Évaluation intermédiare
La zone d'intervention du Projet de sécurité alimentaire au Nord-Guéra
(PSANG) comprend les trois sous-préfectures septentrionales du Guéra (Bitkine,
Mongo et Magalmé), au centre de la zone sahélienne du Tchad. Le chef-lieu
du Guéra, la petite ville de Mongo, se trouve à environ 500 km de
piste de la capitale. La région est caractérisée par le relief tourmenté
du massif du Guéra, ne comporte aucun cours d'eau permanent et les eaux
souterraines sont difficiles d'accès dans certains cantons. Le climat
est de type soudano-sahélien avec une pluviométrie annuelle de 500 à 700
mm très aléatoire. La population est estimée à environ 218 000 habitants
(32 000 ménages) appartenant à une dizaine dethnies principalement
du groupe Adjeraï. On compte 515 villages. La densité moyenne de population
est de 7 hab/km2 avec des concentrations locales autour de Bitkine et
Mongo. Dès les premières années de lindépendance, le Guéra a souffert
de troubles civils et de conflits armés provoquant des déplacements de
population et une insécurité quasi permanente de 1965 au début des années
90. Ces conflits ont eu une incidence démographique notable (en 1992 un
tiers des ménages sont dirigés par des femmes). Dans ce contexte, les
services publics au développement ont été particulièrement faibles et
peu efficaces. Il nexiste aucune institution financière dans la
région.
L'économie locale est basée sur la culture pluviale des céréales (sorgho
et mil) accompagnées d'arachide et de sésame cultivés par les femmes sur
de petites superficies et, localement, de berbéré (sorgho de décrue).
Dans la grande majorité des ménages, le travail agricole est entièrement
manuel, doù une superficie cultivée limitée à un hectare par actif:
le manque de main-doeuvre et la faible productivité du travail sont
une contrainte majeure à lexpansion des cultures qui assurent tout
juste lautosuffisance vivrière en année normale. L'élevage sédentaire
et/ou transhumant est dominé par les petits ruminants et les bovins et
joue un rôle important dépargne de sécurité. En saison sèche, les
éleveurs transhumants du Batha stationnent dans la région. Le Nord-Guéra
a connu de nombreuses famines, notamment au cours des années 70 et 80
et reste confronté à une insécurité alimentaire structurelle du fait des
sécheresses récurrentes et de la forte pression des déprédateurs des cultures
(sauteriaux, oiseaux et divers parasites). Les disettes occasionnelles,
surtout dans le nord enclavé et dans les zones ne disposant pas de bas-fonds
favorables aux cultures de décrues, sont cause de migration saisonnière
qui sajoutent à lémigration à long terme des jeunes actifs.
Conception et objectifs du projet
La stratégie du FIDA au Tchad, élaborée en 1990, fixait des priorités
dintervention correspondant entièrement à celles du Programme Spécial
du FIDA pour les pays d'Afrique subsaharienne touchés par la sécheresse
et la désertification (PSA, phase 1): zones à forte insécurité alimentaire,
populations dépendantes principalement de lagriculture vivrière
pluviale, objectif de sécurisation alimentaire. Le PSA a financé deux
projets dans ces régions prioritaires situées en zone sahélienne. Dans
les deux cas, le montage institutionnel et la stratégie dintervention
cherchent à minimiser les coûts récurrents à la charge de lEtat.
Le PSANG, approuvé en décembre 91, a été la première intervention du FIDA
dans le pays. A lépoque, le Guéra navait encore bénéficié
daucun grand projet dinvestissement public. Cependant, plusieurs
ONG y opéraient depuis le début des années 80 et avaient suscité la création
de groupements villageois autour des activités daide alimentaire
puis de développement communautaire.
Groupe cible
Le groupe cible du projet, estimé à environ 7500 ménages (23% de la population
totale de la zone), comprenait principalement les agriculteurs sédentaires
et les agro-éleveurs. Le projet devrait accorder une priorité aux zones
les plus démunies de ressources identifiées par une étude socio-économique
menée en 1992 (Nord-Ouest de Bitkine, Nord et Sud-Ouest de Mongo, environs
de Mangalmé). Les femmes devaient représenter 50% des bénéficiaires.
Objectifs et composantes
du projet
L'objectif de développement du PSANG était d'«améliorer les conditions
de vie des ménages de la zone en améliorant la sécurité alimentaire de
la population». Lobjectif spécifique principal, typique de la stratégie
du PSA 1 pour la sécurité alimentaire, était de «réduire les fluctuations
des rendements des cultures vivrières et assurer une production accrue
dans des conditions climatiques données» (semences améliorées, protection
phytosanitaire, conservation de leau et des sols). Un deuxième objectif
spécifique lié à la préoccupation de durabilité du processus engagé était
«la promotion de groupements autonomes capables, à moyen terme, de gérer
leur propre développement». Cette organisation du groupe cible en groupements
était considérée comme le moyen datteindre un nombre important de
bénéficiaires tout en assurant une pérennité des services aux producteurs
après la fin du projet. Le PSANG optait pour une démarche progressive,
consistant à capitaliser des connaissances par l'expérience et ensuite
à les mettre en pratique graduellement. Trois options stratégiques furent
définies pour appuyer cette démarche:
la promotion de groupements autonomes: après une période initiale de
formation intensive, les groupements devraient devenir graduellement capables
de prendre en charge certaines responsabilités de gestion et, à terme,
acquérir une autonomie financière par « linstauration de relations
directes avec la structure de crédit et par la mobilisation des ressources
des Fonds de Groupement »;
la mobilisation des institutions pré-existantes au Nord-Guéra: L'Unité
de Gestion du projet (UGP) n'exécute pas directement les actions prévues
mais conclut avec chacun des services et ONG impliqués, un contrat d'exécution
(conventions annuelles), se réservant elle-même la supervision, la coordination
et linterface avec les bailleurs de fonds;
le recouvrement des coûts: cette politique consistait à introduire progressivement
le principe du recouvrement du prix réel des intrants (surtout phytosanitaires)
après une période initiale de subvention.
Le projet, dun coût total de 13 millions de USD sur 7 ans,
comprenait quatre composantes techniques et une composante administrative:
Sensibilisation, animation et formation (10% du coût total du
projet): promotion de 300 groupements, dont la moitié serait
des groupements féminins. Leur formation et mise en place de fonds de
développement des groupements pour financer des petits investissements.
Formation à la programmation et à la gestion. Les investissements productifs
devaient être appuyés par le biais du crédit, tandis qu'un montant limité
sous forme de subvention devait soutenir les investissements collectifs
à caractère social. Cette composante stratégique, point dentrée
du projet dans les communautés, a été confiée au SECADEV, importante ONG
tchadienne déjà implantée au Nord-Guéra.
Développement agricole (41% du coût total): principale composante
devant générer une amélioration de la sécurité alimentaire par augmentation/stabilisation
de la production vivrière: vulgarisation de techniques culturales et phytosanitaires
et de semences améliorées, promotion des cultures maraîchères, mise en
place de diguettes anti-érosives (DRS), promotion de l'agroforesterie
(AF), amélioration de la santé animale, crédit pour l'achat d'intrants
et de matériel agricole, promotion de banques céréalières. Un effort spécial
visait la protection des cultures contre les ravageurs, en particulier
les acridiens. Dimportantes augmentations de rendements des cultures
étaient attendues de la combinaison des mesures de DRS et de protection
des cultures.
L'Office National du Développement Rural (ONDR) était chargé de la vulgarisation
et de la distribution des semences, intrants et équipement agricole à
crédit. La Direction de la Protection des Végétaux (DPVC) devait soccuper
de la vulgarisation de la lutte intégrée, de la recherche sur les insecticides
biologiques, de la formation des agents de terrain et des paysans. LONG
internationale AICF, remplacée en 1997 par lONG tchadienne NAGDARO,
devait appuyer les activités de DRS/AF. La Direction de lElevage
(DERA) et la Direction de lOrganisation Pastorale (DOP) devaient
soccuper de la formation de Groupements dIntérêt Pastoral,
de la santé animale, de la construction dinfrastructures vétérinaires
et de la formation des auxiliaires vétérinaires (DOP). Le laboratoire
vétérinaire de Farcha devait mener des recherches sur le système délevage,
le suivi des troupeaux et pâturages et la pré-vulgarisation des cultures
fourragères. De fait, tous les opérateurs techniques en matière de développement
agricole étaient associés au projet.
Infrastructures rurales (13% du coût): construction et
restauration de 100 puits, 50 diguettes pour la recharge de la nappe
phréatique, réhabilitation de pistes rurales. La maîtrise doeuvre
de cette composante a été confiée à lUGP.
Recherche-Développement (9% du coût): appui à un certain nombre
d'activités de recherche appliquée de la station de l'AICF à Arengha (DRS,
AF). LONG ACORD était impliquée dans la recherche sur l'outillage
et fabrication de matériel agricole incluant la formation d'artisans.
Unité de gestion du projet (22% du coût) et cellule de Suivi-Evaluation
(5% du coût total): outre la Direction, le service administratif et financier
et la cellule de S&E, lUGP comprenait un cadre supérieur pour
chacune des composantes. Ces « chefs de composante » participaient
à lélaboration des programmes et assuraient la négociation et le
suivi des conventions dexécution.
Le PSANG est donc un projet de développement rural à composantes multiples
dont les principales activités passent par des groupements paysans. Le
montage institutionnel est original dans le contexte tchadien du début
des années 90 et constitue un défi: lUnité de Gestion
du Projet (UGP) nexécute pas elle-même les activités sur le terrain
et nest pas destinée à se maintenir au-delà de la période dinvestissement.
Lexécution passe par des acteurs locaux ou nationaux (3 ONG et 5
services publics) avec lesquels lUGP signe des conventions annuelles,
se limitant elle-même à la coordination des partenaires et au suivi et
contrôle des activités réalisées. Les partenaires, ONG ou services gouvernementaux,
navaient jamais été amenés à travailler ensemble dans un même projet.
Lenjeu était damener les populations à sorganiser en
groupements appelés à gérer leur propre développement, sans créer de nouvelles
charges budgétaires pour lEtat et en appuyant les partenaires locaux
déjà connus des villageois. Tous les opérateurs du projet sont contractés
annuellement sur la base dun programme dactivité élaboré avec
la participation des groupements partenaires. Le Programme de Travail
et Budget Annuel du PSANG approuvé par lInstitution Coopérante (Banque
Africaine de Développement) est la consolidation des huit conventions
annuelles et du programme et budget de lUGP.
Malgré plus dun million de USD de ligne de crédit, le PSANG na
pas de composante spécifique de promotion de services financiers, ni dobjectif
institutionnel dans ce domaine (à part lorganisation de groupements
pour gérer au village les crédits des ONG et de lONDR).
Deux organes de concertation et coordination étaient prévus: i) un comité
national de coordination présidée par le ministère du plan et approuvant
les programmes de travail et budgets annuels du projet; et ii) un comité
local, présidé par le directeur du projet, comprenant le préfet, les représentants
locaux des opérateurs et trois présidents de groupements, investi d'un
rôle consultatif et devait servir de cadre de coordination des différentes
agences participant au projet.
Le plan de financement du projet comprenait un prêt du FIDA de 10,8 millions
de USD (83% du coût total), un don du PNUD de 1,4 million de USD
pour l'assistance technique et une contrepartie gouvernementale d'environ
0,8 million de USD.
Effets attendus et hypothèses
Le projet se base sur l'hypothèse que les groupements pourront poursuivre
de manière autonome les actions entreprises avec lappui du projet.
Les principaux effets attendus mentionnés dans le rapport de préévaluation
sont principalement de nature agricole:
augmentation des surfaces et des rendements des principales cultures
(+ 80% en année sèche et + 50% en année normale) avec une réduction des
fluctuations saisonnières de la production agricole. A terme la production
céréalière dune exploitation type devrait passer de 0,3 à 0,9 t
en année sèche, de 0,7 à 2,2 t en année normale et de 1,8 à 3,2 t
en année humide;
amélioration des performances de l'élevage par un abaissement de la mortalité
(permettant de compenser les variations annuelles de production céréalière);
augmentation de 518 du revenu de la journée de travail agricole en année
moyenne;
accès durable des adhérents aux groupements aux services dapprovisionnement
en intrants et commercialisation, services vétérinaires, banques céréalières,
eau potable, etc.
Évaluation
Le projet préparé en 1991 a été effectif en juillet 1992, très rapidement
après la signature de l'accord de prêt en avril. Cependant, les activités
n'ont réellement démarré sur le terrain qu'en début 1994. A la date de
lévaluation intermédiaire (mars-avril 99) la durée effective de
mise en oeuvre est donc de cinq ans. Fin 98, soit un an avant la date
de clôture prévue, le taux de décaissement global du prêt FIDA nétait
que de 48%. Les taux de décaissement des catégories finançant les coûts
de fonctionnement, dassistance technique et déquipement du
projet étaient proches de la moyenne globale, alors que la ligne de crédit
nétait décaissée quà 14% et que les coûts des travaux de génie
civil étaient déjà dépassés (110%).
Evolution
du contexte en cours d'exécution
Au cours des dix dernières années (1988-1998), lévolution du régime
pluviométrique a été plutôt favorable par rapport à la décennie précédente.
Au cours de lexécution du projet on note toutefois deux années sèches
(1993 et 1997). En 1993, il a été nécessaire de distribuer des secours
alimentaires et des semences à la population.
Sur le plan politique, on note un retour à la stabilité à partir de 1991
avec une certaine libéralisation, la promulgation de la Constitution et
lorganisation délections présidentielles et législatives.
La sécurité sest nettement améliorée dans la zone du projet. Le
gouvernement a engagé un programme dajustement structurel, éliminant
notamment les subventions sur les intrants agricoles. La dévaluation du
FCFA (1994) a renchéri le prix des intrants et matériels importés, plaçant
en particulier les produits phytosanitaires hors de portée des paysans
(alors que des ressources considérables avaient été prévues par le PSANG
pour fournir ces produits à crédit). La mise en place du programme national
de services agricoles (Banque mondiale) a induit une restructuration qui
a fortement perturbé le partenariat entre le PSANG et lONDR. Un
autre partenaire important, lAICF, sest retiré de la zone
dès la première année dexécution. Dans le secteur privé on assiste
à lémergence dONG locales, mais peu dentre elles sont
en mesure dintervenir à une échelle aussi étendue que celle du PSANG.
Enfin, en 1995, la réhabilitation de la piste nationale N'Djaména-Mongo-Abêché
a contribué au désenclavement du Nord-Guéra.
Réalisations du projet
Composante "Sensibilisation, animation et formation": organisation
du milieu, crédit et gestion des stocks céréaliers
En termes dorganisation du milieu rural, le PSANG a accéléré et
élargi un processus pré-existant de formation de groupements en procurant
à l'opérateur, chargé de cette composante (SECADEV), les moyens humains
et financiers de s'étendre sur de nouvelles zones et en renforçant les
incitations à la constitution de groupements (lexistence dun
groupement est une condition daccès des individus aux services et
ressources du projet).
Les organisations paysannes se sont également diversifiées et le SECADEV,
bien que très ancré dans son approche de petits groupements infra-villageois,
a su rester flexible en laissant le milieu évoluer dans ses formes dorganisation.
Les groupements dintérêt économique (GIE) sont les formes dorganisation
sociale majoritaires dans le PSANG. Actuellement, 329 groupements sont
partenaires du projet dont 224 GIE masculins ou mixtes, 46 groupements
féminins, 38 Groupement dIntérêt Pastoral (GIP) et 10 groupements
dartisans. En termes quantitatifs, les objectifs du projet sont
donc dépassés et les demandes dadhésion au projet sont nombreuses.
A travers ces groupements, le PSANG touchait fin 98 près de 11 200 personnes
appartenant à environ 8 300 ménages (objectif initial 7 500 ménages).
En termes de genre, 32% des adhérents aux groupements partenaires sont
des femmes (contre un objectif de 50%). Les ménages dirigés par des femmes
sont sous-représentés parmi les adhérents: 19% des ménages adhérents,
alors que létude socio-économique de 1992 estimait à 35% le pourcentage
de ménages ruraux dirigés par des femmes au Nord-Guéra.
Dès la première année dadhésion, les groupements exercent plusieurs
activités (champs collectifs, cotisations, banques de céréales, greniers
de sécurité alimentaire, activités commerciales collectives et individuelles
grâce au crédit) qui ne se diversifient guère par la suite. La capitalisation
se réalise principalement sous forme de stocks de grain (banques céréalières
et greniers de sécurité). Les fonds détenus en liquide (caisse) restent
modestes: inférieurs à 100 000 FCFA pour plus de 80% des groupements.
Le mécanisme de constitution de Fonds de Développement des Groupements
(FDG) na pas fonctionné du fait de limpossibilité pour les
groupements douvrir des comptes dépargne (manque dinstitution
financière à Mongo).
A un deuxième niveau sont apparues plus récemment des unions fédérant
plusieurs groupements. De taille diverse mais nexcédant pas quelques
villages, les unions ont été stimulées par le SECADEV à partir de 1993
pour faciliter la négociation des crédits, le suivi des activités et plus
récemment, pour permettre à de nouveaux groupements de bénéficier de lappui
du projet (ladhésion de nouveaux groupements individuels ayant été
suspendue en 98.) On recense aujourdhui 18 unions de ce type
(6 à Bitkine, 11 à Mongo et 1 à Mangalmé) rassemblant 113 groupements
de base. Là où elles existent, les unions deviennent linterlocuteur
principal du projet. Elles négocient les volumes de crédit financier et
de matériel agricole à redistribuer aux groupements et sont utilisées
comme canal de transmission des activités de vulgarisation. Dans ce domaine,
les résultats dépassent les attentes dans la mesure où la constitution
dunions de groupement nétait pas prévue dans la conception
initiale du PSANG.
Dernier type dorganisation identifiée dans la zone, les comités
villageois de développement, sapparentent aux Associations Villageoises.
Rencontrées uniquement dans la sous-préfecture de Bitkine, ce sont des
structures faîtières au niveau du village prenant en charge les investissements
collectifs comme les puits, les magasins et la gestion des GSA.
Le SECADEV a assuré lensemble des formations à destination des
organisations paysannes en dehors de celles plus techniques effectuées
par ACF/NAGDARO (actions DRS et agroforesterie) et par la DPVC (protection
des cultures). Les thèmes de formation sont définis par le délégué et
lagent de terrain. En termes quantitatifs, ces formations restent
inférieures aux prévisions (50% de réalisation).
Un programme dalphabétisation fonctionnelle à destination des responsables
des groupements conduit par SECADEV a permis douvrir 8 centres dalphabétisation
(7 à Mongo et 1 à Bitkine), de former 60 formateurs paysans et à alphabétiser
170 personnes dont 76 femmes. Des critiques ont été faites à ce programme
dalphabétisation, en particulier le choix de lalphabet latin
pour transcrire la langue arabe.
Les animateur(trice)s agents de base du SECADEV - ont été relativement
bien formés pendant la première phase du projet, mais par la suite le
programme de formation na pas été pleinement réalisé. De plus, aucune
réflexion approfondie na pu être menée à son terme pour mettre en
place un programme de formation conséquent tenant compte des difficultés
vécues par les agents sur le terrain ou par les responsables du SECADEV
sur le plan méthodologique.
Des formations en matière de crédit ont eu lieu en direction des cadres
de lUGP et du SECADEV. Un voyage détude a été organisé pour
les agents de crédit au sud du Tchad pour simprégner de lexpérience
des clubs dépargne et de crédit de Pala.
Les crédits SECADEV: en 1995 et 1996, près de 5 millions
de FCFA ont été octroyés à une trentaine de groupements par an avec un
crédit moyen de 150 000 FCFA à 170 000 FCFA. Les taux
de remboursements vont de 518 pour 1995 à 93% pour 1996. En 1997, sous
la pression du gouvernement pour accélérer limpact du projet, 41 millions
de FCFA ont été octroyés à 112 groupements, soit un volume de crédit 8
fois plus important que les années précédentes. Le volume moyen est par
ailleurs passé de 150 000 FCFA à près de 340 000 FCFA par
crédit. Le taux de remboursement sest immédiatement effondré à 54%.
En 1998, étant donné les faibles taux de remboursement des crédits accordés
lannée précédente, un blocage des crédits dans les zones à faible
taux de remboursement a été décidé. Les octrois ont donc été très inférieurs
aux prévisions: 27 millions octroyés (montant moyen de 430 000)
contre 164 millions de prévisions. Ce dérapage des octrois de crédit
en 1997 est très révélateur du manque dautonomie et de professionnalisme
des services financiers proposés par les partenaires du PSANG. Il semble
que lalerte ait été comprise et que le SECADEV revienne à la prudence.
Les greniers de sécurité alimentaire (GSA): la mise en place des
GSA a démarré en 1996. Pour le grenier, chaque membre fournit une contribution
de 25 kg de céréales et le projet complète la contribution du groupement
de manière à couvrir 50% des besoins des familles pendant les trois mois
de la période de soudure. Lapport du projet est une dotation unique
à fonds perdu et non renouvelable. Un comité est chargé de la gestion
stock du GSA. Actuellement 87 greniers de sécurité alimentaire
ont été implantés dans 80 villages, soit un peu moins dun
tiers des groupements concernés. Lactivité est très appréciée par
les adhérents. Elle a indubitablement facilité lapprovisionnement
alimentaire des membres des groupements lors des difficiles périodes de
soudure en saison des pluies 97 et 98.
Développement agricole: des réalisations très inférieures aux attentes
En matière de protection des cultures céréalières le bilan est
faible. Globalement, les risques phytosanitaires, acridiens et aviaires
ne sont pas mieux maîtrisés quavant le projet. On note cependant
une forte diffusion et appropriation du thème traitement des semences
(calthio) et, dans une moindre mesure, conservation des stocks (percal).
Pour le traitement des cultures sur pied, la cherté des produits phytosanitaires,
les faibles revenus des producteurs, les difficultés dapprovisionnement
et les risques climatiques expliquent le manque dintérêt des producteurs
pour ces produits. Rien de significatif na été réalisé en matière
de lutte anti-aviaire.
Défense et restauration des sols: un très faible taux de réalisation
a été noté mais lintérêt des paysans grandit. La faiblesse des résultats
peut s'expliquer par l'immense effort en investissement humain qui est
exigé pour la construction des diguettes en pierre et la faiblesse des
apports du projet dans ce domaine.
Diffusion de semences améliorées: l'ONDR a mis en place chaque
année dans 53 villages depuis la convention 94, de nombreuses démonstrations
de variétés améliorées dont beaucoup ont été reconduites chaque année.
Les paysans ont apprécié les semences précoces de sorgho S35 et de sésame
S42 mais leur diffusion est entravée par leur susceptibilité aux oiseaux
granivores (sorgho S35) ou leur faible taux en huile (sésame S42.) On
constate cependant une assez forte augmentation des superficies cultivées
en arachide et surtout en sésame depuis 95.
Les crédits ONDR pour le matériel agricole: depuis 1995, 1 300 pièces
de matériel agricole ont été placées à crédit (159 charrettes, 370 charrues,
686 houes, 25 décortiqueuses...) pour un montant de 22 millions
de FCFA à 126 groupements, ce qui ne correspond quà 20% des
prévisions. Le taux de remboursement est de 83%. Pour lannée 1998,
à ce jour, seul 50% du matériel est disponible mais non encore distribué
aux paysans. Le niveau d'équipement en matériel agricole, quoiquen
progression, reste bas au Nord-Guéra. Les chiffres fournis par le projet
sont assez imprécis dans ce domaine mais semblent indiquer quen
1998, 35% des ménages bénéficiaires du projet disposerait dau moins
un matériel agricole moderne, contre 19% pour les ménages non bénéficiaires.
La diffusion a été faible durant les 5 années du projet et il est regrettable
que des solutions en culture attelée n'aient pas été proposées pour le
sarclage des cultures qui est la plus grande contrainte à l'augmentation
des surfaces cultivées.
Maraîchage et arboriculture fruitière dans les zones de bas-fonds:
le projet a soutenu les producteurs dans l'acquisition de puits maraîchers
en leur fournissant à crédit des buses en ciment. Pour l'année 98, 55
puits ont ainsi été construits dans 7 villages. Il a été constaté que
les revenus de cette activité couvraient très largement l'annuité de remboursement.
Dans le domaine de lélevage des activités plus modestes mais
des réalisations convaincantes
Les auxiliaires d'élevage et les dépôts de médicaments vétérinaires:
le principe consiste à former deux éleveurs par groupement sur les
diagnostics et le traitement des maladies. Ils sont équipés chacun gratuitement
d'une trousse vétérinaire mais doivent ensuite sapprovisionner en
médicaments. Les bénéficiaires, membres des Groupements dIntérêt
Pastoral, portent un jugement très positif sur ce système. La vaccination
des volailles contre la maladie de New Castle a permis de réduire significativement
la mortalité. Après plusieurs années d'essai en station, deux variétés
de Dolique sont passées au stade de la prévulgarisation en 97 et 98. Elles
semblent intéresser les agropasteurs qui y voient un moyen de mieux sécuriser
l'alimentation de leurs animaux en période de soudure et aussi de maintenir
une production laitière plus importante.
Artisanat rural: création de deux entreprises locales
Dans le cadre de deux petites conventions établies avec ACORD en 94 et
95, deux ateliers de fabrication ont été créés et fonctionnent actuellement
à Mongo. L'atelier ATRAM est spécialisé en mécano-soudure, il s'est orienté
vers la fabrication de matériel aratoire (charrues, houes, etc.). L'atelier
ATRA est plutôt spécialisé dans la menuiserie bois, notamment la fabrication
de charrettes (46 charrettes fabriquées en 3 ans). Des crédits ont été
octroyés par ACORD en 1995 (2,8 millions de FCFA à latelier ATRAM)
et 1998 (4,7 millions).
Infrastructures: des difficultés dexécution et résultats très
décevants
Le programme des pistes daccès aux villages na pas démarré:
des changements dans la stratégie de leur construction, des lenteurs de
procédures et un manque de décision sont à la base de cette situation.
Pour les mêmes raisons et aussi à cause dentreprises défaillantes,
seuls 27 puits sur les 100 prévus ont été construits. Ces faibles réalisations
de puits sont particulièrement décevantes dans une région où la demande
des populations est pressante et où les villageois ont rapidement mobilisé
les contributions financières qui leur étaient demandées.
Problèmes de mise en oeuvre et performance des institutions
De manière générale les performances des institutions partenaires
ont été inégales et ont été affectées par un dispositif de conventions
annuelles inopérant. La signature des conventions et donc larrivée
des financements ont toujours pris beaucoup de retard. Les contraintes
financières et procédurales ont eu une incidence négative sur lexécution
du programme et expliquent en partie le faible taux de décaissement du
prêt (48%) à un an de sa date de clôture. Elles ont causé des perturbations
dans les calendriers de réalisation des actions, remettant parfois en
cause leur viabilité. La complexité et la rigidité des procédures instaurées
entre les opérateurs, lUGP, lInstitution Coopérante et le
FIDA vont en définitive à lencontre de lesprit de "décentralisation"
et de responsabilisation dont il était question à lorigine. Cest
en particulier le cas des procédures d'élaboration et d'approbation
des programmes annuels d'activité et de passation des conventions
entre l'UGP et ses 8 partenaires. Ces dernières sont apparues beaucoup
trop lourdes, notamment du fait dune excessive centralisation des
pouvoirs de décision au niveau des directions nationales, tant pour les
services publics que pour le SECADEV. Les cadres de l'UGP et des institutions
partenaires ont consacré pratiquement trois à quatre mois par an à lélaboration
et à la signature des conventions, pour une mise à disposition des financements
trop tardive. La lenteur dans le traitement des dossiers par la BAD a
aggravé ces difficultés, de même que la programmation inadéquate et le
manque de pouvoir décisionnel de ses missions sur le terrain.
Du côté des services publics, les prestations des opérateurs ONDR
et DPVC ont été globalement faibles tant au regard des effets attendus
de la composante développement agricole que des taux de réalisation des
conventions. En ce qui concerne lONDR, un des deux partenaires principaux
du PSANG, le mouvement du personnel à destination du programme de vulgarisation
de la Banque mondiale (PSAP) a entraîné d'énormes difficultés dans l'exécution
et le suivi des actions. Par ailleurs, lincapacité de lONDR
à pré-financer les activités prévues aux conventions annuelles a induit
des retards dexécution particulièrement dommageables pour des actions
associées au calendrier agricole des producteurs. En revanche, les
trois opérateurs du volet élevage, DERA, DOP et le Laboratoire de Farcha
ont réalisé de bonnes performances.
Au niveau des ONG, le SECADEV - un des deux opérateurs principaux
du PSANG - a fourni des prestations satisfaisantes, notamment du fait
de la motivation et du professionnalisme de ses agents et de sa capacité
à pré-financer ses activités dans le cadre du projet. Le SECADEV reste
cependant une institution très centralisée, tant au niveau de ses décisions
programmatiques et méthodologiques que dans sa gestion financière, notamment
en matière de crédit. Les relations avec les ONG internationales ont été
plus décevantes: AICF, en charge dun volet important, sest
désengagé du projet en cours de phase tout en stimulant la création dune
ONG locale à partir de ses propres animateurs. Cette dernière reste entièrement
dépendante de ses conventions annuelles avec le PSANG. ACORD a dû interrompre
pendant trois ans ses conventions avec le PSANG et a finalement peu participé
au projet malgré sa démarche méthodologique intéressante.
Le manque dexpérience locale dans lexercice dune mission
complexe et ambitieuse a obligé lUGP à engager de gros efforts dexplication
et de négociation vis-à-vis des différents partenaires, y compris au niveau
du gouvernement. Cela peut expliquer que « le projet » (lUGP)
ait parfois donné limpression trompeuse de ne rien faire, alors
que son rôle était de convaincre les autres à faire. En fait, lUGP
a joué un rôle essentiel dinformation, de concertation et de coordination
entre intervenants locaux, quaucune autre instance régionale ou
nationale nétait en mesure dassurer. Au plan méthodologique,
lUGP a manqué de capacités lui permettant dadapter les
activités du projet à la diversité des situations villageoises et des
exploitations. Elle peut difficilement apprécier la cohérence des
propositions techniques qui lui sont faites par les partenaires, qui restent
souvent trop standardisées et évoluent peu. Elle est encore moins à même,
de ce fait, dorienter les travaux de recherche-développement. Le
rôle des «chefs de composantes» est resté ambigu - conflits de compétence
avec les opérateurs - et ces cadres ont été finalement sous-utilisés.
Le partenariat que le projet (UGP et opérateurs) a établi avec les populations
est encore trop "frileux". Les missions de programmation menées
par les «équipes pluridisciplinaires» dans les villages sont trop superficielles
(3-4 villages par jour) pour dépasser un simple recueil de demandes par
rapport à un menu doffres prédéfini. De ce point de vue méthodologique,
pédagogique et organisationnel la contribution de lassistance
technique (UGP) a été décevante. Les modalités de sélection et les
missions de celle-ci gagneraient à être mieux définies. Par contre, les
missions dappui ponctuelles, notamment en matière de crédit, ont
joué un rôle positif.
Appréciation des effets du projet et de leur pérennité
Au niveau des bénéficiaires, cest sans doute dans le domaine
de laugmentation des capacités dorganisation locales que les
effets sont les plus perceptibles. Les groupements participent activement
aux efforts contribuant à améliorer leurs connaissances ou se traduisant
par un appui financier ou matériel. A travers la constitution et lexpérience
de ces groupements le projet favorise une dynamique de changement social
et économique. Elle se manifeste par une augmentation des groupes désireux
de s'associer pour mener ensemble des activités appuyées par le projet.
Mais elle est plus perceptible encore par le développement spontané chez
certains groupements, d'activités diverses (commercialisation de vivres,
système de solidarité entre membres en période de soudure...) parfois
inspirées de pratiques traditionnelles. Lémergence récente dunions
locales de groupements préfigure sans doute des évolutions beaucoup plus
importantes qui restent à se concrétiser en matière dautonomie des
organisations paysannes, de développement local et de décentralisation.
Les crédits aux activités économiques contribuent indéniablement
à la sécurisation des populations. Lintérêt quelles manifestent
à leur égard est dautant plus grand que ces activités apparaissent
comme des alternatives à lexode saisonnier. Par ailleurs, le montage
des demandes et la gestion des crédits et des remboursements par les groupements
et les Comités Locaux de Crédit (CLC) a permis au fil des années une formation
des responsables et un apprentissage diffus de la gestion et de la comptabilité
dans une région encore peu monétarisée. Les difficultés rencontrées dans
le remboursement des crédits de 1997 ont contribué à une évolution positive
des mentalités tant dans les groupements que chez les agents du SECADEV.
Il est clair que le terrain est aujourdhui beaucoup plus favorable
à létablissement de véritables caisses dépargne et de crédit,
sans lesquelles la meilleure organisation de la demande sociale ne trouvera
pas doffre durable de services financiers.
En revanche, les effets du projet sont beaucoup moins perceptibles
en ce qui concerne la sécurisation de la production agricole et laugmentation
de la productivité qui étaient les principaux bénéfices attendus selon
le rapport de préévaluation. Les conditions climatiques ont contribué
à une situation alimentaire relativement satisfaisante au cours des dernières
années, mais dans le domaine de la protection des cultures, les solutions
proposées par le projet ne sont pas à la hauteur des enjeux auxquels sont
soumis les producteurs. Les travaux sur la conservation des eaux et des
sols sont encore timides et les options techniques peu adaptées (effet
accélérateur de lérosion par les cordons pierreux tracés sans tenir
compte des courbes de niveau, problème du transport des pierres non résolu).
Contrairement aux attentes optimistes, on ne constate pas aujourdhui
de différence significative entre les rendements moyens à lhectare
des ménages bénéficiaires du projet et des ménages témoins.
Les enquêtes de suivi des ménages menées par lUGP rapportent par
contre une superficie cultivée et donc des productions par ménage et par
actif légèrement supérieures chez les ménages bénéficiaires par rapport
aux ménages non participants: de lordre de +20 à +30% au cours des
trois dernières années. Ces chiffres sont difficiles à interpréter mais
pourraient indiquer une meilleure capacité de mobilisation de la main-doeuvre
familiale ou extérieure chez les ménages participants. On constate également
une assez forte augmentation des superficies cultivées en oléagineux (sésame
et arachide) bénéficiant de prix rémunérateurs sur le marché mais cette
tendance apparaît aussi bien chez les ménages adhérents que chez les ménages
non bénéficiaires.
Par rapport à l'objectif principal d'amélioration de la sécurité alimentaire,
le projet à obtenu trois résultats importants: i) une meilleure maîtrise
des stocks céréaliers au village avec les banques céréalières et les GSA;
ii) une plus grande diversification des activités productives et génératrices
de revenu (commerce, oléagineux, cultures maraîchères et fruitières...);
et iii) une meilleure couverture sanitaire du cheptel et de laviculture.
Lindicateur synthétique du niveau de sécurité alimentaire des ménages
(disponible vivrier en période de soudure) révèle une différence significative
entre ménages bénéficiaires et ménages témoins. En moyenne, au cours
des trois dernières périodes de soudure (juillet-septembre 1996, 97
et 98) le disponible vivrier par personne chez les ménages partenaires
du projet a été deux fois supérieur à celui des ménages non bénéficiaires
(40 kg de céréales per capita contre 22).
Disponible vivrier moyen per capita (kg de céréales en stock) en période
de soudure
|
M. Juil-Sept 1996
|
M. Juil-Sept 1997
|
M. Juil-Sept 1998
|
Ménages bénéficiaires
|
64
|
34
|
22
|
Ménages témoins
|
31
|
21
|
14
|
NB: les récoltes 96/97 et surtout 97/98 ont été mauvaises du fait des
conditions climatiques
On constate également, en 1998, une légère différenciation entre ménages
bénéficiaires et témoins au niveau du cheptel moyen par famille (respectivement
7 bovins et 11 petits ruminants contre 6 bovins et 8 petits ruminants)
et du taux déquipement en biens durables (matériel agricole, postes
radios
). Ces indicateurs deffet nétaient pas explicités
dans le rapport de préévaluation mais convergent pour indiquer un début
dimpact sur la sécurité économique et alimentaire des ménages adhérents
aux groupements partenaires du PSANG.
Recommandations
et leçons à tirer
Par sa démarche partenariale et participative et sa présence dans la
durée, le projet a contribué à établir une certaine confiance dans la
population et une capacité de projection dans l'avenir. C'est un résultat
appréciable dans une région à risque alimentaire affectée par 25 ans de
troubles civils et d'insécurité. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées,
le bilan de la première phase montre des acquis importants dans les
domaines suivants: organisation du milieu, formation des hommes, amélioration
de la sécurité alimentaire par le biais d'une meilleure accessibilité
aux denrées alimentaires en période de soudure et dune diversification
des sources de revenu, accès au crédit. Ces acquis demandent à la fois
une consolidation et un engagement plus déterminé vers le transfert de
responsabilités aux acteurs locaux et surtout aux organisations paysannes.
La stratégie d'intervention du PSANG a permis une multiplication des
groupements dans la zone du projet et a créé un cadre de concertation
entre les intervenants locaux en milieu rural, les agents de terrain et
les populations bénéficiaires. Ces synergies développées entre directions
locales des opérateurs à Mongo et entre agents de terrain dans les villages
constituent un gain très important du PSANG qui doit être préservé et
renforcé. Les problèmes pratiques rencontrés dans le fonctionnement
du partenariat local niveaux décisionnels trop centralisés à NDjaména
(voir à Abidjan ou Rome), procédures de conventions annuelles lourdes
et inadaptées, circulation insuffisante de linformation, conflits
de compétence entre «chefs de composante» et opérateurs, retard dans lexécution
des audits, etc. peuvent et doivent être surmontés par un montage
institutionnel et un manuel de procédure assurant une plus grande décentralisation,
davantage de souplesse dans la programmation et le financement et un contrôle
a posteriori plus efficace.
Le renforcement et la création des organisations paysannes ont
permis l'amorce d'une dynamique d'initiative pour le développement local.
Cependant, le projet n'a que faiblement abordé le processus d'autonomisation
de ces organisations. De même il na pas cherché à dépasser le
niveau groupement pour considérer les communautés villageoises dans leur
ensemble. Lapproche du SECADEV privilégiant lémergence de
petits groupements constitués des éléments les plus dynamiques et les
plus ouverts au changement dans les villages (notamment les jeunes hommes
« qui ont voyagé ») a toute sa raison dêtre. Cependant,
elle ne facilite pas un ciblage de loffre de services sur les
plus pauvres, généralement représentés par les ménages dirigés par
les femmes (veuves, divorcées...).
De fait, le projet n'a pas généré l'impact spécifique attendu sur les
femmes, et en particulier les femmes chef de ménage. Les investissements
qui pouvaient contribuer à la réduction de la charge de travail féminine
(puits, charrette, moulins, etc.) ont été insuffisants. Une réduction
de la charge de travail domestique des femmes reste une condition de leur
engagement accru dans des activités génératrices de revenu. Dans ce domaine
une attitude plus volontariste et proactive est nécessaire. Cette
nécessité est déjà en partie prise en compte dans la nouvelle composante
socio-sanitaire sous financement BSF. Elle pourrait se traduire aussi
par une meilleure adaptation des autres services (crédit, alphabétisation,
conseil technique, subvention de contrepartie aux équipements collectifs,
etc.) aux besoins et projets spécifiques exprimés par les groupements
féminins et par des incitations à lémergence dunions
de groupements féminins.
L'impact du projet sur l'augmentation de la production céréalière pluviale
- principal effet attendu - est très inférieur à des attentes beaucoup
trop optimistes. Ce constat nest pas spécifique à ce seul projet.
La combinaison des contraintes lourdes de faiblesse de la main-doeuvre
disponible, de manque déquipement, de risque climatique élevé et
de pression des ravageurs constitue un obstacle quasi infranchissable
à lintensification rapide des cultures céréalières pluviales sauf
subvention massive et prolongée des intrants, équipements et aménagements
fonciers. Dans ces conditions, et en labsence de subventions bannies
par les politiques dajustement structurel, les ressources engagées
dans des services de vulgarisation classique comme ceux de lONDR
sont en fin de compte dune utilité limitée. Cest donc par
des voies beaucoup plus diversifiées quil faut poursuivre lobjectif
de sécurité alimentaire. Le PSANG a eu sans doute, dans sa conception
initiale, une vision trop restrictive du concept de sécurité alimentaire,
principalement centrée sur laugmentation de la production céréalière
locale en tenant peu compte de l'environnement géographique du Nord-Guéra.
Les résultats du projet montrent quen plus des efforts consacrés
aux cultures vivrières, l'amélioration de la sécurité alimentaire dépend
également dune meilleure gestion des récoltes, dune augmentation/diversification
des revenus monétaires (passant par une réduction des charges de travail
domestique et par laccès aux services financiers) et dun meilleur
accès des ménages au marché des denrées alimentaires. L'accessibilité
en période de soudure peut être très largement améliorée, non seulement
par les banques céréalières et les greniers de sécurité au village mais
aussi par la construction d'infrastructures routières qui favorisent
les échanges inter-régionaux. Ce dernier point est important dans le cas
du Guéra étant donné les surproductions fréquentes de berbéré par la préfecture
voisine du Salamat encore très enclavée en saison des pluies
Par ailleurs, l'approche "groupement" privilégiée par le PSANG
ne résout que partiellement les problèmes de sécurité alimentaire des
communautés étant donné que seuls les adhérents en bénéficient. Des banques
céréalières villageoises pourraient remplir, mieux que les GSA,
le rôle d'approvisionnement vivrier des ménages les plus démunis ou marginalisés
qui nont pas toujours les moyens dadhérer aux groupements.
Le crédit a permis de financer des activités génératrices
de revenu, principalement de nature commerciale, qui ont contribué à l'amélioration
de la sécurité alimentaire des adhérents des groupements. Les services
de crédit n'ont cependant pas été conçus dans une perspective d'autonomisation,
professionnalisation et pérennisation dune institution financière
rurale encore inexistante non seulement au Guéra mais dans toute la zone
sahélienne du Tchad. Cest une des raisons pour laquelle le projet
na pu fournir les services dépargne monétaire, individuelle
ou collective. Limportance de la demande de services financiers
et limpact positif de ces services militent pour le développement
dune institution financière décentralisée au Nord-Guéra.
En matière de crédit, lévaluation du PSANG confirme les leçons
déjà tirées des autres expériences du FIDA en Afrique sahélienne et la
justesse des nouvelles orientations politiques du Fonds dans ce secteur.
Le PSANG a créé des synergies entre les opérateurs locaux du développement
rural mais ces derniers, en particulier les ONG préexistantes au projet,
veulent jouer pleinement leur rôle en étant responsables des actions en
amont (conception/programmation) aussi bien quen aval (exécution/évaluation)
et acceptent difficilement d'être de simples exécutants. D'autre part,
les agents qui doivent négocier les conventions sur le terrain nont
pas suffisamment de pouvoir décisionnel. Cest au niveau national
et international que les choix sont validés ou non, à la lumière des prévisions
consignées dans le rapport de pré-évaluation. Or, il ne peut y avoir
de véritable partenariat entre acteurs locaux sans possibilité de négociation
locale des grandes orientations et des modalités dintervention.
A ce titre, cest dès la phase de conception du projet que les
principaux acteurs locaux du développement - organisations paysannes,
ONG ou services publics - doivent être partie prenante de linitiative.
Un statut reconnu de co-financeur pourrait faciliter ce partenariat en
amont des institutions de la société civile. Par la suite, le rôle dune
unité de coordination du projet doit être danimation du partenariat,
de facilitation de la mise en oeuvre, dimpulsion dinnovations
et de suivi-évaluation.
Sur le plan de la stratégie de mise en oeuvre, le PSANG démontre que
le choix dune ONG nationale, compétente et installée durablement
dans la zone dintervention, comme opérateur dune composante
stratégique du projet, peut offrir au moins le même niveau de garantie
que le choix dun service étatique (par contre, cela na pas
été le cas pour les ONG internationales associées au projet). Le PSANG
démontre également linadaptation des procédures de conventions
annuelles dexécution, tout au moins avec les opérateurs principaux
et en particulier ceux en charge de services de crédit. Des conventions
triennales sembleraient beaucoup mieux adaptées à ce type de montage institutionnel.
Plus généralement, la durée dintervention dans des régions et pour
des objectifs comparables à ceux du PSANG doit être plus longue que les
sept années dun prêt classique. A lévidence, les premiers
résultats que lon peut raisonnablement atteindre après cinq ou six
ans dopérations effectives restent fragiles.
Les perturbations regrettables enregistrées en 1995/96 dans le partenariat
liant le projet à lONDR, du fait de la mise en place nationale du
PSAP, appellent une fois de plus à un plus grand effort de coordination
entre bailleurs de fonds sous légide du Gouvernement. A posteriori,
et au vu de lévolution peu convaincante du PSAP et de sa méthode
de vulgarisation, la plus grande modestie et des efforts de réflexion
concertée simposent également à toutes les parties face aux problèmes
irrésolus de lappui à linnovation technique et au développement
agricole dans les zones sahéliennes défavorisées. La nécessité de la concertation
et de la cohérence politique simposera également dans le domaine
du crédit. Dès lors que le PSANG 2 cherchera à implanter un système
financier décentralisé durable au Nord-Guéra, le gouvernement et ses partenaires
au développement devront sassurer que latteinte de cet objectif
ne sera pas entravée par la concurrence déloyale de «crédits projets»
fournis par dautres intervenants à des conditions financièrement
et institutionnellement non viables.
LEvaluation intermédiaire a recommandé que le FIDA confirme son
engagement à financer une deuxième phase du projet, engagement déjà pris
à loccasion de la formulation en 1998 de la composante socio-sanitaire
financée par le Fonds Belge de Survie (BSF). Afin de préparer cette deuxième
phase, une extension de la phase actuelle au-delà du 31 décembre 1999
et au moins jusquà la fin de lannée 2000 est recommandée.
Les fonds restants disponibles sur le prêt sont suffisants pour assurer
la poursuite des activités du projet pendant cette période de conception
et de transition interphase. Il serait très risqué dinterrompre
les financements, en particulier pour ce qui concerne les activités de
suivi des groupements et des crédits. La deuxième phase du PSANG doit
être fondée sur la consolidation des actions positives de la première
phase, lautonomisation progressive des organisations paysannes mises
en place et linstitutionnalisation des services financiers (épargne-crédit
dune part, Fonds dinvestissement local dautre part),
sans envisager dextension géographique du projet au-delà du Nord-Guéra.
Plusieurs autres actions importantes sont dores et déjà prévues
dans le cadre de la composante socio-sanitaire (alphabétisation, hydraulique
villageoise, santé
) qui devra être entièrement intégrée dans le
nouveau projet. La durée de cette seconde phase devrait être de 7 à 8
ans.
La seconde phase doit appuyer létablissement d'une institution
de services financiers (épargne et crédit) décentralisée, professionnelle
et durable, indépendante des activités d'appui-conseil des ONG ou
de vulgarisation de lONDR et basée sur des caisses dépargne
et de crédit autogérées. La promotion de ce système financier décentralisé,
en tant que composante spécifique du nouveau projet, devrait être confiée
à un seul opérateur, si possible le SECADEV qui a accumulé une expérience
importante en la matière, appuyé par une assistance technique spécialisée
en matière de développement des SFD en zones sahéliennes marginales (par
exemple le CIDR). Plus généralement, le projet devra s'investir plus explicitement
dans le soutien à l'émergence d'opérateurs privés locaux, en amont
et en aval de la production agricole et dont les activités sont
indispensables au développement de l'agriculture et de l'élevage.
La deuxième phase devrait appréhender de manière plus large le concept
de sécurité alimentaire qui constituerait toujours lobjectif
central de lintervention. Il faudrait soutenir cet objectif dans
toutes ses dimensions disponibilité, accès, stabilité notamment
par des actions permettant une plus grande accessibilité des ménages les
plus vulnérables aux revenus monétaires et au marché vivrier et en poursuivant
les actions réussies de gestion des stocks vivriers au village (GSA, banques
céréalières). Etant donné les risques multiples auxquels les cultures
pluviales de sorgho et mil sont soumises au Nord-Guéra, leur intensification,
voire même leur sécurisation (protection phytosanitaire + DRS), nest
sans doute pas actuellement la voie la plus économique vers une plus grande
sécurité alimentaire des ménages. L'appui à la diversification des activités
productives et génératrices de revenu devrait être intensifié en fonction
des spécificités et avantages comparatifs locaux, en mettant l'accent
sur l'amélioration de l'efficacité des filières de rente en vue d'augmenter
la production et la captation de la valeur ajoutée par les producteurs,
en particulier les femmes (filières oléagineuses, maraîchères, gomme arabique,
petit élevage, transformation agro-alimentaire, commercialisation/stockage,
moyens de transport). Lamélioration des voies de communication est
une autre action stratégique, de même que laménagement des bas-fonds
et le développement de la traction animale (culture et transport).
Le montage institutionnel et lorganisation du projet au cours
de cette seconde phase doivent être profondément révisés. LUGP
doit complètement se désengager de lexécution des activités et réduire
ses coûts de fonctionnement. Les postes de «chefs de composantes»,
anachroniques et sous-utilisés au cours de la phase 1, doivent être éliminés.
Une UGP beaucoup plus légère devrait devenir lorgane dune
Association de Développement Local du Nord-Guéra qui passerait
un contrat avec le ministère de tutelle et à qui seraient rétrocédées
la maîtrise doeuvre et partie ou totalité des fonds du prêt. Cette
Association de Développement Local devrait regrouper les représentants
des associations paysannes (en particulier les Unions de groupements)
et les ONG présentes au Nord-Guéra. Lassociation et ses membres
passeraient des contrats avec des opérateurs locaux (privés ou publics)
en fonction des projets élaborés par les organisations de base. Un tel
montage institutionnel - inimaginable au début des années 90 - est aujourdhui
fonctionnellement et politiquement possible et souhaitable, grâce aux
résultats de la phase I du PSANG et à lévolution générale de la
politique du Gouvernement tchadien. Il nécessitera cependant un clair
engagement des ONG et services publics participants à décentraliser les
pouvoirs de décision au niveau local.
La recherche de l'autonomisation des organisations paysannes doit se
faire au travers du renforcement des Unions de groupements
par village et par zone - pour qu'ils arrivent à prendre en charge les
circuits de commercialisation des produits agricoles et dapprovisionnement
en intrants, les actions d'appui-conseil aux groupements, voire des projets
daménagement fonciers ou dinfrastructures. Plus généralement,
le type de relation entre les groupements et le « projet » doit
se transformer qualitativement pour évoluer vers un désengagement réussi
de ce dernier. Les relations de «bénéficiaires» à «développeurs» héritées
des années 70-80 et encore fortement ancrées dans les mentalités doivent
être dépassées pour donner un sens beaucoup plus concret aux velléités
de décentralisation et de participation. A cet égard, le processus de
formulation et de lancement de la seconde phase du PSANG est une occasion
à ne pas manquer.
Le dispositif de suivi-évaluation du projet devra être révisé dans le
cadre du nouveau montage institutionnel. Il devra être plus participatif
et les dimensions dauto-évaluation et déchanges dexpériences
entre groupements devront être renforcées. On recommande cependant que
les enquêtes de suivi des groupements et de suivi des ménages qui ont
donné des résultats satisfaisants au cours de la phase 1 soient maintenues
au cours de la phase 2 pour assurer une continuité des séries statistiques
sur les indicateurs les plus significatifs. A cet égard, un accord devra
être conclu entre les partenaires du projet, y compris les organisations
paysannes, sur un ensemble minimum dindicateurs de limpact
attendu.