Rapport d'évaluation intermediaire
Les prêts FIDA pour la mise en uvre du Projet de mise en valeur du Haut Bassin du Mandrare (PHBM) sont entrés en vigueur à la fin du mois de décembre 1995 pour une durée de 5 ans (prêts 376-MG et SRS-045-MG). En octobre-novembre 1999, après environ 4 années d'exécution, une mission de revue à mi-parcours a été menée sur le terrain par une équipe du Centre d'Investissement de la FAO, afin de: i) mesurer l'avancement des réalisations physiques; ii) analyser le concept du projet et sa mise en uvre; iii) préparer un plan d'exécution pour la durée restante du projet; ainsi que iv) définir les activités à poursuivre dans le cadre d'une seconde phase.
Cette revue des réalisations du PHBM, appuyée notamment par les divers rapports annuels d'activité, de suivi-évaluation et de supervision, a souligné le taux élevé de réalisation et de réussite du projet par rapport aux objectifs fixés dans le rapport de pré-évaluation (RPE). Le Gouvernement de Madagascar a par conséquent manifesté son intérêt pour une seconde phase qui permettrait de consolider les résultats acquis jusqu'à présent et d'étendre la zone d'intervention actuelle du projet : aux 4 communes rurales de Tsivory, Elonty, Mahaly et Marotsiraka, viendraient s'ajouter les 5 communes de Esira, Maromby, Tranomaro, Ebelo et Imanombo. La proposition de seconde phase ayant reçu un accord de principe, la Division Afrique II a entrepris la conception et la formulation du nouveau projet. Conformément aux procédures du FIDA, une évaluation intermédiaire (EI) du PHBM devait donc être menée avant le lancement de la seconde phase.
Par conséquent, la Division Afrique II a demandé au Bureau de l'évaluation et des études de conduire l'EI. Celle-ci a tiré parti du travail déjà effectué pendant la mission de revue à mi-parcours ainsi que du don récemment octroyé à l'Association Hevitra Maro au titre du Programme de coopération élargie FIDA/ONG, pour appuyer la planification communautaire participative du projet. Compte tenu des données déjà disponibles et du peu de temps imparti avant le début de la mission de formulation de la deuxième phase, lévaluation intermédiaire devait essentiellement porter sur l'impact du projet sur la vie des habitants des quatre communes de la zone d'intervention. Tel que mentionné dans le document d'orientation de l'EI, l'objectif principal de la mission était de "vérifier si l'impact prévu par le projet sur les conditions de vie des pauvres a été atteint et de formuler des recommandations pour la prochaine phase." Dans ce but, la priorité a été donnée au point de vue des communautés locales, hommes, femmes, adultes et jeunes, bénéficiaires mais également non bénéficiaires des diverses activités du PHBM.
L'approche du FIDA en matière d'EI consiste à: i) analyser si le projet a bien été mis en uvre; ii) analyser si les activités et les financements à sa disposition étaient les plus adaptés pour réduire la pauvreté; et iii) mettre l'accent sur la participation des différents partenaires du développement. Les questions clés, auxquelles l'Évaluation intermédiaire du Projet de mise en valeur du Haut Bassin du Mandrare devait apporter des réponses, étaient les suivantes:
Le PHBM savère être un projet multi-sectoriel basé sur une approche intégrée et hautement participative. Sa mise en uvre s'organise autour de 3 grandes composantes et de plusieurs volets: (1) Réhabilitation des infrastructures rurales: réhabilitation des routes et pistes rurales, réhabilitation des centres de santé de base, construction de couloirs de vaccination avec parc de contention; (2) Développement rural: réhabilitation des réseaux d'irrigation, protection des bassins versants/Environnement, organisation paysanne, vulgarisation agricole; et (3) Gestion du projet-Renforcement institutionnel: Direction du projet, suivi et évaluation, gestion comptable. Sa population cible était composée de 3 125 petites exploitations de moins de 2 ha disposant ou non de rizières, de culture attelée et/ou de bovins et de petits ruminants.
En termes de réalisations physiques, les diverses missions ont souligné la réussite du PHBM: la réhabilitation des infrastructures a atteint 118%, dont 153% pour les routes et les pistes; la composante développement rural a atteint plus de 100%, avec 94% pour les réseaux hydro-agricoles et 107% pour les organisations paysannes. Au 1er mars 2000, les fonds étaient décaissés à hauteur de 71% du montant total disponible, et on s'attend à ce qu'ils le soient entièrement à la clôture du projet prévue le 30 juin 2001. Devant ces constats, la Division Afrique II a souhaité engager au plus tôt le processus d'extension du prêt/projet, afin d'éviter un délai d'interruption entre les deux phases.
Lévaluation a étudié la question clé Qui sont les bénéficiaires du PHBM? pour mieux comprendre si ce projet, qui semble avoir été une grande réussite sur le plan économique dans la zone de projet, a pu toucher les ménages et les individus les plus défavorisés, ou bien sils sont restés en dehors du courant principal dactivité économique qui sest développé.
La mission a constaté queffectivement, toute la population cible, telle que définie dans le RPE, a bien été touchée par les actions du projet; à première vue, on distingue seulement les bénéficiaires directs dune ou plusieurs activités du PHBM et les bénéficiaires indirects. Néanmoins, en approfondissant l'analyse, il apparaît qu'en termes de groupes cibles spécifiques, certaines couches généralement plus vulnérables ont été omises, telles que les femmes, les jeunes et les paysans qui nont pas accès à la terre irrigable et ne sont pas éleveurs.
La mission recommande donc quà lavenir, une attention particulière soit portée aux ménages qui nont pas accès à la terre irrigable et ne sont pas éleveurs de métier. Afin daider ces ménages, le projet devra prévoir lallocation de ressources en faveur de l'élevage de petits ruminants et de volailles (production, alimentation et prophylaxie) et de la culture sèche.
Une attention particulière devra être accordée aussi aux femmes et aux jeunes qui sont défavorisés. A cette fin, le projet devra améliorer leur accès à lencadrement et à la formation technique. Par ailleurs, les femmes considèrent que l'approvisionnement en eau potable et la mise à disposition de services sanitaires de proximité (médicaments, sage-femme, soins médicaux), ainsi que lassistance à la création dassociations féminines sont des mesures que le projet doit prendre pour leur permettre de profiter des autres possibilités offertes.
Comme principe de ciblage, le projet ne peut pas faire limpasse sur les analphabètes. Lanalphabétisme, dont le taux est très élevé dans la zone du projet, entrave le développement social, politique et économique. Il limite la participation du groupe cible au projet et aura certainement un impact sur la pérennité et la distribution des avantages globaux du projet.
En conséquence, la mission recommande que le projet prenne des initiatives - en collaboration avec les responsables et les partenaires spécialisés dans ce domaine - afin de combattre lanalphabétisme et de relever le niveau d'éducation de la population (alphabétisation fonctionnelle et formation technique) en vue dassurer une distribution des avantages du projet plus équitable et une plus grande participation des membres d'associations à leurs administrations.
La question Quels ont été les principaux changements, constatés et vécus par les populations rurales, attribuables aux activités du projet? a été posée pour savoir non seulement qui a été englobé dans le projet, mais aussi comment ses effets se sont fait sentir. En réponse à cette question, la mission a constaté que le projet a dépassé les attentes à plusieurs égards. Il a enregistré non seulement un taux de réalisations remarquable sur le plan financier et physique, mais aussi au niveau socio-économique.
La mission d'évaluation intermédiaire a pu constater les nombreux signes de limpact bénéfique attribuable aux activités du projet en termes d'amélioration des conditions de vie des populations de la zone cible et donc de réduction sensible du niveau de pauvreté des ménages ruraux. Ces changements peuvent être vécus à un niveau individuel, familial, communautaire, communal, voire même régional, comme ils peuvent être sociaux et comportementaux, économiques et financiers, techniques ou encore organisationnels. Tous ces changements résultent principalement de:
Les principaux changements vécus par la population, cest-à-dire limpact du projet sur le groupe cible, au sens général, ayant été très positifs, la mission recommande que les grandes lignes du projet sur le plan des investissements et des activités de sa première phase soient retenues pour son élargissement au titre de la deuxième phase. Le projet devra donc continuer à mettre laccent sur la création dinfrastructures (économiques et sociales) et dassociations paysannes chargées de leur gestion.
Malgré toutes ces améliorations remarquables, quelques rares effets négatifs pourraient cependant être imputables aux activités du PHBM, tels que: i) la dévalorisation progressive des cultures sèches (manioc, patate douce, maïs) devant l'hégémonie de la riziculture; ii) l'accroissement potentiel de la dégradation de l'environnement si aucune mesure d'accompagnement n'est prise pour compenser l'accroissement prévisible du nombre de bovins lié à l'augmentation des revenus et donc à la plus grande capacité d'épargne des petits exploitants; iii) le découragement des opérateurs privés devant la concurrence déloyale du projet qui subventionne du matériel agricole auprès des paysans de la zone; iv) la dépendance des populations à légard des appuis et de l'encadrement offerts par le projet, leur manque d'initiatives propres; et v) des changements dans la charge de travail des femmes, et la tendance des hommes à gérer les ressources et les revenus dérivant du développement des activités économiques des femmes. Pendant la période de la mise en oeuvre du projet il y a eu une nette augmentation des vols de bétail. Il nest pas évident que ce phénomène soit lié ou non à laccès plus facile à la zone du projet et au nombre plus important des têtes de bétail en bonne santé grâce au projet.
Pour éviter que la deuxième phase ait des effets négatifs, la mission recommande que le projet:
En réponse à la question Quel est le niveau dorganisation et de structuration du monde rural ?, la mission a constaté que le projet avait pris un bon départ. Le mouvement associatif est récent et il est surtout lié à la présence d'un projet/bailleur (PAM, PHBM). On note toutefois que les populations sont assez réceptives et, avec l'encadrement nécessaire, elles sont prêtes à s'organiser et à constituer des associations de toute sorte.
Parmi les effets positifs de la création des divers types dassociations figure la capacité nouvelle des communautés dorganiser leur main-duvre collective. La communication et les échanges didées entre membres de la communauté se sont développés, renforçant la cohésion sociale et la solidarité. Grâce aux associations, les femmes ont davantage voix au chapitre et jouent un rôle plus important dans les affaires de la communauté quelles ne le faisaient auparavant. Les associations ont commencé à faciliter linteraction des gens avec ladministration communale locale et elles également ont amélioré la capacité dinteraction des producteurs avec les négociants. Certains signes semblent déjà indiquer quune fois atteint un degré de maturité suffisant, les associations pourraient dans certains cas devenir des fédérations.
Cependant, 48% seulement des associations existant depuis plus de 2 ans peuvent aujourdhui être considérées comme ayant un niveau de maturité et de fonctionnement relativement correct. On a constaté que leur degré de maturité est fonction de la qualité et de la fréquence de lencadrement assuré par le projet, ainsi que de la qualité des dirigeants locaux et de la cohésion sociale qui existait déjà dans la communauté concernée. Au stade actuel, il nest pas évident quelles continueraient toutes à exister en labsence de projet. Cependant, leur survie sera importante pour que les communautés soient en mesure de conserver nombre des avantages quelles ont commencés à récolter grâce à lamélioration des infrastructures et de lorganisation sociale.
Compte tenu de limpact bénéfique que ces associations ont eu à ce jour, la mission recommande dintensifier au cours de la deuxième phase du projet les efforts visant à les aider à se développer et à devenir plus solides. Il est possible quau moment de leur démarrage, les associations nouvelles aient besoin plus fréquemment de contacts et de soutien. Toutefois, le projet doit apporter son appui judicieusement, de manière à ne pas rendre les associations dépendantes du projet, mais à leur permettre plutôt de devenir des groupements autogérés autonomes.
En cherchant la réponse à la question « Quelles sont les recommandations exprimées par les bénéficiaires du projet pour lutter contre la pauvreté dans le cadre des activités de la seconde phase ? », la mission a constaté que les bénéficiaires, comme le gouvernement et le personnel du projet, étaient très satisfaits des résultats obtenus à ce jour. Les membres du groupe cible qui ont rencontré la mission étaient tous davis que les activités menées dans la zone du projet avaient permis daméliorer nettement la qualité de la vie. En outre, la majorité des bénéficiaires consultés estimait que le projet avait pris leur avis, les avait écoutés et avait compris leurs besoins.
Parmi les nombreux points et recommandations exprimés, trois ont été soulignés à plusieurs reprises : i) le problème que représentent les vols de zébus ; ii) linsuffisance de lencadrement (faible fréquence des visites due à la pénurie de moyens humains et matériels conjuguée au manque de temps ; et, iii) les limites de la formation fonctionnelle (inadaptée pour certains, insuffisante pour dautres).
Sagissant de ce que le projet devrait faire, les bénéficiaires ont recommandé quà lavenir, laccent soit mis sur quatre principaux domaines : linfrastructure, les services sociaux, la formation et lélevage. Ils ont recommandé de continuer à insister sur les infrastructures nécessaires aux transports et à lirrigation tout en ajoutant leau potable, lune de leurs priorités absolues qui na pas été prise en considération par le projet jusquà présent. Ils ont demandé de faire une plus large place à la santé et à laccès à des services de santé et déducation plus proches de leurs villages. Ils ont recommandé une formation plus technique portant sur les compétences en production agricole, transformation des produits et économie domestique. Ils ont recommandé que le projet aide les communautés dans le domaine de lélevage en contribuant à lutter contre les vols de zébus, que laccès aux produits et aux services vétérinaires soit facilité, et que la situation de la zone du projet en matière daliments du bétail soit améliorée.
Pour ce qui est de la manière dont le projet devrait fonctionner, les bénéficiaires ont insisté sur la nécessité dintensifier linteraction entre le personnel de terrain et les associations paysannes. Ils ont préconisé daméliorer et de renforcer la communication avec le projet. Ils ont recommandé que le projet délègue davantage de pouvoir de décision aux communautés et associations locales sur le plan du contrôle des ressources, de lorganisation du travail et de la supervision des travaux dinfrastructure financés par le projet.
La mission soutient les recommandations formulées par les bénéficiaires et préconise de les examiner et de prendre éventuellement des mesures en conséquence dans la conception et lexécution de la deuxième phase du projet.