Monsieur le Président du Conseil des Gouverneurs, C'est avec un réel
plaisir que je prends la parole à cette tribune au nom du Gouvernement
gabonais dont je suis le Ministre d'État en charge du Département
de l'agriculture, de l'élevage et du développement rural. Il va sans dire que votre expérience et votre connaissance des dossiers du FIDA ont prévalu dans le choix que les Gouverneurs ici rassemblés ont porté sur vous. Nous pouvons donc de ce fait affirmer, sans courir le risque de nous tromper que vous serez à la hauteur de la lourde et exaltante tâche qui vient de vous être confiée. Qu'il me soit également permis de saisir la présente opportunité pour transmettre à Monsieur le Président Lennart Båge, Président du FIDA depuis le dernier Conseil des Gouverneurs, les encouragements de Son Excellence El Hadj Omar Bongo, Président de la République gabonais pour les efforts inlassables qu'il ne cesse de déployer depuis qu'il préside aux destinées du FIDA. Le Gabon, membre fondateur du FIDA est heureux de prendre part aux travaux des présentes assises qui ont la particularité de mettre l'accent sur les stratégies de réduction de la pauvreté rurale à travers le biais des documents relatifs notamment au cadre stratégique du FIDA de 2002 à 2006 et aux exposés de stratégie régionale concernant six régions du monde. Je voudrais aussi indiquer que le Gabon qui, généralement aux yeux de l'opinion internationale passe pour un pays riche eu égard à son PIB très élevé se heurte cependant à un certain nombre de difficultés au même titre que beaucoup de pays pauvres d'Afrique au regard des récentes publications notamment le rapport de la Banque mondiale sur la pauvreté au Gabon. Les conclusions de ce rapport mettent suffisamment en exergue le décalage qui existe entre ce PIB (surévalué parce que prenant en compte les résultats financiers des sociétés pétrolières et dont une infime partie entre en réalité dans la formation de la richesse nationale) et le niveau de vie réel des populations. En 1993, le PIB par habitant était évalué à 3600 USD. Cependant, le Gabon présente des indicateurs sociaux comparables à ceux de certains pays africains à revenus faibles. Le revenu par habitant élevé cache de grandes disparités entre les niveaux de vie. Une partie importante de la population gabonaise rencontre en réalité d'énormes difficultés pour se nourrir, se soigner, se loger, se vêtir décemment. D'après le rapport mondial sur le développement humain du PNUD en 1998, un écart de 46 places existe entre le classement du Gabon selon l'indice du développement humain (120e sur 174 pays) et son classement d'après le PIB par habitant (74e sur 174). Par ailleurs, selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en 1994 au Gabon est évalué à environ 75% de la population totale. Dans le domaine de la santé, le Gabon possède un profil démographique et épidémiologique caractéristique des pays pauvres. L'espérance de vie est faible les taux de mortalité sont très élevés. La morbidité reste dominée par les maladies parasitaires et infectieuses. La malnutrition est devenue un problème de santé publique à telle enseigne que 11% des enfants naissent avec un poids inférieur à 2,5 kg. Le Gouvernement gabonais n'est cependant pas en reste et ne cesse de déployer des efforts en direction des ruraux dans l'optique de réduire la pauvreté en milieu rural. Ces efforts se matérialisent par le lancement depuis plusieurs années d'un vaste programme de développement de ce milieu. Programme portant sur la construction des routes, des écoles et dispensaires, l'implantation des pompes hydrauliques villageoises et la fourniture en médicaments, et autres matériels pour le bon fonctionnement de ces équipements avec un personnel d'encadrement dont la formation a repris depuis quelques années. Cependant il convient de noter, au regard des difficultés financières auxquelles le pays est actuellement confronté, que le secteur rural ne pourra malheureusement bénéficier, pendant plusieurs années, que d'une contribution très limitée du budget d'investissement de l'État. C'est donc dire que ce programme ambitieux du Gouvernement et les autres projets de développement envisagés en direction des ruraux pauvres ne pourront désormais être réalisés en grande partie que par des bailleurs de fonds extérieurs. Eu égard à ces considérations, nous pensons, afin de me pas alourdir davantage le poids de la dette que ces financements extérieurs devront être désormais négociés à des conditions très favorables. Le Gabon, à ce niveau compte beaucoup sur la contribution du FIDA. Sur le plan international En ce début de vingt et unième siècle,
pour des centaines de millions d'être humains, la vie reste encore
hélas, cruelle, impitoyable et courte. Nous pensons que cet objectif est à notre portée mais qu'il nécessitera de la part des États et des bailleurs de fonds, un engagement indéfectible et une volonté d'affecter les ressources nécessaires à cette tâche. Le nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique doit nécessairement s'exprimer au travers des moyens disponibles, suffisants et permanents aux fins d'éradiquer la pauvreté des pauvres y compris et surtout, en milieu rural. Nous observons par ailleurs, avec satisfaction que toutes les institutions internationales de développement ont désormais fait de la lutte contre la pauvreté un objectif majeur. Pourtant, paradoxalement, alors que la majorité des pauvres vivent en milieu rural, la part de l'appui international au développement agricole et rural dans l'aide publique au développement qui est, elle-même en net recul, a baissé pendant les années 90. Le FIDA dont les appuis multiples en direction des pays pauvres et notamment ceux du continent africain n'ont cessé de croître ces dernières années mérite sur ce plan d'être encouragé. En outre, nous partageons la philosophie développée par cette institution internationale, qui consiste à partir du principe que les pauvres manquent d'opportunités, et non de capacités ou de talents. Nous pensons en effet que pour réduire durablement la pauvreté, les subventions ou les transfert ne sont pas la panacée mais qu'il faut aider les ruraux pauvres, les petits agriculteurs, les paysans sans terre et les femmes rurales pauvres à acquérir les moyens d'accroître leur production et d'améliorer durablement leur sort. Fort des enseignements tirés de l'unique intervention
du FIDA en République gabonais, précisément dans
le cadre du projet d'appui au paysannat gabonais dont la première
phase d'exécution est arrivée à terme en 2000, nous
pouvons nous permettre de dire que les petits paysans ont besoin d'encadrement
technique, de crédit mais également de systèmes d'épargne
et de relations durables avec des institutions viables à terme.
Les interventions en faveur des paysans pauvres ne doivent plus avoir
pour seul objet le micro crédit, mais elles doivent de plus en
plus s'orienter vers la mise en place des systèmes financiers ruraux
durables accessibles aux pauvres, qui font appel à toutes ne gamme
d'institutions, depuis les groupements d'épargne informels et les
institutions de micro-financement jusqu'aux banques commerciales. - permettre aux pauvres de maîtriser leur vie et leur
avenir ou pour reprendre la formule du FIDA, dans le document consacré
au cadre stratégique de 2002 à 2006, «uvrer
pour que les ruraux pauvres se libèrent de la pauvreté».
Cette libération, ainsi que le précise ledit document doit
se faire telle que les pauvres eux-mêmes la perçoivent, «en
encourageant le développement social, l'équité entre
les sexes, la création des revenus, l'amélioration de la
situation nutritionnelle, le respect de l'environnement et la bonne gouvernance». - s'attaquer aux problèmes qu'ils considèrent
essentiels; - à renforcer le pouvoir de négociation des
pauvres sur le marché. S'agissant de la version provisoire relative à l'exposé
de stratégie régionale sur l'Afrique de l'Ouest et du Centre,
nous notons avec satisfaction que l'accent est mis, en termes d'objectifs
stratégiques sur: - l'accroissement de la production agricole et des ressources naturelles avec une amélioration de l'accès à la technologie; - l'augmentation des revenus ruraux par une amélioration de l'accès aux capitaux et aux marchés; - la réduction de la vulnérabilité aux principales menaces pesant sur les moyens de subsistance des populations rurales. Cependant, nous insistons particulièrement sur le fait que le développement et le combat contre la pauvreté échoueront dans le présent siècle et le prochain si nous ne mettons pas en uvre des programmes concrets qui répondent aux besoins des pauvres et l'expérience des intéressés. En conclusions, nous pouvons dire que l'éradication de la pauvreté ne consiste pas à faire de l'assistanat auprès des pauvres, mais à doter ces derniers des outils qui pleur permettront de surmonter la pauvreté; à leur offrir la possibilité de prendre part aux décisions et à leur donner accès aux ressources productives. Cela ne signifie pas que la solidarité de la communauté internationale compte moins, mais simplement qu'elle doit dorénavant s'exercer différemment. L'ampleur du phénomène de la pauvreté qui touche aujourd'hui 1,3 milliards d'être humains, soit un nombre de personnes dépassant la population mondiale d'il y a 150 ans, devrait stimuler notre sens de solidarité et notre volonté d'agir ensemble pour le bien être collectif. La pauvreté est une tragédie non seulement pour les hommes et les femmes qui en sont victimes, mais aussi pour leurs sociétés car elle représente un énorme gâchis économique, social et culturel. Elle est également une cause de conflit et d'insécurité. Pour notre part, nous sommes convaincus que si on leur donne des moyens, les pauvres sont capables de travailler pour s'arracher à la pauvreté. Les aider à y parvenir est un impératif pour que ce siècle connaisse une ère de stabilité, de croissance et de progrès, et non de guerre, de pandémie et de violence. Oeuvrons donc tous et de bon cur, pour que les ruraux pauvres se libèrent de leur pauvreté. Je vous remercie.
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