Événement spécial parallèle organisé par le FIDA: "Nouvelles réalités, nouveaux défis et nouvelles chances de développement rural dans les PMA – conclusions du Rapport sur la pauvreté rurale 2011"
Ces dernières années, les économies des 49 pays les moins avancés (PMA) ont dans l'ensemble enregistré une forte croissance. Elles ont progressé en moyenne de 8% par an de 2005 à 2007 et ont même crû à un rythme supérieur à 4% en 2009, l'année de la crise économique, avant de poursuivre à plus vive allure en 2010.
Malgré ces bons résultats, certains de ces pays ont fait nettement moins bonne figure que la moyenne; dans nombre de PMA, les avancées n'ont été que limitées au chapitre de la transformation structurelle de l'économie, et la réduction de la pauvreté et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement ont progressé lentement. Si, dans ces pays, le pourcentage de la population qui dispose de moins de 1,25 USD par jour pour assurer sa subsistance est en baisse depuis le milieu des années 1990, le nombre de personnes qui vit dans une pauvreté extrême a continué d'augmenter en raison de la croissance démographique. À l'heure actuelle, plus de 350 millions de personnes vivent avec moins de 1,25 USD par jour dans les PMA.
De nombreux PMA sont presque exclusivement ruraux, et le secteur agricole continue d'y jouer un rôle essentiel sur le plan de la sécurité alimentaire, des revenus des pauvres et de la croissance des autres secteurs de l'économie. En général, c'est dans les PMA que la population rurale est la plus importante: plus de 70% de la population totale de ces pays, soit quelque 580 millions de personnes, vivent en milieu rural, contre environ 55% pour les pays en développement. Il n'est donc pas surprenant que la pauvreté extrême ait une dimension distinctement rurale dans les PMA, et que quatre personnes sur cinq disposant de moins de 1,25 USD par jour pour survivre – 250 à 300 millions de personnes – soient probablement des ruraux. Ces personnes dépendent avant tout de l'agriculture, en tant que petits producteurs ou manœuvres agricoles, et souvent en jouant ces deux rôles. Représentant près de 50% de la main-d'œuvre agricole, les femmes des zones rurales constituent un pivot de ce secteur et de la sécurité alimentaire des PMA. Leur contribution à la production et à la sécurité alimentaires est toutefois souvent limitée par l'inégalité de l'accès aux ressources, aux technologies, aux outils, aux actifs et aux services essentiels, y compris la propriété terrienne et les services de vulgarisation.
Non seulement le secteur agricole emploie une forte proportion de la population rurale, mais il est un moteur de la croissance économique des PMA. Il représente plus de 20% du PIB dans bien au-delà de la moitié d'entre eux et plus de 40% dans au moins 10 d'entre eux. En outre, une part importante des recettes d'exportation des PMA est tributaire de l'agriculture (jusqu'à 80% du total, voire davantage, pour certains d'entre eux). Au cours de la dernière décennie, le secteur agricole de certains PMA a connu une forte croissance, supérieure à 4% par an pour le tiers d'entre eux environ. Ce résultat a contribué dans une large mesure au recul de la pauvreté enregistré durant cette période.
Il est notoire que le secteur agricole a une grande incidence sur la croissance économique – chaque dollar de valeur ajoutée en agriculture génère entre 0,30 USD et 0,80 USD de revenus – et que son essor contribue beaucoup plus à la réduction de la pauvreté que celui des autres secteurs. Davantage de PMA commencent à prendre conscience de son importance; en Afrique, la Déclaration de Maputo est un important point de ralliement à cette fin. Quoi qu'il en soit, il demeure impérieux d'adopter des politiques et d'effectuer des investissements destinés à l'agriculture paysanne qui auront de bons résultats, afin de favoriser une croissance généralisée, de réduire la pauvreté et l'insécurité alimentaire, de remédier à l'inégalité entre les sexes et d'offrir des possibilités d'emploi aux jeunes de plus en plus nombreux à faire leur entrée sur le marché du travail chaque année.
Durant les années à venir, l'agriculture paysanne devrait donner de nouvelles perspectives économiques aux populations rurales, surtout par l'entremise des marchés modernes de produits alimentaires qui connaissent une croissance rapide dans les zones urbaines de la plupart des PMA. Cependant, l'accès à ces marchés est difficile, et les petits exploitants ont besoin d'être appuyés pour que leur participation soit plus efficace et plus rentable.
En revanche, l'agriculture paysanne présente un risque accru. Les marchés chancelants et volatils qui entravent la production agricole ont tendance à être écartés. Il faut donner aux petits exploitants les moyens d'augmenter leur productivité, de gérer les risques et de constituer des réseaux avec les nouveaux marchés et filières.
D'autre part, dans les pays en développement, les ressources foncières et hydriques se raréfient et sont de plus en plus convoitées, et la dégradation des ressources naturelles – érosion des sols et baisse de leur fertilité, salinisation, déforestation, désertification, diminution des nappes phréatiques, appauvrissement de la biodiversité, etc. – est généralisée. L'agriculture paysanne doit relever ces défis et emprunter la voie de l'exploitation durable des ressources naturelles.
Enfin, le changement climatique vient exacerber ces problèmes; dans les cas les plus extrêmes, de petits États insulaires en développement risquent même de disparaître. La production agricole doit mieux résister aux perturbations climatiques. L'agriculture paysanne peut également participer aux efforts d'atténuation du changement climatique déployés à l'échelle planétaire. Si les exploitants bénéficient d'un appui et d'incitations à cette fin, ils pourront beaucoup plus facilement mettre en œuvre des systèmes plus durables et plus résistants.
Pour nombre de ruraux, l'agriculture paysanne est un tremplin pour sortir de la pauvreté; ils sont encore plus nombreux à la considérer comme une première marche vers d'autres activités. Cependant, pour bien des habitants des zones rurales, l'agriculture ne peut être envisagée ou ne constitue par une option intéressante. Il est urgent de favoriser les activités non agricoles dans ces régions afin de créer des possibilités de croissance et d'emploi, surtout pour la prochaine génération de ruraux des deux sexes. Si l'agriculture peut être un élément clé des efforts de stimulation de l'économie des zones rurales, il est aussi essentiel de soutenir les autres secteurs pour tirer parti des nouvelles possibilités de développement économique qui s'offrent à ces régions.
Un des plus grands défis de notre époque consiste à donner aux populations rurales pauvres des PMA la possibilité de devenir des exploitants agricoles plus productifs et de participer plus activement à l'économie rurale. Si ce défi n'est pas relevé, des centaines de millions de personnes seront condamnées à la pauvreté et à la famine et à lutter pour leur survie.
