Introduction
Le Programme Spécial pour les pays dAfrique
subsaharienne touchés par la sécheresse et la désertification (PSA) a
été lancé par le FIDA en 1985, suite à la grave crise alimentaire de 1984/85.
Cette crise exceptionnelle ponctuait un cycle de sécheresse plus que décennal
et se surimposait à une crise économique et financière structurelle dans
la plupart des pays les plus pauvres de la région. Cette combinaison de
facteurs négatifs aggravait une pauvreté rurale déjà endémique. Elle intervenait
dans une phase dexplosion démographique sans précédent qui induisait
un déséquilibre croissant entre les systèmes traditionnels de production
et leur base de ressource. Dix ans plus tard, fin 1995, lintégralité
des ressources spéciales (SRS) mobilisées au cours des deux phases du
Programme (PSA-I, 1986-91 et PSA-II, 1992-95) ayant été engagées, le cadre
spécial mis en place pour les besoins du PSA a été démantelé et le portefeuille
des 48 prêts SRS a été intégré dans le Programme ordinaire (PO) du Fonds.
Ce faisant, le Conseil dadministration approuva la recommandation
du Président dengager une évaluation approfondie du Programme. Cette
évaluation (EPSA), a été conduite au cours de lannée 1997 par une
équipe pluridisciplinaire constituée par le Bureau de lévaluation
et des études. Son objectif est de tirer un premier bilan par rapport
aux objectifs du programme et des projets financés, ainsi que les enseignements
pouvant contribuer à l'amélioration des futures opérations du Fonds dans
les pays dAfrique subsaharienne touchés par la sécheresse et la
désertification (ASSD). Cet exercice sest concentré sur la partie
évaluable des opérations financées. Au début de lannée 1997, à
peine un peu plus de la moitié des ressources spéciales engagées sur prêt
avaient été décaissées (55%) et la plupart des projets du PSA-II navaient
pas encore atteint un état davancement autorisant une évaluation.
Cest pourquoi cet exercice ne saurait en aucun cas être assimilé
à une évaluation terminale dun Programme dont les derniers prêts
ne seront sans doute pas clôturés avant lannée 2004.
Résumé des principaux constats et recommandations
Après une revue générale du portefeuille
du PSA, léquipe dévaluation a travaillé sur un échantillon
de 23 projets et programmes (soit plus des 3/4 des opérations évaluables
début 97) répartis dans 18 pays. Elle a visité treize dentre eux
dans neuf pays. Elle a, par ailleurs, systématiquement utilisé les dix
autres évaluations de projets du PSA conduites récemment dans neuf autres
pays et revu une documentation considérable. Deux études thématiques concernant
respectivement le développement de la petite irrigation et celui de lagriculture
pluviale en zones arides ont été conduites en parallèle. Une étude régionale
préexistante sur le crédit rural en Afrique de lOuest a été élargie
et actualisée. Plusieurs rencontres, à Rome mais aussi à Bruxelles et
à Berne, ont débattu du contenu du rapport principal.
Le PSA trouve son ancrage historique
dans la simultanéité des famines de 1983/85 et des difficultés financières
que traversait le FIDA au moment de la Deuxième reconstitution de ses
ressources. Sa justification se basait sur un diagnostic de crise à la
fois conjoncturelle et structurelle. Elle comprenait le principe de contribution
à un rétablissement rapide daprès-crise (quick recovery) mais le
dépassait dans une ambition de transformation durable des systèmes de
production agricole dans les régions touchées par la sécheresse et la
désertification. La préparation du PSA-I a été la première initiative,
au sein du FIDA, délaboration dune stratégie régionale géographiquement
et thématiquement ciblée. Lobjectif central de cette stratégie
était daméliorer durablement la sécurité alimentaire des ruraux
pauvres dans les régions touchées par la sécheresse et la désertification
par la promotion de systèmes de production plus résistants aux agressions
environnementales.
Léventail de mesures promues par
le PSA-I comprenait lintroduction dactivités de conservation
des eaux et du sol (CES) et dagroforesterie (AGF), laménagement
de systèmes de petite irrigation et de contrôle des eaux (PIR/CE) et la
promotion des cultures vivrières traditionnelles résistant à la sécheresse.
Cet accent mis sur laménagement foncier à léchelle des
exploitations (CES, AGF, PIR/CE) pour la conservation de la base de
ressources et la maîtrise du risque hydrique est sans doute la caractéristique
dominante de la stratégie du PSA. La pertinence de cette stratégie, alliant
les objectifs de sécurisation alimentaire immédiate à ceux de développement
durable, a été amplement confirmée par lexpérience.
Linstrument financier de mise
en oeuvre de cette stratégie était un fonds spécial (SRS) destiné à des
prêts à des conditions particulièrement favorables, qui devait sajouter
aux interventions du Programme Ordinaire du FIDA en ASSD. Ce fonds spécial
a été engagé par la structure ordinaire du Fonds et, pour lessentiel,
selon les procédures normales de conception, de prêt et de supervision.
Cependant, conscients de la nécessité dadapter les instruments dintervention
à la spécificité dun contexte africain très dynamique, les concepteurs
du PSA introduisaient deux innovations importantes:
La méthode des programmes par pays qui
comportait elle-même deux innovations: d'une part, une approche souple
par programme intégrant un processus d'apprentissage et, d'autre part,
une dimension de dialogue politique avec le gouvernement. Elle devait
signifier une certaine rupture avec la pratique ordinaire du FIDA jusqu'alors
faite de projets définis avec précision, avant approbation et une fois
pour toute.
Le Mécanisme d'intervention spécial
(MIS) devait permettre de fournir, à titre de don, "une assistance
technique et financière aux gouvernements pour qu'ils puissent élaborer
et mettre en oeuvre rapidement les projets et programmes"
et pouvoir "être utilisée pour des initiatives pilotes préalables
au lancement de projets de plus grande envergure".
Le PSA proposait enfin une démarche
basée sur la "participation", le développement
institutionnel et le renforcement des capacités à la base. Lintégration
des savoir-faire et des technologies indigènes et le renforcement des
capacités paysannes à la maîtrise des risques et la conservation des ressources
représentaient les grandes nouveautés du PSA. Lappui à de
nouveaux acteurs - ONG, organisations "volontaires" et secteur
privé, y compris informel - était également souligné et anticipait la
recomposition des rôles et des fonctions respectives de lEtat et
de la société civile (processus dajustement structurel, démocratisation
et décentralisation).
La stratégie et le contenu technique
ont fortement évolué et se sont complexifiés au cours de la décennie 1985-95.
En 1991 le PSA-II évoluait dans le diagnostic et la stratégie dintervention
par rapport aux bases de 1985. Le PSA-I transformait la mobilisation
internationale face à lurgence en un renforcement des opérations
de développement. Six ans après, le sentiment durgence était passé.
Le FIDA percevait les contradictions plus fondamentales entre croissance
démographique et pression sur les ressources naturelles. On identifiait
mieux les limites de la capacité dabsorption du secteur agricole
et la faiblesse des secteurs secondaire et tertiaire "formels".
Le renversement du "cycle pauvreté -- dégradation de lenvironnement"
demeurait lobjectif central mais les efforts sétendaient aux
ressources communautaires et aux emplois extra-agricoles. Le FIDA
franchissait ainsi les limites de son domaine dinvestissement historique
en Afrique - la petite exploitation agricole et ses services dappui
directs - pour sengager dans des secteurs nouveaux. Cet élargissement
du domaine dintervention correspond à une meilleure perception des
économies paysannes en Afrique tropicale qui ne se limitent pas à la mise
en culture dun domaine foncier plus ou moins privé mais sont constituées
dun ensemble complexe dactivités agricoles, pastorales, artisanales
et commerciales, dexploitation de ressources soumises à différents
régimes dappropriation et dusage; et dexportation saisonnière
ou durable dune partie de leur force de travail. On soulignait les
liens étroits et les synergies potentielles entre développement agricole
et petites entreprises. Souvrait ainsi un programme novateur dappui
au développement des micro-entreprises rurales. Dans le domaine du financement,
le recours au système bancaire parapublic était maintenu mais on soulignait
également limportance du renforcement de lépargne rurale et
son recyclage par des associations mutualistes.
La liste des pays admissibles au Programme
fut élargie en 1991, passant de 25 à 32 pays. Le PSA apparaissait ainsi
moins centré sur les régions à haut risque de sécheresse mais sadressait
aux contradictions plus générales du développement rural africain. En
fin de compte, pratiquement tous les pays éligibles aux conditions de
prêts particulièrement favorables furent admis au PSA. Enfin, il était
rappelé que lengagement spécial du FIDA en faveur de lASSD
devait se poursuivre au-delà de la période dengagement du PSA.
Mise en oeuvre du programme
La mise en oeuvre du Programme Spécial
sest effectuée projet par projet. La diversité des situations
économiques locales, des types de problèmes à affronter et des périodes
historiques dans lesquelles se trouvait chaque pays, se doublait dune
évolution extrêmement rapide de ces situations, caractéristique de toute
période de crise ou daprès-crise, mais aussi spécifique aux
pays dAfrique subsaharienne pratiquement tous engagés dans un mouvement
général d"ajustement structurel" et de désengagement des
Etats imposé par les conditions économiques objectives et par le niveau
de dépendance financière quils avaient atteint. Cette évolution
générale sest doublée dune instabilité politique chronique
dans la plupart des pays. Même dans les cas de relative stabilité, les
politiques mises en oeuvre ont été déterminées par des ensembles complexes
de négociations bilatérales et multilatérales entre ces gouvernements
et les agences daide, en particulier les institutions de Bretton
Woods. La multiplicité de ces agences, la diversité de leurs objectifs
et de leurs stratégies spécifiques, le niveau et la nature des conditionnalités
ont affaibli la cohérence des politiques nationales et la capacité dengagement
à long terme des gouvernements vis-à-vis des bailleurs de fonds sectoriels.
Quil sagisse de politiques de prix, de taux de change, de
subvention aux intrants agricoles, de fonctionnement des services publics,
de législation foncière ou bancaire, etc., le FIDA na eu quune
marge dinfluence limitée dans un système daide éclaté où le
manque de concertation entre agences a parfois affaibli la performance
de lensemble des apports.
Les bonnes performances du PSA, en
tant quinstrument de mobilisation et dengagement de ressources
supplémentaires ciblées sur des pays et les régions particulièrement
touchées par les crises des années 80, sont incontestables. Les ressources
mobilisées ont été à la hauteur des objectifs et le PSA a joué un rôle
crucial pour le maintien et laugmentation de la capacité daide
financière du Fonds dans une période de restrictions. Le Programme
spécial a permis de mobiliser 360 millions de $EUauprès de 26 pays contribuants.
Grâce aux contributions spéciales aux SRS, qui échappaient au principe
de répartition des apports par catégorie de pays, un montant supplémentaire
de 413 millions de $EU a pu être engagé par le FIDA, dont 390 millions
sous forme de prêts à conditions particulièrement favorables (à 26 pays)
et 23 millions en dons. La deuxième phase du PSA, initialement non prévue,
a permis de maintenir le niveau dengagement jusquau moment
où les ressources du PO pouvaient prendre le relais. De fait, lannée
1996, qui a suivi lintégration du PSA au Programme ordinaire, a
été une année record pour les investissements du FIDA en ASSD, confirmant
une concentration des interventions du Fonds en Afrique dans les pays
les plus pauvres et arides.
Lengagement des Ressources
spéciales pour lAfrique a été très rapide et a suivi de quelques
mois leur mobilisation. Les cofinancements mobilisés auprès des gouvernements
et dautres bailleurs de fonds, principalement multilatéraux, ont
permis daugmenter de plus de 50% les apports financiers en SRS.
Le total des apports financiers mobilisés en faveur des projets du PSA
sest élevé à près de 720 millions de $EU.
En tant que Programme, le PSA a également
été un instrument efficient dengagement de fonds
supplémentaires:
les frais dexécution du programme (FIDA et institutions coopérantes)
se sont élevés à environ 29 millions de USD sur dix ans (1986-95), équivalant
à 7% du montant des SRS engagées. Alors que le PSA a induit une augmentation
moyenne de 15% des engagements du Fonds pendant la période, ses coûts
de fonctionnement totaux ont augmenté de moins de 8%. Le rapport entre
coûts dadministration et montants engagés du PSA a été très inférieur
à celui du PO pendant la même période, les coûts supplémentaires en personnel
étant particulièrement faibles.
Le ciblage et la conception de ces engagements
ont généralement correspondu aux objectifs généraux du PSA, interprétés
au sens large et pays par pays. Plus des deux tiers des ressources du
PSA ont été engagées dans des pays où les risques de sécheresse et/ou
de désertification sont considérés comme étant parmi les causes principales
de la pauvreté rurale et de la faim. Dans ces pays, les zones dintervention
choisies étaient en général nettement plus menacées par les risques de
sécheresse et de désertification que les régions où le FIDA intervenait
auparavant. Cest le cas général dans les pays du Sahel (CILSS) mais
aussi en Ethiopie, au Kenya, en Tanzanie, à Madagascar et, partiellement,
au Soudan et au Ghana.
Le ciblage des capacités financières supplémentaires
disponibles sur les pays éligibles du PSA-I (ASSD stricto sensu) na
pas été total. Laugmentation de la part relative des engagements
totaux du FIDA dans les pays ciblés a été considérable mais inférieure
au potentiel financier. Au cours du PSA I, la part du Programme ordinaire
engagée dans les pays éligibles au PSA a été inférieure à la période précédente
(13% en moyenne entre 1986 et 1991 contre 20% entre 1980 et 1985). Cette
redistribution partielle des ressources du PO, qui sest dailleurs
renversée au cours du PSA-II, sest opérée au sein de la région Afrique
et non pas entre régions.
Le concept de "programme par pays"
était présenté en 1985 comme lune des grandes innovations du PSA-I
(huit interventions du PSA portent officiellement le titre de "programme",
soit un quart des engagements financiers). Il était censé "sécarter
dans une large de mesure des modalités de prêt actuellement suivies par
le FIDA". On constate que, du point de vue des procédures daffectation
des ressources, cette innovation ne sest guère concrétisée.
Le concept même de "programme par pays" est resté très flou,
variant largement dun pays à un autre, non documenté et sans directive
précise. Il na pas donné lieu à de nouvelles procédures de préévaluation,
daccord de prêt, de supervision, de reformulation ou denchaînement
de phases successives. En moyenne, la durée initialement prévue pour le
décaissement des prêts alloués aux "programmes" a été légèrement
plus courte que celle prévue pour les "projets" du PSA.
Le coût total moyen des "programmes" a été pratiquement le même
que celui des "projets", de même que la proportion dinterventions
avec cofinancements extérieurs. De manière classique, la quasi-totalité
des fonds des "programmes" a été préaffectée au cours de la
formulation initiale. Ces "programmes par pays" nont pas
fait preuve de plus de "flexibilité" que les autres projets.
Ils ont tous dû faire lobjet de nombreux amendements aux accords
de prêts, réallocations de fonds et prolongations de date de clôture.
Trois problèmes fondamentaux sous-tendaient
lintroduction des "programmes":
linadaptation du cycle de projet
en vigueur, en particulier un manque de flexibilité dû à une séparation
excessive des temps et des rôles de "conception" et d"exécution";
la nécessité dun cadre dintervention
à long terme permettant une programmation stratégique par pays et larticulation
de phases dintervention successives ou complémentaires;
la nécessité dun appui à la formulation
des politiques nationales.
Ces questions sont restées dune
très grande actualité. Elles ont été de nouveau soulignées par les
études spéciales du PSA, par le processus de réorganisation du FIDA en
1996 et par le débat actuel sur l"approche programme"
et la création dun nouveau produit financier en 1998 (le FLM).
Dès sa conception initiale, le PSA
a financé des "études spéciales" à caractère technique, politique
ou social centrées sur la problématique du développement durable des économies
paysannes. Elles ont participé à loriginalité du PSA par le processus
dapprentissage quelles ont suscité et ont anticipé les orientations
actuelles du Fonds comme "centre de savoirs". Elles ont eu un
impact important sur le PO et ont permis au FIDA de contribuer à la réflexion
et à laction internationales de lutte contre la désertification
en Afrique subsaharienne. Dès 1994, ces capacités nouvelles furent utilisées
dans le processus de négociation de la Convention sur la lutte contre
la désertification (CCD), notamment à travers la participation du FIDA
au groupe dexperts conseillant le Comité de négociation de la Convention.
Cette participation a contribué à placer au centre même de la CCD le principe
selon lequel la lutte contre la sécheresse et la désertification est avant
tout un processus social dont le succès dépend de la participation active
des usagers des ressources. Le PSA a ainsi contribué, parmi dautres
initiatives, à lémergence dun consensus mondial autour des
principes les plus novateurs de la CNUED. Lengagement du FIDA dans
la CCD la conduit à se porter candidat pour accueillir le Mécanisme
global de la Convention. Le succès récent de cette démarche est lun
des effets indirects du Programme spécial. Il va sans doute permettre
une diversification des instruments et des niveaux dintervention
du FIDA. Laccent mis par la CCD sur le rôle des acteurs locaux non
gouvernementaux et de la "société civile" facilitera lélargissement
de la gamme des partenaires du Fonds sur le terrain. Potentiellement,
la position conquise par le FIDA au sein du dispositif international établi
pour la mise en oeuvre de la Convention ouvre des perspectives de démultiplication
des effets du PSA en ASSD.
Mise en oeuvre des projets, efficacite et resultats
Si les contributions au PSA ont été
rapides dans leur mobilisation et leurs engagements, par contre, les
décaissements effectifs sur le terrain ont été et continuent dêtre
beaucoup plus lents. En moyenne, les prêts sont entrés en vigueur
un an après leur approbation. Trois ans après la signature des accords
de prêt, les taux de décaissement ne sont en moyenne que de 20% et, au
vu des 15 projets actuellement clôturés, les durées effectives de décaissement
ont dépassé dun tiers la durée initialement prévue tout en laissant
environ 20% des ressources engagées non décaissées. Lusage du Mécanisme
dintervention spécial, bien quil se soit révélé très utile
dans certains cas, na eu quun effet marginal sur les délais
dentrée en vigueur moyen et sur les rythmes de décaissement ultérieurs.
Le premier constat est que lobjectif de contribution au "rétablissement
rapide" (quick recovery) des agricultures affectées par la sécheresse
de 1984, qui caractérisait en partie le PSA-I , ne pouvait guère être
atteint par un dispositif de transfert des ressources qui ne différait
pas fondamentalement du dispositif ordinaire. A posteriori, la validité
de cet objectif de "réhabilitation" apparaît discutable pour
deux raisons: i) le retour dune pluviométrie plus favorable a eu
un effet très rapide de rétablissement des niveaux de production: la sécheresse
naffecte pas durablement les capacités de production dans des systèmes
extensifs très peu capitalisés; ii) les actions de "réhabilitation"
ou de "rétablissement" évoquent un retour à un état antérieur
sans tenir compte des dynamiques dexplosion démographique, dajustement
structurel et douverture économique qui appellent des transformations
beaucoup plus profondes.
Jusqu'à présent, environ les trois
quarts des projets approchant de leur terme ont obtenu une prorogation
de 6 mois à 4 ans. Ces reports et réallocations de fonds par catégorie
ont été lune des principales expressions de la "flexibilité"
a posteriori, suivant plus quanticipant la manifestation des problèmes.
Malgré ces possibilités de prolongation, la totalité des engagements n'a
pu être consommée. Quelques annulations importantes ont dû être décidées.
Pour l'ensemble des 15 projets effectivement clôturés ou en instance de
clôture en septembre 1997, le taux de décaissement final moyen est de
78%. Deux cas de décaissement exceptionnellement bas, dus à des situations
de guerres civiles (Ethiopie et Angola), affectent cette moyenne. En excluant
ces projets de léchantillon considéré, le taux de décaissement final
moyen est de 86%. La moitié des prêts clôturés ont été décaissés à plus
de 90%, un quart a été utilisé à un taux compris entre 60% et 90%, le
quart restant à moins de 40%. L'évolution actuelle des décaissements permet
destimer le taux de décaissement final de lensemble du portefeuille
du PSA entre 80 et 85%. Très minoritaires sont les cas où les décaissements
ont suivi les prévisions. On a souvent sous-estimé le temps nécessaire
à la mise en oeuvre des actions prévues et surestimé les capacités dabsorption
dans les conditions réelles dintervention sur le terrain. On ne
constate dailleurs pas toujours de corrélation entre "bon décaissement"
- en volume et en durée - et impact final du projet sur le groupe cible.
En moyenne, les projets atteignent 20% de décaissement 4 ans après leur
conception et 50% de décaissement 6 ans après cette conception. L'évolution
très rapide des contextes locaux, et donc la vitesse d'obsolescence élevée
des conceptions initiales, a confirmé la nécessité dune plus grande
capacité dévolution et d'adaptation rapide en cours d'exécution.
Les résultats de lanalyse des
décaissements finals par catégorie de dépense sur un ensemble de
14 prêts clôturés en 1997, révèlent les tendances suivantes: i) la
dérive des coûts de fonctionnement des institutions dexécution
(134% de décaissement par rapport aux allocations initiales); ii) le
faible décaissement des ressources directement destinées aux groupes cibles
et sur lesquelles ces derniers ont théoriquement le plus grand contrôle
(lignes de crédits, fonds de roulement intrants, subventions et incitations
directes aux groupes cibles: 49% de décaissement par rapport aux allocations
initiales); et iii) le décaissement normal des autres catégories (Génie
civil, équipements des projets, assistance technique.).
La comparaison des résultats
effectivement obtenus sur le terrain - effets sur les conditions économiques
des groupes cibles et processus de développement générés - par rapport
aux objectifs quantitatifs initialement affichés par chaque projet
individuel révèle quen moyenne les investissements sur le
terrain ont été plus lents à se concrétiser quon ne lespérait,
ils sont quantitativement inférieurs aux prévisions, leur effet
sur le groupe cible est généralement moindre que prévu (à quelques
remarquables exceptions près mentionnées ci-dessous) et la durabilité
de ces effets et impacts est loin dêtre garantie dans un bon nombre
de cas, en particulier lorsquils dépendent du fonctionnement de
services publics de crédit ou dapprovisionnement en intrants. Les
lignes de crédit et les fonds dimportation dintrants agricoles
ont été sous-utilisés.
Dans une majorité de cas, les objectifs
intermédiaires initiaux des projets évaluables ne sont que partiellement
atteints. Sur la base des informations disponibles concernant un échantillon
de 13 projets clôturés (8) où ayant dépassé 80% de leur durée dexécution
prévue (5), le nombre de bénéficiaires directs effectif serait en moyenne
de lordre de 60% des objectifs. Pour certains projets ayant eu des
impacts immédiats et significatifs au cours de leur mise en oeuvre, la
durabilité des processus générés est en partie compromise par léchec
des systèmes de crédit agricoles utilisés. Ce problème du crédit agricole
et des services financiers ruraux est dailleurs de portée générale
et dautres projets auraient probablement connu le même sort si des
secondes phases nessayaient pas actuellement dy trouver une
solution plus durable. Cette atteinte partielle des résultats initialement
attendus a des significations diverses. Dans certains cas, ce sont les
conditions de désordres civiles et/ou de dysfonctionnement des économies
et des administrations qui nont tout simplement pas permis lexécution
des dépenses prévues dans les délais impartis. Dans dautres cas,
où les réalisations ont pu être menées à bien, ce sont les hypothèses
initiales sur leurs effets ou sur la durabilité de ces derniers qui se
sont avérées trop optimistes.
Lévaluation de la rentabilité
économique effective des projets ne faisait pas partie des termes de référence
de lEPSA. Les estimations de taux de rentabilité économique (TREI)
ex-ante qui apparaissent dans les rapports de préévaluation des projets
varient de 8% à 34% avec une moyenne de 17,7 % sur léchantillon
de 26 projets étudié par lEPSA. En analysant le comportement des
principales variables affectant la rentabilité économique effective des
projets (coûts et bénéfices économiques réels, délais démergence
et durabilité de ces derniers), il ne fait aucun doute que le résultat
moyen du programme exécuté sur le terrain apparaîtrait très inférieur
à la rentabilité économique moyenne attendue (sans doute nettement inférieur
à 10%). La conviction de léquipe dévaluation du PSA est cependant
que dans les pays dASSD marqués par lincertitude économique
et climatique et pour des projets à forte orientation sociale et environnementale
parfois à caractère « pilote» - le TREI tel quil
est calculé et utilisé dans la phase de pré-évaluation des projets nest
ni réaliste, ni pertinent. Ce type dévaluation ex-ante génère
même une série deffets pervers parce quil oblige à définir
a priori lensemble des objets de financement et à programmer leur
exécution en détail, ramenant ainsi à une logique de «projet dinvestissement
public» des interventions sensées appuyer des processus de développement
participatifs.
Généralement, lévaluation globale
des résultats quantitatifs par rapport aux objectifs initiaux porte aux
constats suivants: i) les ambitions de résultats, de durabilité et de
rythme dintervention affichés par les rapports dévaluation
ex ante ont été généralement trop optimistes pour les capacités de mise
en oeuvre des administrations nationales; ii) la cohérence logique initiale
des projets - induisant analyses économiques et financières et nécessitant
une programmation détaillée - demeure un exercice théorique toujours loin
des réalités de contextes complexes en évolution permanente; et iii) dans
plusieurs cas, les actions les plus réussies et les innovations techniques
ou sociales les plus porteuses étaient imprévues ou étaient sous-estimées
lors de la conception initiale mais ont émergé au cours de la mise
en oeuvre. Ces constats ne sont pas propres au PSA. Le PO du FIDA
en Afrique sub-saharienne, tout comme les interventions dautres
bailleurs de fonds comparables au cours de cette période, semblent avoir
rencontré les même difficultés à anticiper et planifier des processus
de développement dans des contextes caractérisés par la dynamique, lincertitude
et la complexité des relations entre sociétés rurales, milieux naturels
et facteurs macro-économiques et politiques.
On note cependant, et cest là
un constat encourageant, que les succès les plus remarquables du PSA
en termes dimpact sur la production agricole et sur la sécurité
alimentaire des ménages, ont été enregistrés dans les régions semi-arides
très affectées par la sécheresse et la désertification, cest-à-dire
dans les zones prioritairement visées par le Programme. En culture pluviale,
cest le cas de larrondissement dIlléla au Niger (micro-aménagements
CES sur vivrier traditionnel), du Plateau Central au Burkina Faso (aménagements
CES sur vivrier traditionnel), et dEn Nahud/Kordofan au Soudan (expansion
des superficies cultivées et fort développement du petit élevage de case).
En culture irriguée ou de décrue, cest le cas du département de
Diffa au Niger (irrigation individuelle par pompage sur mare pour culture
maraîchère de rapport, forte augmentation des superficies), de Matam au
Sénégal (périmètres villageois rizicoles irrigués par pompage), de la
Zone Lacustre au Mali (contrôle des crues et décrues sur cultures vivrières
traditionnelles), et du Haut Ghana oriental (irrigation gravitaire sur
cultures maraîchères de rapport). Parmi les cinq «champs dintervention
principaux» du PSA (cf. tabl. 6 et 7 ci-joints) cest donc dans les
champs 2 et 3 que limpact sur lamélioration de la sécurité
alimentaire a été le plus significatif. Un trait commun à ces interventions
(à lexception dEn Nahud) est laccent mis sur la maîtrise
des eaux (de pluie ou de surface) permettant de réduire le risque
agricole et/ou daugmenter les superficies cultivées.
Les aménagements fonciers (CES, petits barrages, réseau dirrigation)
ont eu, en général, beaucoup plus deffets que la vulgarisation de
nouveaux "paquets techniques". Il sagit dailleurs
dans la plupart des cas de systèmes de culture à faible ou très faible
contenu en intrants importés (sauf cas de la riziculture sous pompage
à Matam). A contrario, les résultats enregistrés dans les régions à conditions
agroclimatiques plus favorables (Guinée, Guinée-Bissau, Ghana SRDP, Gambie,
Ouganda, Malawi, Zambie,...) ont été généralement très inférieurs aux
attentes du fait que la validité des propositions techniques y a été davantage
affectée par les conditions macro-économiques défavorables, par la dépendance
de services dapprovisionnement et de crédit défectueux, les difficultés
de commercialisation et par les effets des politiques dajustement
structurel. Ce constat général doit être nuancé dans certain cas, mais
il confirme la pertinence des orientations les plus originales et innovantes
du Programme et de son ciblage géographique.
Synthèse des résultats et enseignements par champs dintervention
sur un échantillon de projets évalués
Sécurisation et développement de lagriculture
pluviale en zones semi-arides
Le tableau suivant présente une appréciation
schématique des performances des projets en matière de développement de
lagriculture pluviale et de conservation des terres:
Résultats dépassant les
attentes
|
Niger, Programme spécial national-I,
sous-programme CES/DRS dans le département dIlléla
|
Résultats comparables aux
attentes
|
Burkina Faso, Programme spécial
CES/AGF dans le Plateau central
Soudan, En Nahud Cooperative credit
project
Cap-vert, Projet de développement
de lagriculture et de lélevage à base communautaire,
composante en zone semi-aride
|
Résultats inférieurs aux
attentes
|
Sénégal, Projet de développement
agroforestier de Diourbel
Tchad, Projet de sécurité alimentaire
au Nord Guéra
|
Résultats très inférieurs aux attentes
|
Ethiopia, Sp Country Prog, Conservation
and Agricultural Support Sub-prog
Kenya, Coast Arid and Semi-arid
Lands Development
|
Les interventions des projets se concentrent sur laménagement des
parcelles cultivées (CES et AGF), et, dans une moindre mesure, sur lapprovisionnement
en intrants et la recherche. Le sous-programme Illéla au Niger (près de
6.000 ha aménagés individuellement en tassas et demi-lunes, 192% des objectifs,
par 6.900 exploitations très exposées à la sécheresse 2.200 t de
mil en année moyenne) et le Programme Spécial au Burkina Faso (30.000
ha de cordons pierreux sur sorgho et mil et plus de 6.000 compostières
pour 15.000 ménages,+ 5.000 t de sorgho/mil en année moyenne) méritent
une mention spéciale. Tous deux ont vu un succès remarquable des micro-aménagements
de rétention deau sur les terres cultivées et des remises en cultures
de terres dégradées. Dans les deux cas, laugmentation et la sécurisation
de la production vivrière des ménages sont manifestes: environ 30% daugmentation
du disponible vivrier pour 50% de la population des villages concernés
(280 villages au Burkina, 80 villages au Niger). Au Soudan (En Nahud),
les résultats sont impressionnants par lexpansion massive des superficies
cultivées (+ 10.000 t de mil et arachide en année moyenne). Aucune modification
substantielle des conditions de cultures nest constatée (extension
sans intensification) mais les investissements en hydraulique villageoise
et laccès au crédit ont fortement contribué à la sécurité économique
des ménages (diversification des activités génératrices de revenus). Le
Cap-Vert figure comme un exemple du processus de recherche-développement
engagé avec succès. Au Sénégal et au Tchad les résultats obtenus sont
quantitativement inférieurs aux attentes mais avec certaines actions prometteuses
en matière dagroforesterie, de banques céréalières et de diversification
des activités. Les résultats sont très décevants en Ethiopie et au Kenya.
Lexpérience confirme que la priorité
des ménages paysans, en particulier des plus pauvres, est la sécurisation
des systèmes de production face aux aléas agroclimatiques et économiques.
Cest pourquoi les actions qui ont dabord renforcé la sécurité
immédiate, tout en ayant à long terme un impact sur le maintien de la
productivité des ressources naturelles, sont celles qui ont obtenu des
résultats plus probants (cordons pierreux et zai au Burkina et tassas
au Niger, lusage des parcelles clôturées au Sénégal, aménagements
biologiques au Cap-vert).
Il apparaît également quune stratégie
de renforcement de la sécurité alimentaire à long terme ne peut pas se
baser uniquement sur la sécurisation des productions vivrières traditionnelles
(parfois très difficile comme dans le projet Nord Guéra au Tchad), mais
que la maîtrise de la gestion des stocks alimentaires, et surtout la diversification
des sources de revenus monétaires, sont des éléments au moins aussi
importants du processus de sécurisation. Les activités non agricoles,
le petit élevage de rente (embouche ovine, aviculture) et les cultures
à haute valeur commerciale (manioc, maraîchage), en particulier les cultures
de contre-saison sous irrigation, apparaissent comme des éléments essentiels
des processus de sécurisation et de développement.
En règle générale, les potentialités
de recherche et dinnovation des agriculteurs eux-mêmes ont été
insuffisamment reconnues et exploitées. Cet état de fait tient
en grande partie à la démarche encore trop descendante et techniciste
des institutions publiques de recherche et vulgarisation. Cest précisément
la très grande diversité des situations, des contraintes et des
potentiels des agricultures pluviales en zone semi-aride qui oblige à
partir du local et du spécifique dans le processus dexpérimentation,
de recherche et dinnovation. Seule une mobilisation des capacités
paysannes de recherche/expérimentation peut répondre aux besoins dinnovation.
Dun point de vue technique, les
points suivants méritent dêtre soulignés:
Les actions de CES sur les terres
agricoles ont obtenu les résultats les plus manifestes du fait de leur
contribution directe à la maîtrise du risque hydrique. Ladoption
et la reproduction des ces techniques CES («tassas», «zaï» , «cordons
pierreux», «rip-lines», «banquettes végétalisées») par les agriculteurs
reposent sur leur simplicité de mise en oeuvre, leur capacité dinsertion
dans le calendrier de travail agricole et, surtout, limpact
productif immédiat. Malgré ces résultats positifs, lintroduction
des technologies CES mécaniques ne suffit pas, à elle seule, à restaurer
durablement les équilibres entre systèmes de production et ressources
naturelles disponibles. Un effort quantitatif et qualitatif de fertilisation
organique et minérale doit accompagner les mesures de CES, sans quoi la
fertilité continuera de se dégrader.
Lexamen du PSA et dautres expériences
en cours confirme limportance cruciale de lagroforesterie
dans les systèmes agraires de savane et la liaison très étroite qui existe
entre systèmes de culture, systèmes agroforestiers et systèmes délevage.
Les résultats les plus probants concernent les haies vives en remplacement
de haies mortes clôturant des parcelles de manioc ou de cultures de contre-saison
à haute valeur commerciale (Guinée Fouta Djallon, Sénégal Diourbel,
Mali Ségou). La stratégie basée sur lamélioration des techniques
agroforestières paysannes existantes à travers la recherche et les échanges
entre les différents acteurs est à privilégier. Des progrès importants
dans les aménagements fonciers (embocagement des terroirs cultivés) sont
possibles à condition que ceux-ci produisent un effet immédiat sur la
production, les revenus et la sécurité alimentaire des paysans.
Les résultats sur le maintien de la
fertilité des sols sont mitigés. Les actions étaient excessivement
standardisées et le risque financier de lutilisation dengrais
trop élevé en condition de culture non améliorée. Les actions de gestion
de la fertilité à promouvoir doivent être mises au point en étroite collaboration
avec les différentes catégories de producteurs dans un esprit de recherche
paysanne en valorisant avec eux les connaissances scientifiques existantes.
Lapproche initiale des projets du
PSA concernant la divulgation de variétés pluviales améliorées se base
sur lhypothèse selon laquelle la principale contrainte est le manque
daccès au crédit pour lapprovisionnement en semences. En ce
qui concerne les céréales pluviales, ces variétés se sont avérées
peu adaptées aux besoins spécifiques des producteurs et, dans les cas
où elles létaient, lapprovisionnement na pas été satisfaisant.
La demande et les taux dadoption sont restés faibles. Un nombre
restreint de projets ont activement introduit des variétés nouvelles et
ont organisé leur approvisionnement, comme au Cap-Vert (Cajanus cajan)
et au Ghana (026) (sorgho, niébé, arachide). Les projets doivent favoriser
les échanges entre paysans et les organismes de recherche et aborder le
problème de la production de semences des variétés améliorées
(certifiées) demandées par les producteurs.
Les dégâts causés par les parasites et
ravageurs sédentaires et migratoires sur les cultures pluviales représentent
la deuxième cause, après le stress hydrique, des faibles rendements et,
dans les situations plus graves, déchec total des cultures et de
crises alimentaires. Leffet positif potentiel dune intervention
dans ce domaine a été sous-estimé par les projets (sauf dans le cas du
manioc en zone subhumide), qui se sont limités à des actions timides.
Outre lorganisation dun service minimum pour prévoir et éviter
des infestations explosives, il y a beaucoup à faire en termes de recherche
paysanne et de valorisation des techniques manuelles et biologiques de
contrôle des problèmes phytosanitaires. Par son effet denrichissement
du savoir-faire local et de promotion de linnovation dans laction,
la démarche de la Lutte AntiParasitaire Intégrée (IPM) est adaptée et
devrait être davantage utilisée en zones semi-arides.
Les projets analysés montrent que, dans
un grand nombre de cas, léquipement des exploitations en
moyens de transport (charrettes en particulier) est une condition de la
transformation des systèmes de production, en particulier pour la gestion
de la fertilité. Les charrettes ont un effet très important sur lallègement
de la charge de travail des femmes. Il est donc nécessaire dentreprendre
une politique déquipement des exploitations et de
soutenir systématiquement la production locale de moyens de transport.
Dans de nombreuses zones dintervention
du PSA, la combinaison de la pression démographique, de la modification
des systèmes de production et de la dissolution des organisations et pouvoirs
traditionnels a induit un changement discret mais profond des régimes
fonciers, marqué par la privatisation croissante des droits dusages
et, localement, des droits de propriété. Dans ce contexte, les aménagements
fonciers pour la CES et la clôture des champs révèlent les inégalités
de droits, accentuant leur rigidité. Non seulement les aménagements,
en particulier les plantations ligneuses, ne sont pas autorisés aux détenteurs
de droits dusages partiels (locataires ou emprunteurs de terres
de cultures) mais certains usagers peuvent perdre des droits daccès
aux ressources fourragères ou ligneuses sur les terres aménagées. Il y
a beaucoup plus dinégalités face à lartificialisation du milieu
que face à son exploitation traditionnelle.
Afin déviter déventuels effets
négatifs sur certains groupes cibles dont les droits fonciers sont fragiles,
ces questions devraient être observées et analysées avec attention au
stade de la conception et de la mise en oeuvre, notamment par les systèmes
de S&E des projets. Lorsque des tendances à lexclusion de certaines
catégories apparaissent, les organismes dappui devraient tenter
détablir des mécanismes de négociation entre les catégories
concernées. Lutilisation de la cartographie socio-foncière
peut savérer utile comme outil danalyse, de suivi-évaluation
et daide à la négociation. Il devrait cependant rester prudent dans
un domaine extrêmement sensible où tout ce qui ressemble à un cadastre
peut tout autant compliquer les ententes foncières que les faciliter.
Dans dautres cas, on recherchera plutôt des mécanismes de compensation
en favorisant laccès des ménages dépourvus de droits daménagement
à dautres activités génératrices de revenu.
Plus généralement un des enjeux politiques
les plus importants pour les ruraux pauvres en ASSD au cours des prochaines
décennies est celui des politiques foncières et de la maîtrise de la
redistribution des droits dusage des ressources naturelles,
dans un contexte dexplosion démographique, de course à la terre
et de recomposition des rôles et fonctions de lEtat. Par ses multiples
expériences locales dans des situations particulièrement défavorisées,
par ses programmes daménagement foncier, de gestion des ressources
communautaires et de renforcement des capacités locales, le FIDA peut
et doit influer plus largement sur la définition, et lajustement
en faveur des groupes sociaux défavorisés, des politiques foncières des
Etats avec lesquels il coopère. Il doit pour cela commencer par observer
et suivre les évolutions et les stratégies des acteurs locaux dans ce
domaine et développer des méthodes dintervention adaptées
aux différents contextes sociopolitiques.
Développement de lagriculture pluviale en zones subhumides et humides
La majorité des projets se sont concentrés
sur des actions assez classiques de développement agricole: recherche,
vulgarisation, approvisionnement en intrants et crédit, plus rarement
la commercialisation. On note des résultats positifs dans la lutte biologique
contre les parasites du manioc (Zambie et Ghana). Trois projets au Lesotho,
en Guinée et, dans une certaine mesure, au Malawi, aux composantes CES
et AGF importantes, ont été nettement moins probants quen régions
semi-arides. Lapprovisionnement en intrants au Ghana, Ouganda, Lesotho
et Malawi a obtenu quelques résultats mais les échecs enregistrés en matière
de services de crédits viables affectent la durabilité des processus de
développement suscités.
Ces expériences en zones subhumides
et humides mettent en lumière les graves difficultés à accompagner lintensification
sans mesure de soutien des prix; alors que ces pratiques sont partout
ailleurs utilisées pour promouvoir et soutenir les productions intensives.
Quelle que soit lévolution future
des rapports de prix entre engrais importés et produits vivriers locaux,
lintensification durable passe par de nouveaux itinéraires
techniques intégrant gestion conservatoire de la biomasse et de la fertilité
en labsence de jachère (fumure organique, AGF, CES). Les innovations
sont exigeantes en travail, leur zone de validité est très localisée
et elles visent des systèmes de production complexes et divers.
Leur adoption dépend de laccroissement des revenus induits pour
couvrir le travail supplémentaire. Les agriculteurs doivent aussi disposer
dun outillage amélioré pour accroître la productivité du travail.
Des démarches de recherche-développement très décentralisées sont
indispensables pour valoriser les capacités dexpérimentation et
de recherche des agriculteurs et identifier avec eux les améliorations
viables.
Plusieurs perspectives prometteuses
sont à prendre davantage en considération:
introduction de cultures à haute valeur
commerciale dans les systèmes de production vivriers, afin de financer
leur intensification globale.
amélioration des conditions daccès
aux marchés par le désenclavement routier ayant un effet immédiat
et considérable sur les rapports de prix et sur la production;
renforcement des organisations professionnelles
autonomes et des filières commerciales privées;
recherche de solutions technologiques
intermédiaires à faible coût maximisant les effets de petites doses
dintrants importés, ou améliorant les conditions de culture (rip-line
tillage, agroforesterie) et recours à la fumure organique et minérale
produite sur lexploitation (MFS) ou à des cultures fertilisantes
(soja Magoye au Malawi).
Développement de la petite irrigation et du contrôle des eaux (PIR/CE)
Les composantes PIR/CE dans les projets
du PSA devaient être basées sur l"utilisation dune technologie
simple, peu coûteuse, compatible avec lenvironnement afin de promouvoir
des systèmes dirrigation durables". Une large gamme de technologies
de contrôle et dexploitation des ressources en eau a été envisagée
comprenant: i) les Périmètres irrigués villageois (PIV); ii) des systèmes
de pompage individuels ou en petits groupes; iii) des périmètres collectifs
à irrigation gravitaire; iv) différents systèmes de contrôle des crues
et décrues. La majorité des interventions proposées visaient la réhabilitation/expansion
des systèmes existants et le renforcement des institutions et des organisations
paysannes plutôt que la mise en place de nouveaux systèmes. Lapproche
proposée était intrinsèquement saine dans la mesure où elle visait le
démarrage dun processus de développement autogéré basé sur linitiative
des agriculteurs, leur contribution aux coûts et des investissements à
faible coût et à fort contenu en travail.
Parmi léchantillon de 23 projets,
14 comportaient une composante PIR/CE. A lexception de deux cas,
ils sont situés dans des zones semi-arides (8) ou arides (4). Le taux
global de décaissement des 14 projets était de 62% en janvier 1997, pour
un dépassement moyen en temps de 104%. A ce jour, 13.600 ha ont été aménagés
ou réhabilités, correspondant à 60% des objectifs initiaux. En ce qui
concerne le nombre de ménages bénéficiaires, le taux moyen de réalisation,
à ce jour, est également de 60% du groupe cible, soit environ 42.400 ménages.
Les travaux se poursuivent sur plus de 5.300 ha. Les taux de réalisation,
limpact sur les bénéficiaires et les perspectives de durabilité
sont extrêmement hétérogènes, avec quelques résultats remarquables au
Niger (Diffa), au Sénégal (Matam), au Mali (aménagement des mares et lacs
à Niafunké) et au Ghana (Haut Ghana oriental). Cependant, ces interventions
ne sont pas encore achevées: sur les 11 prêts clos ou exécutés à 80%,
8 ont eu une seconde phase.
| Résultats
comparables aux attentes |
Mali,
Zone lacustre I, aménagement des mares et lacs Niger,
PSN-I, sous-programme petite irrigation à Diffa (Komadougou)
Ghana, Haut Ghana oriental
Sénégal, Développement agricole de
Matam
Mauritanie, Mpourié (problèmes
fonciers et de gestion non résolus à la clôture du prêt) |
| Résultats
inférieurs aux attentes |
Mali, Zone
lacustre I, composante irrigation par pompage (PPM et PIV)
Ethiopie, Programme Spécial National
Tanzanie, Zones marginales
Niger, PSN I, sous-programme petite
irrigation à Tillabéri (vallée du Niger) |
| Résultats
très inférieurs aux attentes |
Mauritanie,
Oasis I Guinée, Fouta Djallon
Sénégal, Diourbel
Gambie, Small scale water control
Kenya, Coast Arid and Semi-arid Lands
Development
Soudan, Développement de lirrigation
dans la province du nord I & II |
Les interventions des projets en matière
de PIR/CE ont augmenté les superficies sous contrôle partiel ou total
de leau, ont amélioré la disponibilité en eau des cultures et lefficacité
de son utilisation. La plupart des projets ont aussi amélioré la productivité,
grâce à lamélioration des systèmes de contrôle et de distribution
de leau. Lanalyse de léchantillon confirme que des systèmes
irrigués à petite échelle et autogérés par les producteurs constituent
une des voies les plus efficaces pour améliorer la sécurité alimentaire
et le niveau de vie des populations en zones semi-arides. Les revenus
dégagés en saison sèche réduisent lexode masculin saisonnier, sécurisent
lalimentation du ménage en période de soudure et permettent dans
certains cas dinvestir davantage sur la campagne de culture pluviale.
Lirrigation de contre-saison a également lavantage de bien
sinsérer dans les calendriers de travail sans concurrencer les cultures
dhivernage. Plusieurs recommandations principales sadressent
au développement de lirrigation:
Les projets de développement de la petite
irrigation devraient être conçus comme des programmes daide publique
à des investissements privés ou communautaires et non comme des projets
dinvestissements publics dans lesquels les bénéficiaires sont invités
à "participer". Cette distinction a des implications majeures
pour la conception et la mise en oeuvre des programmes, surtout pour la
maîtrise douvrage des aménagements physiques.
De manière générale, la priorité devrait
être accordée au développement et à lamélioration des systèmes dirrigation
locaux et préexistants. Quand, par contre, il sagit dintroduire
un nouveau système dirrigation et/ou de contrôle de leau,
lexpérience devrait être pilote, basée sur un processus de recherche-action
avec les producteurs où les risques sont partagés entre le projet et les
paysans qui participent à laction.
Lappui à la constitution et à la
formation des membres dAssociations dirrigants est un processus
long qui a des implications administratives, financières et légales importantes.
Le temps nécessaire dépasse souvent la durée des projets.
Il est indispensable de mettre laccent
sur les services nécessaires aux irrigants (appui technique, approvisionnement
en intrants, commercialisation, crédit, etc.) et avoir lassurance
que ceux-ci seront disponibles aux producteurs, soit financés par le projet
ou autres sources.
La "participation" devrait être
considérée comme un partenariat entre le projet, les institutions publiques,
le secteur privé et les producteurs, où chaque participant influence les
décisions prises et assume sa part de responsabilités. Lidentification
de représentants dorganisations paysannes capables de jouer le rôle
de partenaires à part entière devrait être une condition préalable à tout
investissement concernant lirrigation.
Aménagement, conservation et gestion des ressources de propriété communautaire
Les régimes de propriété communautaire
et la gestion des communs sont des formes rationnelles de contrôle des
ressources sous certaines conditions spécifiques (particulièrement en
cas de faible productivité naturelle des ressources). Cependant, les communs
sont sujets à une mutation rapide de leur environnement (croissance démographique,
changements climatiques, nouveaux rapports économiques, etc.) et leur
avenir dépend de leur capacité dinnovation, tant du point de vue
technique quorganisationnel. Il dépend également de la mesure dans
laquelle les communautés revendiquent leurs droits sur des ressources
communes et sont effectivement autorisées à les gérer. Sur le nombre limité
de cas analysés dans le cadre de lEPSA, on peut citer lexpérience
positive de la protection collective contre lensablement en zone
saharienne (oasis mauritaniennes et vallée du Nil au nord soudan).
Le problème était urgent pour la population et les techniques de protection
réalisables, relativement simples et efficaces. Cependant, le recours
intensif au système "vivres contre travail" remet en question
leur application à grande échelle. Les tentatives damélioration
de la gestion des bassins versants et des ressources pastorales ont
connu moins de succès en raison de linadaptation tant des propositions
techniques que de la définition des droits de propriété pour lutilisation
des ressources. Dans tous les cas étudiés, une approche basée sur lidentification
de systèmes communautaires de subsistance et une analyse participative
de leurs contraintes, besoins et interactions aurait facilité lidentification
des causes de la dégradation des terres et dapproches réalistes
de réhabilitation et de gestion durable des ressources. En général,
la validité des principales conclusions de lEtude spéciale du PSA
sur les ressources de propriété communautaire (RPC) est confirmée:
étant donné le rôle des ressources naturelles
de propriété commune dans léconomie des populations rurales en ASSD
et leur actuelle tendance à la dégradation, les programmes de gestion/réhabilitation
des RPC devraient faire partie intégrante de la stratégie de développement
et de lutte contre la pauvreté dans la région;
les programmes RPC bénéficiant dune
aide extérieure devraient tenter dassocier la conservation et la
réhabilitation de lenvironnement, laugmentation rapide mais
durable des revenus des participants et le renforcement et/ou ladaptation
des systèmes traditionnels de gestion afin de mettre en place une structure
institutionnelle durable;
les programmes RPC doivent être techniquement
simples, commencer à petite échelle et se développer de façon souple et
progressive, sur une période relativement longue;
dans les zones dégradées, la reconstruction
de systèmes et dinstitutions locales de gestion patrimoniale des
ressources naturelles communes est dabord un processus de développement
social au sein duquel les intervenants extérieurs doivent jouer un
rôle discret, difficile mais essentiel de facilitation du dialogue
et de la négociation entre détenteurs de droits dusage.
les innovations techniques ou commerciales
permettant une meilleure valorisation économique des ressources sont nécessaires
et peuvent faciliter la négociation. Elles ne sont jamais suffisantes
si lobjectif est la lutte contre la pauvreté et létablissement
ou la défense des droits des catégories dominées ou politiquement marginales
(pasteurs, minorités ethniques...).
La question du contrôle de lapplication
des règles de gestion identifiée par les communautés locales est encore
insuffisamment analysée. Le respect des droits et des devoirs des usagers
des ressources établis par les communautés ou les institutions responsables
des communs nécessite non seulement une législation adéquate mais aussi
une présence et une volonté de lautorité publique
de protéger les droits de ces "responsables" locaux. Des cas
aussi divers que ceux du Parc national du Banc dArguin en Mauritanie,
du Fouta Djallon en Guinée, ou des zones pastorales du nord de la Namibie
illustrent bien le rôle essentiel qui doit rester à lEtat de
droit: non pas gérer les communs mais protéger les droits de leurs gestionnaires
reconnus. Laide extérieure a un rôle à jouer dans ce domaine,
principalement par le dialogue politique.
Diversification des revenus et développement des petites entreprises rurales
Cest à partir de 1990/91, à loccasion
de la préparation du PSA-II, que le FIDA sengage dans une démarche
dappui aux entreprises non agricoles. Ces projets spécialisés
sont encore à un stade trop précoce pour être évalués. Précédemment,
la promotion des activités et revenus non agricoles apparaît rarement
comme une composante en tant que telle mais généralement comme lun
des objectifs/effets attendus de la composante crédit, au même titre que
toute autre activité génératrice de revenu. Très peu des projets examinés
utilisaient les services de petites entreprises rurales pour la fabrication
des intrants du projet ou dun quelconque équipement agricole. Ils
nutilisaient pas non plus les services des artisans locaux pour
la construction dinfrastructures. Ce manque dattention accordée
aux artisans locaux est peut-être moins prononcé dans le PSA, mais il
faut reconnaître que les projets du PSA nont pas ou peu exploité
les liens existants ou potentiels.
Les secteurs économiques ruraux non
agricoles ont peu de chance de se développer si la base agricole qui les
nourrit en amont ou en aval ne se développe pas. Cest pourquoi on
peut questionner lorientation des projets exclusivement "micro-entreprise".
Une orientation de type développement local, prenant en compte
lensemble du système économique de la zone dintervention,
semble a priori plus prometteuse. En tous les cas, il est évident que
les processus de développement agricole suscités par la plupart
des projets du PSA pourraient et devraient être davantage exploités pour
maximiser les retombées potentielles sur les secteurs secondaires et
tertiaires qui auront à leur tour une rétroaction positive sur lagriculture
locale.
Les concepteurs et responsables de projets
doivent intensifier leurs efforts didentification du potentiel de
fabrication et/ou de fourniture des équipements et intrants encouragés
par le projet. Tout doit être mis en oeuvre pour que les services de construction
et de réparation des infrastructures financées par le projet soient
assurés par les artisans et les petites entreprises au niveau local. Dans
de nombreux cas cela impliquera le contournement des procédures de marché
public qui favorisent les grosses entreprises de la capitale ou même étrangères..
Les rapports en aval des petites entreprises
pour le traitement de la production, dentreprosage et de commercialisation
doivent être davantage analysés lors de la conception des projets, y compris
les efforts didentification des services dappui nécessaires
(formation, recherche-développement, services financiers) avec les micro-entrepreneurs
existants et potentiels.
Plus que laccès à des lignes de crédit
bancaire, lémergence de services financiers décentralisés viables
est une des conditions essentielles du développement des micro et petites
entreprises en milieu rural.
Dans les secteurs non agricoles (petite
industrie, bâtiment, ...) la notion de "rural" doit être élargie
aux agglomérations moyennes et notamment aux marchés hebdomadaires qui
polarisent les économies locales. Pour des raisons évidentes de volume
daffaire limité et de coûts de transport élevés, il y a peu de potentiel
de développement de ces secteurs au niveau strictement villageois.
Leau potable au village: une demande prioritaire, une condition
du développement économique et social en ASSD
Les conditions daccès à leau
potable en ASSD se sont détériorées suite à la longue période de sécheresse
de 1970-80, avec la croissance démographique et des difficultés croissantes
rencontrées par les Etats pour assurer les investissements nécessaires
et lentretien des points deau. Lamélioration de laccès
à leau potable constitue une demande prioritaire des populations
des zones visées par le PSA qui avait été fréquemment sous-estimée dans
les conceptions initiales des projets. Les investissements réalisés dans
ce domaine, souvent suite à des amendements en cours de mise en oeuvre,
ont eu un impact extrêmement positif sur les groupes cibles (Soudan
En Nahud, Guinée Fouta Djallon, Ghana SRDP, Tchad Guéra, Burkina Faso
Plateau Central), y compris une amélioration significative des conditions
de vie des femmes et des enfants, la création de nouvelles opportunités
économiques (petit élevage, maraîchage, transformation agro-alimentaire,
etc.) et lamélioration des conditions sanitaires et nutritionnelles
de la population. Cela ne signifie pas que tous les projets ou programmes
devraient systématiquement comprendre une "composante hydraulique"
mais une flexibilité accrue dans lallocation des fonds des projets
devrait être recherchée afin de pouvoir offrir une réponse immédiate aux
demandes prioritaires exprimées par la population. Les projets et
programmes devraient comprendre des fonds souples de développement local
offrant des subventions de contrepartie aux propres efforts déquipement
des communautés.
Lexpérience a prouvé que linvestissement
du projet en appui aux associations dusagers, à la formation
à la gestion et à lentretien des points deau est une condition
clé pour la durabilité des infrastructures. Ce soutien devrait être
étendu à lensemble de la filière, de la fourniture locale de pièces
détachées pour les pompes, à la collecte et la gestion des redevances
au niveau du village ou du quartier. Afin de garantir la durabilité à
long terme, il est nécessaire de faire participer les artisans locaux
dès le démarrage de lexécution du projet et de faciliter les contrats
directs entre ces petites entreprises et les communautés cibles.
Resultats et lecons a tirer dans les domaines transversaux
Finances
rurales
Le document dorientation du PSA-I
ne présentait pas de politique particulière concernant le crédit et la
promotion des services financiers ruraux. Comme dans la plupart des projets
du PO à lépoque, le crédit a été introduit dans les premiers projets
du PSA comme un moyen de faciliter laccès aux "paquets techniques"
ou aux équipements agricoles et, dans une moindre mesure, comme un instrument
de promotion des AGR féminines. Sauf rares exceptions (opérateurs mutualistes
au Burkina Faso), les institutions financières étaient instrumentalisées
en fonction des objectifs techniques des projets et la plupart des crédits
étaient accordés en nature. Malgré les sommes considérables affectées
aux "composantes crédit", peu dattention était accordée
à la viabilité des services financiers en tant que tels. La majorité
des projets comprenaient de telles composantes, avec des approches très
diverses allant des lignes de crédit rétrocédées à des Banques de développement,
à des dispositifs directement administrés par les projets ou à lutilisation
de Mutuelles dépargne et de crédit ou de coopératives. Certains
projets combinaient plusieurs approches différentes et beaucoup durent
changer de dispositif ou de partenaires en cours de mise en oeuvre pour
cause dincapacité, de désengagement, de restructuration ou de faillite
(Mali CNCA, Mauritanie UBD, Uganda UCB, Burkina CNCA, Tanzanie CRDB, Gambie
GCU, Zambie CUSA/DBZ). On constate aujourdhui un contraste frappant
entre limportance des fonds engagés par le PSA-I dans les "composantes
crédits" entre 1986 et 1990 et la faiblesse de la réflexion et de
la stratégie du Programme spécial dans ce domaine au cours de cette période.
A partir du début des années 90, la
répétition des échecs des approches classiques de crédit agricole parapublic,
la nouvelle orientation en faveur de la diversification des revenus non
agricoles et lémergence de nombreux opérateurs de microfinance rurale
en Afrique subsaharienne ont conduit progressivement à une nouvelle politique
de promotion de services financiers décentralisés (épargne et crédit).
Cette politique, qui commence à apparaître dans le document de conception
du PSA-II (91) en rapport avec lappui aux micro-entreprises, sest
considérablement affirmée au cours des trois ou quatre dernières années.
Elle reconnaît désormais pleinement lautonomie des opérateurs
financiers et la primauté à accorder au développement institutionnel
à la base dans un double souci de pérennité (recherche de léquilibre
financier et appropriation des services par leurs usagers), de proximité
de la clientèle rurale (perception et réponse rapide à une demande diversifiée,
confiance basée sur la connaissance du client) et dadaptation
des services et produits financiers à la demande et aux besoins des ruraux
pauvres. Il sagit dun défi majeur dans des régions enclavées,
à faible densité démographique et fortement soumises aux aléas climatiques,
mais également dune des conditions aujourdhui pleinement
reconnue de la réduction de la pauvreté et de la sécurité alimentaire
des ménages.
Parmi les projets revus, certains sont
partis dès le début sur des bases institutionnelles et méthodologiques
extrêmement fragiles et ont rapidement échoué, transformant les soi-disant
crédits en mauvaises subventions (Mauritanie, Mali, Niger Tillabéri et
Illéla, Zambie, Gambie). Quelques projets ont obtenu des résultats très
appréciables pendant les premières années dexécution, suivis dune
nette dégradation des taux de remboursement dans lannée précédant
ou suivant la clôture du prêt (Ouganda), voire de la disparition pure
et simple dun dispositif performant mais dépendant entièrement du
projet (Niger 009-NG Diffa). Dans tous ces cas, léchec ou labsence
de viabilité des services de crédit établis par les projets ont eu une
rétroaction négative sur la poursuite des processus de développement engagés.
Dans ces régions où nexistaient pas de services financiers ruraux
de proximité, lexpérience confirme que létablissement durable
de telles institutions est une entreprise de longue haleine. Elle passe
dabord par le développement de lintermédiation financière
à la base ("argent chaud") et lapprentissage dune
"culture" financière avant de fédérer les caisses locales et
de les raccorder au marché financier formel. Un tel processus exige du
temps: 12 à 15 ans avant despérer atteindre léquilibre financier.
Lhorizon de temps qui a été celui des projets du PSA est beaucoup
trop court, surtout lorsque la composante dappui aux SFD et autre
"système de crédit pilote" démarre à mi-parcours du projet (Tanzanie,
Ouganda, Gambie, Sénégal/Matam).
Léchantillon de portefeuille
du PSA analysé comprend quelques expériences innovatrices et prometteuses
en matière de développement durable de services financiers de proximité.
Mis à part la petite composante dappui aux opérateurs financiers
partenaires du Programme CES/AGF au Burkina Faso (ADRK et RCPB
en particulier), la plupart de ces expériences sont trop récentes pour
être évaluées. Cest le cas du début de collaboration avec les
VISACAS en Gambie, du programme crédit du SECADEV au Tchad,
des COOPEC en Tanzanie et au Sénégal (Matam). La constitution
dAssociations de services financiers (ASF) dans la deuxième
phase du projet Fouta Djallon en Guinée, sur la base dun
modèle en cours dexpérimentation au sud du pays, ainsi quau
Bénin et au Congo, est certainement lune des expériences les plus
innovatrices en la matière. Tous ces Systèmes financiers décentralisés
(SFD) intègrent épargne et crédit en espèces, se construisent à partir
de la base avec un important effort de formation et fournissent dabord
des petits crédits à très court terme, particulièrement utiles pour les
AGR des femmes. Ils participent à une tendance générale désormais solidement
établie, tout au moins en Afrique de lOuest, dexpansion des
services financiers associatifs, mutualistes ou solidaires en région rurale,
y compris dans les zones les plus déshéritées.
Les systèmes dintermédiation financière
décentralisés qui émergent depuis le début des années 90 en ASSD fournissent
des services de proximité indispensables au développement local et à la
sécurité économique des ménages ruraux, en particulier des plus pauvres.
Ils ouvrent également des perspectives dintégration des marchés
financiers formels et informels, villageois, locaux et nationaux, à partir
dune base saine et solide. Le FIDA devrait poursuivre et amplifier
son appui aux opérateurs compétents dans ce domaine, dans le respect
de leur autonomie, et en tenant compte, lorsquil sagit
dune nouvelle implantation, de la durée nécessaire à latteinte
de léquilibre financier de ces SFD. Dans une phase historique
où les institutions de microfinance se multiplient et sont encore fragiles,
on devra être particulièrement attentif à la sélection des opérateurs-partenaires
(diagnostic institutionnel préalable), au choix des instruments dappui
(la formation dabord, les fonds de garantie ou lignes de crédit
beaucoup plus prudemment) et au suivi de leur progression vers la viabilité
économique et sociale.
Epargne et crédit ne suffisent pas. Le
développement agricole dans les régions semi-arides, en particulier par
lirrigation et le contrôle des eaux, passe par un effort daménagement
foncier et infrastructurel qui nécessite des appuis externes sous forme
de subvention aux investissements. Les taux et procédures de
subvention (Fonds de développement ou dinvestissement local)
doivent être harmonisés avec les politiques nationales et les approches
des différents bailleurs de manière à limiter les effets pervers encore
trop fréquemment constatés du manque de concertation entre les intervenants.
Le FIDA devrait jouer un rôle plus actif dans lappui aux politiques
de subvention aux aménagements sur la base de deux principes fondamentaux:
la co-gestion des fonds par des représentants
des populations cibles, ce qui exige notamment que les instances de
gestion et de décision soient fortement décentralisées,
au niveau de la petite région (canton, district, sous-préfecture...);
lexigence de contreparties préalables
des bénéficiaires. La contrepartie est, à limage dun prix,
un signal qui permet didentifier, de valider et de hiérarchiser
la demande daide. Elle est aussi une condition de lappropriation
des investissements et de la parité dans la négociation.
Organisation du monde rural et développement des capacités locales
Les années 80 et 90 ont été marquées
par lémergence dun mouvement très large et très diversifié
dauto-organisation de la société rurale en Afrique subsaharienne.
Ces nouvelles formes dorganisation sont indépendantes des administrations
publiques et fréquemment dépourvues de statut légal mais elles sont porteuses
de changement et de progrès social. Elles sont une des manifestations
les plus significatives du développement au sens dun "processus
par lequel les individus et les communautés se rendent maîtres de leurs
ressources, au sens le plus large du terme - autant sociales et culturelles
que matérielles -, en vue daméliorer leur condition selon des critères
quils ont eux-mêmes définis.".
La grande majorité des projets examinés
comprend des activités de création, formation et promotion dorganisations
de base: Associations ou Groupements villageois (AV/GV), Groupements dintérêt
économique (GIE), Associations dirrigants (WUA), Coopératives agricoles,
Groupements de femmes, etc. En termes quantitatifs, les réalisations dans
ce domaine sont assez impressionnantes; des milliers de groupes de base,
des centaines dassociations villageoises ou dusagers ont été
constitués à loccasion des projets analysés. Un caractère commun
à la quasi-totalité des processus dorganisation promus par les projets
du PSA est quils sarrêtent au niveau de la communauté (GV,
AV, GIE, etc.) ou de linfrastructure communautaire qui a motivé
la constitution du groupement. Très rares sont les exemples d'effort
de renforcement dorganisations de producteurs ou de collectivités
locales à des niveaux intervillageois, local, régional ou par filière.
Il est encore trop tôt pour se prononcer sur limpact de ces
efforts en termes de renforcement des capacités locales du fait que les
"performances" propres des groupements, souvent créés ou adaptés
pour accéder aux services des projets, sont peu lisibles indépendamment
des relations de dépendances étroites quils entretiennent avec les
projets en cours. La fonctionnalité des groupements est souvent perçue
par les administrations de projets dans un schéma de relations verticales
avec leurs propres services et en fonction des objectifs du projet. Il
existe peu dexemples dans léchantillon analysé dorganisations
de base ayant développé ou amélioré des relations horizontales avec dautres
groupements et/ou avec des opérateurs économiques privés indépendamment
des projets (GIE dirrigation à Matam/Sénégal, WUAs au nord Ghana).
De même, les projets nont guère collaboré avec les unions ou fédérations
dorganisations paysannes existantes que les administrations publiques
ont souvent perçu comme des concurrents plutôt que comme des partenaires
(Burkina Faso, Guinée, Sénégal,...). Cette situation semble cependant
évoluer depuis quelques années.
Une autre caractéristique de la plupart
des projets est que toutes les opérations dacquisition de biens
et services au bénéfice des groupements et associations de base financées
par les fonds des prêts sont systématiquement effectuées par les UCP/UGP,
le plus souvent selon des procédures de marchés publics (regroupement
des lots, appels doffres, paiement, transport et redistribution
par les services dencadrement) et non par la rencontre et la négociation,
éventuellement facilitées par le projet, entre les groupements et les
fournisseurs locaux. Ce faisant, les projets ne contribuent pas au développement
du "capital social" et les capacités de négociation des organisations
de base au sein de léconomie marchande dans laquelle elles devront
opérer après la fin du projet. Ils maintiennent la dépendance des organisations
de base vis-à-vis des projets et des administrations, entravent le processus
d'auto-organisation à des niveaux supérieurs et ne préparent pas leur
propre désengagement. Il en résulte lentretien dun soi-disant
"besoin d'encadrement de base" que les services publics et les
banques ne peuvent pas assurer sans financement extérieur. Cette constatation
est non seulement contradictoire avec l'esprit du PSA mais aussi avec
la tendance générale à l'émergence d'organisations "modernes"
de la société civile - Organisations Professionnelles Agricoles de filière,
Associations de développement local, entreprises privées, Systèmes Financiers
Décentralisés, Collectivité locales - accompagnant ou parfois précédant
les désengagements de l'Etat et les politiques de décentralisation.
Participation des bénéficiaires ou partenariat entre acteurs.
Le concept de "participation"
est omniprésent dans les RPE des projets examinés, mais sa signification
varie dune "participation des bénéficiaires" à des activités
prédéfinies à une tentative douvrir la conception même des activités
à la participation des populations pouvant modifier ainsi le contenu du
projet. La prédominance très nette de lapproche directive (ou conduite
par le projet) de la participation est reflétée tant par la conception
a priori des investissements à réaliser que par le fait que la plupart
des organisations et groupements avec lesquelles travaillent les projets
ont été créés par ces projets pour leurs propres fins. Aucun des 23 projets
examinés ne peut être considéré comme ayant été initialement conçu
avec une participation active de ses futurs bénéficiaires. Les projets
ont récemment commencé à développer un partenariat plus égalitaire avec
les populations locales en vue de lanalyse des problèmes, de la
conception, de lexécution et de lévaluation des activités.
A lheure actuelle, leffet le plus perceptible de ce nouveau
partenariat est la conception de nouvelles activités en cours de mise
en oeuvre reflétant la perception quont les agences dexécution
des besoins des groupes cibles et dans quelques cas, une réelle participation
paysanne au processus de programmation.
Les textes fondateurs du PSA considéraient
que les ONG étaient davantage motivées et expérimentées que les services
gouvernementaux en matière de participation et de partenariat à la base.
Cependant, à quelques rares exceptions près, les ONG noccupent quune
place très secondaire dans les 23 projets du PSA examinés par lESPA,
en dépit de la politique initiale. Cette situation a évolué au cours des
dernières années, avec un partenariat croissant avec les ONG dans la mise
en oeuvre (mais pas dans la conception) des projets dinvestissement.
Lintroduction de démarches
participatives et partenariales au niveau local a commencé, mais son
succès nécessitera des changements ultérieurs à différents niveaux:
le FIDA doit confirmer son soutien à un
développement guidé par la demande locale en accordant aux opérateurs
des programmes la flexibilité dont ils ont besoin pour mettre en oeuvre
une approche participative;
les contrôleurs de projets, les Institutions
coopérantes, les consultants, les équipes de projets et le personnel des
agences dexécution doivent être mieux formés aux méthodes
participatives et daide à la négociation, permettant aux groupes
cibles du FIDA de jouer un rôle de premier plan dans lidentification
des priorités, la conception, la programmation annuelle, le suivi et lévaluation;
les ONG locales, les institutions de microfinance
et les organisations populaires devraient être davantage impliquées dans
la conception des projets et programmes et dans leur montage institutionnel.
Cette participation doit être considérée dès le départ comme un partenariat.
Ceci a des implications pratiques sur la manière dont est conduite la
phase didentification et de formulation des projets et programmes:
lessentiel doit être fait sur le terrain et avec ces acteurs locaux.
La concertation demande du temps, des moyens et une capacité découte
et de négociation quont rarement les missions dexperts;
pour que lexpression de la demande
puisse se baser sur des choix rationnels et que les investissements financés
appartiennent clairement au demandeur daide, il est nécessaire
i) que les coûts soient partagés; ii) quune part significative soit
à la charge du demandeur et iii) que la mobilisation de cette part soit
un préalable à laccord de laide financière ou technique;
la pratique des consultations
ou ateliers de concertation annuels majoritairement constitués
de représentants des communautés ou groupements concernés en vue déchange
dexpériences, de discussions et dévaluation des activités
des programmes, devrait être systématisée. Bien menés, organisés
par les représentants des bénéficiaires, ces ateliers sont une occasion
de renforcer le contrôle social sur la mise en oeuvre des projets,
de faire émerger des problèmes (et solutions) commun(e)s, souvent occultés
par les relations verticales et atomisées quentretiennent les projets
avec les villages, et daméliorer la transparence des décisions.
Ils peuvent être des instruments de suivi-évaluation et daide à
lorientation des projets complémentaires, probablement plus efficaces
que les traditionnels comités de pilotage administratifs;
lexpérience confirme que les rencontres
et échanges directs entre paysans et entre organisations de base sont
lune des voies les plus efficaces de diffusion des innovations,
de réplication des expériences réussies et de développement des organisations
populaires. Le FIDA devrait engager davantage de ressources financières
dans ce domaine.
Améliorer et diversifier les instruments et modalités dintervention
du FIDA en ASSD
Le bilan que lon peut tirer aujourdhui
de la mise en oeuvre du PSA confirme la pertinence de lessentiel
du contenu programmatique de ses deux phases, mais renforce la conviction
que le principal facteur limitant lefficacité des interventions
et la durabilité des processus engagés ne se situe pas tant
au niveau de la conception technique des investissements à promouvoir
ni à celui des ressources financières disponibles ou des compétences locales
mobilisables, mais plutôt au niveau des conditions dans lesquelles
laide extérieure - sous forme de "projets dinvestissements"
- rencontre, suscite et sert les initiatives de développement et les projets
des populations rurales, en particulier des catégories les plus pauvres.
Lalliance entre la précision
dans la conception initiale des investissements et les accords entre acteurs
"formels" (officiels) qui lentourent laisse très peu
despace au développement de la négociation entre et avec les acteurs
"informels" du développement rural, précisément ceux que
lon cherche à aider et dont on sollicite la "participation":
les exploitants agricoles et leurs associations, les usagers de ressources
naturelles, les groupements de femmes, les petites entreprises rurales,
les autorités traditionnelles et les commerçants, les systèmes financiers
décentralisés, etc. Dans des économies de marché en développement, ce
sont pourtant bien eux les investisseurs ruraux.
Cette contradiction profonde est sans
doute à lorigine des frustrations et des déceptions sur le caractère
encore insuffisamment participatif des projets et la durabilité incertaine
de leurs effets. Laide reste trop peu guidée par la demande locale.
Elle est encore trop dominée par des administrations gouvernementales
dépendantes de financements extérieurs. Elle reste un partenariat inégal
et peu transparent pour les populations concernées. Malgré les intentions
déclarées, elle participe insuffisamment au renforcement, et même à la
reconnaissance, des capacités des pauvres et des exclus du pouvoir économique
et politique. Les résultats sont parfois là, surtout quand les rigidités
ont pu être contournées, mais linternalisation du processus de
développement à léconomie locale, son appropriation par les acteurs
concernés font trop souvent défaut. A lheure actuelle, peu de
projets du PSA ont pu sachever en laissant se poursuivre sur le
terrain une dynamique endogène de développement économique à la hauteur
des attentes.
Cette contradiction peut et doit être
dépassée pour que les orientations stratégiques du FIDA, et en particulier
du PSA, puissent se concrétiser davantage dans la pratique et sur le terrain.
Ceci demande la poursuite et le renforcement de la réflexion sur les
instruments et les méthodes dintervention du FIDA et lexpérimentation,
y compris dans les projets en cours, de nouvelles démarches et procédures.
Cette réflexion a été introduite dès lorigine du PSA (approche des
programmes par pays, "rolling plan of action", renforcement
des capacités locales et partenariats avec les ONG...) mais na pas
été poussée suffisamment loin au niveau des instruments et procédures
dengagement et de gestion des ressources. Cette audace insuffisante
dans linnovation à ces niveaux contraste avec les apports incontestables
du PSA sur le plan du contenu programmatique et technique de ses interventions
et en a sans doute affaibli limpact potentiel en termes de développement
et dempowerment de ses groupes cibles. La situation sociopolitique
dans beaucoup de pays dASSD est aujourdhui plus favorable
quen 1985 à une prise de responsabilité effective des communautés
et organisations populaires et à linstauration de partenariats plus
équilibrés entre laide extérieure, les Etats et les acteurs de la
société civile. Le FIDA doit saisir cette occasion pour "réaffirmer
son rôle moteur en sengageant dans des activités innovantes et pionnières
et en assumant les risques qui sy attachent".
Dans des contextes dintervention
très dynamiques et diversifiés, où les opportunités économiques et les
priorités des populations évoluent rapidement et de manière peu prévisible,
la flexibilité et la capacité dadaptation des instruments dappui
au développement sont souvent des conditions de lefficacité par
rapport aux objectifs de développement. La conception des interventions
du FIDA en ASSD devrait privilégier le développement des services et
des fonds décentralisés dappui aux initiatives dinvestissement
et dorganisation à la base, plutôt que définir a priori les
investissements à réaliser et les organisations à constituer pendant toute
la période de décaissement du prêt. Cette flexibilité des instruments
dappui et cette ouverture à la demande des populations devrait être
assortie de trois conditions: un niveau significatif de contribution préalable
des bénéficiaires, des procédures dattribution simples et transparentes
et un système performant de suivi-évaluation des effets du programme.
La recommandation ci-dessus est également
une des conditions du renforcement de la maîtrise par les groupes cibles
et leurs organisations de laffectation et du contrôle des ressources
des prêts en fonction de leurs priorités. Avec les procédures actuelles
de formulation et dexécution des projets, lespace et le temps
de la participation et de la négociation sont encore beaucoup trop restreints.
Dans beaucoup de régions particulièrement pauvres ou enclavées, cette
plus grande flexibilité et ouverture à la demande locale devra être accompagnée
dun appui-conseil visant le renforcement des capacités des
populations à assurer les fonctions de diagnostic, arbitrage des priorités,
analyse de faisabilité, négociation avec les partenaires techniques ou
financiers et suivi-évaluation.
Les tableaux de coûts des rapports de préévaluation
(COSTAB) et la répartition par catégorie qui en est dérivée (inscrite
aux accords de prêt) sont trop souvent, dans la pratique, des références
plus importantes pour les gestionnaires et superviseurs des projets, que
les objectifs de développement ou de réduction de la pauvreté dont les
indicateurs restent insuffisamment suivis. Dès lors que les programmes
doivent être flexibles, guidés par leurs objectifs et par la demande sociale;
dès lors que leurs cadres logiques doivent être dynamiques, il convient
dassouplir aussi lallocation des fonds (notamment par
des enveloppes budgétaires moins détaillées), en particulier de ceux destinés
à des investissements dans les exploitations, organisations de base et
communautés villageoises. A cet égard, le FIDA pourrait étudier la mise
au point de nouveaux critères de définition des catégories dallocation
des prêts, faisant davantage apparaître les procédures, critères et pouvoirs
dengagement des dépenses, que la nature des objets financés.
Assouplir lallocation des fonds,
améliorer les capacités daffectation des ressources en fonction
de la demande locale, des innovations et opportunités émergentes et de
lévolution des contextes est nécessaire mais non suffisant.
Les procédures actuelles dapprobation des programmes de travail
et budgets annuels (PTBA) par les comités de pilotage des projets
et par les institutions coopérantes chargées de la supervision sont généralement
trop lentes et contraignantes. Elles présentent deux inconvénients majeurs:
dune part, les PTBA sont approuvés trop tardivement dans lannée,
le calendrier de décaissement des ressources et de mise en oeuvre des
actions par les projets narrive pas à se caler sur le calendrier
de travail des principaux concernés - les agriculteurs - qui est déterminé
par les saisons et les marchés et non par des considérations administratives.
Dautre part, les procédures dapprobations en vigueur, passant
non seulement par les administrations centrales dans les capitales mais
par les sièges des institutions coopérantes à létranger, contredisent
les principes de programmation participative et remontante, de décentralisation
et dappropriation des projets par les acteurs locaux. Ces procédures
doivent être revues, simplifiées et raccourcies. Leurs principes directeurs
doivent être la responsabilité des acteurs locaux (autorisée par
la compétence et la formation nécessaire et sanctionnée par des contrôles
externes a posteriori et non a priori) et la prévalence des contraintes
calendaires des populations paysannes sur celles des bureaucraties nationales
et internationales. Ces principes directeurs ont un grand nombre dimplications
pratiques importantes pour le FIDA, les IC, les ministères de tutelle
et les directions des projets.
Le choix des opérateurs et la qualité
des partenariats de développement à établir sont des facteurs déterminants
du succès ou de léchec dune intervention. Il convient
didentifier les partenaires plus en amont dans la genèse des
opérations, améliorer les diagnostics institutionnels et associer les
acteurs clé à la formulation des programmes et des services à promouvoir.
Dès lors que la conception des projets doit être souple et que lon
reconnaît quelle devra évoluer au cours de laction, il est
fondamental que les agences ne soient pas seulement d"exécution"
mais quelles aient aussi une capacité de conception et de conseil
à la conception. Cette capacité devrait être vérifiée et mobilisée
le plus tôt possible. La participation des acteurs locaux, gouvernementaux
et non gouvernementaux, à la formulation initiale est également un gage
dappropriation du projet ou programme par ceux qui auront à le conduire.
Les conditions actuelles de formulation des projets sont peu favorables
à cette participation précoce. De petits projets pilotes financés sur
dons devraient être davantage utilisés pour établir ces partenariats en
amont de programmes à plus grande échelle (pépinières de projets).
La recherche active et lanalyse des expériences réussies à petite
échelle sous financement dautres bailleurs bilatéraux ou multilatéraux
devrait également davantage nourrir le "pipeline" du FIDA. On
tiendra cependant compte du fait que le changement déchelle de
lintervention implique nécessairement une évolution de la nature
même des institutions et partenariats et devra donc être conçu comme un
processus graduel. Il doit être dautant plus prudent quil
sagit généralement de répliquer des approches et des méthodes (peu
dissociables des partenariats institutionnels) plus que des solutions
techniques qui restent généralement très spécifiques à chaque situation
locale.
Sengager à plus long terme pour
réussir et mieux se désengager. Dans beaucoup de projets et
programmes, cest entre la troisième et la cinquième année quont
émergé les activités les plus porteuses, les demandes prioritaires des
groupes cibles ou les solutions aux problèmes de conception initiale ou
de mise en oeuvre. Pour construire sur ces acquis et pouvoir se retirer
ensuite dun processus consolidé, il faut plus de temps que les 3
ou 4 ans restants. Sauf cas exceptionnels, cest généralement
par la persévérance, ladaptation progressive et lapprentissage
patient et itératif quémergent les succès durables. La systématisation
des secondes phases, solution actuellement utilisée pour répondre au besoin
dune intervention à long terme, est peu satisfaisante: la longue
période est rarement intégrée dans la stratégie de mise en oeuvre initiale
(deux projets à court terme ne font pas un programme dappui à long
terme). Elle est coûteuse en temps et en argent. Elle implique souvent
une rupture de financement entre les deux phases. Lengagement à
long terme (10 à 12 ans) est particulièrement important pour les programmes
de développement institutionnel (développement dun système financier
décentralisé viable, établissement dun fonds de développement local,
appui à la décentralisation, établissement ou renforcement dinstitutions
locales de gestion des ressources naturelles de propriété communautaire).
Plusieurs moyens pourraient être explorés en vue dun engagement
à long terme:
allonger la durée dengagement
de prêts flexibles à 10-12 ans en y intégrant une phase dorientation
initiale de 3-4 ans;
faire précéder les prêts classiques
de 6-8 ans dune phase pilote de 2-4 ans financée sur don (TAG, ECP)
ou sur petits prêts (du type des "Learning/Innovations Loans"
actuellement expérimentés par dautres IFI) ayant notamment pour
fonction de formuler le programme sur prêt;
conserver le système actuel des phases
successives de 6-8 ans mais en intégrant la longue durée dans la stratégie
initiale ainsi que la formulation de la seconde phase dans les activités
de la première.
Ancrer davantage les programmes dans
léconomie locale, au niveau de la zone dintervention et
de ses pôles économiques. Pour cela, il convient de faciliter les relations
directes entre les communautés ou organisations paysannes et les entreprises,
services et ONG locales en conférant aux premières la maîtrise
douvrage des investissements financés par le prêt, en particulier
les aménagements fonciers et petites infrastructures locales, mais aussi
certains services de formation, étude et conseil. Les organisations paysannes
et les communautés devraient avoir une plus grande liberté de choisir
leurs prestataires de services, fournisseurs et entreprises de construction.
Une telle approche aurait au moins quatre avantages: i) renforcer par
lapprentissage les capacités des groupes cibles à négocier et contractualiser
(empowerment); ii) renforcer lappropriation des investissements
par les bénéficiaires (ownership); iii) réduire les procédures administratives
coûteuses et favoriser la pérennisation des processus de développement
générés; iv) développer lemploi et le tissu économique dans la région
dintervention. Ce dernier point est particulièrement important.
Dans les régions marginales, largent des projets est lun des
principaux moyens de solvabiliser la demande locale de biens et services
dinvestissement, et donc de développer les secteurs secondaires
et tertiaires dont dépend à son tour un développement agricole fondé sur
laménagement des terres (CES, PIR/CE) et du territoire (pistes,
points deau). Dans la pratique, une telle démarche implique un
contournement des procédures de marché public, par exemple en rétrocédant
les fonds dinvestissement à une institution de droit privé (AGETIP,
ASPRODEB).
Utiliser davantage les outils danalyse
économique et financière en cours de mise en oeuvre des programmes.
Dans des contextes où les paramètres économiques évoluent rapidement,
les analyses conduites à loccasion de la préévaluation, quoique
utiles comme hypothèses de départ, peuvent être infirmées dès les premières
années de mise en oeuvre. Lanalyse financière de la rentabilité
des investissements et innovations technologiques devrait être systématiquement
vérifiée avec les bénéficiaires avant toute opération de crédit ou subvention
et être intégrée au système de suivi-évaluation.
Renforcer les capacités de perception
précoce des innovations organisationnelles ou technologiques émergentes
et participer davantage à la diffusion de ces innovations (notamment par
laction mentionnée au point 7) dans les pays et entre les pays potentiellement
intéressés. Contribuer également à la production dinnovations
par des actions participatives de recherche-développement en amont
(dons ECP et TAG) et pendant la mise en oeuvre des programmes. Dans ce
domaine, le FIDA devrait établir des partenariats durables avec des opérateurs,
instituts et centres de savoir, y compris en les associant à la conception
et à la supervision des projets et programmes, comme dans le cas du CDCS
de lUniversité libre dAmsterdam qui a joué un rôle positif
dans lorientation du PSA.
Penser, préparer et suivre avec attention
le processus de désengagement (phasing out) des programmes pendant (et
non après) la période de financement extérieur. Chaque intervention,
chaque relation établie entre institutions publiques ou ONG dépendant
de financements sur prêt et acteurs locaux doit être conçue en fonction
des conditions dachèvement de lappui externe. Les décaissements
massifs de fonds que lon observe trop souvent dans les deux années
précédant la clôture des prêts sont lexpression des difficultés
rencontrées au cours de la mise en oeuvre et/ou derreur de conception
initiale. Dans les deux cas, ils sont des promesses de gaspillage dans
des opérations dont on ne pourra pas organiser et accompagner le "sevrage".
Le désengagement de lappui externe doit donc être commencé bien
avant la clôture du prêt, en particulier au niveau de la base et dans
les secteurs géographiques dintervention initiale. Une des conditions
(et des effets) dun désengagement réussi est souvent lémergence
concomitante dorganisations professionnelles autonomes à un niveau
local ou régional qui devrait être plus activement recherchée. Dans certains
cas, lorsque les conditions dun désengagement réussi ne sont pas
encore totalement remplies à la fin du projet, le recours à des dons (MIS,
PCE/ONG) pourrait savérer utile après la clôture du prêt, y compris
aux organisations paysannes issues des projets.
Se donner les moyens dune participation
accrue du FIDA à la mise en oeuvre des programmes quil finance.
Les nouvelles formes dintervention recommandées, en particulier
les programmes dappui flexible à long terme, impliqueront une évolution
importante de leur conception au cours de leur mise en oeuvre. Pour que
les objectifs fondamentaux du FIDA découlant de son mandat spécifique
restent des références au cours de ce processus dadaptation permanente,
il est nécessaire que le Fonds se choisisse des partenaires efficaces
partageant ces objectifs. Mais il est aussi indispensable que le Fonds
puisse davantage participer à la phase de mise en oeuvre et de négociation
de laction, à travers des missions dappui, de revue et dévaluation.
Cette participation accrue est une condition dune meilleure perception
des innovations porteuses et des nouveaux acteurs dans les pays dintervention,
une condition de laccélération