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Document présenté
par le FIDA au Sommet mondial sur le développement durable
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Résumé Dans de nombreux pays en développement, la dégradation
de l'environnement dans les campagnes n'a guère de rapport avec
des systèmes de culture ou l'agriculture intensive modernes.
Les pauvres, en effet, pratiquent souvent une agriculture à faible
intensité dans des régions marginales. Dans de nombreuses
régions du monde en développement, la baisse des revenus
agricoles et l'épuisement des ressources entretiennent un cercle
vicieux. Le rythme de la dégradation des sols et de l'épuisement
des nappes phréatiques constitue une menace de plus en plus sérieuse
pour l'avenir. De même, la biodiversité disparaît
rapidement. Il faudra intensifier judicieusement l'agriculture dans
le double objectif d'améliorer les moyens de subsistance et d'assurer
une gestion rationnelle des ressources naturelles, et par conséquent
accroître la productivité des sols, de la main-d'uvre,
de l'eau et des ressources génétiques - pour élever
les revenus - tout en améliorant simultanément les services
sociaux, les institutions et l'infrastructure et en développant
les marchés. Le FIDA a reçu pour mandat de permettre
aux ruraux pauvres de surmonter leur pauvreté, et l'un
des objectifs de tout programme durable d'atténuation de la pauvreté
rurale doit être une gestion rationnelle des ressources naturelles.
Pour s'acquitter de ce mandat, le Fonds vise trois objectifs stratégiques:
renforcer les capacités des ruraux pauvres et de
leurs organisations, assurer un accès
plus équitable aux ressources naturelles productives et à
la technologie, et élargir l'accès
aux services financiers et aux marchés. Ce faisant, le
Fonds s'emploie à exploiter les possibilités différentes
qui s'offrent aux femmes et aux hommes et à atténuer les
contraintes diverses auxquelles ils se heurtent, et d'éliminer
les causes de vulnérabilité pour accroître l'autonomie
des pauvres. Par ses interventions, le FIDA apporte un appui aux communautés
rurales en contribuant à optimiser l'utilisation des ressources
naturelles et à élargir leur accès aux avoirs,
et spécialement à la terre et à l'eau. En ce qui
concerne l'accès aux technologies et aux savoirs, le plus difficile
est de mettre au point des approches de nature à accroître
la productivité aussi bien du travail que de la terre. Un accès
plus large aux marchés et un resserrement des liens avec ces
derniers sont encore plus importants pour les communautés isolées
qui vivent dans un environnement plus risqué. Les points faibles
des marchés ruraux reflètent les problèmes qui
se posent dans des domaines comme l'infrastructure et les communications,
les normes de qualité, l'information sur les marchés et
la viabilité et la ponctualité des approvisionnements.
L'objectif de la promotion de systèmes efficaces de financement
rural est de renforcer les institutions et d'atteindre les pauvres.
De telles approches permettront peut-être aux ruraux pauvres
de surmonter leur pauvreté dans un monde dont l'environnement
est fragile. Il faudra pour cela trouver des solutions efficaces, en
partenariat avec les populations rurales aux problèmes mondiaux
que sont la pauvreté et la dégradation de l'environnement
en faisant d'une gestion rationnelle des ressources l'un des piliers
de leurs stratégies de subsistance.
I. Introduction: les ruraux pauvres et la survie
Cette pauvreté est due à l'insuffisance des revenus et
au manque d'avoirs. Mais elle va aussi de pair avec vulnérabilité,
exclusion et impuissance. Réduire la pauvreté signifie
mettre les ruraux pauvres, hommes et femmes, à même de
transformer leurs propres vies et leurs moyens de subsistance et aider
les pouvoirs publics et la société civile à créer
des conditions telles qu'ils puissent le faire. Le FIDA a pour mandat
d'aider les ruraux pauvres à surmonter leur pauvreté en
renforçant leur autonomie et en les orientant vers une gestion
durable des ressources. Ce n'est qu'ainsi, en effet, que l'on pourra
améliorer les perspectives aussi bien des populations que de
leur environnement et partant des générations futures
aussi. Ce document trace la marche à suivre pour y parvenir.
Après un bref aperçu général qui replace
le développement rural dans le contexte des Objectifs de développement
du Millénaire et dans Action 21, le présent document
expose la stratégie suivie par le FIDA pour réduire durablement
la pauvreté ainsi que des points communs et des spécificités
des diverses régions du monde en développement. La dernière
section évoque les problèmes particuliers que soulève
le développement rural dans les zones écologiques marginales
et exposées aux risques, où tant de pauvres doivent lutter
pour survivre. Ils choisissent souvent comme option l'exode, ce qui
ne fait que grossir les rangs des pauvres en milieu urbain. II. Le développement rural durable, préalable à la réalisation des Objectifs de développement du Millénaire
Pour faire
reculer la pauvreté, il faut donner aux pauvres un meilleur accès
aux ressources. Les ressources revêtent des formes extrêmement
diverses - capital humain et sociétal (éducation, savoir,
santé, organisations), ressources naturelles (terre, eau, forêts,
biodiversité), technologie (information, production agricole,
méthodes de traitement et de commercialisation), infrastructure
(routes, communications, établissements de santé et d'éducation,
logements) et ressources financières (produits de la vente des
cultures et revenus non agricoles, investissements et fonds de roulement
"épargne" sous forme de cheptel et de stocks). Il existe
entre ces catégories d'avoirs une complémentarité
et une interaction étroites qui reflètent le contexte
historique et culturel. Les femmes
rurales sont responsables de la moitié de la production vivrière
du monde et produisent de 60 à 80% des aliments dans la plupart
des pays en développement. Malgré cette contribution,
dans les pays en développement les femmes possèdent moins
de 2% de la totalité des terres et ne bénéficient
dans le monde que de 5% des services de vulgarisation agricole. Un secteur
agricole productif aide à créer de nouvelles possibilités
économiques pour des femmes, ce qui leur permet de constituer
un capital et d'améliorer le bien-être familial, éléments
essentiels à ODM 3: Promouvoir la parité entre les
sexes et autonomiser les femmes. Inversement, l'égalité
entre hommes et femmes est importante pour l'agriculture et le développement
rural. Cet objectif de développement et le premier ODM,
l'éradication de la pauvreté, sont les bases sur lesquelles
pourront être réalisés le deuxième objectif,
c'est-à-dire une éducation primaire universelle et les
quatrième et cinquième objectifs, qui sont de réduire
la mortalité infantile et d'améliorer la santé
maternelle. Le sixième objectif consiste à lutter
contre la pandémie de VIH/SIDA et des autres maladies, qui imposent
un fardeau considérable aux ruraux pauvres. Pour ce
qui est du rapport entre la pauvreté et l'environnement - et
du septième objectif, qui est de garantir la durabilité
de l'environnement - l'agriculture, les forêts et la pêche
constituent les principales interfaces entre les populations et l'environnement,
spécialement pour ce qui est de l'utilisation faite de la terre,
de l'eau et de la biodiversité. Il est clair que les problèmes
environnementaux peuvent être rangés en deux catégories
très différentes: ceux qui se posent dans des régions
où est pratiquée une agriculture intensive et ceux qui
sont souvent associés aux pays en développement où
l'intensité des cultures est faible et où de nombreuses
exploitations sont situées dans des régions marginales2.
Les problèmes environnementaux qui caractérisent les systèmes
d'agriculture intensive - les ceintures de cultures intensives dans
les pays industrialisés et les régions du monde en développement
où la révolution verte des années 70 a eu l'impact
le plus marqué - sont généralement très
différents de ceux qui caractérisent les régions
où vivent les pauvres, où le potentiel agricole est souvent
limité et qui sont la cible d'une forte proportion des projets
du FIDA. L'agriculture
intensive se traduit parfois par une utilisation excessive et inappropriée
de pesticides et d'engrais qui perturbent les écosystèmes
et polluent le sol, les eaux souterraines et les cours d'eau. Nombre
de zones de culture intensive sont irriguées, ce qui peut susciter
d'autres problèmes environnementaux, comme l'engorgement ou la
salinisation/sodisation des sols et la transmission par l'eau de maladies
de l'homme et des animaux. Les régions d'agriculture marginale
connaissent des problèmes environnementaux différents,
souvent provoqués par la pauvreté de ceux qui les exploitent.
Dans les régions rurales de nombre de pays en développement,
la dégradation de l'environnement n'a guère de rapport
avec les systèmes de culture modernes employant beaucoup d'intrants.
Ces régions ont été marquées par un large
déboisement et une sérieuse dégradation des sols
(érosion et perte de fertilité). Cette dégradation
n'est pas causée par une intensification excessive de l'agriculture,
mais plutôt par la marginalisation des terres et l'exploitation
de terres souvent impropres aux cultures. À mesure que des populations
de plus en plus nombreuses cherchent à en tirer une maigre production,
elles étendent les cultures dans les forêts et sur des
coteaux escarpés, recourent à des pratiques non durables
et érodent la terre et ne préservent pas sa fertilité.
Ces problèmes sont fréquents en Afrique, parce que les
paysans sont trop pauvres ou n'ont pas accès aux engrais indispensables
pour maintenir la fertilité du sol et préserver les rendements.
Le rythme
de la dégradation des sols et de l'épuisement des ressources
hydrauliques constitue pour l'avenir une menace de plus en plus sérieuse.
De même, la biodiversité disparaît rapidement. Dans
maintes régions du monde en développement, la baisse des
revenus agricoles et l'épuisement des ressources entretiennent
un cercle vicieux. Une intensification durable de l'agriculture exige
un effort soutenu de recherche-développement dans le double objectif
d'améliorer les moyens de subsistance et la gestion des ressources
naturelles. Cela signifie qu'il faut accroître la productivité
de la terre, de l'eau et des ressources génétiques - pour
élever les revenus - tout en s'employant à renforcer les
institutions et l'infrastructure et à développer les marchés.
La mise au point de variétés de céréales
à haut rendement à la fin des années 60, par exemple,
a sans doute préservé une superficie de forêts et
de prairies dépassant la superficie totale des terres agricoles
du Brésil, du Canada et des États-Unis. Le huitième
objectif, qui est d'instaurer un partenariat mondial pour le
développement, revêt une importance capitale si l'on
veut pouvoir relever des défis aussi complexes. Les partenariats
sont essentiels pour renforcer les politiques nationales et internationales,
mobiliser des ressources scientifiques et technologiques appropriées,
maximiser les effets de synergie entre les secteurs et les services
productifs et sociaux, consolider des institutions et mettre en place
un système commercial plus ouvert et plus équitable.
En conclusion, si l'on veut atteindre les Objectifs de développement du Millénaire, il faut remettre le développement agricole et rural au cur du programme mondial de développement. Une agriculture prospère est essentielle pour une croissance rurale durable, la réduction de la pauvreté et une gestion viable des ressources naturelles. Les priorités concernant l'eau, l'énergie, la santé, l'agriculture et la biodiversité et les Objectifs de développement du Millénaire offrent une occasion unique de coordonner les efforts et de conjuguer les ressources des différents partenaires pour obtenir une croissance et une réduction durables de la pauvreté dans les pays en développement. Soutenir et dynamiser les progrès accomplis vers la réalisation de ces objectifs: telle est la tâche de tout le système des Nations Unies, dont le FIDA fait partie>.
III. Les priorités et objectifs stratégiques du FIDA Les efforts du FIDA tendent à oeuvrer pour que les ruraux pauvres se libèrent de la pauvreté, telle que celle-ci est vécue par les intéressés eux-mêmes. Ce mandat est décrit dans le Cadre stratégique du FIDA pour 2002-2006. Le Fonds concentrera ses investissements, ses recherches et ses efforts de gestion du savoir, son dialogue avec les pouvoirs publics et son action de plaidoyer sur la réalisation de trois objectifs stratégiques, qui sont de renforcer les capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations, de créer un accès plus équitable aux ressources naturelles productives et à la technologie et d'élargir l'accès aux services financiers et aux marchés. L'on s'attachera tout particulièrement à exploiter les différentes possibilités qui s'offrent aux hommes et aux femmes et à éliminer les contraintes diverses auxquelles ils se heurtent, ainsi qu'à remédier aux causes de leur vulnérabilité et à renforcer leur autonomie. Pour atteindre ces objectifs stratégiques, il faut absolument aider les pauvres à employer au mieux leurs maigres ressources et à réaliser tout leur potentiel. Il faut aussi faire en sorte que les gains soient équitablement partagés et que l'environnement soit préservé. Renforcement des capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations
L'élément qui contribue le plus directement à la persistance de la pauvreté est le manque d'accès aux ressources naturelles comme terre, eau et forêts, dont la répartition inéquitable provient souvent de traditions historiques et culturelles profondément enracinées. Or, les pauvres jouent un rôle capital dans la gestion et la conservation des ressources naturelles mondiales, et notamment de la biodiversité de la planète. Dans tous les cas où la terre et l'eau ont été trop sollicités, la dégradation des ressources naturelles a pris des proportions alarmantes. Il s'agit là d'un problème majeur pour les ruraux pauvres, qui vivent souvent dans des zones dont l'environnement est fragile. Il est donc essentiel de mettre en oeuvre des technologies appropriées et d'entreprendre des recherches pour améliorer la productivité des exploitations en augmentant les rendements par unité de terre, d'eau et de travail. Dans tout le monde en développement, les femmes rurales pauvres jouent un rôle de premier plan dans les cultures et le soin des animaux et elles accomplissent de multiples activités économiques indispensables à la subsistance des ménages ruraux pauvres. Ce sont elles qui apportent les aliments, l'eau et le combustible dont leurs familles ont besoin. Cela étant, les objectifs de développement ne pourront être atteints que si des ressources et des efforts suffisants sont investis dans l'élimination des inégalités entre hommes et femmes et dans l'autonomisation des femmes rurales pauvres. Élargissement de l'accès aux services financiers et aux marchésLes efforts déployés pour améliorer la productivité de l'agriculture ne pourront être couronnés de succès que s'ils tendent à exploiter le potentiel des marchés tout en étant appuyés par des investissements et des fonds de roulement suffisants. Il importe de mettre en uvre des approches intégrées à toutes les étapes du continuum de la production, du traitement et de la commercialisation. Il faut aussi diversifier les sources de revenu, soit grâce à la production et à la vente de cultures non traditionnelles, soit au moyen d'une exploitation plus systématique des possibilités de créer des activités génératrices de revenus non agraires. Les politiques de soutien de l'agriculture des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à cet égard, limitent beaucoup les possibilités de mieux exploiter les marchés. Ainsi, la réduction des droits de douane qui frappent les produits agricoles ainsi que l'élimination des subventions à l'agriculture dans les pays de l'OCDE et des obstacles aux exportations de produits agricoles et de textiles constituent des objectifs importants des négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). L'assistance fournie pour promouvoir les services financiers ruraux devra tendre à mettre en place des institutions rurales de financement axées sur les besoins des usagers qui s'efforcent non seulement d'accorder des crédits mais aussi d'encourager l'épargne. Le financement rural, en effet, est souvent essentiel à l'accès aux avoirs et à l'adoption de technologies. Les programmes de pays du FIDA constituent le principal support utilisé par le Fonds pour améliorer les conditions de vie des pauvres et tirer des enseignements des succès obtenus ou au contraire des échecs essuyés dans la lutte contre la pauvreté. Pour mobiliser une large implication locale dans les programmes qu'il appuie, le Fonds travaille en partenariat avec d'autres, comme les gouvernements des pays emprunteurs, les populations rurales pauvres et leurs organisations et les autres bailleurs de fonds. L'accent qu'il met sur le développement local l'a amené à assurer le relais entre les donateurs multilatéraux et bilatéraux, d'une part, et la société civile, telle que représentée par les organisations non gouvernementales (ONG) et les organisations à assise communautaire, de l'autre. De plus en plus, les projets doivent créer des liens efficaces avec les responsables politiques en utilisant comme catalyseur les connaissances acquises. Le FIDA a manifestement un rôle à jouer en tant que défenseur des ruraux pauvres au sein des instances politiques nationales jusqu'à ce qu'ils aient la capacité suffisante de faire valoir leurs propres intérêts. La préparation et la mise en uvre des documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) et des plans-cadres des Nations Unies pour l'aide au développement (UNDAF) offrent des possibilités prometteuses que le FIDA ne manquera pas d'exploiter pour collaborer avec les partenaires nationaux et les donateurs afin de promouvoir des politiques et des investissements en faveur des pauvres. Le FIDA et la réduction de la pauvreté dans les différentes régions
Il ressort de ce tableau que les efforts tendant à atténuer la pauvreté rurale en fournissant une aide aux secteurs les plus pauvres des populations des différentes régions présentent beaucoup de points communs. Cela dit, les approches les plus efficaces sont simultanément marquées par une diversité considérable. En Asie, où vivent encore les deux tiers des pauvres du monde (en dépit de progrès impressionnants, spécialement en Chine et en Inde), une proportion considérable des populations chroniquement pauvres vivent dans des zones agroécologiques marginales, dont des hauts plateaux et des montagnes reculés, des régions côtières marginales et des terres arides où les précipitations sont erratiques. Les ruraux pauvres comprennent les paysans sans terre, les agriculteurs marginaux, les populations autochtones, les pasteurs et les pêcheurs du littoral. Les femmes sont particulièrement exposées au dénuement et n'ont guère accès aux avoirs. La stratégie régionale du FIDA met l'accent sur une plus grande équité entre hommes et femmes pour accroître les droits de propriété et de contrôle des avoirs de ces dernières et renforcer leur participation à la gestion des affaires communautaires. Le Fonds s'attache également à remédier à la marginalisation politique et économique des populations autochtones et à promouvoir la mise en uvre d'interventions diversifiées, par exemple en récompensant les groupes qui fournissent des services environnementaux viables. Lorsque des zones agroécologiques sont complexes et vulnérables, il faut s'employer à promouvoir des technologies agricoles durables sur la base d'approches participatives et décentralisées de l'accès à la terre et aux ressources hydrauliques, et accroître la productivité des cultures de grande consommation dans les régions les plus défavorisées. Pour mettre en uvre cette stratégie, il faudra accorder une attention accrue au rôle de l'État dans la prestation des services et la promotion d'une croissance de nature à améliorer la situation des pauvres, à l'importance de la coopération Sud-Sud et à la nécessité de tirer des enseignements de l'expérience acquise par les pays développés et les autres régions, et renforcer les capacités des pauvres et des groupes vulnérables en leur donnant plus largement accès aux programmes d'auto-assistance et en exploitant les connaissances locales. Le cas de l'Afrique orientale et australe est très différent. Dans cette région, jusqu'à 80% des populations rurales vivent dans des régions à potentiel moyen ou élevé, mais les rendements et la productivité sont parmi les plus faibles du monde (pour les raisons indiquées dans les sections précédentes). Comme la majorité des ruraux pauvres vivent dans des régions dont la productivité est très inférieure à ce qu'elle pourrait être, il existe un potentiel considérable de réduction de la pauvreté. Les principales caractéristiques de cette région sont notamment une dépendance croissante des pauvres à l'égard des biens et des services marchands et une concurrence de plus en plus vive sur ces marchés. Il faut par conséquent, pour réduire la pauvreté, orienter davantage le secteur des petites exploitations vers le marché, c'est-à-dire lui donner un caractère plus commercial. La stratégie régionale du FIDA consiste à travailler avec des ruraux pauvres pour accroître leur productivité et leur compétitivité en améliorant l'accès aux marchés (transports ruraux, organisation des marchés et informations sur les débouchés) et les relations avec le secteur privé, en mettant en place les services financiers dont ils ont besoin pour y parvenir, investir et couvrir les risques, renforcer l'accès à la terre et à l'eau et le contrôle sur ces ressources (organisation d'associations d'usagers pour promouvoir une utilisation durable des terres, choix de régimes fonciers, accès à une irrigation appropriée et utilisation qui peut être faite de l'eau pour intensifier les cultures), mettre au point les technologies et diffuser les informations nécessaires pour cultiver et vendre la production (diversification et intensification de la production et de la commercialisation).
En Afrique de l'Ouest et du Centre, le contexte agroécologique est plus équilibré pour les ruraux pauvres que dans les deux régions précédentes. En outre, différents éléments positifs, sur les plans politique et économique, créent des possibilités nouvelles d'atténuer la pauvreté, notamment grâce à l'apparition d'un climat social et politique plus ouvert qui permet à la société civile d'accroître sa participation aux affaires publiques et qui rend possible une plus grande décentralisation des processus de prise de décisions. Il subsiste néanmoins des contraintes majeures, dont des capacités humaines et institutionnelles peu développées et une infrastructure défaillante. La pandémie de VIH/SIDA et les conflits armés constituent également des menaces majeures. Cela étant, la stratégie du Fonds comporte quatre volets: l'investissement dans le capital humain et social; l'accroissement de la productivité de l'agriculture et des ressources naturelles et un accès plus large à la technologie; l'élévation des revenus ruraux grâce à un accès plus facile aux capitaux financiers et aux marchés; et une réduction de la vulnérabilité aux principales menaces qui pèsent sur les moyens de subsistance ruraux. On peut citer comme exemple les programmes de promotion des cultures de racines et de tubercules réalisés dans plusieurs pays pour encourager la production, le traitement et la vente de ces produits afin de consolider les moyens de subsistance, ainsi que d'autres projets axés sur le développement communautaire et la décentralisation ou le développement des services financiers ruraux. La région de l'Amérique latine et des Caraïbes, pour sa part, est caractérisée surtout par une inégalité marquée, la vulnérabilité des régions rurales à des facteurs exogènes et de sérieux problèmes d'accès à la terre et la grande faiblesse des politiques et des institutions. Les populations autochtones représentent la majorité des ruraux pauvres, dont 32% vivent dans des régions subtropicales arides et semi-arides. Pour autonomiser les populations rurales, il faut principalement appuyer les communautés autochtones et les minorités ethniques et réduire l'inégalité entre hommes et femmes. En outre, pour élargir l'accès aux ressources et à la technologie, il faudra résoudre les problèmes qui se posent dans les domaines des droits de propriété et de la diffusion de technologies appropriées parmi les petits agriculteurs (par exemple variétés de semences, séparation des propriétés au moyen de murs de pierre ou de haies et aménagement de petits systèmes d'irrigation, le tout en faisant appel aux compétences traditionnelles afin de limiter les risques de dégradation de l'environnement dans des zones écologiques différentes). Dans les sous-régions de la région du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord (POAN) - qui englobe la sous-région POAN traditionnelle et maintenant aussi la sous-région de l'Europe centrale et orientale et des États nouvellement indépendants (ECO/NEI)3 - le bilan de l'activité économique est très mitigé et la dépendance à l'égard des importations de produits alimentaires s'intensifie. En ce qui concerne le capital humain et social, les activités tendent principalement à promouvoir le développement des institutions communautaires de gestion des ressources communes (particulièrement groupes villageois de développement, associations d'usagers des eaux et des parcours dans la sous-région POAN, et groupes de commercialisation et de services financiers ruraux dans l'ensemble de la région). Pour ce qui est de l'accès aux ressources naturelles et à la technologie, il importe d'investir pour améliorer l'accès des pauvres à la terre et à l'eau et encourager le développement de technologies durables, spécialement pour l'exploitation des terres marginales et arides (petits systèmes d'irrigation gérés par les usagers et accès des petits exploitants aux intrants et aux services institutionnels). Dans les régions montagneuses des pays ECO/NEI, il faudra, l'environnement y ayant été généralement négligé à l'époque de l'économie planifiée, prévoir des incitations pour encourager les communautés locales à protéger leur environnement immédiat et à adopter des mesures correctives pour prévenir toute nouvelle dégradation. L'on s'emploie activement à promouvoir des activités génératrices de revenus dans les secteurs non agricoles comme les services, le commerce, le traitement et la commercialisation. Dans toute la région, le développement de l'infrastructure rurale et des services financiers ruraux constitue un aspect important de l'environnement de caractère général qui doit être créé pour faciliter une réduction de la pauvreté.
V. La réduction de la pauvreté rurale et l'exclusion: le rapport pauvreté/environnement dans des environnements hostiles Les activités et les projets du FIDA sont généralement ciblés sur les pauvres qui vivent dans les régions où la productivité de l'agriculture est limitée - en raison du faible potentiel agricole ou des difficultés d'accès aux marchés, ou les deux. On estime qu'environ 40% des populations rurales du monde vivent dans ce type de régions. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de pauvreté rurale dans les zones où le potentiel agricole est meilleur, particulièrement dans certaines régions d'Afrique, mais, pour produire un impact maximum, plusieurs des stratégies régionales du Fonds résumées ci-dessus sont prioritairement axées sur les régions marginales ou à faible production. Pourquoi investir dans des régions à faible potentiel agroécologique ?4
L'idée qui est à la base de cette école
de pensée est que les investissements dans les régions
à potentiel plus élevé permettent d'accroître
à moindres frais la production agricole et l'expansion économique
que s'ils étaient effectués dans des régions où
le potentiel est moindre. L'expansion économique se traduisant
par une augmentation de l'emploi et l'élévation des salaires
au plan national et l'accroissement de la production agricole entraînant
une baisse des prix des produits alimentaires, la situation des pauvres
s'améliorerait à deux égards: ceux qui vivent dans
des régions marginales bénéficieraient d'aliments
meilleur marché et de nouvelles possibilités d'emplois,
pour l'essentiel dans des régions à potentiel plus élevé.
Cela attirerait des habitants des régions marginales et contribuerait
ainsi à réduire la dégradation de l'environnement.
En outre, les fonds renvoyés par les migrants dans leurs localités
d'origine contribueraient à accroître les revenus dans
les régions pauvres et marginales, spécialement pour les
pauvres. Des recherches empiriques ont confirmé qu'un développement
rapide de l'agriculture dans les régions à fort potentiel
peut effectivement avoir nombre de ces effets positifs. De plus en plus,
toutefois, les raisons avancées pour justifier la modicité
des investissements dans les régions à moindre potentiel
sont remises en question, car dans de nombreuses régions à
fort potentiel:
En fait, il commence à apparaître certaines indications selon lesquelles des investissements judicieux dans des régions marginales peuvent accroître la productivité de l'agriculture dans des proportions bien supérieures à ce que l'on croyait précédemment. Il semble maintenant plausible qu'une augmentation des investissements dans de telles régions puisse générer dans les zones marginales une croissance comparable de l'agriculture, sinon plus grande, que dans nombre de régions à potentiel élevé. En outre, ces investissements pourraient avoir un impact plus marqué sur la pauvreté et les problèmes environnementaux dans ces régions. Par ailleurs, les investissements dans des régions marginales peuvent avoir au plan national un rendement social global plus élevé que des investissements dans des régions plus prometteuses. C'est ce que confirment des études menées récemment en Chine et en Inde, qui montrent en outre que de tels investissements ont un impact plus marqué sur la pauvreté. Ainsi, des investissements ciblés dans la construction de routes, les services agricoles (spécialement la recherche) et l'éducation offrent de bonnes perspectives d'améliorer la productivité et de réduire la pauvreté dans les régions plus marginales. Néanmoins, les résultats favorables ainsi enregistrés en Chine et en Inde sont notamment imputables au fait que ces pays avaient déjà beaucoup investi dans leurs zones d'agriculture irriguée et d'agriculture pluviale à potentiel élevé et que la progression de la productivité s'est ralentie dans nombre de ces régions. Les rendements décroissants dans les régions privilégiées et les investissements publics dans nombre de régions à faible potentiel étant relativement réduits, il n'est guère surprenant que ces derniers produisent des rendements plus élevés. Il faut cependant faire preuve de prudence avant d'extrapoler ces résultats à des pays qui ont beaucoup moins investi dans les régions les plus favorisées, comme c'est le cas de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne. Les liens de causalité entre la pauvreté et la dégradation de l'environnement dans un environnement fragile Il est clairement établi que la pauvreté
contribue directement à accélérer la dégradation
de l'environnement dans les régions marginales (bien qu'elle
n'en soit pas la seule cause) et que les pauvres tendent à être
plus affectés par cette situation que les autres groupes sociaux.
Si la pauvreté et la dégradation de l'environnement sont
liées, c'est parce que les pauvres sont plus fréquemment
forcés de faire un arbitrage entre la production future et la
survie immédiate. L'aggravation de la dégradation de l'environnement
contribue à réduire les revenus et à aggraver la
pauvreté et, avec le temps, les pauvres peuvent être enfermés
dans une spirale descendante, la pauvreté et la dégradation
des ressources ne cessant d'empirer. La situation peut encore être
aggravée par l'accroissement démographique, des populations
de plus en plus nombreuses devenant tributaires d'une base de ressources
de plus en plus mince. Généralement, les pauvres ont des
familles nombreuses, n'ont pas de capitaux à investir, n'ont
pas de sécurité de jouissance de la terre, n'ont qu'un
accès limité aux technologies appropriées et risquent
d'être moins informés quant aux conséquences de
leurs comportements. Parmi les pauvres, les femmes et les ménages
dirigés par des femmes sont les plus affectés par l'alourdissement
de la charge de travail et par la discrimination sur les marchés
de la terre et du travail. Les pauvres définissent souvent la pauvreté
en termes d'insécurité plutôt que de manque d'argent
et, d'une manière générale, ne sont guère
à même de prémunir leurs revenus contre des fluctuations
inattendues de la production ou des prix agricoles. Ils sont également
les plus vulnérables et ceux qui, habituellement, sont les plus
durement affectés par les catastrophes naturelles, les insurrections
et les conflits. Des droits de propriété et d'utilisation
de la terre, des forêts et des ressources hydrauliques mal définis
ou concurrents sont souvent une source de conflits, spécialement
lorsque les pressions démographiques s'intensifient et que les
populations autochtones se voient mises en concurrence avec de nouveaux
arrivés. Les problèmes décrits ci-dessus sont souvent
aggravés par un manque d'accès aux ressources et aux technologies
appropriées nécessaires pour améliorer la productivité.
L'absence de routes d'accès rend difficile une diversification
des activités agricoles ou l'exploitation d'activités
non agraires ainsi que la disponibilité d'intrants matériels
et de services. Le manque de services sociaux (écoles, dispensaires,
eau potable) affecte la santé et limite la productivité
du travail. La faiblesse des prix de la production agricole et les distorsions
du marché ont pour effet de sous-évaluer des ressources
déjà limitées et de réduire les bénéfices
des agriculteurs, qui ne peuvent ainsi investir dans des engrais ou
des ouvrages de conservation des sols. La précarité des
droits de propriété, particulièrement lorsqu'elle
est associée à des migrations, décourage en outre
des investissements à long terme dans des mesures de conservation
des ressources. Bien qu'il y ait des exemples d'"innovations induites"
de la part des communautés (comme l'aménagement de terrasses
et d'ouvrages d'irrigation pour intensifier l'agriculture) qui ont inversé
cette tendance (par exemple dans la région de Machakos, au Kenya),
il est probable que la corrélation négative qui existe
entre pauvreté et dégradation de l'environnement apparaîtra
encore plus nettement à l'avenir. De plus, les changements climatiques
prévisibles au plan mondial et régional affecteront sans
doute le schéma des précipitations, ce qui intensifiera
la fréquence et la sévérité des sécheresses,
des inondations et des tempêtes. En bref, si la communauté internationale du développement devrait accorder une priorité beaucoup plus élevé à l'aide aux pauvres, surtout à ceux qui vivent dans des régions à faible potentiel agricole, c'est pour d'importantes raisons aussi bien sociales qu'environnementales. Cependant, une autre raison encore d'investir plus dans de telles régions est que, souvent, les investissements peuvent en fait avoir des rendements économiques favorables, comme on l'a vu plus haut. La section suivante évoque les problèmes particuliers qui se posent dans les régions marginales.
Les contraintes environnementales à l'agriculture dans les régions marginales Il se pose dans les régions où le potentiel agricole est limité des problèmes environnementaux très divers souvent dus à la pauvreté de ceux qui les exploitent. Les principales contraintes sont résumées ci-dessous. Épuisement de la fertilité des sols De vastes zones marginales ont des sols peu profonds et
peu fertiles. Les cultures traditionnelles fondées sur les jachères
arbustives (les cultures étant alternées pour permettre
la restauration naturelle de la fertilité des sols) permettaient
jadis aux champs de recouvrer leur fertilité après une
année ou deux de culture. Mais aujourd'hui, dans de nombreuses
régions, les périodes de jachère, précédemment
de 20 à 30 ans, sont ramenées à deux ou trois ans
en raison des pressions démographiques qui s'exercent sur les
terres disponibles, ce qui réduit progressivement la fertilité
des sols. Dans nombre de régions marginales, la fertilité
des sols se trouve sérieusement épuisée par suite
de la perte de matières organiques et de nutriments des plantes
intervenue depuis que les terres ont été défrichées.
Jusqu'à il y a une dizaine d'années, c'étaient
habituellement les pouvoirs publics qui assuraient les approvisionnements
et la distribution d'engrais chimiques, lesquels étaient souvent
subventionnés. Dans nombre de pays, cependant, cela n'est plus
possible, de sorte qu'il est difficile pour les agriculteurs d'acheter
des engrais non subventionnés, même s'ils sont disponibles,
le secteur privé n'ayant pas repris comme prévu le rôle
que jouaient les pouvoirs publics. Il en résulte une pénurie,
et non un excédent, d'engrais (comme c'est souvent le cas de
l'agriculture intensive). En l'occurrence, le problème ne tient
pas à la pollution des eaux souterraines mais plutôt à
la diminution de la fertilité des sols, lesquels ne peuvent pas
soutenir de façon fiable et durable les rendements des cultures.
Des applications modestes d'engrais éviteraient l'"extraction"
de nutriments qui caractérise aujourd'hui de vastes régions
d'Afrique où il n'est appliqué en moyenne que 8 kg d'engrais
inorganiques par hectare et par an. En revanche, dans de nombreuses
régions, la perte de nutriments représente chaque année
l'équivalent de 40 à 60 kg d'engrais inorganiques par
hectare. Coteaux et érosion Souvent, les régions où le potentiel agricole
est limité sont des coteaux ou des régions montagneuses
où les forêts ont été abattues pour que les
terres puissent être défrichées. En fait, nombre
d'agriculteurs qui exploitaient jadis de riches terres en plaine ont
été forcés de s'installer sur les coteaux par les
forces politiques, sociales et économiques échappant à
leur volonté. Le défrichement des forêts pour cultiver
la terre expose les sols aux effets conjugués des précipitations
et de la gravité et, dans le cas des coteaux, il en résulte
inévitablement une érosion. Chaque année, de 14
à 15 millions d'hectares de forêts disparaissent ou sont
dégradées dans les pays en développement, et ce
déboisement est imputable à concurrence de plus de 60%
à l'agriculture de subsistance pratiquée sur les coteaux.
Lorsqu'ils sont dépourvus de protection, les sols
peu profonds, souvent caillouteux, des coteaux, sont facilement emportés
par les eaux. L'aménagement de terrasses peut freiner l'érosion
des sols mais est un travail est ardu et onéreux. L'érosion
des sols des coteaux a un impact sur toutes les terres du bassin versant.
L'agriculteur perd à la fois la fertilité des sols par
suite du lessivage et la couche arable emportée par les pluies.
Les alluvions qui résultent de ce processus peuvent être
un bienfait mitigé pour ceux qui se trouvent en aval et être
une couche de sols fertiles pour certains mais de la boue qui envase
les systèmes d'irrigation et de drainage pour d'autres. De graves
glissements de terrain, souvent mortels, ne sont que trop communs et
enterrent des villages et emportent les routes rurales et les ponts.
Dans les régions où le potentiel agricole est limité,
par conséquent, les activités agricoles ont effectivement
un impact négatif sur l'environnement. Forêts et biodiversité Le défrichement des coteaux, habituellement par
abattage de forêts sous une forme ou sous une autre, a de sérieuses
conséquences non seulement pour les agriculteurs et les populations
rurales mais aussi pour la biodiversité. Ceux qui défrichent
des coteaux pour les cultiver détruisent des écosystèmes
tout entiers. Les ruraux qui vivent à proximité des forêts
exploitent fréquemment le potentiel forestier en en extrayant
du bois (bois d'oeuvre et bois de feu) et en ramassant des fruits, du
miel, des herbes (y compris des herbes médicinales) et d'autres
produits forestiers, souvent de façon durable, conscients qu'ils
sont de la valeur à long terme des ressources. De même,
ceux qui cultivent les terres défrichées ou y font paître
du bétail protègent les plantes et la biodiversité
animale. Cependant, cette utilisation équilibrée des forêts
change par suite du déboisement entraîné par la
nécessité d'étendre la superficie des terres agricoles
et de l'application de pratiques de culture soutenables. Parcours Les terres de parcours couvrent de vastes superficies en Afrique, en Asie centrale et en Amérique du Sud et représentent une ressource renouvelable d'importance majeure, principalement pour les populations pastorales et agropastorales, nomades, semi-nomades et sédentaires. Lorsqu'elles sont gérées comme il convient, elles constituent une source de pacage économique, durable et précieuse pour le bétail, lequel est à son tour une importante source de protéines animales et de micronutriments. Les terres de parcours, lorsqu'elles sont ainsi gérées, peuvent assurer durablement la subsistance de millions de personnes mais, regrettablement, elles sont de plus en plus dégradées par suite du surpacage, de la conversion en terres de culture et de l'urbanisation, éléments qui sont fréquemment le résultat de politiques inadéquates et inappropriées.
Utilisation de pesticides Les ravageurs 5 constituent
un problème dans les régions à potentiel aussi
bien élevé que limité mais ils ont l'impact le
plus sérieux sur les pauvres qui exploitent ces dernières.
Si l'on peut généralement, dans un système d'agriculture
intensive, résoudre les problèmes des ravageurs en plantant
des variétés résistantes, en utilisant une large
gamme de produits agrochimiques et en utilisant des médicaments
et des vaccins pour protéger les animaux, les rendements généralement
modestes obtenus par les agriculteurs dans les régions marginales
sont souvent insuffisants pour qu'ils aient les moyens de se procurer
des intrants aussi onéreux. Il n'y a donc guère de pollution
par les pesticides dans ces régions. En fait, nombre d'exploitants
dans les régions marginales prétendent pratiquer une agriculture
"organique" du fait qu'ils n'utilisent pas de pesticides ni
d'engrais. S'ils pratiquent une agriculture organique, ce n'est pas
par choix, mais par nécessité, et il y a lieu de craindre
que nombre d'entre eux deviennent "organiques par négligence"
et adoptent des pratiques insoutenables à moyen ou à long
terme. L'eau - qualité et quantité Comme indiqué ci-dessus, la dégradation
de la qualité de l'eau par suite de la salinisation ou de la
pollution par des produits agrochimiques constitue un sérieux
problème environnemental pour les zones d'agriculture intensive,
spécialement lorsqu'elles sont irriguées. La quantité
est néanmoins un problème qui affecte de plus en plus
aussi bien les zones d'agriculture intensive que les zones marginales
qui n'ont qu'un potentiel agricole limité. Lorsque l'eau d'irrigation
est puisée plus rapidement que la recharge des nappes phréatiques,
les eaux souterraines sont menacées et, dans les régions
côtières, des intrusions d'eau salée peuvent affecter
la qualité de l'eau, les rendements des récoltes et les
moyens de subsistance des agriculteurs. En outre, le recul de la nappe
phréatique affecte des écosystèmes de marais importants
pour la biodiversité végétale et animale. Pour les populations rurales qui vivent dans des régions de colline, l'approvisionnement en eau peut constituer un sérieux problème même si les précipitations sont abondantes. Les sols, peu épais, ne peuvent guère conserver l'humidité après les pluies et les racines ne peuvent pas pénétrer le sol jusqu'aux réserves d'eaux souterraines comme cela est possible dans les vallées. En dépit de précipitations annuelles abondantes, les cultures et le bétail sont fréquemment affectés par la sécheresse, même si elle est souvent de courte durée. Cependant, si la sécheresse vient à un moment critique du cycle végétatif (par exemple lors de la floraison du maïs), les effets peuvent être catastrophiques et les récoltes peuvent se trouver réduites à néant. La pénurie d'eau devient dramatique autant pour les régions d'agriculture intensive que pour les régions marginales à potentiel réduit, mais les agriculteurs qui exploitent les terres de cette dernière catégorie sont les moins à même d'y faire face. En outre, le manque d'eau affecte non seulement l'agriculture, mais les besoins domestiques. La section ci-après interprète les trois objectifs stratégiques du Fonds (voir Section III) dans le contexte spécifique des zones à faible potentiel. Renforcement des capacités des ruraux pauvres et de leurs organisations
L'un des principaux objectifs des interventions du FIDA est de permettre aux ruraux pauvres d'avoir plus facilement accès aux avoirs, en particulier à la terre, et ainsi d'améliorer leurs possibilités de vivre en bonne santé et de s'instruire. Le Fonds appuie une large gamme d'interventions tendant à créer des avoirs, aussi bien directement par l'entremise de ses projets que par l'appui qu'il apporte à la Coalition populaire pour éliminer la faim et la pauvreté. Étant donné les risques accrus auxquels
sont exposés ces environnements fragiles, une attention particulière
est accordée à la nécessité d'assurer un
accès durable à la terre et à l'eau pour promouvoir
des pratiques de cultures rationnelles et pour encourager des investissements
à longue échéance dans l'amélioration et
la conservation des ressources. La conservation des ressources naturelles
exige souvent une action collective des usagers, même lorsque
les ressources ne sont pas leur propriété commune. L'expérience
acquise par le FIDA a démontré que les institutions qui
peuvent le mieux gérer des biens communs sont généralement
les organisations locales administrées par les usagers des ressources
eux-mêmes. C'est cette constatation qui est à la base de
l'approche du FIDA, qui consiste à trouver des solutions locales
à des problèmes environnementaux de plus grande envergure.
Pour ce qui est de l'accès aux technologies, certains types de recherches phytogénétiques revêtent une importance capitale (par exemple l'étude des variations de rendement en présence de traces de nutriments, la résistance aux ravageurs et aux maladies, la tolérance à la sécheresse, etc.), mais cela vaut surtout dans une perspective à longue échéance. Dans l'immédiat, il faudra, pour accroître la productivité dans nombre de zones à faible potentiel, améliorer les pratiques de gestion des ressources naturelles. Les risques climatiques élevés, l'incertitude des débouchés et le manque d'infrastructure qui caractérisent nombre de ces zones à potentiel réduit et isolées conduisent également à douter de l'opportunité, du point de vue économique, d'apports considérables d'intrants externes. Aussi les technologies faisant appel à relativement peu d'intrants externes apparaissent-elles comme plus prometteuses. Le problème consiste cependant à mettre au point de telles technologies, qui puissent accroître la productivité à la fois du travail et de la terre. Certaines d'entre elles ont été mentionnées dans la section IV concernant les stratégies régionales (barrières végétatives, labours de conservation, agroforesterie, etc.). Si une priorité élevée doit généralement être accordée à l'amélioration des technologies utilisées dans les cultures vivrières, il est indispensable, pour élever les revenus, de faciliter une diversification vers des produits agricoles de plus haute valeur et des activités non agricoles. Par exemple, à la différence de nombre de cultures vivrières, l'élevage, l'agroforesterie et certains types d'horticulture peuvent souvent être rentables dans des régions où les sols sont médiocres et le climat peu propice. De même, un environnement moins favorable, voire hostile, peut se prêter au développement de l'écotourisme. Les projets appuyés par les prêts et les
dons du Fonds tendent souvent à développer de telles pratiques
agricoles durables. En outre, le FIDA s'emploie à échanger
des connaissances avec d'autres organisations techniques et avec ses
partenaires. La nature des projets entrepris dépend directement
des caractéristiques de la localité et dépend de
la disponibilité de main-d'uvre, des précipitations
et de l'orientation vers les marchés. L'on peut en citer comme
exemple des projets de gestion intégrée des nutriments
(labours de conservation, utilisation de paillis, épandage de
phosphate naturel, cultures intercalaires, etc.), la gestion des ressources
hydrauliques (aménagement des bassins versants, petits système
d'irrigation gérés par les agriculteurs, etc.), la gestion
des troupeaux et des pâturages et les activités intégrées
de culture et d'élevage tendant à diversifier les revenus,
à créer des avoirs, à gérer la fertilité
des sols et à réduire le coût des aliments pour
le bétail. Différentes approches de la foresterie sont
communément appliquées pour tirer un revenu des aliments,
du bois de feu, du fourrage, du bois d'uvre et des produits non
ligneux provenant des forêts ainsi que pour améliorer la
fertilité et accroître la capacité de rétention
de l'eau des sols et réduire l'érosion. Élargissement de l'accès aux services financiers et aux marchés La faiblesse des marchés ruraux tient en partie aux défaillances de l'infrastructure et des systèmes de communication, mais les problèmes liés aux normes de qualité, au moment de la récolte, à la diffusion d'informations sur les marchés et à la fiabilité des approvisionnements pénalisent également les produits locaux sur les marchés nationaux, régionaux et internationaux. Nombre de pays ont introduit des réformes des marchés afin, entre autres, d'améliorer les performances de leurs secteurs agricoles en général. Mais ces réformes ont eu un impact mitigé sur les régions moins privilégiées et plus isolées, où l'infrastructure est moins développée et les coûts de transport plus élevés. Par exemple, les réformes des marchés ont réduit les disponibilités d'engrais inorganiques et les ont renchéris dans nombre des régions les plus pauvres d'Afrique. Dans la région POAN, les exploitants ont dû modifier les systèmes d'alimentation des animaux d'élevage pour être moins tributaires des intrants, précédemment subventionnés. Cela étant, l'accent que le Fonds met sur l'élargissement de l'accès aux marchés et sur les liens avec les marchés est particulièrement important dans ces régions plus risquées et plus isolées. De même, une priorité encore plus élevée doit souvent être accordée à la mise en place de systèmes efficaces de manutention après la récolte et d'appui au développement de nouveaux produits. À l'avenir, il faudra aussi diffuser des technologies novatrices de l'information (par exemple en reliant les radios rurales aux systèmes modernes d'information et de communication). On a déjà évoqué la nécessité d'établir des systèmes de financement rural, mais il est encore plus difficile, dans ce domaine, d'assurer la pérennité des institutions et d'atteindre les pauvres. Étant donné les risques, la priorité doit être accordée aux mécanismes de crédit et d'assurance permettant d'obtenir un financement lorsque le besoin s'en fait sentir. Nombre des activités et des projets décrits
ci-dessus ont durablement amélioré la gestion des ressources
naturelles en accroissant les possibilités de gains des ruraux
pauvres. On trouvera à l'annexe II quelques
études de cas qui illustrent les projets du FIDA, et d'autres
exemples dans les publications du Fonds.
Néanmoins, dans certains environnements fragiles
et difficiles, cela ne suffira pas à prévenir la dégradation
de l'environnement. Par le passé, les pouvoirs publics ont cherché
à résoudre ce problème en réglementant certaines
pratiques de gestion des ressources (par exemple en interdisant l'abattage
d'arbres sur les coteaux). La difficulté que suscite cette approche
fondée sur l'autorité de l'État et la coercition
est qu'elle va à l'encontre des intérêts des populations
locales, ce qui ne fait souvent qu'aggraver la situation des pauvres,
encourager des comportements inégaux et accroître le coût
de la réglementation. Une solution de remplacement est explorée
ci-dessous. Le marché potentiel des services environnementaux > Les pratiques de gestion durable des ressources naturelles
et les activités respectueuses de l'environnement d'un nombre
considérable d'agriculteurs pauvres en ressources, particulièrement
sur les hauts plateaux et les coteaux, produisent d'importantes externalités
positives. Ces activités sont notamment celles qui tendent à
entretenir les ressources forestières, ce qui contribue à
la fixation du carbone, à la conservation des sols et partant
à la diminution des ruissellements en aval et de l'envasement
des barrages et à l'utilisation durable de diverses espèces
de flore et de faune parfois appelées espèces sous-exploitées
ou négligées. Tous ces éléments constituent
pour la société des biens publics considérables
dont il n'est pas assez pris conscience, notamment parce qu'ils sont
difficiles à quantifier. Pour réduire les pratiques insoutenables, une autre
formule pourrait être fondée sur le marché potentiel
de tels services environnementaux. Les pauvres pourraient bénéficier
de ces marchés; la difficulté consisterait notamment à
intégrer les incitations aux systèmes existants de subsistance.
L'exemple le plus fréquemment cité est celui de la fixation
du carbone, et un programme pilote a été mis en uvre
dans ce domaine au Costa Rica. Cependant, les coûts de transaction
élevés et la difficulté qu'il y a à suivre
l'exécution des contrats limiteront sans doute les avantages
qu'une telle approche peut apporter aux pauvres qui vivent dans des
régions isolées, à moins que l'on ne puisse les
organiser efficacement à cette fin. Ces types d'innovations sont
limités également par l'incertitude qui entoure la demande
de services environnementaux. Le FIDA a entrepris des recherches sur
ce point avec le Centre international pour la recherche en agroforesterie
(CIRAF). Une approche voisine, également nouvelle, consiste à
utiliser des "labels verts" et des assurances de "justice
pour le producteur" pour obtenir des prix plus élevés
et rémunérer ainsi les exploitants pauvres, en partie
pour les avantages environnementaux qu'ils génèrent. Le
FIDA a déjà mis sur pied des interventions dans ce sens
concernant les produits ligneux autres que le bois d'uvre et les
cultures servant à la fabrication de boissons. Pour réaliser ce développement durable dans les pays en développement, il faut coordonner les efforts et conjuguer les ressources des différents partenaires. Le Fonds peut contribuer à la réalisation de cet objectif en créant des partenariats stratégiques et des coalitions avec les gouvernements, les organismes de développement, le secteur privé et la société civile. C'est pourquoi ses projets sont conçus de manière à appuyer et à influencer les politiques nationales et internationales en utilisant comme catalyseur l'expérience qu'ils ont générée. Certains des aspects de l'action ainsi entreprise conjointement sont la collaboration du FIDA à des initiatives mondiales comme la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification, l'appui qu'il fournit au Mécanisme mondial, le rôle qu'il joue en tant qu'agent d'exécution du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) et en tant que coparrain - avec la Banque mondiale et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) - du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI). Dans le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NPDA), les gouvernements des pays d'Afrique ont décidé que l'agriculture devrait être l'un des secteurs prioritaires. Le Fonds continue, dans différentes régions, de poursuivre son dialogue avec les gouvernements pour promouvoir la cause des ruraux pauvres. De nouvelles initiatives pourront resserrer la coordination dans des domaines comme la recherche-développement sur l'exploitation durable des hauts plateaux, en tirant parti de l'expérience acquise par le GCRAI (programme de promotion des cultures dans les hautes terres d'Afrique de l'Est, programme de promotion des cultures sur les coteaux d'Amérique centrale, initiative pour l'élimination des pratiques de coupe et de brûlis, etc.). ConclusionLa mission qui a été confiée au FIDA indique la voie que celui-ci doit suivre pour permettre aux ruraux pauvres de surmonter leur pauvreté dans un monde dont l'environnement est fragile. Pour réussir, il faudra trouver des solutions locales aux problèmes de pauvreté et d'environnement, en faisant des stratégies de renforcement des moyens de subsistance et d'accroissement des revenus des pauvres la base d'une gestion durable des ressources. Ainsi, les ruraux pauvres, hommes, femmes et enfants, pourront tracer la voie d'un développement viable sur les plans environnemental et social qui les fera échapper à la pauvreté et accéder à une vie meilleure.
Annexe I - Priorités régionales du FIDA par thème de développement, selon les objectifs stratégiques du Fonds
Annexe II - Projets du FIDA Études de cas
1/ Action 21 a été adopté à Rio de Janeiro en juin 1992 par la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement.> 2/Les
régions marginales: terres marginales et populations marginalisées.
L'expression "régions marginales" est généralement
utilisée pour désigner les régions fréquemment
exposées à un ou plusieurs types de stress environnementaux.
L'on peut en citer comme exemple des régions où le potentiel
agricole est généralement faible et qui sont exposées
à des températures extrêmes qui empêchent
la croissance des cultures, ont des précipitations peu élevées
et/ou irrégulières, ont des sols peu profonds et/ou peu
fertiles et très escarpés et donc exposés à
l'érosion, avec une faible capacité de rétention
de l'eau. 3/ De l'ancienne Union soviétique.> 4/ Cette section est fondée sur une étude réalisée par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires à la demande du FIDA.> 5/ L'expression "ravageurs" comprend les insectes, les nématodes, les mauvaises herbes, les maladies, etc.> > |
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