Rome, 14 juillet 2009 - Avant que la crise alimentaire et économique ne survienne, l’année dernière, l’Afrique affichait un taux de croissance annuel supérieur à 5% en moyenne, faisant ainsi renaître l’espoir que l’on parviendrait, à la longue, à éradiquer la pauvreté et la faim.
Mais ces progrès ont été stoppés net en 2008. La croissance économique de l’Afrique subsaharienne ne devrait être que de 1,5% en 2009, chiffre bien inférieur à la croissance démographique. C’est dans ce contexte que Barack Obama, Président des États-Unis, se rend au Ghana afin de discuter avec les dirigeants africains des enjeux liés au développement.
En tant qu’africain, né au Nigéria, à la tête d’un organisme de développement rural des Nations Unies – le Fonds international de développement agricole (FIDA) –, je suis réconforté par la priorité accordée par le Président Obama au développement africain. Et j’espère que sa visite s’accompagnera d’un engagement accru des États-Unis en faveur du développement agricole.
En Afrique, le défi du développement est considérable. Dans la seule Afrique subsaharienne, trois cent quatre-vingt millions de femmes, d’enfants et d’hommes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour et la plupart d’entre eux souffrent de malnutrition ou de faim.
Dans ce continent, le développement, pour être efficace - libérant ainsi les populations de la pauvreté et garantissant leur sécurité alimentaire -, doit être étayé par des efforts constants visant à développer l’agriculture. L’appui à ce secteur constitue l’un des meilleurs investissements que puisse faire tout pays africain.
Depuis des siècles, l’agriculture est le moteur de la croissance économique et du développement social, et l’Afrique ne peut faire exception à la règle.
Les pays membres de l’Union africaine en ont convenu en 2003 lorsque, réunis à Maputo, ils se sont engagés à accroître les dépenses en faveur de l’agriculture jusqu’à concurrence d’au moins 10% de leurs budgets nationaux. Mais, à ce jour, cet objectif n’a pas été atteint par tous les pays de ce continent. Les huit pays qui ont tenu leur engagement devraient être félicités et constituer un exemple à suivre.
En Afrique, les investissements en faveur de l’agriculture doivent privilégier la création d’un secteur dynamique des petites exploitations agricoles.
La plupart des pays africains sont encore à prédominance rurale, les petits exploitants fournissant jusqu’à 80% de la production agricole. Lorsque les petits exploitants sont au cœur de la croissance agricole, l’impact sur l’économie et la sécurité alimentaire du pays peut être remarquable.
L’incidence de ce type d’investissements sur la vie des populations rurales – femmes, enfants et hommes – est elle aussi considérable. J’ai pu constater les changements spectaculaires qui surviennent si l’on donne à des agriculteurs démunis les moyens d’améliorer leur existence. Lorsque je dirigeais le Centre du riz pour l’Afrique (ADRAO), nous avons développé de nouvelles variétés de riz – connues sous le nom de NERICA – associant la rusticité des variétés de riz africain et la haute productivité du riz asiatique. Nombreux sont les agriculteurs pauvres d’Afrique qui ont ainsi vu leur rendement multiplié par deux, voire davantage. Des investissements adéquats en faveur de la recherche agricole peuvent permettre de développer de nouvelles variétés d’autres denrées de base.
Près de la moitié des financements accordés par le FIDA vont à l’Afrique, plaçant ainsi le Fonds parmi les trois premières institutions multilatérales qui investissent dans l’agriculture à l’échelle du continent. Nous pouvons constater, encore et toujours, à quel point les projets et programmes que nous appuyons permettent de tirer parti du potentiel des petites exploitations agricoles. Ainsi, en Ouganda, un projet financé par le FIDA a fourni un appui aux petits producteurs de palmiers et de graines oléagineuses et les a mis en rapport avec une entreprise agro-alimentaire qui, à ce jour, a investi plus de 40 millions d’USD dans la mise en place d’une infrastructure de transformation. D’où un partenariat réellement avantageux pour tous – les agriculteurs pouvant compter sur un marché garanti à un prix satisfaisant et l’entreprise agro-alimentaire disposant d’une source fiable de semences de bonne qualité.
L’Afrique possède un formidable potentiel de croissance agricole. D’après certaines estimations, la superficie des terres cultivables d’Afrique subsaharienne pourraient être multipliées par quatre ou cinq grâce à une utilisation judicieuse de l’irrigation et des engrais. Mais ce potentiel restera inexploité tant que les pays africains ne mettront pas en place des politiques d’appui appropriées dans ce domaine.
D’une façon plus générale, les pays africains doivent mettre de l’ordre dans leurs politiques générales et dans leurs économies nationales. Il est essentiel que ces mêmes pays continuent à consolider les fondements de la démocratie et à assurer la stabilité politique, élément incontournable de la croissance économique. Il est également essentiel qu’ils continuent à améliorer leurs systèmes de gouvernance afin que leurs populations deviennent les entrepreneurs du 21è siècle.
Enfin, aussi importante que soit l’aide extérieure pour le développement africain, les pays eux-mêmes devront, en dernière analyse, prendre en charge leur développement. Je ne connais aucune nation, aucun peuple dont le développement n’ait été le fruit de la seule aide extérieure. Pour pouvoir croître, chaque arbre, chaque plant doit être profondément enraciné dans son propre sol.
Le changement ne peut être imposé de l’extérieur, mais doit s’épanouir de l’intérieur.
MA/08/09
Le Fonds international de développement agricole (FIDA) œuvre aux côtés des populations rurales pauvres afin de leur permettre d’accroître leurs revenus, de développer leurs moyens de subsistance et de faire entendre leur voix dans les décisions qui les touchent directement. Depuis 1978, le FIDA a investi plus de 11 milliards d’USD sous forme de dons et de prêts à faible taux d’intérêt, aidant ainsi 340 millions de personnes dans les pays en développement du monde entier. Le FIDA est une institution financière internationale et une organisation spécialisée des Nations Unies dont le siège est à Rome – la plateforme alimentaire et agricole des Nations Unies. Il représente un partenariat unique, regroupant 165 membres, entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), d’autres pays en développement et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).