N° 16 - décembre 2003
Haïti: Projet de réhabilitation de petits périmètres irrigués
Avec environ huit millions dhabitants, Haïti compte parmi les pays à plus forte densité démographique des Amériques. C'est aussi l'un des plus pauvres de la région. Encore plus de 60 pourcent de la population travaille dans l'agriculture. Pays montagneux, son potentiel irrigable est limité à environ 150 000 hectares (10 pourcent des superficies cultivées), dont 15 000 hectares se retrouvent sur de petits périmètres de 30 à 500 hectares, pour la plupart dans un état de dégradation avancé.
Sur une période de sept ans, le PPI a entrepris des travaux de réhabilitation sur ces petits systèmes, mis en place des structures locales pour la gestion et lentretien, et amélioré les techniques de production paysannes. Lensemble de ces interventions devait sappuyer sur une démarche privilégiant la participation des intéressés et visant la prise en charge par les populations des services à lamont et à laval de la production. Lexpérience devait, en outre, alimenter le processus de définition dune politique sectorielle appropriée en matière dirrigation. Malgré un contexte politique difficile (renvoi du Parlement, troubles civils, non-reconnaissance des résultats des élections de 2001 par la communauté internationale), le projet a pu mettre en uvre un nombre important dactions.
Les enseignements et réflexions clés de lexpérience du PPI aideront à assurer le succès de la seconde phase. Ils s'articulent sur les points suivants:
- Lintérêt et les difficultés de la mise en uvre dune démarche véritablement participative. Passer du slogan à la pratique est un processus lent mais qui garantit à terme la durabilité. Afin daugmenter les chances de pérennité, il est nécessaire dadhérer aux principes de la gestion participative et de la décentralisation.
- Linnovation, basée sur lanalyse concrète des réalités locales, est une condition de lefficacité et de lefficience des interventions. La possibilité offerte au projet délaborer des solutions novatrices, autant sur le plan institutionnel, administratif que technique, a largement contribué à améliorer les performances du projet.
- La rentabilité dinvestissements coûteux de réhabilitation est étroitement liée à la mise en uvre dactions bien conçues de mise en valeur des nouvelles potentialités dirrigation. La recherche appliquée et le crédit à la production en particulier doivent faire lobjet dune attention soutenue.
Participation: un processus de longue durée
Le projet sest inscrit dès le départ dans la perspective dun plan densemble de relance de la production irriguée et de renforcement des services dappui à lagriculture en Haïti. À moyen terme, le désengagement de lÉtat allait de pair avec une responsabilisation et une prise en charge croissante des organisations de producteurs dans des domaines aussi variés que lapprovisionnement en intrants, la gestion des périmètres ou le crédit. Pour définir des solutions adaptées et viables sur le long terme, un dialogue permanent doit sétablir avec les agriculteurs concernés. Il a fallu du temps pour transformer les pratiques traditionnelles de cadres plus habitués à une transmission verticale de linformation vers les planteurs quà de véritables échanges entre partenaires. Le projet a néanmoins contribué à mettre en place sur tous les périmètres visés des associations dirrigants impliquées dans la définition des modalités de partage de leau, la collecte des redevances dirrigation et lentretien régulier des systèmes. La plupart de ces organisations présentent de bonnes perspectives de pérennité mais devront continuer à être accompagnées, particulièrement dans la mise en place de mécanismes transparents de circulation de linformation et de prise de décision. Les leçons tirées progressivement de lexpérience du projet ont contribué à lélaboration dune politique nationale dorganisation des usagers sur les périmètres irrigués et à lébauche de textes de loi régissant les associations dirrigants.
Lobligation dinnover
La démarche du projet a aussi intégré une recherche constante de solutions adaptées aux difficultés rencontrées sur le plan administratif et technique. Les procédures lentes et coûteuses dappels doffre, par exemple, ont été considérablement allégées par lélaboration de modalités novatrices de partage de la gestion des chantiers entre les services de lEtat et les firmes privées. Sur le plan technique, le projet a capitalisé sur les nombreux échecs passés en matière daménagements hydroagricoles et a eu recours à des techniques de captage des eaux plus durables et conformes au caractère torrentiel des cours deau en Haïti, où les transports de sédiments sont particulièrement importants. De lautre cote, le dispositif national de recherche agricole est faiblement structuré et dépourvu de moyens. Un programme de recherche-développement sattacherait prioritairement au contrôle des maladies du bananier, à la production de semences artisanales de maïs et à la mise au point de techniques appropriées dutilisation dherbicides. Le contrôle de la Sigatoka Noire et de lErwinia est en effet une condition de la valorisation des investissements dans les zones de Port de Paix et Petit-Goâve, où cette culture occupe une place centrale.
La valorisation des investissements
Lévaluation a suscité de nombreuses interrogations quant à la possibilité de rentabiliser ces investissements relativement coûteux pour la réhabilitation de petits périmètres irrigués. En effet, leur rentabilité ne semble pouvoir être assurée que si un ensemble de conditions sont réunies pour une mise en valeur optimale de leau par les usagers. Un dispositif de recherche appliquée efficace paraît essentiel pour tester et proposer de nouvelles variétés, des techniques de travail du sol et darrosage performantes ou encore des méthodes de lutte appropriées contre les maladies et ravageurs des cultures. Tout cela devant se faire en tenant compte des contraintes économiques que confrontent les types dexploitations agricoles difficultés daccès au crédit pour le financement de la production, coûts et disponibilités en main duvre, et conditions de marché.
| Données du projet | |
Coût total du projet |
22,3 millions de USD |
Prêt du FIDA |
10,6 millions de USD |
Contribution du gouvernement |
2,9 millions de USD |
| Cofinancement | Fonds de lOrganisation des pays exportateurs de pétrole et Agence française de développement (8,8 millions de USD; dont 7,2 millions étaient suspendus) |
| Principal partenaire | Gouvernement de la République dHaïti |
Dates du projet |
mai 1996 à décembre 2003 |
Pour en savoir plus
République dHaïti: Projet de réhabilitation de petits périmètres irrigués, Évaluation intermédiaire, avril 2003, Rapport N° 1391-HT. Ce Profil (en anglais et français) et le rapport sont disponibles auprès du Bureau de l'évaluation, Fonds international de développement agricole, Via Paolo Di Dono, 44, 00142 Rome, Italie.
