Résumé
Le Projet de développement des petites exploitations en Guinée forestière (PDPEF) a démarré en 1994. Il a été financé à hauteur de 9,85 millions de DTS par le Fonds international de développement agricole (FIDA). La contribution du Gouvernement guinéen sélevait à 2 millions de USD ainsi que celle estimée à travers lapport des bénéficiaires. Sept ans après le début de sa mise en oeuvre, le projet approche de sa date dachèvement, prévue pour décembre 2001.
Dans cette perspective et celle dune éventuelle nouvelle intervention dans la zone forestière, le Bureau de lévaluation et des études du FIDA a été sollicité pour conduire lévaluation intermédiaire du PDPEF.
Lobjectif de cette mission était, dans un esprit dévaluation conjointe et partenariale, de juger de la pertinence des actions et des approches menées, de mesurer leurs impacts et les changements induits et de tirer les enseignements pour le futur de ce quil conviendrait de poursuivre, de stopper ou daméliorer.
Le renforcement des capacités communautaires du terroir, les Institutions financières rurales (IFR), les actions de développement agricole, de protection de lenvironnement ainsi que les infrastructures et interventions relatives à lamélioration des conditions de vie des populations rurales pauvres étaient les domaines dinvestigations à privilégier.
La mission, composée de trois consultants et un représentant du Ministère de lagriculture et de lélevage (MAE), a travaillé dans la zone du projet du 20 mai au 9 juin 2001. Elle a procédé à lauto-évaluation facilitée de léquipe du projet en place, à des visites de terrain, à des rencontres interpaysannes (Beyla et Yénéta), ainsi quà une restitution/débat lors dun atelier final à NZérékoré.
Les objectifs et lévolution du projet
Les objectifs généraux du PDPEF étaient: i) daméliorer la sécurité alimentaire des familles rurales les plus pauvres; ii) daccroître les revenus des petits exploitants; iii) de préserver et de protéger lenvironnement à travers une exploitation durable des ressources naturelles.
Sur le terrain, le projet devait: i) aménager 3 700 ha de bas-fonds pour la riziculture et planter 3 500 ha de café; ii) promouvoir un développement autonome par lorganisation, la formation et lalphabétisation fonctionnelle des bénéficiaires; iii) mettre en place un système de crédit rural; et iv) développer un modèle de développement reproductible dans toute la région.
Trois importantes réorientations ont modifié lapproche du projet. La première, lors du séminaire de démarrage de mai 94, qui demanda à: i) intensifier lensemble du système de production agricole et introduire la notion de plans de gestion des ressources naturelles; ii) créer des associations villageoises basées sur les groupements existants; iii) promouvoir des caisses villageoises, dépargne et de crédit; iv) améliorer les conditions dapprovisionnement en intrants des paysans; et v) collaborer prioritairement avec les services techniques déjà présents sur la zone. La seconde, en 1996 - et suite à la défection du Crédit mutuel de Guinée - contraignit le PDPEF à élaborer une nouvelle stratégie basée sur le développement dinstitutions financières de proximité: les Associations de services financiers (ASF), alors en phase expérimentale. La troisième réorientation, suite à la Revue à mi-parcours du FIDA (RMP) en 1998, a mis en place une démarche dite de «Gestion de terroir villageois» à titre expérimental sur 20 villages tests. Ces deux dernières réorientations ont été impulsées directement par le FIDA avec lappui de lUNOPS (à partir de 1997) qui ont ainsi fait preuve dune capacité de réaction rapide exemplaire sur des problèmes de fonds. Elles ont toutes deux bénéficié dune assistance technique internationale de qualité (quoique quantitativement insuffisante pour les ASF et les Associations villageoises dépargne et de crédit (AVEC).
La mise en uvre du PDPEF sest révélée
complexe pour des raisons internes (réorientations opérationnelles
et stratégiques régulières, conséquences humaines
et financières en découlant, inertie relative aux procédures,
difficultés de trésorerie fréquentes) et externes
au projet (faiblesse de loffre locale en matière de services
techniques, chute des cours du café, afflux puis départ
de 600 000 réfugiés, désenclavement, monétarisation
des productions et spéculation foncière, inexistence dune
filière approvisionnement en intrants au niveau national, faiblesse
des solutions techniques proposées pour les cultures sur coteaux
et insécurité notoire dans la zone depuis septembre 2000).
Les principales réalisations du PDPEF entre 1994 et
2001
Le renforcement des capacités de développement communautaire
De 1994 à 1998, lapproche dite de «Groupement» a consisté à rassembler des producteurs autour dun intérêt commun, à les accompagner et à les former afin de constituer, dans un même village, une Association de groupements villageois (AGV) capable à terme, de promouvoir et dencadrer le développement local intégré de la communauté. A travers cette approche, Le PDPEF a suscité, dans 200 villages, 778 groupements autour des aménagements de bas-fonds et de leur mise en valeur (528), des plantations de café (120) et de la pratique du maraîchage de contre-saison sur bas-fonds (130). Un effort important de formation a été entrepris en matière dalphabétisation fonctionnelle (en langues vernaculaires), de gestion, de comptabilité, de technique agricole et de structuration des groupements. Mais lors de la RMP, lAGV est apparue comme une institution du projet, créée par lui, organisée en fonction de ses activités et ouverte aux seuls groupements appuyés par le FIDA. Par ailleurs, aucune structuration intervillageoise na été initiée.
Une seconde approche dite de «Gestion de terroir villageois (GTV)» fut alors adoptée, conformément aux recommandations de la RMP. Elle vise à appréhender le village dans sa globalité avec pour objectif principal la mise en place concertée dune gestion durable des ressources naturelles du terroir. Des mesures daccompagnement pour lamélioration des conditions de vie des populations rurales étaient prévues. Dans 12 villages tests la première année puis 8 la seconde, lapproche GTV a consisté à réaliser un diagnostic participatif caractérisant le terroir et à aboutir à un Plan de gestion du terroir villageois (PGTV). Parallèlement à cela, un appui à lorganisation du village sest fait à travers la création de Comités de gestion du terroir villageois (CGTV) et de sous-commissions (agriculture, élevage, foresterie et infrastructure) composés délus. Pour les 12 villages de première génération, un accompagnement à la maîtrise douvrage a permis de débuter la réalisation des Plans annuels à travers essentiellement la mise en uvre dinfrastructures communautaires (écoles, puits, centres déducation...). Les outils dauto-diagnostic et de planification semblent bien maîtrisés par une large frange de la population (hommes, femmes, jeunes). La maîtrise douvrage est au stade dapprentissage. Les organes CGTV et sous-commissions fonctionnent et remplissent leurs attributions. Sur quelques infrastructures finalisées (puits notamment), les comités de gestion ont organisé le mode dutilisation (règlement, horaire, tour) ainsi que le recouvrement des cotisations devant assurer lentretien et la pérennité de linvestissement. La participation villageoise au financement des investissements a été forte (en moyenne 30% des coûts) et souvent considérée comme sous-estimée par la population (45% en réalité pour elle).
Les Institutions financières rurales (ASF, AVEC)
Développement agricole, protection de lenvironnement et amélioration des conditions de vie
Les résultats ont concerné: i) les actions visant directement à laugmentation de la production agricole. Elles se sont caractérisées essentiellement par laménagement de 2 307 ha de bas-fonds à vocation rizicole (sur 2 800 prévus) répartis dans les 200 villages qui ont permis une augmentation annuelle denviron 3 500 t de paddy. Ces résultats sont appréciables par rapport à une situation initiale où les bas-fonds étaient pratiquement inexploités et la riziculture irriguée inconnue dans la zone. Laccès durable au foncier aménagé de la part des exploitants les plus démunis (non propriétaires) et la diminution de la pression agricole sur les coteaux en cours de déforestation accélérée ne sest malheureusement pas confirmée à travers cette approche. Seulement 15% des objectifs en termes de plantation (principalement café) furent atteints et pratiquement aucune action significative na été menée en cultures vivrières de coteaux; ii) les actions visant indirectement à laugmentation de la production agricole ou directement à lamélioration des conditions de vie dans les villages. Elles se sont caractérisées essentiellement par 141 km de pistes réhabilitées sur 270 prévus (52%), 16 Comités villageois dentretien des pistes (CVEP) installés, équipés et fonctionnels pour lentretien de ce linéaire, 44 magasins de stockage (pour 13 prévus) permettant à 44 villages de bénéficier dune banque de céréales, 14 ouvrages de franchissement sur piste et 168 de régulation sur bas-fonds, la construction de neuf postes de santé (sur 10 prévus), la réalisation de 35 centres dalphabétisation (sur 100 prévus), ainsi que de 10 bureaux ASF (sur 10) et qui fonctionnent en partie à ce jour. Les actions visant à lamélioration de la protection de lenvironnement se sont essentiellement concentrées autour de la sensibilisation et de la mise en relation des groupements villageois et des services techniques compétents pour la réalisation de pépinières villageoises, replantation ou mise en défens.
Ladéquation des actions entreprises et limpact du PDPEF
Au cours de son séjour, la mission dévaluation a visité un nombre restreint de villages (13). Elle a croisé les informations recueillies sur le terrain avec des entretiens avec les cadres du PDPEF et dinstitutions partenaires et avec un examen de lensemble de la documentation disponible. Les constats et analyses ont été comparés à ceux des ateliers intervillageois et ont été discutés au cours dun atelier final de validation avec tous les partenaires concernés. Si les conclusions semblent globalement «robustes», il nen reste pas moins que les données quantitatives et statistiquement représentatives sur limpact du projet sont rares, voire inexistantes dans certains domaines. En effet, malgré des moyens importants mis à disposition de lUnité de gestion du projet (UGP), la fonction de Suivi-Evaluation des effets et impact (voire même dans certains cas des produits dactivité) na jamais été opérationnelle au PDPEF. Cest une lacune grave vis-à-vis de laquelle léquipe du projet, ses assistants techniques, le Ministère de tutelle et le FIDA portent une lourde responsabilité.
En termes de renforcement des capacités de développement communautaire
Lancienne approche «Groupement» (1994-1998) a permis de mobiliser autour de la riziculture, et plus particulièrement autour des bas-fonds aménagés, près de 5 000 chefs dexploitation. Si techniquement les résultats sont intéressants, cette approche na pas répondu aux attentes des paysans. Lagriculture se pratique en effet de manière individuelle en forêt. Les groupements se sont constitués pour la durée du projet. Ce dernier a involontairement contribué au renforcement du pouvoir des propriétaires terriens, sur bas-fonds comme sur coteaux, sans améliorer laccès des plus démunis au foncier aménagé. La durabilité de ces groupements dopportunité sest donc révélée très faible. Cette démarche, impliquant seulement 10% de la population en moyenne dans les terroirs, conditionnait les décisions dinvestissements sociaux aux résultats de quelques individus. Peu de connexions existaient avec les collectivités territoriales décentralisées (CRD et districts) ou les organisations professionnelles agricoles hors PDPEF, et la réflexion ne sest jamais ouverte sur une approche communautaire plus globale visant à sengager dans une gestion concertée des ressources naturelles du terroir. Par ailleurs, lalphabétisation en langue vernaculaire a montré ses limites en labsence de mesures de post-alphabétisation, de publications en langues locales et dutilisations de ces langues écrites dans ladministration et les services publics et privés (notamment bancaires). Limpact des formations des auxiliaires semble avoir été très limité.
Lapproche GTV (1999-2001) a développé un concept pertinent prenant en compte lensemble de la population du village autour de leurs réelles préoccupations et ceci sans limitation. Elle a été responsabilisante, fédératrice, participative et formatrice. Une bonne articulation a été trouvée avec les organes de la décentralisation (CRD et districts). La démarche a pris en compte les schémas directeurs locaux et semble bien avoir été assimilée à la fois par les villageois et les structures dencadrement. Par contre, elle ne garantit pas une action priorisée en faveur des plus démunis. Au cours de la première année (2000/2001), la mise en oeuvre des plans annuels na pas toujours reflété les préoccupations prioritaires initialement exprimées par les paysans dans les diagnostics (agriculture et environnement), sans doute pour des raisons combinées de calendrier et de facilités de consensus. Jusquà présent, les plans annuels se sont concentrés essentiellement sur les infrastructures communautaires. La mise en uvre a connu dans sa forme actuelle des problèmes. Mais globalement, cette approche a eu de nombreux effets positifs (renforcement de la cohésion sociale, diminution des conflits intra et interterroirs, retour à une organisation collective villageoise reconnue, exercice dune maîtrise douvrage communautaire, meilleure intégration des femmes et des jeunes dans le processus de décisions et de gestion, ouverture du village vers lextérieur). Limpact économique, agricole et social est plus difficile à mesurer car 80% des actions se sont concentrées sur les infrastructures collectives non génératrices de revenus, et limportance des travaux non finalisés à ce jour ne permet pas de mesurer sérieusement dautres changements.
En termes dinstitutions et de services financiers ruraux
Lapproche a généré un réel intérêt auprès des adhérents. Elle a permis daccéder à des possibilités dépargne et de crédits de proximité, souples, rapides et répondant parfaitement aux besoins locaux en matière de «crédit de dépannage » ou de financement dactivités à cycle très court. Elles ont permis aux femmes de bénéficier de nombreux prêts et aux jeunes daccéder à des postes de responsabilité importants. La compréhension et ladhésion de la démarche par ces membres sont satisfaisantes. Les petits actionnaires bénéficient majoritairement des prêts octroyés. Par contre, elle na pu permettre de satisfaire lensemble des besoins, ni sur le micro-crédit court terme, ni sur des crédits plus importants ou à plus long terme. Les encours de crédits sont deux fois supérieurs à ceux du capital. Ceci résulte dune forte mobilisation de toutes les ressources et dune importante vitesse de rotation du capital. Les difficultés de remboursement observées à ce jour sont en deçà des normes de performances généralement admises. Aucune véritable articulation na actuellement été trouvée avec les autres institutions financières de la place (Crédit rural de Guinée, BCRG). Les IFR ne sont pas reconnues juridiquement et travaillent sans lien fédérateur entre elles. Elles ont suscité des changements sur notamment les taux dintérêt du crédit avec une tendance à la baisse en interne (15%/mois au démarrage dans les ASF, 10% en moyenne aujourdhui). Cette baisse reflète de la part des adhérents une logique de crédit dominante par rapport à celle de lépargne. De même, lusure traditionnelle est en forte régression dans les localités où interviennent ces IFR. Limpact social, grâce à des crédits permettant la résolution rapide des problèmes de santé, de scolarité, est indéniable. Limpact économique est difficile à évaluer faute déléments de suivi/évaluation disponibles et celui en matière de développement agricole ou local reste très faible et en relation directe avec les montants cumulés concernés.
En termes de développement agricole et de protection de lenvironnement
Lhypothèse de départ fondant la conception du PDPEF ne sest pas confirmée au vu des conditions en évolution très rapide au cours de cette dernière décennie. Si les aménagements de bas-fonds par les groupements dexploitants ont permis une amélioration locale de la production rizicole, ils nont pas contribué à réduire significativement la pression sur les coteaux, ni à permettre un accès durable des terres aménagées aux non-propriétaires. De même, laugmentation des revenus des petits producteurs attendue à travers la promotion des plantations de culture de rente (café principalement) ne sest pas révélée appropriée et na pas reçu lécho attendu de la part de ces derniers (notamment du fait de lévolution négative du prix du café). Les interventions en matière de désenclavement et de construction dinfrastructures visant à lamélioration de la commercialisation où des conditions de vie (banques de céréales, postes de santé ) ont par contre permis dobtenir des résultats significatifs et adaptés aux réalités locales.
La stratégie de mise en uvre consistant, dans un premier temps, en un transfert dinformations et de techniques via des auxiliaires villageois puis, à partir de 1998, en une délégation quasi totale des volets «Agriculture et Environnement» aux structures nationales compétentes (sans octroi de moyens spécifiques) na pas permis datteindre les objectifs fixés. Les groupements et les AGV ne se sont pas révélés des institutions capables de véritablement promouvoir ou catalyser un développement local par la base englobant la problématique du terroir dans sa globalité et sa complexité. Larticulation du projet avec les structures techniques publiques sest réalisée autour dune relation de prestataire plus que de partenaire. La faiblesse, notamment des services de la recherche agronomique à produire des référentiels technico-économiques pertinents et adaptés aux réalités des coteaux et des paysans de Guinée forestière a fortement pénalisé le PDPEF dans la réalisation de ses objectifs. Le secteur privé et les représentations diverses des organisations paysannes (Chambre dagriculture, fédération des planteurs de café, CAOPA ) nont pas fait lobjet de relation spécifique.
Limpact attendu en matière de développement de la production agricole demeure globalement faible car lessentiel de la production de Guinée forestière est issu des coteaux où pratiquement aucune action significative en cultures vivrières, de rente ou environnementales na été engagée . Le PDPEF sest limité aux bas-fonds alors quil avait mandat dintervenir sur lensemble du système de production. Lapproche Aménagement de bas-fonds a permis une amélioration locale de la production en riz et de son approvisionnement dans les villages durant les périodes difficiles. Cependant, les marges importantes damélioration des rendements, de la gestion de leau et de la fertilité existent dans ces bas-fonds aménagés. Les actions de désenclavement et de banque de soudure ont sans nul doute eu un impact très positif. Lamélioration des conditions et létalement des périodes possibles de déplacement ont permis une meilleure monétarisation des productions et accessibilité aux marchés. Localement, le renforcement des capacités de stockage du village et lappui à lorganisation de la gestion des stocks ont permis la résolution dun problème aigu de soudure au niveau des villages grâce à une disponibilité locale des produits et une baisse progressive des taux dusure sur ces mêmes productions. La rentabilité et la viabilité économique des banques de céréales restent cependant à évaluer avant denvisager leur réplication.
Limpact recherché sur la réduction de la pression agricole sur coteaux, via les aménagements de bas-fonds, na pas été atteint à cause notamment de la dynamique de croissance démographique rapide que connaît la région depuis quelques années. Par contre, le PDPEF a significativement contribué à la mise en valeur des bas-fonds, non exploités dans leur majorité il y a encore une décennie. Limpact sur le nombre de propriétaires concernés par laménagement est moindre (1 000 à 1 500 personnes) que celui du nombre dexploitants exposés et formés à la riziculture irriguée grâce à lapproche Groupement (15 000 personnes estimées). Lapproche Groupement na cependant pas permis lamélioration de laccès au foncier aménagé de la population cible du projet. Par ailleurs, elle na pas débouché sur un processus dorganisation professionnelle intervillageois.
Leçons et recommandations tirées de lexpérience du PDPEF
Compte tenu de la richesse des expériences du projet, des acquis prometteurs de certains volets, de la forte demande exprimée par les populations rurales et de lampleur du défi agricole et écologique dans cette zone, la mission recommande la préparation dune nouvelle intervention du FIDA en Guinée forestière.
En matière de renforcement des capacités communautaires de développement: il ressort que lapproche GTV est très pertinente et quelle doit se poursuivre et sétendre à dautres villages. Son succès dépend, dans un premier temps, de sa capacité à mobiliser rapidement la population autour dactions concrètes et communautaires. Aussi, le maintien dun programme dinfrastructures sociales à caractère collectif reste nécessaire. Mais léquipement en infrastructures des villages est létape la plus aisée à réaliser. Il conviendra de rapidement faire évoluer le concept vers une véritable gestion concertée des espaces et des ressources naturelles et dintégrer concrètement la dimension agricole et environnementale dans le cadre des PGTV. Ceci impliquera certainement dadapter les approches (communautaires, individuelles) en fonction des problématiques (agricole, environnementale, damélioration des conditions de vie...), de sinvestir afin de mieux connaître le milieu (typologie, stratégie paysanne, répartition foncière ) pour mieux cibler les actions, et de modifier les procédures de mise en oeuvre pour une meilleure responsabilisation des acteurs et la pérennisation du processus. Globalement, les partenaires approuvent avec toutefois quelques divergences sur les montants de participation à demander aux villageois.
En matière de développement des institutions financières rurales: un consensus global est ressorti sur le fait que les ASF représentent un service de proximité réellement approprié par ses membres et permettant de répondre de manière satisfaisante aux petits crédits de très court terme. La mission recommande donc un développement de cette approche à plus grande échelle mais en gardant les mêmes principes de base (fonctionnement sur fonds propres, crédit court terme, plafond des montants en fonction de limportance du capital détenu) et en souvrant à des partenariats. Les questions du refinancement des ASF, comme celles des relations partenariales, sont loin de faire un consensus et nécessiteront une réflexion sur la base de la logique dextension dun nouveau programme IFR. Une des principales difficultés à résoudre au cours de la phase de formulation dune nouvelle intervention sera la stratégie de mise en place dun dispositif professionnel de promotion et dappui aux ASF. La mission navait ni le mandat ni les moyens didentifier des solutions à ce problème. Il est cependant recommandé de laborder sans a priori et en tenant compte de sa dimension nationale puisque les trois autres projets financés par le FIDA dans les autres régions naturelles du pays sont également concernés. Dimportants efforts de formation professionnelle préalable et la mobilisation dune assistance technique internationale à travers des opérateurs expérimentés ne sont pas à exclure.
En matière de développement agricole, de protection de lenvironnement et damélioration des conditions de vie: la mission recommande de poursuivre les aménagements de bas-fonds à une échelle significative, avec une approche individuelle de linvestissement (laménagement appartient et bénéficie clairement au propriétaire foncier) permettant cependant un certain retour des subventions publiques auprès de la communauté. Mais il convient de sinvestir aussi et prioritairement sur les coteaux dans les domaines agricoles et environnementaux (après capitalisation préalable des expériences et innovations en cours) à travers un effort de recherche-développement et la mise en place dun système dapprovisionnement en intrants de proximité et une approche de conseil technico-économique aux exploitations. Elle suggère la promotion dun système permanent de conseil et dappui à linnovation, intégrant les dimensions agricoles et environnementales dans le cadre de lapproche GTV et sappuyant sur les organisations professionnelles émergentes et les capacités de recherche existantes. Les femmes, au centre de toutes les activités agricoles en milieu rural forestier, devront être la cible principale de ce service. Parallèlement, la poursuite du financement dactions de désenclavement semble indispensable.
La mission recommande un certain nombre de mesures conservatoires urgentes pour la phase de transition (Cf. chapitre VII). Par ailleurs, la formulation du nouveau projet devrait être menée en partenariat avec les organisations paysannes et la Chambre dagriculture et en étroite concertation avec les autres bailleurs de fonds intervenant dans la zone, en particulier lAgence française de développement (AFD) qui est également en phase de formulation dun nouveau projet de développement agricole en Guinée forestière.