Issue no. 14: September 2009

Un numéro conjoint sur les institutions rurales avec Progrès en Afrique orientale et australe, le bulletin d'information du FIDA pour l'Afrique orientale et australe

Message conjoint des Directeurs

Les institutions sont à la base de toute organisation sociale. Sans solides institutions légales, il ne peut y avoir de représentation effective des populations. La connaissance du contexte institutionnel est la première étape du développement durable. Tel est le cas en particulier pour le développement rural et agricole, un domaine où pendant trop longtemps, les actions de développement ont négligé le contexte plus large dans lequel le développement doit se dérouler. À cette fin, le FIDA a adopté comme objectif fondamental de permettre aux populations rurales pauvres de s’exprimer er de leur ouvrir de nouvelles perspectives en développant les institutions locales. On ne saurait autonomiser les populations rurales pauvres d’une manière durable si leurs institutions ne sont pas prises en compte. Pour réaliser cet objectif fondamental, le FIDA doit renforcer les capacités des populations rurales pauvres et de leurs organisations pour qu’elles puissent influencer les institutions engagées dans la réduction de la pauvreté. Cela est particulièrement vrai pour ce qui est de l’élaboration des politiques en faveur des pauvres aux niveaux local et national. En tant qu’institution de développement, le FIDA s’emploie aussi à renforcer ses propres compétences en matière d’analyse institutionnelle et de concertation.
La Division Afrique orientale et australe et la Division Afrique de l'Ouest et du Centre travaillent d’arrache-pied sur tous ces aspects. Cette dernière a élaboré une méthodologie pour l’analyse institutionnelle afin de fournir des outils analytiques destinés à concevoir des programmes et des projets qui tiennent compte du contexte institutionnel local et favorisent le renforcement des capacités. La méthodologie a déjà fait ses preuves au cours des missions d’appui à l’exécution et revêtira une importance croissante dans le cadre de la supervision directe, renforçant encore l’impact et la durabilité de notre action. Le FIDA a par ailleurs commencé à mettre au point un guide à l’intention des praticiens qui viendra renforcer ses propres compétences organisationnelles en matière d’analyse institutionnelle pendant la conception et l’exécution des projets. Le guide devrait être prêt d’ici à août 2010.

Mohamed Béavogui et Ides de Willebois

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Institutions rurales : le cadre générale du développement

"Sans institutions et cadre institutionnel, point de développement", a déclaré Mohamed Béavogui, Directeur de la Division Afrique de l’Ouest et du Centre. Institution est un terme général, qui recouvre de nombreux types d’organisations, de coutumes et de pratiques. Une définition couramment utilisée faite la distinction entre les organisations qui sont des structures préétablies ayant un rôle et un ensemble de règles prédéfinis et les institutions, qui vont des structures traditionnelles aux pratiques institutionnelles, en passant par les coutumes locales. Les deux catégories travaillent toutefois ensemble dans une relation très complexe et dynamique. Les institutions fixent les paramètres ou les règles de base, tandis que les organisations les observent, les font exécuter ou s’efforcent de les influencer et de les modifier.

Les institutions sont généralement les émanations des groupes riches et puissants de la société. Elles déterminent les règles relatives à l’accès aux ressources et aux possibilités, des règles qui peuvent soit faciliter soit entraver l’inclusion des pauvres ou restreindre l’accès à quelques privilégiés, généralement en zone urbaine. Dans bien des cas, si les populations sont pauvres c’est en raison d’un manque d’accès aux ressources, et non d’une pénurie de ressources. Il faut donc désormais en priorité privilégier les cadres institutionnels ouverts à tous et de favoriser le développement pour ceux qui en ont le plus besoin. La mise en place et la promotion d’institutions qui servent les intérêts de tous est la première étape vers l'éradication de la pauvreté.

L’économiste politique américaine, Elinor Ostrom, qui a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur la gouvernance économique, les organisations et les institutions, estime que les institutions, notamment celles qui régissent l’accès aux ressources, doivent réunir un certain nombre de traits spécifiques pour bien fonctionner, à savoir: des limites et une composition clairement définies; des règles adaptées et conformes à l’environnement local; un choix collectif et une participation équitable des membres; un suivi de l’application des sanctions graduelles en cas de non-respect des règles; des mécanismes de résolution des conflits et le droit d’exister et de former une organisation en toute légalité. Sans ces conditions préalables, une institution ne peut pas garantir un accès équitable aux ressources et aux possibilités existantes pour tous ses membres.

Comprendre le contexte local

Il est essentiel que les programmes de développement comprennent le contexte local et les pratiques coutumières. "Les institutions sont définies par le contexte. Elles dépendent de la politique locale, de l’environnement local, du type d’activité", a expliqué Tom Anyonge, conseiller technique principal pour les institutions rurales au FIDA. De ce fait, il est impératif de consacrer plus de temps à comprendre réellement le contexte local et les interactions entre les diverses institutions et les protagonistes. "Et cela, pas seulement à l'échelon national mais aussi au niveau local, car les coutumes peuvent varier d'une région à l'autre", a ajouté M. Anyonge. Par le passé, de nombreux projets et programmes ont découvert trop tardivement comment l’environnement et les institutions fonctionnaient au niveau local et n’ont pas su obtenir de résultats durables. C’est le cas notamment pour les pratiques et traditions institutionnelles qui ne sont pas sous-tendues par des règles écrites mais qui reposent sur le savoir inhérent aux populations et sur la façon dont elles perçoivent leur communauté.

"Nous avons eu plusieurs exemples où la communauté de l’aide internationale travaillait sur un projet et ne savait pas à l’époque qu’une certaine institution ou coutume existait. Ce n’est que des années plus tard qu'ils ont compris comment ça marchait", a expliqué Ides de Willebois, Directeur de la Division Afrique orientale et australe. "Une telle situation a bien sûr influé sur les résultats de ce projet particulier". De la même façon, ce qui donne des résultats dans une zone bien circonscrite d’un pays donné peut échouer dans une autre zone en raison du contexte local. Cette constatation est particulièrement vraie en Afrique, où les pays sont si vastes que les différences régionales et nationales sont accentuées. "C’est pourquoi il est essentiel de comprendre le contexte local et de travailler avec les institutions locales", a déclaré M. Anyonge.

Travailler avec les institutions traditionnelles

  Puisage de l’eau au puits géré par la communauté, au Tchad  
 

Puisage de l’eau au puits géré par la communauté, au Tchad

 
  En Gambie, les membres d’un kafo de femmes fabriquent du tissu à effet tie-dye  
 

En Gambie, les membres d’un kafo de femmes fabriquent du tissu à effet tie-dye

 

Les institutions traditionnelles sont particulièrement importantes dans les pays africains, parce qu’elles coexistent avec les institutions gouvernementales et sont hautement respectées par les populations rurales, qui les comprennent et les connaissent mieux que la législation nationale. En outre, dans les localités isolées, les institutions officielles sont sous-représentées, voire pas représentées du tout. Les populations s’en remettent dès lors aux institutions coutumières pour la vie quotidienne.

"Elles offrent un espace institutionnel pour la concertation, pour comprendre et accepter les points de vue différents", a expliqué M. Anyonge. Quand les institutions traditionnelles prennent part aux projets, l'exécution donne de meilleurs résultats, mais elles doivent intervenir d’emblée. Au Tchad, le projet d’hydraulique pastorale en zone sahélienne récemment approuvé aidera les institutions locales à construire des puits et à aménager des points d’eau sur les itinéraires empruntés par les éleveurs nomades. Les institutions en question, connues sous le nom de commissions mixtes, ont été mises en place au début des années 90 pour résoudre les conflits entre éleveurs migrants et agriculteurs sédentaires. Elles rassemblent, en nombre égal, des représentants d’agriculteurs et de nomades, sous la direction d'un sultan hautement respecté, pour s’entretenir des problèmes et trouver des solutions viables à terme. Elles ont décidé d’un itinéraire de migration et de points d’eau le long de cet itinéraire que les deux communautés doivent respecter (voir le récit ci-après). Le Swaziland est un autre exemple de coopération réussie avec les institutions traditionnelles. Dans le projet d’irrigation à l’intention des petits exploitants du bassin inférieur de l’Usuthu (LUSIP), les chefs locaux ont été consultés au sujet d’un programme de réinstallation (voir le récit ci-après).

Néanmoins, les institutions traditionnelles peuvent aussi entraver le développement, notamment pour les femmes. En Érythrée, par exemple, les femmes sont toujours circoncises en raison de pratiques traditionnelles. "Il y a une association de femmes en Érythrée qui s’applique à empêcher la circoncision des petites filles", a expliqué Abla Benhammouche, Chargée de programme de pays au FIDA. "Ces femmes s’efforcent de convaincre les mères qui vivent en zone rurale ne pas faire faire circonciser leurs filles, mais trop souvent elles résistent en raison de croyances traditionnelles."

Un type d’organisation de femmes, le kafo, est une réussite en Gambie (voir le récit ci-après).

Rôle transversal des institutions rurales

  Une organisation d’agriculteurs se réunit au Ghana  
  Une organisation d’agriculteurs se réunit au Ghana

 

Le développement ne peut pas se réduire à une seule et unique question, mais concerne de nombreux aspects de la vie rurale, comme l'eau, la terre, l'équilibre entre les deux sexes, l’accès aux marchés, le financement et le VIH/sida, pour n’en nommer que quelques-uns. Cela veut dire que les institutions rurales qui se consacrent à des questions spécifiques étendent rapidement leurs activités à d’autres domaines. Elles peuvent aussi devenir des structures plus complexes, auquel cas elles devront au préalable être reconnues sur le plan juridique. "C’est là un des problèmes que nous voyons, surtout pour les associations hydrauliques", a déclaré Rudolph Cleveringa, conseiller technique principal pour la gestion de l’eau et le développement rural au FIDA. "Nous voyons beaucoup de questions transversales dans ces institutions, mais le cadre juridique actuel ne prévoit pas ce phénomène. Une structure verticale s’applique, les problèmes liés à l’eau ne concernent que l’hydraulique et les interactions avec les autres domaines ne sont pas reconnues". Ce problème commence à devenir alarmant en raison de l'importance de l’eau et du risque de conflits potentiels dû à l’aggravation des pénuries d’eau et de l’évolution des régimes météorologiques. "Nous avons eu des cas où les investissements relatif à l’eau ont cessé parce que la question foncière n’était pas résolue. En donnant à ces institutions l’espace dont elles ont besoin, on éviterait les problèmes de ce type", a ajouté M. Cleveringa (voir le récit ci-après sur les associations d’irrigants).

En revanche, les organisations d’agriculteurs, en particulier en Afrique de l’Ouest et du Centre, représentent désormais les divers intérêts de leurs membres, y compris sur le sujet de l’eau.  Dans de nombreux pays, elles sont devenues des partenaires politiques et leurs membres se font désormais entendre auprès des pouvoirs publics. "Il s’agit là d’un autre aspect important des institutions rurales: sont-elles entendues et leurs intérêts sont-ils pris en compte aux niveaux supérieurs?", a demandé M. Anyonge. "Si l’on répond par l‘affirmative, cela veut dire que l’autonomie de l’organisation est assurée, ce qui est un de nos objectifs en tant que donateur international". En Afrique de l’Ouest, les organisations d’agriculteurs sont désormais bien organisées et compétentes et elles ont l’habitude de prendre part aux débats politiques nationaux et régionaux (voir l'interview de Mohamadou Magha, Secrétaire général du ROPPA ci-après).

Il n’en va pas ainsi en Afrique orientale et australe, où les organisations agricoles ont commencé à se développer plus tardivement et ont besoin d’un soutien en faveur du renforcement des capacités. "Elles viennent de voir le jour, mais nous nous efforçons de mettre à profit les enseignements tirés de l’expérience acquise ailleurs", a déclaré M. de Willebois. Ainsi, la Fédération kenyane des producteurs agricoles est déjà un vaste réseau aux niveaux local et national qui offre toute une gamme de services aux agriculteurs. Elle intervient comme partenaire dans le cadre de plusieurs projets du FIDA (voir Progrès n° 6 sur les organisations agricoles, décembre 2007).

Certaines organisations locales à assise communautaire peuvent aller jusqu’à remplacer un cadre institutionnel défaillant, comme tel on l’a vu au Zimbabwe." Ces organisations locales ont permis d’acheminer les ressources. Souvent, elles ne sont pas connues dans la capitale, mais elles comprennent la culture et la langue et peuvent faire la passerelle entre personnes de l’extérieur et populations locales", a expliqué Esther Kasalu-Coffin, chargée de programme de pays au FIDA.
Dans d’autres cas, divers types d’institutions peuvent collaborer pour maximiser les synergies ou pour améliorer leurs fonctions et leurs activités. Tel est le cas, par exemple, des centres communautaires d’innovation (CCI) mis en place dans le cadre du projet d’appui au plan stratégique de transformation de l’agriculture au Rwanda. Les CCI sont des centres de services polyvalents qui offrent un espace de réunion et accueillent des événements à l’intention des communautés, des coopératives, des comités et des prestataires de services et qui favorisent une participation plus active de toutes les parties intéressées. Ils ont été mis en place dans le cadre du projet de gestion communautaire des bassins versants de Kirehe, où ils s’emploient, de concert avec les coopératives locales, à assurer des services agricoles.

Représentation et participation

Les institutions sont complexes, surtout quand elles ont une structure à plusieurs niveaux mais leur rôle essentiel reste le même: comprendre réellement les besoins des populations qu’elles représentent et encourager la participation de l’ensemble des membres. "Nous avons eu des exemples par le passé de coopératives qui ont été mises en place par les pouvoirs publics mais qui n’étaient pas vraiment représentatives de leurs membres", a expliqué Claus Reiner, chargé de programme de pays au FIDA. "Elles ne fonctionnaient tout simplement pas en tant qu’organisation". Depuis lors, l’approche a évolué et de nombreuses institutions comme les coopératives sont devenues plus indépendantes, représentant les agriculteurs et servant leurs intérêts. Le système fonctionne particulièrement bien pour les coopératives se consacrant aux cultures d’exportation. "Au Rwanda, où les cultures d’exportation sont importantes, le gouvernement a compris qu’il vaut mieux ne pas causer d’ennuis aux coopératives", a déclaré Reiner. Les coopératives jouent désormais un rôle indépendant tout au long de la chaîne de valeur, de la production commerciale aux activités de commercialisation, et, surtout, elles offrent un espace où les populations rurales peuvent exprimer leurs besoins et se faire entendre.

En tant qu’organisation de développement international, le FIDA doit faire en sorte de travailler avec les institutions qui représentent réellement les parties prenantes dont il est le porte-parole. "Il s’agit là d’un élément essentiel de la phase de conception des projets: identifier la bonne institution grâce à une analyse approfondie et lui donner les ressources adéquates," a déclaré M. Anyonge. Par le passé, de nombreux projets ont échoué après l’exécution parce que l’institution responsable de l’exécution n’était pas compétente, qu’aucune analyse du contexte institutionnel n’avait été faite et que des ressources insuffisantes avaient été affectées au développement des moyens dont disposait l'institution pour mettre un projet en œuvre. "Nous devons nous assurer que le projet est confié aux bonnes institutions.  C’est ce qui fait la différence entre succès et échec", a-t-il ajouté. À cette fin, il est extrêmement important, au stade de la conception, de comprendre comment toutes les institutions fonctionnent les unes avec les autres, y compris les organisations formelles et les pratiques coutumières, et de repérer les éventuel insuffisances qui les séparent. "Une fois que nous comprenons ce processus, nous devons nous assurer que nous avons les indicateurs nécessaires pour suivre les progrès réalisés", a ajouté M. Anyonge (voir le récit suivant sur l’analyse institutionnelle).

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Tom Anyonge, conseiller technique principal, FIDA
Courriel: t.anyonge@ifad.org

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Améliorer la conception et l’exécution des projets par le biais de l’analyse institutionnelle

Un environnement institutionnel qui laisse à désirer compte parmi les principales raisons pour lesquelles les projets et programmes de développement rural n'obtiennent pas toujours les meilleurs résultats. "L’Évaluation externe indépendante du FIDA conduite en 2004 a confirmé qu’il est nécessaire d’avoir une compréhension plus rigoureuse des systèmes institutionnels et des questions liées à la gouvernance pendant la conception et l’exécution", a expliqué Tom Anyonge, conseiller technique principal pour les institutions rurales au FIDA. En conséquence, le FIDA s’est engagé dans un processus de renforcement de ses propres compétences organisationnelles en matière d’analyse institutionnelle et de concertation. Début 2008, la Division consultative technique a publié "A Source Book - Institutional and Organizational Analysis for Pro-Poor Change: Meeting IFAD’s Millennium Challenge". Ce manuel a été rédigé en tenant compte des besoins des chargés de programme de pays, des consultants et des responsables de l’exécution ainsi que des partenaires sur le terrain. Il est appliqué actuellement à divers contextes sur le terrain, qui mèneront à l’élaboration d’un "Guide du praticien" facile d’emploi qui: i) facilitera une analyse institutionnelle plus fine lors de la conception des projets; et ii) portera une attention accrue aux aspects institutionnels et leur accordera une plus grande place pendant l'exécution, la supervision, le suivi et l’évaluation des projets. Le Guide devrait être publié d’ici à la fin de 2010.

La Division Afrique de l’Ouest et du Centre a élaboré et publié des modules de formation dans le cadre d’un projet relevant de l’Initiative pour intégrer l’innovation (III). Ces modules contiennent les principaux concepts analytiques et des exercices, ainsi que des exemples tirés de l’expérience d’autres projets soutenus par le FIDA en Afrique de l’Ouest et du Centre. Ils présentent trois aspects novateurs: i) appui aux parties prenantes pour diagnostiquer et surmonter les obstacles du succès  de l’exécution du projet; ii) appui à la conception et à l’exécution de projets de développement rural davantage axés sur les processus qui visent à élaborer des systèmes de prestation de services durables induits par la demande, en privilégiant les questions liées aux moyens de subsistance et à la gouvernance; et iii) un cadre méthodologique orienté vers les protagonistes qui permette la transformation institutionnelle en faveur des pauvres. Pendant leur mise au point, plus de 100 cadres issus de nombreuses divisions du FIDA et de certaines de ses organisations partenaires ont été formés par le biais du projet III.

En outre, au cours des trois ans à venir, le FIDA collaborera avec le Centre mondial d’agroforesterie, pour encourager les organisations locales à participer de manière significative aux processus de gouvernance qui concernent leurs moyens de subsistance et leur bien-être ainsi que l’environnement sont en jeu. Dans le cadre des projets du FIDA en Afrique orientale, "le principal objectif est d'étudier les facteurs clés de réussite en vue de créer de robustes institutions rurales qui œuvrent en faveur des pauvres", a indiqué M. Anyonge. Ce travail  mènera à la conception d’un modèle permettant de renforcer les institutions locales de sorte qu’elles puissent participer efficacement aux processus d’élaboration des grandes orientations qui permettent aux ménages ruraux pauvres de regrouper et de mobiliser les services ruraux et d’y accéder. Le résultat de ce travail servira à mettre à jour le "Guide du praticien".

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Norman Messer, chargé de programme de pays, FIDA
Courriel: n.messer@ifad.org

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Récits recueillis sur le terrain

Tchad: Un système de commissions mixtes pour la gestion des conflits

   
 

Un point d’eau administré par la communauté sur une piste nomade au Tchad

 
   
 

Un point d’eau sur une route nomade au Tchad

 

Au début des années 90, les communautés locales du Tchad étaient confrontées à des conflits croissants entre les agriculteurs sédentaires et les éleveurs nomades au sujet de l’eau et des itinéraires de migration. Traditionnellement, dans la région sahélienne du Tchad, les éleveurs migrent vers le nord du pays pendant la saison des pluies à la recherche de pâturage pour leur bétail. Ils suivent les itinéraires de migration traditionnels pendant environ quatre mois, partageant les points d’eau sur le chemin avec les agriculteurs sédentaires. Pendant des années, le système a bien fonctionné et les diverses communautés ont pu vivre ensemble et partager les ressources naturelles. La situation a toutefois commencé à se détériorer dans les années 70 et 80 en raison du changement climatique et de régimes météorologiques moins prévisibles. Les saisons sèches ont commencé à durer plus longtemps, accroissant le besoin d’eau pour les nomades et pour les agriculteurs sédentaires. Les conflits communautaires se sont multipliés quand les éleveurs retournant au sud ont endommagé les cultures avant la récolte et que les agriculteurs ont commencé à cultiver sur les pistes empruntées par les troupeaux.

"Les agriculteurs engagés dans l’élevage extensif nomade sont extrêmement importants au Tchad. Ils représentent environ 15 millions de têtes de bétail, notamment des bovins, des chameaux, des moutons et des chèvres, et procurent au pays une source substantielle d'exportation", a expliqué Carlo Bravi, chargé de programme de pays au FIDA. Selon les estimations, le Tchad assurerait environ 30 pour cent de la consommation de viande de son voisin, le Nigéria.  

La tension entre les communautés migrantes et sédentaires s’est intensifiée à tel point que le sultan d'Ouaddai, une des régions concernées de l'est du Tchad, a pris l’initiative, en 1993, de créer une commission mixte pour prévenir et gérer les conflits. Son initiative a été soutenue par l’Agence française de développement (AFD), qui travaillait sur un projet d’hydraulique pastorale dans l’est du Tchad ("Almy Bahaim" ou de l’eau pour la vie). Cette commission mixte, constituée pour résoudre les litiges concernant les puits, les points d’eau et les itinéraires de migration dans l’est du Tchad, était présidée par le sultan, une autorité traditionnelle hautement respectée. Elle était composée de sept chefs traditionnels des communautés sédentaires, sept chefs de tribus nomades, un représentant de l’Organisation nationale de développement rural, deux organismes d'État (pour l'eau et l'environnement) et un représentant de l'AFD.

La commission utilise un processus participatif et ouvert à tous. Il siège avec les éleveurs migrants et les agriculteurs pour définir les itinéraires des troupeaux et l'emplacement des puits et pour déterminer qui est responsable de l'entretien des puits. Elle soumet ensuite une proposition d’accord à l’ensemble des communautés, qui la valident. Une fois validé, l’accord doit être respecté de tous. Les itinéraires de migration sont balisés en peignant les troncs d’arbres et les pierres le long du chemin, et les puits sont construits sur le même itinéraire. En cas de litige, le sultan reste dans la communauté aussi longtemps que nécessaire (parfois des semaines) pour le résoudre. Le fait que le sultan assure la présidence de la commission lui confère pouvoir et prestige, le sultan étant aussi un chef religieux. "Il y a toujours une base religieuse à la résolution des conflits, qui se fait conformément aux pratiques musulmanes. L’idée est de résoudre un conflit avant qu’il ne dégénère en guerre locale", a précisé M. Bravi.

Le système est si efficace qu’il a été reproduit dans trois autres régions de l’est du Tchad et il sera incorporé au projet d'hydraulique pastorale en zone sahélienne, approuvé par le Conseil d’administration du FIDA en septembre. Le projet est cofinancé par l’AFD et la Direction du développement et de la coopération (DDC) suisse et appuiera la mise en place et le fonctionnement d'un plus grand nombre de ces commissions mixtes dans le centre et l'ouest du Tchad. "Le principal objectif de ces commissions est d’aider les différentes communautés locales à vivre ensemble pacifiquement. Qui dit paix, dit développement économique et social", a indiqué M. Bravi.

L'objectif global du projet est d’améliorer l’accès des communautés pastorales nomades à l’eau et aux services de base. La planification, la gestion et l’entretien des points d’eau seront assurés par les institutions locales que le projet aidera à créer. Le projet sera mis en œuvre par le Ministère de l’hydraulique. Le coût total du projet se monte à 39,5 millions d’USD, que le FIDA financera à hauteur de 19,5 millions d’USD sous forme d’un don. La contribution de l’AFD s'élèvera à 14,2 millions d’USD et celle de la DDC à 2,7 millions d’USD.

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Carlo Bravi, chargé de programme de pays, FIDA
Courriel: c.bravi@ifad.org

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Swaziland: travailler avec les chefferies pour résoudre les questions foncières

   
 

Un atelier type réunissant les chefs, lesquels participent activement au projet LUSIP sur les plans de développement des chefferies, s’intéressant notamment aux questions foncières, à la réinstallation et au développement agricole

 
   
 

La formation communautaire est un thème récurrent du projet LUSIP

 

Le projet LUSIP a été lancé au Swaziland pour favoriser la commercialisation et l’intensification de l’agriculture. Son principal objectif est de convertir
6 500 hectares de parcelles de subsistance en champs irrigués, administrés et gérés par des entreprises agricoles locales. Une meilleure irrigation permettra à la communauté de produire des cultures à fort rapport économique telles que la canne à sucre, de se nourrir et de se livrer à différentes formes d’activités d’élevage. Le projet LUSIP vise avant tout à autonomiser les institutions locales pour leur donner les moyens d’être à l’avant-garde de leur développement.

Parmi les grandes institutions traditionnelles associées au projet figurent les chefs et les chefferies. Les chefs sont l’autorité de dernier ressort de la chefferie. Ils ont la responsabilité de toutes les questions foncières sur le territoire de la Nation swazi au nom du roi, qui détient les terres en fiducie pour la nation. Les chefs interviennent sur avis des conseils intérieurs, qui sont responsables des questions foncières (litiges et changement d’utilisation des sols) et les aident à formuler les plans de développement des chefferies. "L’accès aux terres irrigables a été l’une des premières questions auxquelles nous avons dû faire face dans le projet", a indiqué Louise McDonald, chargée de programme de pays au FIDA. "Vu que les chefs sont responsables des questions foncières, il était extrêmement important de les associer d’emblée au projet".

Le projet LUSIP travaille actuellement avec sept chefferies dans la zone du projet. La planification au niveau des chefferies est primordiale pour transformer l’économie locale. "Cette approche du développement, qui met l’accent sur la participation de la communauté à tous les niveaux, a déjà obtenu d’excellents résultats dans la planification et l'exécution du projet LUSIP", a précisé Lynn Kota, de la SWADE (Swaziland Water and Agricultural Development Enterprise), l’organisme chargé de l’exécution du projet.

La planification au niveau des chefferies a déjà obtenu les résultats suivants:

"En associant les autorités traditionnelles et d’autres institutions locales aux processus de planification et d'exécution, on a fait en sorte que les groupes pauvres et vulnérables de la zone du projet soient les acteurs principaux du processus de développement", a ajouté Mme Kota.

Le projet a, en outre, mis en place un programme de perfectionnement visant à préparer les dirigeants traditionnels aux changements qui surviendront du fait du projet. Le programme les aidera à comprendre leur rôle dans le processus de développement, afin qu’ils puissent, à leur tour, donner à leurs communautés les moyens de prendre des décisions en connaissance et de créer des entreprises durables, tout en préservant la cohésion et l'harmonie sociales au sein de la communauté.

Un des défis à relever par le projet LUSIP est de veiller constamment à ce que les groupes pauvres et vulnérables ne soient pas marginalisés davantage. Il est essentiel que le projet comprenne la pauvreté telle que la perçoivent les populations et dans leur contexte social et institutionnel, afin d'améliorer les stratégies de réduction de la pauvreté – et ce, non seulement pour que les populations pauvres restent une priorité du projet LUSIP, mais aussi pour servir de point de départ pour le ciblage, le suivi et évaluation ainsi que la promotion de l'égalité hommes-femmes. À cette fin, des évaluations et analyses participatives de la pauvreté et de la vulnérabilité ont été réalisées; elles ont contribué à planifier les processus de façon à inclure les groupes vulnérables dans le développement.

L’utilisation des plans de développement des chefferies, qui ont été incorporés efficacement dans le projet LUSIP, est désormais appliquée à plus grande échelle et intégrée au sein d’un nouveau ministère des Tinkhundla et du développement régional.

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Louise McDonald, chargée de programme de pays, FIDA
Courriel: l.mcdonald@ifad.org

Lynn Kota, SWADE
Courriel: lynnk@swade.co.sz

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Gambie: Le kafo, une institution traditionnelle sans nulle autre pareille

   
 

Une réunion d’un kafo de femmes en Gambie

 

Kafo est le nom utilisé en Gambie pour désigner un groupe de solidarité à l’échelon des villages, caractéristique des pays d’Afrique de l’Ouest. En tant qu’institution, les kafos existent depuis des générations pour fournir assistance mutuelle et solidarité au sein de la communauté, et ils sont restés particulièrement puissants en Gambie. "Les kafos reposent sur les principes d’assistance mutuelle et d’action collective", a expliqué Bernadette Trottier, consultante au FIDA et experte sur le sujet des kafos. "Les membres ne sauraient manquer de s’entraider en cas de besoin: une maladie inattendue dans la famille ou un événement catastrophique comme un incendie, une inondation ou une sécheresse."

Avec l’instauration de l’économie de marché et de l’agriculture commerciale en Gambie, les kafos ont montré qu’ils étaient capables d'évoluer, tout en préservant leurs principes de base. Des sections auxiliaires des kafos pour les femmes et les jeunes basés sur les affinités – parfois même des kafos mixtes – ont été constitués pour assumer de nouveaux rôles et se diversifier en faveur d'activités rémunératrices comme l’agriculture commerciale et la transformation des produits agricoles. En outre, les projets de développement et les organisations non gouvernementales ont favorisé la création de kafos de taille plus restreinte, plus faciles à gérer à l’appui d'activités rémunératrices, de l'intermédiation financière (microcrédit et épargne) et d’autres initiatives de développement (santé, eau salubre, alphabétisation, etc.). Il reste que l’accent qu’ils placent traditionnellement sur la cohésion et la solidarité subsiste. "Ce qui est remarquable, c'est la façon dont les kafos ont su s’adapter à l’évolution rapide des besoins tout en restant fidèles à eux-mêmes", a déclaré Mme Trottier. "C'est peut-être la raison pour laquelle le kafo est une institution rurale aussi solide dans le pays".

À présent, les kafos sont des groupes axés sur le développement qui apportent des contributions importantes à leur village. "Il s’agit là d’une autre force de cette institution en Gambie", a expliqué Mme Trottier. "Ils n’ont aucune difficulté à accepter que quelques membres décident de constituer une section auxiliaire sur la base de leurs affinités, ne renonçant que rarement aux valeurs et principes essentiels de leur kafo". Les premiers kafos ont été créés au niveau du village. Si l’adhésion était libre, on s’attendait à ce que l’ensemble des femmes et des jeunes du village en deviennent membres. "On pouvait décider de rester en dehors, au risque cependant d’être considéré comme un élément antisocial", a indiqué Mme Trottier. Il reste que les membres constituaient souvent des sections de kafos dans un but bien précis. Les nouveaux-venus au village sont toujours bien accueillis, quelle que soit leur origine ou leur religion, et une assistance est souvent apportée aux non-membres (aux victimes d’un incendie ou d’une inondation, par exemple). "Il est de leur devoir de soutenir les membres vulnérables de la communauté, et ça marche parce que les membres ne savent jamais quand ils pourraient eux-mêmes avoir besoin d’aide", a-t-elle expliqué.

Les femmes sont particulièrement attachées à leur kafo, qui a tendance à remplacer la famille et les amis que les femmes quittent quand elles se marient pour aller vivre dans le village de leur mari. Cela ne veut toutefois pas dire que les kafos sont des groupes composés exclusivement de femmes. Au contraire, les kafos de femmes comptent de plus en plus souvent parmi leurs membres quelques hommes sérieux et alphabétisés. "Il n’est pas rare de voir des hommes faire partie d’un kafo de femmes, et les kafos de jeunes assurent souvent le travail pénible entrepris dans le cadre d’un projet sans compter en devenir les bénéficiaires directs", a précisé Mme Trottier. Les hommes plus âgés ont principalement des rôles de surveillance et de conseil, surtout en matière de promotion du bien-être de la communauté et d’occupation des terres. Les kafos d’hommes participent souvent activement à l’exécution des projets entrepris par des femmes.

Les kafos à l’échelon des villages sont essentiellement des institutions informelles, mais les sections créées dans un but économique sont de plus en plus institutionnalisées. Qu’ils soient formels ou informels, leurs dirigeants sont reconnus par le village tout entier, après avoir été sélectionnés par consensus pour leurs qualités personnelles comme l’intégrité, la diligence, l’esprit de communauté et l’aptitude à représenter les points de vue des membres. Ils sont généralement représentatifs et influents. "La possibilité pour les villageois de contester les dirigeants qui inspirent de la méfiance peuvent être étroitement liée à l’importance des kafos en tant qu'institutions locales", a indiqué Mme Trottier. Elle s’est souvenue d’un exemple classique donné par le sociologue gambien Donald Sock: "Il y a quelques années, une équipe de spécialistes de l’élevage avait convoqué une réunion avec les dirigeants d’une communauté pour s’entretenir d'une question technique. Comme les résidents de la localité avaient des doutes sur l’intégrité de leurs dirigeants, ils sont tous venus." Les kafos à l’échelon des villages sont réellement représentatifs et équitables, avec des règles, des règlements et des objectifs exceptionnellement rigoureux. Bien que moins représentatifs, les sections auxiliaires sont comparables à tous autres points de vue. La forte pression des pairs en fait d'excellents partenaires pour tout projet de développement. Un membre qui se fait renvoyer d’un kafo ou leurs sections n’est guère susceptible d’être considéré comme sérieux par quiconque vivant dans cette communauté ou ailleurs.

L’intérêt du FIDA pour les kafos et leurs sections a toujours été motivé par le fort accent qu’ils placent sur l’équité et la solidarité. L’expérience du Fonds a commencé avec les kafos de femmes dans le cadre du projet en faveur des petites exploitations de Jahaly-Pacharr dans les années 1980. "De l’expérience du FIDA, le ciblage communautaire donne de meilleurs résultats quand il passe par les kafos: les kafos à l’échelon des villages pour identifier les plus vulnérables et les kafos de plus petite taille établi aux fins d’une activité particulière pour faire participer les plus vulnérables aux activités de développement", a précisé Leopold Sarr, chargé de programme de pays au FIDA. Le travail avec les kafos a été encore renforcé dans le cadre de projets ultérieurs. Le projet de développement agricole des basses terres a travaillé étroitement avec les dirigeants locaux et l’influence des kafos de femmes à l'échelon des villages a contribué à préserver l'accès des femmes aux rizières. Dans le cadre du projet de finance rurale et d’initiatives communautaires, des potagers ont été mis en place pour les kafos et leurs sections de tous types (femmes, jeunes, mixtes) à l’échelon des villages, lesquels se sont lancés dans des activités agricoles et non agricoles rémunératrices. Il est envisagé de leur assigner un rôle analogue dans le projet de développement de l’élevage et de l’horticulture, lequel sera présenté au Conseil d’administration pour approbation à sa session de décembre 2009.

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Leopold Sarr, chargé de programme de pays, FIDA
Courriel: l.sarr@ifad.org

Bernadette Trottier, consultante
Courriel: Berna.trot@email.it

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ROPPA: interview de Mohamadou Magha, Secrétaire général

Le ROPPA, Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest, représente les organisations d’agriculteurs nationales de 12 pays d’Afrique de l’Ouest: Bénin, Burkina Faso, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone et Togo. Il est organisé selon une structure pyramidale en vertu de laquelle, dans chacun de ces pays, une plateforme nationale rassemble des fédérations d’agriculteurs de divers secteurs et régions, lesquelles rassemblent des organisations locales et régionales. En outre, le ROPPA a des partenariats avec les organisations d’agriculteurs au Nigéria et développe des relations avec certaines organisations au Cap-Vert et au Libéria.

Quels sont vos principaux objectifs en tant qu’organisation?
Le ROPPA a été créé pour promouvoir et défendre les intérêts des petits agriculteurs et producteurs agricoles, dans le but d’assurer la performance et la durabilité du secteur agricole. Il s’emploie à organiser le secteur dans chaque pays pour renforcer la concertation, la consultation et la solidarité. Il représente les agriculteurs et les producteurs agricoles au sein des institutions locales, régionales, nationales et internationales et vise à influencer les décisions politiques pertinentes pour le secteur. Son objectif général est d'œuvrer en faveur d’un secteur agricole durable et prospère.

Quels sont vos principaux domaines d’action? 
Le ROPPA travaille beaucoup sur les questions politiques telles que la politique agricole et les accords commerciaux et favorise la création d’un environnement plus propice au développement de l’agriculture africaine. Parmi nos principaux thèmes figurent: la reconnaissance des petites exploitations comme point de départ du développement agricole; la sécurité foncière pour les agriculteurs; la reconnaissance des droits des petites exploitations; l‘accès aux technologies, aux innovations et à l’information; l’accès aux marchés; la sécurité alimentaire; la responsabilité des gouvernements s’agissant d'adopter des politiques d'appui à l'agriculture; et la concertation à différents niveaux pour une meilleure gouvernance du secteur. Le ROPPA s’intéresse aussi aux questions économiques comme la modernisation des petites exploitations et la création de chaînes de valeur. 

Quels sont les principaux obstacles auxquels se heurte le ROPPA?
Les obstacles, ou plutôt les défis, sont multiples. En interne, il nous faut surmonter des problèmes relatifs au financement et à la capacité des membres, à la formation des cadres, à la disponibilité des experts techniques et aux exigences des membres. Plus globalement, nous sommes constamment aux prises avec les difficultés que créent les gouvernements qui ont du mal à accepter et à reconnaître la capacité des organisations d’agriculteurs à soumettre des propositions et à influencer la législation. Nous devons aussi résister à des manœuvres visant à diviser les mouvements d’agriculteurs.

Quelles sont les principales questions sur lesquelles le ROPPA travaille au quotidien?
Le ROPPA s’efforce quotidiennement de mettre en œuvre ses trois objectifs stratégiques, à savoir la défense des petites exploitations, le renforcement des organisations d’agriculteurs et la promotion des produits des petits exploitants. Le travail du ROPPA comporte de nombreuses facettes: de l’organisation de réunions à la gestion de projets en passant par la prestation de services d’appui aux agriculteurs.

Comment le ROPPA gère-t-il les relations avec les institutions traditionnelles, organisées de façon moins formelle?
Malheureusement, les institutions traditionnelles ne s’organisent pas en réseaux régionaux et ont donc moins de visibilité. Nos membres de base en sont toutefois très conscients, surtout dans les secteurs de l’élevage et de la pêche, où ils appartiennent généralement à la fois aux institutions traditionnelles et aux institutions plus modernes. Souvent, ils s'emploient ensemble à prévenir les conflits ou à gérer les terres et les ressources communales. Nous invitons fréquemment les institutions traditionnelles à débattre de sujets tels que la biodiversité et la gestion des ressources.

À votre avis, quel est le principal objectif d’une organisation agricoles de nos jours?
Il me semble qu’elle a de nombreuses fonctions. Elle a une fonction économique – fourniture d’intrants, collecte de produits agricoles, production, transformation et exportation. Elle a une fonction de services d’appui aux membres, qui inclut l'information, le conseil et le microcrédit. Elle offre des services aux tiers, tels que les intermédiaires techniques et financiers, assure la gestion et le suivi des projets, donne des conseils et des avis. Elle a aussi une fonction de service public en matière de gestion de la terre et de l’eau ainsi que de protection de l’environnement. Son rôle social implique la solidarité des membres, la santé, l'éducation et la sécurité alimentaire. Et elle a la fonction de représentation politique et celle d’influer sur les politiques.

Quelles sont les principales différences entre organisations rurales d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique orientale?
Les principales différences sont d’ordre historique. Au cours du processus de colonisation en Afrique orientale et australe, une minorité a saisi les terres et développé une agriculture commerciale caractérisée par de vastes plantations, alors qu’en Afrique de l’Ouest, les récoltes commerciales ont toujours été gérées par la population locale au sein de petites ou moyennes exploitations. Les organisations rurales ont rencontré des obstacles différents. En outre, les contextes institutionnels et politiques dans lesquels elles se sont développées étaient différents.

À présent, les organisations agricoles de tout le continent ont tendance à converger et à se rapprocher. Dans chaque région, elles ont d’importants rôles politiques et sociaux à jouer pour défendre les petits producteurs et agriculteurs. Avec la création d’une plateforme continentale, nous espérons que les organisations des deux régions conviendront de principes communs et d’une action conjointe.

Quels seront les principaux défis pour l’agriculture africaine au cours des dix prochaines années?
Il y en a beaucoup, mais les principaux seront de nourrir une population croissante, en zone urbaine notamment, de permettre aux producteurs de tirer une rémunération décente de l’agriculture tout en générant de la richesse pour le pays, de se développer d’une manière écologiquement durable et de préserver les valeurs communautaires. Le secteur agricole africain devra faire face à une concurrence rude de la part d’autres régions du globe, tout en protégeant les agriculteurs contre une concurrence déloyale. Il devra se moderniser fortement en améliorant la technologie et en réduisant les coûts au minimum, en renforçant les connaissances et les innovations et en apportant un soutien financier adéquat. Il devra gagner en efficacité dans un contexte de viabilité écologique et de contraintes liées au changement climatique.

Quel sera le rôle du ROPPA dans ce contexte ?
Le ROPPA devra se renforcer encore, surtout dans trois domaines. Premièrement, il devra se faire le puissant porte-parole de l’ensemble des producteurs. Cela signifie qu’il sera ouvert à tous, au niveau professionnel, social et géographique. Le ROPPA admettra parmi ses membres tous les pays de la Communauté économique des pays de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et établira des alliances stratégiques avec d'autres mouvements d'agriculteurs des pays d'Afrique de l'Ouest. Il s'emploiera à élaborer une plateforme en Afrique continentale destinée aux organisations agricoles. Deuxièmement, il devra continuer à soutenir les petits exploitants et leurs organisations de base, et notamment les aider à mieux produire, à saisir les opportunités commerciales, à améliorer leurs connaissances et à créer des synergies sur le plan des débouchés.

Et troisièmement, le ROPPA devra constituer un front solidaire afin de promouvoir la bonne gouvernance du secteur agricole et d’influencer la politique de façon à garantir la sécurité alimentaire, l'accès à la terre et à l'eau et l'accès à des marchés internationaux réglementés, permettant ainsi aux petits agriculteurs de prospérer.

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Mohamadou Magha, Secrétaire général, ROPPA
Courriel: mmagha@roppa-ao.org

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Associations d’irrigants: Un cas particulier

   
 

Les membres d’une association de gestion de l’eau se rencontrent sur les berges d’un lac asséché

 

Dans la plupart des pays en développement, l’agriculture utilise plus de 80% de l’eau consommée. Sachant qu’un nombre croissant de pays connaissent de graves pénuries d’eau, l’utilisation efficace de l’eau par l’agriculture pour réduire la pauvreté et la faim est une question importante. Il est donc nécessaire de mettre davantage l’accent sur le secteur agricole pour répondre à la crise de l’eau. "Le processus est soumis à de fortes pressions en raison du manque d’eau et du changement climatique. Quand l’eau est rare, les règles du jeu se caractérisent de plus en plus par une violence grandissante", a indiqué Rudolph Cleveringa, conseiller technique principal au FIDA.
Les structures de gouvernance locales de l’eau existent déjà sous une forme ou une autre, mais elles ne sont pas systématiquement reconnues aux niveaux institutionnels plus élevés. Depuis des siècles, les agriculteurs s’organisent en associations d’irrigants informelles autour d’une source d’eau commune. Ils ont ainsi pu permettre un accès équitable à l'eau, assurer l'entretien, résoudre les conflits et gérer l'évolution du système pour continuer à répondre aux besoins croissants de la population locale. En règle générale, le groupe mettait en commun ses ressources financières, techniques, matérielles et humaines pour construire, exploiter et entretenir un réseau d’adduction d’eau, et notamment gérer les différends en interne et percevoir les redevances. Si les responsables ou représentants exécutaient les missions, le pouvoir réel revenait à l’assemblée générale des irrigants, lesquels partageaient tous la même source d’eau. Les membres prenaient soin de prendre des décisions équitables concernant les différends, conscients du fait qu’ils pourraient se trouver eux-mêmes, un jour, au centre d’un litige.

Plus récemment, dans un certain nombre de projets, des associations d’irrigants modernes ont été constituées là où des systèmes coutumiers traditionnels étaient présents. Parfois, elles ont été instaurées sans tenir compte de ces structures traditionnelles: un modèle standard d’association a été mis en place de l’extérieur sans comprendre véritablement les subtilités des coutumes locales. "Nous avons constaté dans certains cas que les associations d’irrigants modernes n’ont pas intégré les systèmes traditionnels et qu’elles étaient considérées comme des dispositifs temporaires qui deviendraient des organisations de type coopératif", a déclaré Audrey Nepveu, conseillère technique chargée de l’eau au FIDA. "Cela aboutit généralement à une certaine confusion dans l'organisation sociale entre structures traditionnelles et associations d'irrigants modernes et, tout bien considéré, va à l’encontre du but recherché". Toutefois, en raison de leur modèle participatif et ouvert à tous, les associations d’irrigants sont devenues un instrument précieux dans les projets de développement participatifs. "Il est particulièrement important de veiller à ce que les associations d’irrigants favorisent la participation effective des agriculteurs et leur donnent un fort sentiment d’appartenance", a expliqué Mme Nepveu. "Elles doivent aussi tenir compte des connaissances et des pratiques traditionnelles et autochtones/coutumières. C’est là une condition du succès".

En Afrique orientale et australe, un certain nombre de projets d’irrigation ont réussi à mettre en place des associations d’irrigants qui incorporaient des structures communautaires traditionnelles de gestion de l’eau. C’est le cas du projet de mise en valeur du Haut-Bassin du Mandraré (1995-2001 et 2001-2008) à Madagascar, qui a modernisé l’irrigation afin d’accroître les revenus provenant d’activités agricoles et non agricoles des populations rurales de la région. Plusieurs groupements d’irrigants ont été constitués dans le cadre du projet sous le volet du renforcement des capacités locales. "La démarche visait à renforcer les groupements d’irrigants durables et pas simplement à construire et à moderniser", a expliqué Mme Nepveu. "Un protocole d’accord a été élaboré conjointement avec les groupements d’irrigants, précisant les contributions de la communauté aux réseaux d’irrigation, et les résultats recherchés et les responsabilités en référence à la gestion de ces réseaux".

Le projet a réussi à lancer un processus global assorti d’un degré élevé de réelle participation et à permettre aux communautés de prendre leur destin en main. "Il a appliqué diverses méthodes pour identifier les problèmes des communautés par le diagnostic et la planification participative et a suivi un processus participatif par étape préétabli pour engager des actions auprès des communautés", a ajouté Mme Nepveu. La clé de l’engagement local en faveur du projet a été le fait que les groupements d’irrigants étaient aux commandes dès la phase de conception, négociant avec les entreprises de sous-traitance et recevant les ouvrages d’infrastructure une fois achevés.

En 2005, environ la moitié des groupements d’irrigants avaient fait leurs preuves de sorte que les intervenants externes ont pu progressivement se désengager du projet. Suite à un nouveau renforcement institutionnel, les groupements d’irrigants ont en outre réduit le nombre de formateurs externes, laissant aux agriculteurs compétents le soin de former leurs homologues. Certains groupements se sont toutefois heurtés à des difficultés, à savoir un taux d’analphabétisme élevé, un faible taux d’autofinancement et le recours au conseil des proches.  

Les associations d’irrigants ont également été incorporées à plus grande échelle au projet de développement participatif de la petite irrigation, lequel a démarré en 2008 pour réformer les approches et pratiques de développement de la petite irrigation en Éthiopie. Le défi à relever ici sera trouver l’articulation entre les diverses modalités d’utilisation de l'eau, qui relèveront d’une ou de plusieurs associations d'irrigants. Par ailleurs, le réseau du programme d’amélioration de la gestion des eaux à usage agricole en Afrique orientale et australe (IMAWESA) offre un forum où les questions relatives à l'eau peuvent être débattues et les connaissances sur les meilleures pratiques échangées entre associations d’irrigants dans les différents pays.

Liens utiles

Customary water rights and contemporary water legislation: mapping out the interface (2008)
Legislation for sustainable water users associations (2007)
The interface between customary and statutory water rights: a statutory perspective (2005)
Legislation on water users organizations: a comparative analysis (2003)
Water rights administration: experience, issues and guidelines (2001)
Farmers' training manual (2001)
Module 5: Water Users Associations
Establishing a water abstraction scheme: issues and options (2000)
Readings in Africa’s customary water law (1996)
Anthologie du droit coutumier de l'eau en Afrique

Pour de plus amples informations, prière de s’adresser à:

Rudolph Cleveringa, Conseiller technique principal, FIDA
Courriel: r.cleveringa@ifad.org

Audrey Nepveu de Villemarceau, Conseillère technique, FIDA
Courriel: a.nepveu@ifad.org

Bancy Mati, IMAWESA
Courriel: b.mati@cgiar.org

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Institutions chargées de l’administration foncière

   
 

Rwanda: un opérateur-géomètre-topographe montrant aux membres de la communauté une carte des parcelles de terre

 
   
 

Tanzanie: une pancarte indique l’usage des sols : pâturage ici, culture là-bas

 

La terre est généralement le principal bien des groupes cibles du FIDA, dont les droits fonciers sont, pourtant, souvent insuffisamment protégés en raison de systèmes d'administration foncière déficients. Cette situation a un effet négatif sur la volonté des populations d'investir dans leurs terres ainsi que sur leur accès au crédit. En outre, il en est résulté de fréquents litiges liés à la terre. Une enquête récente de la FAO/Transparency international a établi que, après les hommes politiques et la police, l'administration foncière est considérée comme faisant partie des services publics les plus corrompus, notamment en Afrique (voir le tableau ci-dessous). La corruption sous-tend les nombreux cas d’accaparement des terres par les élites locales et nationales.

D’ordinaire, en Afrique, les institutions chargées de l’administration foncière officielles ne sont pas accessibles aux populations rurales. L'accès à la terre et son utilisation sont, pour l'essentiel, réglementés par des institutions coutumières.
Ces dernières années, on a pris de plus en plus conscience de la nécessité d’intégrer les institutions coutumières dans les systèmes décentralisés d’administration foncière. Ensemble, institutions gouvernementales décentralisées et institutions communautaires peuvent mieux répondre aux questions posées par la sécurité foncière et la gestion durable des terres. Les services communautaires d’aide juridique ont aussi un rôle déterminant à jouer dans la défense des droits fonciers des populations rurales pauvres, et surtout des ménages dirigés par une femme.

Le FIDA apporte son appui au renforcement des systèmes d’administration foncière dans plusieurs pays d’Afrique: Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Érythrée, Gambie, Guinée, Kenya, Lesotho, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Ouganda, Rwanda, Sierra Leone, Swaziland, Tanzanie et Tchad. Le Fonds soutient, en outre, la Commission de l’Union africaine, la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique et la Banque africaine de développement dans l’établissement de directives relatives à la formulation et à l’application de politiques foncières et travaille en collaboration avec la FAO à la formulation de directives mondiales comparables en matière de bonne gouvernance des terres et autres ressources naturelles.

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Liens utiles sur les institutions rurales (les documents ci-dessous sont disponibles en anglais seulement)

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Actualité et événements

Nomination

Steven Schonberger rejoint l'Ouest du FIDA et de l'Afrique centrale en tant que Economiste Régional.

Avant de rejoindre le FIDA, Steven a travaillé avec la Banque mondiale dans la région Asie du Sud, en Afrique et en Amérique latine et en Asie de l'Est comme chargé de programme pays et de portefeuille. Avant la Banque mondiale, Steven a travaillé avec des ONG internationales en Afrique occidentale et aux Etats-Unis sur le développement rural et la gestion des ressources naturelles, et avec des banques privées en Californie, Etats-Unis dans le domaine du financement de l’agro-industrie. Ses domaines d'activité professionnelle ont été la politique agricole, analyse de la pauvreté en milieu rural, la décentralisation, le régime foncier et la réforme agraire et rurale et de microfinance. En rejoignant le FIDA, Steven a hâte de travailler avec l'équipe d'appui régional du FIDA pour aider les équipes de gestion du programme-pays dans le cadre des stratégies pays, le ciblage, le suivi des résultats, la communication, les partenariats, l'innovation et, surtout, l'autonomisation des femmes et des hommes pauvres des zones rurales.

 

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Upcoming supervision missions

Burkina Faso

The following supervision and implementation support missions will be undertaken:

Congo

The Gambia

Mauritania

The Maghama Improved Flood Recession Farming Project Phase II  will receive a supervision mission from 16 to 27 November

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Ateliers

Atelier régional du FIDA sur l’exécution des projets en Afrique de l’Ouest et du Centre

L’atelier régional du FIDA sur l’exécution des projets en Afrique de l’Ouest et du Centre, s’est tenu à Accra, Ghana, du 1 au 4 décembre 2009.

L’objectif général était de faciliter la poursuite d’une amélioration de la performance en matière d’exécution des projets, en tenant compte des récentes initiatives prises au sein du FIDA. L’atelier cherchait plus précisément à atteindre les buts suivants :

 

Pour de plus amples informations sur l’atelier, visitez le site de FIDAfrique
http://ifad-wca2009.org/

Atelier régional sur la capitalisation et la valorisation d’expériences par les projets et programmes, Accra, 16-19 novembre 2009

Le FIDA et son réseau d’information pour le développement rural en Afrique de l’Ouest et du Centre (FIDAFRIQUE), ont organisé à Accra, Ghana, du 16 au 19 novembre 2009 un atelier de concertation et de validation d’une méthodologie de capitalisation et de valorisation d’expériences.

Cet atelier avait pour objet de systématiser une démarche de capitalisation et d’échanges de connaissances et de pratiques innovantes, porteuses de valeur ajoutée pour le développement rural dans la sous-région. L’objectif était de partager une méthodologie et des outils que chacun des projets de l’Afrique de l’Ouest et du Centre pourra s’approprier.

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Contacts

Zoumana Bamba
Chargé de la gestion des savoirs et des dons
Division Afrique de l'Ouest et du Centre, FIDA, Via Paolo di Dono 44 00142 Rome, Italie
Tel: +39 06 54592307
e-mail: z.bamba@ifad.org