N° 22 - juillet 2004

À l'écoute des agriculteurs

En Tunisie, le bilan de l'activité économique au cours des 20 dernières années a été impressionnant. Toutefois, bien que les efforts entrepris pour que chacun bénéficie de l'expansion ont permis de réduire la pauvreté, il subsiste des disparités entre les régions urbaines côtières et le centre du pays, où vivent sur les terres les moins fertiles les populations les plus marginalisées, c'est-à-dire les illettrés, les femmes qui travaillent dans le secteur non structuré et dans l'agriculture et les petits exploitants tributaires de l'agriculture pluviale. Les petits exploitants doivent faire face à des précipitations extrêmement irrégulières, au morcellement des terres et à un accès limité aux ressources financières. L'appui du FIDA a été concentré dans les régions où la dégradation des sols est la plus grave et a tendu surtout à protéger les ressources naturelles et à améliorer l'infrastructure productive des communautés.

Les principales recommandations issues de l'évaluation en ce qui concerne l'assistance future du FIDA en Tunisie sont notamment les suivantes:

  • En Tunisie, l'essentiel pour les petits agriculteurs pauvres est d'accroître le revenu familial. Or, les projets du FIDA ont généralement été axés sur la gestion des ressources naturelles plutôt que sur les besoins spécifiques des petits exploitants. Pour élever les revenus, il faudra mobiliser tout le potentiel du secteur agricole y compris dans les secteurs du traitement et de la commercialisation (plutôt que de mettre l'accent exclusivement sur la production) ainsi que créer des sources de revenus non agricoles.
  • Les projets doivent être plus étroitement associés aux institutions locales, au secteur privé et aux organisations de la société civile si l'on veut pouvoir tirer le meilleur parti possible des compétences, des ressources et des connaissances disponibles et faciliter l'intégration des petits exploitants à l'économie locale.

  • Étant donné la diversité des régions où sont exécutés les projets ainsi que les besoins des agriculteurs, une plus grande souplesse dans la conception des projets et lors des arrangements institutionnels relatifs à l’exécution permettrait de faire participer les petits exploitants plus étroitement aux activités de planification ainsi que d'adapter les activités des projets à leurs besoins et à leurs préoccupations en cours d'exécution.

  • Un ciblage sur les groupes les plus vulnérables, grâce à des investissements et à des services spécifiquement adaptés à leurs besoins, devrait aller de pair avec un appui aux groupes plus aisés afin d'assurer un développement intégré et une interaction au niveau de la population tout entière.

Élévation des revenus = meilleur qualité de vie

Pour les petits exploitants pauvres, l'essentiel est d'accroître le revenu familial. Néanmoins, les projets appuyés par le FIDA en Tunisie ont généralement été axés sur des interventions classiques de développement agricole qui ne sont pas nécessairement adaptées aux besoins et aux attentes très spécifiques mais divers des petits exploitants. De plus, la production agricole n'est pas nécessairement la principale source de revenu pour les ménages les plus pauvres des campagnes tunisiennes: à travers des activités d’assistance et de formation techniques (vulgarisation) et financières (microcrédit), les interventions du FIDA doivent aider les ruraux pauvres à diversifier leurs sources de revenu et permettre aux petits exploitants d’améliorer leurs compétences commerciales, les investissements devant être ajustés en fonction de la situation spécifique de chaque région en termes de débouchés et selon la disponibilité et la qualité des ressources naturelles.

Le rôle des institutions locales

Conformément aux politiques agricoles nationales, les projets réalisés en Tunisie avec l'appui du FIDA n'ont jusqu'à présent été exécutés qu'avec les départements techniques compétents du Ministère de l'agriculture, et il n'a été accordé trop d'importance à la participation des agriculteurs. En outre, les projets du FIDA n'ont guère eu de contacts avec les autres partenaires de développement en Tunisie pour ce qui est de nouer des liens avec les institutions professionnelles locales. Les projets sont restés isolés des points de vue institutionnel et économique, ce qui a réduit leur impact et les possibilités de collaboration. Les initiatives de développement doivent valoriser les ressources naturelles, les connaissances et le patrimoine locaux et elles doivent rassembler toutes les parties prenantes locales, comme associations sociales et commerciales, administrations locales, banques et ONG afin d'identifier les domaines spécifiques dans lesquels un appui peut être fourni. En bref, il faut élargir la vision du développement régional et national en Tunisie de manière à associer les petits exploitants locaux à la formulation des stratégies et à promouvoir ainsi l'harmonisation et la mobilisation des ressources et des compétences disponibles. Créer des partenariats devrait également contribuer à développer et renforcer les compétences (dans des domaines comme la gestion et l'animation, par exemple) et encourager les petits exploitants et leurs familles à assumer des responsabilités accrues et à jouer un rôle plus large dans la prise de décisions au sein de leur village ou de leur communauté locale.

La flexibilité, un investissement rentable?

Avant l'approbation par le FIDA des prêts destinés à l'exécution de divers projets en Tunisie, le rapport de préévaluation, comme dans le cas de tous les projets appuyés par le FIDA, indique les activités à mener à bien pendant toute la durée du projet, et les possibilités de modification ou la marge de manœuvre sont souvent limitées. Les agents d'exécution sont enfermés dans un carcan et ne peuvent pas adapter leurs interventions aux circonstances et aux besoins divers et souvent changeants des agriculteurs pauvres, surtout ceux qui sont dû à des causes climatiques. Si l'on confiait aux agents d'exécution de plus larges responsabilités en ce qui concerne l'exécution des projets, en collaboration avec les petits agriculteurs et les autres partenaires, et si on leur permettait de tirer parti de l'expérience acquise et des enseignements retirés de la réalisation d'un projet, l'on pourrait adapter les activités de manière plus spécifique et mieux appropriée aux besoins des agriculteurs. Pour ménager une plus grande souplesse, il serait bon d'élaborer un cadre stratégique général pour les interventions et de partager les responsabilités avec les parties prenantes locales au moment de la planification et tout au long de l’exécution. La formulation des projets devrait également tenir compte du surcroît de temps et de formation requis si l'on veut que ces approches soient couronnées de succès, ainsi que de la nécessité d'assouplir les mécanismes de gestion du FIDA et du gouvernement, spécialement dans les domaines de la passation des marchés et des décaissements.

Atteindre les régions les plus pauvres

L'appui du FIDA doit continuer d'être ciblé sur les régions les plus pauvres et les plus désavantagées de la Tunisie qui souffrent encore de la pauvreté, de la dégradation des sols, de la fragilité de l'intégration économique et de la faiblesse des organisations communautaires. Le gouvernement a beaucoup investi dans ces régions et attache une grande importance à la réduction des disparités. Toutefois, des efforts soutenus devront être poursuivis pour atteindre les Tunisiens les plus pauvres. Par le passé, la plupart des agriculteurs bénéficiant de l'appui du FIDA avaient moins de 10 hectares de terre. Cependant, ceux qui en avaient plus (20 hectares ou davantage) en bénéficiaient proportionnellement davantage. La superficie des exploitations était utilisée comme critère de ciblage pour la plupart des projets en Tunisie, et les projets fondés sur ce critère réussissaient mieux à atteindre leurs groupes cibles que les autres. Toutefois, la superficie des exploitations n'était pas nécessairement le critère le mieux approprié étant donné que les agriculteurs ayant moins de terre avaient souvent d'autres sources de revenus non agricoles, de sorte qu'ils étaient nettement plus aisés que ceux qui possédaient plus de terre. Il est sans doute préférable de fournir une assistance technique spécialisée adaptée aux compétences et aux ressources des petits exploitants ainsi que des mécanismes spécifiques comme le microcrédit que d'utiliser la superficie des exploitations comme critère de ciblage. Pourtant, alors qu’ils cherchent par différents moyens à associer les plus pauvres à l’effort de croissance de l’économie locale, les projets devront mobiliser tous les membres de la collectivité, dont les femmes, les jeunes, les agriculteurs pauvres, les entreprises privées, les banques, les organisations non gouvernementales et les administrations locales, au service d’une action commune pour réduire la pauvreté rurale.

Le programme  
Coût total 289,85 millions de USD

Prêt total du FIDA

114,70 millions de USD

Contribution du gouvernement

89,54 millions de USD

Nombre total de projets

9 (1980 - 2002)

Cofinanceurs Banque islamique de développement;
Agence française de développement;
Organisation des pays exportateurs de pétrole;
Programme alimentaire mondial

Agent d'exécution

Ministère de l'agriculture


Pour en savoir plus

République tunisienne, Évaluation du programme du pays, Rapport d’évaluation N° 1422-TN, novembre 2003. Le rapport d'évaluation est disponible auprès du Bureau de l'évaluation, Fonds international de développement agricole, Via Paolo Di Dono, 44, 00142 Rome, Italie.

Valid CSS! Valid XHTML 1.0 Transitional