Allocution de Monsieur Serge Chapatte
Directeur Général adjoint
Direction du Développement et de la Coopération
Département Fédéral des Affaires Etrangères
Gouverneur du FIDA pour la Suisse
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes au début de la 7ème reconstitution du Fonds et devons choisir le Président pour la prochaine période. Nous sommes confrontés à des défis qui marqueront notre institution les prochaines trois années. Ceci demande un plein engagement de notre part. La communauté internationale devrait également faire tous les efforts nécessaires en vue de réduire la pauvreté tout particulièrement en Afrique afin quelle puisse atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Dans un certain nombre de pays de ce continent, nous sommes malheureusement loin de ce but et il faudrait des efforts additionnels aussi bien des gouvernements des pays concernés que les donateurs.
Le FIDA a comme mandat de réduire la pauvreté dans le monde rural. Toutefois, dans la mise en uvre, laccent sur les pauvres nest pas toujours visible comme le montre lévaluation externe indépendante. Cest un point sur lequel le Fonds devra donner des précisions afin de présenter clairement sa spécificité et sa valeur ajoutée. Plus le FIDA sera clair dans sa niche dintervention et plus il pourra être complémentaire avec les autres agences bi et multilatérales. Dans cette démarche, il sagira également de préciser le rôle innovant que le FIDA peut et doit jouer dans la mise en uvre des politiques et dans le renforcement institutionnel et opérationnel.
Avec les efforts croissants consentis par la communauté internationale pour augmenter le volume financier des projets et programmes, les performances peuvent et doivent encore être améliorées aussi bien au niveau de la durabilité que de limpact. Diverses évaluations récentes ont clairement montré que la moitié des projets soutenus par le Fonds sarrête une fois le déboursement des fonds terminé. Ce fait nous pose problème et nous demandons à la direction de tout mettre en uvre en étroite collaboration avec les gouvernements concernés et tous les acteurs impliqués afin de trouver des solutions viables permettant de satisfaire à long terme les besoins des ruraux pauvres.
La durabilité et limpact pourraient être améliorés comme proposé par lévaluation externe indépendante grâce à un mécanisme visant à assurer la qualité des projets et programmes. Ce dernier serait géré par du personnel de structure et une proportion importante dexperts externes à linstitution. Il aiderait à examiner lélaboration et les diverses étapes du cycle du projet, telles que la supervision et la revue à mi parcours, qui sont régulièrement soulignés comme des points faibles. Il viserait également à donner plus de responsabilité et dinitiative au personnel opérationnel qui serait tenu pour responsable des résultats grâce au nouveau modèle de gestion du personnel qui est en train de se mettre en place. Les restrictions concernant la supervision directe par le FIDA devraient être à cet effet levées et la décision sur les modalités devrait être laissée à la direction du Fonds.
Grâce à la 6ème reconstitution, le FIDA a lancé un programme pilote de présence sur le terrain que la Suisse a soutenu activement. Nous sommes davis, comme dailleurs lévaluation externe indépendante, quil faut aller plus loin dan un processus progressif de décentralisation. Les objectifs principaux sont de renforcer les performances des programmes, de faciliter le contact et linformation entre le gouvernement du pays, les bénéficiaires et le Fonds et aussi de contribuer au dialogue sur la politique de développement rural et agricole. Cest au niveau national que se formulent les politiques et stratégies coordonnées de lutte contre la pauvreté. Sil est absent à ce niveau, le FIDA rate loccasion de transformer son rôle davocat des plus pauvres en stratégies efficaces. Un autre objectif non négligeable est de faciliter lharmonisation et la coordination du soutien du FIDA avec le gouvernement du pays et les autres donateurs aussi bien bi que multilatéraux dont la plupart ont déjà décentralisé leur structure dappui. Dans le dispositif à bas coûts qui vient dêtre mis en place, le Fonds devrait placer un certain nombre de directeurs de programme dans des pays où existe une masse critique de projets ou programmes soutenus par le Fonds ou dans des pays avec un programme fortement innovant ou un environnement particulièrement difficile se trouvant par exemple dans une situation de post conflit. La Suisse sengagera dans cet esprit tout au long des prochaines réunions de la 7ème reconstitution.
De nombreux pays à faible revenu sont conscients de leur insuffisance en capacités humaines et professionnelles. Le FIDA a fait des efforts importants ces dernières années offrant des séminaires sur une grande variété de thèmes, mais malheureusement souvent avec des résultats peu visibles et peu dimpact. Une raison est que les participants aux séminaires ont souvent été peu motivés par lacquisition de nouvelles connaissances. A notre avis, il sagit de concentrer la formation directement sur les activités et dassurer quelle contribue à améliorer la performance des projets et programmes en cours. Ici aussi, une réflexion approfondie du FIDA avec les gouvernements concernés et tous les acteurs impliqués simpose afin daboutir à des résultats tangible auprès des pauvres dans les campagnes en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Comme recommandé par lévaluation externe indépendante, nous soutenons la mise en place dun nouveau plan de gestion de lensemble des activités du Fonds. Ce plan de gestion dépasse de loin les plans daction établis par les deux dernières reconstitutions qui nimpliquaient que les objectifs fixés par ces deux dernières. Lobjectif premier est de décharger le Président qui devrait soccuper avant tout de lorientation au niveau de la vision, de la stratégie et de la politique du Fonds tandis que le plan de gestion serait piloté par une sorte de chef exécutif pouvant venir de lintérieur ou de lextérieur du Fonds.
Notre Institution nest souvent pas bien connue aussi bien par les autres agences de développement que même par des pays quelle soutient depuis de nombreuses années. Pour remédier à cela, il conviendrait, à notre avis, daméliorer la diffusion de linformation sur le développement rural et agricole, domaine dans lequel le Fonds a acquis pendant plus de 25 ans des connaissances du terrain très précieuses et qui méritent dêtre mise à disposition de lensemble des acteurs du développement et en particulier des ruraux pauvres. Comme promis au Conseil dadministration, nous attendons dabord de la direction une explication des démarches quelle a entreprises ces dernières années à ce sujet et la première vision dune stratégie des savoirs suivie de lélaboration de lignes directrices simples pour la mise en uvre avec un agenda précis. Nous apporterons tout notre appui à telle démarche.
La Suisse continuera dans un esprit critique et constructif à soutenir les efforts du FIDA pour réduire la pauvreté dans le monde rural en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Merci Monsieur le Président.