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  International Fund for Agricultural Development
All Africa
18 November 2004

Comment sont structurées les institutions du secteur de la microfinance au Cameroun?

Nous avons trois catégories d'établissements de micro-finance. Il y'a d'abord les coopératives d'épargne et de crédit, dont les membres sont des personnes qui se sont entendues pour mettre ensemble leurs moyens. Elles font donc de l'épargne et du crédit entre elles. C'est la forme la plus primaire que l'on retrouve dans les villages par exemple. Cette catégorie ne demande pas d'avoir un capital particulier. La deuxième catégorie des établissements de microfinance est celle qui accorde des crédits au-delà de ses membres. Ici il faut disposer d'un capital minimum de 50 millions de francs Cfa. C'est l'une des plus répandues que vous retrouvez dans nos grandes villes, et qui fait des opérations plus ou moins bancaires. La dernière forme des établissements de microfinance est constituée des associations, des Ong ou des projets qui développent dans leurs activités un paquet destiné au financement des projets de proximité.

Peut-on savoir ce qui a motivé le retrait de la tutelle des coopératives au ministère de l'Agriculture ?

Il faut dire que parmi ces coopératives dont nous venons de parler, il y a les coopératives agricoles qui sont restées sous la tutelle du ministère de l'Agriculture. Ce sont les coopératives d'épargne et de crédit qui ont été retirées de la tutelle de ce ministère. Elles sont désormais placées sous celle du ministère des Finances et du budget (Minfib) parce qu'il y a cet élément épargne. Même si une coopérative agricole a un volet épargne, elle est tenue d'obtenir l'agrément du Minfib pour pouvoir exercer des fonctions financières, donc des fonctions d'épargne et des fonctions de crédit. Le Minfib a comme mission fondamentale de sécuriser l'épargne des citoyens. C'est cela qui, plus sûrement, aurait conduit au transfert de la charge de coopérative d'épargne et de crédit du ministère de l'Agriculture vers celui des Finances et du budget. Je vais préciser qu'au-delà du Minfib, nous avons la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac), qui est un organe de la Banque des Etats de l'Afrique centrale. La Cobac assure donc le contrôle de ces établissements.

Ce contrôle est-il effectif ?

Le contrôle n'est pas encore effectif. Mais nous avons déjà élaboré avec la Cobac un règlement qui organise le métier de la microfinance. Et dans ce règlement, il y a des dispositions destinées au contrôle de ces établissements.

Le Minifb a entamé l'assainissement du secteur de la microfinance avec la réforme intervenue en 2001, peut-on savoir ce qui a changé entre les coopératives d'hier et celles d'aujourd'hui ?

Au moment de la réforme, il a d'abord été question que les anciennes coopératives puissent déposer un dossier d'agrément auprès de l'autorité monétaire, si elles voulaient continuer à exercer les fonctions d'épargne et de crédit. Il y'a eu un temps qui a été accordé pour que tout le monde se mette au pas. Mais près de 300 coopératives n'avaient pas réussi à se faire agréer. De concert avec le ministère de l'Agriculture, elles ont été purement et simplement radiées. Donc elles n'exercent plus. Celles qui sont encore là sont celles qui présentent un agrément.

On en connaît qui continuent à exercer sans cet agrément. Que doit-on comprendre ?

( ) Nous avons un peu plus de 400 coopératives qui sont agréées aujourd'hui. Mais celles qui exercent sont près d'un millier. Avec la mise en place au sein du Minfib des services extérieurs de la microfinance, nous allons normalement pouvoir donner des indications très précises sur le nombre de coopératives existantes. Le recensement est en cours à travers les services provinciaux de la microfinance.

Le changement espéré avec la réforme n'est toujours pas perceptible. Qu'est-ce qui fait problème ?

Le changement est en train de s'opérer. Il est encore lent, mais sera perceptible bientôt. Les services extérieurs vont mieux encadrer les coopératives. Ils seront proches de la réalité de la pauvreté. Il faut dire que la coopérative c'est pour nous la structure financière de base qui permet de lutter contre la pauvreté. Le changement est en train de s'opérer. Parce que nous avons un comité national de la micro-finance qui a commencé réellement à exercer son activité. Et aussi parce que nous nous rapprochons des coopératives pour pouvoir assurer leur encadrement. Nous nous sommes également organisés pour obtenir un projet fiancé par le Fida. C'est le projet d'appui au programme national de la microfinance. Ces activités sont orientées vers la formation des agents des coopératives.

L'appui financier de l'Etat et des bailleurs est celui qui manque le plus aux établissements de microfinance !

Nous pensons que des agents bien formés peuvent être capables de négocier eux-mêmes les financements attendus par les sociétaires. Dans ce projet, l'idée n'est pas de disposer immédiatement des lignes de crédits qu'il faut accorder aux responsables des coopératives, mais plutôt de former déjà les encadreurs des coopératives à pouvoir négocier auprès des institutions ces lignes de crédits. C'est une approche. Ce qui change également c'est que dans l'Extrême-Nord, il y a un projet de lutte contre la pauvreté, davantage orienté vers les femmes. Toutefois, des bailleurs de fonds signalent que dans telle province le projet fonctionne bien, par contre dans telle autre province, ça ne va pas du tout. La coopérative c'est d'abord, à la base, une volonté de se regrouper. Or au Cameroun, toutes les régions n'ont pas toujours des populations susceptibles de se regrouper. Cela se traduit à travers certains projets qui marchent plus dans certaines régions que dans d'autres. L'élément sociologique est donc à prendre en compte. Il faut encore former les populations pour qu'elles acceptent de mettre ensemble leurs moyens. Ce qui est tout à fait la base de l'esprit coopératif. C'est qu'on met ensemble les moyens et on attend que ces moyens puissent produire et qu'à la fin on partage les fruits de la coopérative.

Les opérateurs du secteur se plaignent toujours d'un certain désordre dans le secteur. Qu'est ce qui est fait par les pouvoirs publics pour rétablir l'ordre ?

Il n'y a pas de jour où nous ne recevons pas les plaintes d'un client qui n'arrive pas à recouvrer son dû. Nous réagissons. Le secteur est jeune. Le règlement Cemac date de 2001. C'est lui qui va nous permettre de lancer davantage les activités. Nous comprenons très bien qu'il y ait des défaillances. Mais elles restent heureusement encore contenues. Nous avons un esprit coopératif qui permet quand même d'arriver à des sommes de dépôts très importants. Il faut maintenant réussir à maîtriser les mauvais opérateurs qui disparaissent avec les fonds des épargnants. Ou alors qui n'ont pas toute l'honnêteté voulue pour pouvoir gérer ces structures. Notre rôle est d'abord celui de la sauvegarde des intérêts des épargnants. Ce que nous faisons en ce moment, c'est de recenser les problèmes des épargnants et d'y apporter des solutions ne serait-ce que sur le plan administratif.

On constate une certaine impunité qui encourage sans doute les mauvais opérateurs
Peut-être pas tellement. Nous avons des opérateurs qui sont en prison parce que sur le plan de la justice, ils ont été condamnés pour des malversations. Donc il y a des sanctions pénales qui existent. Mais nous sommes persuadés qu'une bonne formation est nécessaire. Tout le monde s'est lancé dans la coopérative aujourd'hui. Conséquence, on y retrouve un peu de tout. Parfois se sont des anciens banquiers, auquel cas ils ont tout le rudiment nécessaire pour exercer l'activité. Mais parfois ce sont des jeunes diplômés qui recherchent du travail. Et ils se retrouvent à la tête d'importants dépôts juste parce qu'ils ont un diplôme comptable par exemple, ou tout simplement un diplôme d'enseignement général. Tout ce que nous faisons c'est d'abord d'essayer de les former. Il y a une autre solution vers laquelle nous encourageons les coopératives à s'orienter. C'est celle de la constitution des réseaux. Cela signifie que nous avons un organe faîtier bien organisé, très professionnel qui va donc encadrer un ensemble de caisses secondaires. Lorsque les coopératives se regroupent en réseau, elles ont l'avantage d'avoir une possibilité d'assurer un contrôle permanent de leurs activités( )

Quelles perspectives pour le secteur de la microfinance au Cameroun ?

Nous avons constaté à travers les contacts que nous avons commencé à avoir avec la profession, qu'il y a beaucoup de bonne volonté. Avec les partenaires au développement, il y a aussi beaucoup d'engouement pour aider le Cameroun à lutter contre la pauvreté à travers la microfinance. Si cet élan est maintenu, nous sommes sur une voie salutaire. Parce que la coopérative est la seule structure financière de proximité pour la population de base. Les services financiers bancaires sont difficiles d'accès pour nos populations. On ne peut pas développer un pays comme le nôtre sans avoir à la base une forme de capitalisation des efforts qui sont faits au niveau de la base. Par la coopérative, les populations peuvent se développer. Je ne dis pas qu'à travers les coopératives on va atteindre l'industrialisation. Mais on va pouvoir générer les efforts financiers de la population, et donc lutter efficacement contre la pauvreté ; changer de comportement ; de niveau de vie. Le récent sommet du G8 a consacré la microfinance comme un levier du développement. Ce qui conforte d'ailleurs la position des ministres des Finances de la zone franc, quand ils se sont réunis à Brazzaville récemment, et qui ont annoncé que le développement de la zone franc ne peut réellement se traduire qu'à travers la micro-finance. Etant entendu que le secteur bancaire qui est purement commercial a de la peine de prendre le risque développer la base. D'où pour nous la nécessité de conforter ce secteur.

Vous avez récemment organisé à Kribi une rencontre sur la microfinance, quels en était les objectifs ?

Nous avons réfléchi sur les différents appuis qu'il faut apporter aux établissements de micro-finance. Nous avons également réfléchi sur la relation qui doit exister entre la micro-finance et le secteur bancaire. Car pour le moment rien n'est vraiment réglementé. Les établissements de microfinance se retrouvent comme de simples clients des banques alors qu'il faudrait à un moment donné créer une véritable synergie entre le secteur bancaire bien structuré et celui de la microfinance qui tend à exercer ses activités dans un processus purement sociale. La lutte contre la pauvreté ne pouvant pas être une lutte qui favorise la rentabilité. Nous avons également discuté de l'organisation des partenaires au développement dans ce secteur, du rôle que doivent jouer les bailleurs de fonds. D'ailleurs nous avons constaté que les bailleurs de fonds ne sont pas seulement ceux qui nous viennent de l'extérieur. On en a sur place qui financent la microfinance. Il s'agit bien d'une couverture d'un bailleurs de fonds vers le secteur social. Nous avons réussi à Kribi à passer le message entre toutes les parties.

L'atelier avait également pour objectif de permettre au gouvernement de pouvoir disposer d'un plan d'action qui devrait être annexé au document de politique que le gouvernement a élaboré.


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