pas toujours de donner aux acteurs à la base l’occasion
de participer au suivi-évaluation pour qu’ils soient capables
de le faire. Il est indispensable de renforcer leur capacité de
participation. Il suffit souvent d’intégrer les parties intéressées
à chaque étape du suivi-évaluation. Ainsi, la mise
en place du système de S&E et la formation des acteurs locaux
se déroulent parallèlement. Il peut être possible
et utile d’organiser quelques stages de formation spécialisée
mais toujours en liaison avec la conception effective du système
de S&E pour que la formation théorique soit articulée
avec l’opérationnel et le concret. Chaque nouvelle étape
peut commencer par un stage de formation rapide pour faciliter une participation
active.
Par exemple, si un groupe de producteurs doit intervenir dans la sélection
des indicateurs, il est nécessaire d’organiser un stage pour
exposer ce qu’est un indicateur, à quoi il sert et les avantages
et inconvénients des différents types d’indicateurs.
Dans un projet bénéficiant de l’appui du FIDA, les
indicateurs choisis par les bénéficiaires manquaient de
cohérence et de clarté. En outre, tous étaient considérés
comme d’égale valeur de sorte qu’un indicateur quantitatif
simple comme “réunions régulières de l’assemblée
générale” avait autant de poids qu’un indicateur
qualitatif plus complexe d’organisation “propriété
et gestion des infrastructures du projet”. Il aurait pu être
utile d’organiser un stage avec les bénéficiaires
sur la sélection d’indicateurs de bonne qualité.
Le S&E participatif peut également être intégré
dans l’approche participative générale du projet sans
prendre de mesures particulières pour le renforcement des capacités
des acteurs locaux en suivi-évaluation (encadré
7-4). Le renforcement des capacités de S&E participatif
peut contribuer au renforcement général des capacités
et vice-versa tout en favorisant l’implication des bénéficiaires
et la réussite du projet.
| |
Encadré
7-4. Incorporation du S&E dans l’approche participative
d’un projet au Maroc
-
Afin de permettre aux éleveurs de participer à
un projet au Maroc, des coopératives ont été
créées. Elles devaient être les partenaires
du projet et poursuivre ensuite les activités après
l’arrêt de celui-ci. Ces coopératives qui
ont reçu des appuis financiers et techniques avaient
une structure simple. Les éleveurs réunis en assemblée
générale élisaient un président,
un secrétaire et un trésorier. Les coopératives
employaient chacune au moins une personne rémunérée
pour assurer l’administration. Elles étaient ouvertes
à tous, y compris aux personnes ne possédant pas
de bétail, et plusieurs présidents de coopérative
venaient des groupes les plus pauvres. De nombreux membres ont
eu des difficultés à gérer certains problèmes
d’organisation au niveau des communautés, par exemple
la communication des informations, mais ils ont progressivement
acquis de l’influence. La mise en place de processus d’évaluation
interne a renforcé les structures.
-
Un membre de l’équipe de projet a lancé
un processus d’auto-évaluation avec le personnel
administratif des coopératives pour parler des problèmes
rencontrés. Un facilitateur a assisté aux réunions
pour aider le personnel à régler les questions
mal maîtrisées, par exemple l’établissement
de fiches de suivi des activités. Ces réunions
ont donné l’occasion au personnel d’analyser
des problèmes spécifiques et de proposer des solutions.
Elles sont devenues de plus en plus régulières
et des réunions extraordinaires ont été
organisées en cas de nécessité particulière
ou de problème urgent. Le processus d’auto-évaluation
a abouti dès le début du projet à des modifications
pratiques de la gestion des coopératives: achat d’ordinateurs
pour faciliter la comptabilité, formation du personnel
administratif des coopératives à la tenue des
registres, initiation aux lois locales régissant les
coopératives et amélioration des contrats du personnel.
-
Un système de notation des coopératives a été
mis en place et constitue un autre processus d’évaluation
interne. Le service provincial de l’agriculture a fixé
des objectifs et des indicateurs clés pour évaluer
la qualité professionnelle des coopératives. Chaque
coopérative reçoit une note fondée sur
ces indicateurs au cours de grandes réunions auxquelles
assistent les membres des coopératives. Les membres ont
pu apporter leur contribution à la notation des autres
coopératives, ce qui a encouragé la concurrence
entre coopératives et renforcé la motivation.
La communication entre les coopératives, le personnel
du projet et le service gouvernemental concerné a également
été encouragé.
|
|
Travailler avec des consultants ou des sous-traitants
Les consultants sont généralement recrutés parce
qu’ils sont capables de concevoir des bases de données informatisées,
d’identifier des identificateurs utiles ou de dégager les
besoins d’informa-tion de la gestion. Il est moins fréquent
qu’il soit fait appel à des consultants spécialisés
en suiviévaluation participatif ou que la réalisation de
celui-ci soit sous-traitée, ce qui peut d’ailleurs poser
des problèmes. Un projet de développement communautaire
au Mali bénéficiant du soutien du FIDA (FODESA) confie à
un sous-traitant les travaux concernant les évaluations participatives
annuelles. Quelles dispositions faut-il prévoir dans le mandat
du sous-traitant pour garantir un travail de bonne qualité? Quel
rôle les agents du projet devront-ils jouer dans le contrôle
de la qualité? Comment le consultant fera-t-il en sorte que les
évaluations annuelles menées par les acteurs locaux complètent
les procédures de suivi-évaluation propres au projet?
On verra au point 7.4 comment on peut travailler
de manière efficace avec des consultants. Nous étudions
ici trois problèmes particulièrement critiques pour le S&E
participatif: orienter avec précision la contribution des consultants,
assurer un travail de qualité élevée et intégrer
les apports des consultants au suivi-évaluation classique.
Pour faire participer les acteurs à la base et les bénéficiaires
au suivi-évaluation, il est naturellement nécessaire de
tester les méthodes et les processus et d’adapter les plans
opérationnels de S&E en permanence. Il peut donc être
peu commode de recruter des consultants pour le S&E participatif parce
qu’ils ne sont généralement disponibles que pour des
périodes brèves et non pour toute la durée du projet.
Pour tirer le meilleur parti des services de consultants, il faut:
Préciser clairement leurs responsabilités et celles
des agents du projet et des organisations partenaires. Étant donné
la durée des interventions, la plupart des consultants ont seulement
le temps d’éla-borer des idées détaillées
et de les tester avec les acteurs concernés. Il reste au responsable
du suiviévaluation la responsabilité d’affiner ces
idées et de les mettre en œuvre.
Recruter le même consultant pour fournir la série
de contributions nécessaires à la mise en place de la participation.
Plus on travaille avec des consultants différents ayant des idées
différentes sur la participation, plus le personnel du projet doit
passer du temps à essayer de comprendre et d’inté-grer
les différentes contributions et plus le risque est grand de désorienter
la stratégie de S&E.
Il faut faire un premier tri des C.V. des consultants potentiels
et demander l’avis de personnes ressources avant de décider
qui sera recruté. Il ne faut cependant pas oublier que c’est
seulement en voyant un consultant travailler que l’on peut vraiment
estimer sa valeur.
Indiquer dans le mandat du consultant comment vous envisagez son travail
(voir annexe E) –
concepts/approches, calendriers attendus, tests de méthodes avec
les acteurs locaux, etc. Il faut aussi demander que, dans ses recommandations
sur les systèmes de S&E participatifs, le consultant tienne
compte des contraintes budgétaires et des ressources en personnel
du projet et que toute recommandation soit clairement articulée
avec le reste du système de suivi-évaluation du projet.
Parler avec les candidats potentiels de leur conception du S&E
participatif. Demander à chaque candidat de définir
et d’expliquer le suivi, l’évaluation et le S&E
participatif et de dire comment il envisage le lien entre le suivi-évaluation
pour rendre compte et le S&E pour alimenter la réflexion critique.
Il faut parvenir à un accord sur ces points avant de faire un choix.
7.2.5 Mise au point d’un plan de formation
au suivi-évaluation
Évaluation des besoins de formation
La mise au point d’un plan de formation se fait en confrontant
les besoins en compétences et les capacités existantes puis
en prévoyant des mesures pour combler les lacunes identifiées.
Un plan de formation en matière de S&E doit porter sur deux
types de compétences: compétences requises pour concevoir
le plan opérationnel de S&E et compétences requises
pour exécuter le plan opérationnel.
La mise en place d’un plan opérationnel de S&E peut
nécessiter une première série de stages de formation
des acteurs clés.
C’est seulement une fois que la première ébauche
de plan opérationnel est définie que vous pouvez analyser
de façon précise les besoins en formation des différentes
personnes concernées car c’est seulement alors que vous connaissez
le type de suivi-évaluation et les responsabilités en cause.
Il est peu probable que vous disposiez d’une équipe parfaitement
formée dès le démarrage du projet mais il est probable
que les partenaires de mise en œuvre auront eux aussi besoin d’une
formation et la réclameront. Il est aussi tout à fait probable
qu’il existera de grandes différences entre les divers partenaires.
Il faut donc prévoir la formation des acteurs clés aux aspects
fondamentaux du suivi-évaluation sans oublier toutefois que l’élaboration
en commun d’un système contribue également fortement
au renforcement des capacités de tous les acteurs.
Les lacunes que vous avez dégagées servent de base au
plan de formation. Les éléments à inclure dans un
tel plan sont indiqués au tableau 7-3. Au Zimbabwe,
le plan de formation au S&E et la formation à la gestion d’un
projet ont été regroupés car les compétences
et le public visé étaient les mêmes pour une large
part. Trois catégories de personnel devaient suivre une formation
dans le cadre d’ateliers séparés: i) cadres supérieurs,
ii) agents de niveau intermédiaire; et iii) agents de terrain.
Le contenu de la formation et la durée de chaque atelier étaient
adaptés à l’auditoire. Une formation supplémentaire
était prévue pour initier les cadres supérieurs à
l’évaluation, les agents de terrain à l’analyse
participative et l’ensemble du personnel à la recherche participative
de solutions et à la gestion des conflits.
Tableau 7-3. Éléments à inclure
dans un plan de formation au suivi-évaluation
| Lacune
identifiée |
Qui (personne
ou organisation) devrait
posséder la compétence requise |
À
quel moment cette compétence est-elle nécessaire (mois/année
du projet) |
Meilleur
mode de formation
(coût/ avantages/ durée)
|
| |
|
|
|
| |
|
|
|
Évaluation des options de formation
Une fois que vous savez quelles sont les compétences nécessaires,
vous pouvez déterminer la meilleure formule de formation. Il y
a trois formules possibles et votre plan de formation englobera probablement
des éléments de chacune des trois.
-
Cours externes. La plupart des cours sont organisés
en Europe ou en Amérique du Nord, mais des cours ont de plus
en plus souvent lieu à l’échelon régional.
Les cours externes présentent divers avantages: échanges
avec des participants d’autres pays; utilisation mieux ciblée
et plus intensive du temps; il est moins coûteux d’envoyer
des agents suivre un cours existant que d’organiser soimême
la formation; enfin une formation externe peut renforcer la crédibilité
du système de S&E et des incitations d’un projet.
Ces cours présentent aussi des inconvénients: ils ne
sont pas axés sur les besoins spécifiques du projet;
vous ne pouvez contrôler le contenu de la formation qui peut
s’avérer peu pertinent par rapport aux besoins identifiés;
et un seul stage de formation n’est jamais suffisant pour assurer
la maîtrise totale du sujet.
-
Cours internes. Vous pouvez recruter un consultant pour
conduire une formation. Les cours internes présentent les avantages
suivants: ils sont relativement rentables s’ils réunissent
un grand nombre de personnes, répondent bien aux besoins du
projet et au niveau des compétences, et contribuent à
créer un langage commun. En outre, s’il s’agit
d’un cours interactif, des éléments du système
de S&E peuvent être élaborés à cette
occasion. Les inconvénients sont les suivants: dépend
beaucoup de la qualité du consultant et la formation est relativement
coûteuse.
-
Formation continue. La réflexion critique se fait
surtout par la mise en commun informelle des problèmes et des
solutions. Vous pouvez officialiser ces échanges en permettant
aux acteurs clés de consacrer du temps à consulter des
personnes ressources, sorte de tuteurs extérieurs. Cette formule
constitue un encouragement pour le personnel, permet d’obtenir
des avis pertinents en temps voulu, et de prendre en compte des idées
judicieuses et adaptées parce qu’issues de personnes
connaissant bien le système de S&E du projet. Toutefois,
les personnes ressources ne se trouvent pas toujours facilement et
elles n’ont pas toujours réponse à tout. Il est
tout aussi important de mettre ce type de personne à la disposition
des acteurs à la base et des bénéficiaires pour
valoriser leurs capacités mais cela peut être encore
plus difficile. En guise de solution de remplacement, on peut encourager
le personnel et les acteurs locaux à avoir des contacts avec
d’autres projets où les processus de S&E participatifs
sont plus avancés. Cette méthode d’échanges
peut être particulièrement efficace pour former les bénéficiaires.
Le plan définitif de formation destiné à renforcer
les capacités de suivi-évaluation peut et doit se superposer
en partie aux besoins de formation en matière de gestion et de
développement du projet. On trouvera dans l’encadré
7-5 ci-après un exemple de plan de formation pour le renforcement
des capacités.
| |
Encadré
7-5. Composante de renforcement des capacités, produits prévus
du projet de mise en valeur des plaines alluviales en faveur des
petits exploitants (Malawi) |
|
| |
Renforcement des capacités
spécialement adapté au projet
- Production d’un manuel des approches participatives
- Production de matériel de formation sur la conception
et la mise de programmes en œuvre de programmes
- Production d’un manuel d’organisation des agriculteurs
- Production d’un manuel général d’organisation
et de gestion des programmes
- Production de manuels spécialisés d’organisation
et de gestion des programmes
- Tenue de cours de formation à la MARP destinés
au personnel
- Cours de formation du personnel à l’organisation
des agriculteurs
- Cours de formation du personnel à la conception des
programmes
|
- Cours de formation du personnel à l’organisation
et la gestion
- Cours de formation à l’informatique destinés
au personnel des services gouvernementaux
- Formation des agriculteurs à l’organisation et
la gestion des programmes programmes
- Voyages d’études dans le pays destinés
aux agriculteurs/au personnel
- Stages de formation des formateurs à la MARP
- Cours concernant le PTBA et le S&E
- Voyages d’étude sur le S&E dans les pays voisin
|
|
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7.3 Incitations en faveur du
suivi-évaluation
Les incitations en faveur du S&E sont mises en place pour encourager
les responsables de projet, les chargés du S&E et les acteurs
à la base et les bénéficiaires à prendre conscience
de l’utilité du suiviévaluation qui doit être
considéré non comme une corvée bureaucratique mais
comme une occasion de parler franchement des problèmes, d’engager
une réflexion critique et de déterminer les changements
nécessaires pour renforcer l’impact du projet. Il s’agit
donc d’appliquer des mesures d’encouragement et de supprimer
les facteurs dissuasifs.
Les acteurs impliqués ne sont pas tous nécessairement
disposés à acquérir de nouvelles compétences
de facilitation par exemple, et ils n’ont pas toujours la patience
de confronter leurs avis à celui des acteurs à la base.
Il faut trouver des incitations judicieuses pour convaincre les différents
acteurs de tenter des innovations. Les éléments de motivation
de base3 comme ceux qui sont énumérés
ci-après sont liés à la bonne gestion du projet (voir
module 2):
- Chacun accepte l’énoncé de sa mission et y adhère.
- La culture et l’atmosphère du projet encouragent les
bonnes performances du personnel et des différents acteurs.
- L’histoire et les traditions du projet et des organisations
qui y sont liées sont respectées et considérées
privilégiant la réflexion critique et l’amélioration.
- Le style de direction et de gestion est positif et équitable.
- Il existe un système motivant d’incitations notamment
en liaison avec les performances.
- L’idée de favoriser le travail en équipe pour
atteindre les objectifs est partagée par tous.
Lorsque vous réfléchissez aux mesures d’incitation
à adopter, prenez en considération celles que vous pouvez
mettre en place sans apporter de modifications majeures à l’organisation
du projet et aussi celles qui pourraient exiger des changements structurels.
Voici quelques exemples de mesures d’incitation sans changement
d’organisation:
- valorisation des agents les plus novateurs;
- voyages d’étude et stages de formation pour le personnel;
- éviter les réductions d’effectifs.
On peut envisager aussi les mesures d’incitation suivantes qui
nécessitent des changements dans l’organisation initiale
du projet:
- bilan de la performance du directeur de projet par le personnel;
- compte rendu des progrès de la mise en œuvre aux bénéficiaires
afin que ceux-ci puissent participer aux décisions de planification
stratégique;
- bilan de stratégie du projet par un “jury de citoyens”(voir
module 8).
Les systèmes d’incitation doivent être équitables,
appliqués au moment voulu, compatibles avec les principes et stratégies
du projet et considérés comme faisant partie intégrante
de sa politique. Ils doivent être adaptés au contexte (voir
encadré 7-6). Les récompenses ne doivent
pas être trop importantes sous peine de devenir inapplicables à
long terme ou de susciter des mésententes à l’intérieur
ou à l’extérieur du projet. Ainsi, dans l’État
d’Andhra Pradesh (Inde), un projet a eu des difficultés à
constituer une bonne équipe de suivi-évaluation parce que
plusieurs programmes de développement se faisaient farouchement
concurrence pour recruter les rares personnes qualifiées disponibles.
En règle générale, le personnel du gouvernement et
des ONG était peu stable en raison des transferts fréquents,
des bas salaires et des conditions de travail difficiles. Les administrateurs
du projet ont accusé un autre projet de leur “voler”
leurs agents au niveau des communautés en offrant un salaire plus
élevé.
| |
Encadré
7-6. Adaptation particulière des mesures incitatives à
la région et au projet
Au Maroc, les salaires et les autres avantages comme
le logement et les congés dont jouissent les fonctionnaires
du gouvernement sont relativement bons de sorte que le personnel
des projets juge généralement peu intéressant
de recevoir une rémunération personnelle supplémentaire
au titre du suivi-évaluation. Il est au contraire fortement
motivé s’il dispose de l’équipement et
de l’appui nécessaires, par exemple de fonds pour recruter
des agents de recensement, de carburant pour les véhicules
et du matériel et des fournitures indispensables (ordinateurs
pour les bureaux locaux et papier pour les enquêtes).
Au Yémen, la même personne a occupé
le poste de chargé du S&E depuis sa création plusieurs
années auparavant, alors que le personnel des autres services
changeait constamment. L’unité de S&E bénéficiait
d’un bon appui de la part du responsable du projet et participait
aux décisions. Elle jouissait d’autres avantages comme
l’utilisation partagée d’un véhicule,
des formations et des primes liées aux performances. Bien
que l’unité ne disposait pas de ressources suffisantes
pour entreprendre toutes les activités prévues, les
agents étaient satisfaits de leur travail.
|
|
7.3.1 Motivation du personnel (projet et
partenaires de mise en œuvre)
Le fait de ne pas prêter assez d’attention aux incitations
en faveur du personnel peut avoir d’énormes conséquences.
L’encadré 7-7 ci-après présente
deux cas bien différents dans lesquels les mesures d’incitation
ont sensiblement fait changer le milieu de travail et le S&E.
| |
Encadré
7-7. Effets positifs des incitations sur le milieu de travail au
Ghana
Les membres de l’équipe d’un projet
au Ghana avaient développé un bon esprit d’équipe
et travaillaient ensemble sans rivalité. Grâce à
cette bonne atmosphère, les agents de district se rendaient
volontiers dans les bureaux du projet, ce qui accroissait les échanges
d’informations informels et favorisait des activités
comme le processus de planification annuel. Ce milieu de travail
positif a été attribué aux causes ciaprès:
- La plupart des agents du siège et des districts étaient
détachés du même ministère. Bon nombre
d’entre eux connaissaient leurs collègues depuis
plus longtemps encore car ils avaient fréquenté
les mêmes écoles et les mêmes universités.
- Du point de vue technique, le projet visait l’amélioration
de la production de cultures de base particulières auxquelles
les services de développement agricole ne s’étaient
guère intéressés jusqu’alors. Le personnel
du projet avait conscience de l’importance de ces cultures
pour la survie de nombreux habitants pauvres du pays et avait
donc le sentiment de contribuer réellement à améliorer
les moyens de subsistance des populations.
- Les traitements étaient supérieurs à ceux
du personnel ordinaire du ministère et étaient complétés
par des indemnités supplémentaires de déplacement
et de travail sur le terrain. Le personnel était fortement
motivé par ces avantages, même s’il avait un
horaire de travail plus lourd et devait faire des heures supplémentaires.
- Le personnel avait l’occasion d’acquérir
des qualifications spécialisées qui lui permettraient
de trouver plus facilement un emploi après la fin du projet.
- La procédure rigoureuse de sélection appliquée
donnait du prestige à toutes les personnes travaillant
au projet.
Dans le cas d’un projet appuyé par le FIDA dans un
autre pays d’Afrique, l’unité de S&E a eu
trois responsables successifs pendant les quatre premières
années du projet. Le premier responsable a participé
à la conception du système de S&E mais il est
parti avant le début de la mise en place et le second a quitté
son poste au bout de quatre mois; tous deux sont partis parce que
des mesures d’incitation plus intéressantes étaient
offertes ailleurs. Le responsable actuel, qui était l’ancien
adjoint, exprimait comme suit son mécontentement: “La
direction n’a pas de considération pour nous et nous
offre peu d’appui ou de ressources”. Les salaires étaient
bas, par exemple le responsable local du suiviévaluation
recevait 100 dollars par mois contre 2 500 dollars pour les agents
d’assistance technique. La mise à disposition d’une
maison et l’utilisation d’une vieille automobile constituaient
les seules mesures incitatives appliquées. Comme l’a
expliqué le responsable du S&E “Les 18 agents de
mon département ont des qualifications élevées
et beaucoup d’expérience – tous les agents du
siège et les chefs de districts ont des diplômes universitaires,
certains sont spécialisés dans l’évaluation
des programmes. La plupart de mes collaborateurs ont une longue
expérience de la vulgarisation et du S&E. Ils se sentent
extrêmement frustrés dans leur travail”. Or il
existe des solutions pour régler cette situation: alors que
les salaires et la mobilité du personnel relèvent
des autorités locales, le financement de certaines activités
relève du projet. Celui-ci pourrait offrir diverses incitations
non financières intéressantes (voir tableaux
7-4 et 7-5).
|
|
On trouvera aux tableaux 7-4 et 7-5
des listes de mesures incitatives et de facteurs dissuasifs qui devraient
vous aider à apprécier si l’environnement que vous
avez créé dans votre projet est réellement motivant.
Des mesures d’incitation très simples peuvent parfois être
efficaces. Par exemple, dans les projets qui réorientent leur système
de S&E du contrôle vers la réflexion critique et la capitalisation,
l’offre d’une formation au personnel et aux autres acteurs
impliqués démontre qu’ils sont jugés dignes
de confiance et les encourage à participer plus largement au suivi-évaluation.
Le changement de style du projet devient une réalité grâce
aux investissements dans le personnel. Il existe parfois des facteurs
dissuasifs très simples qui peuvent faire obstacle à la
réflexion critique. Par exemple, en Chine, le système S&E
d’un projet fonctionne parallèlement à un système
de collecte de données de l’État qui est destiné
à suivre les performances au niveau du district et de la province.
Étant donné que les décisions à ces deux niveaux
sont prises sur la base des seules données recueillies par l’État,
le personnel du projet n’est guère incité à
entreprendre l’évaluation critique de ses propres données.
Tableau 7-4. Mesures incitatives en faveur du
personnel qui encouragent un système de S&E participatif et
orienté vers la réflexion critique
| |
Avez-vous mis en place les mesures incitatives
ci-après?
- Définition claire des responsabilités
en matière de suivi-évaluation dans les descriptions
de postes, les programmes de travail et les contrats avec les partenaires
- Avantages matériels, financiers et autres:
traitements appropriés et autres avantages commes le logement
ou l'utilisation de véhicules
- Soutien aux activités du projet: ressources
financières et moyens nécessaires pou exécuter
les activités
- Perfectionnement professionnel en vue de favoriser
l'avancement: possibilités de formation/apprentissage externe,
participation à des congrès pour connaître et
exposer soi-même des expériences de S&E, incorporation
de l'expérience en matière de S&E dans les études
universitaires supérieures/les thèses
- Stratégie en matière de recrutement
du personnel et de choix des partenaires: recrutement d'agents qui
song disposés à apprendre, choix de partenaires qui
sont prêts à tester des formes participatives de suivi-évaluation
- Reconnaissance: il faut écouter le personnel
et donner suite à ses recommandations, reconnaître
publiquement la valeur des agents et encourager les agents à
exposer leurs expériences de suivi-évaluation en public
- Culture du projet: compliments et encouragements
aux agents qui posent des questions, position relativement élevée
des agents de S&E dans la hiérarchie
- Groupes professionnels: encourager les agents
à assister à des réunions professionnelles
régionales et prendre en charge les frais
- Processus d'évaluation des performances:
prendre en considération la capacité de se remettre
en question et d'innover des agents et pas seulement la réalisation
des objectifs quantitatifs
- Valorisation des données de S&E:
ces données sont plus explicites et intéressantes
si elles sont présentées sur les panneaux d'afflichage
et dans les bulletins d'information
- Restitutions: faire savoir aux collecteurs
de données, aux personnes qui ont fourni des information
et à toutes celles participant au processus comment les données
ont été utilisées (analysées) et ont
contribué à améliorer le projet |
|
Tableau 7-5. Facteurs dissuasifs qui font obstacle
à un S&E participatif et orienté vers la réflexion
critique
| |
Avez-vous éliminé
les facteurs dissuafis ci-après de votre projet?
- Utiliser l'unité e S&E
pour "caser" les agents "rétrogradés"
ou non qualifiés
- Ne pas préciser clairement
comment les données seront ou ont été utilisées
- Mandat confus ou incomplet du
personnel en matière de S&E
- Plaintes répétées
concernant l'incompétence du personnel en matière
de S&E
- Réprimandes adressées
aux agents qui innovent ou qui font des erreurs
- Faire porter les évaluations
de performance uniquement sur les activités
- Salaires peu élevés
et versés en retard
- Changements fréquents de
poste du personnel détaché
- Impossibilité pour le personnel
de faire reconnaître sa contribution à la réalisation
de l'objectif général du projet
- Attitude négative envers
ce qui constitue la participation ou vis-à-vis des acteurs
locaux |
|
Les mesures incitatives liées aux performances sont en général
considérées comme importantes mais elles ne doivent pas
concerner uniquement la réalisation des objectifs en termes quantitatifs.
Dans le cas de plusieurs projets, le suivi rigoureux de la réalisation
des objectifs a encouragé la présentation de faux comptes
rendus. Une mesure incitative censée améliorer la performance
devient ainsi une incitation à la malhonnêteté et
un obstacle à la réflexion et à l’esprit critique.
On verra dans l’encadré 7-8 ci-après
comment les appréciations des agents peuvent susciter des réflexions
utiles.
| |
Encadré
7-8. Évaluation des performances du personnel du projet KAEMP
en Tanzanie
Le Gouvernement de la Tanzanie appliquait autrefois
un système confidentiel d’évaluation de son
personnel. Les fonctionnaires faisaient l’objet d’une
évaluation de leurs supérieurs et cette évaluation
était classée dans leurs dossiers sans qu’ils
en connaissent le contenu. Le gouvernement a maintenant évolué
vers un nouveau système d’évaluation fondé
sur des programmes de travail annuels. Ce système n’est
pas encore mis en place dans tous les services publics, car son
application dépend de l’attitude du chef de service.
Le nouveau processus d’évaluation s’articule
comme suit:
- L’employé remplit un formulaire d’évaluation
de ses performances (formulaire d’évaluation officiel).
- Il y a ensuite un échange de vues entre l’employé
et son supérieur; ce dernier peut contester certaines appréciations
formulées par l’employé et lui demander de
les justifier.
- Le formulaire est alors transmis à l’autorité
compétente, par exemple le Directeur exécutif de
district (DED) qui est le chef de l’administra-tion au niveau
du district. Si une promotion ou une mesure disciplinaire est
à envisager, une décision est prise à ce
niveau.
M. Kiberanga, chargé du suivi-évaluation
au niveau du district, a déjà participé deux
fois à ce processus d’évaluation annuel. Il
obtient ainsi une image de la manière dont son travail est
apprécié et connaît mieux ses points forts et
ses points faibles: “C’est une méthode nouvelle
mais qui sert de miroir. Vous comprenez mieux comment les autres
vous voient”.
|
|
Mesures incitatives destinées au personnel détaché
et aux partenaires de mise en œuvre
Certaines mesures incitatives ou dissuasives évoquées
aux tableaux 7-4 et 7-5 sont également
applicables aux fonctionnaires du gouvernement détachés
au projet et au personnel des organisations partenaires. Cependant, ces
deux catégories bénéficient déjà d’un
système d’incitations spécifique. Le projet n’a
généralement pas les moyens d’offrir de nombreuses
mesures incitatives aux agents qui ne relèvent pas de son autorité
directe mais il peut prendre en compte les systèmes d’incitations
externes existants lorsqu’il met en place son propre système.
Le projet a souvent peu d’influence sur les incitations concernant
le personnel des partenaires de mise en œuvre. Il est cependant indispensable
que ce dernier soit motivé en faveur du S&E participatif et
orienté vers la réflexion critique autant que le personnel
du projet. Voici quelques idées qui permettent de travailler en
harmonie avec les partenaires.
- Engager avec les partenaires de mise en œuvre des négociations
sur le genre de suivi-évaluation à mettre en œuvre
et la répartition des responsabilités. (voir encadré
7-9).
| |
Encadré
7-9. Préciser les attentes des partenaires à mi-parcours
au Mali
Au Mali, dans le cadre du projet PDR-San, qui a atteint sa cinquième
année, le directeur de projet doit parvenir à un accord
sur les responsabilités en matière de suivi-évaluation
avec un partenaire de mise en œuvre très important.
Il est urgent de fixer de nouveau les responsabilités car
le partenaire se contentait de fournir des tableaux de données
brutes ne considérant pas devoir communiquer des analyses
ou des explications complémentaires. Cependant, le directeur
de projet affirme à juste titre que ni lui ni son équipe
ne peuvent se charger d’interpréter les données
car ils ne travaillent pas sur le terrain. Le directeur de l’institution
partenaire de mise en œuvre affirme que pour lui S&E signifie
“statistiques” alors que celui du projet considère
que le S&E englobe l’interprétation des données.
Ces conceptions différentes sont imputables à l’ambiguïté
des documents de départ et à la planification non
participative pratiquée pendant la première phase
du projet. |
|
- Si les organisations partenaires envisagent le suivi-évaluation
participatif avec réticence, il peut être possible de diviser
les tâches: le personnel du projet peut se charger des composantes
les plus participatives et les organisations partenaires des tâches
peu interactives. Toutefois, on peut simultanément organiser
les activités de façon à faire mieux prendre conscience
de l’importance du S&E participatif et de supprimer progressivement
les réticences des partenaires.
- Il faut organiser des formations communes auxquelles tous les agents
de terrain ou tous les responsables participent, qu’ils soient
contractuels du projet, détachés ou employés par
les partenaires de mise en œuvre.
- Il faut susciter et maintenir un esprit de collaboration. Un consultant
en suivi-évaluation a noté que, dans de nombreux projets
qu’il avait vus, le personnel du projet manifestait une certaine
condescendance vis-à-vis des partenaires de mise en œuvre.
Cette attitude compromettait la motivation des partenaires et la transparence
des comptes rendus et, en conséquence, tout le suivi du projet.
7.3.2 Encourager les acteurs locaux à
participer
Dans le cas des projets qui n’ont pas encore adopté une
approche vraiment participative, il faut d’abord, pour pouvoir encourager
la participation, bien comprendre les coûts d’opportunité
de l’engagement dans le S&E du projet pour les acteurs locaux.
On ne peut demander aux gens d’investir un temps précieux
dans une activité que s’ils obtiennent ainsi des résultats
qui les intéressent.
Il faut parler avec les différents acteurs à la base des
conséquences de leur implication active dans le suivi-évaluation
d’un projet. Le principal avantage attendu est l’amélioration
du projet mais cela ne saurait être suffisant, la plupart du temps,
pour que l’effort demandé soit durable. Il faut parler d’indemnités
financières, même si cette forme d’incitation n’est
pas toujours opportune. On peut envisager de prendre les repas des participants
en charge pendant les réunions de S&E et de rembourser les
frais de logement et de transport. Il faut parfois envisager une rémunération
supplémentaire; par exemple dans le cas d’une personne qui
assiste aux travaux d’un comité de pilotage ou assure le
suivi au niveau d’une communauté si activement qu’elle
devient membre de facto de l’équipe du projet et doit réduire
le temps consacré à l’activité qui la fait
vivre elle et sa famille.
Il est important que la contribution des acteurs à la base soit
reconnue officiellement pour que ceux-ci continuent à s’intéresser
au projet. Dans le cas le plus favorable, les acteurs concernés
peuvent constater que leur intervention a amené des changements
pour le projet. Par exemple, la direction du projet peut restituer régulièrement
des informations sur l’état d’avancement et les processus,
en particulier l’évolution et les impacts au niveau politique
et institutionnel.
De nombreux projets visent à influer sur les processus et les
politiques du gouvernement, du niveau de la nation à celui du village.
Les acteurs à la base peuvent être fortement motivés
lors-qu’ils travaillent avec des organismes et des mécanismes
qui leur permettent de faire entendre leur voix au niveau de la politique
générale en sachant qu’ils pourront peut-être
ainsi changer les choses. Il y a de nombreux exemples de projets ayant
influé sur les politiques nationales et régionales. Ainsi,
dans certains pays africains, les réglementations forestières
ont changé après que des projets avaient pu démontrer
que les politiques existantes étaient défavorables à
la conservation des forêts et ne prenaient pas en compte les utilisateurs
des différentes ressources forestières et leurs capacités
à gérer celles-ci. En Inde, les changements de politique
négociés dans le cadre d’un projet de microfinance
ont permis d’accorder directement des prêts aux systèmes
de micro-crédit des ONG partenaires de mise en œuvre.
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7.4. Organisation des structures
et des responsabilités en matière de suivi-évaluation
7.4.1 Définir clairement les fonctions
et les responsabilités en matière de S&E
Faut-il constituer une unité de S&E? Dans l’affirmative,
cette unité doit-elle s’insérer dans la structure
du projet? Si oui, où? Si non, où les fonctions de suivi-évaluation
doivent-elles être implantées? Qui doit rendre compte à
qui en ce qui concerne l’impact du projet, son état d’avance-ment,
les enseignements tirés et les problèmes? Les rapports de
préévaluation définissent souvent les fonctions et
responsabilités au niveau le plus élevé en prévoyant
l’établissement de comités de pilotage, de coordination
et de gestion pour diriger le projet. Cependant, beaucoup d’autres
aspects des fonctions de S&E doivent être examinés dès
le démarrage.
Certains projets sont dotés d’une unité centrale
de coordination ou de gestion qui peut être chargée, par
exemple, de “suivre les performances matérielles et financières
du projet et des acteurs impliqués” ou “d’assurer
la liaison avec les ministères et les organismes nationaux et avec
le FIDA”. D’autres projets n’ont pas d’unité
centralisée de suivi-évaluation mais répartissent
les tâches de S&E entre les partenaires de mise en œuvre
et les organisations à la base.
L’encadré 7-10 présente en
détail la stratégie d’un projet en ce qui concerne
ses fonctions et responsabilités de suivi-évaluation. L’encadré
7-11 présente trois exemples de structures différentes.
Aucun de ces exemples n’est destiné à servir de modèle.
Ils mettent en exergue deux questions importantes à prendre en
considération:
- étudier le positionnement du S&E dans la structure d’un
projet (avec les acteurs locaux et les partenaires de mise en œuvre);
- définir clairement les responsabilités de S&E.
| |
Encadré
7-10. Fonctions et responsabilités de l’unité
de S&E du projet de diversification et d’intensification
de l’agriculture (Bangladesh)
Les principales fonctions du système et de
l'unité de S&E du projet ont été définies
comme suit:
- Mettre au point des outils de suivi et les réviser ou
les modifier à l'issue d'essais sur le terrain.
- Élaborer des directives et assurer la formation du personnel
intéressé des partenaires de mise en œuvre
du projet.
- Rassembler et enregistrer des données ventilées
par composante du projet.
- Traiter et analyser des données pour fournir des informations
pour les bilans et les rapports.
- Établir le programme de travail et le budget annuel des
composants/activités.
- Établir et soumettre des rapports ordinaires ou spéciaux.
- Organiser des échanges, des réunions et des ateliers
plus ou moins structurés pour examiner la mise en œuvre
et réfléchir.
- Organiser un circuit de restitution des informations à
l'intention de tous les acteurs concernés.
Pour accomplir ces fonctions, la stratégie
générale ci-après a été élaborée:
- suivi sur le terrain par les ONG et le personnel de S&E
- plus précisément visites sur le terrain et collecte
de données concernant les essais réalisés
dans les exploitations qui sont ensuite vérifiés
par les services de vulgarisation agricole du département
- et restitution d'information vers les bénéficiaires;
- élaboration par les personnel de suivi-évaluation
et les ONG de rapports d'activités réguliers à
la main ou à l'aide d'ordinateurs;
- enquétes et études d'évaluation lancées
et effectuées par les intervenants internes et externes
du projet;
- bilans osus forme d'échanges plus ou moins structurés
et d'ateliers.
Le projet a trois niveaux de suivi bien définis:
i) suivi effectué et géré par les ONG elles-mêmes
à leur propre usage; ii) suivi exécuté conjointement
par les ONG et le personnel du projet et destiné à
tous les intéressés y compris la direction du projet;
iii) suivi effectué exclusivement par le personnel du projet
dans le cas d'activités de vulgarisation, de recherche et
autres du projet. Les ONG entreprennent des activités de
suivi-évaluation pour réponre à leurs propres
besoins, en ce qui concerne particulièrement les opérations
de créit et la qualité des groupements. Pour assurer
le contrôle de la qualité, les agents du projet - en
particulier ceux de l'unité de suivi-évaluation -
rendent régulièrement visite aux ONG et à leurs
groupements pour évaluer les performances et restituer des
informations.
Les rapports de mise en œuvre du projet et les
PTBA indiquent en détail les responsabilités et les
tâches qui incombent en permanence à chaque membe du
personnel pour contribuer à l'alimentation globale du système
de S&E.
L'unité de suivi-évaluation a été
élargie et se compose maintenant de 19 cadres. En outre,
les contributions de quatre assistants statisticiens au niveau du
district et d'un chargé de recherche au siège sont
parfois utilisées. Les effectifs sont répartis comme
suit entre fonctionnaires du gouvernement et agents d'assistance
technique:
| Affectation |
Poste |
Gouvernement
|
Assistance
technique |
| Siège |
- Chargé
de S&E principal |
1 |
|
| |
- Chargé
de recherche |
1 |
|
| |
- Spécialiste
S&E |
|
1 |
| Niveau du district |
- Chargé
de S&E |
4 |
|
| |
- Chargé
du suivi sur le terrain |
|
4 |
| Niveau local |
- Agent associé
de suivi |
|
8 |
Cette nouvelle organisation du personnel pose des problèmes
délicats car il faut amener tous les intéressés
à comprendre de la même façon leur rôle
et leurs responsabilités et améliorer les capacités
en qualité et pas seulement en effectif. |
|
| |
Encadré
7-11. Exemples de structures de suivi-évaluation
-
Le S&E d'un projet a été confié à
une cellule au sein de l'unité de gestion. Cette cellule
se composait d'un chargé du suivi et d'un assistant statisticien
et faisait occasionnellement appel à des consultant locaux.
La collecte des données était confiée aux
unités de mise en œuvre présentes dans chaque
département d'intervention du projet. Chaque unité
de mise en œuvre était dirigée par un administrateur
rendant compte aux coordonnateurs de projet et disposait d'au
moins un ordinateur pour les travaux de suivi-évaluation.
Les informations recueillies dans les départements étaient
ainsi traitées sur ordinateur et renvoyées à
l'unité centrale de S&E du projet.
-
L'unité de suivi-évaluation d'un projet visant
à favoriser les activités génératrices
de revenus dans 67 villages ne comptait que deux administrateurs
qui assuraient entièrement son fonctionnement. Des unités
de gestion décentralisées bénéficiant
del'appui d'ONG collectaient et analysaient les données
primaires. Le responsable du S&E communiquait avec les composantes
du projet non pas directement mais par l'intermédiaire
du directeur du projet.
-
Dans un autre projet, l'unité de S&E faisait partie
du même service que la direction du projet. Elle disposait
d'un seul cadre de suivi-évaluation hautement qualifié,
activement secondé par un conseiller technique principal
et bénéficiant de l'appui du personnel d'autres
composantes sur le terrain. Les agents s'occupant de suivi-évaluation
rendaient compte au directeur du projet et aux divers chefs
de composante et assistaient à toutes les réunions
du projet. Les rapports du personnel technique étaient
également adressés à l'unité de
S&E qui les transmettait ensuite au directeur des projets.
Des visites sur le terrain avaient lieu une fois par mois et
tous les rapports étaient communiqués aux acteurs
concernés autres que les bénéficiaires.
Au niveau local, un comité de coordination du projet
placé sous la direction du commissaire de district et
regroupant les acteurs locaux tenait des réunions mensuelles.
|
|
Bien positionner les fonctions de suivi-évaluation
On ne saurait trop répéter que le S&E fait partie
du travail de chacun, du planton au directeur de projet. Chacun suit à
sa façon les aspects opérationnels et parfois stratégiques
de son travail – qu’il s’agisse de savoir s’il
y a assez d’essence dans le réservoir de la voiture ou si
l’équipe travaille bien et si les impacts se dessinent. Le
suivi est une activité quotidienne et spontanée. La décentralisation
visant à encourager l’implication dans les processus de réflexion
ne fait que le confirmer.
L’expérience a néanmoins montré que la place
donnée aux responsables du suivi-évaluation dans la structure
du projet est déterminante en ce qui concerne l’utilisation
de ses résultats. Il est souhaitable, pour que les résultats
du S&E soient effectivement utilisés comme bases de décision,
que la fonction soit liée directement à la direction du
projet. Diverses solutions sont cependant possibles. Ainsi, l’unité
de S&E d’un projet du Guatemala a été positionnée
comme élément du conseil d’ad-ministration qui appuyait
la direction du projet tandis que dans un projet en Chine, l’unité
de S&E était installée au ministère de tutelle.
Il faut veiller à ce que les fonctions de suivi-évaluation
soient représentées à un niveau élevé
de la stratégie et de la gestion des ressources et qu’elles
soient également incorporées dans les démarches et
les activités de tous les responsables de la mise en œuvre
du projet.
Enfin, il ne suffit pas de donner au suivi-évaluation une place
bien visible dans le cadre du projet, comme on l’a constaté
dans le cas d’un projet bénéficiant de l’appui
du FIDA en Afrique. Il avait été décidé que
pour améliorer le suivi-évaluation l’unité
responsable serait transformée en département du projet
comparable à un département de terrain. En dépit
de cette mesure, le coordonnateur du S&E a expliqué que le
suivi-évaluation:
- n’apportait toujours qu’une contribution limitée
aux grandes décisions dans les débats techniques tandis
que les décisions de gestion étaient prises sans aucune
participation de S&E;
- n’apportait qu’une contribution limitée au suivi
de la mise en œuvre sur le terrain car celui-ci était assuré
par des experts d’assistance technique relevant directement du
directeur du projet;
- ne disposait pas de ressources suffisantes pour accomplir ses fonctions,
en particulier, les ressources budgétaires, les moyens de transport
et les services informatiques étaient insuffisants.
Il est nécessaire d’établir dès la formulation
du projet des structures favorisant le suivi-évaluation (voir module
3). En effet la répartition des responsabilités et des
pouvoirs peut soit entraver soit encourager la réflexion critique
entre les différents acteurs impliqués dans le projet (voir
encadré 7-12).
| |
Encadré
7-12. Exemples de répartition des responsabilités
et de structures faisant obstacle à un bon suivi-évaluation:
Yémen, Maroc
-
Pour un projet du Yémen, les fonctions de S&E étaient
assurées par le service spécialisé d’un
organisme gouvernemental chargé du suiviévaluation
de plusieurs projets qui appliquait des directives nationales.
Cet organisme avait acquis beaucoup d’expérience
et a été en mesure de lancer les activités
de S&E du projet dès le début. Toutefois,
il n’avait pas directement accès aux ressources
du projet pour le S&E et ne disposait que de fonds limités.
Il fallait beaucoup de temps pour obtenir les autorisations
relatives aux activités et aux ressources car il fallait
passer par l’intermédiaire de toute une hiérarchie
de cadres du projet et de fonctionnaires gouvernementaux. En
outre, comme les rapports étaient parfois tendus, l’établissement
du budget et des incitations pour le suivi-évaluation
et l’adoption des recommandations par le projet rencontraient
des difficultés. Les agents du projet vérifiaient
souvent eux-mêmes les données sans faire intervenir
l’organisme gouvernemental, notamment s’il s’agissait
d’informations essentielles pour les décisions
de gestion du projet. Le système de S&E du projet,
étant basé sur le système du gouvernement,
n’était pas bien adapté au projet. En outre,
l’organisme gouvernemental ne donnait pas la priorité
au suivi-évaluation du projet car il devait aussi s’occuper
de plusieurs autres projets. Dans l’ensemble, cette organisation
compromettait l’efficacité du S&E.
-
Au Maroc, deux projets ont été insérés
directement dans le département de l’agriculture
au niveau provincial et ont donc employé en commun bon
nombre d’agents, notamment la personne chargée
du suivi des activités agricoles dans l’ensemble
de la province. L’insertion des activités du projet
dans les services gouvernementaux peut certes favoriser leur
durabilité mais les agents des deux projets concernés
ici ont constaté qu’ils se trouvaient en concurrence
avec les travaux courants des services publics et les influences
politiques. Des conflits apparaissaient donc entre la nécessité
d’assurer la bonne gestion du projet et celle de poursuivre
les travaux habituels du département.
Établir clairement les responsabilités en matière
de suivi-évaluation
Il est indispensable que les fonctions et les tâches en matière
de S&E soient définies clairement (voir figure
4-2, module 4 et annexe
E). Ainsi, dans un projet mis en œuvre en Colombie où
le suivi était séparé de l’évaluation,
la situation est devenue confuse. L’évaluation était
confiée à l’unité d’évaluation.
Le personnel de suivi n’était pas chargé d’assurer
l’évaluation par son mandat mais il avait besoin d’information
émanant des évaluations pour établir ses propres
comptes rendus. L’unité d’évaluation n’avait
effectué que des visites sur le terrain très limitées
depuis le démarrage du projet de sorte que le personnel de suivi
s’est trouvé en fin de compte chargé de certaines
activités d’évaluation. Il faut maintenir une liaison
entre les tâches et les fonctions de S&E et non les répartir
entre des personnes différentes comme cela se produit fréquemment,
surtout lorsque l’évaluation est confiée à
un sous-traitant.
L’exemple de projets a permis de dégager plusieurs enseignements
essentiels en ce qui concerne la clarté des fonctions et des tâches.
-
Définir clairement les responsabilités en matière
de S&E des partenaires de mise en œuvre. En Colombie,
les comptes rendus concernant l’impact destinés à
la direction d’un projet ont dû être confiés
à de nouveaux responsables. Cette tâche avait d’abord
été attribuée à un partenaire de mise
en œuvre mais cette formule n’avait pas donné de
bons résultats. Le projet a tiré de cet épisode
un enseignement important: il faut toujours répartir les fonctions
après avoir précisé clairement dans l’accord
entre les partenaires de mise en œuvre et le projet les engagements
et les responsabilités de chaque partie. Il faut surtout indiquer
les informations à communiquer en ce qui concerne les effets
et les impacts en établissant des mécanismes pratiques
et clairs.
-
Définir clairement les responsabilités des acteurs
à la base en matière de S&E. Les fonctions
des acteurs à la base et des bénéficiaires peuvent
être stipulées clairement dans les protocoles d’accord
et aussi dans les contrats. Les membres des communautés peuvent
commencer par assurer simplement le suivi mais le fait de leur confier
d’autres rôles, par exemple la gestion des prestataires
de service (voir module 2)
permet d’améliorer l’efficacité et l’efficience
de la mise en œuvre et de la participation locale.
-
Déterminer le niveau des effectifs nécessaires
compte tenu de l’ensemble des tâches et fonctions de suivi-évaluation
à exécuter. Les activités de suivi-évaluation
peuvent être compromises si le personnel compte une proportion
trop élevée de cadres, s’il est trop peu nombreux
ou mal réparti. Ainsi, le système de S&E d’un
vaste projet d’appui à la création d’activités
génératrices de revenus au Bénin a été
conçu avec une structure aussi légère que possible.
Une seule personne était chargée d’établir
une synthèse de tous les rapports périodiques, de faire
les vérifications avec le personnel de terrain, d’entrer
les données de base, de répondre aux demandes multiples
des coordonnateurs du projet, etc. Les activités de terrain
et leurs impacts faisaient l’objet d’un suivi poussé
mais les tâches d’analyse étaient trop lourdes
pour une seule personne et le temps manquait pour effectuer des évaluations
des performances des partenaires et des études d’impact.
Le directeur de projet a estimé que le projet pouvait être
comparé à “une ville qui n’aurait qu’un
seul point de contact avec le monde extérieur, contact qui
serait coupé dès qu’un problème se poserait”.
-
Définir clairement les niveaux de responsabilité
du personnel chargé du suivi-évaluation. Le personnel
chargé du S&E doit avoir une position qui lui permette
d’obtenir de ses collègues et des autres acteurs les
informations nécessaires. Par exemple, si un agent doit coordonner
les rapports d’activité, il doit avoir une position officielle
lui permettant d’obtenir que les autres agents lui communiquent
les données nécessaires. Lorsque les fonctions de S&E
sont décentralisées et réparties entre diverses
organisations, il est tout aussi opportun que les lignes de communication
et les responsabilités soient définies clairement mais
des négociations plus longues peuvent être nécessaires.
-
Veiller à ce que la gestion et le suivi-évaluation
du projet soient articulés. Une telle articulation favorisera
les échanges qui sont absolument nécessaires pour que
les conclusions du suivi-évalua-tion soient effectivement exploitées
et servent de base aux décisions. La capacité globale
de réflexion critique se renforce si des liens sont établis
entre les responsabilités et l’activité de S&E
et les départements techniques du projet.
- Les profils de poste de chaque membre du personnel constituent
des outils de gestion très importants. Ces descriptions
contribuent en effet à définir clairement les attentes
de chacun (voir à l’encadré 7-13
les points à examiner pour préparer les profils de poste
et également l’annexe
E).
| |
Encadré 7-13.
Points de suivi-évaluation à examiner pour établir
les profils de poste
- Quelles sont les responsabilités de S&E que comporte
le poste?
- Quelles sont ces responsabilités: conception, rassemblement
de données, apport de données, comptes rendus, facilitation,
utilisation de données de S&E pour la prise de décisions?
- Quel genre d’éléments le titulaire du poste
doit-il suivre – état d’avancement des activités,
qualité des processus etc.?
- Quels sont les éléments que le titulaire du poste
doit au minimum fournir (par exemple données brutes, données
analysées, enseignements, mesures à prendre)?
- Quelles sont les normes de qualité à respecter?
- Quels sont les délais limites fixés pour la fourniture
des produits ou des services attendus?
|
|
7.4.2 Comment tirer le plus grand parti possible
des consultants
À un moment ou à un autre et sous une forme ou sous une
autre, des consultants – locaux ou étrangers, pour des périodes
de courte ou de longue durée, pour s’acquitter de vastes
responsabilités ou pour s’acquitter de tâches ponctuelles
– sont recrutés pour tous les projets.
Emploi stratégique de consultants pour la planification du suivi-évaluation
Lorsqu’un consultant est recruté en vue de réaliser
tel ou tel élément du processus de S&E, c’est
habituellement soit parce qu’il est nécessaire de compenser
le manque de temps du personnel du projet, soit parce qu’il est
requis une approche ou des compétences spécifiques (concernant
par exemple les activités du projet ou la méthodologie)
que n’a peut-être pas le personnel du projet ou des partenaires.
Des consultants peuvent être recrutés à n’importe
quel stade du cycle du projet, soit sur une base ponctuelle, soit à
plus longue échéance pour apporter un appui s’étendant
sur plusieurs années. Travailler avec des consultants présente
à la fois des avantages et des inconvénients (voir le tableau
7-6). Cela étant, il y a lieu de réfléchir à
ce que l’on attend d’eux, particulièrement pour ce
qui est de renforcer les capacités du projet. Au Bénin,
le personnel de projet a constaté que les missions de bilan étaient
d’une très grande utilité parce qu’elles permettaient
d’identifier et d’analyser systématiquement les problèmes
les plus pressants. Cela aurait dû pouvoir être réalisé
grâce au système de S&E lui-même, mais il n’avait
été affecté au projet que des généralistes
n’ayant que peu de compétences en matière de coordination
des activités de S&E. Ainsi, pour renforcer les compétences
internes, il a été décidé de recruter des
consultants expérimentés pour qu’ils puissent apporter
leur expérience.
Tableau 7-6. Avantages et inconvénients
des consultants
| Avantages du recrutement de consultants
|
Inconvénients
du recrutement de consultants |
| - Donnent des résultats plus
rapides (peut-être).
- Peuvent prendre du recul et poser des quetions qui ne viennent
pas à l'esprit du personnel du projet.
- Apportent des idées intéressantes issues d'autres
projets.
- Peuvent soulever des questions délicates que le personnel
du projet hésite à poser.
- Peuvent dispenser une formation en cours d'emploi s'ils collaborent
étroitement avec le personnel du projet.
- Peuvent, grâce à l'impartialité de leurs
avis, susciter la confiance des organismes de financement.
- Peuvent relever le niveau de professionnalisme du S&E.
- Peuvent fournir un concours ciblé qui n'est nécessaire
qu'une seule fois. |
- Dépendre de compétences
de l'extérieur détourne les ressources et l'attention
de l'investissement dans du personnel local. (Cet inconvénient
est atténué si l'on travaille avec des consultants
locaux.)
- S'il travaille avec différents consultants, le personnel
des projets doit parfois concilier des vues et des idées
contradictoires ou différentes sur la façon d'aborder
le S&E.
- S'ils ne sont pas judicieusement recrutés, les consultants
peuvent n'apporter qu'une partie de l'appui attendu.
- S'ils n'ont pas d'implication à long terme dans le projet,
leurs suggestions peuvent manquer de réalisme ou mal s'intégrer
au projet.
- Si les consultants ne connaissent pas la situation sur place,
leurs avis ou leurs idées peuvent ne pas être appropriés.
- S'ils travaillent isoléments, les capacités locales
ne seront pas renforcées.
- s'ils ne vivent pas sur place, ils ne peuvent pas aider à
ajuster et adapter leurs recommandations à mesure que celles-ci
sont appliquées. |
Définition claire des attributions des consultants
Au Bénin, un consultant a été recruté pour
mettre au point le système de S&E d’un projet, sans toutefois
prévoir dans le contrat qu’il devrait accompagner la mise
en œuvre des activités, le mandat du consultant portant seulement
sur la conception du système. L’intéressé a
aidé à mettre au point les indicateurs initiaux et à
définir le contenu de l’enquête de référence,
mais l’équipe du projet était encore trop nouvelle
pour tirer le maximum d’enseignements de son apport. Le consultant
n’ayant pas participé à la phase cruciale de mise
en place du système de S&E qu’il avait conçu,
il n’a pas été possible de faire appel à ses
connaissances techniques en matière de collecte et d’analyse
des données. Il importe au plus haut point d’être clair
en ce qui concerne la nature des attributions du consultant et la contribution
qu’il est censé apporter au S&E. Il y aura lieu, à
ce propos, de se poser les questions ci-après.
- Quelle contribution est attendue du consultant, quels sont
les produits spécifiques qu’il doit fournir et quelles
sont les limites de ses responsabilités?
- Quand souhaite-t-on que le consultant intervienne? Durant
une brève période de travail intensif ou lors d’une
série d’appuis de plus courte durée? Avant la mise
en route du projet ou après?
- De qui le consultant relève-t-il et avec qui est-il
censé travailler?
- Comment le consultant est-il censé travailler (seul,
avec le personnel du projet, avec certaines catégories d’acteurs,
etc.)? Le personnel du projet et les acteurs concernés auront-ils
l’occasion de commenter le rapport du consultant?
- Qui est le maître d’ouvrage et qui utilisera
le rapport final et comment?
- Combien la consultation va-t-elle coûter, y compris
les services d’appui dont le consultant pourra avoir besoin (par
exemple, services de transport ou de traduction)?
Il se peut que le coordonnateur du projet ne sache pas avec précision
quelles sont les compétences techniques requises, de sorte qu’il
pourra lui être difficile de rédiger les termes de référence
du consultant. Il y aura lieu de solliciter l’avis de ceux qui sont
directement concernés par la consultation pour éviter tout
malentendu quant à son objectif et aux produits attendus. De plus,
on pourra ainsi faire en sorte que les lacunes que le consultant est censé
combler correspondent étroitement aux compétences dont le
personnel du projet ou du partenaire de mise en œuvre a besoin. L’annexe
E donne quelques exemples de termes de référence.
Comment concilier des avis contradictoires
Il ne faut pas sous-estimer l’importance d’une continuité
de vues pour le suivi-évaluation. Plus différents consultants
auront leur mot à dire dans le S&E d’un projet, et plus
il risque de se poser des problèmes de cohérence, chaque
consultant ayant sa propre théorie du S&E, ses propres méthodes,
ses priorités différentes, etc. (voir encadré
7-14).
| |
Encadré
7-14. Contradiction d’approches des consultants au Mali
Au Mali, dans le cadre du projet PDR-San, deux consultants différents
ont été recrutés pour élaborer le cadre
de suivi-évaluation du projet. Pour mesurer l’impact,
chacun d’eux a recommandé une méthode différente,
le premier préconisant une liste d’indicateurs, l’autre
écartant cette idée pour mettre l’accent sur
des études de cas. L’institution coopérante
avait elle-même un avis différent, ce qui n’a
fait qu’amplifier la confusion. Juste après qu’un
questionnaire détaillé ait été mis au
point pour suivre l’impact du projet sur les ménages
au moyen de plusieurs études de cas, l’institution
coopérante a dit aux responsables du projet qu’il n’y
avait pas lieu d’investir dans des évaluations d’impact,
lesquelles devraient être confiées uniquement à
une équipe ou organisation d’évaluation externe
impartiale. Quel avis suivre se demandait la direction du projet?
|
|
Pour réduire les risques d’avis contradictoires, il y aura
lieu de demander aux consultants de:
- prendre connaissance de tous les principaux rapports et documents
établis par le (les) consul-tant(s) précédent(s);
- prendre le temps de consulter le personnel du projet et des partenaires
pour déterminer les éléments utiles des contributions
du (des) consultant(s) précédent(s) et les besoins d’appui
actuels;
- veiller à ce que le travail du consultant soit fondé
sur les éléments jugés utiles jusqu’à
présent et à ce que le consultant indique explicitement
comment les éléments existants du système de S&E
s’intègrent à ses propres recommandations.
Appropriation et assistance technique
Il importe de peser soigneusement, encore plus que pour les consultants,
l’opportunité de solliciter une assistance technique afin
d’éviter que celle-ci compromette en définitive l’appropriation
du suivi-évaluation par les différents acteurs. Il est souvent
fait appel à des agents de l’assistance technique pour plusieurs
années pour exécuter le programme de travail et en assumer
la responsabilité. Dans un cas particulier, le personnel chargé
du S&E avait peine à intégrer le système de S&E
au projet. Il est alors arrivé une équipe d’assistance
technique qui a pu le faire efficacement. Cependant, cette équipe
a également assumé un grand nombre de tâches et rédigé
de nombreux rapports de suivi-évaluation sans guère de participation
du personnel de S&E local. Dans une perspective à plus longue
échéance, le concours de l’équipe d’assistance
technique aurait pu être organisé différemment de
manière à ce qu’il contribue à renforcer les
capacités locales et l’appro-priation du système de
S&E par les différents acteurs concernés.
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7.5 Organisation du système
de gestion de l’information
7.5.1 Pourquoi un système d’information
revêt une importance vitale
Les projets appuyés par le FIDA sont habituellement des initiatives
de grande envergure du point de vue du nombre de bénéficiaires
à atteindre, de la couverture géographique et du type d’activités,
des budgets, des calendriers et parfois des effectifs du personnel. Ainsi,
ceux qui sont responsables de la gestion du S&E ne pourront jamais
s’en remettre uniquement à la mémoire et à
des notes manuscrites pour suivre toutes les informations pertinentes.
En outre, il se peut que les données doivent être utilisées
par différentes personnes ou différents partenaires, à
des moments divers, pour des aspects distincts du travail. Le volume de
l’information à rassembler et à diffuser justifie
la mise en place d’un système d’information qui, sous
une forme et sous une autre, permette de conserver les données
et de les retrouver. Un processus participatif revêt également
une importance capitale à cet égard. La documentation constitue
la base d’une communication interactive et de la transparence. Elle
favorise la recherche d’un consensus et la continuité.
Deux types d’informations doivent être conservés:
des informations concernant l’impact pour guider la stratégie
du projet et des informations concernant l’avancement des activités
pour suivre les opérations. La plupart des systèmes d’information
servant de base au suivi-évaluation tendent à rassembler
des informations liées aux indicateurs pour évaluer les
progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie
d’intervention décrite dans la matrice du cadre logique.
En outre, les PTBA comportent souvent des cadres qui permettent de rassembler
des informations sur des aspects opérationnels comme l’administration
du personnel, l’utilisation des véhicules ou la comptabilité.
Il y aura souvent lieu de prévoir différents systèmes
de stockage de l’information pour conserver des données très
diverses allant de réponses à des questionnaires aux copies
de contrats et à des échanges de correspondance (voir encadré
7-15).
| |
Encadré
7-15. Aspects à inclure dans le système de gestion
informatisé du WUPAP, Népal (extrait du descriptif
de projet)
Dans un délai de six mois maximum, il sera établi
dans le cadre du programme un système complet de gestion
informatisé (SGI) comportant:
- une connexion Intranet avec un courrier électronique
et une application gérant des bases de données contenant
les informations S&E, les rapports et les archives;
- un système d’archivage et de documentation permettant
de stocker efficacement les documents écrits et audiovisuels
et de suivre leur utilisation;
- un appui technique pour la maintenance du logiciel et du matériel.
|
|
7.5.2 Établissement d’un système
de gestion informatisé des données
Le système d’information d’un projet se compose d’archives
sur support papier ainsi que de bases de données informatisées.
Comme il arrive souvent que ces dernières ne soient pas structurées
comme il convient, cette section met l’accent sur les procédures
à suivre pour établir un système de gestion informatisé
des données.
L’ordinateur peut beaucoup faciliter le suivi et l’utilisation
des données mais n’est pas une panacée (voir tableau
7-7). Souvent, beaucoup de temps et d’efforts sont gaspillés
pour informatiser des données qui ne sont ensuite jamais utilisées.
En Jordanie et en Équateur, des ressources et des efforts substantiels
ont été investis pour mettre au point une base de données
qui n’a jamais été réellement fonctionnelle.
D’un autre côté, comme l’a montré le cas
d’un projet en Tanzanie, les informations provenant de plusieurs
composantes d’un projet peuvent utilement être informatisées
pour en tirer des conclusions de caractère plus général
concernant, par exemple, le rapport coûtefficacité ou l’efficience
d’une intervention.
Il faut déterminer clairement quelles sont les informations qui
seront conservées sur support papier. Par exemple, que fera-t-on
des notes prises lors d’une entrevue? Des schémas élaborés
avec un groupe de bénéficiaires lors d’une séance
de travail sur le terrain? Des cartes géographiques? Ce sont là
autant d’informations qui, bien que de nouveaux logiciels apparaissent
tous les jours, ne peuvent pas toujours être entrées sur
ordinateur.
Plus le nombre de personnes devant utiliser les mêmes données
pour des analyses différentes augmente, et plus il est bon d’informatiser
les données et de les mettre en réseau, mais seulement si
les intéressés peuvent facilement avoir accès au
réseau et aux informations qu’il contient.
L’impact d’un projet ne dépend certainement pas de
l’informatisation des données. Les informations qui doivent
être échangées peuvent également être
photocopiées et distribuées, chaque destinataire utilisant
un système d’archivage commun.
Lorsqu’un système est informatisé, il importe au
plus haut point, de ne pas s’éloigner des besoins de ses
utilisateurs, ce qui peut arriver si le logiciel choisi ne leur est pas
familier.
Tableau 7-7. Avantages et inconvénients
de l'informatisation des systèmes dans le cadre suivi-évaluation
d'un projet4
| Benefits
|
Drawbacks
|
| - Impose de définir les indicateurs
de S&E et les variables en terms extrémement précis.
- Possibilité d'obtenir des informations précises
à différents niveaux de généralité.
- Diminution du temps qu'il faut habituellement pour traiter les
données, ce qui laisse plus de temps pour l'analyse.
- Accès rapide et facile à l'information de divers
groupes et création de conditions propices à l'amélioration
des capacités d'analyse de ces derniers. |
- Les systèmes n'admettent
pas de changements d'indicateurs et d'unités d'analyse. Les
méthodes sont difficiles à intégrer.
- Les mesures quantitatives peuvent prévaloir sur les mesures
qualitatives.
- L'analyse risque d'être très mécanique si
elle se borne à produire des rapports au moyen de programmes
d'ordinateur, ce qui risque de limiter la lecture à ce type
de rapports. |
Le processus de mise en place du système d’information comporte
huit étapes itératives. Tout système doit être
adapté, en particulier à mesure que les différents
acteurs perçoivent mieux les informations dont ils ont besoin.
-
Définir les informations à entrer dans le système
et à quelle fin. Le module
5 explique en détail comment prendre une décision
sur les éléments à suivre.
-
Définir le canevas général du réseau
(voir figure 7-1 pour exemple), en analysant comment,
quand et par qui la base de données sera utilisée, ce
qui déterminera dans une large mesure comment et quand interviendront
l’entrée et l’analyse des données. Il y
aura lieu de poser au personnel du projet et des partenaires la question
suivante: “Qui a besoin d’avoir accès à
quelle information et qui a besoin d’entrer des données?”
Figure 7-1. Exemple de définition du réseau
et de ses connexions (WUPAP, Népal)

-
Déterminer comment il est prévu de traiter l’information,
qui la traitera et quels sont les formulaires nécessaires.
Ces opérations devront être réalisées au
niveau le plus bas possible pour que ceux qui rassemblent les données
puissent plus facilement les analyser. Cela a également l’avantage
de limiter les distorsions dans l’analyse des données.
- Comparer les différents types de logiciel et matériel
existant (réseau) et faire une sélection. Ne pas perdre
de vue que ceux appelés à entrer les données doivent
pouvoir le faire assez facilement, qu’il faut que l’on puisse
avoir accès aux données au moment et à l’endroit
voulus et sous la forme appropriée et que le système ne
doit pas dépasser les moyens financiers et techniques du projet
et des partenaires de mise en œuvre. Cela signifie qu’une
décision doit être prise en collaboration avec tous les
intéressés. Il y a deux options dont chacune comporte
des avantages et des inconvénients (voir tableau
7-8): 1) les tableurs et les gestionnaires de bases de données
existant comme Excel et Access (qui font l’un et l’autre
partie de Word Office) et 2) un logiciel personnalisé.
Tableau 7-8. Comparaison des logiciels existants
et personnalisés
| Logiciel
existant |
Logiciel
personnalisé |
| Pour:
- Assez bon
marché (achat de licences, achat de matériel, formation,
fournitures)
- Aisément
disponible
- Facilement
adaptable par le projet et souvent assez facile à maîtriser
- Interchangeable/compatible
avec d'autres
- Plus connu
Contre:
- Moins souple
et moins adapté aux besoins spécifiques du projet |
Pour:
- Adapté
aux besoins spécifiques du projet
- Peut être accessible à tous
les niveaux, par exemple en travaillant sur des icônes plutôt
que sur des mots
Contre:
- Plus cher (personnel de conception, achat
de licences, achat de matériel, formations spécialisées,
fournitures)
- Exige du temps et des compétences
pour la mise au point, les tess et le perfectionnement
- Plus le logiciel est spécifique,
et plus il est difficile de l'adapter ultérieurement |
Si le système personnalisé est choisi, il faudra veiller
à ce que le logiciel acheté ou mis au point puisse être
utilisé avec souplesse pendant toute la durée du projet
et s’adapter aux évolutions des besoins d’informations
qui interviendront en cours de projet. L’encadré
7-16 décrit un logiciel qui peut aider à suivre la
mise en œuvre des programmes de travail annuels.
-
En fonction de l’option préférée,
entreprendre une analyse plus ciblée de la gestion des données
en consultant tous les intéressés, des secrétaires
aux ministères de tutelle, concernant les informations à
rassembler, leur utilisation et le rôle de chacun dans la gestion
des données. Cette consultation est indispensable pour s’assurer
que le système choisi peut répondre aux besoins spécifiques
en matière d’information et de rapports.
-
Établir les formulaires nécessaires pour l’entrée
des informations dans la base de données et les harmoniser
avec ceux qui sont utilisés pour la collecte de l’information.
Réfléchir aux modalités de stockage des informations
qualitatives et quantitatives. N’établir de formulaires
précis que lorsque les éléments à informatiser
sont parfaitement compris.
-
Former les usagers au système. Le processus constant
de stockage et de mise à jour des données et d’accès
à l’information exige des compétences auxquelles
les usagers doivent être formés et l’appui technique
d’un spécialiste. Dans le cas d’un projet au Malawi,
nombre d’activités de suivi-évaluation ont été
réalisées au plan national, comme une enquête
sur l’agriculture et une autre sur les ménages. Leurs
résultats ont été saisis sur ordinateur, mais
lorsque le moment est venu d’en analyser les résultats,
les services de S&E au niveau des divisions ne disposaient pas
de la documentation du logiciel utilisé, de sorte que l’analyse
a pris beaucoup de retard.
- Ajuster périodiquement le système en procédant
à un examen critique avec les usagers pour déterminer
les informations qui sont utilisées et par qui, celles qui ne
le sont pas, les problèmes qui se posent et les autres personnes
qui devraient ou souhaiteraient avoir accès à l’information.
| |
Encadré
7-16. ASISTENTE, programme de suivi des plans de travail annuels
en Amérique latine
Le logiciel ASISTENTE est un programme qui permet
de suivre les activités et les résultats indiqués
dans le cadre logique et le programme de travail annuel. Il est
issu d’un projet au Guatemala dont la zone d’intervention
était vaste, isolée et ethniquement diversifiée;
qui concernait de nombreux groupes d’acteurs, qui devait associer
des acteurs divers à la mise en oeuvre du projet et à
la collecte de l’information et fournir des services décentralisés
aux organisations d’agriculteurs. La dernière version
d’ASISTENTE a été adaptée pour pouvoir
être utilisée dans tous les projets entrepris en Amérique
latine. Ses caractères spécifiques sont que le logiciel
ASISTENTE est un programme:
-
Adaptable: il peut être utilisé pour différentes
analyses dans le contexte du programme de travail annuel du
projet, notamment des composantes du projet, des services fournis
aux bénéficiaires et des usagers du système
suivi.
-
Polyvalent: il opère sur différents ordinateurs
locaux ou ordinateurs reliés par satellite pour entrer
les informations recueillies lors du suivi et produire les rapports
locaux. Un ordinateur central rassemble les informations envoyées
par satellite pour produire des rapports globaux. Tous les acteurs
concernés ont accès à l’information.
-
Convivial: l’information n’est entrée qu’une
seule fois et est ensuite traitée pour obtenir des rapports
divers. Cela n’exige pas de connaissances très
spécialisées et est relativement rapide étant
donné que le programme utilise des icônes et des
légendes activées au moyen de la souris. Les rapports
produits sont numérotés et accompagnés
de représentations graphiques de sorte qu’ils sont
accessibles pour un public très divers. Les rapports
peuvent être affichés sur l’écran
avant d’être imprimés ou classés et
peuvent être reformatés pour être insérés
dans d’autres documents.
- Sûr: l’accès au logiciel est restreint pour
éviter toute manipulation erronée des données
entrées. Chaque usager reçoit un nom, un mot de
passe et un profil d’accès et ne peut sauvegarder
et modifier que ses propres informations et générer
ses propres rapports. Les usagers n’ont pas accès
à l’information sauvegardée par d’autres,
et ne peuvent pas générer des rapports d’autres
usagers sans autorisation. Le superviseur du système a
la possibilité de configurer les terminaux et applications,
d’entrer et de modifier l’information, de générer
tous les rapports et d’affecter les mots de passe.
Le logiciel complémentaire, également issu du projet
réalisé au Guatemala et fondé sur les mêmes
éléments que ceux qui sont indiqués cidessus,
s’appelle DIRECTORIO et sert à enregistrer les données
sur les acteurs à la base, leurs organisations locales et
les organismes de mise en œuvre, à les suivre et à
évaluer l’impact des activités. La plupart des
projets rassemblent ce type d’informations, mais celles-ci
ne sont généralement pas organisées de la façon
la plus utile. Le programme DIRECTORIO conserve des informations
concernant:
- le nombre des bénéficiaires et leurs activités
productives;
- le nombre d’hommes et de femmes;
- le lieu de résidence et l’âge;
- les services offerts et le nombre d’acteurs qui utilisent
chaque service;
- les opérateurs associés qui offrent des services;
- les effets et l’impact produits.
Le programme DIRECTORIO peut tenir un répertoire complet
des acteurs à la base, des organisations rurales et des agents
de mise en oeuvre, appliquer une approche spécifique selon
le genre et le concept de services aux usagers, entrer et suivre
des indicateurs sur l’effet et l’impact du projet sur
les bénéficiaires et les autres parties intéressées,
générer différents types de rapports et de
graphiques et classer les données par projet et par région.
|
|
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7.6 Moyens financiers et autres
nécessaires à la gestion du système de suivi-évaluation
7.6.1 Postes budgétaires à
prendre en considération
Pour être efficaces, les tâches de S&E doivent être
soutenues par un budget clair et réaliste. Comme nombre de tâches
et d’activités de S&E et d’activités de
mise en œuvre et de gestion se chevauchent, il n’est pas toujours
aussi facile que dans le cas des autres aspects du projet de savoir quels
sont les éléments à inclure dans le budget du suivi-évaluation.
Par exemple, les dépenses afférentes aux réunions
au cours desquelles la direction discute et analyse des informations concernant
le suivi-évaluation constituent-elles un coût de gestion
ou un coût de suivi-évaluation?
S’il importe peu de savoir à quels postes doivent être
imputés ces coûts, il est indispensable d’ins-crire
au budget les ressources nécessaires, d’indiquer clairement
qu’elles sont destinées au S&E et de préciser
qui sera habilité à déterminer comment le budget
suivi-évaluation sera utilisé. Il y a cependant lieu d’éviter
d’imputer toutes les ressources destinées au suivi-évaluation
sous la rubrique “gestion du projet” car il est alors très
difficile de préciser le montant disponible pour le S&E. Le
budget du S&E – quelle que soit la rubrique budgétaire
à laquelle il est imputé – doit englober tous les
éléments énumérés dans le tableau
7-9.
Tableau 7-9. Éléments à prendre
en considération dans un budget de suivi-évaluation
| Catégories
|
Postes
spécifiques |
| Contrats: consultants/experts
externes (honoraires et frais de voyage) |
- Élaboration
d’un plan opérationnel de S&E
- Établissement de mécanismes et de formulaires de
suivi
- Établissement de systèmes de gestion de l’information
- Organisation d’ateliers de bilan
- Réalisation d’enquêtes ou d’activités
de suivi spécifiques
- Aide à la synthèse et à la capitalisation
des enseignements tirés
- Formation et renforcement des capacités (ateliers, cours)
- Études d’évaluation des impacts (par exemple
études de référence)
- Examen à mi-parcours et évaluation externe finale |
| Dépenses d’équipement
|
- Matériel
de suivi
- Matériel de communication
- Aménagement des bureaux de l’équipe de S&E
(par exemple mobilier, matériel)
- Publications
- Ordinateurs et logiciels
- Véhicules |
| Formations et voyages
d’études pour le renforcement des capacités
de suiviévaluation |
Cours de formation
sur place et à l’extérieur:
- Formation des acteurs à la base pour renforcer les capacités
de S&E
- Formation de partenaires de mise en œuvre chargés
de l’appui au développement communautaire à
l’introduction et à l’application des méthodes
participatives de suivi
- Formation d’agents sélectionnés des opérateurs
et prestataires de services (gouvernement et ONG) aux aspects
pertinents du S&E
- Formation des responsables du S&E et du personnel de direction
clé au suivi-évaluation et à l’informatique
- Formation à la gestion financière, le cas échéant
- Promotion de l’échange d’expérience
avec d’autres projets entre les différents groupes
d’acteurs concernés
- Droits d’inscription aux cours
|
| Dépenses de
personnel:
- Récurrentes/ traitements du personnel permanent et du
personnel temporaire d’appui
- Investissement – assistance technique (de courte ou de
longue durée, nationale ou internationale) |
- Planification et
mise au point du système de S&E
- Suivi périodique
- Rédaction de rapports et analyses
- Participation aux processus et réunions de bilan
- Gestion de l’information
- Synthèse et capitalisation des enseignements tirés
- Diffusion des conclusions du S&E
- Appui aux processus à assise communautaire et aux processus
participatifs de S&E |
| Dépenses opérationnelles
autres que de personnel |
- Carburant et entretien
des véhicules et des moyens de transport
- Frais de bureau (frais généraux, entretien)
- Papeterie
- Réunions- Indemnités pour les acteurs à
la base et les exécutants des projets
- Données externes ( cartes ou photos satellite par exemple)
- Coûts de communication et de publication: impression, copie,
édition, présentation graphique et publication des
documents clés
Activités d’évaluation spécifiques
(ateliers de planification du S&E, ateliers d’examen,
enquêtes sur le terrain, consultations des acteurs concernés,
activités spécifiques de suivi, examen à mi-parcours
et évaluation externe finale)
- Locaux
- Publicité
- Logement
- Droits d’inscription aux cours |
7.6.2 Niveau des allocations budgétaires
Bien qu’il n’existe aucune règle catégorique
à cet égard, les budgets du S&E varient entre 2 et 15%
du total des coûts. Dans les cas comme ceux du projet MARENASS au
Pérou et du projet FODESA au Mali, où les parties prenantes
étudient de nouvelles modalités de collaboration, il est
probable que les budgets du S&E seront proportionnellement plus élevés
étant donné qu’il faut plus de temps pour réfléchir
sur les modalités ayant donné de bons résultats.
Le tableau 7-10 illustre les budgets de S&E pour
cinq projets réalisés en Amérique latine, y compris
le projet MARENASS.
Il y a lieu de noter que, du fait de la diversité des approches
adoptées, chaque projet décompose ses dépenses de
S&E de différentes façons. Dans le cas du projet MARENASS,
le suivi-évaluation est décentralisé et sous-traité,
de sorte que l’élément coordination du projet lui-même
n’a pas besoin de véhicules ou de matériel pour le
suivi-évaluation. Toutefois, comme toutes les dépenses de
S&E sont regroupées sous la rubrique “études”,
il faut que le budget soit accompagné d’un plan opérationnel
détaillé de S&E pour indiquer clairement comment les
fonds doivent être alloués.
Quelle que soit la façon dont le budget du S&E est calculé,
il y aura toujours un certain chevauchement avec d’autres éléments
du projet. Par exemple, environ 78% du montant total des allocations annuelles
pour le projet MARENASS vont directement à la gestion par les agriculteurs
de leurs propres plans de développement communautaire, et le reste
à deux composantes: gestion du projet et suivi-évaluation.
Cependant, même à l’intérieur de ces deux catégories
d’activités, beaucoup de dépenses sont liées
au développement communautaire comme festivals, bulletins d’information,
etc., de sorte que la proportion des fonds alloués à cette
composante est en réalité de 82 à 85%. Il faut par
conséquent éviter de trop entrer dans le détail dans
le budget du S&E. Ce qui importe, c’est de prévoir dans
le budget les événements, procédures et services
de personnel qui tendent à faciliter la réflexion critique
et la capitalisation.
Il arrive souvent que des retards de financement interviennent lors
de la mise en route des projets. Pour y parer, le FIDA peut accorder des
avances de fonds au titre du Mécanisme spécial d’interven-tion
(MSI). Ces dons ont beaucoup contribué à accélérer
le démarrage et la mise en œuvre des projets. Par exemple,
des subventions du MSI ont servi à recruter un diligenteur pour
faciliter la réalisation des conditionnalités d’entrée
en vigueur du prêt ou bien à financer la formation au système
de gestion. Dans le cas de nombreux projets, le MSI est utilisé
pour financer les dépenses initiales de suivi-évaluation,
comme la formation du personnel du projet et des partenaires de mise en
œuvre ou la préparation d’études de référence.
Tableau 7-10. Budgets de S&E pour cinq projets
en Amérique latine en comparaison du budget total des projets prévus
dans les rapports de préévaluation (en dollars des États-Unis)
| Poste
|
Pays
et projet |
| Venezuela
|
Équateur
|
Pérou
|
Chili
|
| PROSALAFA
|
PRODECOP
|
SARAGURO
|
MARENASS
|
PRODECOP-IV
|
| Équipement:
jeep 4X4, matériel informatique, mobilier et matériel
de bureau |
20,800
|
28,830
|
27,950
|
|
24,329
|
| Dépenses
de fonctionnement: traitements, frais de voyage, matériel,
entretien, assurance |
144,900
|
346,485
|
213,010
|
|
227,532
|
| Études:
études d’évaluation, documentation, suivi,
publications, taxes |
205,000
|
540,000
|
119,916
|
1,770,000
|
330,815
|
| Total
suivi-évaluation |
370,700
|
915,315
|
360,876
|
1,770,000
|
582,676
|
| Total
projet |
26,742,700
|
24,365,000
|
16,753,781
|
19,142,800
|
34,491,969
|
| Part
du suivi-évaluation |
1,4%
|
3,8%
|
2,2%
|
9,2%
|
1,7%
|
7.6.3 Dépenses et ressources afférentes
aux activités participatives de suivi-évaluation
Du point de vue budgétaire, les processus participatifs d’analyse
et de réflexion critique prennent plus de temps que ceux qui ne
font intervenir qu’un petit nombre de personnes. En effet, il faut
du temps pour organiser des réunions plus nombreuses avec des groupes
plus divers et pour parvenir à un accord sur la démarche
de S&E ou sur la signification des données. Il faudra parfois
investir pour former aux techniques de facilitation aussi bien le personnel
du projet que celui des partenaires de mise en œuvre et aussi former
les acteurs à la base, par exemple, aux méthodes d’évalua-tion
d’impact et à la mise au point d’indicateurs locaux.
Dans le cas de certains projets, on a constaté que le renforcement
des capacités en matière de méthodes participatives
de S&E peut être financé sur la base d’un partage
des coûts mais, dans la plupart des cas l’intégralité
des coûts est imputée au projet.
Les postes budgétaires spécifiques à prendre en considération
pour les formes les plus participatives de S&E sont les suivants:
- formation spécifique du personnel aux méthodes participatives
et au S&E participatif;
- organisation de réunions avec les acteurs concernés
pour la mise au point du système de S&E;
- réunions pour les analyses au plan local;
- brefs ateliers de formation sur les principales étapes de la
mise au point d’un système de S&E et des éléments
spécifiques comme les indicateurs et les méthodes (y compris
l’utilisation de la matrice du cadre logique).
Les projets participatifs exigent également un processus de planification
continue pour déterminer ce qui sera fait, pour qui et avec qui.
Lorsque les activités du projet sont mises en route, le budget
du S&E doit être tout aussi souple. Le budget peut ainsi comprendre
une rubrique pour imprévus de sorte que l’on puisse exploiter
des opportunités importantes. Souvent, les postes inscrits au budget
du S&E sont suffisamment larges pour pouvoir être utilisés
pour divers types d’activités. Par exemple, incorporer au
budget une rubrique intitulée “évaluation participative
d’impact” laisse une souplesse considérable quant aux
modalités et au moment de cette évaluation.
Les encadrés 7-17, 7-18
et 7-19 indiquent, à titre d’exemple,
comment peuvent être calculés les coûts d’activités
spécifiques de S&E: une étude de référence,
le suivi participatif de l’impact du système de gestion informatisé.
Il y a lieu de noter que ces coûts ne sont pas supposés être
indicatifs: les coûts effectifs dépendront du contexte, comme
l’étendue de la zone couverte par le projet, les coûts
locaux de main-d’œuvre, les dimensions de l’échantillon,
les types de méthodologie, le recours à des experts externes,
etc.
| |
Encadré
7-17. Étude de référence dans une province
chinoise (2000)
Coût total = USD 13,173
Activité
Entrevues avec 1 200 ménages dans 37 sites
de projets de sept districts; coût de l'entrée des
données = 10,98 USD par entrevue
Personnel
Pour les entrevuew: deux agents à plein temps
par site de projet = 74 agents
Pour la gestion des données: deux agents à plein temps
par district = 14 agents
Pour l'élaboration des rapports: un consultant pour l'ensemble
de la province
Calendrier
Entrevues: deux semaines
Entrée des données: dix jours
Vérification, synthèse et analyse des données:
deux semaines
Rapport: deux semaines |
|
| |
Encadré
7-18. Introduction du suivi participatif de l’impact (SPI)
au Viet Nam (2000)
Coût total de l’introduction du SPI par
projet = 15 000 USD, y compris honoraires des consultants, matériels
destinés à l’atelier de formation et assistance
pour le suivi de l’atelier.
Ce coût peut être réduit en:
- formant et employant des experts locaux comme facilitateurs
et consultants;
- intégrant les activités de SPI aux activités
continues de planification, de vulgarisation et de S&E;
- nettoyant les “cimetières” de données
et en remplaçant quelques colonnes de chiffres par des
informations décrivant mieux l’impact des activités;
- acceptant des conclusions fiables sur les tendances plutôt
que d’insister sur des statistiques précises.
|
|
| |
Encadré
7-19. Coûts de la mise en place du système de gestion
informatisé au Népal (2001)
Coût total de la mise en place du système
de gestion informatisé: 1 719 239 roupies népalaises
(NPR) sur quatre ans, dont 43% la première année,
pendant laquelle les dépenses afférentes aux achats
sont élevées. Les dépenses totales par poste
sont les suivantes (en NPR):
| Logiciel du serveur |
255,500 |
Logiciel du serveur du courrier électronique |
73,000 |
Logiciel du serveur proxy |
43,800 |
Plate-forme du réseau et câblages |
21,900 |
Installation |
51,100 |
Frais de connexion à Internet |
169,859 |
Frais de connexion téléphonique au réseau
des bureaux de districts de l’unité du projet
|
636,970 |
Achat de publications et de médias pour la bibliothèque
|
212,323 |
Contrat d’entretien du réseau |
254,788 |
À la date d’élaboration du document,
le taux de change était 1 USD = 75 NPR (avril 2001). |
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Lectures complémentaires
Gubbels, P. et Koss, C. 2000. From the Roots Up:
Strengthening Organizational Capacity through Guided Self-Assessment.
(deuxième édition). Oklahoma City: World Neighbors. Pour
commander: http://www.wn.org/wnstore.
ISNAR. 2001. Framework and Methodology on Training
Needs and Organizational Constraints Assessment in Kenya. Décharger
à l’adresse: http://www.isnar.cgiar.org/activities/training/request.htm.
Lamy, E. et Lessard, P. 2001. Capacity Building:
A Manual for NGOs and Field Workers. Québec: CECI. Disponible
également en français et en espagnol. Pour commander: http://www.pactpub.com.
Lusthaus, C., Adrien, M., Anderson, G. et Carden, F. 1999.
Enhancing Organizational Performance. A Toolbox for Self-assessment.
Ottawa: IDRC. Également disponible en français et en espagnol.
Pour commander: pub@idrc.ca.
Lynton, R. et Pareek, U. 1990. Training for Development
(deuxième édition). Connecticut: Kumarian Press. Pour commander:
http://www.kpbooks.com.
1/
PNUD. 1998. “Capacity assessment and development
in a systems and strategic management context“. Management Development
and Governance Division, technical advisory paper No.3 New York, N.Y.
Programme des Nations Unies pour le développement.
2/
D’après Guijt, I. et Gaventa, J. 1998. “Participatory
Monitoring and Evaluation: Learning from Change”. IDS Policy
Briefing 12. Brighton: IDS.
3/
Lusthaus et al. 1999. Voir Lectures complémentaires.
4/
Furman, R. 2001. “Computerised Monitoring and Evaluation
Systems: Design and Implementation Guidelines“. Dans: Ocampo,
A (éd.). Reflections on Project Monitoring and Evaluation
Methodology. Rome: FIDA.

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