La zone du projet couvre le nord-est du massif du Fouta Djallon, constituée
en grande partie de zones d'altitude ainsi que des versants nord et nord-est
du massif. Elle englobe les préfectures de Mali, Koubia et Tougué ainsi
que le nord des préfectures de Labé et Lelouma. La population y est d'environ
400.000 habitants répartis en 95.000 ménages d'environ 7-8 personnes.
Une surexploitation du milieu (déforestation, feux de brousse et mise
en culture, réduction de la durée des jachères, destruction des sols)
a conduit à une dégradation du couvert arboré. Les précipitations et écoulements
diminuent et se concentrent sur une période plus courte. Les conditions
d'approvisionnement en eau en saison sèche sont localement très difficiles.
Les activités d'élevage sont dominées par la vaine pature et la divagation
quasi-permanente du cheptel. La faiblesse et le mauvais état des infrastructures
routières est une contrainte importante au développement.
Les terres cultivées comprennent des champs permanents (sountourés) groupés
autour des habitations, protégés des animaux par des clotures et fertilisés
par des déchets ménagers et les déjections animales; des "champs
extérieurs" (n'guessa) où alternent les périodes de cultures (riz,
fonio, arachide, manioc) et de jachères; et des bas fonds, aménagés ou
non, où sont pratiqués riziculture et maraichage de saison sèche. Dans
la société fortement inégalitaire des peuls du Fouta, la complexité du
droit foncier traditionnel et de son organisation usagère se répercute
sur les orientations possibles d'un développement agricole portant améliorations
foncières, aménagement hydro-agricole ou gestion du terroir. La recherche
de solutions négociées entre l'investisseur publique, les propriétaires
éminents et l'ensemble des usagers, semble être ainsi la seule voie possible
susceptible de permettre l'aménagement sans perturber les équilibres sociaux.
Conception et objectifs du project
Groupe cible
Le groupe cible du Projet de réhabilitation agricole du Fouta Djallon
(PRAFD est la population rurale de sa zone d'intervention dont on prévoyait
que 31% bénéficieraient directement du projet. La population étant globalement
considérée comme pauvre, le RE n'y définissait pas un sous-groupe cible
prioritaire.
Objectifs et composantes
du projet
A l'origine, les objectifs principaux du projet étaient:
- l'augmentation des revenus des agriculteurs grâce à l'accroissement
de la productivité et de la production des exploitations;
- la conservation des ressources avec l'amélioration de la fertilité,
la conservation des sols et la protection de l'environnement.
L'amélioration de la solvabilité des villageois auprès du système
bancaire et l'amorce d'un processus de développement et d'autogestion
viable au niveau des villages constituaient deux objectifs complémentaires
pour lesquels la démarche retenue comprenait la mise en place d'Associations
Villageoises (AV) dotées de fonds propres autogérés (FVD), des actions
de formation et d'alphabétisation des Comités villageois de crédit et
d'Equipes techniques villageoises etc.
Le PRAFD comprend onze composantes: production agricole, production
animale, vulgarisation et organisation villageoise, recherche-développement,
crédit agricole, approvisionnement, pistes et ponts, hydraulique villageoise,
bas-fonds, formation, appui au projet que l'on peut regrouper en trois
grandes catégories d'action: organisation du monde rural (y compris
du marché financier), développement agricole et gestion des ressources
naturelles, développement des infrastructures.
Les résultats attendus étaient l'abandon des cultures sur les zones
à fortes pentes et l'intensification des champs extérieurs sur faible
pente. Au niveau de l'exploitation moyenne, cette perspective se traduisait
par une réduction de 54% de la surface globalement exploitée et une baisse
de la part des jachères dans les terres "extérieures" de 67%
à 43%. De très fortes augmentations de rendements (+200%) étaient attendues
d'apports de fumier (10 t/ha) et d'engrais minéraux. A la fin de la cinquième
année, le surcroit de production annuelle devait atteindre 5.200 t de
produits vivriers et 1 300 t de fruits et légumes; la production de viande,
de lait et d'oeufs devait augmenter de 5%. En année de croisière, on attendait
27.000 t supplémentaires de production agricole soit plus d'une tonne
et demi par exploitation bénéficiaire.
Évaluation
Evolution en cours
d'éxécution
En 1992, après une crise financière et un blocage du projet, un Plan
de relance est mis en oeuvre. Il remet en cause l'orientation productiviste
du PRFAD et propose une approche plus limitée et centrée sur les zones
et les produits à bon potentiel commercial. La priorité est à l'organisation
de circuits économiques et de filières efficaces (promotion de GIE et
d'opérateurs privés).
Réalisations du projet
Organisation du monde rural. En mars 94, 169 AV ont été constituées
avec un nombre total d'adhérents de 10 421. Dans les communautés concernées,
le taux d'adhésion des exploitations varie de 50 à 518. Les cotisations
d'adhésion aux AV et la cotisation équivalente fournie par le projet ont
constitués les FVD. Les activités de l'AV ont permis de faire passer le
montant total des avoirs financiers des AV de 100 millions FG (apport
initiaux + contrepartie PRAFD) à environ 138 millions FG. En 1993, 48%
du montant total des FVD avaient été décaissé par les AV pour financer,
principalement, des "activités rémunératrices" de l'AV, des
Banques de produits vivriers et du "crédit interne" (de l'AV
à ses membres). La part des FDV conservée au village fonctionne comme
un fonds de roulement dont l'usage semble s'orienter de plus en plus vers
le crédit. Les crédits octroyés par les CVC à des membres de l'AV a tendance
à se développer fortement depuis le milieu de l'année 93. Les bénéficiaires
du crédit sont en grande majorité des individus, le plus souvent des commerçants
membres des AV; les montants prêtés sont relativement importants; les
taux d'intérêt sont élevés, souvent supérieurs à ceux du Crédit mutuel
de Guinée.
Le projet a pris en charge et continue à assurer l'ensemble du circuit
d'approvisionnement en intrants et matériels.
Les GIE, au nombre de 79, totalisent 1.400 adhérents dont environ
50% de femmes ont été officiellement identifiés et reconnus. La moitié
des GIE enregistrés (et semble-t-il les plus actifs) seraient des groupements
de maraîchers. On compte également 11 GIE de teinturiers, 7 d'apiculteurs,
8 de saponification (féminins).
Les sessions d'alphabétisation en pular caractères arabes ont bénéficié
à 4.626 personnes dont 648 femmes. Au total, 1.780 auditeurs, dont 86
femmes, ont été diplômés.
Développement de l'agriculture et de l'élevage et conservation
de l'environnement
Une série d'actions ponctuelles ont été entreprises:
- Fertilisation et conservation de la fertilité: introduction de compostières
et d'abris fumiers: 276 unités ont été implantés. 28,3 tonnes d'engrais
composés et 14,8 tonnes d'engrais simples ont été placés. Les engrais
semblent essentiellement avoir été utilisés en bas-fonds pour des cultures
maraîchères et localement sur du riz ou du maïs.
- Introduction de matériel végétal plus performant: ont été distribuées
ou vendues, 1,6 tonne de maïs en 1993 (environ 50 ha emblavés) et 1,8
tonne de semences d'arachide en 1992 (environ 30 ha). La vente de semences
de pomme de terre a atteint en 1993, le total de 3,8 tonnes (environ
2 ha de plantations). La diffusion de plants fruitiers améliorés s'est
limitée à 600 plants d'orangers, 280 manguiers greffés, quelques avocatiers
et caféiers.
- Equipement des exploitations: quelques lots de petit outillage (quelques
dizaines) et de 165 charrues ont été vendus au comptant.
- Commercialisation: l'amélioration du réseau routier et à la constitution
de banques de produits vivriers.
- Aménagements anti-érosif de champs cultivés et actions de conservation
de l'environnement: 19 km de haies vives et 25 km de bandes anti-érosives
correspondent dans les deux cas à environ 50 ha traités. Les autres
actions ont consisté en: 371 ha de plantations; 5 pépinières-pilote
villageoises; 1.105 ha de mise en défens (90 contrats); 750 foyers améliorés.
- Les actions dans le domaine de l'élevage: les chiffres de vaccination
soient 38.375 bovins, 9.659 petits ruminants et 6.621 volailles concernent
principalement les années 1991 et 1992. Apiculture: 320 ruches ont été
placées à crédit dont 8 en démonstration et 136 en production. Mal placées
et au mauvais moment, leur taux d'occupation est très faible.
Développement des infrastructures. La réhabilitation ou l'ouverture
de 23 tronçons de piste (pour une longueur totale de 262 km) et la réalisation
de 156 points d'eau (dont 117 forages) répondent aux besoins les plus
urgents de la population du Fouta Djallon. Mais d'importantes insuffisances
concernant la qualité technique et la maintenance des pistes réalisées.
Appréciation des effets du projet et de leur perennité
Au stade actuel de la mise en oeuvre du PRAFD, deux grands acquis
peuvent être identifiés. Le premier est celui de l'organisation du
milieu rural, de l'apprentissage de la gestion et du développement
des relations entre AV, système bancaire (Crédit mutuel) et services publics
(essentiellement le PRAFD). L'apparition d'une forme de représentation
villageoise reconnue et dotée d'une capacité financiè_e encore limitée
mais réelle contribue au développement de relations plus équilibrées entre
la société rurale foutanienne et les diverses représentation de l'Etat
et de l'économie moderne (banques, projets de développement, etc.). Dans
les villages, l'existence d'une capacité de financement facilement mobilisable
(FDV) commence à stimuler l'activité commerciale et dans une moindre mesure
l'activité productive. On pourra attendre à terme un effet positif important
sur le marché financier rural à l'echelle de la région.
Le deuxième effet positif du PRAFD est l'amélioration des conditions
de vie dans une centaine de villages à travers l'installation des
forages. Il ne fait aucun doute que la difficulté d'approvisionnement
en eau potable en saison sèche, quand les cours d'eau et de nombreuses
sources sont taris, est un des problèmes prioritaires des populations
rurales et des femmes en particulier. Les réalisations dans ce domaine,
bien qu'encore largement insuffisantes par rapport aux besoins et aux
demandes exprimées dans la zone du PRAFD, ont eu des effets très positifs
dans les villages touchés. Bien qu'il soit trop tôt pour se prononcer
définitivement, il semble bien que les chances de pérennité de ces effets
soient élevées et en tout cas meilleures que dans bon nombre d'actions
de ce type en Afrique de l'ouest. Les forages sont bien protégés, des
comités de gestion sont en place, des cotisations commencent à être prélevées
et la plupart des pannes ont pu être réparées dans des délais raisonnables.
Des progrès restent cependant à faire dans la densité et la professionnalité
du réseau d'artisans réparateurs.
En tenant à l'esprit les deux acquis importants p_écités, il importe
de rappeler que l'objectif central du PRAFD était l'amélioration du revenu
agricole des populations du Fouta Djallon, ainsi que la restauration et
la préservation de l'environnement. Or, après 4 ans d'exécution, les
effets du projet sur la production agricole sont mal connus mais certainement
très faibles. Dans le domaine de la protection de l'environnement
et de la restauration du milieu, les résultats restent trés décevants;
le projet s'est contenté de proposer un catalogue d'interventions plus
ou moins ponctuelles sur quelques parcelles cultivées ou certains points
sensibles (forage).
Principaux problèmes
rencontrés
Un scénario de développement agricole irréaliste contribue à faire
passer en second plan les objectifs initiaux du projet. Le RE proposait
une véritable révolution agricole en grandeur réelle et en quelques années,
sans disposer ni de résultats diffusables au niveau de la recherche appliquée,
ni d'aucune action pilote ou expérimentale ayant démontré la faisabilité
(technique, économique et sociale) de ce projet dans le contexte très
particulier du Fouta Djallon. Outre le caractère simpliste du diagnostic
et du modèle de développement agricole proposé ne tenant pas compte de
la grande diversité des situations agro-écologiques, ce scénario ignorait
grossièrement les facteurs socio-fonciers (déterminants dans le contexte
foutanien), la division du travail entre genres et l'insertion des cultures
en champs extérieurs dans un système de gestion des ressources très contraignant
ne laissant guère de marge de manoeuvre à l'individu.
En fait, une transformation du système de production n'est pas envisageable
au seul niveau de l'exploitation individuelle: les feux de brousse, le
déboisement en amont, la divagation du bétail sont autant de facteurs
surdéterminant les comportements de chacun. Ainsi, le problème fondamental
de l'antagonisme agriculture-élevage ne peut trouver sa solution qu'à
travers une modification profonde de la conduite du troupeau bovin impliquant
une gestion commune des pâturages, un contrôle de la divagation, une révision
de la gestion des jachères. Ces mesures supposent une prise de décision
à différents niveaux (village, chef d'exploitaiton, individu) et ne peuvent
en aucun cas être du ressort de la simple transmission d'un message technique.
De même en est-il du problème de la conservation ou de la restauration
de la fertilité des sols qui ne peut être du seul ressort de l'introduction
de quelques compostières ou de l'utilisation localisée d'engrais minéraux.
C'est l'ensemble du système de production de l'exploitation qui est en
jeu, faisant intervenir la conduite de l'élevage (parcage nocturne et
production de fumier), la disponibilité en force de travail, l'équilibre
entre les différentes unités spatiales composant l'exploitation (sountouré,
champ extérieur, éventuellement bas-fonds), les usages fonciers (autorisation
de plantations d'arbres, sécurité de l'attribution foncière).
Initialement, l'amélioration du revenu agricole des populations et
la préservation de l'environnement étaient les objectifs principaux du
projet. On a assisté au renversement progressif et non explicité de l'ordre
d'importance de ses objectifs que le PRAFD a connu au cours de sa mise
en oeuvre. La formation des AV et l'accumulation de FDV, initialement
conçus comme des instruments d'une politique de développement agricole
semblent être devenus la raison d'être principale d'un projet dont l'objectif
serait la mise en place d'un système d'"auto-gouvernement" villageois.
La transformation du système de culture (l'intensification des champs
extérieurs à faible pente et des tapades) pour le développement de la
production et des revenus et la protection de l'environnement, initialement
axe central et objectif principal du PRAFD, n'apparaît plus que comme
une composante parmi d'autre, et plus précisément comme celle que tout
le monde s'accorde à reconnaître comme la plus faible en termes de résultat.
L'approche par AV ne facilite pas le ciblage des catégories les
plus défavorisées
L'AV conforte la distribution actuelle des pouvoirs et ne facilite pas
la prise en compte du groupe cible prioritaire du FIDA. Les intérêts de
ce groupe hétérogène (anciens captifs dépourvus de propriété foncière,
femmes, jeunes) sont encore très différents de ceux des dirigeants d'AV.
La pratique financière des CVC n'est pas favorable aux paysans pauvres
bien qu'elle soit prometteuse du point de vue de la pérennité et du développement
des FVD. Le FVD fonctionne souvent comme une banque dont l'accès est réservé
aux individus reconnus solvables et s'adonnant à des opérations commerciales
assurées de la rentabilité. Leur activité commerciale concerne davantage
des produits importés que des productions locales.
En ce sens, la constitution des GIE est une réponse adaptée à la
nécessité, justement évoquée par la LPDA et le plan de relance, d'assurer
des bases plus concrètes à l'organisation économique du milieu. Elle est
aussi une ouverture pertinente pour un meilleur accès du groupe cible
à l'aide du projet.
Recommandations
et leçons à tirer
Recommandations à court terme
Le PRAFD doit dès aujourd'hui appliquer la directive du plan de relance
consistant à concentrer ses efforts de recherche, de vulgarisation et
de formation sur le développement des cultures de rapport (maraîchage,
fruiticulture, apiculture) et de leur filières d'approvisionement et commercialisation.
Le projet doit chercher à établir avec les AV et des GIE des relations
de partenariat et non d'"encadrement", d'encourager dans toute
la mesure du possible le développement de leurs relations avec les opérateurs
privés, les services publics, les organisations professionnelles (URPO,
URPPT) et les ONG. Les agents du PRAFD devraient retrouver le rôle de
facilitateurs qu'ils auraient dû assurer. En pratique, l'approvisionnement
en intrants agricoles, les vaccinations et traitements ne relevant pas
de l'exclusivité de la DNE, la fourniture de ruches kényanes pourraient
être déléguée aux AV, GIE ou groupements existants.
Un appui financier direct aux GIE, en particulier de femmes, de jeunes
et d'anciens captifs, est probablement la meilleure manière de renforcer
la position économique de ces catégories sociales dominées au sein des
villages. Il s'agit de renforcer leur autonomie, mais aussi leur capacité
de négociation par rapport aux CVC et au CM. Le projet ne devrait pas
limiter son intervention en faveur des GIE aux seuls villages organisés
en AV.
Pour les nouvelles AV à constituer (uniquement dans les sous-prefectures
où le projet est déjà présent), on recommande de modifier les conditions
d'attribution des contreparties PRAFD aux FDV pour inciter à une plus
forte adhésion des familles à l'AV: la contrepartie PRAFD ne serait accordée
qu'aux AV ayant un niveau de représentativité minimum que l'on pourrait
fixer à 75% des ménages du village-centre et de ses hameaux périphériques.
Dans la mesure où un plafonnement de la dotation du projet au FVD est
souhaitable, on recommande de le fixer par ménage ou par individu adhérent
et non par AV.
Dans le domaine du crédit, on recommande: i) de mieux suivre l'utilisation
et la gestion des crédits internes à partir des FVD ; ii) de proscrire
le crédit direct par le projet; iii) de renforcer les relations directes
entre GIE et Crédit mutuel de manière à ce qu'une véritable concurrence
puisse s'établir entre crédit interne des AV et Crédit mutuel.
L'aménagement et la mise en valeur des bas-fonds devraient se développer
dans l'avenir immédiat sur quelques sites privilégiés caractérisés par:
i) le consensus de la population pour l'aménagement (en particulier pour
le règlement des problèmes d'attribution foncière; ii) la garantie de
la ressource en eau et d'une topographie compatible avec l'irrigation
gravitaire; iii) une localisation favorable à l'écoulement de la production:
désenclavement, bassin de production permettant une concentration de l'offre,
à l'intérieur des zones prioritaires. La décision d'intervention devrait
dépendre d'une étude de faisabilité technique, économique et sociofoncière.Le
plan d'exécution des travaux devra être élaboré en concertation avec les
exploitants.
Les investissements en hydraulique villageoise (forages) doivent
être poursuivis au cours de la deuxième phase tout en recherchant des
solutions moins couteuses que les forages profonds.
Pistes rurales: le problème le plus urgent est celui de la valorisation
des importants investissements réalisés jusqu'à maintenant par le projet
(construction des ouvrages manquants, entretien des tronçons dégradés).
Pour la future programmation des pistes, il est indispensable que le PRAFD
élabore une stratégie commune avec le BTGR et la DNGR qui tienne compte
du cadre général des travaux envisagés, des financements disponibles et
des analyses économiques/commerciales supportant le choix des réseaux
à réhabiliter.
En tant qu'institution, le PRAFD doit impérativement être redimensionné
et simplifié.
Recommandations pour une seconde phase
L'identification de solutions pour la conservation de la fertilité
des terres et du couvert arboré dans un contexte de diminution des temps
de jachère et de l'antagonisme agriculture-elevage exige une phase de
recherche-action participative qui pourra durer plusieurs années. La raison
en est que les solutions à identifier ne sont pas essentiellement, ou
du moins pas seulement, de nature technique, mais de nature sociale et
socio-économique (négociation des droits fonciers, disponibilité et rémunération
de la main-d'oeuvre nécessaire aux aménagements, financement des investissements
lourds à faible rentabilité à court terme, contrôle de la divagation des
animaux, réglementation des coupes de bois et des feux de brousse, etc).
L'identification des principes de réaménagement des terroirs, l'émergence
de nouveaux modes de gestion des ressources et de l'espace, le développement
de nouvelles synergies entre élevage bovin et agriculture, l'identification
et la mesure des niveaux de subvention ou d'"incitation" extérieure
optimale, ne peuvent être le fait que d'une collaboration prolongée entre
des communautés volontaires et une équipe d'animateurs/conseillers de
haut niveau.
Tout en poursuivant et en intensifiant les actions de productivité
et la mise en place de filières pour les cultures de rapport, dans le
cadre de la seconde phase, on doit prévoir une composante spéciale consistant
en une série de programmes pilotes d'aménagement et gestion de terroirs,
élaborés et exécutés par des villages volontaires appuyés par une équipe
ad hoc. Cette équipe pluridisciplinaire devra disposer de son propre budget
(fonds souple d'appui à l'aménagement des terroirs) et d'une large autonomie
vis à vis des CPP et des DPDRE. Elle sera formée et appuyée par une assistance
technique (pas nécessairement permanente) spécifique et expérimentée en
diagnostic des systèmes agraires et en recherche-action participative.
Les villages ou groupe de villages volontaires pourront être au nombre
d'une dizaine, l'important étant que leur ensemble soit suffisamment représentatif
de la diversité agro-écologique et socio-économique de la zone du projet.
La raison d'être de cette composante pilote ne sera pas l'atteinte de
quelque objectif quantitatif, mais la mise au point de méthodes d'approche,
de solutions organisationnelles et techniques, innovatives et réplicables,
qui pourront ensuite être utilisées à plus grande échelle. Les communautés
villageoises ayant participé au programme pilote seront elles-même des
centres de diffusion de ces innovations, notamment sous forme de visite
d'échange entre villages. La conception de la deuxième phase devra être
suffisamment souple pour pouvoir s'adapter aux résultats de sa composante
Recherche-Action, même s'il n'est pas certain que des solutions réplicables
à grande échelle pourront être identifiée avant la fin de la seconde phase.