Rome - 20 février 2002
Monsieur le Président
du Conseil des Gouverneurs,
Monsieur le Président du Fonds International de
Développement Agricole,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,
Mesdames et Messieurs les délégués,
La situation internationale a profondément évolué
depuis notre dernière assemblée. L'onde de choc de la tragédie
du 11 septembre a aujourd'hui un impact psychologique, politique et économique
sur les relations internationales. Des incertitudes naissent et à
la veille d'échéances internationales importantes, je pense
en particulier aux Conférences de Monterrey et de Johannesburg,
la question de la globalisation est au cur des préoccupations
des gouvernements du Nord et du Sud. Et la sécurité alimentaire
est l'un des enjeux de ce phénomène global.
La mondialisation est ambivalente. Elle crée des richesses et porte
en elle la promesse d'un développement pour la planète entière.
Mais, si nous ne nous dotons pas des instruments de régulation
pertinents, elle pourrait accentuer les inégalités entre
le Nord et le Sud, tout comme au sein de chaque pays. Elle facilite les
rencontres entre les hommes et entre les cultures, mais elle porte, en
elle, le danger de l'uniformisation.
Comme pour l'instabilité financière, les
inégalités de développement, les pandémies,
ou la détérioration de l'environnement, l'insécurité
alimentaire, à mesure que le monde s'unifie, devient une question
globale. Les questions globales appellent des réponses globales.
Notre monde a de plus en plus besoin d'organisation et de normes. Il faut
donc penser nos actions contre la pauvreté rurale dans cette nouvelle
perspective, ce qui représente, pour une organisation comme le
FIDA, plus qu'un ajustement technique, plus que des amendements à
une stratégie existante: une vraie réflexion qui doit porter
sur le rôle et les moyens du FIDA, ou, plus exactement, de nos instruments
multilatéraux de financement du développement agricole,
dans un contexte global.
Je voudrais, aujourd'hui, souligner deux points dont le FIDA devra, à
mes yeux, tenir particulièrement compte pour les années
à venir :
- la responsabilité collective en matière de sécurité
alimentaire
et
- la place et les moyens du FIDA au sein de la communauté des bailleurs
de fonds pour répondre à ces défis.
La communauté internationale s'est fixé des objectifs précis
en matière de lutte contre la faim dans le monde. Et les craintes
que ces objectifs ne soient pas remplis peuvent être fortes; c'est
notre rôle d'y répondre. A cet effet, je voudrais aborder
trois points qui méritent, selon moi, une certaine attention:
a) Le premier point porte sur les raisons de la survivance
de la faim dans le monde, qui est la manifestation la plus brutale d'un
problème plus global, de déséquilibre persistant
entre le Nord et le Sud. Ce point suscite plusieurs questions:
- comment faire face, durablement, aux difficultés des agricultures
des pays du Sud, à la pression sur l'environnement et les ressources
en eau, au sentiment que le Sud est le-laissé-pour-compte de la
globalisation économique ?
- comment le FIDA, institution spécialisée, peut-il participer
à cette réflexion générale, proposer et mettre
en uvre des solutions concrètes en plein accord avec les
Etats membres?
- comment les Etats du Nord envisagent-ils de mettre en uvre les
principes de la solidarité internationale tout en recherchant la
croissance au niveau mondial ?
- Comment, enfin, les Pays en développement disposeront-ils des
moyens qu'ils jugent appropriés pour assurer quantitativement et
qualitativement la sécurité alimentaire de leur population.
Nous sommes évidemment modestes dans nos réponses à
ces questions, mais il nous faut néanmoins avancer, car on sait
que l'approvisionnement des agglomérations urbaines des PED représente
un enjeu croissant du fait de l'exode rural qui concentre dans les villes
à la fois les problèmes de la pauvreté et de la malnutrition.
b) Le second point, que je voudrais aborder, porte sur la
capacité de la communauté internationale de faire en sorte
que l'ouverture des frontières, c'est-à-dire de ce qu'il
est convenu d'appeler la "levée des barrières commerciales",
puisse offrir un surcroît de croissance pour les pays en développement.
En effet, la réalité montre que les PED ont encore trop
peu tiré les bénéfices annoncés de la libéralisation
des échanges, notamment agricoles, et qu'il existe là une
forte capacité de croissance.
La Conférence de Doha a été un moment
important dans cette perspective, même si un sujet comme l'agriculture
y a suscité de fortes tensions. La France souhaite que les négociations
désormais ouvertes aboutissent à un résultat favorable
aux PED.
Nous pouvons aussi progresser avec un geste fort, celui
du « déliement de l'aide alimentaire ». Derrière
ce concept d'aide alimentaire, on soupçonne fréquemment
une réalité moins flatteuse : l'aide alimentaire serait
un moyen de déverser les surplus agricoles des pays riches au détriment
du développement agricoles des pays pauvres; mais c'est le caractère
lié de ces apports qui génère cette suspicion. Nous
devons donc avancer vers un accord entre grands pays développés
pour supprimer ce lien entre l'aide alimentaire et l'écoulement
des surplus agricoles, afin de progresser vers un monde où, de
plus en plus « le Sud nourrira le Sud ». D'une façon
générale, il s'agit d'accepter d'ouvrir plus largement nos
marchés aux productions des pays pauvres. Les négociations
multilatérales ne sont qu'une partie de la réponse mais
elles sont indispensables. L'Union Européenne montre la voix par
certaines initiatives importantes. Les accords de Cotonou, qui visent
à la mise en place, à partir de 2008, d'accords de partenariat
économique entre l'Union européenne et les pays ACP, ou
l'initiative "tout sauf des armes", qui offre aux PMA un accès
libre au marché européen en sont deux témoignages
importants.
c) Le troisième point porte sur notre responsabilité
collective de faire en sorte que la sécurité alimentaire
du Sud ne soit pas mise en opposition avec la sécurité des
aliments au Nord:
- nous savons que le relèvement des normes en Europe est une exigence
des consommateurs et, que ce mouvement se poursuivra.
- nous savons aussi que, c'est la capacité à respecter les
normes internationales ou européennes en matière sanitaire,
phytosanitaire ou environnementale qui sera fondamental pour déterminer
l'accès aux marchés.
C'est un nouvel enjeu dont les pays du sud doivent prendre
conscience. Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons améliorer
significativement la bonne " gouvernance " mondiale en matière
de sécurité alimentaire.
2) Les défis de la communauté internationale
sont également ceux du FIDA.
Je voudrais rappeler quelques éléments évoqués
l'an passé à l'occasion du dernier Conseil des Gouverneurs:
- nous nous sommes réjouis que la 5ème reconstitution du
FIDA soit officialisée; elle a été la traduction
de la confiance des Etats membres envers l'institution et lui a donné
les moyens de participer au financement de l'initiative PPTE.
- nous nous réjouissons aujourd'hui, de savoir que la 5ème
reconstitution ait pu entrer en vigueur et que la plupart d'entre nous
y avons déjà apporté les financements promis. Les
autres le feront, je l'espère, très vite.
Mais au-delà de ces marques de satisfaction, je voudrais vous faire
part de deux inquiétudes:
- nous sommes attentifs au bon fonctionnement du FIDA et à la préservation
de ses ressources, dans l'intérêt commun des bénéficiaires
et des bailleurs de fonds. Cela veut dire qu'on ne doit pas spéculer
avec l'argent des plus démunis. Rechercher un rendement meilleur
ne saurait justifier de prise de risque inconsidérée. Je
tiens ici à redire notre désaccord sur la politique d'investissement
qui était encore menée, il y a peu, et qui pèsera
malheureusement longtemps sur la situation financière du FIDA.
- nous souhaitons disposer, Monsieur le Président, de propositions
de réformes dans les prochains mois. Cette institution se trouve,
en effet, à une période charnière, je listerai aujourd'hui
deux aspects qui me paraissent importants:
Monsieur le Président, vous souhaitez engager, dès
demain, un nouveau processus de reconstitution des ressources du FIDA.
C'est un moment important dans la vie de l'institution. Il me semble que
c'est, aussi, le temps pour prendre du recul, regarder ce qui a été
fait à Rome, ce qui se fait ailleurs, ce dont les pays les plus
pauvres, et en particulier en Afrique, ont besoin.
Je souhaite pour ma part que nous n'entrions pas dans une
négociation sans avoir fait établir un état des lieux
par un examinateur externe à l'institution et à ses actionnaires
C'est une pratique que nous utilisons en France pour nos mécanismes
bilatéraux. Elle est toujours éclairante, en termes de stratégie,
d'articulation, d'adéquation des moyens par rapport aux besoins.
Je souhaite que nous adoptions cette démarche avant d'entrer réellement
dans le vif de la négociation. Nous considérons cela comme
un préalable.
Il me semble, par ailleurs, évident que compte tenu de la rareté des ressources, les exigences d'efficacité de l'aide et de prudence dans la gestion devront être renforcées.
Enfin, je voudrais clore mon intervention en vous adressant
un nouveau souhait. Les ressources dont disposent le FIDA ne lui permettront
qu'une action marginale s'il reste isolé. Toutes les institutions
doivent travailler dans le même sens. La cohérence entre
les doctrines et les programmes des différentes institutions internationales
est un objectif central. Il nous faut trouver le moyen d'assurer une meilleure
coordination entre les institutions internationales. . C'est un thème
qui est mis en avant par la France dans toutes les institutions financières
internationales.
Monsieur le Président, l'institution que vous présidez a
donc un agenda bien chargé pour les prochains mois, et vous pouvez
compter sur la confiance de mon pays.
Je vous remercie.