Enabling poor rural people
to overcome poverty



Conseil des gouverneurs Session du vingt-cinquième anniversaire du FIDA - Allocution de Lennart Båge Président du Fonds international de développement agricole (FIDA)

Rome, 19 février 2003
Sous réserve de changements de dernière minute

Nous célébrons aujourd’hui notre 25e anniversaire. Nous sommes fiers d’avoir marqué des points contre la faim et la pauvreté. Nous sommes fermement décidés à remporter d’autres victoires.

C’est avec un profond sentiment de révolte que nous voyons la dignité et les rêves de l’humanité grossièrement bafoués du fait de la pauvreté. De concert avec vous tous, nous voulons renforcer nos partenariats et notre détermination commune à éradiquer la pauvreté.

Je remercie Son Excellence M. Carlo Azeglio Ciampi, Président de la République italienne, Son Excellence M. Kofi Annan, Secrétaire général de l'ONU, et Son Éminence le cardinal Sodano, Secrétaire d’État du Saint-Siège, qui sont venus aujourd’hui exprimer leur solidarité et leur appui sans faille aux ruraux pauvres.

Je tiens également à remercier M. Jacques Diouf et M. James Morris des messages qu'ils nous ont adressés ce matin et de leur entrain à travailler si étroitement avec nous pour mobiliser les forces des organismes des Nations Unies basés à Rome au service de la lutte mondiale contre la faim et la pauvreté.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les gouverneurs,
Mesdames et Messieurs,

Nous marquons le 25e anniversaire du FIDA en un moment de grande insécurité internationale. Je vous suis profondément reconnaissant d’avoir tenu à être parmi nous en cette période de grande incertitude où le risque de guerre pèse lourdement.

Pourtant, le fait que nous soyons ensemble dans cette salle témoigne non seulement de notre engagement envers les ruraux pauvres, mais aussi de l’engagement qui nous lie. Depuis que le FIDA existe, nous avons tous ensemble – c’est-à-dire les pays de l’OPEP, les pays de l’OCDE et les pays en développement – mis nos ressources et nos connaissances en commun pour lutter contre le fléau de la pauvreté rurale dans le monde.

Malgré les progrès accomplis, notre tâche reste immense. La pauvreté est toujours parmi nous. Comme vous l’avez entendu aujourd’hui, un cinquième de la population mondiale vit encore dans la pauvreté extrême et le désespoir.

En un quart de siècle d’existence, nous n’avons manifestement pas réussi à éradiquer la pauvreté. Mais je ne désespère pas, car nous avons beaucoup avancé dans quatre domaines fondamentaux qui nous permettront d’atteindre un jour nos objectifs.

La lutte contre la pauvreté est devenue une priorité mondiale

Les décideurs du monde entier savent maintenant que les conséquences de la pauvreté – épidémies, migrations, destruction de l’environnement, conflits armés – ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Elles nous affectent tous, où que nous vivions.

désormais prioritaire de la lutte contre la pauvreté est attesté par la Déclaration du Millénaire, par laquelle la communauté internationale s’est engagée à réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes qui vivent dans la pauvreté extrême et souffrent de la faim. Les pays, les organismes des Nations Unies, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales et beaucoup d’autres acteurs ont maintenant le même point de repère, à savoir les objectifs de développement du Millénaire.

Le développement rural est désormais considéré comme primordial pour concrétiser les engagements du millénaire

Notre deuxième réussite, c’est d’avoir convaincu que la réalisation des objectifs de développement du Millénaire passait par la lutte contre la pauvreté là où elle existe. Sur les 1,2 milliard de pauvres qui vivent avec moins de un dollar par jour, 900 millions sont des ruraux tributaires de l’agriculture ou d’activités para-agricoles. Grâce à vos efforts et à ceux de nos partenaires, la pauvreté rurale est devenue une question universelle.

Cette prise de conscience est d’autant plus importante que les aides financières à l’agriculture et au développement rural ont diminué de moitié ces 15 dernières années, alors que l’agriculture est la principale source de revenus, le principal employeur et le principal moteur de la croissance économique dans la plupart des pays en développement.

Nous savons tous que la majorité des pays qui ont réduit de moitié leur taux de pauvreté au cours du dernier demi-siècle sont passés par un processus de développement dont la première étape a été la croissance de la productivité, de la production et des revenus agricoles. Je pense notamment à la Chine et à la Corée du Sud. Mais il y a beaucoup d’autres exemples.

Certains signes indiquent que nous avons tiré les leçons de l’histoire récente et que le recul de l’investissement dans le développement rural est enrayé. J’en veux pour preuve les engagements pris par les dirigeants mondiaux en 2002 à la Conférence de Monterrey sur le financement du développement. J’en veux pour preuve le choix du développement rural comme thème du prochain débat de haut niveau du Conseil économique et social. Et j’en veux pour preuve le fait que les pays s’appuient sur les objectifs de développement du Millénaire pour renforcer leurs propres efforts de lutte contre la pauvreté rurale.

Le progrès est au rendez-vous

Si le nombre de personnes extrêmement pauvres est resté inchangé au cours des 15 dernières années, la proportion de pauvres dans la population mondiale a nettement diminué. Des centaines de millions de ruraux pauvres ont vaincu la pauvreté. Jamais dans l’histoire de l’humanité le nombre de personnes qui ne sont PAS pauvres n’aura été aussi élevé. Jamais dans l’histoire de l'humanité autant de pauvres n'auront réussi à s'extraire de la pauvreté qu’au cours des 25 dernières années. Ce bilan signifie qu’il est possible de réduire la pauvreté de moitié en l’espace de 25 ans.

Nous savons mieux ce qu’il faut faire

La quatrième et dernière réussite que je veux souligner aujourd’hui est la plus profonde et celle qui m’incite le plus à l’optimisme. Quand nous avons réussi, c’est parce que nous avons écouté les ruraux pauvres. En 25 ans d’existence, nous avons mieux appris comment gagner la bataille contre la pauvreté rurale. Aujourd’hui, nous en savons beaucoup plus sur ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ce que nous faisons aujourd’hui est basé sur des décennies d’expérience et de pratique.

Mesdames et Messieurs,

Je vais vous faire part aujourd’hui des enseignements que nous avons dégagés - enseignements que nous partageons avec nos partenaires dans le monde et avec ceux qui rejoignent notre lutte contre la pauvreté rurale. Des enseignements qui forment maintenant la charpente des orientations stratégiques du FIDA. Des enseignements que nous appliquons jusque dans les régions du globe les plus difficiles et les plus reculées.

Les pauvres doivent conduire leur propre développement

En écoutant les pauvres, nous avons compris que pour réduire la pauvreté, il fallait changer les relations de pouvoir inégalitaires, de manière que chacun puisse s’exprimer sur les décisions qui touchent son existence. En conséquence, nous avons travaillé avec les ruraux pauvres pour renforcer leurs propres organisations afin qu'ils puissent mettre en avant leurs propres intérêts. Cette démarche impose de veiller à ce qu’ils soient pleinement associés à l’élaboration des stratégies nationales pour la réduction de la pauvreté.

Nous avons également appris que, pour que le changement soit durable, les ruraux pauvres doivent être les acteurs de leur propre développement. C’est seulement dans ce cas de figure que nous pouvons édifier la paix, la stabilité et le développement durables sur des bases solides.


Quand les pauvres maîtrisent leur destin, les communautés sont plus résilientes et plus aptes à affronter le changement, les épreuves et les catastrophes. Il y a cinquante ans, les sécheresses en Asie entraînaient souvent des famines. Tel n’est plus le cas aujourd’hui car les institutions ont davantage les capacités de faire face et les structures démocratiques ont donné aux pauvres les moyens de s'exprimer et de décider.

En Afrique, où 38 millions de personnes sont actuellement menacées par la famine, nous voyons les causes immédiates que sont la sécheresse et les inondations. Mais il y a également les causes structurelles, à savoir la faiblesse des institutions et des infrastructures ainsi que la vulnérabilité provoquée par la pauvreté. Nous devons intervenir de toute urgence pour sauver l’Afrique de la famine, mais nous devons prêter la même attention aux causes sous-jacentes du problème.

L’urgence de la situation en Afrique est encore exacerbée par la pandémie du VIH/sida, qui menace les fondements mêmes des sociétés africaines. Il y a 15 ans, le VIH/sida n’était pas considéré comme un problème majeur car les taux de contamination étaient peu élevés. Nous voyons aujourd’hui les conséquences désastreuses de ce temps perdu en Afrique, où toute une génération d’agriculteurs est en train de disparaître. Au-delà de ses dimensions sanitaires, le fléau a un impact social et économique catastrophique pour l'Afrique.

Pendant que nous intervenons en Afrique, nous devons contribuer à empêcher la répétition de ce scénario ailleurs dans le monde en incluant des stratégies de prévention et de prise en compte du VIH/sida dans tous nos projets.

Nous collaborons activement avec le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) pour relever les défis du monde rural sur le continent africain.

Les ruraux pauvres sont solvables

Le FIDA, qui a aidé la Grameen Bank au Bangladesh dès la fin des années 70, n’a cessé depuis lors de tester et d'appuyer partout dans le monde des programmes de microfinancement qui permettent à des groupes de pauvres d’emprunter et d’épargner. Grâce aux petits prêts dont ils ont bénéficié, les emprunteurs, et en particulier les femmes, ont fait des améliorations agricoles, acheté des semences, du bétail et de l’équipement, ou créé des petites entreprises.

Les taux de remboursement, proches de 100%, nous ont appris que les pauvres étaient des entrepreneurs efficaces, des acteurs du changement et non des bénéficiaires de la charité. Par la suite, nous avons mis notre expérience à profit pour concevoir des systèmes de financement rural complets qui offrent une issue à la pauvreté.

Prenons l'exemple de notre programme financé en Tanzanie, dans une région où 90 % des ruraux sont pauvres. L’idée était de créer des institutions de microfinancement dont les villageois sont les actionnaires et qu'ils gèrent eux-mêmes. Le programme renforce la capacité de ces institutions à répondre aux besoins des pauvres, crée un cadre réglementaire et établit des liens avec les banques commerciales. Il aide par ailleurs les villageois à apprendre à utiliser les services financiers à bon escient. Nous pensons qu’il va changer la vie de plus de un million et demi de personnes.

Les pauvres doivent avoir accès à la terre, à l’eau, à l’information et à la technologie

Les ruraux pauvres, en particulier les femmes et les autochtones, nous ont dit que la précarité de leurs droits d’utilisation des terres était un obstacle majeur au développement. C’est pourquoi nous avons appuyé l’action menée par les paysans pour obtenir des droits durables sur les terres qu’ils cultivent et officialiser leurs droits ancestraux à l'utilisation des forêts, des pâturages et autres ressources naturelles.

Nous avons également travaillé sur la question de l’accès à l’eau. La rareté de l’eau est peut-être ce qui menace le plus, à brève échéance, les moyens de subsistance des pauvres, mais aussi la paix et la sécurité dans le monde. Les projets d’irrigation à grande échelle ne suffisent pas, sans compter qu'ils ne sont pas toujours le meilleur moyen de servir les ruraux pauvres.

Au FIDA, nous nous sommes concentrés sur les projets à petite échelle conçus et gérés par des associations locales d’usagers de l’eau. Ils se sont traduits par l'amélioration de la productivité agricole, le recul des maladies d’origine hydrique, et moins de fatigue, surtout pour les femmes et les fillettes obligées de faire chaque jour des kilomètres pour aller chercher de l’eau.

Les pauvres nous ont dit qu’ils avaient besoin d’informations et de meilleures techniques agricoles. Nous avons donc appuyé la recherche sur les cultures et le type d’élevage qui assurent leur subsistance et nous avons contribué à la mise en place de services de vulgarisation agricole adaptés aux besoins réels, surtout ceux des femmes. La productivité agricole a augmenté.

Les pauvres ont besoin d’avoir accès aux marchés

Au cours des dernières décennies, les pays en développement ont entrepris de vastes réformes et adopté des politiques fondées sur l’économie de marché. Handicapés par leur manque de qualifications et d'actif, de nombreux pauvres ont été les laissés-pour-compte de la transition économique. Ils nous ont dit qu’ils avaient besoin d’avoir accès aux marchés, ce qui implique aux routes, aux savoir-faire, à l'information, à l'art de la négociation avec des intermédiaires commerciaux plus puissants qu’eux. Nous avons réagi en appuyant les associations paysannes, en assurant une formation, en proposant des services financiers qui les ont aidés à participer à la nouvelle économie de marché. La libéralisation croissante des échanges et les avancées de la mondialisation vont ouvrir de nouvelles perspectives aux ruraux pauvres. Mais auront-ils la possibilité de les exploiter?

Quand les subventions et les pratiques commerciales restrictives faussent les marchés et les cours des produits agricoles, les producteurs pauvres ne peuvent pas rentabiliser pleinement leur investissement et se maintenir à flot. Traiter l’agriculture dans l’optique du développement dans le cycle de Doha, voilà peut-être ce que nous pouvons faire de plus essentiel pour réduire la pauvreté à l’échelle planétaire.

Les femmes sont le moteur du changement

Les ruraux pauvres nous ont enseigné très tôt le rôle des femmes dans l'économie rurale. Les femmes produisent et préparent l’essentiel de la nourriture, génèrent des revenus, doivent trouver du combustible, porter l’eau, s’occuper de leur famille. Elles sont les architectes de la sécurité alimentaire de la famille, et pourtant elles sont souvent les plus mal loties – les plus vulnérables à la pauvreté, à la malnutrition, à la maladie et au désespoir.

Les femmes représentent environ 70% de la population mondiale confrontée à l’extrême pauvreté. Dans les pays en développement, elles possèdent moins de 2% des terres et ne bénéficient que de 5% des services de vulgarisation. Alors qu’elles jouent un rôle important dans l’agriculture, les femmes africaines ne reçoivent que 10% des prêts institutionnels proposés aux petits paysans et tout juste 1% des crédits accordés au secteur agricole.

Pourtant, nous avons constaté au FIDA que, pour peu qu’on leur fournisse des appuis spécifiques, les femmes peuvent devenir le moteur du changement, transformer en fin de compte leur vie et celle de leur famille ainsi que celle de leur communauté. Elles ont besoin de tout ce que nous tenons généralement pour acquis – soutien mutuel, formation, possibilité de participer aux prises de décision, et accès au crédit. Elles le trouvent souvent dans des groupes d’entraide.

Les peuples autochtones requièrent une attention particulière

Le FIDA travaille depuis toujours avec les populations autochtones du simple fait que la majorité des 300 millions d’autochtones de notre planète vivent en milieu rural et sont pauvres. Notre action à leurs côtés a été riche d’enseignements. Elle nous a appris l’importance de la sécurité des droits d’utilisation des terres, la valeur du respect et de la culture de la diversité, le bien-fondé des approches participatives et la nécessité d’investir sur le long terme pour obtenir des résultats.

Les ruraux pauvres tirent la croissance économique

Le développement de beaucoup de pays industrialisés a été lancé par la croissance de la productivité, des revenus et des excédents RURAUX.

Notre travail nous a appris que réduire la pauvreté rurale ne devait pas être simplement un objectif humanitaire. Dans la plupart des pays à faible revenu, les ruraux pauvres constituent une importante minorité, voire souvent la majorité de la population. Accroître la productivité et mobiliser le potentiel des producteurs ruraux pauvres se traduiraient par une augmentation de leurs revenus et par des excédents alimentaires pour les populations urbaines.

Les groupes mieux lotis, appartenant à des secteurs relativement avancés ont généralement accès aux institutions, aux biens de production, aux services financiers, techniques et autres. Si le segment rural plus pauvre de l’économie devient plus productif, ces producteurs mieux lotis pourront profiter de l'accroissement de la production rurale et du pouvoir d’achat pour augmenter leur propre production. Le développement rural et le progrès urbain peuvent alors se combiner en un cycle vertueux qui portera l’économie sur une trajectoire ascendante. À l’inverse, la stagnation de l’économie rurale ne fera qu'ancrer davantage la pauvreté tout en étouffant la croissance des autres secteurs.

La croissance de 7% que doit afficher l’Afrique pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire devra provenir en grande partie de l’économie rurale.

Arrêtons-nous un instant sur l’impact des investissements du FIDA. En 25 ans, le Fonds a consacré plus de 8 milliards de dollars É.-U. à des programmes de développement rural qui ont induit un investissement total de plus de 22 milliards de dollars É.-U. représentant les contributions supplémentaires versées par des cofinanceurs extérieurs, les gouvernements des pays hôtes et des institutions.


Ainsi, chaque dollar du FIDA a généré près de deux dollars supplémentaires pour les ruraux pauvres. Actuellement, le FIDA finance des projets et des programmes d’une valeur estimée à environ un milliard de dollars É.-U. par an. Ces projets aident chaque année 10 millions de ruraux pauvres supplémentaires – plus de 200 millions depuis la création du FIDA.


Ces 10 millions ne sont que les bénéficiaires directs. Nous savons que nos investissements dans le développement rural n’aident pas seulement les ruraux pauvres, mais aussi la société tout entière. N’oublions pas qu’ils ont des effets catalyseurs sur l’économie des pays en développement et que le recul de la pauvreté améliore la qualité de vie des riches comme des pauvres car il favorise également la stabilité et renforce la sécurité.

Lutter contre la pauvreté protège l’environnement

Les ruraux pauvres sont souvent les premières victimes de la dégradation de l’environnement. Quand ils sont désespérément à court de nourriture et d’argent, ils n'ont d'autre choix que d'aggraver la pression sur les terres et les ressources dont dépend leur survie. La dégradation qui en résulte touche la base même de leurs moyens de subsistance, d’où en définitive une pauvreté encore plus grande.

Mais nos opérations en faveur des ruraux pauvres montrent qu’avec des investissements bien choisis, on peut réparer les atteintes à l’environnement et accroître considérablement la productivité agricole – surtout si les méthodes traditionnelles sont encouragées.

Avec un accès mieux garanti à la terre, à la technologie et aux services financiers, et s’ils ont la possibilité de s’organiser plus efficacement, les paysans peuvent rompre le lien entre pauvreté et destruction de l’environnement. Cette dynamique a une portée mondiale car les ruraux pauvres sont souvent les gardiens des ressources naturelles de la planète.

Le FIDA applique tous ces enseignements et partage largement ses connaissances. Les résultats sont encourageants. Les pauvres utilisent le crédit et les techniques améliorées pour accroître leur productivité et leurs revenus, et pour protéger les ressources naturelles dont ils sont tributaires. Ils acquièrent en même temps assurance, dignité, amour-propre et pouvoir.

En novembre, je suis allé en Inde inspecter le programme de crédit rural dans le Maharastra. J’ai vu de mes propres yeux comment des femmes extrêmement pauvres avaient amélioré leurs revenus et leur place dans leur communauté. J’ai été frappé par leur assurance, par leur aptitude à exprimer leur opinion et à négocier avec les représentants du gouvernement.

Elles m’ont raconté comment leur participation aux groupes d’entraide avait transformé leur vie.

“Je ne suis plus seule”, m’a confié l’une d’elles.

“Maintenant, j’ai le courage d’aller demander un prêt à la banque”, a ajouté une autre.

“Quand l’une de nous est battue, nous allons parler à son mari - toutes ensemble”, m'a expliqué une troisième.

Dans le Maharashtra, j’ai pu vérifier par moi-même l’une des conclusions de l’examen externe de nos opérations: “Il existe des preuves indéniables que le FIDA a contribué directement et indirectement à la réalisation des objectifs de développement du Millénaire, à savoir éliminer l'extrême pauvreté et la faim, promouvoir l’équité entre les sexes, et renforcer le pouvoir d'action des femmes, et assurer la conservation des ressources naturelles”.

Monsieur le Président,

Depuis deux ans, nous renforçons le FIDA pour le rendre encore plus réceptif aux besoins des ruraux pauvres. L’année dernière, nous avons mis au point un cadre stratégique global qui guidera notre action dans les trois prochaines années. Nous avons ensuite harmonisé nos stratégies régionales. Nous sommes maintenant à l’œuvre pour nous assurer que nos ressources sont affectées à la réalisation de nos objectifs.

Nous sommes profondément conscients que les ressources qui nous sont confiées sont destinées à aider les ruraux pauvres. Au cours de la dernière décennie, le budget administratif du FIDA a été réduit ou maintenu à croissance réelle zéro, tandis que dans la même période notre programme de travail a augmenté de près d’un tiers.

Nous sommes déterminés à améliorer encore notre efficience. Pour ce faire, nous recourons à la technologie de l'information afin de renforcer la gestion de nos ressources financières et humaines et celle de notre administration. Nous accroissons aussi notre efficacité en établissant des partenariats plus solides avec d'autres organismes de développement.

Ainsi notre collaboration avec nos institutions sœurs des Nations Unies établies à Rome n'a jamais été aussi étroite. Elles sont également nos partenaires dans le contexte du Mécanisme mondial et de la Coalition internationale pour l'accès à la terre, deux instances que le FIDA est fière d'accueillir.

Nous avons par ailleurs renforcé notre coopération avec d'autres organismes des Nations Unies, la Banque mondiale et diverses institutions financières internationales. Nos travaux en commun pour élargir des programmes de lutte contre la pauvreté rurale dans certains pays au cours de l'année passée ont intensifié notre collaboration de longue date avec la Banque mondiale. Aux côtés de la Banque interaméricaine de développement, nous mettons sur pied un nouveau partenariat pour l'éradication de la pauvreté rurale en Amérique latine, qui associera également d'autres organismes bilatéraux et multilatéraux opérant dans la région.

Au FIDA, le partenariat avec les organisations de la société civile est depuis longtemps un élément clé. Avec elles, nous avons uni nos efforts, de la base au niveau le plus élevé, pour contribuer à autonomiser les pauvres. De fait, pratiquement tous nos programmes associent directement des organisations non gouvernementales et des institutions de la société civile en tant que partenaires clés.

Notre longue collaboration avec la société civile s'accompagne maintenant d'une collaboration croissante avec des entités du secteur privé. L'enjeu est de promouvoir des conditions susceptibles d'attirer l'investissement du secteur privé en faveur d'initiatives qui accroissent la productivité des régions pauvres et des populations démunies.

Monsieur le Président,

Je suis heureux d'annoncer que les États membres du Fonds ont mené à bon terme les négociations de la sixième reconstitution. Le rapport de la Consultation indique la voie à suivre pour certaines grandes options, dont le système d'allocation fondé sur la performance, la présence sur le terrain, la mesure des résultats et de l'impact, une fonction d'évaluation plus indépendante et une évaluation externe et indépendante du FIDA. Ce rapport ainsi que la résolution relative à la reconstitution sont soumis à ce Conseil pour adoption. Le niveau qui a été convenu pour la sixième reconstitution est sensiblement plus élevé que celui de la précédente et de nombreux pays membres de toutes les régions du monde ont substantiellement accru leurs contributions.

Je vous suis reconnaissant de la confiance que vous nous accordez.

Je considère ce résultat comme un premier pas vers la réalisation des engagements pris l'année dernière lors de la Conférence sur le financement du développement d'augmenter l'aide au développement et d'en consacrer une plus grande part au développement rural et à l'éradication de la pauvreté rurale.

Ce Conseil des gouverneurs marque la fin de ma deuxième année à la présidence du FIDA. Ces années ont été pour moi lourdes de responsabilités, mais extrêmement riches et satisfaisantes. Et c'est à bien des égards grâce au personnel du FIDA. Sa détermination à éradiquer la pauvreté rurale est véritablement une source d'inspiration. Son ardeur au travail est notre atout majeur.

J'aimerais présenter le membre le plus récent de l'équipe de direction du FIDA, la nouvelle Présidente adjointe pour les finances et l'administration, Mme Ana Knopf, d'El Salvador. Elle vient de la Banque interaméricaine de développement où elle a fait une brillante carrière et je suis ravi de l'accueillir au FIDA.

Monsieur le Président,

Notre tâche est d'œuvrer pour que les RURAUX pauvres se libèrent de la pauvreté. Le sens de notre mission était pour moi très clair l'année dernière lorsque j'ai été interviewé à la radio par deux jeunes mayas du Yucatan.

Solidement ancrés dans leur culture et leurs traditions, ils avaient de grandes aspirations. Ils voulaient influencer les décideurs de la planète. Ils avaient des objectifs clairs pour l'avenir. Ils m'ont dit qu'ils les réaliseraient.

C'est un formidable privilège que de les appuyer.

Je vous remercie de votre ferme soutien et du travail accompli ensemble cette année.