Fighting rural poverty: The role of ICTs
 

Lutter contre la pauvreté rurale. Le rôle des technologies de l'information et de la communication

Manifestation parallèle organisée par le FIDA Sommet mondial sur la société de l'information - Genève, décembre 2003

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Le présent document a été préparé par Helen Gillman, Chef des services éditoriaux du FIDA, avec l'aide de María Elisa Pinzón, Responsable de l'image institutionnelle du FIDA, et Roxanna Samii, Responsable des services web, FIDA.

Table des matières

Contexte

Que peuvent faire les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour les 900 millions de personnes extrêmement pauvres vivant dans les zones rurales?

Le FIDA a mis cette question sur le tapis à l'occasion de la table ronde qu'il a organisée au titre des manifestations parallèles au Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), lequel s'est tenu à Genève en décembre 2003.

Alors que les débats officiels du sommet sont restés fermement axés sur les moyens d'améliorer la diffusion des TIC dans les pays en développement, le FIDA a tenté de promouvoir au contraire un débat centré sur les personnes et le contenu.

La manifestation parallèle s'est conclue par un fort consensus sur le fait que les TIC sont éventuellement un outil, mais certainement pas une solution. Le développement n'est pas plus une question de technologie qu'une question d'information – c'est le renforcement des pouvoirs économique, social et politique1.

Le message clair qui est ressorti est le suivant: le processus est plus important que l'accès, et le contenu plus important que les "machines".

L'accès se rattache aux "machines", outils et technologies de communication, et à l'information. En revanche, le processus se réfère à la participation, à la communication et aux personnes – leurs besoins, leur langue – et au contenu, qui doit être pertinent.

C'est pourquoi, dans les débats sur les TIC, l'accent doit être mis sur la communication et non pas sur les technologies. La communication implique la participation, le partage des savoirs et le respect de la diversité et des cultures. En ce sens, elle est à la clé du changement social et, à ce titre, elle est fondamentale pour le FIDA qui s'emploie à renforcer la capacité des ruraux pauvres et de leurs organisations de se libérer de la pauvreté.

L'objectif du présent document est de faire la synthèse des débats de la table ronde en vue de jeter les bases de la stratégie de communication pour le développement2 que le FIDA est en passe d'élaborer. Dans le prolongement des principales conclusions des débats, le document indique les points forts et les orientations recommandés pour l'élaboration de la future stratégie.

Il est important que le FIDA définisse son approche générale de la communication pour le développement avant de définir des approches spécifiques de l'utilisation des TIC dans ses projets et programmes. Les TIC devraient être considérées comme un moyen facilitant les activités de communication pour le développement, non comme un secteur distinct – ni comme une fin en elles-mêmes3. Les TIC ne peuvent pas être sorties du contexte de la communication, considérée comme un processus d'appui au développement durable.

La décision du FIDA d'organiser une manifestation parallèle au SMSI s'explique par la nécessité de mieux comprendre comment les TIC peuvent contribuer à l'éradication de la pauvreté rurale. D'ailleurs, Phrang Roy, Président adjoint, Département affaires extérieures du Fonds, a fait remarquer dans son allocution d'ouverture, qu'il était important que le FIDA comprenne aussi comment les TIC pouvaient être un outil permettant aux ruraux pauvres de parler en leur propre nom.

Mais, comme Alfonso Gumucio-Dagron, Directeur général du Consortium de la communication pour le changement social, l'a souligné dans son discours liminaire, si l'on veut que les TIC contribuent au développement des ruraux pauvres, certaines conditions doivent être remplies, notamment en termes d'appropriation, contenu local, langue, culture, convergence, travail en réseau et technologies appropriées. L'accès ne prend toute sa valeur que si ces conditions sont satisfaites.

À cet égard, au FIDA, la stratégie de communication pour le développement — approches de l'utilisation des TIC y compris — doit mettre l'accent sur l'échelon du projet/programme pour faciliter la participation communautaire et renforcer les processus de communication. La stratégie appuiera ainsi l'objectif stratégique du FIDA de renforcer les capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations.

La stratégie doit également s'articuler avec le plus haut niveau (national/international) pour contribuer à combler le fossé entre les réalités locales et les processus politiques.

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Définition des termes

Dans le présent document, le terme communication participative pour le développement désigne un processus permettant aux personnes de devenir les promoteurs principaux de leur propre développement. C'est:

une activité planifiée, fondée sur des processus participatifs et l'utilisation de différentes stratégies (médias, communication interpersonnelle), susceptible d'aider les personnes à prendre conscience de leur position puis à l'articuler, à échanger savoirs et compétences pour prendre le contrôle de leur destinée, à atteindre un consensus et gérer les conflits, et à améliorer l'efficacité de leurs organisations4.


La communication pour le changement social est:

une approche de la communication participative pour le développement, définie ainsi: un processus de dialogue public et privé permettant aux personnes de déterminer qui elles sont, ce qu'elles veulent, ce dont elles ont besoin et comment elles peuvent agir collectivement pour répondre à ces besoins et améliorer leur existence5.

Les technologies de l'information et de la communication sont des technologies électroniques couvrant une vaste gamme de médias, tels que téléphone, fax, télévision et radio. Les nouvelles TIC sont l'Internet, le courrier électronique, les ordinateurs, les téléphones mobiles, les caméras numériques, les bases de données et les portails d'information.

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Historique

Le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), entériné par l'Assemblée générale des Nations Unies, se déroule en deux phases. La première phase s'est tenue à Genève, du 10 au 12 décembre 2003. Elle s'est conclue par la production d'une déclaration de principes, décrivant la vision commune des valeurs d'une société de l'information, et d'un plan d'action détaillant comment, à partir de cette vision, étendre les avantages des TIC aux économies encore mal desservies. Plus de 11 000 participants provenant de 175 pays ont participé au Sommet de Genève et aux manifestations parallèles. La deuxième phase se tiendra à Tunis du 16 au 18 novembre 2005.

Le FIDA a organisé une manifestation parallèle au SMSI sur le thème Réduire la fracture numérique rurale: six années d'expérience. L'objectif de la manifestation parallèle était, notamment, de permettre au FIDA de partager son expérience concernant l'utilisation des TIC dans le développement rural. Cependant, l'intérêt véritable de la démarche était l'échange des idées, des expériences et des enseignements, qui doit permettre au FIDA de mieux comprendre comment les TIC peuvent contribuer à l'éradication de la pauvreté rurale. C'est une étape du processus mené par le FIDA en vue de l'élaboration d'une stratégie de communication pour le développement, et du renforcement des capacités au sein de l'organisation aux fins de la mise en œuvre de la stratégie.

Les participants à la table ronde étaient les suivants:

  • Chin Saik Yoon, rédacteur en chef de la Digital Review of Asia Pacific et éditeur et Directeur général de Southbound
  • Rodney Cooke, Directeur de la Division consultative technique du FIDA
  • Djiby Diop, chargé de portefeuille, Bureau des Nations Unies pour les services d'appui aux projets
  • Germán Escobar, Vice-président du Réseau international de méthodologie de recherche sur les systèmes d'exploitation agricole
  • Michael Furminger, expert Cisco en matière d'éducation, Cisco Systems
  • Carl Greenidge, Directeur du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), Accord de Cotonou entre le groupe des États de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et l'Union européenne, Pays-Bas
  • Alfonso Gumucio-Dagron, expert en communication pour le développement et Directeur général du Consortium de la communication pour le changement social
  • Shalini Kala, coordonnateur, mise en réseau électronique pour le développement rural en Asie et dans le Pacifique (ENRAP), Centre de recherches pour le développement international (CRDI)
  • Renald Lafond, chef d'équipe du programme Réseaux PAN Asie, CRDI
  • Anton Mangstl, Directeur de la Division de la bibliothèque et des systèmes documentaires, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)
  • Dylan Winder, conseiller spécialisé en matière de moyens de subsistance ruraux, Equipe chargée de l'information et la communication pour le développement, division de l'information, Département du développement international (DFID), Royaume-Uni

Phrang Roy a ouvert les débats, et les a conclus en faisant la synthèse des points clés et des questions qui en sont ressortis. La responsable des services web au FIDA, Roxanna Samii, a présidé les débats.

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Résume des débats

Le FIDA a posé quatre questions spécifiques pour cadrer les débats:

  1. Comment faire en sorte que les TIC soient considérées comme un outil et non comme une solution?
  2. Comment les ruraux pauvres peuvent-ils établir le plan d'action dans le domaine des TIC?
  3. Comment les partenaires peuvent-ils contribuer au plan d'action dans le domaine des TIC?
  4. Comment équilibrer l'investissement dans les technologies et l'investissement dans l'élaboration des contenus?

Le tableau récapitulatif ci-dessous des points principaux soulevés lors des présentations et des débats de la table ronde, reprend des éléments du résumé conclusif de Phrang Roy.

Points clés des réponses aux quatre questions

1. Comment faire en sorte que les TIC soient considérées comme un outil et non comme une solution?

  • placer les personnes au centre (maîtrise et appropriation des processus de communication);
  • mettre le pouvoir de décision entre les mains des personnes grâce à des processus participatifs;
  • reconnaître que le processus est plus important que l'accès;
  • renforcer le pouvoir de négociation des pauvres;
  • considérer les TIC du point de vue des utilisateurs et avec leur participation active;
  • intégrer les technologies traditionnelles et modernes;
  • élaborer un contenu local;
  • utiliser les langues locales;
  • répondre aux besoins locaux;
  • veiller à ce que les technologies soient appropriées;
  • fournir des services sur le terrain;
  • être flexible, mais faire en sorte qu'il existe une structure.

2. Comment les ruraux pauvres peuvent-ils établir le plan d'action dans le domaine des TIC?

  • doter les ruraux pauvres et les communautés des moyens de conduire leur propre développement;
  • donner un caractère local au World Wide Web, en permettant à chaque initiative/communauté locale d'élaborer son propre contenu en fonction de ses besoins;
  • abandonner les paradigmes de développement vertical;
  • répondre aux besoins réels des communautés, pas aux besoins institutionnels;
  • faire en sorte que le contenu soit déterminé par les besoins des ruraux pauvres;
  • reconnaître que l'utilisation des langues locales joue un rôle crucial;
  • reconnaître la pertinence culturelle;
  • veiller à la maîtrise et l'appropriation locales du processus de communication;
  • tenir compte de la convergence et du travail en réseau;
  • utiliser les technologies appropriées;
  • renforcer les capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations;
  • partager les savoirs horizontalement et verticalement;
  • considérer le travail en réseau non pas seulement comme un échange d'informations, mais également comme un moyen de renforcer les capacités, fondé sur l'accès à de nouvelles expériences;
  • mettre l'accent sur la convergence – prise en compte des processus de communication existants – et pas seulement sur les défis technologiques. Les projets portant sur les TIC doivent tenir compte des écoles, des bibliothèques, des projets de développement et des organisations sociales, implantés localement.

3. Comment les partenaires peuvent-ils contribuer au plan d'action dans le domaine des TIC?

  • donner le "coup de pouce" des TIC aux projets de développement existants et aux communautés;
  • promouvoir une approche plus participative et consultative afin de combler le fossé entre les réalités locales et le programme de travail mondial/global;
  • développer des réseaux réceptifs aux spécificités culturelles et susceptibles de stimuler le partenariat et de promouvoir le renforcement des capacités et l'acquisition de compétences;
  • utiliser les réseaux de savoirs pour appuyer, et non remplacer, les méthodes traditionnelles de communication;
  • encourager les fondations et les donateurs à investir dans le développement des fonctions multimédia des TIC pour répondre aux besoins des communautés ayant une forte tradition orale;
  • appuyer l'internationalisation de l'Internet (multilingue);
  • encourager les donateurs à travailler avec des partenaires – y compris la société civile – à la création d'un environnement propice à la participation de la société civile aux processus politiques et au renforcement de la capacité de la société civile de se prendre en main;
  • collaborer avec les secteurs publics et privés pour la mise au point d'indicateurs permettant de mesurer plus efficacement les avantages des TICS et leur contribution à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD);
  • introduire des systèmes de suivi et évaluation plus efficaces, à la fois au niveau national et au niveau international, pour veiller à ce que la communication soit liée aux autres processus, en particulier les processus politiques;
  • s'associer à la société civile et au secteur privé pour la mise en place des infrastructures;
  • promouvoir la cohérence, la collaboration et de nouveaux partenariats;
  • mettre l'accent sur le travail en réseau à l'échelon local et veiller à l'inclusion des femmes;
  • appuyer de préférence la communauté des “.org”, par opposition à celle des “.com”;
  • agir dans le contexte des OMD et utiliser une approche reposant sur des données probantes;
  • Veiller à ce que les technologies soient appropriées;
  • reconnaître que les technologies ont leur importance mais qu'elles doivent être viables;
  • reconnaître l'importance de la radio;
  • promouvoir l'accès aux technologies à bas coût.

4. Comment équilibrer l'investissement dans les technologies et l'investissement dans l'élaboration du contenu?

  • reconnaître que le développement n'est pas plus une question de technologie qu'une question d'information;
  • reconnaître que les technologies ont leur importance mais qu'elles doivent être appropriées – et viables pour les pauvres;
  • mettre davantage l'accent sur le contenu et moins sur les "machines".

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Les présentations

Que peuvent faire les TIC pour les ruraux pauvres? Alfonso Gumucio-Dagron

L'orateur chargé du discours liminaire, Alfonso Gumucio-Dagron, s'est montré critique à l'égard de la représentation officielle du SMSI, faisant valoir que le processus préparatoire avait mis l'accent sur les moyens de diffuser plus largement les TIC dans les pays en développement.
Cette position, a-t-il déclaré, repose sur trois hypothèses erronées:

  1. le développement est une question de technologie;
  2. le développement est une question d'information; et
  3. les technologies de l'information sont équivalentes au développement.

La “fracture numérique” est moins une “fracture technologique” qu'une fracture sociale, économique, culturelle et politique, a souligné M. Gumucio-Dagron. En dernier ressort, la fracture technologique sera aisément comblée puisqu'elle suit les lois du marché.

“Toutefois, si nous envisageons les TIC du point de vue de l'appui qu'elles peuvent fournir au développement social durable, l'accès aux ordinateurs et à l'Internet est loin d'être la réponse”, a-t-il averti. Les TIC ne peuvent pas être sorties du contexte du processus de communication, lequel implique des personnes, des besoins, des contenus et des langues.

Évoquant “plus de 50 ans de tentatives manquées de promouvoir le développement” dans les pays en développement, il a rappelé que les paradigmes du développement avaient traversé diverses phases avant qu'on ne réalise que les gens étaient pauvres en raison de l'inégalité sociale, qui concerne plus que le simple accès à l'information.

L'information à elle toute seule n'entraîne pas le changement alors que la communication – qui implique la participation, le partage des savoirs et le respect de la diversité et des cultures – est à la clé du changement social.

Pour M. Gumucio-Dagron, la synthèse de l'approche participative de la communication est que le processus est plus important que l'accès, et le contenu plus important que les "machines".

Il a insisté sur le fait qu'un certain nombre de conditions devaient être remplies pour que les TIC contribuent au développement des ruraux pauvres. Ces conditions sont:

  • la maîtrise et l'appropriation du processus de communication;
  • l'élaboration d'un contenu local;
  • la pertinence linguistique et culturelle;
  • la convergence et le travail en réseau;
  • le recours à des technologies appropriées.

L'accès ne devient important que si ces conditions ont été satisfaites.

Comme M. Gumucio-Dagron l'a dit à une autre occasion: “Lorsque nous recourons aux technologies, nous ne faisons rien d'autre que manier des outils sans toucher pour autant à l'environnement social, économique ou culturel. Un couteau n'est rien de plus qu'un couteau, un outil qui peut être utilisé pour blesser quelqu'un ou pour sculpter un bel objet dans du bois. Le contenu et les modalités d'utilisation font toute la différence”6.

TIC et développement socioéconomique - Chin Saik Yoon

Les autres orateurs ont abordé divers aspects de ces questions. Chin Saik Yoon a évoqué le rôle des TIC dans le développement socioéconomique, proposant des approches qui pourraient contribuer à recadrer les TIC, tels que l'Internet, pour retrouver leurs caractères participatifs, interactifs et interpersonnels.

“Nous sommes tous d'accord sur le fait que la communication est un processus fondé sur le contenu, l'appropriation et les canaux de communication locaux” a t il déclaré.

Les TIC tels que l'Internet ne sont pas nécessairement mauvaises, a-t-il expliqué. Il est simplement nécessaire de les repenser et de les recadrer afin que leur potentiel puisse aussi être exploité par les gens qui ne parlent ni l'anglais ni les autres langues dominantes, ou ne savent pas lire, ou n'ont pas de pouvoir d'achat ou ne sont pas des initiés des médias.

M. Chin a fait valoir que, bien que les TIC aient pu influer sur le flux d'information que les agriculteurs sont à même d'obtenir en ligne, elles ne sont qu'un élément d'un système de communication plus complexe. Par exemple, l'utilisation de l'ordinateur par les agriculteurs et les vulgarisateurs a été souvent plus performante lorsqu'elle était associée à d'autres médias tels que les téléphones mobiles, voire même à l'intervention d'un intermédiaire humain. De cette façon, l'information obtenue sur l'Internet peut être transmise à ceux qui n'y ont pas accès, ou qui sont analphabètes ou qui ne parlent pas les langues nécessaires.

Mais, malgré ce genre de démarche et les autres possibilités d'accès indirect, les obstacles sont nombreux sur les autoroutes de l'information, a déclaré M. Chin.

Langue et alphabétisme

M. Chin a également insisté sur la langue – qu'il a estimé être “un problème crucial et difficile à résoudre”. Les langues dominant l'Internet limitent l'accès de nombre de personnes à l'information en ligne. L'anglais reste la langue prépondérante. Il est urgent d'internationaliser la navigation en développant un Internet véritablement mondial capable de traiter toutes les langues, a-t-il dit, ce qui va exiger des moteurs de traduction et d'interprétation sophistiqués pour faciliter une véritable expression multiculturelle. Le principal problème est le manque de volonté politique, a-t-il remarqué.

Mais ce n'est qu'une facette du problème. À l'heure actuelle, l'Internet est conçu pour des utilisateurs instruits, ce qui exclut automatiquement près d'un milliard de personnes. Des technologies audio basées sur la voix, et d'un coût abordable, doivent être développées et rendues accessibles, a estimé M. Chin. Les fondations et les donateurs devraient investir dans le développement des fonctions multimédia des TIC afin de répondre aux besoins des communautés ayant une forte tradition orale. Ces traditions orales pourraient être saisies en ligne, de manière à permettre aux communautés d'utiliser les TIC pour conserver leurs savoirs traditionnels.

Nécessité d'abandonner le modèle commercial

Le caractère commercial de l'Internet a déterminé les priorités orientant actuellement les processus de communication sociale en ligne. Il est nécessaire d'abandonner la mentalité “de la radiodiffusion et des médias de masse”, fondée sur un modèle commercial qui a transformé des canaux de communication dynamiques et interactifs en un moyen de communication de masse de la base vers le sommet ou de l'émetteur vers le récepteur – dans lequel seuls les professionnels des médias ont la possibilité de s'exprimer. Les considérations commerciales déterminent les décisions – et ceux qui n'ont pas de pouvoir d'achat ne comptent pas. La “durabilité” est le terme du jargon des donateurs qui désigne la même chose, a déclaré M. Chin. Au demeurant, il est d'accord avec M. Gumucio-Dagron pour estimer que les processus de communication sont plus importants que les produits des médias.

La perspective des donateurs - Dylan Winder

Présentant brièvement l'approche de l'information et de la communication pour le développement (ICD) du DFID, Dylan Winder a indiqué que l'organisation britannique d'aide s'efforçait d'encourager les autres donateurs à être plus soucieux des intérêts des pauvres dans leurs approches des TIC, dans l'espoir qu'une meilleure communication favorise la croissance économique. L'ICD, a-t-il expliqué, est une approche émergeante qui prend en compte le nouvel environnement du développement – documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), participation, appui budgétaire direct –, et ce d'une manière transsectorielle.

Le DFID encourage l'investissement dans l'approche ICD, non pas pour elle-même, mais comme un moyen d'atteindre les OMD. Pendant les débats qui ont fait suite aux présentations, M. Winder a également insisté sur la nécessité de disposer de meilleurs indicateurs pour mesurer les avantages des TIC et leur contribution à la réalisation des OMD. À cet égard, les donateurs ont un rôle à jouer en veillant, grâce à des systèmes de suivi et évaluation plus efficaces, à la fois au niveau national et au niveau international, à ce que la communication soit liée à d'autres processus, en particulier les processus politiques. Les donateurs devraient travailler avec les secteurs publics et privés et la société civile à la définition de meilleurs indicateurs a-t-il déclaré.

Réflexion sur les nouvelles perspectives qui s'offrent au FIDA

Il est largement reconnu qu'il est nécessaire de définir de meilleurs indicateurs pour mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de l'OMD 8 — établir un partenariat mondial pour promouvoir le développement, notamment, en faisant en sorte que “les avantages des nouvelles technologies — en particulier des technologies de l'information et de la communication” soient accordés à tous. Les deux principaux indicateurs d'avancement ne portent que sur des mesures quantitatives. Le Directeur exécutif de la Communication Initiative, Warren Feek, dans un document de travail préparé pour la FAO, propose une série d'indicateurs qui mesurent les avantages des nouvelles technologies au lieu de leur diffusion ou de leur disponibilité. Le but est de mesurer la contribution des TIC aux activités et tendances du développement, en reconnaissant leur potentiel en tant qu'outils susceptibles d'appuyer la communication, et en les positionnant ainsi transversalement par rapport aux OMD. À plus long terme, et en collaboration avec ses partenaires, le FIDA pourrait envisager de relever le défi que représente l'application d'indicateurs qualitatifs plus diversifiés pour mesurer les avantages des TIC, au titre de la mise en œuvre d'une stratégie de communication pour le développement.

Au demeurant, le DFID a retiré le “T” d'ICT, éliminant le rôle central des technologies.

M. Winder a expliqué que l'ICD était une approche émergente fondée sur les principes suivants:

  • l'accès à l'information (par exemple, par le biais d'un média gratuit) est un vecteur de changement déterminant dans les environnements politiques peu porteurs;
  • un contenu amélioré et des processus participatifs sont indispensables si l'on veut une prestation de service pertinente et le respect de l'obligation de rendre des comptes;
  • l'élaboration participative et transparente des politiques exige une meilleure information.

L'approche est cohérente avec les principes fondamentaux de la communication participative, à savoir:

  • promotion d'un contenu local;
  • prise en compte des médias existants (traditionnels) et articulation avec eux;
  • caractère approprié et réaliste des technologies;
  • renforcement des capacités.

Les questions clés sont les suivantes:

  • Quelles sont les caractéristiques des systèmes d'information et de savoirs accessibles aux pauvres et quels sont les besoins en matière d'information?
  • Quelles sont les contraintes institutionnelles et économiques et les contraintes en termes d'infrastructures et de compétences – et comment la communication du développement peut-elle y remédier?
  • Quels sont les rôles des secteurs publics et privés, de la société civile et des médias?
  • Comment l'approche de l'ICD peut-elle déboucher sur une politique générique visant à améliorer les réseaux ruraux et communautaires, et comment peut-elle aider les communautés à contribuer à la politique générique?

En s'appuyant sur l'approche de l'ICD, le DFID va:

  • améliorer la mise en œuvre de la politique gouvernementale;
  • s'associer à la société civile et au secteur privé pour la mise en place des infrastructures;
  • promouvoir la cohérence, la collaboration et de nouveaux partenariats.

La mise en application de l'approche en est à ses premiers stades, a expliqué M. Winder. Le DFID ne sait pas encore ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas avec cette approche. Par conséquent, il va faire œuvre de pionnier et tirer des enseignements sur les approches novatrices ICD en faveur des pauvres, puis il compilera, synthétisera et partagera les bonnes pratiques reposant sur des données probantes.

Réflexion sur les nouvelles perspectives qui s'offrent au FIDA

Le FIDA pourrait suivre de près l'expérience et l'apprentissage du DFID en matière d'application de l'approche ICD, non seulement au niveau des projets, mais également comme un moyen d'appuyer les processus des DSRP, en particulier la participation des communautés aux processus politiques. M. Winder a souligné que le DFID souhaitait collaborer avec des partenaires, y compris le FIDA, dans le cadre d'initiatives cofinancées, ce qui pourrait représenter pour le Fonds une bonne occasion d'engranger de l'expérience et des connaissances alors même qu'il renforce sa propre capacité de réaliser des activités de communication pour le développement.

 

Influencer les politiques relatives à l'information et la communication pour le développement rural - Anton Mangstl

L’exposé d'Anton Mangstl, de la FAO, était centré sur le rôle de l'information et de la communication à l'appui des processus politiques. À son avis, le FIDA a un rôle à jouer en tant qu'avocat du changement des politiques. Avec la FAO et d'autres organisations, il peut promouvoir les méthodes participatives de formulation des politiques, en collaborant avec les gouvernements, les ONG, le secteur privé et d'autres organisations multilatérales et bilatérales.

Les stratégies concernant l'information à l'appui de l'élaboration des politiques devraient privilégier l'amélioration de la qualité et l'augmentation de la quantité des informations mises à la disposition des institutions chargées de prendre les décisions qui touchent les pauvres, a-t-il déclaré.

Les politiques efficaces sont impérativement enracinées dans l'expérience de la vie réelle, les conditions locales et les véritables besoins des bénéficiaires. Or, comme M. Mangstl l'a souligné, il existe une fracture évidente entre, d'une part, les efforts déployés sur le terrain pour répondre aux besoins d'information locaux et, d'autre part, les processus politiques. Le flux d'information entre les deux niveaux est généralement insuffisant et il convient de l'améliorer si l'on veut que les deux démarches aient un impact plus significatif sur le développement, a-t-il indiqué.

Réflexion sur les nouvelles perspectives qui s'offrent au FIDA

Fort de ses projets et programmes et de ses réseaux régionaux, le FIDA est bien placé pour se mettre en prise avec les réalités locales et les comprendre.

La FAO est une source d'information – grâce à ses systèmes et outils d'information spécialisés. Le FIDA n'a pas la même capacité que la FAO de fournir des informations, il se définit au contraire comme une organisation d'apprentissage, synthétisant, analysant et partageant enseignements et données d'expérience au moyen d'outils tels que la base de connaissances sur la pauvreté rurale et, à terme, le portail pauvreté rurale.

Le FIDA peut progresser encore dans son rôle d'organisation d'apprentissage en améliorant sa capacité de:

  • partager les données d'expérience tirées des projets, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'organisation;
  • intégrer les réseaux régionaux, et accéder à leurs informations, leurs méthodologies et leurs enseignements et les analyser.

M. Mangstl a également évoqué le besoin plus particulier de renforcer les capacités pour améliorer la rapidité et la flexibilité de l'information fournie aux hauts responsables en réponse à leur demande. Il ne s'agit pas seulement de cibler les besoins d'information du gouvernement avec davantage d'efficacité mais d'appuyer et de former les gouvernements dans les domaines de la gestion et de l'analyse de l'information aux fins de l'élaboration des politiques, a-t-il expliqué.

Cependant, il a aussi souligné que l'information à elle seule ne suffit pas à améliorer l'élaboration des politiques: c'est un processus politique où la participation des parties prenantes joue un rôle crucial. C'est pourquoi, l'amélioration qualitative et quantitative de l'information implique aussi de se pencher sur le flux de l'information, par exemple, les moyens de communication, les formats et les contenus.

L'expérience du FIDA - Rodney Cooke

La présentation du FIDA a mis en relief les objectifs stratégiques de l'organisation et son action en faveur du renforcement des capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations, et en faveur de l'amélioration de l'accès aux ressources naturelles, aux technologies, aux services financiers et aux marchés.

Un message clé est que le FIDA rattache ses tentatives de réduire la fracture numérique à son domaine d'intervention fondamental qui est le renforcement du pouvoir social, économique et politique des communautés rurales et de leurs organisations.

L'expérience du FIDA avec les TIC provient essentiellement de ses trois réseaux régionaux (voir les chapitres suivants) et de la base de connaissances sur la pauvreté rurale qui sera incorporée, à terme, au portail pauvreté rurale. La base de connaissances consiste essentiellement en des sites web thématiques consacrés aux finances rurales, à la sécurité alimentaire et à la nutrition des ménages, aux questions de parité hommes/femmes et aux problèmes du ciblage dans le développement rural, à la gestion communautaire des ressources naturelles (en particulier une base de données sur l'élevage et la gestion des parcours) et aux approches des moyens de subsistance durables. Ces sites web thématiques illustrent la politique menée par le FIDA, l'évolution de ses approches et ses programmes régionaux; proposent des outils et des directives; et affichent des études et des notes d'apprentissage fondées sur l'expérience acquise avec les projets et les travaux de recherche.

Les réseaux régionaux utilisent l'Internet et le courrier électronique pour promouvoir la communication et le partage de l'apprentissage et de l'expérience entre projets et partenaires du FIDA. L'expérience a rapidement montré que la communication électronique ne pouvait pas remplacer le contact humain – la communication sociale est vitale pour la réussite des réseaux. L'expérience en Asie a mis en exergue combien il était important de rendre l'information accessible dans les langues locales.

Rodney Cooke a remercié M. Gumucio-Dagron d'avoir rappelé aux participants que TIC n'est pas synonyme de développement. Le FIDA a appris que les ruraux pauvres doivent être les agents du changement si l'on veut que le développement soit couronné de succès. L'accent placé par le FIDA sur le renforcement des capacités et du pouvoir d'action des ruraux pauvres souligne l'importance des technologies appropriées et la nécessité de privilégier les personnes et les partenaires.

M. Cooke a évoqué quelques questions auxquelles le FIDA et ses partenaires sont confrontés:

  • Comment utiliser les TIC pour tirer parti des autres médias et les compléter et promouvoir ainsi le développement rural à assise communautaire?
  • Comment rendre les réseaux plus efficaces?
  • Quel est le contenu le plus utile pour nos partenaires?

Les réseaux électroniques du FIDA

FIDAMERICA - Germán Escobar

FIDAMERICA a privilégié pendant sa première phase le renforcement des capacités en matière de connectivité (formation, connexion, organisation de téléconférences). Une fois les principaux problèmes de connectivité résolus, on s'est intéressé au choix des sujets sur lesquels porteraient les échanges électroniques: les domaines stratégiques du FIDA ont servi de base – par exemple, les finances rurales, les marchés dynamiques, les peuples autochtones, la gestion des ressources naturelles et les questions de parité hommes/femmes. Pendant cette deuxième phase, FIDAMERICA a aussi poursuivi son action de renforcement des capacités en matière de connectivité – mais surtout à l'intention des techniciens, des responsables de projet et des partenaires des projets.

Comment associer les petits agriculteurs à la communication électronique reste la grande question. En Amérique latine, les organisations rurales et les ONG locales n'ont que très rarement accès à l'Internet et au courrier électronique. Comme l'a fait remarquer Germán Escobar, les tentatives qui ont été faites d'associer les projets à la diffusion d'informations utiles aux producteurs n'ont pas donné de bons résultats, principalement faute de continuité. Cependant, pendant les trois dernières années, FIDAMERICA a tablé sur la mise en place, avec les projets du FIDA, d'un système de gestion des enseignements et des savoirs, qui allie les réunions traditionnelles à la communication électronique et à d'autres moyens de communication. L'objectif est d'associer les participants, les responsables et les partenaires des projets à l'identification des enseignements tirés grâce à l'analyse systématique des interventions de projet. Ces enseignements sont ensuite partagés avec les autres projets de la région, examinés de manière plus approfondie et assimilés. Deux mécanismes clés ont été établis pour cibler des audiences spécifiques et garantir une large participation à ce processus d'apprentissage social:

  • un réseau régional d'organisations rurales axé sur l'accès aux marchés dynamiques;
  • des réunions traditionnelles pour partager les expériences et les enseignements.

Mise en réseau électronique pour le développement rural en Asie et dans le Pacifique - Shalini Kala

Le projet ENRAP a misé sur la création d'une demande pour les TIC en tant qu'outils de développement. Il a investi du temps et de l'argent dans la connectivité – en renforçant les infrastructures et les capacités et en menant des actions de sensibilisation, tout en utilisant les langues locales. ENRAP a tiré des enseignements importants:

  • Les TIC sont des outils et la connectivité ne garantit pas l'accès – les attitudes des personnes déterminent la façon dont les TIC sont utilisées.
  • Un échange électronique ne peut pas remplacer un contact humain.
  • Les diversités culturelles et linguistiques doivent être soigneusement prises en compte – un contenu en langue locale est important, en particulier en Asie.
  • L'investissement dans des technologies d'un bon rapport coût-efficacité pour connecter les communautés rurales revêt une importance essentielle.

FIDAFRIQUE - Djiby Diop

Ce réseau ayant été créé après FIDAMERICA et ENRAP a donc eu l'avantage de pouvoir tirer profit de leur expérience. Pendant la première phase, FIDAFRIQUE a mis l'accent sur la connectivité. Pendant la deuxième phase, il privilégiera l'élaboration du contenu, en tenant compte de la nécessité de:

  • définir clairement et de manière réaliste qui il est susceptible d'atteindre avec l'utilisation des outils de la communication électroniques;
  • utiliser un éventail de technologies de la communication, y compris les moyens traditionnels de communication;
  • élaborer le contenu selon une approche empirique par opposition à la détermination initiale de thèmes.

Le rôle des TIC dans le développement rural en Afrique - Carl Greenidge

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) s'occupe de la mise au point et de la prestation de services susceptibles d'améliorer l'accès à l'information, pour le développement agricole et rural dans les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Il travaille aussi au renforcement de la capacité de ces pays de produire, acquérir, échanger et utiliser l'information, dans le contexte du développement agricole et rural.

L'une des priorités du Centre est d'intégrer les pratiques et les technologies de communication traditionnelles et modernes. En particulier, le CTA encourage le recours aux intermédiaires pour aider les petits agriculteurs à accéder davantage aux TIC modernes. Un intermédiaire peut être, par exemple, le chauffeur du bus local qui est bien placé pour faire passer les messages et les informations dans un sens et dans l'autre entre un village et un point disposant de l'accès à l'Internet. L'intermédiaire peut envoyer et recevoir du courrier électronique, télécharger des informations de l'Internet et accomplir d'autres tâches au nom des autres villageois. Le CTA accorde également une grande importance au travail en réseau, qu'il tient pour indispensable à la réussite de telles initiatives. Le travail en réseau donne aux parties prenantes de meilleures chances de participer aux prises de décision.

Renforcement des capacités locales d’exploitation du potentiel des TIC en termes de technologie et de création de contenus: le rôle du secteur privé - Michael Furminger

Michael Furminger a brièvement décrit un modèle de l'appui que le secteur privé peut apporter en matière de TIC dans le contexte du développement. En partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement, l'Agence des États-Unis pour le développement international et l'Union internationale des télécommunications, Cisco Systems a créé le Networking Academy Program, un programme conçu pour former des jeunes à l'utilisation des technologies de l'Internet, destiné à des étudiants provenant des 33 pays les moins avancés.

Le programme offre un contenu sur un site web, une évaluation en ligne, un suivi de la performance de l'étudiant, des travaux pratiques, une formation et un appui assurés par un instructeur, et la préparation à des diplômes répondant aux standards industriels. Au lieu de jouer le rôle d'un donateur, Cisco Systems signe un mémorandum d'accord avec des partenaires, en vertu duquel il fournit matériel et capital intellectuel tandis que les partenaires apportent également leur contribution. Chacun bénéficie d'une formation si bien que le programme devient financièrement indépendant.

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Débats

Les questions de l'assistance ont essentiellement porté sur les préoccupations suscitées par l'impact des paradigmes de développement paternalistes et peu respectueux des cultures. La communication pour le développement est fondée sur la participation, a fait remarquer un membre de la table ronde, mais dans certains pays elle est devenue institutionnelle et verticale. Chaque pays doit élaborer sa propre stratégie, et chaque technologie doit être adaptée au contexte social, économique et politique spécifique. M. Gumucio-Dagron a été d'accord sur le fait que la communication pour le développement devait consister à travailler avec les gens et non pour les gens. Le modèle universel n'existe pas – chaque pays devrait élaborer le sien, a-t-il déclaré.

Les participants ont évoqué d'autres points importants qu'ils n'ont pas traités pendant leur débat:

  • La radio communautaire joue un rôle fondamental en tant qu'outil sous-tendant les processus de communication participatifs. Les nouvelles TIC doivent s'articuler ("converger") avec les technologies plus anciennes telles que la radio si l'on veut qu'elles profitent aux communautés rurales (l'exemple des radios communautaires en Amérique latine a été évoqué – il existe plus de 6 000 stations dans la région).
  • Les réseaux de communication qui utilisent les TIC doivent répondre aux besoins spécifiques des petites communautés.
  • Le recours à des “intermédiaires” humains, capables de partager l'information obtenue sur l'Internet avec les personnes qui n'y ont pas accès, peut être particulièrement intéressante pour les femmes vivant dans les zones les plus isolées.
  • Pour éviter le problème que posent les projets de donateurs présentant les TIC comme une solution, les donateurs doivent être encouragés à collaborer avec les secteurs privé et public à la mise au point d'indicateurs permettant de mesurer plus efficacement les avantages des TIC.
  • Les coopératives d'agriculteurs doivent collaborer avec les prestataires de services et le secteur privé pour faire en sorte que l'utilisateur final obtienne l'information dont il a besoin.
  • L'accès des agriculteurs aux informations commerciales revêt une importance cruciale et la demande de systèmes d'information dans ce domaine est importante. Fort de son expérience avec les groupes d'entraide, le FIDA a appris que les agriculteurs sont prêts à payer pour obtenir l'information dont ils ont besoin. Cependant, il convient de privilégier dans un premier temps le développement des marchés accessibles aux pauvres. Les marchés sont la clé – sans l'accès aux marchés, l'amélioration des systèmes de production agricole ou l'organisation de groupements villageois perd tout son sens.

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Conclusions 

Les participants à la table ronde ont été invités à tirer les conclusions. Celles-ci ont été récapitulées et classées dans les catégories suivantes: participation, besoins locaux, financement et perspective du secteur privé.

Participation

  • Lorsqu'elles interviennent sur le renforcement du pouvoir d'action, bon nombre d'organisations assument, à tort, que les communautés sont homogènes. En fait, les communautés sont culturellement et socialement diverses. Il est nécessaire de renforcer la capacité des personnes de participer d'une manière démocratique, et la communication a un rôle important à jouer à cet égard.
  • La communication est un processus et non une simple question d'accès. C'est un processus démocratique, participatif: tout projet de développement doit être exécuté en consultation avec la communauté. La collaboration avec les communautés est essentielle.
  • Les défis posés par la participation sont sous-estimés. Les TIC ne sont pas le seul outil disponible. Il convient de faciliter la gestion de l'information et, à cet égard, le travail en réseau horizontal est important.
  • Il importe de plaider en faveur de la participation et du contenu local, en particulier au regard du poids que le SMSI accorde aux technologies.

Besoins locaux

  • Le contenu local devrait être exprimé dans les langues locales et répondre aux besoins locaux.
  • Il convient d'utiliser des outils différents pour des "niveaux" différents: par exemple, les outils de communication utilisés pour influencer les politiques ne sont pas les mêmes que ceux qui sous-tendent la communication entre agriculteurs.
  • Les TIC sont un outil qui peut permettre aux populations de faire entendre leur voix, et qui peut aussi contribuer à raccorder les communautés, les agents de la vulgarisation et les chercheurs.
  • Les TIC ne sont un outil efficace que si les partenaires du développement font participer les ruraux pauvres, tiennent compte de leur perspective et travaillent par l'intermédiaire de leurs organisations.

Financement

  • Les donateurs doivent trouver de nouveaux modes de financement et d'appui pour les projets participatifs, ce qui impliquera des changements considérables dans le système de financement. On ne peut pas concevoir un projet participatif et en prévoir les résultats: les projets participatifs ne fonctionnent pas ainsi.
  • Il y a trop de financement pour les technologies et pas assez pour la création du contenu et la formation. L'absurdité de ce déséquilibre est évidente quand on sait que la plupart des gens utilisent leur ordinateur à seulement cinq pour cent de ses capacités. Sans contenu ni formation, la haute technologie est inutile.
  • Le cofinancement est intéressant mais il doit être géré de telle sorte que les bénéficiaires n'aient pas à traiter avec les divers donateurs.

Perspective du secteur privé

  • Il est essentiel d'écouter les clients et de comprendre ce qu'ils veulent. Un contenu de haute qualité et le partenariat donnent de bons résultats. Ne pas négliger l'accès, mais faire en sorte qu'il soit approprié.

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Et maintenant?

Les exposés et les débats de la manifestation parallèle au SMSI ont donné au FIDA des éléments solides à partir desquels élaborer une stratégie de communication pour le développement incorporant les politiques et les approches relatives à l'utilisation des TIC.

Comme le soulignait l'introduction du présent document, la principale conclusion de la manifestation parallèle a été un fort consensus sur le fait que les TIC sont éventuellement un outil, mais pas une solution. Le développement n'est pas plus une question de technologie qu'une question d'information – c'est le renforcement des pouvoirs économique, social et politique.

Le message clair qui est ressorti de la manifestation parallèle a été que le processus est plus important que l'accès, et le contenu plus important que les "machines". Ce message diffère quelque peu de celui qui a marqué la première phase du SMSI, à savoir, qu'il convient de diffuser plus largement les TIC dans les pays en développement.

Le FIDA, qui est en passe d'élaborer un cadre et une politique sur la communication pour le développement, devra veiller à équilibrer soigneusement ces priorités. Il est probable que l'Internet et les médias numériques tels que les téléphones mobiles et les ordinateurs ont, plus que les médias de communication antérieurs, le potentiel nécessaire pour transformer la vie des pauvres dans les pays en développement. Cependant, comme les débats de la manifestation parallèle l'ont mis en lumière et comme cela a été bien documenté par ailleurs7 , il y a de bonnes raisons de craindre que l'introduction des nouvelles TIC numériques ne vienne s'ajouter à la liste des transferts de technologies marqués par l'échec, parce que l'accent est mis sur des technologies et des besoins d'information définis de l'extérieur et non sur les situations de la vie réelle et les besoins des communautés pauvres.

Comme M. Chin l'a fait remarquer pendant la manifestation parallèle, les TIC tels que l'Internet doivent être repensés et recadrés afin que leur potentiel puisse aussi être exploité par les gens qui ne parlent ni l'anglais ni les autres langues dominantes, ou ne savent pas lire, ou n'ont pas de pouvoir d'achat ou ne sont pas des initiés des médias.

Le FIDA peut mettre l'accent sur l'accès aux TIC à certaines conditions. Ces conditions, évoquées par M. Gumucio-Dagron, sont les suivantes:

  • la maîtrise et l'appropriation du processus de communication;
  • l'élaboration d'un contenu local;
  • la pertinence linguistique et culturelle;
  • la convergence et le travail en réseau;
  • le recours à des technologies appropriées.

L'accès ne devient important que si ces conditions ont été satisfaites.

Vers une stratégie de communication pour le développement au FIDA

Le FIDA va élaborer un cadre et une politique de communication pour le développement qui placera l'organisation à l'avant-garde dans ce domaine. Ce point a été souligné dans le document de travail intitulé: Communication Directions for IFAD 2004-2007: Strategies and Programmes. En collaboration avec la Division des politiques et le Département gestion des programmes, et en continuant de s'appuyer sur les connaissances des plus grands experts mondiaux en la matière, la Division de la communication va mettre sur pied une plate-forme et un plan d'action du FIDA dans le domaine de la communication pour le développement.

On réalisera une étude dont l'objectif sera d'examiner et analyser l'expérience passée et présente du FIDA en matière de communication pour le développement. Afin d'améliorer la connaissance et la compréhension de la discipline par le FIDA, cette étude pourrait également passer en revue la documentation concernant la communication pour le développement, et analyser l'évolution de cette dernière au cours des 50 dernières années ainsi que les concepts, les approches et les méthodes les plus récentes.

Des données d'expérience seront tirées de projets pilotes de communication pour le développement, conduits au titre des projets de pays du FIDA. Ces projets pilotes seront exécutés en collaboration avec des partenaires qu'il reste à déterminer.

Le FIDA doit également améliorer ses propres compétences en matière de conception et exécution d'initiatives de communication pour le développement. C'est pourquoi, un processus d'apprentissage dynamique sera mené parallèlement aux autres activités. Ce processus pourrait impliquer l'organisation de séminaires, ateliers et débats internes, ou encore le recours à des mentors, pour tirer parti des connaissances des plus grands experts mondiaux en la matière. L'exécution de projets pilotes offrira une excellente occasion d'apprentissage de même que la participation aux réunions mondiales et régionales sur la communication pour le développement. La Division de la communication du FIDA a été représentée à la neuvième table ronde des Nations Unies sur la communication pour le développement, accueillie par la FAO à Rome en septembre 2004. La première table ronde avait été accueillie par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, en 1989, à New York. Depuis lors, des réunions de ce type ont été organisées approximativement tous les deux ans. La précédente, qui a eu lieu au Nicaragua, en 2001, a été accueillie par le Fonds des Nations Unies pour la population, et la fondation Rockefeller.

La neuvième table ronde a rassemblé des organisations des Nations Unies, des donateurs bilatéraux et multilatéraux, des fondations, des ONG, des universitaires et des praticiens de la communication pour le développement, venus du monde entier. Ces réunions bisannuelles définissent des orientations stratégiques et émettent des suggestions destinées aux programmes de communication pour le développement, au bénéfice des participants à la table ronde et, plus largement, à celui de la communauté du développement.

Les objectifs de la table ronde étaient d'examiner les tendances actuelles des activités de communication pour le développement, d'en débattre, de les évaluer et de définir des priorités pour l'évolution de ce secteur. La table ronde a également identifié les domaines propices à la collaboration. Elle a été pour le FIDA une occasion idéale d'améliorer sa compréhension des orientations actuelles et futures de la communication pour le développement, et d'explorer les perspectives de partenariat.

Le FIDA participera également à la deuxième phase du SMSI.

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Recommandations

  1. Le FIDA devrait définir son approche générale de la communication pour le développement avant de définir des approches spécifiques de l'utilisation des TIC dans ses projets et programmes.

  2. L'accent devrait être mis sur la communication et non sur les technologies – en partant du principe que le processus est plus important que l'accès, et le contenu plus important que les "machines".

  3. L'approche de l'utilisation des TIC dans les projets et programmes de développement devrait reposer sur l'idée que l'accès aux TIC ne devient important qu'à certaines conditions. Ces dernières ont trait à l'appropriation, au contenu local, à la langue, à la culture et au caractère approprié des technologies.

  4. Au FIDA, une approche de la communication pour le développement, comme toute approche de l'utilisation des TIC, doit concourir à l'objectif stratégique du Fonds de renforcer les capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations.

  5. Le FIDA devrait utiliser les initiatives de communication pour renforcer la capacité des ruraux pauvres de participer aux processus politiques.

  6. À plus long terme, et en collaboration avec ses partenaires, le FIDA devrait envisager de relever le défi que représente l'application d'indicateurs qualitatifs plus diversifiés pour mesurer les avantages des TIC, au titre de sa stratégie de communication pour le développement.

  7. Le FIDA devrait suivre de près les expériences et l'apprentissage du DFID en matière d'application de l'approche "information et communication pour le développement", et étudier les possibilités de collaboration dans le cadre des initiatives connexes, tant avec le DFID qu'avec d'autres organisations et donateurs de sensibilité analogue. Il devrait le faire non seulement au niveau des projets mais aussi dans la perspective d'appuyer les processus des DSRP, notamment la participation des communautés aux processus politiques.

  8. Le FIDA peut renforcer son rôle d'organisation d'apprentissage en améliorant sa capacité de:
    • partager les données d'expérience tirées des projets, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'organisation;
    • intégrer ses réseaux régionaux, accéder à leurs informations, leurs méthodologies et leurs enseignements et les analyser.

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Recommandations

Bessette, G., 2004. Involving the Community. A Participatory Guide to Development Communication. Southbound Penang et Centre de recherches pour le développement international (CRDI), Ottawa.

Consortium de la communication pour le changement social, 2003. Plaquette de présentation.

Feek, W. (non publié). “Virtual Change. Criteria and Indicators for Assessing the Impact of Information and Communication Technologies on Development Trends”. Document établi pour le service de la vulgarisation, de l'éducation et de la communication, FAO, Rome.

Girard, B., 2003. “Radio and the Internet”, FAO 2003b, p. 9.

Gumucio-Dagron, A., 2003. “Take Five. A Handful of Essentials for ICTs in Development”, FAO 2003b, p. 25-43.

FIDA, non publié. Discussion Paper on Communication Directions for IFAD 2004 2007: Strategies and Programmes. Document établi pour un débat interne par la Division de la communication, Département affaires extérieures, FIDA, Rome.

Michiels, S. I. et L. V. Crowder, 2001. “Discovering the ‘Magic Box’: Local Appropriation of Information and Communication Technologies (ICTs)”. Document établi pour le service de la vulgarisation, de l'éducation et de la communication, FAO, Rome. http://www.fao.org/sd/2001/KN0602a_en.htm

O’Farrell, C., P. Norrish et A. Scott, 1999. “Information and Communication Technologies (ICTs) for Sustainable Livelihoods: Preliminary Study April – November 1999”. Document d'information établi pour le Département du développement international, Royaume-Uni. http://www.comminit.com/roundtable2

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 2003a. Revisiting the “Magic Box”: Case Studies in Local Appropriation of Information and Communication Technologies (ICTs). FAO, Rome.

____ 2003b. The One to Watch. Radio, New ICTs and Interactivity. FAO, Rome.

____ 2003c. Communication and Natural Resource Management. FAO, Rome.

Ramirez, R. et W. Quarry, 2004. Communication for Development. A Medium for Innovation in Natural Resource Management. Centre de recherches pour le développement international, Ottawa, et FAO, Rome.

Richardson, D. et L. Paisley (éd.), 1998. The First Mile of Connectivity. Advancing Telecommunications for Rural Development through a Participatory Communication Approach. FAO, Rome.

1/ “Il est important de souligner que l'impact des TIC ne se mesure pas seulement en termes d'accès aux technologies mais aussi en termes d'impact des TIC sur les structures sociales, politiques et économiques des communautés – sur les moyens de subsistance des personnes et leur perception du rôle que les technologies peuvent jouer dans leur vie.” FAO, 2003a.

2/ Comme expliqué dans le document de travail intitulé "Communication Directions for IFAD 2004-2007: Strategies and Programmes", le FIDA va élaborer un cadre et une politique de communication pour le développement. En collaboration avec la Division des politiques et le Département gestion des programmes et en s'appuyant sur les connaissances des plus grands experts mondiaux en la matière, la Division de la communication va mettre sur pied en 2005 une plate-forme et un plan d'action du FIDA dans le domaine de la communication pour le développement. Le plan fera fond sur une étude de l'expérience du FIDA dans ce domaine, y compris au titre des composantes pilotes, de communication pour le développement, des projets du FIDA.

3/ FAO, 2003a.

4/ Bessette, 2004; Ramirez et Quarry, 2004.

5/ Consortium de la communication pour le changement social, 2003.

6/ Cité dans FAO 2003c.

7/ FAO, 2003a; O’Farrell, Norrish et Scott, 1999; Richardson et Paisley, 1998.

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