Evaluation terminale
Conception et objectifs du projet
Groupe cible
Le projet a distingué une "zone focale", constituée par 13 communes des Abda et du Sahel, comptant 22 000 exploitations de moins de 50 ha. Le groupe cible dans cette zone était constitué de 9 500 petites et moyennes exploitations dont 7 240 de moins de 10 ha et 1 675 de 10 à 20 ha. Dans le reste de la province, le projet avait prévu des actions diffuses - couvrant toute la province - et des actions spécifiques localisées hors zone focale. Ces actions nont pas fait lobjet dun ciblage particulier.
Objectifs et composantes du projet
Le projet sest proposé de réaliser, sur une période de cinq ans, un ensemble "intégré" de composantes en vue datteindre trois objectifs:
Un renforcement de lencadrement des exploitants agricoles, y compris une meilleure coordination de la recherche et de la vulgarisation, ainsi quune organisation de la profession.
Une intensification et une diversification des systèmes de production dans une perspective daugmentation des revenus, les actions proposées étant complétées par des mesures de conservation des eaux et des sols.
Une consolidation de linfrastructure rurale et de léquipement en service sociaux, lobjectif étant notamment de créer de meilleures conditions de vie dans les campagnes pour réduire lexode rural.
Pour atteindre ces objectifs, le projet sest proposé dagir dans le cadre des composantes suivantes:
Actions de développement agricole
Plantations doliviers et damandiers (aménagement de DRS sur 2 000 ha).
Aménagement de parcours. Création en cinq ans de 6 000 ha de périmètres pastoraux (arbustes fourragers).
Amélioration génétique et sanitaire du cheptel. Création de 20 stations de monte bovine, dun centre de reproduction ovine. Couverture sanitaire du cheptel de toute la province pendant cinq ans.
Actions de soutien du développement agricole
Vulgarisation. Le projet devait mettre en place 16 vulgarisateurs pour soutenir un programme de démonstration centré sur les céréales, les légumineuses et les luzernes annuelles.
Recherche agronomique. Réhabilitation de la station de Jemaa Sahim, et opérations dans le cadre des programmes sur laridoculture du Centre de Settat.
Coopératives et groupements dagriculteurs. Le projet prévoyait de promouvoir de telles organisations pour faciliter les interventions de la vulgarisation.
Maison de lagriculteur. Il était prévu de créer cinq complexes communaux, dont la fonction était de susciter une organisation de la profession.
Infrastructures rurales
Routes. Le projet devait réhabiliter 100 km de routes rurales afin de désenclaver 13 zones de production. Le matériel et les équipements de 8 brigades dentretien devaient être financés par le projet.
Eau potable. Le projet prévoyait léquipement de 5 systèmes dadduction.
Santé humaine. Le projet prévoyait de réhabiliter et déquiper 16 dispensaires, et de créer 6 autres dispensaires ainsi que 3 centres médicaux.
Animation féminine. Il était prévu de réhabiliter et déquiper 10 foyers féminins et de conduire un programme de vulgarisation et de formation.
Actions de renforcement institutionnel
Unité de gestion du projet. Cette unité devait renforcer les moyens de la DPA. Il était prévu de financer le personnel additionnel (5 cadres techniques et 2 spécialistes de commercialisation) ainsi que les moyens et les coûts de fonctionnement de cette unité.
Cellule de suivi/évaluation. Cette cellule devrait être dotée de cadres additionnels et recevoir lappui de consultations spécialisées.
Formation des cadres. Le projet avait également inclus le financement dune assistance technique (12,5 mois) afin de former les vulgarisateurs ainsi que le personnel du projet.
Crédit agricole
Le projet avait prévu que ces diverses activités devaient être accompagnées par un important financement privé en vue de lamélioration de léquipement de du fonctionnement des exploitations agricoles. Le financement privé devait être soutenu par une ouverture de crédits nouveaux à hauteur de 127,5 millions de DH.
Le projet devait être exécuté par la DPA de Safi, celle-ci coordonnant les activités des autres directions provinciales impliquées (Santé, Jeunesse et Sports, Equipement, Eau potable).
Le coût du projet a été estimé à 40,3 millions de USD, dont 12,3 millions de USD pour le crédit de la CNCA. Selon les engagements initiaux des partenaires, le FIDA devait financer 20% de ce coût. La BID (6,3 millions de USD) et le PAM (3,4 millions de USD) devaient co-financer le projet.
Effets attendus et hypothèses
Ladoption des techniques améliorées et lutilisation de la mécanisation et de meilleurs matériels devait, selon les projections du rapport de préparation, concerner tous les agriculteurs du groupe cible de la "zone focale". La production additionnelle obtenue sur les 60 000 ha exploités par ces agriculteurs - à laquelle devait sajouter la production animale additionnelle obtenue sur ces exploitations et dans dautres exploitations, du fait de lutilisation des ressources créées dans les périmètres pastoraux, devait notamment inclure 13 500 t de blé dur, 3 200 t de blé tendre, 10 000 t dorge, 23 000 t de viande ovine et bovine. Le revenu des exploitations devait augmenter de 400 à 2 000 USD, selon les tailles dexploitation.
Les projections effectuées lors de la préparation du projet indiquaient que la valeur des productions dues au projet devait passer de 104,9 millions de DH à 205,9 millions de DH. Aux prix économiques, le taux de rentabilité sur 20 ans avait été estimé à 19,2% et à 30,2% si les composantes sociales nétaient pas prises en compte.
Evaluation
Evolution du contexte en cours d'exécution
Le projet, approuvé en septembre 1986 par le FIDA, institution leader dans sa mise en oeuvre, ne démarra effectivement quen janvier 1988, soit à peu près cinq années après avoir été identifié et proposé à lattention du FIDA. Trois années entières sétaient écoulées entre la préparation du projet et son démarrage effectif. Les décalages dans le temps ont eu une influence certaine sur les références utilisées par le projet. Cest en effet sur des bases danalyses datant de 1982-83 (celles qui furent utilisées lors de la préparation du projet) que le projet fut évalué par le FADES en 1985, quil fut approuvé et que son plan dopération fut finalisé.
Le démarrage du projet eut pour visibilité immédiate le "renforcement institutionnel" de la DPA, chargée de son exécution. Cette opération ayant été soit financée par les allocations budgétaires prévues à cet effet, soit pré-financée par des avances du Trésor, les déboursements sur le prêt furent nuls au cours des deux premières années comptables du projet. Sur un plan opérationnel, la principale intervention du projet fut la mise en place de lunité de gestion du projet.
En février 1991, cest-à-dire au début de la troisième année dexistence effective du projet, une mission du FIDA de revue à mi-parcours recommanda divers ajustements qui firent lobjet dune réallocation du budget du projet en mai 1991. Parallèlement, le PAM révisa (et augmenta) sa contribution en juin 1991. Conformément à ces deux révisions, le programme de plantations fruitières en DRS fut considérablement augmenté, passant de 1 500 ha à 4 500 ha. De même, la composante "amélioration des parcours" passa de 6 000 à 8 000 ha. Les composantes relatives à la construction des bureaux et des logements ainsi que les programmes dachat dintrants et dassistance technique furent réévaluées.
Le projet aurait dû normalement sachever en janvier 1993. A cette date, le prêt du FIDA navait été déboursé quà hauteur dun peu plus de la moitié. La date de clôture fut, en conséquence, repoussée au 31 juillet 1996. A cette date, la totalité du prêt FIDA avait été déboursée, soit sur une période de 8 années et demi. Clôturé pour le FIDA, le projet Abda existait encore formellement en novembre 1998 - au moment de lévaluation terminale -, certains financements budgétaires et dautres inscrits au titre de prêt BID, ayant justifié le maintien de lunité de gestion du projet.
Réalisations du projet
Le développement agricole
Les investissements publics réalisés au titre des composantes "plantations" ont constitué la part la plus importante du projet (52% des coûts totaux). Les investissements ont concerné 5 720 ha de DRS fruitière (Mouisset), 3 000 ha daménagements sylvo-pastoral dans la zone de Bouaris et 6 630 ha daménagements pastoraux à Sidi Chiker. Ces deux derniers aménagements ont constitué des réussites techniques mais la gestion pose encore des problèmes. Lexécution à lentreprise de la DRS fruitière a permis la réallocation physique des programmes. Linsertion dans les systèmes de production paysans et lentretien des plantations et des dispositifs anti-érosifs sont cependant insuffisants pour en assurer la pérennité.
Les actions damélioration génétique ont donné certains résultats pour les bovins (bien que le choix des services privés ait été préféré) et très peu pour les ovins. Le projet a soutenu les activités du Service de lélevage dans les domaines de la prophylaxie et de lhygiène vétérinaire. Il a ainsi certainement contribué au maintien de létat sanitaire du troupeau mais son impact spécifique ne peut-être évalué.
Les actions du projet en matière de vulgarisation (qui devaient constituer lessentiel de laction du projet dans la zone focale, ne se sont pas distinguées du programme national de vulgarisation auquel le projet a apporté des moyens matériels et financiers. Le nombre dagriculteurs effectivement encadrés (1300) est inférieur aux prévisions (1500). La vulgarisation a néanmoins eu un effet diffus, difficile à évaluer.
Lappui apporté par le projet à la recherche agronomique a essentiellement porté sur le renforcement ou la réhabilitation dinfrastructures locales. Il a coûté plus cher que prévu (6% au lieu de 2% des coûts du projet). Il a permis aux équipes de recherche de lINRA de conduire certaines activités et expérimentations in situ, sans toutefois réorienter les programmes en fonction des besoins spécifiques de la zone du projet. Certains résultats ont été obtenus mais leur transfert vers les agriculteurs reste soumis à de nombreuses contingences dordre technique, économique, ou institutionnel.
Les actions de remembrement (qui navaient pas été retenues lors de la préparation du projet), ont cependant été maintenues lors de lévaluation par le FADES. Elles ont concerné de 3000 ha. Elles se traduisent par des améliorations certaines mais leur pleine utilité nest pas encore démontrée de façon évidente. Lépierrage, non prévu lors de lévaluation, a concerné 10 600 ha et semble avoir eu peu deffet sur les rendements. Les agriculteurs ont cependant trouvé un grand intérêt à ces deux opérations, du fait des rations PAM.
Les composantes sociales et infrastructures
Le projet a réhabilité les centres de santé existants et en a construits de nouveau. Cette action a été très utile et bien perçue par les populations.
Les actions danimation féminine ont porté sur des centres de formation et dactivités génératrices de revenu. Leur portée est restée limitée et peu réplicable.
Les infrastructures routières (90 km au lieu de 100 km prévus) ont consommé 14% des coûts du projet. Une partie des routes a servi à la desserte de services administratifs.
Les adductions deau potable nont consommé que 61% des crédits prévus. Les financements restants sont affectés à un projet en cours dans le Bas Tensift.
Le crédit agricole, qui devait constituer linstrument principal du projet na pas joué le rôle attendu. Au contraire, la demande de crédit en fin de projet est inférieure à ce quelle était avant le projet. Il ny a eu ainsi aucun déboursement additionnel.
Le projet a contribué au développement institutionnel en renforçant la DPA, en lui permettant de fonctionner pendant toute la durée du projet et en apportant des moyens au service de lEquipement, au service de la Jeunesse et des Sports (animation féminine) et au service de Santé. La cellule de suivi-évaluation na pas été mise en place.
Dune façon générale, les objectifs physiques assignés au projet ont été réalisés, crédit mis à part, le coût total du projet sest élevé à 27,2 millions de USD. Le prêt FIDA a été utilisé à hauteur de 518. Le FIDA et le Gouvernement ont contribué, chacun, au financement de 34% des coûts, le reste étant supporté par la BID et le PAM. Le coût final du projet représente 67,5% du coût initial qui comprenait notamment 14,2 millions de USD pour le crédit.
Recommandations et leçons à tirer
Leçons à retenir
Lévaluation de lexécution du projet Abda, de son impact direct et de son effet dans la dynamique régionale met en évidence plusieurs leçons quil conviendrait de retenir:
Recommandations
Les recommandations qui on été formulées ont porté, à la demande de la DPV, sur les implications stratégiques en matière de développement rural, des leçons de lévaluation. Celles-ci sarticulent autour des thèmes suivants: