Enabling poor rural people
to overcome poverty



Allocution de Son Excellence Monsieur Blaise Compaore, President du Burkina Faso

Monsieur le Président du Fonds International de Développement Agricole,
Excellences, Mesdames et Messieurs
les Présidents d’Institutions,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs du FIDA,
Honorables Invités,
Mesdames et Messieurs.

Je me réjouis de prendre la parole aujourd’hui à la tribune de la 27ème Session du Conseil des Gouverneurs du Fonds International de Développement Agricole.

Je voudrais tout d’abord exprimer ma profonde gratitude à Monsieur Lennert Bäge, Président du FIDA pour l’honneur fait à mon pays et à l’Afrique, en m’invitant à participer personnellement à cette importante rencontre du Fonds International de Développement Agricole.

Vous me permettrez également de féliciter les premiers responsables du FIDA pour leurs constants engagements à promouvoir la solidarité entre les peuples et à stimuler la coopération multilatérale au profit des populations rurales démunies.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants,

La misère grandissante qui affecte les pays en développement nous interpelle sur la nécessité d’entreprendre plus d’initiatives aux fins d’assurer le succès de notre lutte contre la pauvreté rurale dans le monde.

En effet, les pays pauvres et particulièrement l’Afrique, vit en ce début du 21ème siècle une situation paradoxale quant à son devenir.

Son Excellence Monsieur Blaise Compaore, President du Burkina FasoMalgré ses potentialités et ses atouts considérables en matières premières stratégiques telles que le pétrole, l’uranium, le fer, le cuivre, le cacao, le café, le coton, l’existence d’une flore et d’une faune des plus riches du monde, une population nombreuse et jeune, l’Afrique demeure le continent le plus pauvre, malgré la mise en œuvre depuis quatre décennies de plusieurs projets et programmes de développement.

Quelques indicateurs témoignent de la marginalisation de l’Afrique des autres continents du monde.

En 1960 la part de l’Afrique qui représentait 10 % du commerce mondial, ne représente à nos jours que 2 % et si en 1990-1992, l’Afrique subsaharienne représentait environ 20 % des personnes sous-alimentées dans le monde et 19 % de celles dont les revenus étaient inférieurs à un dollar par jour, les analyses prospectives indiquent aujourd’hui que ces pourcentages passeront respectivement à 34 % et 46 % en 2015.

L’une des principales causes des contre-performances de l’agriculture africaine réside dans les inégalités et l’iniquité qui prévalent dans les relations internationales et particulièrement au niveau du commerce mondial des produits agricoles où l’Afrique joue un rôle très marginal dans les prises de décisions.

En effet, si les règles et mécanismes établis par l’Organisation Mondiale du Commerce pour assurer des échanges commerciaux internationaux plus justes et équitables ont été salués par tous, il reste que dans leur application les pays africains et les pays les moins avancés souffrent de l’inégalité de traitement entre les pays membres.

En respect des règles internationales, les pays africains, aux économies encore très fragiles, ont entrepris des ajustements pour être plus compétitifs et relever le niveau de leur participation aux échanges commerciaux.

Ces réformes, conduites dans le cadre des programmes d’ajustement structurel, ont permis à ces pays d’assainir leurs économies et de créer les conditions internes favorables au développement des filières de production porteuses de croissance durable.

Malheureusement les effets positifs de ces réformes sur l’économie de nos pays ont jusqu’ici été pratiquement anéantis par le maintien dans certains pays membres de l’OMC de mesures de soutien multiformes à leur agriculture et cela, en contradiction totale avec les objectifs fondamentaux de cette Institution.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants,

En exemple, dans le cadre de leurs politiques de soutien aux secteurs agricoles et pour la seule année 2001, les pays riches ont accordé six fois plus de subventions à leurs agriculteurs qu’ils n’ont octroyé d’aide au développement, soit respectivement 311 et 55 milliards de dollars US.

Par ailleurs, les subventions allouées aux producteurs de coton dans certains pays membres de l’OMC dépassent de plus de 60 % le produit Intérieur brut total du Burkina Faso.

Il va sans dire que de telles pratiques donnent aux secteurs agricoles des pays nantis un avantage concurrentiel déloyal par rapport aux pays en voie de développement comme les nôtres.

Ces subventions ont provoqué des chocs économiques et sociaux négatifs sur les pays africains d’une manière générale et particulièrement ceux producteurs de coton pour lesquels cette filière occupe une position stratégique dans leurs politiques de développement et programmes de réduction de la pauvreté.

Plus de dix millions de personnes en Afrique de l’Ouest et du Centre dépendent directement de la production cotonnière, et plusieurs autres millions de personnes sont affectées de manière indirecte par les distorsions des prix sur le marché mondial du fait des subventions à la production et à l’exportation de ce produit.

En effet, ces soutiens aux producteurs du Nord, gonflent artificiellement l’offre sur les marchés internationaux et déprime les prix à l’exportation.

A titre d’illustration, mon pays a perdu en 2001 1% de son produit intérieur brut et 12% de ses recettes d’exportation à cause de ces subventions sur le coton.

Mesdames et Messieurs,
Honorables invités.

Face à de tels comportements, les responsables à divers niveaux que nous sommes, devons repenser nos stratégies et nos méthodes d’action si nous voulons accroître les performances de nos économies et réaliser les objectifs de développement que nous nous sommes fixés pour le 3ème Millénaire car aujourd’hui nous abordons ce début de siècle avec des doutes et des interrogations.

Pour aborder ce début de siècle avec moins de doutes et d’interrogations, les dirigeants du monde entier doivent s’armer de courage et de détermination pour dénoncer, sans complaisance, la mauvaise répartition des fruits de la croissance entre pays riches et pays pauvres, et condamner fermement l’utilisation inappropriée des richesses de l’humanité au service prioritaire de l’industrie de la guerre et de la destruction.

Mesdames et Messieurs,

Il y a plus de 25 ans, quand nos Etats créaient le FIDA, le combat contre la faim et la pauvreté rurale constituait le défi majeur à relever par l’humanité. Aujourd’hui, le problème demeure entier.

Pendant que les besoins alimentaires journaliers de plus de 900 millions de personnes dont 200 millions d’enfants ne sont pas satisfaits dans le monde,

Au même moment quelques pays de l’OCDE octroient des subventions à leurs agriculteurs pour qu’ils ne produisent pas davantage de nourriture ou pour étouffer l’agriculture des paysans du Sud.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants,

Au Burkina Faso, le secteur rural contribue pour près de 40% à la formation du Produit Intérieur Brut, fournit plus de 70% des recettes d’exportations totales et emploie près de 85% de la population active du pays.

Conscient de cette réalité, le Gouvernement a entrepris depuis une décennie, une série de réformes structurelles et sectorielles pour restaurer les bases d’une croissance économique durable, améliorer les conditions de vie des populations et développer une agriculture performante.

A ce jour, des progrès notables ont été enregistrés grâce aux efforts du Gouvernement avec l’appui de ses partenaires, au courage et à l’ardeur au travail des populations rurales.

Toutefois, malgré ces progrès, les bases de l'économie restent fragiles. l'économie burkinabé reste peu compétitive et dépendante des ressources extérieures.

Pour faire face à ces contraintes majeures, mon Gouvernement a adopté récemment une nouvelle stratégie de développement rural qui constitue le socle de l’économie du pays.

Le développement rural et particulièrement sa composante Sécurité alimentaire est considérée au Burkina Faso comme partie intégrante de la sécurité humaine.
Partant de ce postulat et en prenant en compte les potentialités et les expériences du passé, nous avons inscrit la production agropastorale au cœur de notre politique de développement rural dont les grandes orientations s’articulent autour des principaux objectifs suivants:

  • Vaincre l’insécurité alimentaire par la création de conditions favorables à la disponibilité et à l’accessibilité des populations à une alimentation suffisante et équilibrée ;
  • Réduire de manière significative la pauvreté par le développement du potentiel productif, l’augmentation des revenus des familles et l’accroissement des opportunités d'emploi en milieu rural ;
  • Assurer de manière efficace l’approvisionnement en eau potable de l’ensemble de la population du Burkina Faso ;
  • Lier l’accroissement de la production aux exigences du marché;
  • Promouvoir un développement durable par une gestion rationnelle des ressources naturelles ;
  • Améliorer la situation économique des femmes et des jeunes en milieu rural.

La mise en œuvre et la réussite de cette stratégie supposent une volonté politique forte, mais aussi le soutien de la Communauté Internationale à laquelle je lance un vibrant appel pour nous appuyer dans la réalisation des objectifs de cet ambitieux programme.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants,

Cette tribune m’offre l’opportunité de réitérer mes remerciements à tous les partenaires au développement pour leurs soutiens constants aux efforts de développement de mon pays, et particulièrement le FIDA qui, en vingt ans de coopération, a investi dans le développement rural du Burkina Faso, plus de 250 millions de dollars US.

Les interventions du FIDA au Burkina Faso concernent plusieurs domaines d’activités.

Tout en reconnaissant le rôle combien important que le FIDA joue depuis un demi-siècle dans la promotion économique des ruraux pauvres par l’amélioration de la productivité de leurs activités, l’élaboration de cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté et la mise en œuvre d’importants programmes d’intensification et de diversification dans plusieurs pays pauvres interpellent le FIDA quant à son rôle en aval de la production.

En effet, des opportunités importantes, en terme d’affaires et de gains de productivité existent en aval des filières des produits agricoles notamment, la transformation/conservation et la commercialisation en vue d’augmenter les revenus des ruraux et de les intégrer au marché.

Il s’agit de créer les conditions d’un partenariat en vue de faire bénéficier les opérateurs nationaux des innovations techniques et du savoir-faire nécessaires à la modernisation et à l’intégration de leurs activités aux circuits marchands modernes.

C’est pourquoi j’invite le FIDA dans le cadre du renforcement de ses interventions dans les pays pauvres, à consacrer un guichet de son portefeuille pour financer essentiellement les activités économiques visant la transformation et la valorisation des productions locales pour lesquelles je demeure convaincu qu’il existe des opportunités à saisir pour améliorer la compétitivité des pays pauvres sur le marché mondial.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants.

Dans un monde où l’avenir appartient inévitablement aux grands ensembles, nos Etats doivent transcender certaines considérations nationales et viser une meilleure intégration de leurs économies.

En effet, sur le continent africain, et notamment dans la plupart des pays au Sud du Sahara, la crise économique a engendré de graves distorsions qui constituent une menace constante pour l’avenir de ces pays.

Les difficultés de tous ordres que connaissent ces pays en cours de mutations politiques et économiques démontrent clairement que les conditions indispensables pour la paix et la stabilité des nations résident avant tout dans un développement équilibré, qui permet d’assurer, entre autres, la sécurité alimentaire des populations, tout en leur donnant les outils nécessaires pour sortir de leur situation de pauvreté et d’arriération.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants.

La pauvreté et l’insécurité alimentaire sont des fléaux récurrents en Afrique et dans d’autres parties du monde qu’il convient d’éradiquer rapidement si nous voulons assurer durablement le respect des droits humains, la paix et la démocratie.

La condition sine qua non pour aborder avec succès le défi du siècle est le consensus déjà obtenu par le Sommet du Millénaire et sa Déclaration dont l’un des objectifs principaux est de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim et de la pauvreté dans le monde, à l’horizon 2015.

La seconde condition concerne les actions concrètes à réaliser pour combattre la pauvreté.

Des études récentes réalisées par des experts indiquent que chaque dollar dépensé pour la production agricole génère deux dollars pour l’ensemble de l’économie nationale ; toute chose qui confirme le rôle central que doit jouer le secteur agricole dans la lutte contre la pauvreté dans les pays en voie de développement et qui confirme également la justesse de la création du Fonds International de Développement Agricole et la pertinence de ses missions.

Le développement du secteur agricole dans les pays en voie de développement, et particulièrement en Afrique nécessite qu’une attention particulière soit portée sur les questions suivantes:

  • le financement du monde rural à travers le développement de la micro-finance et du crédit de proximité accessibles aux producteurs ruraux, majoritairement pauvres;
  • la sécurisation foncière par l’accès à la terre à toutes les couches sociales ;
  • l’accès aux nouvelles technologies pour les pays pauvres en vue d’accroître la productivité du secteur agricole et de procurer une valeur ajoutée aux produits agricoles à travers leur transformation et une meilleure conservation;
  • la lutte contre le VIH-SIDA qui représente une menace permanente pour les producteurs ruraux qui constituent le moteur des économies de la plupart des pays pauvres.

Mesdames et Messieurs,
Distingués participants.

Je voudrais profiter de cette tribune pour rendre un vibrant hommage aux femmes du monde entier et particulièrement à celles qui vivent en milieu rural, pour leur courage, leur engagement et leur détermination dans la lutte contre la faim et la pauvreté.

Je saisis l’occasion qui m’est offerte pour saluer l’approche genre adoptée par le FIDA dans les programmes de développement qu’il soutient.

Comme vous le savez, les femmes, qui représentent plus de la moitié de la population dans la quasi-totalité de nos pays, sont des actrices incontestées et incontournables de l’économie familiale de par leurs fonctions de reproduction et de production.

Cependant, force est de constater l’insuffisance, voire l’inexistence de stratégies appropriées et performantes pour apprécier leur contribution réelle dans le processus de développement.

Aussi, la promotion de la femme dans le processus du développement n’est pas seulement un problème d’équité mais surtout une nécessité vitale.

En effet, je reste persuadé qu’il ne peut y avoir un développement durable de nos pays sans la participation pleine et entière de la femme, et surtout de la femme rurale.
En conséquence, l’un des défis du 3ème millénaire sera d’améliorer la condition juridique, politique, économique et sociale de la femme afin qu’elle prenne elle-même en main son destin.

Mesdames et Messieurs,
Distingués Participants.

Avant de terminer mon propos, je voudrais en mon nom propre et au nom des laborieuses populations africaines, exprimer une fois de plus aux premiers responsables du FIDA et à tous les partenaires de coopération qui soutiennent cette Institution, ma profonde reconnaissance pour cette invitation et l’honneur fait à tout le continent africain, et au Burkina Faso en particulier.

Tous ensemble, faisons du FIDA un instrument encore plus performant dans la lutte contre la pauvreté notamment rurale, un instrument de coopération et d’intégration des économies de nos Etats.

Vive le Fonds International de Développement Agricole !

Vive la coopération Internationale !

Vive la solidarité entre les peuples !

Je vous remercie de votre aimable attention.