Le Projet de Mise en Valeur du Haut Bassin du Mandrare (PHBM) est entré en vigueur à la fin du mois de décembre 1995 pour une durée de 5 ans. Le projet, au Sud de Madagascar, est financé par un prêt du FIDA dun montant équivalent à environ 6,9 millions de USD. En octobre-novembre 1999, après environ 4 années d'exécution, une mission de revue à mi-parcours a été menée. Cette revue a souligné le taux élevé de réalisation et de réussite du projet par rapport aux objectifs fixés dans le rapport de pré-évaluation (RPE). Le Gouvernement de Madagascar a donc manifesté son intérêt pour une seconde phase qui permettrait de consolider les résultats acquis jusqu'à présent et d'étendre la zone d'intervention actuelle du projet : aux 4 communes rurales de Tsivory, Elonty, Mahaly et Marotsiraka, viendraient s'ajouter les 5 communes de Esira, Maromby, Tranomaro, Ebelo et Imanombo.
La proposition de seconde phase ayant reçu un accord de principe, la Division Afrique II a entrepris la conception et la formulation du nouveau projet. Conformément aux procédures du FIDA, une évaluation intermédiaire (EI) du PHBM devait donc être menée avant le lancement de la seconde phase. En conséquence, une EI a été effectuée sur le terrain du 12 avril au 16 mai.
L'approche du FIDA en matière d'EI consiste à: i) analyser si le projet a été mis en uvre de manière satisfaisante; ii) analyser si les activités et les financements à sa disposition étaient les plus adaptés pour atteindre les objectifs assignés au projet; et iii) mettre l'accent sur la participation des différents partenaires du développement. Ainsi, les questions clés, auxquelles l'Évaluation intermédiaire du Projet de mise en valeur du Haut Bassin du Mandrare devait apporter des réponses, étaient les suivantes:
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Qui sont les bénéficiaires du PHBM?
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Quels ont été les principaux changements, constatés et vécus par les populations rurales, attribuables aux activités du projet?
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Quel est le niveau d'organisation et de structuration du monde rural?
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Quelles sont les recommandations exprimées par les bénéficiaires du projet pour lutter contre la pauvreté dans le cadre des activités de la seconde phase?
Selon lapproche du FIDA, il est également nécessaire que les partenaires clés qui ont conseillé la mission parviennent à un accord sur les principales conclusions de lévaluation, recommandations et suites à donner. Les conclusions, recommandations et suites à donner ainsi convenues sont exposées ci-dessous.
Évaluation générale
Les réalisations physiques du projet les plus importantes jusquà fin mars 2000 sont la réhabilitation de 2 306 ha sur 29 périmètres irrigués, lamélioration de plus de 102 km de pistes et routes, la construction ou la réhabilitation de 4 Centres de santé de base, la construction de 23 couloirs de vaccination, un taux de vaccination du cheptel au-dessus de 90%, et la création de 133 associations rurales. Concernant les infrastructures, le projet a même dépassé 100% des réalisations prévues. Grâce aux investissements en faveur de linfrastructure et du développement rural, les bénéficiaires du projet ont connu des améliorations dans leur vie quotidienne. Ces réalisations ont eu un impact positif sur les individus, les ménages, les communautés villageoises, les communes et la Région du Sud dans son ensemble. Des changements ont également pu être constatés à plusieurs niveaux : les attitudes et comportements sociaux, les techniques et technologies utilisées, le statut économique et la situation financière des ménages et de la zone du projet.
Recommandation: les investissements et les activités de la seconde phase devraient sinspirer de ceux de la première phase afin den reproduire et étendre les effets positifs en matière de réduction de la pauvreté à un plus grand nombre de ménages dans une zone plus vaste.
Suite à donner convenue: le FIDA et la République de Madagascar collaboreront à la seconde phase du projet, qui prendra en compte les acquis de la première phase du PHBM.
Qui sont les bénéficiaires ?
Lensemble de la population de la zone cible de la phase I du projet, estimée à 4 400 ménages ou 28 000 personnes, a tiré des avantages du projet. De nombreux ménages et individus en ont bénéficié de manière directe en termes de revenu et de disponibilité alimentaire, grâce aux investissements dans les infrastructures dirrigation, lélevage et les routes reliant leurs communautés. Dautres ont indirectement bénéficié des activités du projet grâce à une plus grande disponibilité de biens et de services à un coût inférieur, des opportunités demploi plus nombreuses, et une participation plus active dans les domaines économique, social et politique.
Les ménages les plus vulnérables sont généralement ceux qui ne possèdent pas de gros bétail ou nayant quun accès très insuffisant, précaire, voire nul, à des parcelles irriguées de taille suffisante. Au sein des ménages, les individus les plus défavorisés sont les femmes et les jeunes.
Le projet na pas cherché à cibler les éléments de la population les plus défavorisés ou vulnérables et il na donc pas conçu de mesures spécifiques pour les atteindre. En conséquence, comme on pouvait sy attendre, il ne semble pas que les ménages relativement plus vulnérables ou défavorisés aient tiré un majeur profit du projet par rapport aux autres membres de la population. Cependant, même si ce sont les propriétaires de bovins, de parcelles irriguées et les hommes adultes en général qui ont bénéficié le plus du projet, il nest pas non plus prouvé que ces avantages aient été uniquement ni volontairement destinées aux gens aisés.
Recommandation: Une nouvelle méthodologie didentification et sélection des actions devra être proposée pour la deuxième phase du projet. Des investissements et des activités conçus explicitement pour atteindre les ménages vulnérables devraient être inclus dans la seconde phase du projet, ainsi que des fonds suffisants pour leur financement. La culture pluviale, les activités génératrices de revenus (AGR) et le petit élevage devraient être considérés comme des domaines déterminants pour répondre aux besoins de ces groupes cibles.Suite à donner convenue: Le Gouvernement de Madagascar et le FIDA sassureront que la deuxième phase inclura des investissements et des activités relatifs à la culture pluviale, au petit élevage ainsi que toute autre AGR relevant des couches les plus vulnérables (femmes, paysans sans terre, jeunes).
Dans toute la zone du projet, le fait dêtre analphabètes et de ne pas savoir compter empêche un grand nombre dindividus de tirer le meilleur parti de leur potentiel productif et dexploiter des opportunités. Ils sont particulièrement défavorisés dans les domaines liés à linformation et à la négociation lorsquil sagit de vendre leur production auprès de commerçants qui disposent à la fois dun plus grand nombre dinformations, connaissances et savoir-faire. Quels que soient leur richesse ou leurs biens, tous les habitants de la zone du projet qui sont analphabètes ou savent à peine compter sont vulnérables et souffrent dune forme de pauvreté humaine qui les dévalorise socialement et limite leur potentiel dépanouissement et de développement personnels.
Recommandation: Les ressources publiques tant humaines que financières allouées à léducation de base dans toute la zone du projet devraient être augmentées. De plus, il est essentiel que le projet et le gouvernement sattachent davantage à alphabétiser les adultes, ce qui contribuera à réduire durablement la pauvreté. <Suite à donner convenue: La deuxième phase devra inclure une composante alphabétisation et éducation de base à la hauteur des problèmes actuels. Le Gouvernement devra sengager à affecter les ressources humaines, matérielles et financières nécessaires aux écoles. Un programme dalphabétisation devra être mis en place à la demande des communautés en faisant recours à des prestataires expérimentés.
Dans la zone actuelle du projet, les femmes ont désigné leau potable et les services de santé comme étant des domaines essentiels auxquels le projet devrait prêter attention si lon veut mieux répondre à leurs besoins. Elles ont également exprimé le souhait de bénéficier dun appui pour former des organisations féminines.
Recommandation: Laccès à leau potable et aux services de santé de base devrait être considéré comme un facteur essentiel de réduction de la pauvreté dans la zone du projet, et comme un des moyens de cibler spécifiquement lassistance au profit des femmes.
Suite à donner convenue: Le Gouvernement devra mobiliser les institutions publiques et extérieures pour quelles laident à améliorer ces services. La deuxième phase du projet appuiera à la demande communautaire déventuels investissements dans les infrastructures dalimentation en eau potable avec des mécanismes de mobilisation sociale sous-jacentes, en vue de leur gestion par les utilisateurs mêmes. Ces investissements identifiés à la base seraient financés en partenariat avec dautres sources de financement existantes (FID/FDC, UNICEF, etc.).
Lorsquils manquent de compétences ou ont un accès limité aux ressources, les jeunes sont particulièrement pauvres et vulnérables. Le fait dêtre analphabète contribue à accentuer les difficultés que les jeunes rencontrent pour trouver un emploi ou se consacrer avec succès à un travail indépendant dans lagriculture ou dans des activités économiques connexes dans la zone du projet.
Recommandation: Les jeunes de la zone du projet devraient avoir accès à lalphabétisation fonctionnelle et à la formation technique. Un certain nombre dactivités déducation, de formation et de loisirs devraient être considérées pour lutter contre le sous-emploi et le désuvrement des jeunes. Par ailleurs, lamélioration de la vie à la campagne (sport, distraction, électrification) constituera une motivation pour éviter lexode rural et favoriser le retour des jeunes en milieu rural.
Suite à donner convenue: Le Gouvernement sefforcera de sensibiliser les institutions publiques compétentes aux problèmes des jeunes afin de mobiliser un soutien en faveur de leur alphabétisation et de leur formation technique. La deuxième phase du projet devra appuyer des actions visant laccès des jeunes à la formation leur permettant dentreprendre des activités génératrices de revenus telles que petit élevage, horticulture, coupe et couture, transformation des produits agricoles et autres possibilités demploi ayant un potentiel dans la zone du projet.
Quels ont été les principaux changements vécus ?
Outre les effets bénéfiques aux multiples facettes, le projet dans sa phase I a privilégié la riziculture irriguée par rapport aux cultures sèches, cela a pour corollaire labsence dalternative en cas de mauvaises récoltes issues de la culture irriguée.
Recommandation: Dans sa seconde phase, le projet devrait appuyer la diversification des cultures dans les champs irrigués et la recherche dun équilibre entre culture irriguée et culture pluviale.
Suite à donner convenue: La deuxième phase devrait prévoir des investissements et des activités visant appuyer la culture pluviale et la diversification dans les zones irriguées.
La recrudescence des vols de zébus est un des phénomènes vécus par les populations dans la zone du projet pendant sa mise en uvre. Ce problème a un effet préjudiciable dans toute la zone du projet. Il crée une instabilité sociale et économique freinant ou entravant des importants progrès escomptables.
Recommandation: Il faut prendre des mesures énergiques pour remédier au problème des Malaso. On pourrait commencer par une analyse minutieuse des causes de ce phénomène, puis définir les mesures les mieux adaptées pouvant être prises par le projet ou par dautres acteurs pour les combattre.
Suite à donner convenue: Le Gouvernement, par lintermédiaire du projet ou par dautres moyens, entreprendra une étude approfondie pour analyser dès que possible le problème de la recrudescence des vols de zébus dans la zone du projet.
En labsence de formes organisées pour mettre en sécurité son épargne et pour des raisons sociologiques spécifiques au Sud, les ménages ont tendance à épargner une partie de leur accroissement de revenu en nature sous forme de zébus. Laccroissement du nombre de zébus peut potentiellement : i) augmenter la vulnérabilité des ménages pris individuellement en cas de vol danimaux ; ii) contribuer à la dégradation de lenvironnement en augmentant la pression exercée sur les pâturages ; et iii) réduire les possibilités de croissance économique en immobilisant des capitaux dinvestissement de manière improductive.
Recommandation: Il faudrait sensibiliser les éleveurs et les agriculteurs à ces problèmes et les aider à trouver des solutions pour sécuriser leur épargne.
Suite à donner convenue: Le projet continuera à travailler avec les propriétaires de bétail par lintermédiaire des AEL afin de les sensibiliser à ces problèmes. La deuxième phase prévoira également des actions visant diversifier et faire fructifier lépargne accumulée grâce à la rentabilité accrue de la production agricole.
Le projet a pris un certain nombre dinitiatives pour aider les producteurs agricoles à accéder à tous les biens et services dont ils ont besoin pour tirer parti des investissements réalisés par le gouvernement dans la zone du projet. Cependant, dans certains cas, il sest malencontreusement substitué au secteur privé et a donc freiné sa croissance.
Recommandation: Il faut créer un environnement porteur pour favoriser la croissance des fournisseurs de biens et de services du secteur privé et renforcer les synergies entre les associations de producteurs et les filières de commercialisation.
Suite à donner convenue: Le projet, pour sa phase actuelle, et pour sa phase future, mettra laccent sur les divers moyens dencourager les agents du secteur privé, sans les remplacer ni les concurrencer, en améliorant par exemple linformation et linfrastructure de transport.
La présence du projet a modifié la répartition du travail et les rôles des hommes et des femmes dans la zone desservie, généralement en mieux. Il apparaît que les hommes tendent à sassocier aux activités économiques fructueuses entreprises par les femmes. Cette tendance représente une réorganisation rationnelle de la main-duvre familiale, mais il importe de sassurer que les hommes ne sapproprient pas entièrement de ces activités et ses revenus, alors quils étaient auparavant gérés par les femmes.
Recommandation: Il faut sintéresser davantage à la manière dont les changements concernant les rôles des hommes et des femmes et leurs rapports adviennent dans le domaine de lactivité économique. Il faut continuer à soutenir les femmes en tant que groupe cible spécifique pour sassurer que les changements induits par le projet ne vont pas à lencontre de leurs intérêts pour ce qui est de leur accès aux ressources et aux revenus.
Suite à donner convenue: La deuxième phase prévoira le soutien à lémergence et au développement des associations de femmes réation dassociations de femme en réponse à leur demande dassistance dans ce domaine. Le projet mettra aussi davantage daccent sur le suivi de limpact du projet sur les femmes et utilisera les informations recueillies pour orienter la planification pendant lexécution.
Quel est le niveau dorganisation et de structuration du monde rural ?
Lorganisation des paysans autour de lutilisation et la gestion de linfrastructure et de leurs domaines communs dactivités économiques a pris un bon départ. Cependant, de nombreuses associations sont encore relativement faibles. Par ailleurs, lapproche adoptée par le projet pour travailler avec les associations pourrait ne pas déboucher sur le type dautonomie souhaitable, ce qui peut être attribué, parmi dautres facteurs, au faible niveau déducation, à linsuffisance de la formation, de lappui technique et du contact avec le personnel de terrain.
Recommandation: Les associations devraient bénéficier dun soutien plus intensif pendant la période suivant leur création, et ce soutien devrait être poursuivi pendant deux ans au moins. Lappui apporté aux associations devrait faciliter leurs initiatives mais ne pas sy substituer.
Suite à donner convenue: La deuxième phase du projet devra prévoir des fonds suffisants pour le personnel, le matériel, les approvisionnements et les fonds dexploitation afin dapporter un soutien plus important aux associations nouvelles ou récemment créées, à un niveau dintensité leur permettant dêtre suffisamment solides pour survivre sans le projet. Celui-ci devrait revoir lapproche adoptée pour travailler avec les associations afin de sassurer quil appuie les initiatives prises par les gens mais ne sy substitue pas. A titre dexemple, il pourrait envisager de déléguer aux groupements davantage de pouvoir de décision et dautorité en ce qui concerne lutilisation des ressources.
Logiquement, la création, à plus ou moins brève échéance, dorganisations faîtières de diverses organisations de base déjà appuyées lors de la première phase, est létape future qui renforcera le pouvoir de ces groupements et leur utilité auprès de leurs membres et de la société, en tant quinterlocuteurs du gouvernement, de la société civile et du secteur privé. Certains signes indiquent déjà que certaines associations pourraient évoluer dans ce sens. Cependant, la plupart dentre elles doivent encore déployer des efforts pour que leur fonctionnement interne soit suffisamment solide et que leur direction ait la clairvoyance et la capacité nécessaires pour prendre des initiatives propres pour travailler avec dautres associations en vue de former de potentielles fédérations. Une telle création dorganisations faîtières doit être laissée à la demande des organisations de base et répondre à un réel besoin ; elle ne peut être forcée ou accélérer au risque de construire des structures non appropriées et inefficaces.
Recommandation: Les initiatives visant à encourager les associations existantes à constituer une fédération devraient être destinées à faciliter plutôt quà diriger. Une réflexion devrait être engagée avec les associations existantes afin quelles déterminent elles-mêmes lopportunité de créer des fédérations et quelles seraient leurs caractéristiques et fonctions.
Suite à donner convenue: La deuxième phase prévoira la possibilité daider les associations existantes à sorganiser en fédérations pouvant avoir un impact au niveau du développement régional, sans arrêter de calendrier pour ces initiatives ni dobjectifs quantitatifs quant au nombre dassociations visées ou de fédérations constituées. Des possibilités déchanges avec dautres organisations se trouvant dans la zone du projet ou à lextérieur devront être envisagées, notamment du point de vue budgétaire.
Quelles sont les recommandations exprimées par les bénéficiaires ?
Les bénéficiaires ont été généralement très satisfaits des résultats obtenus et ont estimé que le projet avait pris leurs besoins et leurs idées en considération. Lorsquil leur a été demandé de formuler des recommandations à lintention du projet, ils ont insisté sur trois principaux points : i) le problème que représentent les vols de zébus ; ii) linsuffisance de lencadrement (faible fréquence des visites due à linsuffisance de moyens humains et matériels, conjuguée au manque de temps) ; et iii) les limites de la formation fonctionnelle (inadaptée pour certains, insuffisante pour dautres). Ces trois points ont été traités plus haut comme lont été la plupart de leurs autres préoccupations.
Par ailleurs, sagissant de ce que le projet devrait faire, les bénéficiaires ont recommandé quà lavenir, laccent soit mis sur quatre principaux domaines : linfrastructure, les services sociaux, léducation et lélevage. Ils ont ajouté leau potable comme nouveau domaine dinfrastructure nécessitant des investissements. Sagissant de la manière dont le projet devrait fonctionner, les bénéficiaires ont insisté sur la nécessité dintensifier linteraction entre le personnel de terrain et les associations paysannes. Ils ont préconisé daméliorer et de renforcer la liaison avec le projet.
Recommandation: Le Gouvernement et le FIDA devraient prêter une attention particulière aux recommandations des bénéficiaires pour la conception de la seconde phase.
Suite à donner convenue: La mission de pré-évaluation prendra attentivement en considération les recommandations formulées par les bénéficiaires lors de la mission dévaluation intermédiaire. La deuxième phase du projet devra prévoir un dispositif de suivi de linformation en retour sur le projet fournie par les bénéficiaires, afin de lutiliser pour prendre les décisions de gestion concernant lexécution.
