N° 11 - April 2003

Projet de développement des parcours et de l'élevage dans l’Oriental

Afin de renforcer les moyens de subsistance des éleveurs et de protéger l'écosystème fragile de la région orientale du Maroc, le projet s'est fixé, avec la participation active des éleveurs regroupés en coopératives créées à cet effet, d'améliorer les soins vétérinaires, d'augmenter les points d'abreuvement pour les animaux et de stimuler les revenus et l'amélioration des conditions de vie, surtout pour les petits éleveurs et les femmes. Avec un patrimoine foncier commun de 3 millions d'hectares et un cheptel d'un million d'ovins et de caprins détenu par près de 8 500 éleveurs, ces objectifs ont jeté un véritable défi. De même, réussir à concilier d’une part, l'exigence de réduction de la pauvreté et de gestion et de conservation durable des ressources naturelles et d'autre part, l'intensification de l'élevage pour faire face à l'insuffisance de la production de viande rouge au niveau nationale ne s'annonçait pas comme une entreprise aisée.

Ci-dessous figurent quelques-unes des principales recommandations de l'évaluation:

  • Les coopératives d'éleveurs sont plus solides qu'il y a dix ans mais les efforts de formation et de renforcement des capacités doivent être poursuivis. Par le biais d'un audit, les coopératives les moins performantes pourraient être identifiées. Les résultats pourraient servir de base à un plan d'action destiné à les renforcer.
  • Il est essentiel de parvenir à un équilibre à long terme entre la disponibilité de ressources pastorales et les besoins du cheptel. La conservation doit aller de pair avec la lutte contre la pauvreté.
  • Les études et les simulations relatives au risque de sécheresse et les exercices de cartographie communautaire, destinés à établir les principales caractéristiques géographiques, sociales ainsi que celles des ressources des sites des projets, sont en train d’être prises en compte pour formuler la deuxième phase du projet. De même, il est capital de mieux comprendre les stratégies employées par les éleveurs eux-mêmes pour faire face à la sécheresse.
  • La poursuite d’un dialogue au sujet des politiques à entreprendre entre le FIDA et le gouvernement marocain, aiderait à corriger progressivement les mesures qui entravent les efforts de conservation et compromettent à terme les moyens de subsistance des éleveurs.

Renforcer le capital social

Morocco: IFAD photo by Alberto Conti  - Overgrazing has led to soil erosion and the numbers of livestock in the project area far outstrip the carrying capacity of the land. Herders, through the establishment of cooperatives, now realise the need to organise themselves better and to take responsibility for managing and preserving common natural resources Les parcours arides et prédesertiques de la région orientale du Maroc présentent les problèmes typiques d'un ‘accès commun’ aux ressources. Lorsque l'accès ne peut être limité par le paiement de redevances de pâturage ou que l'exclusion n'est applicable qu'à un prix prohibitif, les ressources naturelles sont exposées au risque de surexploitation, souvent associé au déclin des pratiques traditionnelles qui ont, pendant des générations, régulé l'accès aux ressources et prévenu leur épuisement. Le projet a pour but de renforcer et de revitaliser le capital social local, en aidant des groupes d'éleveurs à se constituer, sur la base des liens socio-territoriaux, en coopératives qui se chargent de réglementer le pâturage sur les terres de parcours. La société pastorale des hauts plateaux n'est plus exclusivement nomade. Les coopératives se substituent aux modèles tribaux traditionnels, instituant une nouvelle identité et des modalités de traitement des intérêts individuels susceptibles d’entrer en conflit avec la gestion durable des ressources. Les coopératives ont adopté un cadre juridique moderne et un mode de gestion plus participatif, même si les grands éleveurs profitent davantage des terres collectives que les petits éleveurs. Par le biais des coopératives, le projet a sensibilisé les éleveurs à l'importance de prendre des mesures collectives pour lutter contre la dégradation des ressources naturelles. Toutefois, des faiblesses importantes demeurent: la viabilité financière à long terme des coopératives pourrait être mise en cause en raison, par exemple, d'une diversification insuffisante des revenus et de la croissance des coûts administratifs.

Définition des droits d’usage

La mise en défens des parcours et la gestion contrôlée qui l’a suivie, constituent des retombées importantes de la création des coopératives: les éleveurs ont compris que la production fourragère accrue qui en découle permet de mieux utiliser les ressources pastorales. Les coopératives ont également encouragé les éleveurs, chaque fois que cela était possible, à pratiquer régulièrement la mise en défens: les essais de terrain montrent que cette pratique améliore les rendements même pendant les périodes de sécheresse. Il est crucial de définir les droits d'accès à la terre pour garantir la durabilité des ressources. Les règles actuelles sont complexes et la restriction de l'accès aux terres collectives en cours de réhabilitation reste difficile à appliquer. La restriction de l'accès dans la zone méridionale du projet pose des problèmes lorsque, par exemple, plusieurs groupes revendiquent leurs droits sur les mêmes pâturages.

Pour que la protection environnementale à long terme puisse bénéficier aux éleveurs, il est essentiel d’élaborer un cadre stratégique pour le développement durable de la région orientale. Un système d’information géographique, incluant une cartographie socio-territoriale, tel que recommandé par l’évaluation, vient d’être mis en place. Ce dernier définit les zones réservées aux activités pastorales, agricoles ou de conservation tandis que des mesures devraient être prises pour prévenir le labour non autorisé. Il est également important de préciser les obligations de la Direction des eaux et forêts, des directions provinciales de l'agriculture, des autorités locales, des coopératives et des éleveurs. De même il est important de déterminer les limites entre les communes rurales et de passer des contrats entre les coopératives, le ministère de tutelle des terres collectives, et les services techniques afin de veiller à ce que les zones de parcours soient mises en défens. Tout en gardant en vue cet objectif, la deuxième phase du projet a intégré la promotion de partenariats dans sa conception.

Stratégies de survie face à la sécheresse

Pendant la sécheresse, les gros éleveurs ont maintenu ou augmenté leur cheptel et leurs marges brutes, tandis que les moyens et petits éleveurs ont vu leur cheptel diminuer de manière notable. Les subventions permettent aux gros éleveurs de maintenir ou d'accroître la taille de leur cheptel, même dans les années de sécheresse, tandis que les petits éleveurs, confrontés à des problèmes de liquidité, sont obligés de réduire leurs troupeaux au risque, pour ces derniers, de les perdre totalement. Cependant, de manière globale, les effectifs du cheptel sont actuellement plus élevés. Bien que le gouvernement marocain ait retiré progressivement les subventions pour les aliments du bétail, la réduction des taxes sur les produits destinés à l'alimentation animale risque d'avoir un effet équivalent. Il est impératif de poursuivre la concertation et le dialogue sur les politiques à adopter entre les autorités locales et nationales. Cette question est prise en compte dans la conception de la deuxième phase du projet.

Autres moyens d’existence

L'économie pastorale demande à être mieux intégrée dans l'économie de marché tandis que d'autres secteurs économiques apparentés doivent être encouragés pour atténuer la pression sur les ressources naturelles. Il faudrait par exemple intensifier la production de viande (à travers une meilleure conduite des animaux) ce qui réduirait la pression sur les parcours. Pour les femmes et les jeunes en chômage, il serait opportun de promouvoir la micro entreprise d'artisanat et du petit élevage, accompagné par un accès amélioré aux services financiers de proximité. La recherche visant à aider les éleveurs à exploiter les produits locaux – truffes, armoise, romarin et plantes médicinales et aromatiques – constituent d’autres créneaux à promouvoir pour la diversification des revenus.

Données du projet
Coût total du projet 47,7 millions de USD
Prêt du FIDA 14 millions de USD
Contribution du gouvernement 8,9 millions de USD
Organismes de cofinancement 24,8 millions de USD (Banque africaine de développement, Fonds africain de développement)
Institution exécutante Direction de l'élevage du Ministère de l'agriculture, du développement rural, des eaux et forêts
Principaux partenaires Directions provinciales de l'agriculture de Figuig et Oujda
Dates du projet mai 1991 à décembre 2001
Évaluation sur le terrain octobre 2001

Royaume du Maroc: Projet de développement des parcours et de l'élevage dans l’Oriental (PDPEO), rapport d’évaluation intermédiaire N° 1304-MA, mai 2002, disponible auprès du Bureau de l'évaluation, Fonds international de développement agricole, Via Paolo Di Dono, 44, 00142 Rome, Italie. Email m.keating@ifad.org; téléphone +39 06 5459 2048.

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