Enabling poor rural people
to overcome poverty



Project interim évaluation1

Le Projet de Réhabilitation des Petits Périmètres Irrigués, financé par le FIDA, le Fonds de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole et l’Agence Française de Développement a été préparé en 1989 et a démarré ses activités en 1996. Le FIDA est le principal partenaire de l’État haïtien avec un prêt de USD 10,57 millions. Les contributions combinées des deux autres bailleurs, qui ont suspendu leurs décaissements au premier semestre 2001, se chiffrent à environ USD 1,6 millions. La date de clôture du projet, initialement fixée au 30 septembre 2002, a fait l’objet d’une demande de prorogation pour septembre 2003.

Il était initialement prévu, dans le cadre du PPI, des actions de réhabilitation, d’organisation des usagers et d’appui à la mise en valeur sur environ 3800 has. distribués sur 26 périmètres dans quatre zones d’Haïti. Les études détaillées entreprises par la suite ont porté les surfaces concernées à environ 4800 has. Ces périmètres couvrent entre 30 et 500 has. chacun et sont cultivés principalement en maïs, banane, et haricots. Le cadre logique du projet élaboré en 1997 cite comme objectifs spécifiques:

  • Réhabiliter les petits périmètres retenus et transférer leur gestion aux bénéficiaires
  • Développer les capacités d’autogestion des bénéficiaires et leurs organisations
  • Faciliter de manière durable l’accès aux intrants et au crédit
  • Accroître le niveau de technicité des bénéficiaires et le professionnalisme des organisations d’appui (Unité PPI, Directions Départementales de l’Agriculture, Bureaux Agricoles Communaux, ONG)
  • Mieux valoriser la production agricole

Les activités sont regroupées dans quatre grandes composantes. La composante réhabilitation concerne la préparation, la supervision et la réalisation des études et travaux de génie civil. La composante «prise en charge» regroupe les activités devant mener au transfert de gestion aux usagers: sensibilisation, mise en place des structures de gestion, formation des membres et consolidation des organisations. La composante «mise en valeur» touche à la création de structures de proximité pour faciliter l’accès aux intrants et aux services financiers, la vulgarisation de nouvelles techniques de production et la création de structures de commercialisation des produits. La coordination, confiée à une « unité PPI » rattachée à la Direction Générale du Ministère de l’Agriculture, remplit les fonctions de planification, de supervision de l’exécution, contrôle financier et suivi-évaluation. Sur le plan des modalités d’exécution, les travaux de génie ainsi que les actions de vulgarisation et de structuration des organisations d’usagers ont été confiés à des firmes ou des ONG locales, désignés Opérateurs Partenaires Spécialisés (OPS). Les cadres locaux des Bureaux Agricoles Communaux du Ministère, rattachés aux Directions Départementales, devaient apporter leur collaboration aux différentes activités.

Les réalisations physiques du projet ont été limitées par des suspensions de financement de la part de l’OPEP et de l’AFD à partir de 2001. Les résultats demeurent néanmoins significatifs. Au moment de l’évaluation et quatre mois avant la date de clôture initialement fixée, le PPI avait réhabilité 13 périmètres. En juin 2002, une surface d’environ 1100 has. était effectivement irriguée sur les 13 périmètres . Ce chiffre pourrait s’élever à 1400 has. en septembre si tous les aménagements prévus sur ces systèmes sont réalisés et à 2000 has. en mi-2003 avec l’achèvement des travaux dans la zone de Coteaux. Des réparations ou opérations d’entretien d’urgence ont été conduites sur les périmètres de Saint-Marc (2750 has.) dont la réhabilitation devait être couverte par la subvention de l’AFD.

Les groupements d’usagers, structure de base des Associations d’Irrigants devant prendre en charge la gestion des périmètres, étaient au nombre de 168 sur les 26 périmètres touchés. Vingt quatre périmètres étaient dotés d’Associations d’Irrigants. Plus de 2000 agriculteurs sur un total d’environ 5000 avaient suivi des séminaires de formation relatifs à la gestion des périmètres et à l’amélioration et la diversification de la production agricole. Des visites entre usagers de différentes zones et dans des zones irriguées en République Dominicaine voisine ont aussi été organisées.

Le projet a facilité l’accès à différents types d’intrants et d’équipement en se les procurant et les revendant à prix coûtant: semences améliorées, engrais, produits phytosanitaires, attelages pour le labour à traction animale, services de labour mécanisé et matériel de pulvérisation. Deux boutiques d’intrants gérées par des groupements locaux ont été créées. Certaines activités de crédit en nature ont été initiées mais le projet n’a pu déboucher, comme prévu, sur la mise en place de structures locales de microfinance ni sur la création d’organisations pour le stockage et la commercialisation des produits. Les actions concernant spécifiquement les femmes sont embryonnaires.

A ce stade précoce, à partir des dynamiques observées, l’impact du projet peut être jugé substantiel pour ce qui concerne les domaines prédéfinis des ressources matérielles et financières des ménages, de la sécurité alimentaire et économique et des ressources humaines. Il est plus faible pour les domaines du renforcement du capital social et des capacités collectives, en raison surtout d’une insuffisante prise en compte de la problématique de genre, et pour les questions relatives à l’environnement. Il est par contre jugé élevé pour ce qui est des incidences sur le cadre réglementaire.

La plupart des Associations d’Irrigants présentent un bon potentiel pour la prise en charge des périmètres. Cependant, des insuffisances ont été relevées autour de la question centrale de l’organisation des usagers:

  • L’encadrement des bénéficiaires, au niveau du montage institutionnel, présente des faiblesses. Les nécessaires articulations entre les différentes instances ne sont pas mises en exergue et les mécanismes de consultation, de circulation de l’information, de prise de décision et d’arbitrage sont défaillants. La complexité relative des structures exige des mécanismes qui assurent mieux la participation.
  • Les documents de référence des associations (acte constitutif, statuts et règlements internes) présentent certaines insuffisances et ne sont pas toujours homogènes.
  • Les structures en place ne sont pas suffisamment et correctement appréhendées par les bénéficiaires.

Concernant les questions de genre, on relève un manque d’appréhension générale de la problématique genre, notamment un manque d’information et de formation relatif au fondement et à la justification de la démarche en faveur des femmes. Les interventions conçues en faveur des femmes n’ont par ailleurs dans l’ensemble qu’un très faible potentiel d’augmentation de leurs revenus.

De nombreux freins à une mise en valeur optimale des investissements relèvent du cadre institutionnel et macro-économique:

  • la rareté périodique de certains intrants sur le marché national (engrais, produits phytosanitaires).
  • un système de fourniture de semences de qualité encore largement dépendant de subventions gouvernementales ou de l’aide extérieure.
  • une recherche agronomique centralisée, faiblement structurée et dépourvue de moyens, offrant peu en matière de propositions techniques adaptées aux réalités de la production.
  • le faible développement du réseau de services financiers décentralisés, et particulièrement pour le financement de la production.

Les faiblesses relevant spécifiquement du projet seraient:

  • la faiblesse du diagnostic et des actions de vulgarisation concernant la gestion de l’eau à la parcelle
  • une insuffisante prise en compte des données économiques (coûts, disponibilités en main d’œuvre, conditions de marché…) et de la diversité des situations dans l’élaboration des propositions techniques diffusées par le projet
  • des efforts insuffisants du projet pour développer des réseaux locaux de producteurs de semences artisanales

Compte tenu des principaux constats effectués sur la participation et la formation, et en accord avec les recommandations des missions précédentes, l’appui aux organisations d’usagers serait à maintenir sur une période supplémentaire d’au moins deux ans. Des actions prioritaires sont suggérées pour le court terme. Il conviendrait d’abord d’établir un programme de travail précis avec les OPS et les représentant des usagers-ères en vue de préparer le retrait du PPI. Il s’attacherait aux questions suivantes:

  • Les structures de gestion mises en place: clarification des mandats et des modalités de fonctionnement, via la mise en relation explicite des fonctions de gestion et des attributions.
  • L’élaboration d’un canevas de travail destiné aux comités de gestion.
  • La finalisation et/ou l’adoption des documents de référence des associations (acte constitutif, statuts, règlements internes) ainsi que la réalisation des démarches liées à la reconnaissance officielle des associations.
  • L’ajustement du montant des redevances à un niveau répondant aux besoins.
  • L’accompagnement spécifique des comités en matière de gestion sous forme d’ appui direct, au cours de séances de travail, dans la conduite des tâches.
  • L’accompagnement, au niveau régional, des comités dans l’établissement/la consolidation des relations avec les autres acteurs, en particulier les instances déconcentrées du Ministère de l’Agriculture.
  • L’affectation par le Ministère, dans les régions d’intervention, de cadres se spécialisant actuellement à l’étranger en gestion sociale de l’eau.
  • La définition des articulations possibles avec le projet d’appui à la gestion sociale de l’eau au sein de la division de Formation des Entrepreneurs Agricoles du Ministère
  • La production d’un document consignant l’expérience. Il paraît important de dégager les principaux enseignements tirés de l’expérience, de manière à ce qu’elle puisse être appropriée par d’autres intervenants.

Pour les actions visant spécifiquement les femmes, il faudra conduire une réflexion sérieuse, avec les outils d’analyse économique appropriés, autour de créneaux véritablement porteurs pour les agricultrices en matière de transformation de produits agricoles. Cette démarche devrait aboutir à la formulation de projets et les concernées devraient être introduites auprès d’institutions susceptibles de les appuyer au niveau technique (production, gestion) et financier.

Les activités d’appui à la mise en valeur devraient se concentrer à court terme sur les techniques d’arrosage à la parcelle. Une bonne gestion de l’eau à la parcelle devrait favoriser une plus grande efficacité des fertilisants et constitue un complément essentiel des efforts faits par ailleurs dans l’organisation de la gestion de l’eau à l’échelle du périmètre.

A moyen terme, un programme de recherche-développement s’attacherait prioritairement au contrôle des maladies du bananier, à la production de semences artisanales de maïs et à la mise au point de techniques appropriées d’utilisation d’herbicides. Le contrôle de la Sigatoka Noire et de l’Erwinia est en effet une condition de la valorisation des investissements dans les zones de Port de Paix et Petit-Goave, où cette culture occupe une place centrale. L’appui à de petits réseaux locaux de producteurs de semences de maïs pourra être envisagé sous la forme de subventions à l’équipement de stockage et de couplage avec des structures existantes de crédit locales, plus susceptibles de financer le stockage des semences que des activités productives. Les agriculteurs sont également demandeurs de solutions pour pallier la rareté et le coût croissants de la main d’œuvre salariée. Des essais et formations sur l’utilisation d’herbicides peuvent être organisés avec des opérateurs du secteur privé de commercialisation des intrants. Les activités visant la mise en place de structures durables de financement de la production et l’aménagement des ravines menaçant les périmètres ne peuvent être envisagées qu’à long terme.


1/ La mission était composée de: M. Alex Bellande, chef de mission et responsable de l’évaluation des composantes « mise en valeur » et « coordination », Mme. Danielle Magloire pour les aspects genre et prise en charge des périmètres, M. Frino Saint-Jean pour la composante « réhabilitation » et M. Andreas Gerrits, du BEE, pour le volet suivi-évaluation. M. Gilles Damais, de l’IRAM, a participé à l’organisation de la mission et revu les documents d’évaluation. M. Paolo Silveri, chargé d’évaluation au FIDA, est venu retrouver la mission pour l’atelier d’évaluation.