Résumé du rapport d'évaluation à mi-parcours
La lagune Aby, d'une superficie de 424 km2 est située à l'extrême
Sud-Est de la Côte d'Ivoire. La lagune communique avec l'océan par une
série de chenaux se réunissant en une passe unique au niveau du village
d'Assinie-Mafia. La population autour de la lagune est de 46.000 personnes
(40 villages). L'activité de base est la pêche même si chaque famille
pratique des cultures vivrières de subsistance. Les femmes s'occupent
du fumage du poisson (1.580 fumeuses). La pêche comprend deux secteurs
bien distincts selon les engins utilisés: la pêche collective (1.200 pêcheurs)
utilisant des sennes Aly et des sennes tournantes, la pêche individuelle
(800 pêcheurs) avec des filets maillant à une nappe, des guideaux à crevettes,
des éperviers et des nappes en fibres végétales. Les ressources halieutiques
comprennent 3 groupes de poissons (Ethlamose, Cichlidae, Chrysichthys)
et 3 crustacés exploitables. La surexploitation des ressources provoque
une baisse des prises et une baisse concomitante du revenu des pêcheurs.
Conception et objectifs du projet
Groupe cible
La population cible du projet est composée des 46.000 habitants de
l'ensemble des villages existants autour de la lagune dont 2.000 pêcheurs
et 1.580 fumeuses.
Objectifs et composantes
du projet
Les objectifs principaux du projet sont l'amélioration des conditions
de vie et des revenus des pêcheurs et des fumeuses par le biais d'une
exploitation rationnelle des ressources de la lagune Aby et de l'utilisation
d'un matériel de pêche approprié.
Les composantes du projet sont les suivantes:
- Vulgarisation, encadrement et gestion: encadrement des pêcheurs et
encouragement du recours à des techniques adéquates de pêche, expérimentations
et démonstrations d'aquaculture et de fumage, formation, soutien des
groupements de pêcheurs et aide pour leurs demandes de crédit.
- Assistance directe à la pêche et au fumage: un volet investissements
directs comprenait l'installation d'une chambre froide, un four amélioré,
des enclos d'aquaculture et des acadjas. Un système de crédit réalisé
en étroite collaboration avec la BNDA devait financer la pêche, le fumage,
la commercialisation de poisson frais et l'aquaculture.
- Infrastructures socio-économiques: construction de 11 débarcadères,
de 40 puits (20 nouveaux, 20 à réhabiliter), de 3 marchés ruraux et
d'un centre de services pour la réparation, l'entretien et la maintenance
des moteurs d'embarcations.
- Formation, suivi et évaluation: le suivi devait être assuré par la
Direction des Pêches et 3 évaluations de 2 mois devaient être effectuées.
Deux expertises devaient être réalisées: étude des disponibilités en
bois, une expertise en comptabilité.
Effets attendus et hypothèses
L'accroissement du volume des prises permettra une augmentation des
revenus des pêcheurs. La mise en place des infrastructures doit engendrer
une augmentation des échanges commerciaux entre les riverains de la lagune
et une amélioration sensible de leurs comditions sanitaires. La production
annuelle de 5.000 t de poisson commercialisé en frais doit réduire les
importations ivoiriennes et influencer favorablement la balance des paiements.
L'évaluation faisait l'hypothèse que le développement excessif d'engins
de pêche nouveaux avait provoqué une chute dramatique de la principale
espèce exploitée (l'Ethmalose) alors que les Tilapias et Chrysichtys étaient
sous-exploités à cause de la désaffection des engins individuel par les
pêcheurs.
Évaluation
Evolution
du contexte en cours d'exécution
En lagune, la surexploitation des ressources s'est traduite par une
paupérisation des pêcheurs et une chute des captures, particulièrement
marquée en lagune Aby. Au total, la production lagunaire ne serait plus
que de l'ordre de 4.000 t en 1987 au lieu des 12.000 t de 1984.
D'autres éléments ont eu des effets négatifs: le colmatage de la passe
d'Assinie et des facteurs climatiques défavorables (faibles apports hydrologiques).
Réalisations du projet
Composante infrastructures socio-économiques: 29 débarquadères, au
lieu des 11 prévus, ont été construits à cause de la pression exercée
par les populations riveraines et les responsables politiques locaux (moyen
de désenclaver les villages situés autour de la lagune). 28 puits ont
été réalisés. Au lieu d'un centre de services, le projet a ouvert un magasin
de vente de pièces détachées qui n'a fonctionné qu'en 1987, les pêcheurs
préférant s'approvisionner directement sur les marchés ghanéens ou sur
le marché de Dabou à des prix nettement moins élevés. 3 marchés couverts
ont été réalisés mais ne sont pas utilisés par les commerçants (prix d'acquisition
des stands trop élevés). Un local administratif et 2 logements ont aussi
été construits.
Composante encadrement administratif: l'encadrement des pêcheurs
a consisté en la mise en place de 4 conseillers de pêche (au lieu de 6
prévus), l'organisation de réunions d'information, la visite systématique
des pêcheurs dans leur village, des déplacements ponctuels en cas de conflits
particuliers. Le projet a aidé à la constitution de 8 GVC et de plusieurs
groupes informels devant constituer à terme de nouveaux GVC. La vulgarisation
de nouvelles techniques de fumage s'est effectuée sous forme de démonstrations
(24 séances). Des comités d'hygiène villageois ont été constitués et ont
permis une diminution notable des maladies diarrhéiques au sein de la
population cible.
Assistance directe à la pêche et au fumage: 8 crédits pêche ont été
octroyés à des GVC pour un montant total de 19.231.930 FCFA (financement
des armements de pêche artisanale lagunaire), 1 prêt à un GVC de fumeuses
qui n'a pas été remboursé, aucun prêt pour la mise en place de chaines
de froid ou pour l'aquaculture. Au total, le montant déboursé par la BNDA
s'élève en juillet 1988 à 17,43 millions de FCFA soit 3,9% du montant
prévu. Comme investissements directs, ont été construits, 4 fours de démonstration
(type "Adiaké" et "Chorkor"), une fabrique de glace.
Deux types d'expérimentation d'acadjas ont été menés (acadja traditionnel
et acadja en bambou non enclos). Le projet a construit un catamaran et
6 pirogues (non prévus) qui se sont révélés inadaptés par absence de flottabilité
et n'ont pu être exploités.
Formation: ce volet n'a pas eu l'ampleur prévue (203 jours de formation
sur 604 prévus).
Le suivi et l'évaluation: aucune unité n'a été mise en place.
En 1987, un certain nombre de mesures ayant pour but de rationnaliser
l'effort de pêche et de préserver la resource renouvelables ont été prises:
interdiction des sennes tournantes, mise en place d'un système de licences
de pêche, fermeture de la pêche pendant 6 mois de l'année.
Appréciation des effets du projet et de leur perennité
Effets sur les revenus des bénéficiaires: les pêcheurs individuels
utilisant les filets maillants parviennent actuellement à améliorer les
niveaux de revenus observés en 1982 (290.000 FCFA de revenu annuel actuellement
et 188.000 en 1982). La rentabilité des sennes de plage est insuffisante.
Les revenus des fumeuses marquent une croissance de 107% par rapport à
1982.
Impact sur les conditions de vie: les débarcadères ont permis de
désenclaver certains villages; les puits ont réduit fortement le nombre
de maladies diarrhéiques.
Effets sur les revenus et les conditions de vie des femmes:
la présence des puits permet d'alléger la pénibilité de l'approvisionnement
en eau qui pèse essentiellement sur les femmes et les enfants. Les revenus
des fumeuses ont augmentés (voir para 15).
Impact sur l'emploi: l'adoption de mesures destinées à supprimer
l'usage des sennes tournantes et à enrayer la chute du niveau de production
a eu un impact défavorable sur l'emploi (beaucoup de pêcheurs étrangers
sont retournés dans leur pays). En revanche, les actions d'assistance
aux GVC ont permis à 107 menbres de GVC de développer leur activité dans
la zone du projet et de s'y stabiliser.
Effets sur l'environnement et sur la base de ressource: depuis
1985, on observe une diminution de la production et des rendements ce
qui confirme la tendance antérieure de baisse des stocks que le projet
n'a pas réussi à renverser. Chaque amélioration des rendements observés
après chaque période de fermeture reste fragile et de moins en moins importante
d'une période de fermeture à l'autre.
L'existence du projet a permis de renforcer les capacités techniques
et humaines de la direction des pêches, d'intaurer une étroite collaboration
entre les differents acteurs concernés par les problèmes de pêche sur
la lagune Aby, de renforcer les institutions traditionnelles (chefs de
village et administratives (chefs de canton) dans leur role d'arbitre
des conflits et de participants aux prises de décision (fermeture de la
pêche, instauration d'un système de licences.
Principaux problèmes
rencontrés
L'incapacité du projet à enrayer la baisse des stocks
La baisse des stocks concerne l'ensemble des espèces (pas seulement l'Ethlamose).
On peut distinguer deux facteurs:
- des conditions défavorables: des facteurs hydrologiques négatifs
(faibles apports) et un ensablement des chenaux de la passe d'Assinie.
- une surexploitation liée à une augmentation de la puissance de pêche.
La quasi totalité des sennes de plage de grande longueur et de chute
importante sont encore en activité et le nombre de filets syndicats
a tendance à augmenter ainsi que le nombre d'engins individuels (filets
maillants grande maille et éperviers).
Les efforts entrepris par le projet pour limiter la pression sur les
stocks disponibles (interdiction des sennes tournantes, licences, fermeture
saisonnière de la pêche) vont dans le bon sens mais ne sont pas suffisants.
Quelques erreurs ont cependant été commises: 73% des crédits accordés
l'ont été pour l'achat de 4 grands filets dont l'effet destructeur sur
les stocks d'Ethlamose et de Machoirons n'est plus à démontrer.
Des insuffisances dans l'administration du projet
Exception faite des procès verbaux des réunions du conseil d'organisation
et de suivi,aucun rapport d'activité n'est publié. La mission n'a pu disposer
d'aucun document décrivant les activités du projet ou établissant un bilan
des réalisations physiques et financières. La gestion comptable laisse
également à désirer puisqu'un seul journal comptable est tenu et qu'aucun
autre état financier n'est élaboré. Enfin, les coûts de fonctionnement
notamment au niveau du poste carburant du parc de véhicules se sont révélés
parfois excessifs.
Recommandations
et leçons à tirer
Les propositions en matière d'aménagement de la pêche visent à maitriser
l'effort de pêche, en veillant à privilégier les mesures dont la mise
en oeuvre s'avère la plus aisée. La fermeture annuelle de la saison de
pêche constitue une mesure indispensable à la reconstitution des stocks.
Sa durée doit être fonction de l'effort de pêche entrepris et surtout
de l'évolution de la situation de la lagune. Le suivi des captures et
de la biologie des espèces sera déterminant. Le système des licences doit
être maintenu et leur nombre limité. Il doit être accompagné de l'enregistrement
de tous les engins de pêche et de la création d'une brigade de surveillance.
L'expérimentation d'une senne de plage rénovée et de taille limitée est
opportune en raison de l'absence de sélectivité des sennes utilisées actuellement.
Les efforts de pêche devraient porter sur les stocks actuellement sous-exploités;
une action de développement de la pêche au crabe pourrait bénéficier à
une centaine de pêcheurs.
Le projet devrait intensifier ses efforts pour le développement des
acadjas (3 ha en 1989 et 5 ha l'année suivante si les résultats sont positifs).
Les démonstrations des nouveaux fours se tiendront dans 20 villages.
Une campagne de promotion de l'utilisation de la glace devrait être lancée.
En ce qui concerne la chambre froide que le GVC d'Assinie se propose
de construire, une étude préalable sur la pêche et la commercialisation
de la crevette doit être entreprise.
Une cellule de suivi et une cellule d'évaluation doivent être créées
et coordonnées.
Afin de mettre en place des procédures comptables et une structure
organisationnelle plus efficiente, la mission recommande de recourir à
des missions d'expertise comptable et administrative. Un état comptable
du projet doit être établi et soumis à un audit.
L'équipe des conseillers de pêche doit être renforcée et dotée d'outils
de travail plus fonctionnels. Un accord avec le Centre de Recherche Océanographique
permettra de rassembler les données nécessaires au suivi biologique et
socio-économique des actions du projet.
Pour que les mesures préconisées s'avèrent efficaces, elles doivent
s'inscrire dans un care institutionnel qui rallie le consensus des populations
attenantes à la lagune et les impliquent dans la mise en oeuvre mais aussi
dans la définition globale d'un plan d'aménagement de l'environnement
lagunaire.