Rome le 20 février 2002
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Au nom du Gouvernement de la République du Burundi et en mon nom
propre, l'honneur m'échoit de m'adresser à cette auguste
assemblée à l'occasion de la 25ème session du Conseil
des Gouverneur du FIDA pour esquisser la situation alimentaire, agricole
et politique de mon pays.
S'agissant de la situation agricole, l'agriculture burundaise constitue la pierre angulaire de l'économie nationale. Elle contribue pour environ 50% au PIB, occupe 90% de la population active, et participe pour plus de 80% aux recettes d'exportation du pays. Les cultures vivrières largement auto-consommées constituent l'essentiel de la production agricole et occupent 80% des superficies emblavées.
Malgré cette importance, l'évolution du secteur agricole a été globalement marquée ces dernières années par une faible performance liée à des contraintes structurelles et conjoncturelles.
Les contraintes structurelles sont notamment la pression démographique sur les terres avec une moyenne de 300 habitants par km², la perte de la fertilité surtout biologique des sols, la faible maîtrise de l'eau, le faible financement du monde rural, et le niveau bas de formation des agriculteurs éleveurs.
Les contraintes conjoncturelles sont constituées par les effets de la crise socio-politique que le pays traverse depuis un peu plus de huit ans. Il s'agit notamment de la limitation du temps de travail de la population, de l'abandon des champs, des déplacements de la population, et parfois de la destruction des moyens de production.
Malgré ce contexte, l'objectif du Gouvernement dans le secteur agricole est d'augmenter les production vivrières, végétales et animales, la production des cultures d'exportation traditionnelles, non traditionnelles et d'import substitution.
Pour réaliser cet objectif, le Gouvernement a élaboré une politique sectorielle et un plan d'action du Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage dans lesquelles, les stratégies d'intensification des productions occupent une place prépondérante. Elle est soutenue par l'organisation des circuits de commercialisation, la recherche, le micro crédit, l'encadrement et la conception des moyens de conservation et de transformation agro-alimentaire.
Les moyens alloués à ce secteur pour cette année approche 2 milliards de nos francs, soit 2 millions de dollars américains, ce qui représente plus ou moins 18% du budget global de l'Etat. Ces moyens sont traditionnellement complétés par la coopération bilatérale et multilatérale.
Cette année, suite aux bonnes conditions climatiques et au retour progressif de la sécurité sur l'ensemble du pays, la production des cultures vivrières a été encourageante, et les évaluations faites montrent une variation de 100,4% par rapport à la situation d'avant la crise de 1993.
Malheureusement, la chute des cours du café sur le marché mondial et la timide reprise de la coopération internationale, privent le Burundi des rentrées de devises nécessaires pour faire face aux besoins de production et de relance de l'économie.
Toutefois, malgré ces bons résultats, la sécurité alimentaire est précaire et reste un véritable défi face aux besoins réels dus au retour massif des réfugiés, leur réinstallation dans leurs lieux d'origine, en même temps que celle des personnes déplacées à l'intérieur du pays . Le pays doit apporter une aide alimentaire et agricole à plus d'un million de personnes en cours de réinstallation, et il a besoin de plus de 300.00 tonnes d'équivalent céréales pour subvenir aux besoins minimaux de la population sinistrée.
S'agissant de la situation alimentaire et nutritionnelle, le Burundi se trouve dans une situation alimentaire précaire. Depuis quelques années, elle s'est malheureusement dégradée, passant de 2100 Kcalories à 1800 Kcalories, et cette année, plus de 60% de la population disposent d'une alimentation jugée non satisfaisante, constituée essentiellement de tubercules et d'un peu de légumineuses, mais déficitaire en oléagineux.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Gouverneurs,
Distingués invités,
S'agissant de la situation socio-politique, tous les concepts annoncés ci-haut, c'est-à-dire: la production, l'alimentation, la lutte contre la pauvreté, ne peuvent être des concepts à portée significative que dans un contexte de paix et de sécurité.
Dans le cadre de la mise en application de l'accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, le pays vient d'être doté de toutes les institutions de transition convenus dans cet accord, à savoir: le Gouvernement, l'Assemblée Nationale et le Sénat.
La question du cessez-le-feu qui restait un grand obstacle pour la mise en application de l'accord est aussi entrain de trouver une solution. En effet, au moment où se tient ce Conseil, les pourparlers déjà commencés entre le Gouvernement et les Groupes armés se poursuivent en Afrique du Sud en vue d'aboutir à un cessez-le-feu permanent en faveur du retour à une paix durable.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,
Distingués invités,
Je m'en voudrais de terminer mon intervention sans remercier très vivement le FIDA qui, à travers ses 3 projets au Burundi, notamment le Programme de Relance de Développement du Monde Rural, a fait preuve de son efficacité dans la lutte contre la pauvreté. Il a continué à apporter un soutien précieux à la population burundaise en période difficile où la plupart des partenaires l'avait laissée à elle-même. Comme le dit bien l'adage burundais, "c'est dans le malheur que l'on reconnaît ses vrais amis". Au nom des centaines de milliers de burundais bénéficiaires de ces projets qui ne peuvent être présents pour l'exprimer eux-mêmes, permettez-moi de dire grand merci.
Aux pays amis, aux organismes internationaux et aux Organisations Non Gouvernementales qui ne cessent de manifester leur soutien au Peuple Burundais, nous disons également merci.
A l'heure qu'il est, le Burundi entre dans une phase post-conflit. Il
est alors indispensable d'harmoniser avec ses partenaires les stratégies
de lutte contre la pauvreté et de relance de l'économie.
Je lance un appel à la Communauté Internationale, aux partenaires
bilatéraux et multilatéraux pour concrétiser les
promesses faites lors des conférences de Paris et Genève.
Cela constituera un soutien à la paix, facteur indispensable pour
atteindre l'objectif de lutter contre la faim et la pauvreté.
Je vous remercie.