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8.1 Organiser la réflexion
critique pour améliorer l’action – présentation
générale
8.1.1 Qu’est-ce que la réflexion
critique?
La réflexion critique appliquée à un projet consiste
à interpréter l’expérience et les données
en vue de créer de nouvelles perceptions et d’aboutir à
un accord sur les actions à entreprendre. Sans réflexion
critique, vos données de suivi-évaluation ne vous seront
guère utiles pour orienter le projet vers l’impact (voir
module 2). Un débat
actif lors des réunions d’équipe et des réunions
avec les bénéficiaires est essentiel pour que l’information
issue du suivi-évaluation soit partagée, analysée
et suivie d’une action.
Faire une analyse “critique” signifie aller au-delà
de la collecte, du traitement et de l’examen des données.
Après vous être demandé “que se passe-t-il?”,
il faut aussi vous poser les questions suivantes:
Si vous parvenez à examiner ces questions régulièrement
avec les différents acteurs impliqués dans le projet,
vous êtes sur la voie de la réflexion critique.
La réflexion critique implique la mise en question de ce qui
est normalement considéré comme acquis, en particulier
les hypothèses sur lesquelles se fonde le projet (colonne 4 de
la matrice du cadre logique, module
3). Pour cela, il faut réfléchir à ce qui n’a
pas fonctionné ou à ce qui ne fonctionne pas. La hiérarchie
des objectifs du projet repose sur des hypothèses relatives au
contexte et à l’effet probable des activités du
projet. Seul le temps dira si ces hypothèses sont valables ou
non, à mesure qu’apparaîtront clairement les réussites
et les échecs. Réfléchir à ce qui n’a
pas eu l’effet souhaité vous permet de revoir le fonctionnement
du projet et de travailler avec des hypothèses plus justes.
8.1.2 L’importance de la réflexion
critique pour le suivi-évaluation
De manière générale, peu d’attention est
accordée par les projets à la réflexion critique.
Les efforts et les ressources consacrés au S&E portent essentiellement
sur la collecte des données, l’analyse statistique et l’établissement
de rapports d’activités. Il y a plusieurs raisons à
cela (voir aussi module 1).
La collecte des données est une opération plus ou moins
mécanique, qui exige moins de capacités. Le suivi-évaluation
est souvent considéré comme une obligation bureaucratique,
imposée par le bailleur de fonds ou le ministère de tutelle
et non comme une activité utile au projet. Peu de personnes sont
conscientes que l’on peut tirer profit de l’analyse des
projets dont les résultats sont mauvais. Pour renverser cette
tendance, il faut renforcer les capacités, sensibiliser les esprits
et mettre en place des mesures d’incitation efficaces (voir module
7).
Beaucoup d’agents de terrain et même de responsables pensent
que les données et les rapports doivent être fournis uniquement
parce que leur hiérarchie ou le bailleur les demande. Cet état
d’esprit va à l’encontre de l’objectif du suivi-évaluation.
Les acteurs impliqués dans le projet ne peuvent améliorer
leur action qu’en réfléchissant régulièrement
sur les données, en prévoyant des moments pour la réflexion
et en prenant le temps d’en tirer des leçons. Les décisions
doivent être documentées et partagées avec les intéressés.
Les responsables doivent vérifier que les décisions prises
ont été mises en œuvre comme prévu. C’est
alors que l’on peut parler de réflexion critique et de
capitalisation.
8.1.3 Les événements propices
à la réflexion critique et à la capitalisation
La vie des projets comprend de nombreux évènements propices
à la réflexion critique, allant, par exemple, des réunions
d’équipe hebdomadaires et autres sessions informelles aux
missions de supervision et aux examens à mi-parcours plus formels.
Ces événements, qu’ils soient autoorganisés
ou suscités de l’extérieur, doivent être considérés
comme faisant partie du S&E. À cette occasion, les acteurs
du projet peuvent, à partir des données recueillies, indiquer
où des améliorations sont nécessaires.
La réflexion critique n’est pas un événement
ponctuel. C’est un processus évolutif. Il commence par
les questions que se posent individuellement les différents acteurs
et se poursuit par la mise en question des hypothèses réalisée
en groupe (voir encadré 8-1). La réflexion
critique doit être planifiée via une série d’évènements.
Savoir dans quel ordre organiser ces événements est important
(voir encadré 8-2).
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Encadré 8-1. Les
avantages de la réflexion critique en groupe
- Découvrir de nouvelles informations – en partageant
ses idées avec les autres, on peut stimuler les souvenirs
individuels, mettre au jour de nouvelles informations et mieux
comprendre les choses.
- Limiter les erreurs systématiques – l’examen
approfondi et critique de l’information (impressions et
données) signifie qu’elle a été soumise
à un contrôle croisé et que les intéressés
peuvent signaler toute question dont la présentation
leur semble être incorrecte.
- Définir clairement une situation/un événement/un
processus et parvenir à un consensus – l’examen
des données permet de déceler les contradictions
et les lacunes ainsi que de les comprendre ou de les combler.
- Assurer une action raisonnée et significative –
l’analyse en commun, par exemple, du nombre des personnes
qui souffrent de pénuries alimentaires, peut révéler
les causes structurelles des problèmes et les solutions
à leur apporter et conduire ainsi à des mesures
mieux ciblées.
- Faciliter une action bénéficiant d’un
large sentiment d’appropriation – plus la population
comprend les causes et l’étendue des problèmes
ainsi que la façon dont ils sont reliés aux aspirations,
plus elle est motivée à s’investir pour
susciter le changement.
Ne vous reposez pas entièrement sur les groupes et veillez
à bien les structurer. Les groupes peuvent aussi entraver
le partage. Constituez les groupes de telle façon que le
partage soit possible même pour ceux qui sont timides et
relativement marginalisés.
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Encadré 8-2.
Intégrer la réflexion critique en Colombie
Le personnel chargé du S&E dans le cadre
du projet PADEMER (Colombie), axé sur les microentreprises,
a entamé le suivi des partenaires de mise en œuvre
par une visite aux acteurs à la base, qui étaient
tous des entrepreneurs locaux (hommes et femmes). Le personnel
du projet a pu ainsi mieux comprendre les choses. Au départ,
les visites étaient faites sans cadre de questionnements
et sans méthodologie claire. Le personnel de S&E se
présentait sans savoir les questions qu’il devait
poser et comment il devait les poser. Un plan a ensuite été
établi pour la conduite de ces visites sur le terrain.
Actuellement, ces visites sont au nombre de trois par an. À
la première visite, les bénéficiaires font
connaissance avec le projet PADEMER; des informations leur sont
données sur les ressources disponibles pour les microentreprises
et un comité local est constitué pour assurer la
collaboration au suivi du projet.
L’approche de l’atelier d’évaluation
participative a été adaptée en fonction de
ces visites de suivi. Un premier atelier se tient avec les bénéficiaires
et la Société de développement de la petite
entreprise (genre d’organisme de coordination) afin d’analyser
les réalisations décrites par le partenaire de mise
en œuvre dans les rapports intérimaires. Le partenaire
de mise en œuvre n’est pas présent. Cet atelier
vérifie les progrès accomplis dans tous les domaines
(social, processus de production, commercialisation, etc.) et
le degré de satisfaction des bénéficiaires
vis-à-vis du partenaire d’exécution.
Un deuxième atelier a lieu ensuite avec
le partenaire d’exécution (et avec la société
susmentionnée mais sans les acteurs à la base) afin
d’analyser le travail sur la base des produits du premier
atelier. Les progrès sont évalués, les stratégies
sont analysées et des enseignements sont tirés.
Au cours du troisième atelier, la direction du projet analyse
la performance du projet sur la base des informations provenant
des deux ateliers précédents. Elle évalue
la faisabilité et l’opportunité d’entreprendre
une seconde phase avec le partenaire de mise en œuvre.
Cette accumulation d’indications obtenues
par les différents acteurs du projet dans un ordre déterminé
a permis de recouper les informations et aussi de décider
ce que chacun devait réajuster. |
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En tant que responsable de projet ou chargé du suivi-évaluation,
vous constaterez sans doute que les différents acteurs impliqués
dans le projet sont plus ou moins aptes et empressés à
s’interroger sur leur façon de travailler. On ne peut forcer
personne à s’engager dans un processus de réflexion
critique orienté vers le changement, mais il est possible de
mettre en place quelques mesures simples d’encouragement.
Un moment important dans la réflexion critique est celui où
sont tirés les leçons/enseignements de l’expérience
en cours. Ces enseignements intéressent le projet et ses partenaires
mais aussi les autres projets, les autres organismes de financement,
le FIDA etc. Leur utilité pour les projets pratiquant la gestion
orientée vers l’impact est résumée dans l’encadré
8-3. La documentation et la diffusion de ces enseignements constituent
la capitalisation.
Les enseignements sont particulièrement importants, à
usage interne, lorsqu’un projet innove ou, à usage externe,
après plusieurs années d’exécution. Le projet
PADEMER en Colombie est un exemple de projet expérimental. Son
rapport de préévaluation énonce explicitement le
rôle des enseignements tirés: “Étant donné
le caractère d’opération pilote du projet, la fonction
d’évaluation accordera une importance particulière
à l’examen des enseignements tirés de la mise en
œuvre, particulièrement lorsqu’on envisagera l’extension
des activités à de nouveaux domaines.” Dans le cas
du projet de promotion de la femme au Tamil Nadu (Inde), le rapport
d’achèvement du projet décrit les leçons
tirées de son expérience sur les neuf thèmes suivants:
environnement favorable, formation de groupes et cohésion, ONG,
choix des groupes cibles, formation, activités génératrices
de revenus, commercialisation, opérations financières
et agent d’exécution. Ce rapport peut être très
utile aux autres projets voulant intervenir dans la région ou
sur des domaines comparables.
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Encadré 8-3. L’utilité
du partage des enseignements1
- Offre des solutions de rechange ayant fait leurs preuves en
matière de développement, à des fins de
planification et de reproduction, qui ont été
bien analysées et documentées et se fondent sur
l’expérience pratique acquise sur le terrain.
- Permet aux autres d’apprendre à partir de nos
propres erreurs, ce qui les aide à éviter d’en
commettre de semblables.
- Permet aux autres d’apprendre à partir des problèmes
rencontrés dans l’exécution du projet, et
de la façon dont ils ont été résolus.
- Renforce l’impact du projet par son influence positive
sur les mesures relatives à l’organisation et sur
la conception et l’exécution d’autres projets.
Par exemple, les propositions de projet du FIDA comprennent
une section intitulée: “Enseignements tirés
de l’expérience antérieure du FIDA”.
- Encourage le travail en réseau par l’échange
des connaissances et de l’information, et renforce ainsi
la coopération entre les différentes organisations.
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8.2 Comment encourager la réflexion
critique
8.2.1 Commencer par une réflexion
individuelle
La réflexion critique est d’abord un processus individuel.
Lorsqu’un membre du personnel se livre à un travail de
réflexion critique et fait preuve d’innovation, cela peut
avoir une influence considérable sur le sort d’un projet
(voir encadré 8-4). Votre style de direction
peut déterminer en grande partie si le personnel du projet et
celui des partenaires de mise en œuvre se sentent libres ou non
d’engager ce travail.
Si les individus ne réfléchissent pas eux-mêmes
pendant leur travail, ils rencontrent souvent des difficultés
lors d’événements collectifs tels que les bilans
annuels des projets ou les réunions d’équipe mensuelles.
Il est vrai que tout le monde n’a pas la capacité ou la
volonté d’adopter un style de travail faisant appel à
la réflexion, mais tout le monde peut s’y essayer à
un moment ou à un autre.
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Encadré 8-4. Auto-évaluation
des coopératives facilitée au Maroc
Lubna Khalil travaille avec le SPA (Service de la
Production Agriculture) au Maroc. De sa propre initiative, sans
soutien de la part de la direction du projet, elle a lancé
un processus d’auto-évaluation avec neuf coopératives
dans une zone. Le début du processus a consisté
à réunir des membres du personnel administratif
des coopératives pour qu’ils discutent de certains
des problèmes qu’ils rencontrent dans leur travail.
La première réunion a été consacrée
aux problèmes de responsabilité financière
et aux fonctions du personnel administratif.
Les réunions ont donné au personnel
administratif la possibilité d’analyser les problèmes
et de dégager des solutions en s’appuyant sur sa
connaissance des situations locales. Lubna fournissait un appui
en facilitation ainsi qu’une assistance technique dans des
domaines où le personnel était mal à l’aise
tels que la conception de formulaires et de modèles pour
des activités coopératives comme l’entretien
et la surveillance des véhicules. Les réunions entre
les membres du personnel administratif des différentes
coopératives sont devenues régulières. En
outre, des réunions sont également organisées
lorsque surgit un problème particulier exigeant un surcroît
de temps et d’efforts.
Bien que le processus n’en soit qu’à
ses débuts, il a déjà des impacts positifs
visibles sur l’efficacité et l’efficience organisationnelles
dans les domaines suivants:
- Achat d’ordinateurs pour faciliter la responsabilité
financière et autre
- Formation du personnel administratif des coopératives
visant à le familiariser avec les lois marocaines régissant
les coopératives
- Formation du personnel administratif des coopératives
à la comptabilité en vue d’améliorer
la gestion des fonds
- Amélioration des contrats du personnel afin de lui
assurer ainsi qu’aux coopératives une meilleure
protection
- Rétablissement ou création d’un système
de suivi pour le personnel de direction, par exemple vérifications
mensuelles de l’état des véhicules et des
finances
|
|
De simples mesures pratiques peuvent largement contribuer à
encourager la réflexion individuelle chez le personnel du projet
et celui des organisations partenaires.
-
Inclure une demande de bilan et de réflexion dans les
profils de postes ainsi que dans les conventions ou contrats avec
les institutions partenaires. Vous pourriez, par exemple, faire
figurer dans la description de poste la clause suivante: “Le
titulaire du poste sera censé réaliser un bilan périodique
(au moins une fois par an) des résultats de son travail avec
son supérieur direct afin de déterminer les domaines
dans lesquels ce travail pourrait être amélioré”.
Dans une convention passée avec un groupe de partenaires
de mise en œuvre ou de bénéficiaires, vous pourriez
stipuler qu’il leur faudra non seulement présenter
des données brutes mais aussi indiquer les implications de
ces données pour les mesures d’amélioration
à prendre. Faites nettement savoir que l’on s’attend
à ce que le personnel des partenaires participe à
des ateliers périodiques pour identifier les différentes
mesures d’améliorations souhaitables.
-
Encourager l’établissement de rapports incluant
les avis du personnel. Dans le projet TROPISEC au Nicaragua,
le partenaire d’exécution a utilisé trois instruments
de suivi: le carnet communautaire des groupements à la base,
le carnet de l’agronome adjoint spécialisé en
conservation des sols et l’agenda de l’agent de vulgarisation.
On y trouve des notes sur les activités mises en œuvre
sur le terrain, sur les groupements ayant reçu un appui ainsi
que sur les succès remportés, les difficultés
rencontrées et les solutions proposées.
-
Demander régulièrement l’avis des acteurs
concernés. Il ne s’agit par seulement d’organiser
des réunions officielles mais aussi de favoriser des rencontres
fortuites de façon à encourager les intéressés
à se faire une opinion et à en discuter entre eux.
Demandez-leur ce qui les a surpris, les innovations qu’ils
ont tentées et les modifications qu’ils aimeraient
voir apporter au projet. Dans le projet TROPISEC (Nicaragua), il
est demandé que “chaque technicien ou cadre de [l’unité
de direction] se fixe comme objectif annuel d’être en
mesure d’échanger au moins une expérience avec
d’autres collègues”.
-
Faire part de vos remarques de manière constructive.
Si vous dirigez d’autres personnes, formulez de façon
positive ce que vous souhaitez et exprimez des critiques constructives
sur ce qui doit être amélioré (voir encadré
8-5).
| |
Encadré
8-5. Faites part de vos remarques de manière constructive
- Formulez des remarques précises plutôt que des
généralités: “Vous étiez absent
à la réunion de ce matin” plutôt que
“Vous ne daignez jamais venir à nos réunions”.
- Procédez par allusions plutôt que par affirmations:
“Ce problème ne semble pas vous intéresser,”
plutôt que “Vous vous moquez bien de ce qui se passe”.
Vous avez également intérêt à présenter
vos remarques négatives comme si elles s’appliquaient
à quelque chose vous concernant plutôt qu’à
des fautes commises par vos subordonnés. (“J’ai
été irrité quand vous…”).
- Privilégiez les remarques objectives par rapport au langage
autoritaire: “Je n’ai pas encore fini” plutôt
que “Cessez de m’interrompre!”.
- Les suggestions sont préférables aux formules
comminatoires: “Avez-vous déjà envisagé
de vous adresser directement à lui?” plutôt
que “Allez lui parler”.
- Il vaut mieux parler de comportement que de porter des jugements:
“Vous vous plaignez fréquemment,” plutôt
que “Vous êtes immature”.
- Faites vos remarques en temps voulu car on a souvent du mal
à se souvenir de ce qui s’est passé plusieurs
jours ou semaines auparavant.
|
|
-
Vous intéresser aux informations et aux réactions
des personnes avec lesquelles vous travaillez, si vous êtes
le responsable, afin de donner un exemple. Montrez clairement
que vous souhaitez un retour d’information de la part du personnel
et des autres acteurs. Partagez vos propres sentiments, observations
et préoccupations. Réagissez aussi vite que possible
aux problèmes qui surgissent. Vous n’aurez pas toujours
les bonnes réponses, et l’on ne s’attend d’ailleurs
pas à ce que vous les ayez, c’est pourquoi, vous devez
faire participer les différents acteurs impliqués à
la recherche de solutions.
-
Donner de la valeur aux visites de terrain et aux échanges.
Dès que le personnel du projet colombien a commencé
à faire des visites de suivi sur le terrain afin d’observer
la mise en œuvre réalisée par les partenaires,
il a appris à mieux connaître les bénéficiaires.
Cela lui a permis de mieux comprendre les problèmes qui se
posent sur le terrain et d’alimenter des débats sur les
indicateurs de résultat. Le système de S&E comporte
maintenant officiellement un nombre défini de visites de suivi.
Les visites d’observation constituent un autre type de visites:
les acteurs du projet visitent d’autres projets analogues afin
d’observer la façon dont les innovations y sont mises
en œuvre et les problèmes traités.
-
Valoriser ceux qui se livrent à la réflexion critique.
Voir le point 7.3 sur
les “mesures d’incitation” à la réflexion.
8.2.2 Prendre en compte les enseignements
issus des différents acteurs du projet
Un enseignement tiré peut être défini ainsi: “la
connaissance issue de l’expérience, qui est suffisamment
fondée et susceptible d’être généralisée
de façon à pouvoir améliorer l’action”.
Dans beaucoup de projets et d’organisations, la nécessité
de dégager de tels enseignements est très souvent mentionnée,
mais dans la pratique peu nombreux sont ceux qui sont capables de le faire
utilement pour l’action. Deux exemples d’enseignements tirés
de projets soutenus par le FIDA montrent comment de tels enseignements
peuvent être orientés vers l’amélioration de
l’action (voir encadré 8-6).
| |
Encadré 8-6. Enseignements
dégagés en Colombie et en Inde
-
Dans le projet PADEMER exécuté en Colombie, l’un
des enseignements qui se sont dégagés est qu’il
est de bonne politique, lorsqu’on sous-traite des services,
de bien spécifier les engagements et les responsabilités
de chaque intervenant en indiquant les informations qui doivent
être fournies en ce qui concerne les effets et les impacts
et en établissant des mécanismes concrets pour
qu’il en soit ainsi. Cela n’a pas été
fait avec le partenaire de mise en œuvre auquel la responsabilité
du suivi avait été sous-traitée. Il s’est
contenté de rendre compte de la réalisation des
activités, privant ainsi le projet des informations sur
son impact qui auraient été nécessaires.
-
Dans le projet TNWDP exécuté en Inde, on a appris
une chose importante en ce qui concerne les ONG, à savoir:
“La capacité et l’effica-cité des
ONG revêtent une importance cruciale pour le succès
continu des groupes d’auto-assistance, surtout pendant
les premiers stades de leur formation”. Un autre enseignement
voisin pouvant servir à rendre les ONG plus efficaces
a été: “Il importe au plus haut point d’avoir
des procédures de sélection rigoureuses pour pouvoir
choisir des ONG motivées, compétentes et mues
essentiellement par le désir d’améliorer
à la base le bien-être des populations”.
|
|
Comment faire la synthèse des enseignements tirés
C’est lors des réunions d’équipe que sont
tirés les principaux enseignements. Dans certains projets, l’équipe
et ses partenaires réfléchissent aux leçons qu’ils
peuvent tirer de leur expérience lors des bilans annuels, des examens
à mi-parcours et enfin à l’achèvement du projet.
Si l’on veut que la réflexion critique soit dynamique, il
est souhaitable de faire de l’identification des enseignements une
activité régulière. Si l’on attend la fin du
projet, de nombreuses possibilités d’amélioration
des connaissances et de l’action sont perdues.
Les réunions au cours desquelles on réfléchi aux
enseignements que l’on peut tirer peuvent comporter plusieurs jours
de discussions intenses et doivent être préparées
soigneusement. Pour cela, la réponse aux six questions suivantes
avec les autres acteurs concernés peut vous aider:
-
Que faut-il entendre par “enseignements tirés ou leçons
apprises”?
- Dans quel but voulons-nous examiner ces enseignements?
- Pour informer (les bénéficiaires, les partenaires ou
les organismes de financement)?
- Pour les utiliser en vue d’une phase suivante de notre action?
- Pour faire face à une crise?
- Pour élaborer une stratégie visant à obtenir
des financements (en étant en mesure de rendre compte des enseignements
tirés de notre travail)?
-
À qui sont destinés ces enseignements et donc quel
est le meilleur moyen de les faire connaître (par écrit,
verbalement, par vidéo, par scènes de théâtre,
etc.)?
-
De qui sont issus ces enseignements – des bénéficiaires,
d’agents de terrain ou de la direction? Qui doit participer
à leur analyse?
-
Quels sont ces enseignements – par groupe d’acteurs?
Comment établir un ordre de priorité entre eux s’ils
sont nombreux (voir encadré 8-7)? Afin
de circonscrire les discussions autour des enseignements les plus
importants, il faut décider au préalable quels sont
les thèmes qui ont donné lieu aux enseignements les
plus nombreux ou pour lesquels ces enseignements sont les plus utiles
pour l’action.
- Comment documenter les enseignements et comment les prendre en compte
pour la phase de planification suivante?
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Encadré 8-7. Choix
préalable des thèmes pour tirer des enseignements
utiles
Dans un projet de gestion intégrée des
ressources naturelles de l’Union internationale pour la conservation
de la nature et de ses ressources (UICN) lancé en Tanzanie,
un atelier destiné à identifier les enseignements
issus de la phase 1 pour planifier la phase 2 a sélectionné
huit thèmes principaux:
- Recherche participative des ressources et profils socioéconomiques
- Soutien aux plans communautaires de gestion des ressources
- Moyens de permettre la participation des bénéficiaires
- Moyens de renforcer la prise de conscience, la capacité
et le sens de la responsabilité
- Fonds de développement communautaire
- Prise en compte du problème de l’égalité
entre les sexes
- Décentralisation et coordination
- Application de la loi
Tels furent les principaux thèmes d’expérimentation
méthodologique et d’innovation pour le projet et ce
sont eux qui ont fourni la matière indispensable à
la réflexion critique et à l’identification
des principaux enseignements afin d’améliorer les conditions
de mise en œuvre de la phase 2.
Pendant l’atelier, les participants ont énuméré
des centaines d’enseignements pouvant être tirés.
Pour ne pas être débordés, ils les ont groupés
en trois grandes catégories: ceux qui avaient une importance
cruciale pour la réussite du projet, ceux qui avaient une
assez grande importance et ceux qui étaient seulement utiles
(trois rubriques “Indispensables”, “Souhaitables”
et “Utiles”). Seuls les “INDISPENSABLES”
ont donné lieu à de nombreux échanges de données
et de documents. La discussion a notamment porté sur le point
de savoir quels enseignements n’étaient applicables
que dans le cadre du projet ou de la Tanzanie et lesquels avaient
une valeur plus générale. |
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Présenter les enseignements tirés
Pour présenter utilement un enseignement, procédez comme
suit:
- Définissez un principe général pouvant s’appliquer
à d’autres situations. Ne décrivez pas un enseignement
comme une simple observation, ou recommandation dépourvue de
justification.
- Resituez les enseignements dans le contexte du projet. Pour que vos
interlocuteurs puissent tirer parti de ces enseignements, ils doivent
comprendre les situations d’où ils sont issus. Sinon, ils
ne pourront pas savoir si les enseignements en question ont pour eux
une quelconque valeur ou utilité. En reliant les enseignements
à une ou plusieurs hypothèses sur lesquelles le projet
est fondé, vous pourrez aider vos interlocuteurs à comprendre
quelle est leur véritable portée.
- Justifiez l’enseignement en apportant des éléments
montrant sa validité. Ne vous fondez pas sur un enseignement
sans vous être assuré de sa validité.
- Vérifiez que l’enseignement tiré n’est pas
trop général ou trop particulier pour être utile.
Illustrez et complétez la présentation de l’“enseignement
tiré” par au moins cinq éléments.
a. Thème auquel se rapporte l’“enseignement tiré”
Question essentielle que le projet a soulevé en raison d’une
innovation méthodologique ou d’un problème rencontré
ou parce qu’elle concernait un thème central du projet.
b. Quelle était notre conception ou hypothèse de base?
Donnez une brève description de l’hypothèse ou de
la conception de base du thème/de la question. Il s’agit
de ce que les gens pensaient avant d’avoir acquis l’expérience
sur laquelle ils sont en train de réfléchir. Par exemple,
“Nous avons supposé à tort qu’il y avait assez
de femmes capables de participer aux ateliers de formation à la
microentreprise”.
c. Quelle est notre conception ou hypothèse révisée?
Nouvelle façon d’envisager la question ou le problème
initial ou l’hypothèse de départ. Pour reprendre l’exemple
figurant plus haut, “Nous savons maintenant qu’il ne suffit
pas d’éveiller de l’intérêt pour la formation
à la microentreprise, mais qu’il faut aussi trouver les moyens
de permettre aux femmes d’assister aux ateliers”.
d. Un ou deux exemples pour illustrer la conception ou l’hypothèse
révisée
Si vous voulez être sûr que l’enseignement tiré
soit utile, vous devez apporter des éléments qui tendent
à le valider. Seule la multiplicité des exemples rendra
cet enseignement assez solide pour qu’il s’applique à
l’avenir. Plus les exemples à l’appui sont nombreux
et variés, plus vous pouvez avoir confiance dans sa signification
et sa valeur2.
e. Qu’est-ce qui a amené à remettre en question
les conceptions et les hypothèses du projet?
Décrivez ce qui a amené l’équipe du projet
à remettre en question ses conceptions et à réviser
sa façon de voir (une crise, des données de suivi, une observation
sur le terrain contredisant des observations précédentes,
etc.).
8.2.3 Planifier une succession méthodique
de réunions pour la réflexion critique
Il y a dans chaque projet des voies différentes de réflexion
critique et de prise de décisions. Ces voies doivent être
coordonnées de façon à être complémentaires
et à éviter les doubles emplois. L’encadré
8-8, qui présente un exemple issu de la Tanzanie, montre que
chaque phase de la succession des réunions avait une fonction particulière
du point de vue du type d’informations à échanger
et à discuter et du type de mesures et de décisions à
prendre.
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Encadré 8-8. Organisation
de réunions aux niveaux appropriés pour une action
utile
En Tanzanie, les différents niveaux d’usagers
de l’eau participent à des réunions régulières
afin de discuter et de résoudre les problèmes au fur
et à mesure qu’ils surgissent. La discussion des problèmes
commence au niveau de la section (irrigation), les problèmes
qui dépassent la compétence de la section étant
renvoyés aux réunions de secteur et ceux qui dépassent
la compétence du secteur aux réunions de l’associa-tion.
Les réunions de section sont informelles mais elles donnent
lieu à l’établissement d’un procès-verbal.
Des réunions de section régulières (généralement
mensuelles) présentent, d’après les données
du projet d’irrigation de Bahi, les avantages suivants:
-
Elles permettent souvent de résoudre les problèmes
avant qu’ils ne deviennent trop graves. Par exemple, une
canalisation endommagée peut être réparée
ou remplacée avant que l’eau d’irrigation
ne cause des dégâts supplémentaires nécessitant
plus de dépenses et de travail pour y remédier.
-
Le nombre de participants prévus aux réunions
est déterminant pour leur régularité et
leur efficacité. Lorsqu’il est prévu la
participation de 12 ou 15 personnes de la même région,
il est plus facile d’organiser la réunion et de
contacter les participants potentiels. Lorsque les réunions
sont trop grandes, elles perdent leur efficacité. Il
arrive parfois que des réunions soient organisées
directement sur le terrain de sorte que les membres locaux ont
très peu de distance à parcourir pour se retrouver.
-
La section étant le noyau du système, les séances
de démonstration et d’essai y sont faciles à
organiser pour que d’autres acteurs puissent en tirer
parti.
|
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Savoir construire un processus de réflexion critique utile est
une technique qu’il faut apprendre. Cela peut comporter un certain
nombre d’essais, d’erreurs et d’innovations. Un processus
optimal de réflexion suit une courbe ascendante en ce qui concerne
le niveau des réunions concernées (voir encadré
8-9), les étapes de la fourniture de l’information et
le niveau hiérarchique. Le processus doit commencer au niveau le
plus bas possible de la prise de décision.
Vous aurez parfois besoin d’inclure une évaluation spéciale
dans un processus de réflexion critique afin de combler une lacune
en matière de connaissance. Ainsi, il a été prévu
dans le programme WUPAP (au Népal) de procéder à
deux évaluations de la situation en matière de droits de
l’homme dans le cadre du processus de suivi-évaluation. Ces
évaluations serviront à déterminer dans quelle mesure
le programme a contribué à la prise de conscience du problème
des droits de l’homme et de leur défense, et comment il va
être possible d’améliorer la situation en la matière
au cours de l’étape suivante.
Informer les différents acteurs ayant participé à
la réflexion critique de ce que sont advenues leurs propositions.
Si, par exemple, la direction d’un projet reçoit des rapports
intérimaires de la part d’un partenaire d’exécution,
il faut que la direction transmette à ce dernier son avis sur la
qualité des rapports et sur la façon dont les informations
ont été utilisées. Cela est important non seulement
pour faire savoir aux partenaires comment les informations ont contribué
à influer sur les décisions mais aussi pour les amener à
infléchir la façon dont ils conçoivent le contenu
de leur rapport. Ils peuvent, par exemple, être incités à
ne pas établir de listes descriptives d’activités
et à se concentrer sur les résultats, les problèmes
rencontrés et les solutions proposées.
| |
Encadré 8-9. Méthode
appliquée au Bangladesh: planification du projet ADIP en
vue d’obtenir une succession méthodique d’occasions
de réflexion et d’établissement de rapports
Dans le projet ADIP situé au Bangladesh, le
système d’établissement de rapports fonctionne
de façon satisfaisante et répond assez bien aux besoins
d’information des acteurs locaux, des partenaires de mise
en œuvre, des ONG, de la direction du projet et du FIDA. Le
suivi et l’éta-blissement des rapports sont assez systématiques:
- des données sont collectées, regroupées,
consolidées et des rapports succincts sont publiés
une fois par trimestre;
- une consolidation des données collectées et regroupées
et des rapports détaillés sont effectués
une fois par semestre ou une fois par an;
- des rapports spéciaux sur tel ou tel aspect important
sont publiés chaque fois que nécessaire.
.En outre, de brefs rapports mensuels sont publiés. Les
principaux canaux de communication des données et de présentation
des rapports sont les suivants:
- les données collectées à l’échelon
du groupement ou du terrain sont transmises au niveau de la commune
pour être rassemblées et consolidées;
- les données rassemblées au niveau communal sont
transmises au niveau du district pour être consolidées
et transmises au niveau supérieur;
- les données rassemblées au niveau du district
sont transmises au siège (un exemplaire à l’organisme
intéressé et un autre à la direction) en
vue d’une consolidation et la diffusion d’informations
concernant le projet.
En même temps, un mécanisme de restitution
est mis en place par le biais des ateliers et réunions de
bilan suivants:
- réunion de bilan avec les ONG, deux fois par mois;
- réunions du comité de coordination de la direction
du projet, deux fois par mois;
- réunions du comité de pilotage interministériel
du projet, deux fois par an;
- examen spécial des activités de vulgarisation,
une fois par an;
- missions de supervision du FIDA, y compris à mi-parcours,
pour examiner la performance du projet et l’adoption de
recommandations.
|
|
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8.3 Rendre l’organisation du projet plus
favorable à la réflexion
Pour rendre l’organisation d’un projet plus favorable à
la réflexion, il faut être attentif à planifier soigneusement
les moments et la façon de soumettre l’information à
un examen critique. Il ne s’agit pas seulement d’avoir une
réunion annuelle avec les bénéficiaires. L’encadré
8-10 montre comment un programme de l’Union internationale pour
la conservation de la nature exécuté en Tanzanie fait appel
à divers éléments pour encourager une réflexion
participative continue concernant l’appui à la gestion des
ressources côtières qu’il met en œuvre.
| Encadré
8-10. La réflexion critique dans le programme de conservation
et de développement de la zone côtière de Tanga,
Tanzanie
Conditions générales du projet
- Le fait que la première phase du projet ne porte que
sur une zone géographique limitée a rendu possible
une analyse plus approfondie et des discussions plus fréquentes
avec les communautés et permis aussi de connaître
plus facilement leur avis.
|
| Méthodes de travail
sur le terrain
- Visites fréquentes d'une équipe technique dans
les communautés afin de connaître les réactions
de celles-ci aux activités du projet
- Interventions rapides pour traiter les problèmes et les
questions apparus dans les villages pilotes afin d'obtenir aisément
un retour d'information de la part des communautés et de
connaître rapidement ce qui a fonctionné et ce qui
n'a pas fonctionné
- Réunions trimestrielles dans les villages pour des échanges
de vues sur l'évaluation des succès et des échecs
notamment
- bilans du programme d'action semestriels
- Réunions régionales annuelles avec des groupes
d'acteurs locaux afin d'examiner les progrès accomplis
et les problèmes apparus
|
| Attitudes des membres
de l'équipe du programme
- Équipe ouverte aux réactions des autres; efforts
de communication
- Principe consistant à s'appuyer sur les connaissances
locales et sur la gestion des ressources locales
- Observations faites à partir d'un plan définissant
clairement les thèmes à étudier, les périodes
etc.
- Pas de réticences à innover car la planification
conjointe implique le partage des responsabilités en cas
de difficultés
- Difficulté considérées non pas comme des
faits à déplorer mais comme des occasions de connaître
et de progresser
|
| Mécanismes de
gestion du programme
- Suivi général - tout le monde y participe
- Planification conjointe
- Environnement favorable grâce à un type de direction
ouvert et à la mise en œuvre d'incitations motivantes
dès le début du projet
- Comité de pilotage régional permettant une gestion
souple
- Réunions d'équipes tous les quinze jours
- Évaluations et bilans participatifs - avec les villageois,
les équipes de district, des groupes d'évaluation
externe et l'équipe du projet
- Bilans périodiques, ciblés (c'est-à-dire
axés sur des activités)
- Formation destinée à apporter de nouvelles connaissances
et savoir-faire à l'ensemble de l'equipe
|
| Documentation
- Documentation abondante, systématique, facile et accessible
(mais pas parfaite)
- rapports intérimaires trimestriels comportant une section
sur les enseignements tirés de l'expérience
|
| Opportunités externes
- Opinions et idées recueillies auprès des visiteurs,
qui sont encouragés à les formuler
- Séminaires et ateliers organisés par des partenaires
ou par d'autres
- Public intervenant activement - encouragé par le Programme
- Recommandations des consultants
|
8.3.1 Rendre les réunions de l’équipe
du projet plus propices à la réflexion
Étant donné l’importance de la contribution que l’équipe
du projet apporte à sa réussite, il est essentiel de faire
en sorte que les réunions d’équipe deviennent un outil
de réflexion. À ces réunions peuvent être adjoints
au personnel du projet des représentants des partenaires de mise
en œuvre et des bénéficiaires.
Pour que les réunions soient propices à la réflexion,
il faut examiner comment il convient de les préparer, de les conduire
et de leur donner suite.
Avant la réunion
- Il faut décider qui participera aux réunions du projet.
Outre les membres permanents, vous pouvez décider d’inviter
de temps à autres d’autres acteurs concernés. Si
vous le faites, il vous faut choisir la fréquence de ces invitations.
-
Il faut décider du calendrier. Les réunions doivent
être assez espacées pour fournir de nouvelles matières
à réflexion et aussi assez rapprochées pour que
les décisions nécessaires puissent être prises
en temps utile. Dans la plupart des projets, les réunions sont
généralement hebdomadaires (voir encadré
8-11) mais si d’autres acteurs doivent y participer, il
peut être nécessaire qu’elles soient moins fréquentes.
Il peut y avoir besoin d’organiser des réunions mensuelles
obéissant à des préoccupations différentes
(voir encadré 8-12), par exemple pour
la concertation entre composantes, des analyses avec les bénéficiaires,
etc.
| |
Encadré
8-11. Réunions hebdomadaires du personnel dans le PIDP (Tanzanie)
Une réunion de l’équipe du projet se tient
chaque semaine avec les membres de l’équipe qui sont
sur place, mais elle est supprimée si moins de la moitié
du personnel est disponible. Au cours de ces réunions, les
participants traitent des affaires courantes, revoient les calendriers
des travaux et révisent les programmes d’activité
en fonction des besoins. Ces réunions durent de 30 minutes
à deux heures, selon les sujets traités. Les participants
étudient ensemble les rapports de suivi-évaluation
provenant du terrain et examinent les recommandations. Ainsi, dans
le village de Lusilile, l’association des usagers de l’eau
a refusé l’entrepreneur parce qu’il était
incompétent. L’équipe du projet a étudié
la question et décidé que les fournisseurs éventuels
devraient rencontrer les associations avant la signature de tout
contrat. L’association fait le choix du fournisseur après
avoir examiné deux ou trois candidatures. |
|
| |
Encadré
8-12. Réunions mensuelles de suivi avec des organisations
locales
Lors des réunions mensuelles de suivi organisées
dans le cadre du PIDP (Tanzanie), les membres des organisations
officielles et non officielles présentent et analysent notamment
les informations résumées concernant les activités
du projet aux niveaux des ménages et des associations. Le
personnel de vulgarisation avait l’habitude d’éviter
de remplir les formulaires car ils étaient très longs.
C’est pourquoi, on les a simplifiés pour en faciliter
l’utilisation. Les informations résumées et
les points d’accord dégagés au cours de la réunion
sont documentés et communiqués aux partenaires de
mise en œuvre. |
|
Il convient aussi de décider quelles sont les conclusions du suivi-évaluation
qui doivent être discutées et les mettre à l’ordre
du jour de la réunion.
Au cours de la réunion
-
Il convient de s’assurer que chacun dispose du même
ordre du jour et connaisse avec précision l’objectif
de la réunion.
-
Afin de partager la responsabilité, de développer des
capacités et de créer un esprit d’équipe,
vous pouvez organiser un roulement de la présidence. Chaque
réunion pourrait être préparée et organisée
par un membre différent de l’équipe du projet.
-
Demandez au personnel de parler des problèmes et des contradictions
auxquels il est confronté et invitez tous les participants
à proposer des solutions.
-
Et surtout, quand quelqu’un évoque un incident ou une
question importante, encouragez les participants à poser les
questions suivantes:
– Qu’ai-je fait/qu’avons-nous fait?
– Qu’est-ce que cela signifie?
– Pourquoi est-ce arrivé?
– Comment puis-je/pouvons-nous améliorer les choses à
l’avenir?
- Organisez à intervalles réguliers des exercices constructifs
permettant de favoriser le retour d’in-formation. L’encadré
8-13 décrit un exercice couramment utilisé dans les
groupes.
| |
Encadré 8-13. Le
retour d’information en utilisant la “fenêtre
de Johari”3
L’exercice suivant peut contribuer à
améliorer la conscience de soi et la confiance dans les équipes
du projet en aidant les gens à mieux comprendre comment leur
comportement peut influer sur autrui. En connaissant la perception
des autres, chacun peut aider à supprimer les malentendus
et les points de friction.
- Présentez la fenêtre de Johari comme suit en expliquant
le contenu de chacune des quatre cases et des principaux termes
utilisés.
- Retour d’information. Moyen par lequel
les autres vous font découvrir une partie de vous-même
que vous ignoriez; par exemple,
comment vous perçoit-on et quelle impression faites-vous
sur les autres?
- Partage. Façon de vous ouvrir davantage aux autres.
- Révélation. Découverte soudaine d’une
partie de vous-même que vous ignoriez – expérience
qui ne peut pas être planifiée.
- Demandez aux personnes présentes de sortir leurs fenêtres
de Johari et d’inclure un certain nombre d’exemples
dans chaque case.
- Demandez aux participants de discuter de certains de leurs exemples.
- Demandez aux participants de se réunir en petits groupes
pour examiner pourquoi et de quelle façon le retour d’information
est important pour la gestion d’un projet.
- Si la réunion dont il s’agit est un atelier de
plusieurs jours, demandez au groupe de s’exercer à
donner et à recevoir des retours d’informa-tion,
cinq minutes étant consacrées tous les jours à
ces exercices
| |
Connu de vous-même
|
Inconnu de vous-même
|
| Connu
des autres |
ÉLÉMENTS
CONNUS
Ce qui est connu de vous par les autres et
par vous-même – votre nom, votre couleur de
cheveux, etc. |
ÉLÉMENTS
INCONNUS Retour d’information
La partie de vous qui est connue des autres
mais pas de vous-même – le ton de votre voix,
un conflit dans lequel vous êtes engagé ou
un trait de caractère, etc. |
| Inconnu pour les
autres |
CONNAISSANCE CACHÉE
Partage
Ce que vous savez de vous-même que ne
savent pas les autres. Certaines choses pourraient avantageusement
rester cachées mais les partager avec d’autres
peut éliminer des difficultés et renforcer
la confiance, ce qui rend le travail d’équipe
plus facile. |
CONNAISSANCES
RESTANT À ACQUÉRIR Révélation
e qui est aussi ignoré chez vous par
les autres et par vous-même. Il s’agit de talents
et d’aptitudes que vous ignorez avoir et que les autres
n’ont jamais constatés mais qui font partie
de vous-même et pourraient se révéler
un jour. |
|
|
Assurez-vous que les conclusions des réunions sont tournées
vers l’action
-
Documentez bien les réunions. Mettez l’accent sur une
désignation claire des “mesures nécessaires”,
des “personnes responsables de leur mise en œuvre”,
des “délais” et des “personnes responsables
du suivi”.
-
Il est souhaitable de distribuer la première version du compte
rendu à tous les participants de façon à s’assurer
qu’il existe un accord sur ce qui a été convenu.
Une autre pratique courante consiste à inscrire le compte rendu
de la réunion précédente à l’ordre
du jour de la réunion suivante de façon à détecter
les divergences d’opinion éventuelles.
-
Il est conseillé de distribuer aux intéressés
le compte rendu de la réunion le plus tôt possible après
la fin de celle-ci de façon à permettre une mise en
œuvre rapide des décisions.
8.3.2 Réflexion avec différents
groupes d’acteurs
Bien des idées exposées dans le paragraphe
8.3.1 sont applicables non seulement aux réunions de l’équipe
du projet mais aussi à des réunions d’autres groupes.
Beaucoup de réunions de suiviévaluation de projets sont
des réunions d’associations d’usagers de l’eau,
de groupes concernés par le microcrédit, de microentreprises
et d’associations villageoises. Dans le cadre de chaque projet,
des forum sont organisés pour que des partenaires de mise en œuvre
discutent entre eux, avec le personnel du projet ainsi qu’avec les
bénéficiaires, les responsables des bilans annuels et les
consultants externes (voir 8.4).
Ces manifestations périodiques donnent une occasion de réfléchir
sur l’expérience quotidienne de chacun. Des manifestations
particulières peuvent parfois être nécessaires. Le
“jury de citoyens” constitue une forme particulièrement
novatrice de réflexion de groupe (voir encadré
8-14). C’est un moyen d’avoir un débat sur des
questions qui revêtent une importance cruciale pour les acteurs
locaux.
| |
Encadré
8-14. Jury de citoyens/atelier scénario sur l’avenir
de la production alimentaire pour l’État de l’Andhra
Pradesh (Inde)4
Généralités.
L’État de l’Andhra Pradesh (AP) au sud de l’Inde
revoit actuellement sa politique en matière d’agriculture,
d’utilisation des terres et de commercialisation. La façon
dont le gouvernement de l’AP envisage l’avenir de la
production alimentaire dans cet État est présentée
dans Vision 2020. Les petits agriculteurs et la population rurale
ont été peu associés à l’élaboration
de ce scénario. Les discussions qui ont eu lieu avec les
partenaires aux niveaux local et de l’État ont montré
les grandes préoccupations que suscitaient les impacts éventuels
de Vision 2020 pour la sécurité alimentaire, la biodiversité
agricole, la production alimentaire et l’économie locales.
L’Institut international pour l’environnement et le
développement (IIED) basé au Royaume-Uni et le Institute
of Development Studies (IDS) ont soutenu la mise en place d’un
processus participatif pour encourager le public à débattre
davantage du choix de la politique à suivre en ce qui concerne
l’avenir alimentaire de l’État de l’Andhra
Pradesh. Le “jury de citoyens” sur l’avenir alimentaire
et agricole a siégé pendant cinq jours, et des citoyens
des trois régions de AP et des représentants d’organisations
importantes y ont participé.
Le jury de citoyens. Le jury était
composé de représentants des petits exploitants et
des exploitants marginaux de l’AP, des petits marchands, des
transformateurs de produits alimentaires et des consommateurs. Afin
de refléter la réalité rurale, les membres
du jury étaient surtout des petits exploitants et des exploitants
marginaux et aussi des indigènes. Plus des deux tiers étaient
des femmes. Un groupe d’observateurs extérieurs surveillait
les travaux du jury. Il examinait les films vidéo et suivait
toutes les activités du jury. Son rôle consistait à
vérifier que chaque scénario possible du futur système
alimentaire était présenté d’une façon
loyale et sans idée préconçue et que le processus
était digne de confiance et non accaparé par un groupe
d’intérêt.
Visions de l’avenir. Trois
scénarios différents ont été présentés
aux membres du jury et chacun d’eux a été défendu
par des personnalités ayant une influence sur l’opinion,
qui s’efforçaient de montrer la logique à la
base de leur scénario. C’était le jury qui devait
décider lequel des trois scénarios offrait probablement
les meilleures chances d’améliorer les moyens de subsistance,
la sécurité alimentaire et l’environne-ment
en l’espace de vingt ans.
-
Vision 1 – Vision 2020. Ce scénario a
été présenté par le Premier Ministre
de l’AP, avec le soutien de la Banque mondiale. Il propose
de remembrer les petites exploitations et d’accélérer
la mécanisation et la modernisation. Des technologies
d’accélération de la production telles que
la modification génétique seront introduites dans
l’agriculture et la transformation alimentaire, ce qui
réduira le pourcentage de la population agricole par
rapport à la population totale de 70% à 40% d’ici
à l’an 2020.
-
Vision 2 – Modèle d’agriculture biologique
commerciale orientée vers l’exportation. Cette
vision de l’avenir est fondée sur des propositions
de l’IFOAM et du Centre du commerce international (CNUCED/OMC)
tendant à l’instauration d’une agriculture
favorable à l’environnement et liée aux
marchés national et international. Cette vision est de
plus en plus soutenue par les demandes des supermarchés
du Nord qui réclament des produits biologiques bon marché
et appliquent les nouvelles normes d’attribution des labels
pour les produits bio.
-
Vision 3 – Systèmes alimentaires localisés.
Scénario d’avenir fondé sur une autonomie
accrue des communautés rurales, une agriculture utilisant
peu d’intrants externes et le retour au niveau local de
la production, des marchés et de l’économie,
le commerce avec l’extérieur ne portant que sur
les produits locaux excédentaires et sur les biens pour
lesquels il n’y a pas de production locale. Les organisations
des populations indigènes et certaines unions d’agriculteurs
en Inde et ailleurs appuient cette vision en faveur de laquelle
on peut trouver des arguments dans les écrits du Mahatma
Ghandi.
Présentation des visions. Chaque vision
a été présentée à l’aide
de vidéos. Ces vidéos montraient les traits essentiels
de ce que serait la vie selon chacune des visions. Après
la projection, des témoins experts présentaient leurs
arguments en faveur de la vision considérée. Des membres
du gouvernement de l’AP, les représentants du secteur
des entreprises et ceux des organismes de la société
civile disposaient de la même durée pour présenter
leurs arguments au jury. Les membres du jury avaient le droit de
poser des questions aux témoins experts après leur
exposé.
Délibérations du jury. Les membres
du jury examinaient le pour et le contre de chaque vision. Ils n’étaient
pas obligés de choisir simplement une des trois visions mais
pouvaient, si besoin était, les combiner pour dégager
leurs propres visions.
Le verdict. Dans ses conclusions, le jury a opté
pour: une production alimentaire et une agriculture organisées
de façon à rendre les communautés plus autonomes
et à leur assurer la maîtrise des ressources; le maintien
d’un sol naturel et non pollué, de la diversité
des cultures, des essences et des animaux d’élevage;
un large recours aux connaissances, aux aptitudes pratiques et aux
institutions locales indigènes. Il s’est prononcé
contre:
- la réduction proposée de la population vivant
de l’agriculture de 70% à 40% de la population totale
de l’Andhra Pradesh,
- le remembrement des terres et le déplacement de populations
rurales,
- l’agriculture sous contrat,
- la mécanisation au détriment de la main-d’œuvre,
- les cultures génétiquement modifiées, y
compris le riz à la vitamine A et le coton Bt,
- le renoncement à la maîtrise des plantes médicinales
et de leur exportation.
|
|
Organisez de façon appropriée les groupes hétérogènes.
Les bénéficiaires ne forment pas un groupe homogène.
Il faut en tenir compte dans l’organisation des réunions.
Essayez de faire travailler ensemble des gens ayant des préoccupations
et des moyens comparables.
Mettez l’accent sur la compréhension et la décision
plutôt que sur la description. Dans beaucoup de réunions,
les participants ont tendance à raconter avec un luxe de détails
“ce qu’ils ont fait depuis la dernière réunion”
plutôt que s’attacher à savoir ce qui a marché
et ce qui n’a pas marché et pour quelle raison. Des questions
comme “Qu’est-ce que vous feriez différemment la prochaine
fois et pourquoi?” ou “Qu’est-ce que vous feriez de
la même façon et pourquoi?” aident à axer les
discussions sur les leçons à tirer du passé pour
améliorer l’action future. Dans un projet au Maroc, un membre
de l’équipe du projet a entrepris un exercice d’auto-évaluation
avec des coopératives. Voici certaines des questions qui ont été
posées dans les réunions organisées dans le cadre
de cet exercice:
- Qu’est ce que vous pensez avoir accompli dans votre travail?
- Quelles sont, d’après vous, les principales faiblesses
des méthodes de suivi appliquées dans la gestion des coopératives?
- Que suggérez-vous pour améliorer votre travail?
- Quels sont vos besoins en formation?
Créez des groupes de réflexion thématiques.
Une autre idée qui a donné de bons résultats
consiste à créer des “groupes de réflexion”
formels consacrés à un certain thème ou groupe de
problèmes. Ainsi, au Sénégal le groupe de réflexion
national et les groupes locaux agissent conjointement pour mieux comprendre
comment fonctionne la gestion des ressources naturelles organisée
au niveau villageois5. Le groupe de réflexion
national rassemble des personnalités de différents niveaux
hiérarchiques et de différents services techniques de l’administration
ainsi que des ONG. Les groupes de réflexion locaux se composent
des représentants de divers groupes qui dans les communautés
sont impliqués dans la gestion participative des ressources naturelles
des zones retenues pour les études de cas. Ces groupes de réflexion
permettent des échanges d’idées, de points de vues
et d’expériences entre des personnes et des organisations,
qui n’auraient peut-être jamais eu l’occa-sion de se
rencontrer autrement. Dans beaucoup de projets, des évaluations
ou des études de suivi thématiques sont entreprises lorsque
des problèmes particuliers surgissent. Des groupes de réflexion
pourraient être constitués autour de ces problèmes.
Faites un bon usage des groupes en déterminant comment vous allez:
-
Préparer les réunions de groupes: Que doit
faire partager et communiquer au préalable chaque membre du
groupe pour tirer le meilleur parti possible du temps qu’il
consacrera à la réunion? Quelles sont les questions
auxquelles il doit répondre pour préparer la réunion?
Tous les participants potentiels disposent-ils d’assez de temps,
de ressources et d’informations (éclaircissements sur
les questions à étudier) pour pouvoir apporter une contribution
utile à la réunion?
-
Organiser la réunion pour que le partage d’information
soit optimum: Comment utilisez-vous le temps limité à
votre disposition pour faire de bonnes analyses? Quels résultats
attendez-vous de chaque réunion? Comment allez-vous vous assurer
que tous les participants seront en mesure de faire connaître
leur opinion?
-
Documenter la réunion: Qui sera chargé d’établir
les comptes rendus ou les rapports de la réunion? Que contiendront-t-ils?
Comment vous assurez-vous que la totalité des avis et des informations
émanant des membres du groupe seront présentés
dans les documents? À qui les documents seront-il distribués?
-
Contrôler régulièrement la qualité
des réunions: Améliorez constamment votre efficacité
en évaluant les réunions. L’encadré
8-15 indique une série de critères possibles pour
évaluer une réunion. Mettez au point vos propres critères
sur la base de ce que vous trouvez important dans une telle rencontre.
| |
Encadré 8-15 Liste
de critères concernant une réunion de groupe de réflexions
Avons-nous …?
… entendu tous les participants s’exprimer sur un pied
d’égalité?
… confronté non seulement nos sujets d’étonnement
mais aussi les leçons que nous aurions pu tirer?
… réussi à nous amener mutuellement à
réfléchir en posant des questions sur les erreurs
que nous avons commises?
… quitté la réunion en étant d’accord
sur ce que chacun de nous ferait avant la réunion suivante?
… discuté non seulement de ce qui a bien fonctionné
mais aussi de ce qui s’est mal passé et pourquoi? |
|
8.3.3 Utiliser les comités de pilotage
pour la réflexion
Dans la plupart des projets, il existe un comité de pilotage
qui est chargé de la définition des orientations stratégiques.
Dans certains projets, le pouvoir de ces comités est très
étendu. Ils constituent les organes suprêmes et de définition
de la politique à suivre. Ils se réunissent très
régulièrement et, par exemple, choisissent les zones d’intervention,
approuvent les budgets et les rapports avant leur diffusion, analysent
les programmes de travail, gèrent parfois les relations entre le
projet et ses partenaires, etc. Dans d’autres projets, les pouvoirs
de ces comités sont moins importants, ils ne prennent pas part
directement à l’exécution du projet, se réunissent
une fois par an et leur rôle est surtout de vérifier la conformité
des activités du projet avec les politiques nationales.
Lors de la constitution du comité de pilotage il est très
important de bien définir l’étendue et les limites
de sa responsabilité. C’est seulement quand cette responsabilité
a été clairement déterminée et acceptée
d’un commun accord, ce qui peut se faire au stade de la formulation
du projet, que les décisions peuvent être prises sur la composition
du comité et sur la fréquence de ses réunions.
Pour que les comités de pilotage puissent fournir des occasions
de réflexion critique, on peut se référer aux suggestions
figurant au point 8.3.1. Plutôt qu’à
présenter les rapports d’activités, généralement
distribués préalablement, les réunions des comités
de pilotage doivent servir à examiner les succès et les
problèmes et à trouver des solutions. Vous souhaiterez peut-être
inviter les membres du comité de pilotage à se rendre sur
le terrain à plusieurs reprises pendant la durée du projet
et à échanger ainsi des points de vue avec le personnel
de terrain et les bénéficiaires. Cela leur permet de se
familiariser, au moins succinctement, avec les réalités
du terrain avant de prendre des décisions.
8.3.4 Tirer des enseignements du bilan annuel
du projet
L’objet de bilan annuel du projet est de parvenir à des
conclusions sur les réussites et les échecs d’un programme
en cours pour en améliorer la qualité et de faire connaître
ces conclusions. Ce bilan fournit une occasion de réflexion critique.
Les bilans annuels peuvent également contribuer à:
- obtenir que les objectifs généraux, les réalisations
et la stratégie de mise en œuvre du projet restent appropriés
au contexte;
- évaluer les progrès réalisés vers les
résultats attendus;
- examiner les conditions de mise en œuvre et analyser les raisons
de tout dysfonctionnement;
- examiner l’efficacité opérationnelle, l’efficacité
de la gestion et l’efficience de la mise en œuvre;
- tirer les enseignements et identifier les mesures à prendre
pour améliorer les conditions de mise en œuvre et les résultats
de l’année suivante.
Le bilan annuel fournit des données essentielles pour l’établissement
du programme de travail et du budget annuel. Il permet à toute
l’équipe du projet et aux autres acteurs concernés
de s’arrêter pour réfléchir, de faire le bilan
de l’évolution du projet, d’examiner les questions
de performance et de prendre des décisions collectives sur ce que
chaque personne/groupe peut faire pour améliorer la mise en œuvre
du projet l’année suivante. Plus les acteurs s’investissent
dans ces examens (voir encadré 8-16), plus
on obtient une idée précise des faits qui sont intervenus
et plus on voit clairement ce qui reste à faire.
| |
Encadré
8-16. Le bilan annuel du KAEMP, Tanzanie (1999/2000)
Le bilan annuel du KAEMP commence au niveau du quartier.
Il est organisé par le bureau exécutif qui dirige
l’administration du quartier. L’administration de village
connaît les différents groupes de bénéficiaires
du projet et les encourage à envoyer un représentant
au processus d’évaluation. En outre, l’administrateur
du village, le facilitateur de district du projet et le personnel
de vulgarisation du quartier sont invités. Il y a généralement
de 30 à 40 participants.
Lors de la réunion, les participants élisent
un président et un secrétaire. Ces deux personnes
participent à la réunion de bilan annuel au niveau
de district où elles présentent les questions soulevées
dans les réunions de section. Le facilitateur prépare
l’examen du plan d’action en posant des questions telles
que celles-ci:
- Ce qui s’est produit est-il conforme à ce qui était
projeté?
- Qu’est-ce qui ne s’est pas passé comme c’était
prévu?
- Pourquoi les activités prévues n’ont-elles
pas eu lieu?
- Quelles sont les propositions formulées pour améliorer
l’exécution du projet?
Le groupe étudie ces questions et les réponses sont
notées sur un tableau destiné à être
complété plus tard.
Le bilan annuel du projet est un important facteur de changement
comme le montrent les exemples ci-dessous:
-
Dans les bilans antérieurs, les participants s’étaient
plaints de ce que les villages participaient trop peu aux analyses
de la situation du projet et au processus de planification,
ce qui aboutissait à la promotion de “thèmes”
de formation agricole que les exploitants ont du mal à
comprendre – ils ne savent pas pourquoi ces thèmes
ont été introduits ni comment leur introduction
a été décidée. Par suite de ces
bilans (et de pressions de la part du FIDA), les exploitants
sont maintenant intégrés au processus de planification
puisqu’ils participent aux analyses des situations sur
la base de diagnostics ruraux participatifs.
-
La conception des travaux de remise en état des routes
a été modifiée en raison d’une série
d’objections présentées par les villages.
Étant donné que les villages voulaient que la
population locale bénéficie le plus possible des
travaux routiers, ils ont insisté pour une plus grande
participation locale. En conséquence, les entrepreneurs
ont dû rencontrer des chefs de village pour examiner avec
eux la conception du projet, entamer le processus de recrutement
de groupes de jeunes employés aux travaux de réfection
(salaires payés par les entrepreneurs) et négocier
les salaires.
-
Pendant les travaux destinés à assurer la fourniture
d’eau potable par la protection des sources naturelles,
les villageois ont constaté qu’ils n’avaient
plus d’emplacement pour laver leur linge. Auparavant,
ils faisaient leur lavage sur les rochers proches de la source
mais lorsque celle-ci a été protégée,
les rochers n’étaient plus accessibles. À
la suite de leurs plaintes, des dalles en ciment ont été
installées pour le lavage du linge. Cela n’était
pas prévu dans le projet initial.
-
Les moustiquaires initialement utilisées dans le cadre
des activités sanitaires du projet étaient rondes
et de petites dimensions. Elles ne convenaient pas car la plupart
des lits des habitants étaient rectangulaires et souvent
assez grands. Les moustiquaires ont été remplacées
par d’autres plus grandes et rectangulaires pour pouvoir
être utilisées sur des lits de taille et de formes
diverses.
|
|
Première étape: bien préparer le bilan
annuel
-
Responsabilité. Qui est chargé d’organiser
le bilan? Vous qui êtes le directeur du projet, mettezvous d’accord
avec le personnel de direction sur la personne qui sera responsable
de l’organisa-tion du bilan.
-
Calendrier. Quand comptez-vous organiser la réunion
de bilan (heure/durée) et quelles sont les actions préalables
nécessaires (sensibilisation, mobilisation, analyse au niveau
local)?
-
Ordre du jour. Tenez compte de ce que les gens attendent
du bilan et de ses conclusions.
-
Participants. Qui allez-vous inviter et quel sera le rôle
de chacun? Plus les participants seront nombreux, plus vous aurez
besoin d’avoir une organisation rigoureuse. Pensez à
l’équilibre entre les hommes et les femmes dans votre
liste de participants.
-
Lieu. Où l’événement sera-t-il
organisé? Le lieu choisi est-il commode pour tous les participants?
-
Préparations des données. Que devez-vous faire
au préalable pour que les données disponibles soient
plus faciles à analyser et, peut-être, pour collecter
des données supplémentaires, si besoin en est?
-
Facilitation. Qui assurera la facilitation et quelles méthodes
seront utilisées à cet effet?
Deuxième étape: au cours du bilan
- Organisez les discussions autour de trois sujets principaux:
- Bilan des progrès réalisés vers l’obtention
des produits et des effets attendus du projet. L’installation
sur le mur de la salle de réunion d’un grand tableau sur
les divers éléments du projet se révélera
utile pour comparer les produits et les effets obtenus avec ceux qui
étaient souhaités.
- Bilan des travaux particuliers accomplis l’année précédente
et détermination des contraintes rencontrées et des enseignements
tirés.
- Examen et, si nécessaire, amélioration de la hiérarchie
des activités et de la stratégie adoptées pour
réaliser l’objectif général du projet.
-
Gardez au bilan son caractère participatif et faites en sorte
que les participants continuent à s’investir dans les
travaux, en leur assurant une bonne facilitation et de bonnes conditions
de travail (voir encadré 8-17).
- Assurez-vous que les décisions visant à rendre l’action
plus efficace ont été prises d’un commun accord
avant la fin de la réunion.
| |
Encadré 8-17. Conditions
permettant une participation utile des bénéficiaires
Pour permettre aux bénéficiaires de participer à
une réunion de réflexion telle que le bilan annuel
du projet, réfléchissez aux questions suivantes:
- Calendrier. Quand les différents groupes de
bénéficiaires (pensez particulièrement aux
contraintes spécifiques des femmes) ont-ils le temps de
participer aux réunions/activités que vous voudriez
conduire avec eux?
- Lieu de réunion. Où est-il plus pratique
pour eux que les réunions se tiennent? Où sont-ils
autorisés à tenir des réunions?
- Membres de l’équipe. Les membres de l’équipe
sont-ils formés et sensibles à la participation
des groupes et des individus marginalisés?
- Sujets de discussion. Chacun soulève-t-il les
questions qui lui tiennent à cœur? Si certains groupes
dominent, l’opinion des membres des autres groupes est-elle
systématiquement demandée? Si certaines personnes
parlent au nom des autres, que font les facilitateurs pour vérifier
la validité de leurs dires?
- Évaluation des apports de chacun. Les groupes/individus
marginalisés ont-ils l’impression d’être
écoutés autant que les autres? L’aide du facilitateur
est-elle nécessaire pour cela? Des réunions séparées
seraient-elles plus efficaces? Que faut-il faire pour être
sûr que la même importance est accordée aux
idées et aux informations quels que soient ceux qui les
présentent?
|
|
Troisième étape: après le bilan
-
Assurez-vous que toute la documentation provenant du bilan est orientée
vers l’action, et qu’elle spécifie qui doit faire
quoi et dans quels délais.
-
Demandez aux bénéficiaires de vérifier le rapport
et de recommander éventuellement des modifications avant sa
diffusion.
-
Communiquez le rapport de la réunion aux personnalités
et organisations importantes.
-
Complétez et vérifiez le programme de travail.
-
Établissez un budget détaillé (voir
7.6).
-
Présentez le programme de travail et le budget annuel (voir
3.5)
L’encadré 8-18 présente un exemple
de bilan annuel dans un projet au Salvador. Il souligne l’im-portance
qu’il y a à mettre en place un processus de bilan annuel
qui encourage les critiques constructives afin de renforcer les institutions
locales et d’accroître leurs responsabilités.
| |
Encadré
8-18. Les partenaires d'exécution de PROCHALATE (Salvador)
innovent en matière de bilan annuel
L'un des partenaires de mise en œuvre a recours
à une méthode participative intéressante qui
vise essentiellement à encourager une attitude d'auto-évaluation
et l'autonomie institutionnelle. Cette méthode comporte quatre
étapes: celle de l'auto-évaluation, celle de l'évaluation
mutuelle (au niveau du terrain et au cours de réunions rassemblant
les deux équipes), celle de la réunion plénière
et enfin celle du bilan final.
1. Au cours de l'auto-évaluation,
chaque équipe examine son propre programme de travail au
milieu de l'année et en fin d'année compte tenu des
objectifs fixés, en examinant ceux qui ont été
atteints et ceux qui ne l'ont pas été, ainsi que les
raisons des échecs et des réussites et les moyens
d'obtenir une action plus efficace.
2. Au cours de l'évaluation mutuelle,
une équipe de terrain organise l'évaluation participative
du travail d'une autre équipe. Elle participe à des
ateliers avec les acteurs concernés de l'autre équipe
pour examiner la qualité de son travail. L'évaluation
porte non pas sur les techniciens mais sur le partenaire de mise
en œuvre. Cela favorise la neutralité et la liberté
de parole des bénéficiaires qui peuvent ainsi exprimer
leur optinion sans être intimidés par la présence
du technicien. Cela incite aussi les participants à faire
preuve d'éthique professionnelle, à exercer leur autocritique
et à adopter une attitude positive.
Le travail de terrain a pour objet de déterminer
les progrès accomplis et les difficultés rencontrées
et de proposer des solutions. Il implique des visites par sondage
dans les exploitations des bénéficiaires pour examiner
un certain nombre d'aspects techniques (analyse des recommandations
formulées, état des cultures, etc.); ce travail de
terrain comprend aussi l'organisation d'ateliers d'évaluation
destinés à répondre à des questions
comme celles-ci: a) Quels sont les principaux progrès enregistrés
dans le travail du partenaire? Pourquoi? b) Quelle amélioration
l'action du partenaire a-t-elle apportée à la vie
familiale et communautaire? c) À quelles activités
du projet les femmes ont-elles participé? De quelle façon?
d) Quelles sont les principales insuffisances du travail effectué?
Pourquoi? e) A-t-on formulé des propositions pour remédier
à ces insuffisances? f) Que pensez-vous de la coopération
avec le partenaire de mise en œuvre? Pourquoi? g) Quelle partie
du travail pouvez-vous faire tout seul? Pourquoi? h) Quel est technicien
du partenaire de mise en œuvre qui vous appuie? Comment le
fait-il? Le petit tableau suivant peut être utilisé
pour évaluer le travail des techniciens de terrain.
| Nom du technicien |
Vertus/ Qualités |
Insuffisances |
Changements
proposés |
Évaluation
(note sur 10) |
| |
|
|
|
|
Dans les réunions plénières,
chaque équipe présente sa propre évaluation
faite par l'autre équipe. Ensuite, on dresse un bilan final
en comparant les résultats de l'atelier d'auto-évaluation
avec ceux trouvés par l'autre équipe. Ce système
permet d'éviter les idées préconçues
et les opinions toutes faites en faisant comprendre que l'évaluation
a pour objet d'obtenir des améliorations et non d'émettre
des jugements théoriques. |
|
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8.4 La contribution des évaluations
externes à la réflexion critique
Outre les bilans internes, tous les projets sont soumis à des
supervisions et à des évaluations externes. Ces moments
peuvent offrir aux différents acteurs du projet des occasions très
précieuses de se pencher sur les problèmes essentiels et
les changements stratégiques. Un regard et une expérience
venus de l’extérieur peuvent aider à s’interroger
sur ce que l’on tient pour acquis et à soulever des questions
très importantes mais occultées parce que sensibles. L’objet
du présent chapitre est de montrer comment l’équipe
d’un projet peut faire des missions externes une occasion intéressante
de réflexion critique et non d’expliquer comment les évaluateurs
externes doivent s’y prendre.
La plupart des projets reçoivent les types suivants de supervision
et d’évaluation externes:
- missions de supervision – annuelles, parfois avec une visite
de suivi six mois plus tard;
- examens à mi-parcours – au milieu de la durée
d’un projet;
- évaluations intérimaires – avant l’achèvement
pour tirer des enseignements importants et préparer une deuxième
phase éventuelle;
- évaluations terminales – après la clôture
du projet.
8.4.1 Profiter au mieux des missions de supervision
En général, une mission de supervision se rend une fois
par an sur le site du projet, et y revient six mois plus tard pour une
brève mission de suivi. Une mission de supervision peut durer de
une à deux semaines, avec une équipe de trois à cinq
personnes. Ces missions visent à donner des orientations externes
régulières sur les opérations, les progrès
enregistrés et les problèmes techniques (encadré
8-19). Par leur statut formel, ces missions peuvent être des
occasions utiles de s’accorder sur les modifications à apporter
aux orientations du projet.
| |
Encadré
8-19. Tâches fondamentales des équipes des missions
de supervision
- Organiser l’atelier/la mission de démarrage du
projet.
- Fixer le plan de la supervision.
- Examiner régulièrement la pertinence des activités
du projet et suggérer des modifications.
- Examiner et approuver, avec le FIDA, le programme de travail
et budget annuel (PTBA).
- S’assurer que les procédures en matière
de passation des marchés sont conformes aux dispositions
de l’accord de prêt et recommander des mesures correctives.
- Examiner l’état de réalisation du PTBA approuvé
et sa préparation pour l’année suivante.
- Examiner la participation des bénéficiaires et
autres acteurs locaux aux activités de suivi-évaluation
et s’assurer que les apports des bénéficiaires
soient inscrits dans les programmes de travail du projet.
- Repérer et faciliter la solution des problèmes
et l’adoption des recommandations des missions antérieures.
- Suivre et obtenir le respect par le gouvernement des conventions
du projet et faire des recommandations au FIDA et au gouvernement
en cas de non-respect.
- Veiller à ce que le projet soumette les états
financiers et les rapports d’audit prévus par l’accord
de prêt et présenter en temps voulu des observations
sur les rapports d’audit.
- Veiller à ce que le compte spécial et les états
de dépenses soient conformes aux dispositions de l’accord
de prêt et à ce que le compte spécial soit
réapprovisionné périodiquement au rythme
adéquat.
- Suivre et obtenir l’apport des fonds de contrepartie.
- Aider l’emprunteur à rédiger les rapports
d’achèvement du projet.
|
|
Les missions de supervision peuvent varier fortement en nature et qualité.
De nombreux projets les considèrent comme des missions de police
plutôt que comme un appui. Il peut être utile d’exa-miner
avec l’institution coopérante responsable et le FIDA la façon
de modifier le style des missions pour en faire davantage un outil de
collaboration dans le sens de l’exemple donné dans l’encadré
8-20.
| |
Encadré
8-20. Faire des missions de supervision un outil de collaboration
En qualité d’institution coopérante pour le
projet RTIP au Ghana financé par le FIDA, la gestionnaire
de la Banque mondiale a modifié sensiblement l’esprit
et la méthode des missions de supervision. Premièrement,
elle a remplacé le nom de “mission de supervision”
par celui de “mission de soutien à la mise en œuvre
du projet”. De plus, ces missions comprennent plusieurs homologues
locaux, le personnel du projet et certains spécialistes de
l’extérieur. Toute l’équipe ainsi élargie
est responsable de la rédaction et de la diffusion de l’aide-mémoire.
Cette façon de faire a grandement réduit la crainte
associée aux missions de supervision et donné le sentiment
que les constatations sont le fruit d’un travail collectif.
Les décisions prises et les mesures adoptées sont
donc mieux acceptées par tous les intéressés.
Ces changements permettent maintenant de débattre plus facilement
de la mise en œuvre du projet et de ses progrès, et
facilitent ainsi la prise de décisions conjointe. L’équipe
du projet peut utiliser ces missions pour apporter à l’accord
de prêt les modifications qu’elle n’aurait pas
pu introduire de son propre chef. |
|
Pour ceux qui s’intéressent au suivi-évaluation,
il est important de constater que les missions de supervision accordent
rarement au S&E une attention suffisante sous l’angle de la
réflexion critique. Si elles tiennent compte du S&E, elles
se concentrent généralement sur la collecte des données
plutôt que sur l’usage qui est fait des informations et sur
les processus de S&E participatifs. Pour améliorer les missions
de supervision et les intégrer au processus général
de réflexion critique du projet, il faut envisager les mesures
suivantes:
-
Rechercher les contributions du projet lors de l’élaboration
des termes de référence de la mission de supervision
pour s’assurer qu’ils répondent aux besoins du
projet au stade où il en est.
-
Demander au personnel du projet, au personnel des partenaires de
mise en œuvre et aux représentants des bénéficiaires
quels sont les problèmes essentiels sur lesquels ils souhaitent
que la mission se penche et en informer d’avance la mission
de supervision.
-
Demander à l’institution coopérante d’inclure
dans l’équipe de supervision des personnes ayant l’expérience
du suivi-évaluation.
-
Demander à la mission de supervision de centrer son attention
sur les questions de S&E et de faire des recommandations pour
surmonter les limitations éventuelles du système.
-
Veiller à ce que les représentants des bénéficiaires
aient l’occasion de présenter des observations sur les
recommandations émises par la mission de supervision et d’en
débattre. Cet échange peut être organisé
dans le cadre d’une réunion de restitution avant le départ
de l’équipe, au cours de laquelle les grands axes des
constats et recommandations sont présentés aux acteurs
à la base afin qu’ils puissent donner leur point de vue.
-
Dans le plan opérationnel de suivi-évaluation, inclure
les tâches qui se rapportent à la préparation
de la mission de supervision et aux suites à lui donner.
-
Utiliser les méthodes qui conviennent aux différents
sujets et acteurs abordés. Toutes les composantes d’un
projet ne peuvent pas être traitées avec la même
facilité pendant la durée d’une mission de supervision.
Ainsi, il peut être assez simple de vérifier la qualité
des travaux de génie civil. En revanche, il faudra plus de
temps et de longs entretiens avec les acteurs à la base pour
déterminer comment les bénéficiaires perçoivent
le degré de démocratie dans la prise de décisions
au sein du projet. Pour concilier ces différents aspects d’un
projet, il convient de travailler avec l’équipe de supervision
afin de choisir les méthodes appropriées aux différentes
composantes.
-
Pour s’assurer que la mission de supervision se concentre sur
la réflexion critique pour améliorer l’action,
il convient de réduire le temps passé à exposer
longuement des faits qui peuvent être documentés à
l’avance. On consacrera le temps disponible à l’étude
des problèmes, des questions qui se posent, des priorités
d’actions et des enseignements tirés.
8.4.2 Se préparer aux évaluations
externes, les gérer et y donner suite
Lorsque les examens et évaluations externes sont bien faits,
les acteurs du projet ont l’impression que les évaluateurs
extérieurs ont:
- fait une critique indépendante et constructive qui les aide
à tirer des enseignements utiles à l’action;
- donné un avis honnête sur l’état d’avancement
du projet et les domaines à améliorer;
- contribué à cerner les priorités pour le reste
de la durée du projet afin d’utiliser de manière
rationnelle les ressources (humaines et matérielles);
- aidé à concilier les perspectives différentes
des différents acteurs.
Des problèmes peuvent néanmoins surgir. Prendre conscience
des problèmes essentiels (encadré 8-21)
peut améliorer les évaluations. Les responsables du projet
peuvent travailler avec les partenaires de mise en œuvre pour préparer
et gérer l’évaluation et y donner suite comme il convient.
| |
Encadré
8-21. Limitations courantes des supervisions et évaluations
externes
- Faute de temps, les évaluateurs externes n’ont
souvent qu’un dialogue limité avec les acteurs concernés
par le projet.
- Les évaluateurs peuvent conclure hâtivement sans
avoir une connaissance approfondie des réalités
locales.
- Les évaluateurs manquent souvent de temps et tendent
alors à faire des analyses superficielles et à généraliser
les situations.
- Si des évaluateurs étrangers font partie de l’équipe,
l’obstacle de la langue et la méconnaissance des
aspects culturels peuvent influer sur leur analyse.
- Les évaluateurs peuvent être excessivement exigeants
dans leurs méthodes.
- Les évaluateurs peuvent être enclins à s’attacher
aux exigences du bailleur de fonds plus qu’il n’en
faut pour améliorer l’impact du projet.
- Les rapports soulignent souvent les aspects négatifs
du projet sans mettre suffisamment l’accent sur ses aspects
positifs.
|
|
Bien préparer l’examen ou l’évaluation
externe
-
Discuter avec le personnel du partenaire de mise en œuvre et
les représentants des bénéficiaires de la façon
dont ils aimeraient que l’examen externe soit réalisé.
Demander combien de temps ils peuvent y consacrer et quand ils souhaiteraient
rencontrer l’équipe de l’évaluation externe.
-
Établir les termes de référence avec le bailleur
de fonds et l’équipe d’évaluation, selon
le cas. Préciser les aspects importants tels que la méthodologie
que doit utiliser l’équipe, les modalités de restitution
et du processus de suivi avec les acteurs impliqués dans le
projet, les types d’in-formations que les acteurs devront fournir
à l’équipe externe et à ceux qui participeront
aux travaux (encadré 8-22). Voir l’annexe E pour plus
de précisions.
-
Bien préciser ce que l’équipe d’évaluateurs
attend des acteurs du projet pour qu’ils puissent préparer
l’information à fournir et les visites du terrain.
-
Réunir toutes les informations pertinentes sur le projet.
-
Une fois les termes de référence définis, informer
à temps tous les acteurs concernés des dates de la mission
et de sa méthodologie. Définir ce que cela implique
pour eux sur le plan des contributions attendues et des implications
possibles. Veiller à ce que le calendrier proposé concorde
avec les emplois du temps des bénéficiaires.
| |
Encadré
8-22. Associer le personnel du suivi-évaluation aux examens
externes – l’expérience du Yémen
Les connaissances et l’expérience du personnel S&E
sont indispensables aux examens externes, si bien que les équipes
externes doivent colla-borer étroitement avec lui. Dans le
projet TEPP, le personnel du S&E avait fourni des informations
utiles. Pourtant, il n’avait pas reçu de l’éva-luation
externe la reconnaissance ou le soutien approprié. Cela a
nui à la capacité de fournir les informations nécessaires
aux examens futurs. |
|
Gérer la mission
Une fois la mission externe arrivée, la direction devra coordonner
le séjour des experts pour associer équitablement et correctement
les différents acteurs concernés.
- Planifier plusieurs visites sur le terrain pour donner à l’équipe
la possibilité de voir ce qui se passe sur place. C’est
aussi une bonne occasion de réfléchir avec les différents
acteurs à ce qu’il convient de faire pour que le projet
progresse correctement.
- La direction du projet devra prendre toutes les dispositions logistiques.
- Encourager dans toute la mesure du possible le dialogue entre les
acteurs impliqués dans le projet et les évaluateurs externes
en fixant un programme d’entretiens avec un éventail assez
large d’acteurs. Veiller à inclure ceux qui ont des vues
divergentes sur le projet.
- Demander aux évaluateurs d’exposer leurs constatations
au personnel du projet, au personnel des partenaires de mise en œuvre
et aux représentants des acteurs à la base. Il sera ainsi
possible d’apporter des rectifications et des clarifications qui
figureront dans le rapport final.
Donner une suite constructive au rapport d’examen/d’évaluation
Les constatations de la mission offrent à ceux qui mettent en
œuvre le projet l’occasion de prendre des mesures correctives.
Pour que cela soit possible, il faut donner les suites qui conviennent
au rapport d’évaluation externe.
- Le directeur du projet doit veiller à ce que les principaux
acteurs impliqués dans le projet aient un exemplaire du rapport
provisoire et à ce qu’on en débatte aussitôt
que possible afin de rectifier les erreurs pour l’établissement
de la version finale.
- Le personnel du projet et celui des partenaires de mise en œuvre
doivent analyser soigneusement la teneur du rapport et les recommandations
qui y figurent pour en apprécier la pertinence, la faisabilité
et la validité.
- Le directeur du projet doit faire part des questions et préoccupations
des différents acteurs impliqués dans le projet dans les
semaines qui suivent la remise du rapport provisoire.
8.4.3 Apprécier les impacts lors de
l’achèvement du projet
Le rapport d’achèvement d’un projet notifie l’accord
des principaux acteurs impliqués sur les impacts obtenus, les enseignements
tirés et les recommandations. Les rapports d’achèvement
des projets ne doivent pas être très fouillés. Ainsi,
quatre rapports d’achèvement réalisés en Asie
ne portent que sur quatre questions:
- Qu’avons-nous appris au sujet de la gestion des connaissances
dans ce projet (quelles en sont les innovations techniques/institutionnelles)?
- Quel a été l’impact du projet tel que perçu
par les bénéficiaires?
- Le projet a-t-il débouché sur des résultats susceptibles
d’avoir des implications pour les orientations générales
dans les domaines concernés?
- Qu’a réussi à faire le projet pour constituer
des partenariats avec d’autres interventions ou acteurs?
Ces questions peuvent être traitées de manière très
détaillée mais il est aussi possible de le faire plus simplement.
Tenez compte de ce qui suit lorsque vous prenez les dispositions pour
l’achèvement du projet.
Prenez vos dispositions à temps. Commencez les préparatifs
longtemps à l’avance, spécialement dans le cas des
évaluations participatives d’impact qui forment la base des
rapports d’achèvement du projet. Si vous souhaitez associer
d’autres acteurs importants à l’élaboration
de l’étude d’impact et à sa réalisation
en dehors de ceux avec lesquels vous avez habituellement travaillé,
il faudra beaucoup de temps pour organiser éventuellement des séances
de formation et tester au préalable les questions d’évaluation
et les méthodes de collecte des données.
Cherchez à connaître les opinions par des questions
ouvertes. À l’achèvement du projet, vous êtes
censé montrer l’impact que le projet a eu au niveau des réalisations
et de l’objectif spécifique. De nombreux projets tentent
de prouver leur impact en utilisant les indicateurs figurant dans le plan
opérationnel de suivi-évaluation (voir les modules
4 et 5 et l’annexe
C). Toutefois, cherchez aussi à inclure plus de questions ouvertes
car elles pourraient révéler plus fidèlement ce qui
a effectivement changé dans la vie des populations locales du point
de vue des bénéficiaires du projet. En leur demandant comment
est leur vie maintenant et ce qui peut être attribué aux
efforts du projet, on obtiendra une vision plus large qu’en se contentant
de rechercher les indicateurs objectivement vérifiables de la matrice
du cadre logique.
Évitez les évaluations d’impact trop ambitieuses.
De nombreuses évaluations en fin de projet sont trop ambitieuses
dans ce qu’elles cherchent à évaluer et expliquer.
Certains impacts n’apparaîtront que bien après l’achèvement
du projet. Concentrez-vous donc sur les types de changements déjà
tangibles.
Consacrez du temps aux questions interdépendantes. Les
questions interdépendantes, comme l’impact sur les relations
entre hommes et femmes, les bénéfices pour les groupes les
plus pauvres et la contribution à la prise de décisions
en commun peuvent être perdues de vue si elles ne figurent pas explicitement
dans les questions de l’évaluation. L’encadré
8-23 donne la liste des types d’informa-tion à rechercher
pour comprendre l’impact sur la promotion de la femme.
| |
Encadré 8-23. Inclure les questions
relatives à l’égalité entre les sexes
dans les examens et évaluations6
Inclure l’égalité entre les sexes en tant que
thème dans les termes de référence. Un expert
en promotion de la femme, ou une personne au fait de cette question,
devrait faire partie de toutes les équipes d’examen/évaluation.
Inclure des hommes et des femmes dans l’équipe. Présenter
les constatations en les ventilant par sexe dans le rapport. Des
questions possibles sont données ci-après pour prendre
en compte cette question lors de l’analyse des différents
critères de l’évaluation du projet:
- Planification, exécution et participation:
Comment a-t-on tenu compte des perspectives des femmes lors de
la conception du projet? Quel type de stratégies de promotion
de la femme a-t-on adopté dans le projet, et comment? A-t-on
défini des groupes spécifiques de femmes en tant
que groupes cibles?
- Pertinence: Comment le projet a-t-il répondu
aux intérêts et besoins spécifiques des femmes
– et à ceux des hommes?
- Efficacité et efficience: Comment et dans quelle
mesure a-t-on atteint les objectifs spécifiques concernant
la promotion de la femme? Comment les femmes/les hommes ont-ils
participé aux activités du projet (y compris la
formation, les séminaires et les réunions)? Comment
le projet les a-t-il appuyés? Comment les femmes et les
hommes ont-ils participé à la prise de décisions
concernant le projet?
- Impact: Quel est l’impact du projet sur les femmes
– et sur les hommes? Comment les femmes – et les hommes,
en ont-ils bénéficié? Les impacts sont-ils
durables pour elles/eux? Comment le projet a-t-il contribué
au renforcement des capacités des femmes – et des
hommes? Les activités du projet ont-elles contribué
à améliorer le statut de la femme et son accès
aux ressources – et pour les hommes?
- Recommandations et enseignements tirés: Comment
le projet a-t-il contribué à renforcer l’égalité
entre les sexes? Faites des recommandations concernant: a) la
façon de faire une plus large place à la promotion
de la femme dans le projet; b) le moyen de promouvoir une participation
plus égale des hommes et des femmes; et c) la façon
de suivre et mesurer les progrès en matière d’égalité
entre les sexes.
|
|
Ne retardez pas trop les travaux visant à tirer des enseignements.
Entreprenez dès que possible à l’achè-vement
du projet les travaux visant à en tirer des enseignements. Si l’on
met trop de temps pour consigner ces enseignements par écrit, cette
information peut perdre de son actualité et de sa valeur. En outre,
les souvenirs s’effacent rapidement, ce qui peut poser des problèmes,
spécialement lorsqu’on cherche à comprendre ce qui
est imputable aux activités du projet.
Faites des rapports d’achèvement bien structurés
et comprenant les éléments principaux de l’évaluation
de l’impact. Le tableau 8-1 donne une idée
de ce qu’il faut inclure dans le rapport d’achèvement
du projet. Plutôt que de décrire ce qui s’est passé
durant le projet, attachez-vous à détailler les impacts
et les enseignements tirés.
Tableau 8-1. Contenu indicatif d’un rapport
d’achèvement de projet
| Sujet
|
Description
|
| Introduction |
Renseignements généraux
sur le projet: pays, superficie et groupes cibles, composantes et
stratégie, effets et impacts escomptés, méthodologie
utilisée pour l’évaluation de fin de projet.
|
| Performance
du projet |
- Contexte
- Performance des composantes
- Atteinte des groupes cibles
- Formation et renforcement des capacités
- Gestion et coordination du projet
- Suivi-évaluation
- Relations avec l’institution coopérante,
le FIDA, l’emprunteur et leur influence sur la performance
|
| Analyse et impact |
Réalisation des
objectifs: socioéconomiques, institutionnels, par composante,
tels que perçus par les bénéficiaires |
| Durabilité du projet
|
Facteurs favorisant ou
entravant un impact durable possible du projet |
| Enseignements tirés
|
Domaines des enseignements
tirés (à définir séparément pour
chaque évaluation en fin de projet): environnement porteur,
renforcement des capacités et formation, ciblage sur les
plus pauvres, enseignements par composante du projet, opérations
financières, S&E et processus de réflexion critique,
relations avec les partenaires de mise en œuvre. |
| Conclusions |
Conclusions et recommandations
(pour une éventuelle phase suivante ou d’autres projets)
|
| Appendices |
Résultats de l’évaluation
participative d’impact ou d’autres études réalisées
Rapport financier
Mandat de l’équipe d’évaluation de fin
de projet |
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Lectures complémentaires
Bell, C. 1998. Managers as Mentors: Building Partnerships
for Learning. San Francisco, CA: Berrett-Koehler Publishers. Commander
via: http://www.pactpub.com/.
Dick, B. 1991. Helping groups to be effective:
skills, processes and concepts for group facilitation (second edition).
Chapel Hill: Interchange. Commander via: http://www.interchangepubs.com.au.
FIDA, ANGOC et IIRR. 2001. Enhancing Ownership
and Sustainability: A Resource Book on Participation. Fonds international
de développement agricole, Coalition des ONG d’Asie pour
la réforme agraire et le développement rural, et l’Institut
international pour la reconstruction rurale. Contact: info@IFAD.org.
Kinghorn, M. 2001. Partnership Toolbox. Washington
DC: Pact Publications. Commander via: http://www.pactpub.com/.
Selener, D, Purdy, C. et Zapata, G. 1996. Documenting,
Evaluating and Learning from Our Development Projects: A Participatory
Systemization Workbook. New York: International Institute of Rural
Reconstruction. Commander via: http://www.pactpub.com/.
Roche, C. 1999. Impact Assessment for Development
Agencies. Oxford: Oxfam. Commander via: publish@oxfam.org.uk
|