Enabling poor rural people
to overcome poverty



N° 14 - December 2003

Projet de développement des petits exploitants en Guinée forestière (PDPEF)

Malgré son potentiel agricole, la Guinée forestière souffrait, au début des années 90, d’un déficit de production vivrière. L’étatisation de la commercialisation (1958–1984) avait conduit à une agriculture de subsistance individualiste et prédatrice. Dans le nouveau contexte de libéralisation, le FIDA a cherché à apporter des solutions techniques et organisationnelles durables aux problèmes du développement rural. En sept ans, le projet a obtenu une augmentation de la production agricole. En revanche, les effets attendus en termes de protection de l’environnement et d’atteinte du public cible se sont révélés faibles. La seconde phase du projet devra, au-delà de la participation des plus déshérités à ces types de projet, s’assurer que les retombées à long terme concerneront effectivement toutes les catégories visées.

L’expérience du projet nous permet de tirer les principaux enseignements et réflexions ci-après:

  • La préservation de l’environnement doit permettre une génération de revenus et être liée au développement agricole. La terre restant le capital de base de l'agriculture, de nouvelles solutions sont essentielles pour résoudre le problème des inégalités d’accès aux terres à haut potentiel (bas-fonds) et pour mieux valoriser et protéger les terres de coteaux.
  • Les associations de services financiers (ASF) peuvent influer sur la dépendance du monde rural face aux phénomènes d’usure. La proximité, la rapidité et la gestion locale de ces institutions de microfinance répondent à un besoin réel des populations. Cette formule est donc intéressante pour l’octroi de faibles montants à court terme. Cependant, le financement du développement rural et de l’investissement agricole nécessite d’autres types de produits financiers que les ASF ne sont pas actuellement en mesure d’offrir.
  • La Gestion de terroir villageois (la gestion villageoise des espaces et des ressources locales) a permis une implication plus conséquente et diversifiée des acteurs locaux dans la prise en charge du développement local. Mais les décisions collectives ne vont-elles pas toujours dans le sens d’une solidarité en faveur des plus déshérités?

Aménagements: droits fonciers et rentabilité

Avec un objectif de 3 700 ha de bas-fonds à vocation rizicole à aménager, les effets attendus du projet étaient l’augmentation de la production vivrière, l’accès durable de ces terres aménagées aux plus démunis et la préservation de l’environnement par une diminution de la pression sur les coteaux. Au niveau technique, les aménagements ont permis une augmentation sécurisée de la production rizicole. Seuls des groupements d’exploitants pouvaient prétendre au financement de ces aménagements, aussi les propriétaires fonciers ont-ils accepté que ceux-ci aménagent et exploitent leurs domaines en ne concédant que des droits d’usage correspondant à la durée du projet. L’accès des plus démunis n’a été finalement que très limité et au prix d’importants efforts de leur part. L’aménagement des 2 307 ha n’a pas permis de constater une diminution de la pression sur les coteaux. En outre, cette attente ne s'est pas concrétisée vu que les propriétaires des terres de bas-fonds et de coteaux sont souvent différents et que la stratégie paysanne vise à diversifier les sites de production (bas-fonds, coteaux). Les exploitants ont cherché, même après aménagement, à mettre en valeur une surface maximale de leur domaine afin d’augmenter leur revenu et de marquer leur territoire foncier. Deux facteurs se sont révélés essentiels, la rentabilité et le foncier, ce qui explique en partie les stratégies des différents acteurs. Il importera de mieux maîtriser ces données et de réfléchir à de nouvelles approches en prenant en compte les intérêts à long terme de chacun en fonction également de leur apport.

ASF: Quelle finalité?

Basé sur la promotion de services financiers villageois, autofinancés (sans apport de capital du FIDA), autogérés et autonomes (chaque ASF a un règlement intérieur indépendant), ce système de microfinance a pu permettre à ses adhérents d’octroyer des crédits faibles (20 USD en moyenne) à très court terme (un à trois mois). La vitesse de rotation du capital, le non-ciblage a priori des prêts, la libre fixation des taux d’intérêt et de rémunération des actions ont suscité une réponse de presque 5 000 adhérents sur les 55 institutions financières (10 ASFs et 45 AVECs – Associations villageoises d’épargne et de crédit conçues comme pré-ASF) créées par le projet. La logique dominante d’adhésion a été celle d’une obtention rapide, souple et locale d’un crédit plus que celle d’une recherche de rémunération du capital. Calées au départ sur les taux d’usure locaux, les ASF ont permis, dans certaines zones, de faire diminuer d’un tiers ces derniers en moins d’une année (15 à 10% par mois). L’impact économique a été difficile à évaluer faute de suivi et évaluation adéquat mais il reste certain que de telles approches sont financièrement positives pour les adhérents. Il faudra lors de la poursuite de cette expérience s’assurer que les plus nécessiteux bénéficient pleinement de ce système. Il faudra de même poursuivre la réflexion sur l’opportunité et la justification d’un refinancement de ces ASF par les banques locales.

Participation des plus démunis

L’approche ‘groupement’ du projet consistait à rassembler, autour d’intérêts communs, des producteurs devant promouvoir un développement rural intégré au niveau du village. Suite à l’élitisme, au clientélisme, à la faible représentativité de ces groupements ‘projet’ ainsi qu’à la montée en puissance du processus de décentralisation en Guinée, le FIDA s’est engagé en 1998 dans l’approche Gestion de terroir villageois. La mise en place d’une méthodologie prenant en compte l’ensemble des acteurs du milieu a permis une participation et une implication effective de toute la population dans l’identification des priorités de développement local et dans un début de mise en œuvre. Articulée autour des organes de la décentralisation, cette démarche permet de garantir l’accès à l’information et à la décision à un plus grand nombre. La poursuite de cette expérience devra néanmoins confirmer la capacité de cette approche à répondre aux attentes des plus démunis de la communauté. La mise en œuvre a connu dans sa forme actuelle des problèmes. Mais globalement, cette approche a eu de nombreux effets positifs: renforcement de la cohésion sociale, diminution des conflits intra et inter terroirs, exercice d’une maîtrise d’ouvrage communautaire, et meilleure intégration des femmes et des jeunes dans le processus de décisions et de gestion.

Données du Projet  
Zone d’intervention Guinée forestière

Type de Projet

Développement rural

Coût total 9,3 millions de USD

Prêt du FIDA

7,7 millions de USD

Contribution du gouvernement
et des bénéficiaires

1,6 millions de USD

Institution coopérante Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS)
Date d’entrée en vigueur février 1994

Date de clôture

juin 2002


 

Pour en savoir plus

République de Guinée: Projet de développement des petits exploitants en Guinée forestière, Rapport N° 1231-GU, janvier 2002. Ce Profil (en anglais et français) et le rapport sont disponible auprès du Bureau de l'évaluation, Fonds international de développement agricole, Via Paolo Di Dono, 44, 00142 Rome, Italie.