Enabling poor rural people
to overcome poverty



Comment l’appui extérieur peut-il éviter le syndrome de dépendance et contribuer au développement d'organisations paysannes plus autonomes/financièrement indépendantes?

(Exemple des dons régionaux accordés par le FIDA à des organisations paysannes)Pêcheries durables: comment les organisations de pêcheurs peuvent-elles contribuer à la gestion durable des ressources marines tout en améliorant les revenus?

Depuis le lancement du Forum paysan en 2006, les organisations paysannes ont régulièrement demandé au FIDA d'accroître le concours financier direct qu'il leur apporte.

En 2006, la Synthèse des délibérations du Forum recommandait un financement direct en faveur du renforcement des capacités. Les domaines prioritaires recensés étaient les suivants: i) l’engagement sur les politiques publiques; ii) le rôle économique des organisations de producteurs; iii) une meilleure communication entre paysans et avec l’ensemble de la société; et iv) l’élaboration d’une charte – au niveau national – entre les organisations paysannes et les gouvernements. Les Synthèses des délibérations présentées à l'occasion des réunions mondiales du Forum paysan organisées en 2008 et 2010 sollicitaient la poursuite de l'appui financier direct aux organisations paysannes.

L'analyse du partenariat entre le FIDA et les organisations paysannes conduite dans la perspective du Forum paysan 2012 révèle qu'au cours du dernier cycle de deux ans, les financements sous forme de don accordés aux organisations paysannes en faveur du renforcement des capacités ont bénéficié à près de 80 organisations paysannes nationales implantées dans 60 pays (dont 36 organisations d'Afrique subsaharienne). Bien que le montant, les modalités et l'objet de ces financements répondant à une demande soient très différents d'une région à l'autre, il s'agit pour le FIDA d'un résultat sans précédent. Les financements sous forme de don permettent d'apporter un concours financier ou technique aux organisations paysannes indépendamment du gouvernement du pays concerné. Ce point est particulièrement important, car cela permet aux organisations paysannes de se livrer en toute indépendance à des activités de concertation, de sensibilisation et de plaidoyer, et de conduire elles-mêmes des études, des recherches ou des consultations dans l'intérêt de leurs membres. Des résultats appréciables ont été obtenus à cet égard dans un certain nombre de pays, en Afrique subsaharienne (avec le soutien du programme SFOAP 1), en Asie (programme MTCP 2) et en Amérique latine (programmes COPROFAM et REAF).

Le fait que des organismes donateurs comme le FIDA apportent ce type de concours financier direct soutenu et permanent est susceptible de menacer la viabilité financière des organisations paysannes à tous les niveaux. La dépendance financière à l'égard de tiers peut influer sur la capacité des organisations paysannes à relayer les préoccupations de leurs membres dans la concertation sur les politiques publiques. Elle pourrait également atténuer leur obligation de rendre des comptes à leurs membres tout en renforçant l'obligation de leur direction de rendre des comptes aux donateurs.

S'appuyant sur l'échange de l'expérience des paysans venus de différentes régions du monde, ce groupe de travail du Forum paysan 2012 aura pour mission:

  • d'examiner comment les organisations paysannes s'y prennent pour arrêter des stratégies et des approches dans le souci d'améliorer leur viabilité financière
  • d'analyser en quoi la dépendance financière à l'égard des donateurs et/ou des pouvoirs publics est susceptible d'affaiblir l'obligation des organisations paysannes de rendre des compte à leur base
  • de définir trois ou quatre séries de recommandations à inclure dans la Synthèse des délibérations du Forum paysan:
    • recommandations adressées aux organisations paysannes – portant sur les processus et stratégies de renforcement de leur viabilité financière et sur les solutions à envisager pour résoudre le problème de l'articulation entre obligation de rendre compte et financements extérieurs;
    • recommandations adressées aux gouvernements et aux commissions économiques régionales – portant sur les modalités de partenariat envisageables entre ces instances et les organisations paysannes prestataires de services d'intérêt général (par exemple conseil, éducation, information);
    • recommandations adressées au FIDA – portant sur la nécessité d'envisager pour le partenariat entre le FIDA et les organisations paysannes (et en particulier pour la prochaine génération de dons régionaux) un processus propre à assurer la viabilité financière des organisations paysannes;
    • autres recommandations à caractère général – portant sur la viabilité financière et les organisations paysannes, telles qu'elles émergeront à la faveur des débats.

Il est proposé que les débats s'articulent autour des questions suivantes:

Thème 1: Facteurs essentiels de viabilité financière des organisations paysannes
Les organisations paysannes viables sont celles qui sont capables de contribuer à l'accroissement des revenus de leurs membres (grâce à une participation rentable à l'activité agricole), ce qui peut conduire à augmenter les cotisations versées par les membres. Cette démarche – de loin la plus viable – est la plus difficile, en particulier pour les organisations regroupant des petits exploitants ruraux pauvres et pour celles qui représentent les paysans dans le cadre d'opérations qui ne sont pas directement liées à une activité marchande.
Parallèlement, certaines organisations paysannes fournissent un éventail de services d'intérêt général (conseil, information ou éducation par exemple) pour le financement desquels il serait difficile de faire appel à leurs membres, et qui peuvent bénéficier de crédits et d'un appui des pouvoirs publics.
Sujets de discussion: Quels sont les facteurs essentiels pour assurer la viabilité des organisations paysannes et comment faire en sorte de les mettre en place? En quoi ces facteurs diffèrent-ils en fonction de la sphère d'intervention dans laquelle ces organisations opèrent (organisation de premier niveau ou fédération de niveau national, sub-régional ou régional)? Comment faire pour enclencher une dynamique dans le cadre de laquelle les activités rémunératrices des membres des organisations paysannes se développent et les cotisations qu'ils versent augmentent en parallèle, afin de prendre en charge les frais de gestion des organisations paysannes?

Thème 2: Dépendance financière et affaiblissement de l'obligation de rendre compte
La viabilité financière des organisations paysannes est une question très pertinente au regard de leur autonomie politique et sociale et en ce qui concerne leur obligation de rendre des comptes à leurs membres. L'appui permanent ou prolongé des donateurs est susceptible d'aggraver le risque de venir en aide à des organisations paysannes engagées dans des campagnes de sensibilisation spécifiques, plutôt que de les traiter comme des organisations capables de défendre les droits de leurs membres dans la sphère politique et sociale et de leur proposer des services. Il risque également de créer une dépendance financière, en particulier en ce qui concerne les coûts de fonctionnement des structures de direction et les autres charges fixes. Une telle dépendance pourrait conduire les structures de direction à rendre des compte aux donateurs plutôt qu'à leurs membres.

Sujets de discussion: Quels partenariats stratégiques les organisations paysannes devraient-elles s'employer à mettre en place afin de réduire le risque de dépendance à l'égard de l'appui des donateurs? Quels types de partenariat stratégiques les organisations qui fournissent des services d'intérêt général peuvent-elles établir? Comment les organisations paysannes peuvent-elles trouver un équilibre entre l'obligation de rendre des comptes aux bailleurs de fonds extérieurs et l'obligation de rendre des comptes à leurs propres membres? Comment et dans quelle mesure le fait de dépendre de financements extérieurs génère-t-il une tension entre l'obligation de rendre des comptes "au sommet" (aux donateurs) et "à la base" (aux membres)?


Thème 3: Partenariat entre le FIDA et les organisations paysannes
Ces six dernières années, le FIDA a accru le concours financier direct qu'il apporte aux organisations paysannes, en particulier en ce qui concerne l'appui sous forme de dons transitant par les réseaux régionaux ou mondiaux qu'elles ont constitués. Dans certains cas, cette approche a permis de conforter aussi bien les organisations paysannes nationales que les réseaux régionaux, ces deux éléments se renforçant mutuellement. Pour le FIDA, le recours systématique aux dons régionaux ou mondiaux (au lieu des dons à des pays spécifiques) pour appuyer les organisations paysannes nationales a permis de réduire considérablement les coûts de transaction et de venir en aide à un plus grand nombre d'organisations nationales que précédemment.

Le modèle retenu pour les projets et programmes financés par un prêt du FIDA consiste à prendre en charge des dépenses d'investissement et non des frais de fonctionnement. Par conséquent, l'appui apporté par le FIDA aux organisations paysannes sous forme de don devrait leur permettre – au moins à moyenne échéance – de générer des ressources supplémentaires afin de favoriser des trajectoires de développement viables.
Sujets de discussion: Comment les initiatives de don régional de deuxième génération doivent-elles être conçues de manière à éviter d'aggraver outre mesure le syndrome de dépendance? Comment faire pour éviter que le partenariat prolongé et régulier entre le FIDA et les organisations paysannes, parallèlement à l'appui financier supplémentaire apporté par le FIDA, ne menace l'autonomie politique et sociale des organisations paysannes et ne compromette leur obligation de rendre des comptes à leur base?


1/ Programme d’appui aux organisations paysannes africaines, qui finance notamment des dons régionaux en faveur de réseaux régionaux d'organisations paysannes d'Afrique subsaharienne comme la Fédération des agriculteurs d’Afrique orientale (EAFF), la Plateforme sous-régionale des organisations paysannes d'Afrique Centrale (PROPAC), le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) ou la Confédération sud-africaine des syndicats agricoles (SACAU).  

2/ Programme de coopération à moyen terme avec les organisations paysannes en Asie, qui finance notamment des dons régionaux en faveur de l'Association des travailleuses indépendantes (SEWA) et de la FAO.