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En matière de financement rural, la création de Fonds de développement villageois (FDV) gérés par des Associations villageoises (AV) multifonctionnelles a constitué une approche originale développée par le FIDA depuis une dizaine d'année en Afrique de l'ouest. Les objectifs de cette démarche sont multiples: I) permettre l'accès des AV au crédit bancaire classique (ou au crédit mutuel dans le cas guinéen) grâce à la constitution de FDV déposés en compte d'épargne et jouant un rôle de garantie auprès du système bancaire, ainsi que de Comités villageois de crédit (CVC) assumant la gestion de ces crédits au niveau du village; ii) constituer une source de financement alternative au crédit bancaire assurant des services de proximité pour le financement de tout type d'activité souhaitée par les AV (crédit "interne" aux membres, opérations de commercialisation collective, mais aussi investissements d'intérêt collectif à fonds perdus); iii) favoriser la "mobilisation de l'épargne" pour un développement local autogéré et autofinancé. Des fonds villageois d'importance variable ont ainsi été constitués au Mali, en Guinée, en République centrafricaine (RCA) et au Niger, en faveur d'environ 500 AV. A Ségou, après dix ans d'intervention (103/278-ML), le montant total des FDV de 179 AV s'élève à 240 millions de FCFA en 1995, pour une subvention initiale du projet de 37 millions. A Bouca (245 CA), les FDV sélèvent à 15 millions de FCFA pour 50 AV en quatrième année. Les AV ont bénéficié de crédits bancaires importants (sauf en Guinée). L'utilisation d'une partie de ces fonds a permis de réaliser de bénéfiques opérations de commercialisation collective (103/209-ML et, dans une moindre mesure, 245 CA). Le crédit interne s'est surtout développé au Fouta Djallon (SRS-012 GU). Des investissements d'intérêt collectif ont pu être financés (magasins villageois, centres d'alphabétisation, etc.). Des centaines de membres de CVC ont été alphabétisés et ont acquis une certaine expérience en matière de gestion. Cependant, l'utilisation et le développement de ces fonds multifonctionnels se heurtent à un certain nombre de difficultés: |
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- Le service d'épargne individuelle n'est pas assuré par les FDV/CVC. L'apport initial de 10% des montants des crédits demandés constitue pour les villageois un droit d'accès au crédit et non une épargne volontaire. Il n'existe pas de compte d'épargne individuel des membres des AV. Ces derniers n'ont aucun moyen de retirer les montants "déposés" qui se fondent dans le patrimoine collectif. Mis à part les bénéfices sur commercialisation, les FDV augmentent principalement par capitalisation des intérêts sur dépôts bancaires. La "collectivisation" obligatoire de ces revenus ne constitue certe pas une incitation à l'épargne individuelle. - L'autogestion villageoise et l'appropriation des fonds par les AV restent assez limitées. Une certaine confusion demeure sur les montants, la propriété et le rôle de garantie des FDV. Ces derniers peuvent être bloqués en banque pendant un temps assez long (à Aguié, 292 NG, la Sonibank a bloqué leur utilisation jusqu'à l'évaluation à mi-parcours). Le contrôle des projets sur les décaissements reste très étroit. Le montant des FDV décaissé et effectivement utilisé est faible (103/278-ML). Le cas du Fouta Djallon (SRS-012 GU) présente les FDV les plus "appropriés" avec 60% des montants décaissés, essentiellement pour des crédits internes. - En termes de ciblage social, les crédits internes des CVC du Fouta Djallon ont été principalement accordés à des commerçants et notables villageois (plus récemment à quelques Groupements dintérêt économique (GIE) maraîchers). Dans chaque AV, les crédits (court terme) sont peu nombreux, importants en volume et à taux d'intérêt élevés. Les femmes et les jeunes en sont rarement bénéficiaires. Les AV reproduisent les rapports sociaux préexistants dans les villages. - La gestion des FDV, tout comme celle des crédits bancaires au niveau villageois, est théoriquement du ressort des CVC constitués de volontaires bénévoles. Ces derniers, insuffisamment formés et suivis, s'en acquittent généralement assez mal. La transparence de la gestion est rarement assurée. Par manque d'initiative ou de compétence, mais aussi du fait du caractère multifonctionnel des FDV/CVC, les projets n'ont pas su élaborer de systèmes comptable permettant d'enregistrer les opérations, d'assurer un suivi individuel des prêts et de dresser un compte d'exploitation et un bilan. L'absence de dispositif de suivi et de contrôle des fonds, une fois le décaissement effectué, renforce le pouvoir des leaders et peut entraîner des abus. Les cas de détournement ne sont pas rares. Une certaine méfiance de la part des banques vis-à-vis des AV apparaît suite à l'accumulation des impayés (103/278-ML), mais aussi de la part des membres qui se retirent des AV (278 ML, SRS-012 GU). - Une contradiction apparaît dans les fonctions assignées aux FDV: si les opérations de crédit et de commercialisation collective sont théoriquement des activités financièrement rentables, suceptibles de générer un bénéfice et d'autoriser un certain développement des FDV, ce n'est pas le cas des investissements d'intérêt collectif, voire du financement du fonctionnement de services sociaux (éducation, santé, etc.). A lheure actuelle, de telles dépenses sont financées par les "droits d'accès" au crédit bancaire (10% des montants), par les intérêts sur dépôt et par les bénéfices d'opérations collectives. Cependant, en l'absence d'une fiscalité locale adaptée, on voit mal comment cette fonction "sociale" des FDV pourrait se pérenniser. Cette contradiction est inhérente à la nature même des AV dont la vocation communale et sociale semble difficilement compatible avec les exigences d'un service d'intermédiation financière. Sur la base des évaluations, certains éléments de l'approche FDV sont à retenir: nécessité d'un service financier de proximité complémentaire des réseaux nationaux insuffisamment accessibles, articulation des caisses villageoises avec ces systèmes nationaux, principe de cofinancement du capital initial dans les zones à faible capacité d'épargne. Cependant, par rapport à un objectif de développement et de pérennisation d'un système financier décentralisé, l'approche FDV/AV apparaît pour l'instant moins performante que d'autres modèles de type CMEC, Caisses villageoises autogérées ou Crédit solidaire. Les FDV/AV ont été conçus pour assurer simultanément des fonctions complémentaires mais aussi extrêmement différentes: celle d'intermédiation financière au niveau villageois, celle d'un fonds d'investissement communautaire (infrastructure, campagne d'alphabétisation) et celle d'un fonds de roulement coopératif (approvisionnement et commercialisation). Malgré le manque d'informations sur l'utilisation effective des fonds dans les villages, il ne semble pas que les FDV et les CVC qui les gèrent puissent assumer cette triple fonction de manière efficace. De fait, au Mali (évolution de 278 ML et conception de 376 ML), en Guinée (389 GU) et au Niger (292 NG), on s'oriente actuellement vers la séparation des fonctions d'intermédiation financière (confiées à des CMEC ou à des Associations financières villageoises) et des fonctions de coopérative agricole et de collectivité locale. Cette tendance correspond d'ailleurs aux évolutions observées à Mali Sud - berceau historique des AV - où le développement d'une intermédiation financière locale est passé par l'émergence de structures mutualistes spécialisées et professionnalisées (Kafo Jiginew) indépendantes des autres structures de financement (AV/Tons, Fonds dinvestissement local, BNDA). - Il faut éviter la confusion des genres: le fonctionnement et la pérénité d'un système de financement au niveau villageois seront favorisés par une séparation des fonctions économiques (approvisionnement /commercialisation), communales (équipements/services publics) et d'intermédiation financière (épargne/crédit) assurées par des structures distinctes. Approvisionnement et commercialisation seront mieux assurés par des groupements de producteurs (GIE) pouvant se fédérer en organisations professionnelles. Le financement d'investissements et services communautaires pourrait rester la prérogative des AV, relever du budget des nouvelles collectivités locales (communes) ou encore de Fonds d'investissement local (FIL). L'intermédiation financière, quant à elle, doit être assumée par une institution spécialisée et autonome. - Le principe de constitution initale du capital de caisses villageoises ou locales grâce à des ressources mixtes - épargne individuelle, cotisations et subvention du projet - peut être retenu pour permettre un démarrage plus rapide dans des zones à capacité d'épargne limitée (en zone sahélienne, les caisses villageoises du Centre international de développement et de recherche (CIDR, France) sont très lentes à démarrer). Par contre, la liaison obligée et la dépendance entre constitution des fonds et crédit bancaire devrait être écartée. - La présence d'un service financier au village ne garantit pas son accessibilité aux femmes et aux plus démunis. Le ciblage de ces catégories passe par une adaptation des produits financiers à leur besoins et capacités spécifiques et par la promotion de GIE ou groupes de solidarité catégoriels. - La pérénité d'un système financier, y compris au niveau villageois, exige une rigueur dans la gestion des crédits et de l'épargne. Les comptes doivent être individuels. Sa constitution nécessite des efforts importants et prolongés en matière de formation (comptabilité, gestion), de suivi, mais aussi de contrôle et d'audit. Ces fonctions doivent être confiées à des opérateurs spécialisés et non aux services d'"animation" des ministères du développement rural ou des projets agricoles. - L'articulation avec des institutions financières nationales (Réseau de Coopératives dépargne et de crédit (COOPEC), banques agricoles) permettra le refinancement de la structure villageoise ou locale, le placement des dépôts et, le cas échéant, la formation, le suivi et le contrôle. Pour toute information générale, sélectionner lune des fiches de projet suivantes: 056 GU, 101 BE, 103 ML, 187 CG, 198 GH, SRS-011 BF, SRS-012 GU. Bibliographie: G.Dagon (GAO): Regards croisés sur les organisations paysannes au Mali, 1992 / J.P.Jacob, Ph.Lavigne Delville (APAD): Les associations paysannes en Afrique - Karthala, 1994/Y.Fournier: Fonds d'investissement local (FIL) "Sigida Nyesigi", IRAM, 1995
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