Enabling poor rural people
to overcome poverty



Résumé

Le Projet de développement des petites exploitations en Guinée forestière (PDPEF) a démarré en 1994. Il a été financé à hauteur de 9,85 millions de DTS par le Fonds international de développement agricole (FIDA). La contribution du Gouvernement guinéen s’élevait à 2 millions de USD ainsi que celle estimée à travers l’apport des bénéficiaires. Sept ans après le début de sa mise en oeuvre, le projet approche de sa date d’achèvement, prévue pour décembre 2001.

Dans cette perspective et celle d’une éventuelle nouvelle intervention dans la zone forestière, le Bureau de l’évaluation et des études du FIDA a été sollicité pour conduire l’évaluation intermédiaire du PDPEF.

L’objectif de cette mission était, dans un esprit d’évaluation conjointe et partenariale, de juger de la pertinence des actions et des approches menées, de mesurer leurs impacts et les changements induits et de tirer les enseignements pour le futur de ce qu’il conviendrait de poursuivre, de stopper ou d’améliorer.

Le renforcement des capacités communautaires du terroir, les Institutions financières rurales (IFR), les actions de développement agricole, de protection de l’environnement ainsi que les infrastructures et interventions relatives à l’amélioration des conditions de vie des populations rurales pauvres étaient les domaines d’investigations à privilégier.

La mission, composée de trois consultants et un représentant du Ministère de l’agriculture et de l’élevage (MAE), a travaillé dans la zone du projet du 20 mai au 9 juin 2001. Elle a procédé à l’auto-évaluation facilitée de l’équipe du projet en place, à des visites de terrain, à des rencontres interpaysannes (Beyla et Yénéta), ainsi qu’à une restitution/débat lors d’un atelier final à N’Zérékoré.

Les objectifs et l’évolution du projet

Les objectifs généraux du PDPEF étaient: i) d’améliorer la sécurité alimentaire des familles rurales les plus pauvres; ii) d’accroître les revenus des petits exploitants; iii) de préserver et de protéger l’environnement à travers une exploitation durable des ressources naturelles.

Sur le terrain, le projet devait: i) aménager 3 700 ha de bas-fonds pour la riziculture et planter 3 500 ha de café; ii) promouvoir un développement autonome par l’organisation, la formation et l’alphabétisation fonctionnelle des bénéficiaires; iii) mettre en place un système de crédit rural; et iv) développer un modèle de développement reproductible dans toute la région.

Trois importantes réorientations ont modifié l’approche du projet. La première, lors du séminaire de démarrage de mai 94, qui demanda à: i) intensifier l’ensemble du système de production agricole et introduire la notion de plans de gestion des ressources naturelles; ii) créer des associations villageoises basées sur les groupements existants; iii) promouvoir des caisses villageoises, d’épargne et de crédit; iv) améliorer les conditions d’approvisionnement en intrants des paysans; et v) collaborer prioritairement avec les services techniques déjà présents sur la zone. La seconde, en 1996 - et suite à la défection du Crédit mutuel de Guinée - contraignit le PDPEF à élaborer une nouvelle stratégie basée sur le développement d’institutions financières de proximité: les Associations de services financiers (ASF), alors en phase expérimentale. La troisième réorientation, suite à la Revue à mi-parcours du FIDA (RMP) en 1998, a mis en place une démarche dite de «Gestion de terroir villageois» à titre expérimental sur 20 villages tests. Ces deux dernières réorientations ont été impulsées directement par le FIDA avec l’appui de l’UNOPS (à partir de 1997) qui ont ainsi fait preuve d’une capacité de réaction rapide exemplaire sur des problèmes de fonds. Elles ont toutes deux bénéficié d’une assistance technique internationale de qualité (quoique quantitativement insuffisante pour les ASF et les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC).

La mise en œuvre du PDPEF s’est révélée complexe pour des raisons internes (réorientations opérationnelles et stratégiques régulières, conséquences humaines et financières en découlant, inertie relative aux procédures, difficultés de trésorerie fréquentes) et externes au projet (faiblesse de l’offre locale en matière de services techniques, chute des cours du café, afflux puis départ de 600 000 réfugiés, désenclavement, monétarisation des productions et spéculation foncière, inexistence d’une filière approvisionnement en intrants au niveau national, faiblesse des solutions techniques proposées pour les cultures sur coteaux et insécurité notoire dans la zone depuis septembre 2000).
Les principales réalisations du PDPEF entre 1994 et 2001

Le renforcement des capacités de développement communautaire

De 1994 à 1998, l’approche dite de «Groupement» a consisté à rassembler des producteurs autour d’un intérêt commun, à les accompagner et à les former afin de constituer, dans un même village, une Association de groupements villageois (AGV) capable à terme, de promouvoir et d’encadrer le développement local intégré de la communauté. A travers cette approche, Le PDPEF a suscité, dans 200 villages, 778 groupements autour des aménagements de bas-fonds et de leur mise en valeur (528), des plantations de café (120) et de la pratique du maraîchage de contre-saison sur bas-fonds (130). Un effort important de formation a été entrepris en matière d’alphabétisation fonctionnelle (en langues vernaculaires), de gestion, de comptabilité, de technique agricole et de structuration des groupements. Mais lors de la RMP, l’AGV est apparue comme une institution “du projet”, créée par lui, organisée en fonction de ses activités et ouverte aux seuls groupements appuyés par le FIDA. Par ailleurs, aucune structuration intervillageoise n’a été initiée.

Une seconde approche dite de «Gestion de terroir villageois (GTV)» fut alors adoptée, conformément aux recommandations de la RMP. Elle vise à appréhender le village dans sa globalité avec pour objectif principal la mise en place concertée d’une gestion durable des ressources naturelles du terroir. Des mesures d’accompagnement pour l’amélioration des conditions de vie des populations rurales étaient prévues. Dans 12 villages tests la première année puis 8 la seconde, l’approche GTV a consisté à réaliser un diagnostic participatif caractérisant le terroir et à aboutir à un Plan de gestion du terroir villageois (PGTV). Parallèlement à cela, un appui à l’organisation du village s’est fait à travers la création de Comités de gestion du terroir villageois (CGTV) et de sous-commissions (agriculture, élevage, foresterie et infrastructure) composés d’élus. Pour les 12 villages de première génération, un accompagnement à la maîtrise d’ouvrage a permis de débuter la réalisation des Plans annuels à travers essentiellement la mise en œuvre d’infrastructures communautaires (écoles, puits, centres d’éducation...). Les outils d’auto-diagnostic et de planification semblent bien maîtrisés par une large frange de la population (hommes, femmes, jeunes). La maîtrise d’ouvrage est au stade d’apprentissage. Les organes CGTV et sous-commissions fonctionnent et remplissent leurs attributions. Sur quelques infrastructures finalisées (puits notamment), les comités de gestion ont organisé le mode d’utilisation (règlement, horaire, tour) ainsi que le recouvrement des cotisations devant assurer l’entretien et la pérennité de l’investissement. La participation villageoise au financement des investissements a été forte (en moyenne 30% des coûts) et souvent considérée comme sous-estimée par la population (45% en réalité pour elle).

Les Institutions financières rurales (ASF, AVEC)

  • 12. La stratégie développée entre 1996 et 1998 était basée sur la promotion d’institutions de services financiers villageois autofinancés, autogérés et autonomes. Constitués d’actions de 5 000 GNF en général, les fonds propres des ASF permettent aux actionnaires l’octroi potentiel d’un crédit court terme (1 à 3 mois) à un taux d’intérêt mensuel de l’ordre de 10%, dont le montant théorique est de 3 à 4 fois supérieur au montant du capital détenu. La destination des prêts n’était pas préciblée. Des dividendes pour chaque action étaient également prévus. Les AVEC représentent dans la conception du PDPEF l’étape pré-ASF (principe identique pour système plus modeste). Les 10 ASF, créées depuis le démarrage du projet, cumulent à ce jour 2 030 actionnaires possédant 6 214 actions pour un capital total de 31 624 000 GNF (un peu plus de 16 000 USD). Elles ont pu, depuis 1997, octroyer 3 994 prêts pour un montant cumulé de 253 millions de GNF (environ 130 000 USD). Les destinations déclarées sont à 43% l’agriculture, 29% le commerce, 23% les besoins familiaux, 5% l’habitat. Les 45 AVEC totalisent, elles, 2 736 membres pour un capital de 27,4 millions de GNF et une épargne à vue de 16 millions de GNF; 5 089 prêts ont été octroyés pour un montant total cumulé de 118 millions de GNF. Trente-cinq pour cent des actionnaires sont des femmes au sein des ASF et 48% au sein des AVEC. Après quatre ans de fonctionnement et malgré un encadrement épisodique et peu consistant du projet, 50% des ASF fonctionnent toujours, mais de nombreux problèmes s’accumulent. Depuis deux ans, beaucoup d’ASF n’ont pas tenu d’assemblées générales, engendrant un manque de transparence croissant, le non-renouvellement des élus et une quasi-absence de contrôle de ces derniers et des gérants par les actionnaires. Aussi, la situation financière des IFR s’est dernièrement dégradée à cause notamment des taux de remboursement qui s’affaiblissent. Dans l’analyse de cette évolution récente, il faut tenir compte de deux facteurs déterminants:

    la grande faiblesse du dispositif d’appui aux IFR - monté en 1998 par le projet - due en partie à la rareté des ressources humaines compétentes en matière de promotion de la microfinance en Guinée, mais aussi à une assistante technique internationale insuffisamment mobilisée. Ceci est d’autant plus surprenant et décevant que les ASF de Guinée étaient considérées par le FIDA comme une innovation et action pilote de première importance en matière de finance rurale en Afrique de l’Ouest.
  • les attaques armées et l’insécurité qui a sévi dans la zone du PDPEF en 2000/2001.

Développement agricole, protection de l’environnement et amélioration des conditions de vie

Les résultats ont concerné: i) les actions visant directement à l’augmentation de la production agricole. Elles se sont caractérisées essentiellement par l’aménagement de 2 307 ha de bas-fonds à vocation rizicole (sur 2 800 prévus) répartis dans les 200 villages qui ont permis une augmentation annuelle d’environ 3 500 t de paddy. Ces résultats sont appréciables par rapport à une situation initiale où les bas-fonds étaient pratiquement inexploités et la riziculture irriguée inconnue dans la zone. L’accès durable au foncier aménagé de la part des exploitants les plus démunis (non propriétaires) et la diminution de la pression agricole sur les coteaux en cours de déforestation accélérée ne s’est malheureusement pas confirmée à travers cette approche. Seulement 15% des objectifs en termes de plantation (principalement café) furent atteints et pratiquement aucune action significative n’a été menée en cultures vivrières de coteaux; ii) les actions visant indirectement à l’augmentation de la production agricole ou directement à l’amélioration des conditions de vie dans les villages. Elles se sont caractérisées essentiellement par 141 km de pistes réhabilitées sur 270 prévus (52%), 16 Comités villageois d’entretien des pistes (CVEP) installés, équipés et fonctionnels pour l’entretien de ce linéaire, 44 magasins de stockage (pour 13 prévus) permettant à 44 villages de bénéficier d’une banque de céréales, 14 ouvrages de franchissement sur piste et 168 de régulation sur bas-fonds, la construction de neuf postes de santé (sur 10 prévus), la réalisation de 35 centres d’alphabétisation (sur 100 prévus), ainsi que de 10 bureaux ASF (sur 10) et qui fonctionnent en partie à ce jour. Les actions visant à l’amélioration de la protection de l’environnement se sont essentiellement concentrées autour de la sensibilisation et de la mise en relation des groupements villageois et des services techniques compétents pour la réalisation de pépinières villageoises, replantation ou mise en défens.

L’adéquation des actions entreprises et l’impact du PDPEF

Au cours de son séjour, la mission d’évaluation a visité un nombre restreint de villages (13). Elle a croisé les informations recueillies sur le terrain avec des entretiens avec les cadres du PDPEF et d’institutions partenaires et avec un examen de l’ensemble de la documentation disponible. Les constats et analyses ont été comparés à ceux des ateliers intervillageois et ont été discutés au cours d’un atelier final de validation avec tous les partenaires concernés. Si les conclusions semblent globalement «robustes», il n’en reste pas moins que les données quantitatives et statistiquement représentatives sur l’impact du projet sont rares, voire inexistantes dans certains domaines. En effet, malgré des moyens importants mis à disposition de l’Unité de gestion du projet (UGP), la fonction de Suivi-Evaluation des effets et impact (voire même dans certains cas des produits d’activité) n’a jamais été opérationnelle au PDPEF. C’est une lacune grave vis-à-vis de laquelle l’équipe du projet, ses assistants techniques, le Ministère de tutelle et le FIDA portent une lourde responsabilité.

En termes de renforcement des capacités de développement communautaire

L’ancienne approche «Groupement» (1994-1998) a permis de mobiliser autour de la riziculture, et plus particulièrement autour des bas-fonds aménagés, près de 5 000 chefs d’exploitation. Si techniquement les résultats sont intéressants, cette approche n’a pas répondu aux attentes des paysans. L’agriculture se pratique en effet de manière individuelle en forêt. Les groupements se sont constitués pour la durée du projet. Ce dernier a involontairement contribué au renforcement du pouvoir des propriétaires terriens, sur bas-fonds comme sur coteaux, sans améliorer l’accès des plus démunis au foncier aménagé. La durabilité de ces groupements d’opportunité s’est donc révélée très faible. Cette démarche, impliquant seulement 10% de la population en moyenne dans les terroirs, conditionnait les décisions d’investissements sociaux aux résultats de quelques individus. Peu de connexions existaient avec les collectivités territoriales décentralisées (CRD et districts) ou les organisations professionnelles agricoles hors PDPEF, et la réflexion ne s’est jamais ouverte sur une approche communautaire plus globale visant à s’engager dans une gestion concertée des ressources naturelles du terroir. Par ailleurs, l’alphabétisation en langue vernaculaire a montré ses limites en l’absence de mesures de post-alphabétisation, de publications en langues locales et d’utilisations de ces langues écrites dans l’administration et les services publics et privés (notamment bancaires). L’impact des formations des auxiliaires semble avoir été très limité.

L’approche GTV (1999-2001) a développé un concept pertinent prenant en compte l’ensemble de la population du village autour de leurs réelles préoccupations et ceci sans limitation. Elle a été responsabilisante, fédératrice, participative et formatrice. Une bonne articulation a été trouvée avec les organes de la décentralisation (CRD et districts). La démarche a pris en compte les schémas directeurs locaux et semble bien avoir été assimilée à la fois par les villageois et les structures d’encadrement. Par contre, elle ne garantit pas une action priorisée en faveur des plus démunis. Au cours de la première année (2000/2001), la mise en oeuvre des plans annuels n’a pas toujours reflété les préoccupations prioritaires initialement exprimées par les paysans dans les diagnostics (agriculture et environnement), sans doute pour des raisons combinées de calendrier et de facilités de consensus. Jusqu’à présent, les plans annuels se sont concentrés essentiellement sur les infrastructures communautaires. La mise en œuvre a connu dans sa forme actuelle des problèmes. Mais globalement, cette approche a eu de nombreux effets positifs (renforcement de la cohésion sociale, diminution des conflits intra et interterroirs, retour à une organisation collective villageoise reconnue, exercice d’une maîtrise d’ouvrage communautaire, meilleure intégration des femmes et des jeunes dans le processus de décisions et de gestion, ouverture du village vers l’extérieur). L’impact économique, agricole et social est plus difficile à mesurer car 80% des actions se sont concentrées sur les infrastructures collectives non génératrices de revenus, et l’importance des travaux non finalisés à ce jour ne permet pas de mesurer sérieusement d’autres changements.

En termes d’institutions et de services financiers ruraux

L’approche a généré un réel intérêt auprès des adhérents. Elle a permis d’accéder à des possibilités d’épargne et de crédits de proximité, souples, rapides et répondant parfaitement aux besoins locaux en matière de «crédit de dépannage » ou de financement d’activités à cycle très court. Elles ont permis aux femmes de bénéficier de nombreux prêts et aux jeunes d’accéder à des postes de responsabilité importants. La compréhension et l’adhésion de la démarche par ces membres sont satisfaisantes. Les petits actionnaires bénéficient majoritairement des prêts octroyés. Par contre, elle n’a pu permettre de satisfaire l’ensemble des besoins, ni sur le micro-crédit court terme, ni sur des crédits plus importants ou à plus long terme. Les encours de crédits sont deux fois supérieurs à ceux du capital. Ceci résulte d’une forte mobilisation de toutes les ressources et d’une importante vitesse de rotation du capital. Les difficultés de remboursement observées à ce jour sont en deçà des normes de performances généralement admises. Aucune véritable articulation n’a actuellement été trouvée avec les autres institutions financières de la place (Crédit rural de Guinée, BCRG). Les IFR ne sont pas reconnues juridiquement et travaillent sans lien fédérateur entre elles. Elles ont suscité des changements sur notamment les taux d’intérêt du crédit avec une tendance à la baisse en interne (15%/mois au démarrage dans les ASF, 10% en moyenne aujourd’hui). Cette baisse reflète de la part des adhérents une logique de crédit dominante par rapport à celle de l’épargne. De même, l’usure traditionnelle est en forte régression dans les localités où interviennent ces IFR. L’impact social, grâce à des crédits permettant la résolution rapide des problèmes de santé, de scolarité, est indéniable. L’impact économique est difficile à évaluer faute d’éléments de suivi/évaluation disponibles et celui en matière de développement agricole ou local reste très faible et en relation directe avec les montants cumulés concernés.

En termes de développement agricole et de protection de l’environnement

L’hypothèse de départ fondant la conception du PDPEF ne s’est pas confirmée au vu des conditions en évolution très rapide au cours de cette dernière décennie. Si les aménagements de bas-fonds par les groupements d’exploitants ont permis une amélioration locale de la production rizicole, ils n’ont pas contribué à réduire significativement la pression sur les coteaux, ni à permettre un accès durable des terres aménagées aux non-propriétaires. De même, l’augmentation des revenus des petits producteurs attendue à travers la promotion des plantations de culture de rente (café principalement) ne s’est pas révélée appropriée et n’a pas reçu l’écho attendu de la part de ces derniers (notamment du fait de l’évolution négative du prix du café). Les interventions en matière de désenclavement et de construction d’infrastructures visant à l’amélioration de la commercialisation où des conditions de vie (banques de céréales, postes de santé…) ont par contre permis d’obtenir des résultats significatifs et adaptés aux réalités locales.

La stratégie de mise en œuvre consistant, dans un premier temps, en un transfert d’informations et de techniques via des auxiliaires villageois puis, à partir de 1998, en une délégation quasi totale des volets «Agriculture et Environnement» aux structures nationales compétentes (sans octroi de moyens spécifiques) n’a pas permis d’atteindre les objectifs fixés. Les groupements et les AGV ne se sont pas révélés des institutions capables de véritablement promouvoir ou catalyser un développement local par la base englobant la problématique du terroir dans sa globalité et sa complexité. L’articulation du projet avec les structures techniques publiques s’est réalisée autour d’une relation de prestataire plus que de partenaire. La faiblesse, notamment des services de la recherche agronomique à produire des référentiels technico-économiques pertinents et adaptés aux réalités des coteaux et des paysans de Guinée forestière a fortement pénalisé le PDPEF dans la réalisation de ses objectifs. Le secteur privé et les représentations diverses des organisations paysannes (Chambre d’agriculture, fédération des planteurs de café, CAOPA…) n’ont pas fait l’objet de relation spécifique.

L’impact attendu en matière de développement de la production agricole demeure globalement faible car l’essentiel de la production de Guinée forestière est issu des coteaux où pratiquement aucune action significative en cultures vivrières, de rente ou environnementales n’a été engagée . Le PDPEF s’est limité aux bas-fonds alors qu’il avait mandat d’intervenir sur l’ensemble du système de production. L’approche Aménagement de bas-fonds a permis une amélioration locale de la production en riz et de son approvisionnement dans les villages durant les périodes difficiles. Cependant, les marges importantes d’amélioration des rendements, de la gestion de l’eau et de la fertilité existent dans ces bas-fonds aménagés. Les actions de désenclavement et de banque de soudure ont sans nul doute eu un impact très positif. L’amélioration des conditions et l’étalement des périodes possibles de déplacement ont permis une meilleure monétarisation des productions et accessibilité aux marchés. Localement, le renforcement des capacités de stockage du village et l’appui à l’organisation de la gestion des stocks ont permis la résolution d’un problème aigu de soudure au niveau des villages grâce à une disponibilité locale des produits et une baisse progressive des taux d’usure sur ces mêmes productions. La rentabilité et la viabilité économique des banques de céréales restent cependant à évaluer avant d’envisager leur réplication.

L’impact recherché sur la réduction de la pression agricole sur coteaux, via les aménagements de bas-fonds, n’a pas été atteint à cause notamment de la dynamique de croissance démographique rapide que connaît la région depuis quelques années. Par contre, le PDPEF a significativement contribué à la mise en valeur des bas-fonds, non exploités dans leur majorité il y a encore une décennie. L’impact sur le nombre de propriétaires concernés par l’aménagement est moindre (1 000 à 1 500 personnes) que celui du nombre d’exploitants exposés et formés à la riziculture irriguée grâce à l’approche Groupement (15 000 personnes estimées). L’approche Groupement n’a cependant pas permis l’amélioration de l’accès au foncier aménagé de la population cible du projet. Par ailleurs, elle n’a pas débouché sur un processus d’organisation professionnelle intervillageois.

Leçons et recommandations tirées de l’expérience du PDPEF

Compte tenu de la richesse des expériences du projet, des acquis prometteurs de certains volets, de la forte demande exprimée par les populations rurales et de l’ampleur du défi agricole et écologique dans cette zone, la mission recommande la préparation d’une nouvelle intervention du FIDA en Guinée forestière.

En matière de renforcement des capacités communautaires de développement: il ressort que l’approche GTV est très pertinente et qu’elle doit se poursuivre et s’étendre à d’autres villages. Son succès dépend, dans un premier temps, de sa capacité à mobiliser rapidement la population autour d’actions concrètes et communautaires. Aussi, le maintien d’un programme d’infrastructures sociales à caractère collectif reste nécessaire. Mais l’équipement en infrastructures des villages est l’étape la plus aisée à réaliser. Il conviendra de rapidement faire évoluer le concept vers une véritable gestion concertée des espaces et des ressources naturelles et d’intégrer concrètement la dimension agricole et environnementale dans le cadre des PGTV. Ceci impliquera certainement d’adapter les approches (communautaires, individuelles) en fonction des problématiques (agricole, environnementale, d’amélioration des conditions de vie...), de s’investir afin de mieux connaître le milieu (typologie, stratégie paysanne, répartition foncière…) pour mieux cibler les actions, et de modifier les procédures de mise en oeuvre pour une meilleure responsabilisation des acteurs et la pérennisation du processus. Globalement, les partenaires approuvent avec toutefois quelques divergences sur les montants de participation à demander aux villageois.

En matière de développement des institutions financières rurales: un consensus global est ressorti sur le fait que les ASF représentent un service de proximité réellement approprié par ses membres et permettant de répondre de manière satisfaisante aux petits crédits de très court terme. La mission recommande donc un développement de cette approche à plus grande échelle mais en gardant les mêmes principes de base (fonctionnement sur fonds propres, crédit court terme, plafond des montants en fonction de l’importance du capital détenu) et en s’ouvrant à des partenariats. Les questions du refinancement des ASF, comme celles des relations partenariales, sont loin de faire un consensus et nécessiteront une réflexion sur la base de la logique d’extension d’un nouveau programme IFR. Une des principales difficultés à résoudre au cours de la phase de formulation d’une nouvelle intervention sera la stratégie de mise en place d’un dispositif professionnel de promotion et d’appui aux ASF. La mission n’avait ni le mandat ni les moyens d’identifier des solutions à ce problème. Il est cependant recommandé de l’aborder sans a priori et en tenant compte de sa dimension nationale puisque les trois autres projets financés par le FIDA dans les autres régions naturelles du pays sont également concernés. D’importants efforts de formation professionnelle préalable et la mobilisation d’une assistance technique internationale à travers des opérateurs expérimentés ne sont pas à exclure.

En matière de développement agricole, de protection de l’environnement et d’amélioration des conditions de vie: la mission recommande de poursuivre les aménagements de bas-fonds à une échelle significative, avec une approche individuelle de l’investissement (l’aménagement appartient et bénéficie clairement au propriétaire foncier) permettant cependant un certain retour des subventions publiques auprès de la communauté. Mais il convient de s’investir aussi et prioritairement sur les coteaux dans les domaines agricoles et environnementaux (après capitalisation préalable des expériences et innovations en cours) à travers un effort de recherche-développement et la mise en place d’un système d’approvisionnement en intrants de proximité et une approche de conseil technico-économique aux exploitations. Elle suggère la promotion d’un système permanent de conseil et d’appui à l’innovation, intégrant les dimensions agricoles et environnementales dans le cadre de l’approche GTV et s’appuyant sur les organisations professionnelles émergentes et les capacités de recherche existantes. Les femmes, au centre de toutes les activités agricoles en milieu rural forestier, devront être la cible principale de ce service. Parallèlement, la poursuite du financement d’actions de désenclavement semble indispensable.

La mission recommande un certain nombre de mesures conservatoires urgentes pour la phase de transition (Cf. chapitre VII). Par ailleurs, la formulation du nouveau projet devrait être menée en partenariat avec les organisations paysannes et la Chambre d’agriculture et en étroite concertation avec les autres bailleurs de fonds intervenant dans la zone, en particulier l’Agence française de développement (AFD) qui est également en phase de formulation d’un nouveau projet de développement agricole en Guinée forestière.