Enabling poor rural people
to overcome poverty



Résumé du rapport d'évaluation à mi-parcours

La zone du projet est celle des départements de Dabakala et de Katiola. Du nord au sud, la végétation est de type savane arborée à savane boisée, sévérement dégradée à cause des feux de brousse qui parcourent la zone en saison sèche. Les systèmes de production traditionnels pratiqués dans la région sont des systèmes de culture itinérante avec des périodes de culture de 3 à 5 ans; il n'y a pas de pénurie de terre. Les cultures de base sont l'igname, le mais, l'arachide, la riz et l'anacarde; leur importance relative est différente d'une région à l'autre. Le coton est très présent. Il est cultivé séparément ou en rotation avec les cultures vivrières. L'exode des jeunes a été très important mais, la crise économique contribue à une tendance des jeunes à retourner à leurs villages. Les femmes cultivent des superficies importantes, surtout dans la région de Niakara et Dabakala, elles ont des responsabilités économiques dans la famille (achat de ce qui n'est pas produit sur l'exploitation) et participent à la commercialisation des produits. L'autosuffisance alimentaire semble globalement atteinte.

Conception et objectifs du projet

Groupe cible

Le groupe cible est constitué des 18.000 exploitations "pauvres" de la zone du projet qui est considérée comme une zone de pauvreté. Les bénéficiaires des actions du projet et leur mode de sélection ne sont pas spécifiés.

Objectifs et composantes

Le projet va dans le sens d'objectifs généraux de croissance axée sur les exportations et une substitution efficace des importations. Il cherche à réduire les inégalités régionales en relevant les revenus et le niveau de vie des familles de la région et à contribuer au programme de restructuration des services nationaux de vulgarisation, reconnu comme prioritaire pour faciliter l'adoption de technologies améliorées et accroitre la productivité rurale. Un certain nombre d'innovations et d'approches doivent être expérimentées pour diversifier et concevoir des systèmes plus rentables et plus durables pour la savane.

La projet comprend deux grandes composantes:

- une composante développement agricole qui comprend les volets suivants: encadrement et vulgarisation agricole; traction animale et culture attelée (mise en place à crédit de 200 paires de boeufs de trait, défrichement, formation et installation de 3 forgerons modernes); association agriculture-élevage (mise en place de noyaux d'élevage pour la fourniture de fumier et l'utilisation des résidus de récolte); développement du mouvement coopératif (renforcement des capacités de gestion et diversification des activités de gestion des Groupements à Vocation Coopérative (GVC), mise en place de 10 Caisse Rurale d'Epargne et de Crédit (CREP) pour mobiliser l'épargne des GVC); crédit agricole et approvisionnement en intrants des paysans; recherche-développement; activités féminines (amélioration de l'aviculture villageoise, formation aux techniques de production de l'arachide et des légumes); suivi-évaluation; formation et consultance.

- une composante développement d'infrastructures qui concerne principalement: les pistes rurales (réhabilitation de 212 km de routes et pose de passages de buses); l'hydraulique villageoise (réhabilitation de 50 pompes sur des forages anciens); la construction de 30 nouveaux forages équipés.

La gestion et l'exécution du projet sont confiés à la Compagnie Ivoirienne pour le Développement des Textiles (CIDT) qui passe, sur accord du gouvernement, une série de conventions de sous-traitance pour l'exécution de certaines composantes du projet avec d'autres organismes.

Effets attendus et hypothèses

Les GVC doivent contribuer à améliorer la commercialisation des cultures vivrières des petits exploitants. L'encadrement renforcé doit permettre une augmentation du revenu des paysans encadrés et des rendements des cultures vivrières (en moyenne de 40% pour les rendements de produits vivriers en 2 ou 3 ans). A la fin du projet, presque 70% des paysans dans la zone du projet auront adopté des pratiques agricoles améliorées.

Si les prix internationaux du coton devaient tomber au dessous des estimations, plusieurs mécanismes de correction pourraient intervenir. Les agriculteurs cultiveraient moins de coton et davantage de produits vivriers. Le projet est supposé conçu de telle façon que les services de soutien puissent aisément faire face à cette situation nouvelle sans qu'il en résulte pertes et surcroît de dépenses exagérées.

Évaluation

La mission s'est surtout appuyée sur les données collectées pendant une enquête diagnostique rapide auprès de 100 femmes et 110 hommes interviewés par groupe de 5-10 personnes dans 12 villages selectionnés et sur les données collectées par l'unité de suivi-évaluation du projet. L'impact du projet a été évalué sur la base des objectifs du rapport de pré-évaluation et sur la base des besoins exprimés par les paysans et les paysannes.

Evolution du contexte en cours d'exécution

Le contexte économique général s'est dégradé à cause de la chute des prix sur le marché mondial des principaux produits d'exportation, ce qui a entrainé une série de programmes d'ajustement structurel et sectoriel avec notamment la liquidation de la Banque Nationale pour le Développement Agricole (BNDA), une convention cadre entre la CIDT et l'Etat qui doit diviser les activités de la CIDT entre opérations rentables et opérations de développement et enfin une restructuration interne en cours au niveau de la CIDT.

Les disparités économiques entre les différentes zones du pays sont atténuées par la baisse des cultures de rentes (il existe cependant des disparités très fortes entre micro-régions ainsi que des différences marquées entre les familles et même à l'intérieur des familles).

Réalisations du projet

Le projet a mis en place 188 nouveaux attelages. Dans environ un tiers des nouveaux attelages installés, la culture attelée a été abandonnée et les attelages ensuite transférés chez d'autres paysans. Le taux de remboursement du crédit demeure très bas (19 à 54% selon les régions).

Trente-quatre noyaux d'élevage (14 unités de bovins, 20 unités d'ovins) ont été mis en place et des actions dans le domaine de l'aviculture villageoise entreprises. La mortalité demeure élevée (surtout celle des ovins) et l'association agriculture élevage limitée (3 paysans seulement ont essayé la pratique du fumier).

L'encadrement du projet (de la CIDT) s'adresse uniquement aux producteurs de coton. Du fait de la réduction de la culture du coton, les moniteurs encadrent de moins en moins de paysans. Concernant les thèmes de vulgarisation développés, l'accent est mis sur le coton. Les thèmes techniques de vulgarisation des cultures vivrières sont très limités et touchent le plus souvent d'une façon ou d'une autre la culture du coton (conseils sur l'utilisation de variétés de maïs à cycle court et la nécessité de semer les avant-cultures de maïs et/ou d'arachide avant le 10 avril afin de pouvoir semer le coton au début de juin).

Le projet n'a pas recruté d'agents féminins de vulgarisation mais 3 animatrices sans formation agricole. L'animation féminine se limite donc surtout à la sensibilisation au besoin de traiter avec "triophal" les semences d'arachide, aux méthodes de conservation de l'arachide et à l'animation sur les thèmes d'hygième de santé et d'environnement.

Le projet a organisé et supervisé des assemblées générales des membres de tous les GVC et unions des GVC dans la zone du projet. Les dirigeants dont la gestion ne satisfaisait pas les membres ont été écartés. Le projet a également entrepris en 1991 la consolidation des GVC, mais seulement dans le département de Katiola, en faisant fusionner des GVC qui n'étaient pas viables du point de vue économique et organisationnel ou qui étaient en concurrence avec des GVC voisins, ou avec d'autres GVC.

Le projet a fondé sept CREP dont six fonctionnent. Cependant, une seule a déjà attribué des prêts pour un total de 297 000 FCFA de prêts attribués à 6 paysans et 3 GVC.

La recherche a examiné les systèmes de rotation, la production, la conservation et la commercialisation de l'igname, la production de l'arachide, et elle est en train d'entreprendre une étude des superficies cultivées en anacarde.

Le volet commercialisation a connu d'importants retards d'exécution.

Des pistes ont été réhabilités sur 492 km et reprofilés sur 812 km. 290 passages de buses ont été posés.

Concernant l'hydraulique villageoise, 40 sondages dont 26 positifs ont été effectués.

La sériculture a été introduite en 1990 comme culture nouvelle. La CIDT fournit gratuitement les vers à élever aux paysans pourvu que ceux-ci aient créé un champ de murier. L'engrais nécessaire est fournit à crédit.

22. L'Unité de Suivi-Evaluation (USE) a établi deux rapports et les résultats provisoires des enquêtes permanentes.

Appréciation des effets du projet et de leur pérennité

Bénéficiaires: ce sont principalement les producteurs de coton, aisés et hommes. En effet, l'encadrement agricole ne concerne que les producteurs de coton. Les GVC vivriers de Dabakala ne reçoivent pas d'encadrement et d'appui. Les prêts ne sont atribués qu'aux producteurs de coton pour augmenter les surfaces de coton et non pour augmenter les superficies des cultures vivrières. Les prêts ne sont pas attribués aux paysans qui cultivent de petites superficies parce qu'il sont considérés comme des "paresseux" et leurs exploitations comme non viables. Les femmes ne sont guère encadrées par les moniteurs de la CIDT et restent en dehors des services agricoles et des coopératives organisées par le projet. Les critères pour l'attribution de la culture attelée et les noyaux d'élevage ont nettement favorisé les paysans les plus aisés. Les conditions d'accès aux prêts des CREP paraissent difficiles à remplir par les petits paysans et les femmes (cotisation initiale de 5000 FCFA et épargne préalable). La CREP de Niakara a supprimé les dépots de petites sommes ce qui décourage les plus pauvres.

L'adoption des thèmes techniques sur les cultures vivrières demeure insignifiante. Les rendements ne sont pas toujours plus élevés chez les encadrés que chez les non-encadrés (cas de l'igname, l'arachide et le riz à Dabakala et à Fronan-Katiola en 1991-92).

Effets sur les revenus des bénéficiaires: les données collectées par le projet montrent qu'il y a peu de différences entre les exploitations encadrées et les exploitations non-encadrées en ce qui concerne la valeur nette de la production agricole de l'exploitation.

Effets sur la nutrition et l'autosuffisance alimentaire: selon les données de 1991-92, les exploitations non-encadrées ont un léger avantage sur les exploitations encadrées du point de vue de la sécurité alimentaire (mesurée par la disponibilité de produits vivriers par nombre de résidents sur l'exploitation).

Effets sur les revenus et les conditions de vie des femmes: l'impact de l'animation féminine est très limité. Les animatrices touchent au total 24 villages sur un total de 365 (6,6%) dans la zone du projet ou sur un total de 265 (9%) encadrés par le projet. Le pourcentage des villages encadrés par le projet dans lesquels les animatrices ont formé des groupements informels ou des groupes d'entr'aide est encore plus limité et ne représente que 0,5% de tous les villages encadrés par le projet. Ainsi la plupart des paysannes sont marginalisées et ont des besoins non satisfaits (accès aux prêts notamment).

L'approvisionnement en eau potable des populations villageoises a permis la réduction des risques de contamination par des maladies infectieuses telles que la bilharziose et la réduction du temps passé par les femmes à chercher de l'eau.

Effets sur l'environnement et sur la base de ressource: les programmes de développement agricole n'ont entrainé que très peu de défrichement des savanes arborées. Le problème des traitements pesticides sur les champs de coton n'est pas spécifique au projet et ne s'est pas posé avec beaucoup d'acuité car les superficies cotonnières ne représentent qu'une faible proportion des surfaces cultivées.

Effets sur l'économie locale/nationale: la réhabilitation ou la création des pistes rurales a entrainé la réduction des coûts de transport et l'amélioration de la communication entre les villages. Cette situation favorise l'installation de nouvelles exploitations (le nombre des campements en satellite par rapport aux villages a augmenté), l'augmentation des volumes de produits commercialisés ainsi que l'approvisionnement régulier des centres de marché ruraux et des villes.

Appréciation de la durabilité du projet: la sériculture suscite un grand intérêt des paysans mais risque de se heurter à la difficulté d'approvisionnement des paysans en cocons. En ce qui concerne les pistes rurales, le problème qui se pose à l'avenir est celui de la prise en charge de leurs coûts d'entretien.

Principaux problèmes rencontrés et recommandations

Un encadrement agricole très lié au coton et un faible effort de diversification malgré une réduction des surfaces cultivées en coton

L'exécution du projet par la CIDT constitue un avantage du fait de la structure bien établie de l'institution mais n'a pas permis un encadrement des cultures autres que le coton. Les bénéficiaires du projet sont donc les producteurs de coton. Le projet pénalise les paysans qui ne veulent pas ou plus cultiver le coton en leur refusant l'encadrement agricole. L'objectif du projet de diversifier les cultures et même de remplacer le coton par d'autres cultures rentables n'est pas considéré. La culture de l'anacarde dont la recherche a pourtant signalée l'importance croissante (culture de rente de plus en plus adoptée par les paysans) n'est prise en considération ni par les enquêtes de l'USE ni par la vulgarisation. Les thèmes techniques de vulgarisation des cultures vivrières sont très limités et touchent le plus souvent d'une façon ou d'une autre le coton bien que la recherche s'intéressent à de nombreux autres thèmes. Seul le développement de la sériculture constitue une tentative de diversification.

Le calcul des marges brute montre que la culture des produits vivriers et de l'anacarde est bien souvent plus rentables que celle du coton. Ceci explique l'abandon du coton à Dabakala et Katiola et se traduit par une baisse du nombre de paysans encadrés par la CIDT.

Une faible amélioration de la commercialisation des produits vivriers

Les GVC vivriers, considérés comme non rentables ne reçoivent pas de prêts pour la commercialisation. Il existe des groupements informels d'hommes qui collectivement, commercialisent les produits vivriers ou négocient avec les commerçants un prix acceptable. Mais, le projet n'a pas fait l'effort de mettre en valeur ces groupements existants.

Une intégration des femmes aux activités du projet insuffisante

L'importance des femmes dans la production agricole était largement sous-estimée dans le rapport de pré-évaluation. Trois animatrices sans formation agronomiques et non des agents féminins de vulgarisation ont été recrutées. Les besoins des femmes en encadrement agricole et en prêts de production n'ont pas été satisfaits.

Un système de suivi évaluation peu performant

Beaucoup des données déjà collectées par l'USE qui auraient été très utiles à la mission n'ont pas été disponibles. Les délais de présentation et d'évaluation des résultats demeurent encore longs. En plus, les données disponibles ne permettent ni le suivi de toutes les activités agricoles du projet ni l'évaluation continue de l'impact du projet et de ses effets sur tous les bénéficiaires

Afin de pallier à ces insuffisances, un certains nombre de recommandations sont formulées: équilibrer l'encadrement des cultures vivrières et de la culture du coton; faciliter le développement des thèmes techniques pour améliorer la production des cultures vivrières (cultures associées) et de l'anacarde; encourager les enquêtes sur les systèmes de production des femmes; renforcer la formation des gérants de GVC afin d'équilibrer l'encadrement des GVC coton et des GVC vivriers et de diversifier les activités de commercialisation des GVC coton; redynamiser les GVC vivriers d'hommes et de femmes; intégrer les femmes aux activités de développement rural menées par le projet (encadrement agricole) et leur permettre d'augmenter leur production et leurs revenus agricoles; renforcer la commercialisation des produits vivriers et de l'anacarde (appui aux groupements informels et aux GVC) ; suivre le mode d'attribution des prêts par les CREP afin d'évaluer le degré auquel les petits paysans et les femmes participent à la mobilisation de l'épargne et à l'attribution des prêts; proposer une enquête sur la culture attelée; attribuer les 4 nouveaux noyaux bovins/ovins en 1993 à des groupements informels de femmes, ce qui permettra l'évaluation de leurs efforts lors de la formulation éventuelle d'une deuxième phase; faire l'analyse approfondie des données collectées par l'USE.

Il est possible que ces recommandations ne puissent être exécutées qu'à un niveau limité et n'apportent que des résultats modestes car on ne peut espérer changer rapidement et radicalement une institution filière comme la CIDT et la réorienter vers les cultures vivrières.

Pour une éventuelle deuxième phase, si les prix du coton restent à leur faible niveau, le retrait de la CIDT doit être envisagé; le choix d'une institution pour l'exécution du projet se pose alors. L'existence des groupements informels est à retenir comme alternative valable aux GVC. La possibilité de développer de petites CREP informelles qui adopteraient des règlements plus souples doit être envisagée.

Leçons à tirer

Il est important de collecter des données concernant les paysannes par une enquête diagnostique rapide au moment de la formulation des projets. Si le rôle de productrices des femmes dans leurs propres champs n'est pas clairement indiqué dans le rapport de pré-évaluation, il devient très difficile de les intégrer dans l'encadrement et les prêts du projet.

L'animation féminine ne peut pas remplacer l'encadrement agricole ni satisfaire tous les besoins des paysannes. Elle peut seulement les aider à s'organiser en groupements et les former en matière de gestion.