Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs.
Je vous souhaite la bienvenue à Rome et au FIDA à l'occasion de notre trentième anniversaire. Je m'associe au Président du Conseil pour saluer chaleureusement nos éminents invités. En ce trentième anniversaire, je suis heureux de voir ici aujourd'hui parmi nous les trois précédents Présidents du FIDA.
Monsieur le Président,
Voici quatre semaines, j'ai pu constater au Viet Nam les résultats impressionnants d'un développement rapide. Lors de ma première visite, 25 ans plus tôt, la majorité de la population rurale vivait dans l'extrême pauvreté et souffrait de la faim.
L'expansion du secteur agricole a étayé la croissance économique du Viet Nam et a permis de ramener le taux de pauvreté de près de 60% au début des années 90 à moins de 20% aujourd'hui. De plus, cette croissance s'est faite dans l'équité: les petits exploitants sont aussi bien acteurs clés que bénéficiaires.
Toutefois, 22 millions d'habitants dans les deltas du Mékong et du fleuve Rouge subissent aujourd'hui les effets du changement climatique – typhons plus dévastateurs, crues, intrusion d'eau salée, températures en hausse et élévation du niveau de la mer.
Des problèmes identiques à ceux rencontrés par le Viet Nam se posent partout dans le monde en développement. S'attaquer à la pauvreté et à la faim, au changement climatique et à la hausse des prix des produits alimentaires et de l'énergie; atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) – tels sont les impératifs aujourd'hui.
Le trentième anniversaire
Monsieur le Président,
Cette année, le FIDA a 30 ans. Au milieu des années 70, tout comme aujourd'hui, les prix des produits alimentaires et de l'énergie accusaient une hausse rapide; aux craintes de pénuries alimentaires se mêlait l'émoi suscité par le fait que, dans un monde d'abondance, des millions de personnes ne mangeaient toujours pas à leur faim. Cet émoi s'est transformé en indignation, et l'indignation en action.
Une mesure concrète a été la création du FIDA, institution née d'un partenariat unique entre pays développés, pays de l'OPEP et autres pays en développement. Nos membres fondateurs voulaient une organisation à même d'aider les paysans pauvres à accroître leur productivité, leurs revenus et leur sécurité alimentaire.
Aujourd’hui
Les 30 années qui viennent de s'écouler ont donné tort à ceux qui prédisaient que la production vivrière ne pourrait pas augmenter au même rythme qu'une population en expansion. En 2008, la planète nourrit près de deux fois plus d'habitants, alors que la superficie des terres cultivées est restée pratiquement inchangée.
Nous avons aussi assisté à d'immenses progrès s'agissant de la réduction de la pauvreté et de la faim en de nombreux endroits du monde. En Chine, par exemple, 33% de la population vivait dans l'extrême pauvreté en 1990, contre 10% en 2004 et 2% projetés pour 2015. Les avancées de la Chine ont un caractère exceptionnel, mais un peu partout en Asie et en Amérique latine, la pauvreté est aussi en repli. Par ailleurs, en Afrique, après la régression enregistrée dans les années 90, la part de la population vivant dans l'extrême pauvreté a fini elle aussi par amorcer une baisse – même si en chiffres réels, elle augmente. De fait, certains pays de l'Afrique subsaharienne, notamment le Ghana, atteindront les OMD avant l'échéance fixée.
Cependant, nous vivons dans un monde où près d'un milliard de personnes connaissent toujours l'extrême pauvreté, où la faim persiste, où l'inégalité s'accroît, et où plus de deux milliards de personnes subsistent avec moins de 2 USD par jour.
L'agriculture est la clé
Si nous voulons accélérer les progrès, en particulier dans les régions qui ne sont pas en voie d'atteindre les OMD, nous devons recentrer nos efforts sur l'agriculture, et plus spécifiquement sur les petits exploitants. Cette conviction repose sur quatre réalités:
Réalité 1. En dépit de l'urbanisation, les populations les plus démunies de ce monde vivent en majorité dans les zones rurales, état de fait qui persistera pendant les décennies à venir.
Réalité 2. La vaste majorité de la population rurale pauvre tire sa subsistance de l'agriculture.
Réalité 3. Il a été démontré à maintes reprises que les investissements dans l'agriculture ont une forte incidence sur la réduction de la pauvreté. L'expansion du secteur agricole a suscité une croissance économique plus large tout au long de l'histoire – que ce soit au XVIIIème siècle en Angleterre, au XIXème siècle au Japon ou au XXème siècle en Inde. En outre, l'expansion de l'agriculture donne effectivement des résultats. Selon le Rapport sur le développement dans le monde publié l'an dernier, la contribution de l'agriculture au PIB est jusqu'à quatre fois plus efficace pour réduire la pauvreté que celle d'autres secteurs.
Réalité 4. Les dépenses publiques consacrées à l'agriculture dans la plupart des pays pauvres étaient, jusqu'à une époque récente, en fort recul. Il serait peu de dire que la part de l'aide au développement destinée à l'agriculture a reculé: elle s'est bel et bien effondrée. En 1979, elle représentait 18% de la totalité de l'aide, contre 3,5% en 2004 et un misérable 2,9% en 2006.
Cela étant, les gouvernements et les organismes donateurs ont promis d'accorder plus d'attention à l'agriculture. Mais le monde ne se nourrit pas de promesses, mais bien de tortillas, d'ugali, de matoke ou encore – en cette Année internationale de la pomme de terre – de pommes de terre.
Grâce à votre soutien, le FIDA a tenu bon face à cette tendance au repli. Plus de 300 millions de ruraux partout en Afrique, en Asie et en Amérique latine ont bénéficié de programmes appuyés par le FIDA qui leur ont permis d'accéder à la terre, à l'eau, à un financement, aux marchés et à la technologie. Nous avons accru notre programme de travail de 10% en moyenne par an au cours des cinq dernières années, et cette progression se poursuivra cette année et l'année suivante. Près de la moitié du financement accordé par le FIDA va à l'Afrique, ce qui nous place parmi les trois principales institutions multilatérales qui œuvrent dans la région. Grâce à notre Plan d'action, l'efficience des prestations du FIDA est renforcée, le ciblage plus efficace et les bienfaits plus durables.
Le FIDA: résultats et impact
Monsieur le Président,
Tout au long de ces 30 années, nous sommes restés fidèles aux principes qui ont inspiré la création du FIDA: voir le monde du point de vue de ceux que nous voulons aider pour les rendre maîtres de leur destin – paysans pauvres du Mozambique, éleveurs nomades de Syrie, peuples de la forêt du Népal, peuples autochtones du Pérou ou pêcheurs du Bangladesh; et veiller à ce que les programmes soient dictés par les populations pauvres elles-mêmes.
Parmi tous les groupes de ruraux pauvres, les femmes sont fréquemment les plus défavorisées, celles qui ont le moins accès à la terre, aux revenus, aux techniques et aux savoirs. Pourtant, elles sont au cœur de l'économie rurale, souvent en tant que principales productrices de cultures vivrières, surtout en Afrique. Renforcer le pouvoir d'action des femmes constitue depuis longtemps une priorité pour le FIDA, qui se reflète dans pratiquement tous les projets, et c'est une tradition solidement établie par mes prédécesseurs.
Les peuples autochtones et les minorités ethniques figurent parmi les plus démunis en ce monde. Alors qu'ils ne comptent que pour 5% de la population mondiale, ils représentent 15% des pauvres. Ils vivent en général dans des zones montagneuses éloignées et sont bien souvent les gardiens de la biodiversité.
Le FIDA, qui centre ses activités sur la pauvreté, reconnaît depuis longtemps qu'il est indispensable d'apporter un appui à ces communautés. Actuellement, en réponse aux demandes des gouvernements membres, plus de 30% de nos programmes en Amérique latine et en Asie visent à appuyer ces communautés. Un grand pas a été franchi en septembre dernier, avec l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Par ailleurs, la collaboration entre le FIDA et l'Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones est un élément essentiel du dialogue engagé avec les représentants des peuples autochtones.
Monsieur le Président,
La microfinance est un domaine dans lequel le FIDA a joué un rôle d'avant-garde, et ce depuis qu'elle a accordé son soutien à la Banque Grameen en 1980. Actuellement, environ deux tiers des programmes appuyés par le FIDA comprennent une composante "finance rurale" axée sur le crédit, l'épargne, l'assurance et les envois de fonds.
En Inde, dans le Maharashtra, un seul projet dans lequel le FIDA a investi 40 millions de USD a permis de mobiliser un cofinancement d'un montant de près de 170 millions de USD en faveur de plus d'un million de ménages, ce qui représente plus de six millions de personnes.
Dans plus de 40 pays, les envois de fonds représentent plus de 10% du PIB et approximativement un tiers est destiné à des familles rurales, rendant négligeable tout autre apport de ressources. Selon une étude effectuée récemment par le FIDA, les envois de fonds se sont élevés en 2006 à 300 milliards de USD, bénéficiant directement à plus de 10% de la population du monde en développement. C'est pourquoi le FIDA s'attache à mettre en place des systèmes financiers ruraux grâce auxquels les envois de fonds pourront devenir une ressource au service du développement.
Plus de la moitié des projets du FIDA ont un rapport avec l'eau, qu'il s'agisse de projets de petite irrigation et de gestion de l'eau au Guatemala, de points d'eau pour le bétail au Soudan ou encore de l'accès à l'eau à usage ménager en Chine et en Mauritanie.
Le FIDA a appuyé, souvent par le biais du GCRAI, la recherche agronomique portant sur des cultures ayant une importance spécifique pour les exploitants pauvres. Il a été démontré que la recherche agricole, moteur du succès de la première révolution verte en Asie, a un taux de rentabilité supérieur à 40%. Au cours des prochaines années, la priorité ira à la recherche sur des variétés résistantes à la sécheresse, aux ravageurs et à la salinité.
Le FIDA a financé des travaux sur la cochenille du manioc et le tétranyque vert du manioc, les deux principaux ravageurs de cette culture en Afrique, ainsi que sur des variétés améliorées de manioc résistantes aux virus, y compris le cultivar triploïde, travaux qui ont permis des gains de productivité spectaculaires et favorisé ainsi la sécurité nutritionnelle de 200 millions de pauvres dans toute la zone de production du manioc. De même que l'appui accordé par le FIDA aux techniques de transformation après récolte, ces travaux sont à la base de la révolution du manioc. De nombreux pays d'Afrique sont devenus autosuffisants et le Nigéria est désormais le plus grand producteur mondial de manioc.
Le FIDA a aussi appuyé la mise au point du NERICA, nouvelle variété de riz qui associe la rusticité de l'espèce africaine à la productivité élevée du riz asiatique. Le NERICA pluvial est actuellement cultivé sur 200 000 hectares environ, par plus de 100 000 agriculteurs de 27 pays un peu partout en Afrique subsaharienne. Les efforts que nous déployons actuellement pour élargir son utilisation ouvrent des possibilités mais présentent aussi des difficultés.
J'espère que nous pourrons traiter les problèmes lors de la CITDA IV qui se tiendra au Japon plus tard dans l'année.
Par le biais du Forum paysan, le FIDA permet aux organisations paysannes et de producteurs ruraux du monde entier de se rassembler pour partager leurs idées et leurs expériences et faire entendre la voix des paysans pauvres. Cette année, plus de 70 organisations d'envergure mondiale, régionale ou nationale, représentant des centaines de millions d'exploitants partout dans le monde, sont réunies à Rome. Grâce à ce partenariat, des représentants des associations paysannes participent désormais à la mise au point de la plupart des stratégies nationales ainsi que des programmes et projets financés par le FIDA, ce qui permet de les améliorer et de les rendre plus durables.
Monsieur le Président,
En mai dernier, au Paraguay, j’ai eu la chance de rencontrer des petits exploitants. Un groupe de 641 agriculteurs a pu, avec l’appui du FIDA, investir dans des installations de stockage réfrigéré, satisfaisant ainsi les critères phytosanitaires requis par les marchés nationaux et d’exportation. Ils approvisionnent maintenant le marché central d’Asunción en fruits et légumes et exportent leurs produits à Buenos Aires et Montevideo. L’an passé, les ventes ont rapporté en moyenne 2 000 USD par exploitant.
En avril dernier, j’ai visité plusieurs districts du sud-ouest de l’Orissa, l’une des zones les plus pauvres de l’Inde. Les trois quarts de la population locale, qui compte 1,4 million d’habitants, vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Cinquante pour cent d’entre eux appartiennent à des groupes tribaux. Quatre-vingt-dix pour cent des femmes sont analphabètes. Grâce à un programme appuyé par le FIDA et cofinancé par le DFID et le PAM, 7 000 hommes et femmes appartenant à des populations tribales sont, pour la première fois, entrés en possession de titres fonciers. Ils ont ainsi pu abandonner la culture sur brûlis pour travailler leurs nouvelles terres de façon plus rentable et écologiquement rationnelle, et envoyer leurs enfants à l'école.
La réforme du FIDA – le plan d’action
Monsieur le Président,
Il y a deux ans, les organes directeurs du Fonds ont entériné le Plan d’action du FIDA pour améliorer son efficacité en matière de développement. Je suis fier de pouvoir dire que, au cours de ces deux années, nous avons mené à bien nos engagements, dans le respect des délais impartis et du budget alloué.
En 2007, nous avons entamé la mise en œuvre des priorités stratégiques de l’Organisation figurant dans notre Cadre stratégique 2007-2010. Nous avons élaboré des outils et des processus organisationnels afin d’améliorer les opérations du FIDA à l’échelle des pays et des projets. De nouvelles directives, un nouveau système d’amélioration de la qualité et un nouveau système d’assurance qualité indépendant permettent de renforcer la qualité de la conception des projets.
Pour remplir notre mandat, nous disposons d’une nouvelle politique en matière de ciblage, et de stratégies relatives à l’innovation et la gestion des savoirs. Une nouvelle politique de supervision est désormais appliquée et, à la fin 2007, nous assurions la supervision directe de plus de la moitié de notre portefeuille de projets.
Les initiatives relatives à notre présence dans les pays font désormais partie intégrante de notre action. Et les ressources humaines et financières du FIDA sont alignées sur les objectifs de l’Organisation.
Nous avons mis au point un nouveau système de planification et de gestion de la performance à l’échelle institutionnelle pour pouvoir mesurer et divulguer les résultats. Ce système constitue désormais l’assise de la planification et de l’établissement du budget, à travers le programme de travail et budget annuel axé sur les résultats.
Le Rapport sur l’efficacité du FIDA en matière de développement, présenté pour la première fois l’an dernier, montre comment notre performance – dans des domaines clés comme l’efficacité, l’efficience et la durabilité – va s’intensifiant.
Même s’il nous faut maintenant garder le rythme et intensifier la réforme, des résultats précis commencent à apparaître.
Au cours des dernières années, les efforts de réforme et de renforcement du Fonds ont reposé sur le dévouement et le dur labeur des membres du personnel du FIDA, à Rome et dans le monde entier. Grâce à eux, les valeurs fondamentales du FIDA ont pu s’imposer. Je tiens à rendre hommage à la manière avec laquelle ils ont relevé le défi du Plan d’action ainsi qu’à leur engagement en faveur du renforcement de l’efficacité de la mission du FIDA.
Je me réjouis à l’idée que ce trentième anniversaire marque le transfert du FIDA dans de nouveaux locaux. Vous êtes tous invités à l’inauguration du siège, en juillet prochain.
Le rôle du FIDA dans l’architecture internationale
Monsieur le Président,
Le travail en partenariat est essentiel pour l’efficacité de notre action. Nos principaux partenaires sont, bien entendu, les pays en développement eux-mêmes – nos gouvernements membres, les populations rurales pauvres et leurs organisations.
Nous travaillons en étroite collaboration avec les institutions apparentées de Rome – la FAO et le PAM – ainsi qu’avec d’autres organismes des Nations Unies sur des questions liées aux politiques générales, aux opérations et à la gestion. Nous sommes profondément engagés avec eux dans l'initiative pilote Unité d’action des Nations Unies.
Au Viet Nam, où nous avons un bureau commun avec la FAO, j’ai pu constater par moi-même les avantages générés par cette initiative.
Le FIDA est également une institution financière internationale et, à ce titre, entretient des relations très étroites avec d’autres institutions financières. La présence parmi nous aujourd’hui de M. Donald Kaberuka, Président de la Banque africaine de développement, et de Mme Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice exécutive de la Banque mondiale, symbolise la force de notre partenariat.
Nous avons travaillé de concert avec la Banque mondiale sur un certain nombre de projets – de la Bolivie au Cameroun, en passant par l’Égypte et l’Indonésie – et, avec notre récente collaboration dans le cadre du Rapport sur le développement dans le monde, ce partenariat de longue durée est entré dans une ère nouvelle.
Notre partenariat de longue date avec la Banque africaine de développement s’intensifie lui aussi à travers une évaluation conjointe qui nous permettra de collaborer plus efficacement afin de relever les défis posés par l’agriculture en Afrique.
En Afrique, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et le Programme intégré pour le développement de l’agriculture en Afrique constituent l’ossature sous-tendant nos efforts.
Permettez-moi également de mentionner deux autres partenaires clés de la région – le Fonds de l'OPEP pour le développement international, avec lequel nous coopérons dans 21 pays africains ainsi que dans d’autres parties du monde, et le Fonds belge de survie, partenariat unique entre une institution multilatérale et un organisme bilatéral.
Cependant, avec l’apparition de fondations et de grandes ONG actives dans le domaine du développement, dont certaines sont dotées de ressources comparables à celles des organismes internationaux, on assiste à la mutation de l’architecture internationale. Dans cette optique, l’initiative AGRA – Alliance pour une révolution verte en Afrique – présidée par M. Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU, revêt un intérêt particulier. Il s’agit d’un nouveau partenaire du FIDA, dans le cadre de nos efforts visant à ce que l’Afrique puisse mener à terme sa propre révolution verte. Notre collaboration avec ces acteurs émergents ajoutera une nouvelle dimension à l’action du FIDA.
Il incombe à chacun de nous de travailler sous la conduite de nos gouvernements membres de manière harmonieuse. Ce sont là les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris.
Et le FIDA contribuera activement à promouvoir ces engagements lors de l’importante réunion qui se tiendra à Accra en septembre.
Les nouveaux défis
Monsieur le Président,
Le changement climatique est au centre d’un éventail de nouveaux défis.
La combinaison catastrophique de la hausse des températures, des variations climatiques, des campagnes agricoles aléatoires, de l’aggravation de la pénurie d’eau, de l’apparition de nouveaux ravageurs et de nouvelles maladies, et de l'appauvrissement de la biodiversité menace d’inverser les récentes avancées de la lutte contre la pauvreté dans de nombreuses régions du monde.
En Afrique, les prévisions sont alarmantes – 75 millions de personnes au moins risquent toujours plus de manquer d’eau.
Mais ce ne sera pas un problème uniquement africain.
Toutes les régions seront touchées.
Des centaines de millions de petits exploitants, d’éleveurs et autres groupes ruraux pauvres vivent dans des zones marginales gravement menacées de dégradation et de désertification. Avec le changement climatique à venir, nous devons nous attendre à ce que, d’ici à 2020, 50 millions de personnes viennent s’ajouter à celles qui souffrent déjà de la faim. Ce sont les moins responsables du problème qui seront les premiers, et le plus durement, touchés.
En termes simples, le prix du développement vient juste d’augmenter.
D’importantes ressources financières additionnelles seront nécessaires pour aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique et rendre nos investissements "résistants au climat".
Deux autres tendances majeures – le prix des produits alimentaires et les biocarburants – sont étroitement liées au changement climatique. Le prix des produits alimentaires a brutalement augmenté au cours des dernières années en raison de l’augmentation de la demande émanant d’une population exigeant toujours davantage, en quantité et en variété. Au cours des trois dernières années, le prix du blé et du riz a doublé alors que celui du maïs a augmenté de 50%.
La hausse du prix des produits alimentaires et le potentiel des biocarburants représentent une arme à double tranchant pour les populations rurales pauvres, dans le sens où ils ouvrent des perspectives mais créent également des difficultés.
L’augmentation du prix des produits alimentaires pourrait accroître la rentabilité et la viabilité économique de la petite agriculture, même si cela constitue une menace pour ceux qui sont acheteurs nets de produits vivriers. Les biocarburants, en particulier ceux de deuxième génération susceptibles d’être cultivés sur des terres marginales, pourraient constituer de nouvelles sources de revenus importantes pour les petits exploitants. Ces deux tendances rendent "l’espace rural" plus attrayant pour les investissements.
Depuis 30 ans, le FIDA aide les petits exploitants à s’organiser, à avoir accès à des services financiers et technologiques, à promouvoir l’irrigation à petite échelle et à instaurer des relations équitables avec les banques commerciales, les commerçants et les entreprises agro-alimentaires. Le FIDA possède également une solide expérience d’appui aux populations rurales pauvres dans le domaine de la gestion de la vulnérabilité environnementale.
Faisant fond sur cette expérience, la décision d’accueillir, au FIDA, le Mécanisme mondial de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a permis de renforcer encore nos efforts de lutte contre la dégradation des sols.
Le Fonds est donc bien placé pour contribuer à ce que ces nouvelles perspectives se traduisent, pour des millions de petits exploitants, en une augmentation de la productivité et des revenus. Deux éléments – renforcement de l'efficacité des services publics et attraction des investissements privés dans l’"espace rural" – seront décisifs pour que les ruraux pauvres puissent affronter efficacement des changements qui remettent leur vie en question.
Même si les populations rurales pauvres sont souvent impuissantes, cela ne veut pas dire qu’elles sont insignifiantes. La manière dont elles gèrent leurs terres est importante pour nous tous. Le stockage ou la libération du carbone par ces mêmes populations sera fonction des possibilités et des incitations qui leur seront offertes. Nous pouvons leur permettre de devenir partie intégrante de la solution – en les aidant à nourrir le monde et à stocker le carbone.
Conclusion
Monsieur le Président,
L’année 2007 marque une étape.
Année où le prix des produits alimentaires a atteint des niveaux records, où le changement climatique a fait la une de tous les journaux et où le monde a redécouvert l’importance de l’agriculture.
Vendredi prochain, nous ouvrirons la Consultation sur la huitième reconstitution des ressources du FIDA, qui déterminera la direction suivie par le FIDA d’ici à 2015. Lors de la Consultation sur la reconstitution, nous allons exposer notre programme pour les années à venir.
Grâce, en grande partie, à son Plan d’action, le FIDA est l’institution la mieux à même, au moment le plus propice et dans des conditions favorables, d’apporter une contribution beaucoup plus significative. Nous ferons cela de concert avec nos partenaires. Et je félicite la Banque africaine de développement et la Banque mondiale pour les augmentations significatives de contributions – jusqu’à 50% – sur lesquelles ont récemment débouché leur dernière reconstitution.
J’espère que nous pourrons garantir une augmentation au moins comparable de nos ressources pour financer nos programmes durant la période de la huitième reconstitution.
Les enjeux sont considérables. Le temps presse.
Comme l’a dit le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, dans ses vœux: "Faisons de 2008 l’année du milliard le plus pauvre de l’humanité".
Aujourd’hui, nous invitons donc la communauté internationale à investir dans la petite agriculture afin d’aider les petits exploitants à affronter le triple fléau de la pauvreté, du changement climatique et de la hausse du prix des produits alimentaires. Leurs vies – et notre avenir commun – en dépendent.