Allocution de Mme Odile Renaud-Basso
Chef du Service des Affaires Européennes et Internationales
Ministère du Trésor, Ministère de lEconomie,
des Finances et de lIndustrie
République de France
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Je commencerai mon intervention par un constat qui pourrait sembler être une simple figure de style, mais à la fois un défi à relever et une source despoir et de motivation: lannée 2005 est une année charnière pour laide au développement. Le bilan détape de la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement qui aura lieu à New York en septembre prochain suscite une mobilisation intense pour accroître le volume et la qualité laide au développement. Les propositions sont nombreuses : initiative britannique pour une facilité financière internationale en faveur de la vaccination ; proposition française sur les nouvelles contributions internationales, qui ont reçu le soutien de lAllemagne, du Brésil, du Chili et de lEspagne ; débats sur lextension de linitiative PPTE pour traiter les dettes multilatérales ; mais aussi reforme des Nations Unies, ou encore rencontre à haut niveau sur lefficacité de laide dans deux semaines à Paris.
Ce bouillonnement didées marque une volonté de sortir de la routine de laide au développement et du découragement quelle a pu susciter. Bien sûr, il sagit de sappuyer sur des organisations dont les méthodes de travail sont reconnues, mais le contexte actuel donne un nouvel élan, une nouvelle motivation qui ne peut que galvaniser les énergies vers un même objectif : la lutte contre la pauvreté.
Jespère que ces propos ne vous sembleront pas trop grandiloquents : plutôt que dénumérer des statistiques connues de tous ou de rappeler des engagements maintes fois réitères, il ma semblé préférable dopter pour une vision résolument dynamique dans laquelle le FIDA doit, à mon sens, sinscrire.
Il y est dailleurs aidé par une prise de conscience croissante de limportance des questions agricoles et rurales : laide publique au développement en direction des projets dans ce domaine a augmenté, de même que les ressources qui y sont consacrés par les gouvernements nationaux. Le rapport de léquipe de projet pour le Millénaire, dirigé par Jeffrey Sachs, insiste fortement sur ce secteur. Les Etats africains à Maputo, lannée dernière, se sont même engagés à affecter 10% de leur budget à lessor de la production agricole et au développement rural.
Jaimerais partager avec vous quelques réflexions sur le fonctionnement du FIDA et sur la place quil doit occuper dans la lutte contre la pauvreté rurale.
Je tiens tout dabord à féliciter le Président Bage pour les réels progrès qui ont été accomplis sous son impulsion dans la gestion de lInstitution. Je marrêterai sur les trois éléments suivants qui me paraissent particulièrement significatif : la reforme de la politique dinvestissement ; amélioration de la procédure budgétaire ; enfin, la mise au point dun système dallocation fondée sur la performance.
La reforme de la politique dinvestissement tout dabord : la réduction progressive de la part des actions, puis leur suppression du portefeuille met le FIDA à labri des fluctuations des marchés internationaux, en accord avec les pratiques des autres organisations internationales. En effet, les risques financiers pris par la détention dactions étaient incompatibles avec la raison dêtre du Fonds et auraient pu pénaliser les pays bénéficiaires en cas de pertes sur les marchés financier comme cela a été au début des années 2000.
ensuite, amélioration de la procédure budgétaire : la présentation du budget par poste de dépenses et par activités, létude détaillée du budget par le comité daudit sont autant éléments qui permettent un suivi efficace des activités du Fonds.
enfin, la mise au point du système dallocation fondée sur la performance : dans la mesure où son application nen est quaux prémices, il est trop tôt pour mesurer son efficacité. Toutefois, sur le principe, je tiens à souligner quil est indispensable de privilégier le soutien aux Etats qui montrent leur motivation et leur souci de venir en aide aux populations rurales. Sil sagit bien daider les plus performants, nous ne devons pas perdre de vue la spécificité sectorielle du FIDA, et donc axer lappréciation des pays principalement sur leur engagement en faveur de amélioration des conditions de vie des ruraux pauvres.
Jaurais pu également citer le système de gestion de la performance du personnel et des cadres de direction ou encore lélaboration du cadre de résultats, autant dinitiatives qui doivent permettre au FIDA de progresser et de se doter de méthodes de travail et dévaluation garantissant lefficacité de son action sur le terrain.
Jen viens justement à cette action sur le terrain. Le rapport sur lévaluation indépendante rendu disponible récemment, (en anglais uniquement, je le déplore !) met en évidence un certain nombre déléments très intéressants sur les atouts et faiblesses du Fonds. Il convient dailleurs de se féliciter que cette évaluation ait été menée : elle apporte de nombreux éléments de réflexion qui vont permettre de faire avancer le FIDA dans la voie de lefficacité et de lefficience. Par cette réalisation, le FIDA se met au diapason des meilleures institutions multilatérales, soucieuses daméliorer en permanence la qualité de leur action dans la plus grande transparence.
Je retiens de la lecture de ce rapport que la plus grande partie des ressources du FIDA est affectée aux pays les plus pauvres, notamment les pays dAfrique subsaharienne ; que ses ressources servent de plus en plus à financer des projets ayant des composantes institutionnelles et de soutien aux infrastructures ; que ces projets répondent bien aux besoins. Mais je retiens aussi dautres éléments, moins satisfaisants : seule la moitié des projets a un effet global important sur la pauvreté ; leur suivi nest pas optimal ; le FIDA nest pas considéré comme une organisation porteuse en termes de débats didées sur le développement rural et la réduction de la pauvreté rurale.
Il me semble essentiel sur la base de ce document de conforter les points positifs et de sattaquer aux défaillances. Je souhaite que le FIDA soit en mesure, au plus tôt, de présenter un plan daction. Ceci sera naturellement un de points importants des débats qui vont sengager pour la reconstitution de ses ressources.
Dailleurs, pour reprendre certains des éléments que je viens dévoquer, je pense indispensable que le FIDA sappuie sur son expérience et sur la spécificité de son action pour être un laboratoire didées et développer une approche globale.
Je mexplique : le FIDA mène des projets qui sattachent à aider les ruraux pauvres. En cela son action se différencie de celle menée par dautres acteurs du développement. Il cherche à toucher des populations quelque peu négligées par les autres organisations internationales dont les cibles sont différentes. Parallèlement, il est reconnu que le succès ne pourra venir que dune action globale visant à renforcer les capacités institutionnelles et faisant une large place au développement rural dont on a pu constater quil est un élément indispensable au développement général.
Je pense quune réflexion doit être menée sur les synergies entre développement rural et politique globale. Cest pour cette raison que jai accepté avec plaisir dêtre la modératrice de la discussion qui a eu lieu sur la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement : investissement rural et politiques porteuses. Jespère que les débats auront été fructueux pour tous et quils auront permis douvrir des voies à des actions futures.
Laboratoire didées, innovation, efficacité de laction, autant de défis que le FIDA se doit de relever pour sinscrire dans le courant dynamique de la pensée de laide au développement qui caractérise lannée 2005.
Pour conclure, je souhaite renouveler toute ma confiance au FIDA et dans laction de ses équipes, sous la conduite du Président Bage. Les objectifs sont clairs et ambitieux. Les reformes doivent se poursuivre pour porter leurs fruits. Les enseignements de lévaluation doivent être tirés. Des mesures correctives doivent être prises.
Et je ne crois pas faire preuve dun optimisme beat en disant que année 2005 peut être une année qui marquera un tournant dans la façon dont est conçue laide au développement. Je le pense et je le souhaite réellement.
Je vous remercie pour votre attention.