Financement
du développement - La dimension rurale
Document présenté
par le FIDA
à la Conférence des Nations Unies sur le financement du
développement
Monterrey (Mexique) - 18-22 mars 2002
(PDF Version - 276KB)
La Conférence internationale sur le financement du développement est pour la communauté internationale la première grande occasion depuis le Sommet du Millénaire d'analyser les incidences des engagements pris alors par les dirigeants mondiaux et d'aider à mobiliser les ressources nécessaires pour les concrétiser. La volonté affirmée de réduire de moitié d'ici 2015 la proportion des pauvres, conjuguée aux autres objectifs de développement pour le Millénaire, est un geste des dirigeants mondiaux de portée historique attestant de l'impérative nécessité de résoudre le problème de la pauvreté de masse - sans doute l'enjeu principal qu'affronte l'humanité.
Les événements du 11 septembre et leurs contrecoups ont souligné les relations d'interdépendance que crée la mondialisation et ont fait prendre davantage conscience de l'importance des valeurs et finalités humaines communes. À la lumière de ces événements, la Conférence prend une dimension nouvelle qu'elle n'avait pas à l'origine.
La tâche principale de la Conférence qui va se tenir au Mexique est de commencer à traduire dans les faits la vision du Sommet du Millénaire et de financer des programmes et des politiques susceptibles de changer radicalement la vie quotidienne des 1,2 milliard d'êtres humains qui tentent de survivre avec moins de un dollar par jour.
Depuis un quart de siècle qu'il existe, le Fonds international de développement agricole (FIDA) n'a cessé de privilégier la lutte contre la pauvreté, particulièrement en milieu rural. C'est la raison pour laquelle le Conseil des gouverneurs du FIDA - réunion annuelle de ses gouverneurs - qui s'est tenu en février 2002 a retenu pour thème de discussion "Financement du développement - La dimension rurale". Le présent document constituait le principal rapport thématique destiné au Conseil des gouverneurs.
Après avoir fait observer que la grande majorité des pauvres sont des ruraux qui vivent de l'agriculture et d'activités apparentées, le document rappelle que, même si la volonté politique de lutter contre la pauvreté s'est affirmée ces dernières années, l'aide publique au développement en faveur du secteur rural a diminué de près de 50% entre 1988 et 1999. Parallèlement au recul de l'aide extérieure au développement rural, les investissements nationaux du secteur public ont aussi reculé. Le document relève le décalage fondamental entre l'orientation de l'aide au développement - dont le but premier est désormais la lutte contre la pauvreté - et le caractère rural de la pauvreté de masse.
À la session du Conseil où Son Excellence le Président Obasanjo, du Nigéria, a fait un discours-programme, de nombreux gouverneurs représentant les 162 États membres du Fonds ont approfondi ces idées dans leur déclaration. Il s'est également instauré avec un groupe d'experts spécialistes des politiques et des pratiques du développement un dialogue interactif auquel de nombreux gouverneurs ont participé activement. À l'issue des délibérations, le Président du Conseil - le Gouverneur de l'Indonésie - a récapitulé les débats au nom du Conseil.
Dans son discours, le Président du Conseil a fait observer plusieurs choses:
Les gouverneurs ont noté qu'il fallait nettement accélérer le rythme de réduction de la pauvreté pour pouvoir parvenir au but fixé. Soulignant d'autre part que la grande majorité des pauvres vivent en milieu rural où l'agriculture et les activités apparentées sont leur principal moyen de subsistance, ils ont fait observer qu'il était important d'accroître le rythme du développement rural et agricole. C'était indispensable si l'on voulait accélérer les taux de croissance nationaux et permettre aux ruraux pauvres d'échapper à la pauvreté par le travail. Un gouverneur a souligné le rôle central du développement agricole pour aider les plus pauvres des pauvres, qui vivent pour la plupart en milieu rural.
À ce sujet, notre invité d'honneur, Son Excellence le Président Obasanjo, a fait observer que la lutte contre la pauvreté rurale devait rester au cur de l'action mondiale de développement.
Les gouverneurs ont d'autre part noté la très nette diminution de l'aide extérieure au développement rural depuis dix ans, parallèlement à la contraction marquée du volume de ressources nationales affecté au secteur rural. Là encore, comme l'a fait le Président Obasanjo, on peut s'interroger sur les raisons de cet état de choses et sur les mesures correctives à prendre.
Les gouverneurs ont d'autre part insisté sur l'importance de la cohérence entre les politiques de développement, les politiques commerciales et les politiques générales pour créer un environnement international favorable à la réalisation de l'objectif fixé lors du Sommet du Millénaire en matière de lutte contre la pauvreté. On viendrait ainsi compléter et renforcer l'action des gouvernements afin de créer un environnement national favorable à la réduction rapide de la pauvreté et à un développement accéléré.
J'aimerais citer en conclusion les propos du Président du Conseil:
Permettez-moi d'exprimer à titre personnel l'espoir que les chefs de délégation à la Conférence de Monterrey évoqueront haut et fort l'importance de la lutte contre la pauvreté rurale et l'impérative nécessité d'accorder un appui plus substantiel, un rang de priorité plus élevé et des ressources plus importantes au développement agricole et rural pour concrétiser les objectifs fixés lors du Sommet du Millénaire.
J'exprime moi aussi l'espoir que ce document aidera les délégations présentes à la Conférence sur le financement du développement à réfléchir à ces questions qui, pour nous au FIDA, sont au cur même de l'action de lutte contre la pauvreté.
Le Président du
FIDA Lennart Båge
1. Aujourd'hui encore, plus du cinquième de l'humanité vit dans des conditions d'extrême pauvreté, luttant pour survivre avec moins de un dollar par jour. Reconnaissant que cet état de choses n'est ni acceptable ni fatal, les dirigeants mondiaux se sont engagés au Sommet du Millénaire des Nations Unies, réuni en septembre 2000, à réduire de moitié la pauvreté extrême d'ici à 2015.
2. Depuis près d'un quart de siècle, le FIDA axe son action sur la pauvreté rurale et sur la mise au point d'approches novatrices visant à aider les hommes et les femmes pauvres à augmenter leurs revenus et leur production et à se libérer de la pauvreté, comme il ressort de l'exposé de la mission du FIDA présenté dans le document "Oeuvrer pour que les ruraux pauvres se libèrent de la pauvreté" et comme en témoigne son nouveau Cadre stratégique pour la période 2002-2006.
3. Le Rapport 2001 sur la pauvreté rurale publié par le FIDA révèle que la majorité des personnes qui vivent dans une pauvreté extrême résident dans les campagnes et tirent leur subsistance de l'agriculture et des activités qui s'y rattachent. Si la coopération internationale au développement accorde de plus en plus la priorité à la pauvreté, elle ne s'est pas encore totalement attachée à atteindre les pauvres là où ils vivent, c'est-à-dire dans les zones rurales, et à leur donner les moyens de renforcer leurs sources de subsistance. Comme le rappelle le présent document, le soutien international apporté à l'agriculture a en fait fortement diminué au cours des dix dernières années, tandis que l'aide globale au développement a elle-même considérablement diminué. Il est temps de reconnaître que, si l'on veut réduire substantiellement la pauvreté, il faudra s'attaquer au problème là où il se pose et adapter le volume et la destination de la coopération au développement en conséquence.
4. La Conférence internationale des Nations Unies sur le financement du développement, qui se tiendra au Mexique en mars 2002, offrira la première grande occasion, depuis le Sommet du Millénaire, de réunir les différents acteurs du financement et de parvenir à un consensus sur les ressources nécessaires à la réalisation des objectifs de développement du Millénaire. Il est important à cet égard de prendre en considération non seulement le volume et l'efficacité des moyens financiers consacrés au développement, mais aussi les domaines stratégiques clés vers lesquels doivent se diriger les efforts et les ressources. Étant donné la place centrale qu'occupe la pauvreté rurale "dans la problématique générale de la pauvreté" et l'importance de l'agriculture comme source d'emplois et de subsistance dans les pays pauvres, le secteur rural devrait être l'un des points de mire de la stratégie visant à accélérer le développement et à réduire la pauvreté. C'est pour cette raison que le thème du "Financement du développement - La dimension rurale" a été choisi, pour la session 2002 du Conseil des gouverneurs qui s'est tenue les 19 et 20 février.
5. Compte tenu des tendances actuelles de l'aide publique
au développement (APD) et des flux financiers privés, et
étant entendu que le développement doit prendre appui sur
les ressources et les capacités nationales, le présent document
examine la façon dont le renforcement de la coopération
internationale au développement pourrait favoriser un processus
de développement reposant sur une large base et une réduction
plus rapide de la pauvreté. Il avance, à cet égard,
que dans de nombreux pays pauvres, l'un des moyens les plus efficaces
de promouvoir une croissance économique plus rapide et un développement
durable, qui est en même temps la façon la plus directe d'assurer
la réduction de la pauvreté, l'élimination de la
faim et la conservation de l'environnement, consiste à diriger
le soutien extérieur et l'investissement intérieur sur le
secteur rural. Pendant la réunion du Conseil des gouverneurs, les
gouverneurs représentant les États membres du Fonds ont
réfléchi à ces questions et souligné la pertinence
et l'importance de la dimension rurale dans le financement du développement.
II. Élimination de la pauvreté et de la faim - le nouveau contexte issu du Sommet du Millénaire
6. Plus du cinquième de la population mondiale vit dans une pauvreté extrême. Quelque 1,2 milliard de personnes vivent avec moins de un dollar par jour. Environ 75% des pauvres, soit 900 millions de personnes, vivent dans les campagnes et dépendent pour leur subsistance de l'agriculture et des activités rurales touchant l'artisanat, le commerce et les services qui s'y rattachent. Parmi les pauvres, les femmes et les ménages dirigés par une femme sont les plus vulnérables et représentent une proportion croissante et majoritaire de ceux qui vivent dans une pauvreté extrême. Cette "féminisation de la pauvreté" est extrêmement préoccupante pour le bien-être des générations futures.
7. Au Sommet du Millénaire, la communauté internationale a souscrit l'engagement de diminuer de moitié la faim et la pauvreté d'ici à 2015. En septembre 2000, les dirigeants mondiaux réunis au Sommet du Millénaire ont souscrit l'engagement de "diminuer de moitié, d'ici à 2015, la proportion de ceux qui vivent avec moins de un dollar par jour et de ceux qui souffrent de la faim". La faiblesse de la consommation n'est pas le seul aspect de la pauvreté. Celle-ci en a bien d'autres, par exemple la malnutrition, l'analphabétisme, la courte espérance de vie, l'insécurité, l'impuissance et le manque d'estime de soi. Conscient de cet aspect pluridimensionnel de la pauvreté, les États Membres des Nations Unies ont souscrit, dans la déclaration qu'ils ont adoptée au Sommet du Millénaire, une approche visant des domaines multiples, notamment le développement, l'éducation et la santé, et dont le but ultime est la réduction de la pauvreté.
8. La réalisation des objectifs du Millénaire exige une croissance économique plus rapide et reposant sur une large base. Au cours des dix dernières années, la réduction de la pauvreté a progressé à un rythme très inférieur à celui des deux décennies précédentes, qui a été en fait trois fois moins rapide que celui qu'il aurait fallu atteindre pour réussir à diminuer la pauvreté extrême de moitié dans le monde d'ici à 2015, et jusqu'à six fois moins en Afrique subsaharienne. Dans cette dernière région, on estime qu'il faudrait une augmentation de 7% par an du produit intérieur brut (PIB) pour atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté du Millénaire. Dans de nombreux pays à faible revenu, où le secteur rural occupe une place importante dans l'emploi et la production, la meilleure façon, et parfois la seule, d'élever le taux global de croissance économique et de promouvoir un développement durable et reposant sur une large base, est d'accélérer le développement rural.
9. La réalisation des objectifs du Millénaire exigera des politiques et un cadre de gouvernance satisfaisant, ainsi qu'une augmentation des financements accordés à des conditions très favorables. Le développement doit trouver son origine dans les pays eux-mêmes et avoir pour principal point d'appui les capacités et les ressources intérieures, mobilisées au moyen d'un processus autonome de production, d'épargne et d'investissement. On ne saurait trop insister à cet égard sur le rôle des politiques nationales. Cependant, un monde où l'interdépendance est de plus en plus étroite impose une collaboration renforcée et une coordination entre toutes les parties prenantes, privées et publiques, de manière à favoriser un processus de croissance durable et à surmonter les problèmes à long terme que soulève le financement du développement. La diminution de moitié de la faim et de la pauvreté, d'ici à 2015, exigera la mise en place d'un cadre directeur englobant, d'une part, les politiques nationales visant à donner aux pauvres un accès total et équitable aux opportunités offertes par les programmes de réforme et, d'autre part, les politiques internationales destinées à ouvrir davantage les marchés aux exportations, à accroître les transferts de ressources au profit des pays en développement et à promouvoir la stabilité monétaire et financière internationale.
10. La Conférence sur le financement du développement
va se tenir à un moment particulièrement opportun pour attirer
l'attention du monde sur le programme d'action nécessaire à
la réalisation des objectifs de développement du Millénaire.
Elle va en effet offrir à la communauté internationale une
occasion majeure de traduire les engagements politiques souscrits au Sommet
du Millénaire en mesures concrètes. Ses débats devraient
donc être centrés sur l'examen de la meilleure façon
possible de mobiliser les ressources nécessaires pour atteindre
ces objectifs et sur les domaines prioritaires à retenir pour l'allocation
de ces ressources. Il est essentiel à cet égard de déterminer
comment renforcer l'impact de la coopération au développement,
de manière à atteindre les pauvres, là où
ils vivent, et à mobiliser un soutien accru aux efforts qu'eux-mêmes
déploient pour gagner effectivement leur vie et se libérer
ainsi de la pauvreté.
III. Regard sur les chiffres et au-delà
- Les pauvres et
les défis auxquels ils sont confrontés
11. La majeure partie des pauvres vivent en Asie et en Afrique, mais il existe une importante pauvreté en dehors de ces régions. Sur les 1,2 milliard de personnes qui vivent dans une pauvreté extrême, plus des deux tiers se trouvent en Asie et dans le Pacifique, l'Asie du Sud abritant à elle seule près de la moitié de ce groupe. Environ le quart vit en Afrique subsaharienne, où les personnes extrêmement pauvres représentent à peu près la moitié de la population. La pauvreté, l'espérance de vie et les autres indicateurs sociaux se sont en fait aggravés en Afrique subsaharienne au cours des dernières années sous l'effet des troubles civils, de la pandémie de sida et des catastrophes naturelles. Il existe aussi d'importants îlots de pauvreté en Amérique latine et Caraïbes et dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, spécialement dans les hautes terres et autres zones marginales de la première, et dans les zones semi-arides de la seconde.
12. Environ 75% des pauvres du monde vivent actuellement en milieu rural, et la pauvreté rurale continuera probablement de prédominer pendant des décennies. Les pays fondent leurs estimations de la pauvreté sur des seuils de consommation/pauvreté et des définitions des zones rurales et urbaines qui diffèrent de l'un à l'autre. Compte tenu de ces remarques, le Rapport 2001 sur la pauvreté rurale1 publié par le FIDA et les études de la Banque mondiale, telles que celle qu'elle a conduite en 1997 sur le développement rural (de la vision à l'action2 ) estiment que les trois quarts environ des personnes en état de pauvreté extrême vivent dans les zones rurales. Même en hypothèse forte de développement économique et de migration rurale vers les zones urbaines, 60% des personnes extrêmement pauvres résideront probablement encore dans ces zones en 2020, et 50% en 2035.
13. Qui sont les pauvres et à quels défis sont-ils confrontés? Les pauvres sont pour la plupart des petits exploitants, des travailleurs agricoles sans terre et autres groupes ruraux pauvres tels que les artisans-pêcheurs et les habitants des forêts. Les femmes rurales, les populations tribales et indigènes et les populations qui vivent dans les zones arides et les zones pauvres en ressources sujettes à la dégradation sont particulièrement exposées à la pauvreté à la fois chronique et transitoire. Le Rapport 2001 sur la pauvreté rurale souligne que parmi les principaux éléments qui perpétuent la pauvreté figurent le manque d'accès des groupes pauvres à des ressources telles que la terre et l'eau, la technologie, ainsi qu'à des marchés équitables, des services financiers et des institutions d'appui. De plus, si le renforcement de l'accès des pauvres aux ressources productives est essentiel, créer les conditions de leur participation aux décisions locales, ce qu'on appelle parfois l'autonomisation des pauvres, est indispensable pour qu'ils puissent devenir eux-mêmes des agents du changement.
14. En Asie et dans le Pacifique, où plus de 800 millions de personnes sont pauvres, la pauvreté est concentrée principalement dans les campagnes. Près de 40% des ruraux pauvres résident dans des zones défavorisées: zones isolées de hautes terres et de montagne, zones côtières marginales et terres arides. La caractéristique la plus courante qu'ont en commun les ruraux pauvres est le manque d'accès aux ressources productives. Les principales contraintes auxquelles se heurtent les petits paysans et les agriculteurs marginaux sont en effet le manque d'accès à des techniques adaptées aux zones marginales et non irriguées, ainsi qu'à des services d'appui tels que les services financiers. Environ 70% des populations indigènes du monde, dont beaucoup sont particulièrement vulnérables, vivent en Asie et dans le Pacifique. Les femmes sont particulièrement exposées à la pauvreté extrême, et ont souvent énormément de peine à augmenter leurs revenus et à se libérer de la pauvreté. Il est donc essentiel, pour réduire la pauvreté rurale dans la région, d'améliorer la situation des femmes quant à la propriété et à l'utilisation des ressources, de réformer les droits de propriété et d'usufruit des minorités marginalisées et des populations indigènes et de renforcer les capacités des pauvres et des personnes vulnérables.
15. En Afrique, où l'on compte 290 millions de pauvres, la grande majorité d'entre eux vivent dans les campagnes. En Afrique de l'Ouest et du Centre, la pauvreté est principalement concentrée dans la zone agroécologique de la savane, exposée à la sécheresse et vouée à la culture des céréales, du coton, de l'arachide, et à l'élevage. La pauvreté est liée à la taille du ménage, au niveau d'éducation et au sexe du chef de ménage. Les ménages les plus pauvres sont ceux des agriculteurs de subsistance qui ne pratiquent pas l'élevage. En Afrique orientale et australe, l'incidence de la pauvreté est la plus élevée parmi les petits paysans, les pasteurs et les pêcheurs. Pourtant, le potentiel de croissance de l'agriculture paysanne est considérable, à condition que des mesures soient prises pour assurer un accès plus équitable à la terre et à l'eau et favoriser le développement de liens avec les marchés et de l'infrastructure.
16. Dans la région Amérique latine et Caraïbes, les pauvres sont 78 millions selon la méthode d'évaluation de la pauvreté utilisée par la Banque mondiale, mais la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), qui utilise une méthodologie différente, évalue leur nombre à 211 millions, dont 77 millions dans les campagnes3. Les groupes indigènes et les communautés paysannes constituent les groupes les plus importants de la population rurale pauvre. Les petits paysans des régions arides et semi-arides et les travailleurs sans terre de l'ensemble de la région sont aussi d'autres groupes de pauvres importants. Quelque 64% de la population rurale de la région vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La paupérisation rurale est fortement liée à la perte progressive de terres productives, imputable à la surexploitation, à la discrimination, aux troubles civils et au manque d'informations sur les droits de propriété. Les autres facteurs qui ont une incidence sur la pauvreté rurale sont la faiblesse de l'investissement public dans l'éducation et la santé en milieu rural; l'absence d'investissements dans l'infrastructure rurale; l'insuffisance des services d'appui à l'agriculture; et la négligence des problèmes liés à l'hétérogénéité, à l'égalité entre les sexes et aux questions ethniques dans les zones rurales.
17. Dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, où les pauvres sont 55 millions, l'incidence de la pauvreté est plus forte dans les campagnes. Les principaux groupes de ruraux pauvres comprennent les agriculteurs des zones non irriguées, les artisans-pêcheurs, les pasteurs et les travailleurs salariés. L'incidence de la pauvreté est la plus forte parmi les personnes déplacées, les ménages dirigés par une femme et les minorités ethniques. L'accès insuffisant à la terre et à l'eau et les effets négatifs de la sécheresse et des inondations ont une grande incidence sur les moyens de subsistance des ruraux pauvres. Les difficultés que ceux-ci rencontrent tiennent aux contraintes liées à la terre et à l'eau, à la faible superficie des exploitations, au niveau technologique et au manque d'institutions financières informelles ou à assise communautaire. La faible densité de la population rend plus difficile la commercialisation des produits et la fourniture des services dans le domaine de l'éducation et de la santé. Les institutions de la société civile (coopératives de commercialisation, associations mutuelles d'épargne et de crédit et comités de gestion des ressources naturelles) qui se prêtent à l'interaction avec les institutions politiques, administratives et économiques modernes ne sont pas assez développées.
18. Dans les pays en transition d'Europe centrale et orientale, où l'on compte entre quatre et 12 millions de pauvres, selon les critères de calcul du seuil de pauvreté retenus pour prendre en compte les caractéristiques de certains pays à revenu intermédiaire, la pauvreté est importante dans les campagnes de tous ces pays, et touche spécialement les retraités et les agriculteurs qui ne sont pas en mesure de produire suffisamment pour leur autoconsommation. Les ruraux pauvres sont pour la plupart de petits agriculteurs, des travailleurs salariés, des ménages dirigés par une femme et des personnes déplacées, la pauvreté étant la plus grave dans les zones de hautes terres et de montagne. Les agriculteurs pauvres se caractérisent par la faible taille de leurs exploitations, le petit nombre d'animaux qu'ils élèvent et la part réduite de leurs terres qui bénéficient de l'irrigation ou d'un autre mode de maîtrise de l'eau. Étant donné qu'il y a peu de possibilités d'emploi extra-agricole dans les zones de hautes terres, la plupart des hommes émigrent, laissant les femmes, les vieillards et les enfants à la ferme. La déliquescence des institutions est à l'origine de la pauvreté au niveau des ménages, en particulier en milieu rural où l'accès aux soins médicaux et à l'éducation est plus restreint que dans les zones urbaines. Dans la plupart des pays en transition, en revanche, les taux d'alphabétisation sont élevés, de même que l'espérance de vie. En outre, les taux de mortalité infantile et d'accroissement démographique sont bien inférieurs à la moyenne de ceux des pays en développement.
19. Dans toutes les régions, la défense de l'environnement exige une amélioration des ressources de base des pauvres et le développement d'institutions communautaires efficaces. L'expérience montre que le prétendu conflit entre la pauvreté et l'environnement est un faux problème. L'amélioration de l'accès aux différents types d'actifs productifs permet aux pauvres d'utiliser les ressources de façon plus durable, d'augmenter leur production et de réduire leur vulnérabilité. Il est également important de développer des institutions communautaires efficaces pour la gestion des ressources communes. La création de conditions permettant aux pauvres de définir leurs problèmes et d'y apporter leurs propres solutions, devenant ainsi des agents du changement, est la clé à la fois d'un développement durable respectueux de l'environnement et de la réduction de la pauvreté. Des exemples provenant d'Afrique, d'Asie, et d'Amérique latine montrent que les communautés peuvent avoir une grande influence sur l'impact environnemental des activités économiques conduites dans leurs régions.
| Encadré 1: Doter les ruraux pauvres en capital | ||
| L'utilité de la sécurité foncière dans le cautionnement. Les titres fonciers garantis peuvent améliorer l'accès au crédit et inciter les petits producteurs à investir dans des pratiques de gestion durable des terres, ce qui a pour effet d'accroître les revenus des ménages et de stimuler l'économie rurale. La sécurité foncière n'est certes pas une panacée pour amplifier partout le financement rural, mais le financement fondé sur le nantissement peut servir efficacement à combattre la pauvreté. Hernando de Soto, dans son ouvrage The Mystery of Capital, résume la dialectique de la pauvreté comme étant la vie économique du secteur sous-capitalisé de la société et conclut de l'expérience de l'Occident que les niveaux de vie ne se sont élevés que lorsque les gouvernements ont réformé la législation et les régimes de propriété pour faciliter la division du travail. Avec la possibilité d'accroître leur productivité sous l'effet bénéfique de régimes de propriété intégrés, les personnes ordinaires ont pu se spécialiser dans des marchés toujours plus larges et augmenter la formation de capital. Les ruraux pauvres vivent en grande partie de l'agriculture et pourtant ils ont peu ou pas d'accès assuré à la terre dont dépendent leurs moyens d'existence. Comme le confirment les travaux de Soto, en garantissant leurs droits aux ressources et en établissant des systèmes formels de transaction foncière, on peut transformer la terre en bien fongible et donner ainsi aux pauvres un moyen d'améliorer leur capital familial. Il est possible de créer des ressources financières, même dans des zones rurales relativement reculées, lorsque le régime foncier (formel ou coutumier) rend les ventes ou transactions contraignantes (enregistrement juridique ou accord fiduciaire) et que la capacité de négocier est perçue comme étant stable et permanente, de sorte que les acheteurs peuvent escompter un bénéfice puisqu'ils savent qu'ils disposeront de la terre à l'avenir. Même dans des zones reculées, les petites parcelles ont valeur de nantissement comme en témoignent les réformes foncières du passé où les terres ont été fréquemment remembrées en domaines plus vastes par des prêteurs ou d'anciens propriétaires. Toutefois, compte tenu de la nature particulière de la réforme rurale, les instruments financiers appropriés seront généralement de type non traditionnel, comme les banques foncières présentes aux Philippines ou les fonds fiduciaires communautaires qui donnent aux institutions de crédit confiance dans la capacité de remboursement du fait que ces fonds reposent sur la responsabilité des pairs. L'efficacité des approches fondées sur les pairs a été démontrée dans des programmes de microfinancements conduits dans plusieurs pays. Source: La Coalition populaire pour éliminer la faim et la pauvreté. |
IV. Les objectifs de développement du Millénaire et la Conférence sur le financement du développement
20. Six grands thèmes ont été retenus pour la Conférence sur le financement du développement. Ces six thèmes sont les suivants: i) mobilisation des ressources financières au niveau national pour le développement; ii) mobilisation des ressources internationales; iii) intégration des pays en développement au système commercial mondial; iv) accroissement de la coopération financière internationale; v) promotion de l'allègement de la dette à un niveau d'endettement supportable; et vi) convergence des systèmes monétaire, financier et commercial à l'appui du développement. En débattant de ces différents thèmes, la Conférence devra bien entendu se concentrer sur la réalisation des objectifs de développement du Millénaire. Le fait que la majorité des pauvres vivent dans les zones rurales, et qu'il continuera d'en être ainsi dans l'avenir rapproché, fait ressortir la place centrale que tiennent la pauvreté rurale et le développement rural dans la "problématique de la pauvreté". Les besoins du secteur rural en matière de financement et de politique doivent donc retenir particulièrement l'attention et recevoir la priorité. En fait, le thème du Conseil des gouverneurs, "Financement du développement - La dimension rurale", prendra une importance de plus en plus cruciale à mesure que la communauté internationale s'emploiera à mettre en uvre les engagements souscrits au Sommet du Millénaire.
21. L'agriculture et le secteur rural, en tant que sources de nourriture, de matières premières, d'emplois et de marchés, ont des liens en amont et en aval essentiels avec pratiquement tous les autres secteurs de l'économie. En fait, plus un pays est pauvre plus grande est la part de l'agriculture dans le PIB, l'emploi total et les exportations de ce pays. La promotion de l'agriculture et de l'efficacité rurale et l'élimination des blocages que connaissent ces secteurs dans ces pays devraient par conséquent être au cur d'une stratégie de développement qui fonde la réduction de la pauvreté sur le développement des actifs et des capacités nationales. Paradoxalement, alors qu'au cours de la dernière décennie la pauvreté retenait toujours davantage l'attention de la communauté internationale, la part de l'APD destinée à l'agriculture et au secteur rural, où vivent la majorité des pauvres, a diminué, l'APD totale subissant elle-même une baisse importante. En conséquence, le volume de l'APD destinée à l'agriculture a régressé de près de 50%, tombant de 4,9 milliards de USD en 1988 à 2,5 milliards de USD en 1999 4. Parallèlement, les ressources intérieures affectées à l'agriculture et aux autres activités productives conduites par les ruraux pauvres ont chuté dans de nombreux pays en développement. En Afrique subsaharienne, par exemple, la dépense publique consacrée à l'agriculture est revenue de 6,2% de la dépense totale en 1990 à 3,9% en 1998; en Asie du Sud, de 8,4 à 5,4%; en Amérique latine, de 3,2 à 1,9%; et au Proche-Orient et en Afrique du Nord, de 4,1 à 1,1%.5
22. Cette tendance à la baisse de l'investissement, aussi bien intérieur qu'extérieur, dans l'agriculture et le secteur rural, doit être renversée si l'on veut atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté du Sommet du Millénaire. Conjuguée à l'adoption de politiques conçues pour encourager l'épargne, l'investissement et la production, la mobilisation de ressources beaucoup plus importantes est nécessaire pour financer l'effort de développement requis. Comme on l'a noté ci-dessus, à moyen terme, le développement durable doit et peut reposer sur un accroissement de l'épargne et de l'investissement intérieurs, et plus particulièrement de l'investissement privé. Les ressources extérieures ont néanmoins joué, dans de nombreux pays, un rôle important dans le lancement du processus de développement. On peut citer l'exemple des États-Unis au XIXe siècle, où des capitaux britanniques à long terme ont financé le développement du réseau ferroviaire et contribué à la conquête des terres agricoles du Midwest. Ces ressources extérieures peuvent prendre la forme d'investissements étrangers directs (IED), d'échanges commerciaux et d'aide au développement. L'IED, comme son équivalent intérieur, exige toutefois un certain niveau de qualifications humaines et de développement de l'infrastructure, notamment les secteurs des transports, des communications et de l'énergie, ainsi qu'un cadre politique et juridique favorable. La répartition géographique déséquilibrée de l'IED traduit cette exigence. L'accroissement rapide des exportations nécessite, de son côté, un plus large accès aux marchés et une capacité intérieure de production croissante pour en tirer parti.
23. La coopération au développement sous la forme d'APD, utilisée avec inventivité et efficacité, peut jouer le rôle crucial de catalyseur. L'APD, à la différence de l'IED, relève de la sphère de décision des gouvernements. Utilisée judicieusement, l'APD peut stimuler et compléter l'investissement intérieur en vue de favoriser la création de l'infrastructure institutionnelle et matérielle nécessaire pour attirer l'investissement privé et déclencher ainsi un processus dynamique et durable d'investissement privé et de croissance. On a souligné, à cet égard, que le rôle de l'APD n'est pas de se substituer aux ressources privées, qu'elles soient nationales ou internationales, mais de contribuer à la création de conditions politiques et matérielles propices à leur mobilisation et à leur utilisation effectives aux fins de promotion d'un développement durable. L'expérience du FIDA montre qu'à cet égard la microfinance et les autres institutions financières rurales sont particulièrement importantes. Ces institutions peuvent mobiliser des ressources intérieures très importantes au profit des activités productrices des pauvres, y compris celles des pauvres eux-mêmes. Elles peuvent aussi être des relais particulièrement économiques pour l'acheminement de l'aide aux pauvres (voir encadré 2).
| Encadré 2: Le programme national de microfinancement en Inde | ||
| Au cours des deux dernières décennies, le FIDA a collaboré avec le Gouvernement indien et d'autres institutions indiennes, officielles ou non officielles, en vue de promouvoir le microfinancement dans le pays. Le succès de cette initiative a conduit à l'élaboration du programme national de microfinancement qui a pour objet d'apporter un soutien à diverses institutions de microfinancement dans tout le pays. Le FIDA a accordé un prêt de 22,0 millions de USD à ce programme, qui sera aussi cofinancé au moyen d'un don de 23,5 millions de USD consenti par le Royaume-Uni. Le reste des besoins financiers de ce programme de 134,0 millions de USD sera couvert par la Banque indienne de développement des petites industries au moyen de ressources qu'elle se procurera sur les marchés financiers intérieurs. Le programme devrait apporter des services d'épargne et de crédit à 1,3 million d'emprunteurs pauvres, dont beaucoup n'ont encore jamais eu accès au crédit formel. L'expérience passée montre qu'en Inde les pauvres, et plus particulièrement les femmes pauvres, font bon usage du microfinancement et assurent des taux de remboursement proche de 100%. Les prêts dont ont bénéficié un grand nombre de ruraux pauvres ont permis d'accroître leurs revenus de 50% et plus et de commencer à travailler pour se libérer de la pauvreté. Ce programme démontre le potentiel des institutions de microfinancement pour la mobilisation de ressources, y compris les ressources privées, au profit des activités productrices des pauvres. Il montre aussi que ces institutions peuvent servir de relais entre l'aide extérieure au développement et les populations très pauvres. |
24. En dépit du rôle essentiel qu'elle peut jouer dans l'amorce du développement, l'APD apportée aux pays en développement a effectivement diminué de quelque 22% en valeur réelle entre 1991 et 2000. Alors que les Nations Unies ont fixé un objectif de 0,7% du produit national brut (PNB) vers lequel devrait tendre l'APD accordée par les pays donateurs, en 2000, l'APD des 23 pays donateurs membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ne représentait que 0,22% de leur PNB (soit environ 53,7 milliards de USD). En outre, cette APD réduite a du être partagée entre un plus grand nombre de bénéficiaires, par suite de l'apparition de nouveaux pays en transition au cours des années 90. En fait, l'Europe de l'Est et l'Asie centrale ont reçu 23,5% de l'APD en 2000, contre 3,5% dix ans plus tôt. C'est principalement l'Afrique subsaharienne qui a fait les frais de cette réduction de l'APD puisque sa part est tombée de 37,2 à 27,2% au cours des années 90, tandis que celle de l'Asie du Sud a reculé de 12,2 à 10,1% 6. Ainsi, les deux régions qui abritent les plus fortes concentrations de pauvreté ont vu les flux d'APD dont elles bénéficiaient se contracter considérablement.
25. Un doublement de l'APD sera nécessaire pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire. Le Fonds monétaire international (FMI) et le Comité de développement de la Banque mondiale ont estimé qu'il faudrait 54 milliards de USD supplémentaires par an pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire (voir encadré 3). Cela représente à peu près le double du niveau actuel de l'APD, qui devrait passer à environ 0,45% du PNB des pays membres du CAD alors qu'il est encore loin de l'objectif international de 0,7%. Récemment les représentants à haut niveau de certains pays du G8 ont demandé un doublement effectif de l'APD. Tout progrès dans cette direction serait un signe fort et bienvenu de solidarité mondiale, en ces temps de grande incertitude quant à l'évolution de la politique et de l'économie mondiales. Le ralentissement qui affecte actuellement l'économie mondiale touche durement les pays en développement, au moment même où la réduction de la pauvreté bénéficie d'un regain d'attention sur la scène internationale. À cet égard, l'ampleur et la nature de la coopération financière internationale feraient piètre figure si face à la récession les pays en développement étaient contraints de se serrer encore davantage la ceinture tandis que les pays industrialisés adoptent des politiques expansionnistes pour soutenir l'emploi et la croissance chez eux. Pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire, il faudra aussi une plus grande égalité entre les sexes et une autonomisation des femmes, accompagnées des crédits budgétaires nécessaires pour en assurer l'intégration au niveau des ressources financières et du développement. Tout aussi importante est la promotion de la participation des femmes aux institutions financières.
| Encadré 3: Utilisation de l'APD supplémentaire | ||
| Sur le total des 54 milliards de USD, considérés par le FMI et le Comité du développement de la Banque mondiale comme le supplément de ressources nécessaire pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire, environ 40 milliards de USD sont proposés pour les investissements dans la santé et l'éducation. Si le rapport ne le précise pas, il ressort de la répartition de la population entre les zones urbaines et les zones rurales dans les pays à bas revenus considérés, qu'environ 70% de ce montant devrait être affecté à la satisfaction des besoins des populations rurales en matière de santé et d'éducation. Il en va de même pour les autres types d'investissements financés par l'APD, à l'exception de ceux qui sont spécifiquement affectés au développement urbain. Ainsi, sur les 54 milliards de USD supplémentaires par an, 28 à 38 milliards de USD devraient se diriger vers le secteur rural (28 milliards de USD pour la santé et l'éducation et jusqu'à 10 milliards de USD pour le renforcement de l'infrastructure et des institutions à l'appui en particulier des activités productives des pauvres) pour atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté fixé au Sommet du Millénaire. Source: FMI/Comité de développement de la Banque mondiale, "Financing for Development", 18 septembre 2001. |
26. L'aide internationale à l'agriculture et au développement a fortement diminué. Comme il est indiqué ci-dessus, le volume de l'APD destinée à l'agriculture est tombé de 4,9 milliards de USD à 2,5 milliards entre 1988 et 1999. La part de l'agriculture dans les prêts des banques de développement multilatéral a également baissé. La part des prêts de la Banque mondiale en faveur de l'agriculture, qui représentait, il y a 20 ans, environ 25% du total de ses prêts, était tombée en 2000 à environ 7%, soit quelque 1,1 milliard de USD. Les prêts à l'agriculture accordés par les banques régionales de développement ont aussi beaucoup diminué. En fait, à l'exception du FIDA, toutes les autres institutions financières multilatérales ont réduit leurs concours à l'agriculture 7.
27. Le financement de la recherche agricole a aussi été victime de la diminution des flux d'APD. Les biens publics mondiaux, comme leurs équivalents nationaux, sont en général sous-financés. La recherche agricole en offre un exemple particulièrement frappant. Le financement des institutions de recherche membres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), par exemple, n'a cessé de diminuer tout au long des années 90 si bien qu'à la fin de la décennie la baisse enregistrée était d'environ 10% plus faible qu'au début. Conséquence du déclin du financement public de la recherche, la recherche agricole est maintenant de plus en plus entre les mains de sociétés privées, qui ont vocation à satisfaire la demande du marché plutôt que les besoins des agriculteurs pauvres dont le pouvoir d'achat est limité. Elle se concentre donc sur les cultures et le bétail intéressant les riches producteurs des zones tempérées, et non les agriculteurs pauvres des zones arides. C'est le cas notamment des nouvelles méthodes de recherche issues de la biotechnologie, qui sont en grande partie axées sur les cultures des pays riches. Parallèlement à la baisse des ressources consacrées à la recherche, les taux d'accroissement des rendements des cultures de céréales, racines et tubercules, qui représentent l'essentiel des aliments consommés par les pauvres ont très sensiblement diminué. Dans le cas des céréales, par exemple, le taux d'accroissement des rendements a reculé de 2,8% en 1971-1981 à 1,6% en 1991-1998.
28. Il faut augmenter la productivité agricole pour accélérer la croissance de l'agriculture et stimuler un développement rural plus vigoureux. Compte tenu des contraintes que représentent le problème de la terre et la pénurie de capitaux, la recherche qui conduit à une augmentation des rendements des petits exploitants est particulièrement importante pour leur permettre d'accroître leur production et leurs revenus, de se libérer de la pauvreté et de réduire leur vulnérabilité. À cet égard, une forte augmentation des financements est indispensable pour renforcer la recherche agricole sur fonds publics, y compris dans le domaine des biotechnologies, de façon à mettre au point des variétés plus productives et résistantes à la sécheresse, aux ravageurs et à la salinité, qui présentent de l'intérêt pour les agriculteurs pauvres. Tout en offrant un potentiel important, les plantes génétiquement modifiées posent effectivement de graves problèmes en matière de sécurité des aliments, de biodiversité, d'environnement et de droit de propriété intellectuelle. Il est donc d'autant plus important que les politiques et les financements publics soient étroitement associés à l'exploitation du potentiel des plantes génétiquement modifiées au profit des agriculteurs pauvres tout en veillant à ce que les graves problèmes qu'elles posent soient soigneusement examinés et résolus.
29. Un certain nombre de mécanismes novateurs de transfert de ressources à des conditions de faveur aux pays en développement ont été étudiés ces dernières années. Par exemple, l'Italie a annulé la dette publique de certains pays comme l'Égypte dans le cadre d'une initiative de conversion de dette, les ressources locales ainsi libérées devant servir à financer des investissements dans la lutte contre la pauvreté et le secteur social (voir encadré 4). D'autres mécanismes sont à l'étude et doivent faire l'objet d'un examen attentif.
| Encadré 4: Autres formes de financement de l'accès à la terre, à l'eau et aux actifs productifs | ||
| Le manque d'accès des plus démunis aux moyens de production, notamment la terre, l'eau, la technologie, les marchés, les services financiers et les institutions d'appui, figure parmi les principaux facteurs qui perpétuent la pauvreté. Les efforts intégrés pour financer le développement devraient certes fournir l'essentiel des ressources nécessaires aux ruraux pauvres, mais les crédits disponibles peuvent être complétés au moyen de formules novatrices. Initiative de Rome pour le Millénaire. Dans le cadre de cette initiative, en marge de l'année du Jubilé, le Gouvernement italien a décidé d'annuler une partie de ses créances au titre de l'aide publique dans plusieurs pays endettés à revenu intermédiaire. Le programme prévoit que les pays s'engagent à utiliser l'équivalent local des montants annulés pour appuyer des projets visant à réduire la pauvreté rurale et à renforcer la sécurité alimentaire des ruraux pauvres. Cette initiative italienne présente diverses caractéristiques inédites. C'est en effet la première fois que des fonds pour la conversion de la dette seront mobilisés pour servir exclusivement à la réduction de la pauvreté rurale dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord. En outre, une partie de ces fonds sera allouée à des projets conçus et exécutés avec la participation des Nations Unies sises à Rome ayant pour vocation l'alimentation et l'agriculture (l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le FIDA et le Programme alimentaire mondial (PAM)). Allègement de dette contre réforme agraire. Vu le rôle que jouent les mouvements citoyens en faveur de l'allègement de la dette et la prise de conscience croissante que la sécurité d'accès à la terre est un élément essentiel de nombreuses stratégies de réduction de la pauvreté, il importe que la communauté internationale intègre l'accès à la terre et la sécurité foncière aux activités susceptibles de bénéficier des fonds de développement dégagés par l'allègement de la dette. L'expérience du passé montre que la viabilité de la réforme agraire passe par le financement de certains éléments: réduction des coûts de transaction des bénéficiaires; participation des bénéficiaires et des autorités au processus de délimitation des terres, d'attribution des titres de propriété et d'enregistrement; appui parajuridique pour protéger les droits des paysans sans terre et des petits exploitants; amélioration de l'accès aux services financiers et techniques; renforcement de la capacité des institutions rurales et du gouvernement à tous les niveaux par des infrastructures et des services de soutien; et mise en place d'une commission foncière représentative chargée d'assurer la supervision et la transparence. La formule allègement de la dette contre réforme agraire peut répondre à ces besoins de financement. Envois de fonds des travailleurs migrants et expatriés. Les chercheurs et les spécialistes du développement ont commencé à reconnaître que les envois de fonds des travailleurs peuvent apporter une vaste gamme d'avantages en dehors de la consommation, dont les capitaux pour le démarrage de petites unités de production, de services financiers et de fonds de développement. Les envois de fonds tendent à augmenter au point que ces ressources pourraient dépasser les financements provenant des institutions financières multilatérales. Aussi teste-t-on des mécanismes novateurs pour inciter les travailleurs migrants à verser une partie de chaque envoi dans un fonds de développement, en utilisant des instruments financiers spéciaux permettant de réduire les coûts de transaction et d'affecter les fonds recueillis à la réalisation d'objectifs de développement, et en créant des associations locales de migrants pour regrouper les fonds de façon à atteindre la masse critique nécessaire au financement de programmes substantiels de lutte contre la pauvreté. En Amérique latine et aux Caraïbes, les envois de fonds dépassent les rentrées provenant de l'aide publique au développement, représentent près du tiers de l'investissement étranger direct, plus de 150% des intérêts versés au titre de la dette extérieure ces cinq dernières années, excédent fréquemment la valeur des exportations agricoles ainsi que dans nombre de pays les recettes de tourisme. L'OIT et d'autres études font état de statistiques similaires en Asie et dans certains pays d'Afrique. On estimait couramment que les envois de fonds servent essentiellement à la consommation. Or des études sur le sujet montrent que les familles qui reçoivent des fonds ont un taux d'épargne supérieur à ce qui est autrement le cas et ont donc la possibilité d'investir dans des activités productives. Source: Coalition populaire pour éliminer la faim et la pauvreté. |
V. L'investissement étranger direct et son rôle dans l'apport de capitaux et le transfert de technologies
30. L'IED est devenu un élément majeur du financement extérieur. En dépit, de la baisse de l'APD, l'apport de capitaux extérieurs aux pays en développement a doublé au cours des dix dernières années. Cette augmentation a été due entièrement au quadruplement des flux privés, qui a éclipsé la réduction de l'APD. L'IED dans les pays en développement a considérablement augmenté pendant la plus grande partie des années 90, passant de 35 milliards de USD en 1991 à 185 milliards en 1999, avant de retomber à 176 milliards en 2000. La part de l'IED dans le PIB des pays en développement à fait un bond, passant au cours de la même période de moins de 1,0% à environ 2,5%. L'IED s'est toutefois dirigé en grande partie vers les pays en développement plus avancés à revenu intermédiaire, qui, selon les données de la Banque mondiale, ont reçu près de 93% de l'IED en 2000.
31. Les pays à faible revenu n'ont pas bénéficié de l'augmentation des apports d'IED. Alors que l'IED dans les pays à faible revenu est passé de 3 milliards de USD en 1991 à 12 milliards en 2000, la part de ces pays dans l'IED total est tombée à 7%, c'est-à-dire très au-dessous de son niveau de 1991. Les pays les moins avancés (PMA) n'ont reçu qu'un montant estimé à 4,5 milliards de USD d'IED en 2000. De plus, les flux de capitaux à destination des PMA se sont dirigés pour l'essentiel vers cinq pays, qui attirent ces investissements grâce à leurs industries extractives notamment dans le secteur du pétrole et autres produits minéraux. Comme il est indiqué ci-dessus, l'IED se dirigera vers les pays qui offrent des conditions matérielles et politiques appropriées. Dans les pays à faible revenu, l'APD et l'investissement public peuvent jouer un rôle clé dans l'amélioration de ces conditions. Les flux accrus d'APD doivent donc être considérés comme complémentaires des apports de capitaux privés à destination des pays à faible revenu, dont, en fait, ils sont presque la condition préalable.
32. Les pays d'Afrique subsaharienne éprouvent des difficultés particulières à attirer les IED. Ces difficultés sont dues à la taille insuffisante des marchés, à la médiocrité de l'infrastructure, à l'incertitude politique, à la mauvaise gouvernance et au régime restrictif appliqué aux investissements étrangers. Plusieurs pays africains ont toutefois récemment amélioré les conditions offertes à l'IED en assouplissant les restrictions imposées aux entrées d'IED, en concluant des accords internationaux assortis de clauses de garantie des investissements et de règlements des différends, et en adhérant à des traités bilatéraux pour la protection des intérêts des investisseurs étrangers. Ces réformes ont conduit à une certaine diversification des flux d'IED hors du secteur des ressources de base, bastion traditionnel de l'IED en Afrique subsaharienne. Les pays ne figurant pas parmi les grands exportateurs de pétrole ou de minerais ont reçu la moitié environ de l'IED dont a bénéficié l'Afrique subsaharienne en 1995-2000, contre 24% seulement au cours de la période 1991-1994. C'est ainsi que le Lesotho, le Mozambique, la République-Unie de Tanzanie et l'Ouganda (pays qui ont reçu la plus grande partie de l'IED consacré à l'agriculture, à l'industrie manufacturière légère et aux services collectifs) ont vu leurs entrées d'IED s'accroître fortement. L'an passé, les pays africains ont pris l'initiative de créer le nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique, initiative dont l'origine est entièrement africaine et qui offre la possibilité de créer les conditions voulues pour attirer les investissements (y compris les investissements étrangers), augmenter l'épargne et mettre la région sur la voie d'un développement durable et d'une réduction plus rapide de la pauvreté. Elle a été largement saluée par la communauté internationale et mérite un ferme soutien extérieur.
33. Dans certains domaines, l'IED pourrait jouer un rôle important dans l'aide aux groupes pauvres. Les services agricoles liés à l'approvisionnement en intrants et à la commercialisation en sont d'importants exemples. Les fabricants d'engrais, de produits phytosanitaires et autres intrants ont montré de l'intérêt pour l'aide à la création de systèmes de distribution et la fourniture d'informations sur l'utilisation de ces intrants, de façon très semblable à ce qu'ils font sur leurs marchés d'origine. De même, des sociétés agroalimentaires internationales offrent déjà des services de commercialisation pour certains types de cultures. Dans des conditions favorables et avec une information complète sur les prix, ces services pourraient se développer au profit à la fois des agriculteurs pauvres et des sociétés. L'agro-industrie est un autre domaine qui présente de l'intérêt. L'agroindustrie est déjà implantée dans certains pays où elle exerce des activités de transformation et, là aussi, sous réserve de conditions adaptées et d'accords équilibrés, l'investissement dans cette filière pourrait être générateur d'emplois pour les ruraux pauvres tout en offrant des marchés rémunérateurs aux petits producteurs. L'horticulture et la transformation des fruits et légumes, par exemple, sont des domaines où ces activités ont déjà commencé et pourraient se développer.
34. L'IED peut stimuler le transfert de technologies
mais une convergence des niveaux technologiques est peu probable sans
une action de fond de la part de toutes les parties prenantes pour combler
l'écart technologique ou "fracture numérique".
L'accroissement des rendements d'échelle générés
par l'innovation, l'importance de la taille du marché dans l'incitation
à innover et la nécessité d'un système complexe
d'institutions d'appui pour encourager l'innovation rendent peu probable
une convergence des niveaux technologiques entre le Nord et le Sud. Une
plus grande cohérence entre les politiques appliquées dans
le Nord et dans le Sud et des mesures complémentaires de la part
de toutes les parties prenantes sont indispensables si l'on veut augmenter
les flux d'IED, encourager la diffusion des connaissances et permettre
à tous les pays en développement de progresser vers l'élimination
de l'écart technologique/fracture numérique. Il appartient
en premier lieu aux pays en développement d'adopter des politiques
propres à attirer et à mettre à profit, plus largement,
les capitaux privés à long terme. À cet effet, ils
doivent améliorer le climat de l'investissement, les qualifications
de la main-d'uvre et l'infrastructure sociale et matérielle,
ainsi que promouvoir l'intégration régionale. Il incombe
aux pays industrialisés d'établir des codes de bonne conduite,
d'adopter les meilleures pratiques, de discipliner les comportements monopolistiques
et le détournement des investissements, et notamment de renforcer
la protection du consommateur, et de veiller à ce que l'avantage
comparatif soit le facteur déterminant du déploiement des
flux d'IED. Le rôle des institutions de financement et de développement
est de fournir une assistance technique pour le renforcement des capacités,
des services consultatifs pour la diffusion de l'information et des fonds
pour financer les investissements dans le capital humain, désenclaver
les régions marginalisées, promouvoir la production et la
diversification des exportations, et exercer un effet multiplicateur sur
les fonds publics et privés au profit de programmes de développement
stimulant l'investissement.
VI. Vers un cycle de négociations commerciales pour le développement
35. Le commerce international est depuis longtemps reconnu comme un moteur du développement, mais pour qu'il joue ce rôle, il faut élargir l'accès des pays en développement aux marchés des produits qui les intéressent et les aider à accroître leur capacité. L'accord réalisé à la quatrième Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha (Qatar) en novembre 2001, en vue de lancer un nouveau cycle de négociations commerciales, a fait naître l'espoir d'une importante amélioration du système commercial international. L'objet de cet espoir, c'est un cycle pour le développement qui stimule véritablement le développement à l'échelle mondiale, au profit à la fois des pays industrialisés et des pays en développement.
36. L'ouverture commerciale renforce la croissance et
améliore les conditions de vie par la plus grande efficacité
de la production que permet une spécialisation reposant sur l'avantage
comparatif. L'ouverture commerciale stimule aussi l'efficacité
de l'investissement par suite de l'agrandissement des marchés et
de l'accès accru aux biens d'équipement. Elle contribue
en outre à élever la productivité, grâce à
la diffusion du progrès technologique, au développement
accéléré des connaissances et à l'allocation
efficace des facteurs sous l'effet d'une concurrence renforcée.
Mais pour bénéficier pleinement des bienfaits du commerce,
les pays en développement doivent se doter d'institutions et de
politiques appropriées, ainsi que de l'infrastructure et des services
nécessaires pour encourager l'augmentation de la capacité
de production orientée vers l'exportation.
| Encadré 5: Le marché et les producteurs pauvres |
||
| Le processus de mondialisation et de libéralisation du commerce, et plus récemment le lancement du nouveau cycle de Doha ont sérieusement augmenté les avantages mais aussi la volatilité et les risques de l'intégration au marché. Cela est vrai aussi bien pour les petits exploitants des pays en développement que pour les gros producteurs du monde développé. Aujourd'hui les agriculteurs pauvres sont de plus en plus exposés aux rigueurs des forces du marché. Ces quinze dernières années, dans pratiquement tous les pays en développement les organismes publics et para-étatiques de fourniture d'intrants et de commercialisation des produits ont été démantelés. Les prix tant de vente des produits que d'achat des intrants sont désormais fixés par le marché. Au lieu de traiter avec un seul organisme para-étatique, les paysans pauvres doivent désormais traiter avec divers acheteurs et fournisseurs. Pour certains, surtout ceux qui produisent des cultures d'exportation dans des zones jouissant d'un approvisionnement en eau assuré et de bonnes communications, cette nouvelle donne a ouvert d'importantes perspectives. Mais pour d'autres, notamment ceux qui dépendent des cultures de base, elle a entraîné de sérieux problèmes. Dans de nombreuses zones rurales, les marchés sont éloignés des producteurs du fait du mauvais état des routes et de la faiblesse de la demande et de l'offre. Les marchés ruraux sont souvent peu compétitifs, ce qui entraîne des prix à la production défavorables. En outre, les paysans pauvres connaissent mal les marchés, manquent d'informations sur les débouchés et les prix et n'ont pas le savoir-faire nécessaire en matière d'organisation et de négociation pour aborder le marché sur un pied d'égalité. Ces sept dernières années, le FIDA a étudié avec une attention croissante les moyens de promouvoir l'émergence de marchés agricoles privés compétitifs et d'aider les petits producteurs à renforcer leur capacité à pénétrer les nouveaux marchés dans des conditions équitables. Le développement de liaisons entre les producteurs pauvres et les agents commerciaux est devenu un axe stratégique majeur, particulièrement en Afrique. Ainsi, plusieurs programmes du FIDA contribuent à promouvoir les liaisons avec les marchés ruraux en Zambie, au Mozambique et en Tanzanie. Ces programmes, lorsqu'ils auront atteint leur pleine maturité, devraient atteindre une proportion non négligeable du secteur paysan. Ils encouragent l'investissement dans l'organisation de marchés et les savoirs paysans, l'infrastructure de stockage et de transport ainsi que dans l'amélioration des politiques et des réglementations. L'objectif est de créer les conditions propres à attirer les investisseurs privés et des fournisseurs efficaces. Ce type de programme repose sur de solides partenariats entre gouvernements, petits producteurs et secteur privé. Les organisations de la société civile sont également étroitement associées en tant que prestataires de services pour nombre des activités. Un objectif essentiel du programme est d'assurer que les producteurs les plus vulnérables, surtout les femmes, puissent participer à la définition des priorités et bénéficier pleinement des initiatives. Il est évidemment plus facile d'établir des liaisons entre les petits producteurs et les marchés agricoles dans les zones dotées d'un meilleur potentiel agroécologique, mais le FIDA s'efforce d'appliquer les mêmes principes aux zones arides non irriguées. Ainsi, le Fonds appuie en particulier l'association pour le commerce des produits naturels d'Afrique australe afin de démarrer des opérations dans cinq pays. Cette association s'efforce d'aider les producteurs ruraux de denrées telles que boissons, huiles cosmétiques, infusions, confitures, compléments nutritionnels et produits médicinaux à trouver des marchés d'exportation en les mettant en rapport avec des acheteurs internationaux. Les premiers résultats de ces programmes sont très prometteurs. Ils donnent à penser qu'il est en effet possible de trouver des moyens inventifs permettant aux producteurs pauvres de bénéficier de la mondialisation plutôt que d'être pénalisés par ce processus. |
37. L'avantage comparatif de nombreux pays en développement réside dans les activités à base de main-d'uvre telles que l'agriculture et les productions à faible contenu technologique. Le contingentement des textiles doit prendre fin en 2005, mais les obstacles tarifaires restent élevés. Les droits de douane élevés appliqués aux produits agricoles et les subventions dont continue de bénéficier l'agriculture dans de nombreux pays de l'OCDE ont un effet négatif sur les exportations agricoles et les cours mondiaux des produits de base, et pèsent lourdement sur les recettes d'exportation et les possibilités de croissance des pays en développement. Les règlements phytosanitaires peuvent représenter aussi un obstacle supplémentaire. Ce genre d'obstacles pénalise particulièrement les petits producteurs de denrées d'exportation et les industries de main-d'uvre qui n'ont guère accès aux informations sur les marchés ni à l'assistance nécessaire pour se conformer aux normes requises. Des mesures spéciales s'imposent donc pour aider ces producteurs à bénéficier plus pleinement de l'accès élargi au marché.
38. La réduction des droits de douane frappant les produits agricoles et l'élimination des subventions agricoles de l'OCDE et des obstacles au commerce des produits agricoles et textiles feront parti des prochaines négociations de l'OMC. Ces subventions et autres mesures, dont le montant annuel est estimé 324 milliards de USD (soit six fois plus que celui de l'APD) devraient être supprimées. Leur suppression pourrait toutefois entraîner une augmentation des prix des produits alimentaires et des autres denrées agricoles. Au cours de la période transitoire, les groupes vulnérables des pays pauvres et à déficit vivrier risquent d'en souffrir. Par conséquent, un soutien technique et financier accru est essentiel pour stimuler la réponse de la production à l'élévation des prix. Parallèlement, une aide alimentaire supplémentaire pourrait être nécessaire au cours de la période transitoire.
39. Quelques pays industrialisés commencent à offrir l'accès en franchise à leurs marchés pour les produits des PMA. Par son initiative "Tout sauf les armes", l'Union européenne offre le libre accès de son marché aux exportations des PMA. Si une semblable mesure était adoptée par les autres pays de l'OCDE, le bénéfice retiré représenterait, selon les estimations, l'équivalent d'une part importante, allant peut être jusqu'au quart du montant annuel net des flux d'APD vers les PMA 8. Si une telle mesure s'accompagnait d'un soutien technique et financier adéquat pour promouvoir une forte réponse de l'offre, elle offrirait une base solide à l'élaboration d'une stratégie de développement orientée vers le commerce et prendrait acte des courageuses réformes entreprises par nombre de PMA, ces dernières années.
40. Il est essentiel de renforcer la réponse de l'offre des pays en développement aux opportunités offertes par le commerce. Les institutions multilatérales et bilatérales de financement et de développement devraient compléter les efforts nationaux qui sont faits pour supprimer les contraintes existant du côté de l'offre, améliorer l'infrastructure commerciale, diversifier la capacité d'exportation, développer les institutions et renforcer la productivité et la compétitivité globales. Une assistance multilatérale est aussi nécessaire pour stabiliser les recettes d'exportation des pays qui dépendent fortement des exportations de produits de base, à savoir en activant le Mécanisme de financement compensatoire du FMI.
VII. Réduction de la dette des pays pauvres
41. La charge de la dette des pays pauvres a été reconnue au cours des dernières années comme un obstacle majeur aux efforts déployés pour promouvoir le développement et réduire la pauvreté. L'Initiative pour l'allègement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) représente une tentative ingénieuse pour traiter ce problème, de manière à ramener la dette de ces pays à des niveaux supportables. Actuellement, 38 pays remplissent les conditions voulues pour recevoir une assistance au titre de cette Initiative. En décembre 2001, 24 pays avaient atteint le point de décision prévu dans le cadre de l'Initiative et bénéficient d'un allègement du service de leurs dettes qui s'élèvera à environ 36 milliards de USD, soit une réduction de quelque 20 milliards de USD de la valeur nette actualisée de l'encours de leurs dettes.
42. Corréler allégement de la dette et
réduction de la pauvreté: le Document de stratégie
pour la réduction de la pauvreté (DSRP). Les pays qui
sollicitent une aide dans le cadre de l'Initiative pour la réduction
de la dette doivent avoir élaboré une stratégie de
réduction de la pauvreté au point de décision et
accompli des progrès démontrables dans sa mise en uvre
au point d'achèvement. L'élaboration de ces stratégies
repose sur les DSRP qui sont établis par les autorités nationales
avec une large participation de la société civile. Ces documents
traduisent les principes en plans d'action concrets et ont pour but de
renforcer l'appropriation par le pays des stratégies de réduction
de la pauvreté, d'assurer une large participation de la société
civile à la conception de ces stratégies, et en particulier
des institutions locales et des associations de pauvres, d'améliorer
la coordination entre les partenaires du développement et de réduire
les chevauchements entre conditionnalités (voir encadré
6).
| Encadré 6: Le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté | ||
| Aux assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, tenues en septembre 1999, les ministres réunis ont entériné la proposition prévoyant que les pays établiraient des stratégies de réduction de la pauvreté qui serviraient de base à tous les prêts à des conditions de faveur accordés par la Banque mondiale et le FMI, et guideraient l'utilisation des ressources libérées au titre de l'Initiative renforcée pour l'allégement de la dette des pays pauvres très endettés. Ce document a pour but de diagnostiquer les obstacles à la réduction de la pauvreté; de définir les objectifs de réduction de la pauvreté, ainsi que les politiques macroéconomiques, structurelles et sociales nécessaires pour les atteindre; de fournir une estimation des besoins d'aide extérieure; et de décrire le dispositif de consultation avec la société civile. L'Initiative renforcée pour l'allégement
de la dette, pour améliorer la formulation des stratégies
de réduction de la pauvreté tout en évitant
les retards, subordonne l'approbation initiale de l'allégement
à l'établissement d'un document provisoire n'exigeant
pas une stratégie détaillée de réduction
de la pauvreté, mais seulement un plan d'action et un calendrier
d'élaboration du document complet. Cependant, ce document
complet doit être prêt au point d'achèvement,
ce qui risque dans certains cas de se révéler difficile. |
43. Les premières indications donnent à penser que le désendettement issu de l'Initiative pour l'allégement de la dette a aidé les gouvernements à augmenter la dépense sociale, mais le secteur rural est souvent resté en marge de cette augmentation. La dépense sociale des pays ayant atteint le point de décision dans le cadre de l'Initiative renforcée devrait, d'après les prévisions, augmenter en moyenne de 1,7 milliard de USD par an au cours de la période 2001/02, soit 1,2% du PIB 9. Malheureusement, nombreux sont les Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté qui n'ont pas accordé une attention suffisante à l'agriculture et au secteur rural, ainsi qu'aux flux d'APD dans leur ensemble. Dans la plupart des pays pauvres admissibles au bénéfice de l'Initiative, l'agriculture joue un rôle particulièrement important dans la subsistance des pauvres. Il est donc essentiel que ces documents accordent la priorité voulue à l'augmentation des ressources consacrées au secteur rural, et que cette question soit traitée à l'occasion de l'examen prévu de ces documents. Le FIDA, pour sa part, a pleinement participé à l'Initiative et collabore avec la Banque mondiale, le FMI et les autres institutions compétentes, et en particulier avec les pays eux-mêmes, de façon à assurer que le processus du Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté prenne pleinement en compte les besoins du développement rural. C'est là une question qui doit être traitée sans retard.
VIII. Questions systémiques et politiques en faveur du développement et de la réduction de la pauvreté
44. Les questions systémiques concernant la cohérence des systèmes monétaires, financiers et commerciaux, sur lesquels s'appuie le développement, déterminent de façon critique le contexte extérieur des efforts de développement. Les mesures prises dans le domaine commercial peuvent contrecarrer les efforts de coopération au développement, et la stabilité (ou son absence) du système financier international peut être lourde de conséquences pour la réduction de la pauvreté. On a pu le constater en 1998, lorsque certains pays d'Asie du Sud-Est ont vu leur niveau de pauvreté s'accroître considérablement à la suite d'une crise financière dont les origines se trouvaient principalement en dehors des pays concernés.
45. La Conférence sur le financement du développement se prêtera particulièrement bien à l'examen systématique de ces questions avec la participation des pays en développement. Le resserrement de la coordination des politiques macroéconomiques d'une façon qui permette aux pays en développement de jouer un rôle significatif est importante dans l'économie mondialisée d'aujourd'hui. Il permettra de promouvoir un système commercial plus ouvert et mieux prévisible, ainsi que des flux financiers stables vers les pays en développement et les pays en transition. Dans la situation mondiale actuelle, les pays en développement sont confrontés à la perspective d'une baisse des cours et des exportations des produits de base, d'une diminution des recettes et d'un ralentissement de la croissance économique conduisant à de graves pressions sur les budgets publics. En conséquence, ces pays se voient contraints de pratiquer une politique budgétaire restrictive, ce qui ne manquera pas d'aggraver les risques de récession au sein de leurs économies. Il est essentiel à cet égard que les pays développés et en développement travaillent ensemble à la formulation de mesures destinées à assurer que les pays pauvres ne soient pas les seuls à faire les frais de l'ajustement économique mondial.
46. La bonne gouvernance au niveau international est
aussi essentielle au développement durable dans le monde. Il
est essentiel d'élargir et de renforcer la représentation
et la participation des pays en développement dans les organismes
mondiaux de décision et de normalisation économiques pour
assurer la solidité et l'appropriation des accords, des codes et
des normes et leur mise en application effective. À cette fin,
de nouvelles mesures sont nécessaires pour aider les pays en développement
à renforcer leurs capacités de promotion et de défense
de leurs intérêts dans les instances multilatérales.
Ces mesures devraient comprendre l'octroi de financements adéquats
à des initiatives telles que le Cadre intégré pour
l'assistance technique liée au commerce10,
qui a pour objet de contribuer à coordonner l'assistance technique
apportée aux pays en développement pour leur permettre de
tirer plus largement parti du système commercial mondial.
IX. Récapitulation des questions à examiner
47. Dans le nouveau contexte créé par le Sommet du Millénaire, il est devenu maintenant plus urgent que la communauté internationale s'emploie à assurer que les politiques économiques, commerciales et du développement convergent et contribuent davantage à la réalisation de l'objectif d'une réduction de moitié du nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême d'ici à 2015. À cet égard, un certain nombre de questions que les gouverneurs pourraient devoir examiner sont indiquées ci-dessous:
X. Les objectifs de développement du Millénaire - Le rôle du FIDA
48. La pauvreté et les privations chroniques ont été, de tout temps, un triste mais apparemment inévitable aspect de la société humaine. Pourtant, l'expérience accumulée au cours des quarante dernières années de développement et de réduction de la pauvreté permet de nourrir un réel espoir que la pauvreté pourra reculer sensiblement dans un laps de temps raisonnable. C'est cette perspective qui a inspiré la déclaration issue du Sommet du Millénaire. De fait, l'élimination de la pauvreté massive est maintenant considérée comme la tâche la plus importante peut-être à laquelle sera confrontée l'humanité au cours des premières décennies de ce nouveau Millénaire.
49. Pour la première fois, les organismes multilatéraux et bilatéraux de développement commencent tous à concentrer leur attention sur cette tâche. Une institution comme le FIDA se voit ainsi offrir de nouvelles opportunités de renforcer ses propres efforts et de mettre à profit sa vaste expérience au contact des pauvres pour contribuer, en collaboration avec ses partenaires nationaux et multilatéraux, à la réalisation de l'objectif de réduction de moitié de la pauvreté d'ici à 2015.
50. Le niveau actuel des prêts du FIDA atteint environ 450 millions de USD par an, auxquels viennent s'ajouter des cofinancements considérables de la part de ses partenaires du développement, ce qui permet au Fonds de soutenir des programmes de lutte contre la pauvreté représentant un investissement annuel total de l'ordre de 1 milliard de USD. Chaque année, ces programmes touchent directement quelque 2 millions de ménages, soit environ 10 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, en offrant un soutien fondamental à leurs activités de production. D'ici à 2015, les programmes du FIDA profiteront probablement directement à environ 150 millions de pauvres et indirectement à des millions d'autres.
51. Certes, tous les bénéficiaires directs ne sont pas en mesure de mettre à profit ce soutien pour se libérer de la pauvreté de façon durable. Les pauvres sont exposés à un trop grand nombre d'aléas, qu'ils soient naturels ou dus à l'action de l'homme. Néanmoins, l'évaluation des programmes du FIDA, et notamment une étude entreprise en 1999 sur un échantillon représentatif de quelque 40 projets achevés, permet de penser qu'une grande partie des bénéficiaires réussissent effectivement à élever très sensiblement leurs revenus et à se libérer de la pauvreté. Fait encore plus important peut-être, à leurs propres yeux, ces groupes de personnes très pauvres, et spécialement les femmes, peuvent trouver une place décente dans leur communauté.
52. Les programmes du FIDA sont bien entendu tributaires des investissements réalisés par de nombreux autres partenaires, et spécialement par les pays eux-mêmes, pour financer l'infrastructure, aider au développement des institutions financières et autres, et fournir des services de santé, d'éducation, de vulgarisation, etc. Par ailleurs, l'expérience du Fonds montre que la mise en place d'un programme novateur de lutte contre la pauvreté, bénéficiant de l'appui d'un organisme extérieur, contribue à mobiliser des ressources intérieures en faveur de ces groupes de ruraux pauvres, qui autrement en auraient peut-être été privés. Cet effet catalytique, joint au soutien direct de leurs activités de production, qu'apportent les programmes du genre de ceux que finance le FIDA, est particulièrement important pour les pauvres, qu'il aide à tirer parti de l'infrastructure et des autres programmes de développement. Par exemple, un grand programme de maîtrise de l'eau ne profitera guère aux agriculteurs pauvres si les canaux tertiaires construits ne parviennent pas à leurs exploitations. De même, une grande route nationale ne leur est utile que si leur village isolé y est relié par des routes locales et s'ils peuvent augmenter leur productivité pour disposer de produits à vendre. De tels éléments sont pris en compte dans les interventions du FIDA, qui aident ainsi les pauvres à accéder aux avantages apportés par les investissements des grandes institutions financières et des États.
53. Pour atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté adopté au Sommet du Millénaire, il faudra une augmentation considérable du volume des soutiens destinés à aider directement les petits exploitants et les autres groupes ruraux à accroître leur productivité et leurs revenus. Les porte-parole des principaux pays donateurs ont ces derniers mois appelé à accroître substantiellement l'APD. Il est donc raisonnable d'espérer qu'une part équitable de ces ressources supplémentaires aille aux pauvres là où ils vivent, c'est-à-dire en milieu rural, et appuie les activités dont ils tirent leurs moyens de subsistance.
1/
FIDA, Rapport 2001 sur la pauvreté
rurale: Comment mettre fin à la pauvreté rurale, FIDA,
Rome, 2001.
2/ Banque mondiale, Rural Development - from vision
to action, Environmental and Socially Sustainable Development Studies
and monograph series; no 12, Banque mondiale, Washington, D.C.,1997.
3/ CEPALC, Social Panorama of Latin America,
2000-2001, CEPALC, Santiago, 2001.
4/ Données
provenant de l'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE).
5/ Fonds monétaire international (FMI), Government
Financial Statistics, 2000.
6/ Données du CAD de l'OCDE et de la Banque mondiale.
7/ Rapport annuel de diverses institutions.
8/ Elena Ianchovina, Aaditya Mattoo, Marcelo Olarreaga,
Unrestricted Market Access for Sub-Saharan Africa: How Much Is It Worth
and Who Pays?, Groupe de recherche sur le développement, Banque
mondiale, 2001.
9/Banque mondiale, "Financial Impact of the HIPC
Initiative", Banque mondiale, Washington, D.C., décembre 2001.
10/ Établi à l'issue de la Conférence
ministérielle de l'OMC tenue à Singapour en décembre
1996.