Numéro 18: Octobre 2011

Message du Directeur

   
 

 

Des membres du Kapaco club dans leur serre - FIDA/D. Magada    

En Afrique, les femmes rurales se livrent à de nombreuses activités. Elles gèrent le ménage, nourrissent la famille, participent aux travaux agricoles et, pour pouvoir joindre les deux bouts, elles parviennent souvent à obtenir des revenus supplémentaires en vendant des produits ou en exploitant des microentreprises. Qu'elles tressent des paniers, produisent des cosmétiques naturels ou vendent de la nourriture et des boissons, elles opèrent généralement sur une micro-échelle et les revenus générés sont peu élevés.  Par ailleurs, leurs activités sont souvent menées à temps partiel, au domicile, où il est difficile de dissocier le travail commercial du travail non commercial. De ce fait, elles ne se considèrent pas comme des femmes entrepreneurs, même si elles le sont. Dans de nombreux pays, en outre, elles ne jouissent pas d'une égalité des droits économiques et sociaux, et ce facteur constitue l'un des obstacles qui les empêchent de développer des entreprises rentables. Les traditions et coutumes locales, par exemple, réservent souvent aux hommes l'accès aux ressources et au financement, essentiels pour lancer et consolider une entreprise durable.

Compte tenu de ces conditions, les contributions économiques et le potentiel entrepreneurial des femmes demeurent dans une large mesure inexploités. Prenant acte de cette situation, le FIDA s'est engagé à aborder les besoins spécifiques des femmes entrepreneurs au sein des communautés rurales pauvres à toutes les étapes de ses programmes et projets, de la conception à l'exécution. Cette démarche est habituellement éclairée par une analyse des contraintes et des possibilités sexospécifiques dans le programme proposé. La promotion d'activités entrepreneuriales à l'intention des femmes exige des approches concrètes reposant sur une analyse du contexte local des affaires, dans une optique spécifiquement féminine. Cela aide à concevoir des interventions répondant directement aux questions entrepreneuriales sexospécifiques qui apparaissent.

Avec une aide et un appui, les femmes entrepreneurs sont capables de développer leurs microentreprises, de s'extraire d'un cycle d'extrême pauvreté, et d'acquérir la confiance nécessaire pour s'engager dans d'autres projets.

Comme le montre ce bulletin, de nombreux programmes et projets réalisés dans la région Afrique orientale et australe reconnaissent le potentiel inexploité des femmes et ont donc commencé à aider les femmes à devenir, avec succès, des femmes entrepreneurs à part entière.

Ides de Willebois


Article de fond: les femmes entrepreneurs

Les femmes rurales pauvres vivant dans des régions éloignées du monde ne sont généralement pas considérées comme des femmes d'affaires. Pourtant, nombre de ces femmes font preuve d'un esprit d'entreprise extrêmement développé, et sont capables de tirer le plus grand parti de toutes les opportunités économiques qui se présentent. Elles peuvent n'opérer qu'à une petite ou une micro-échelle; mais, réunies, elles apportent une importante contribution au développement économique de leurs pays. Malheureusement, leur contribution n'est pas toujours prise en compte dans les statistiques nationales et demeure en partie invisible parce qu'elle est perçue comme un moyen informel de survie plutôt que comme une participation active à l'économie du pays. Le rôle des femmes n'est pas seulement fondamental parce qu'elles assurent la sécurité alimentaire et la production économique; leurs activités entrepreneuriales sont tout aussi importantes, parce qu'elles contribuent à affirmer leur position sociale et à améliorer l'équilibre entre les hommes et les femmes. Tous ces facteurs étant au cœur du mandat du FIDA, ses projets et programmes sont aussi axés sur l'aide à apporter au développement du potentiel entrepreneurial des femmes.

Contraintes pour les petites et les microentreprises

Dans de nombreuses sociétés, et particulièrement en Afrique, les femmes ne jouissent pas des mêmes opportunités que les hommes. Toute une série de contraintes font qu'il est difficile, et parfois même impossible, pour les femmes d'être en mesure d'améliorer constamment leur production. Il s'agit, par exemple, d'un accès insuffisant aux informations de marché, à la technologie et au financement; de liaisons médiocres avec les services d'appui; et d'un contexte défavorable sur le plan des politiques et de la réglementation. Ces difficultés sont accentuées par la nécessité d'entrer en concurrence dans un contexte des affaires agressif, caractérisé par des changements technologiques rapides et par une mondialisation de la production, des échanges et des flux financiers. Même si un grand nombre de ces contraintes pèsent également sur les micro-, les petites et les moyennes entreprises dont les gestionnaires sont des entrepreneurs des deux sexes, les femmes sont confrontées à des obstacles supplémentaires liés à la culture locale et au rôle que la société accepte de les voir jouer. C'est ainsi que les femmes n'ont pas, dans certains pays, le droit de posséder de la terre. Dans d'autres pays, elles parviennent difficilement à avoir accès aux services financiers, que la tradition et la culture réservent aux hommes de la communauté.

Les femmes propriétaires d'entreprises doivent surmonter de nombreux autres obstacles, et bénéficient de beaucoup moins de services et d'appui que les hommes. En outre, les hommes tendent à prendre en charge la production et la commercialisation (y compris des récoltes des femmes) lorsqu'elles deviennent des opérations lucratives. Les normes sociales peuvent aussi empêcher les femmes d'entreprendre certaines activités.

Les femmes démontrent que, si on leur en donne la possibilité, elles peuvent être des gestionnaires extrêmement capables, pleines d'initiative même lorsqu'elles n'ont qu'une éducation réduite ou une formation commerciale restreinte. Ce dont elles ont besoin, c'est d'un contexte propice et d'une formation adéquate. "Nous constatons que les femmes tendent à être plus fiables que leurs homologues masculins, mais plus conservatrices lorsqu'il s'agit de prendre des risques," déclare Ueli Scheuermeier, directeur de RAVI, une société mise en place pour améliorer l'accès aux marchés et aux technologies en Afrique orientale et australe.

L'amélioration de l'accès des femmes entrepreneurs aux opportunités économiques repose sur des conditions clés: leur donner accès aux actifs, au savoir-faire, aux technologies, au crédit et à la formation afin d'améliorer leurs compétences entrepreneuriales et commerciales, que ce soit dans le secteur de la production artisanale ou dans celui des industries de haute technologie. Il est également important que les femmes puissent faire davantage entendre leur voix au sein des organisations de producteurs ruraux. Le FIDA déploie des efforts particuliers pour promouvoir l'égalité entre les sexes et l'autonomisation des femmes en prenant en compte ces problèmes dans les programmes qu'il finance.

Tirer le profit maximum de la formation offerte

En Tanzanie, Pauline Samata, mère célibataire de quatre enfants, est parvenue à mettre sur pied avec succès une entreprise basée sur le bambou, avec l'aide d'un projet appuyé par le FIDA. Elle est devenue, depuis lors, un modèle pour les autres femmes de sa communauté. Son énergie et son esprit d'entreprise lui ont permis non seulement de monter une entreprise florissante pour elle-même, mais aussi de mettre en place un atelier de formation pour permettre aux autres femmes de suivre son exemple.

Grâce à l'échange sud-sud organisé dans le cadre d'un don accordé par le FIDA à l'International Network for Bamboo and Rattan (INBAR), Samata a découvert le vaste potentiel du bambou. Aux Philippines, elle a appris comment utiliser le bambou pour construire des maisons, tandis qu'en Chine, on lui a montré comment fabriquer des meubles en bambou ou divers autres objets comme des poubelles de bureau, des pupitres pour les écoles ou des écharpes. "J'ignorais les merveilles de cette plante jusqu'au jour où le FIDA et l'INBAR m'ont envoyée suivre une formation en Chine et aux Philippines," déclare Samata. "C'est pourquoi je veux que chacun comprenne le potentiel du bambou, et les nombreux usages que l'on peut faire de cette plante."

Aujourd'hui, l'entreprise de bambou de Samata est florissante. Elle a créé un atelier à dix kilomètres de son village, et elle peut maintenant se permettre de payer les habitants du village pour qu'ils coupent et recueillent les cannes de bambou. Elle a aussi pris l'initiative de partager ses compétences nouvellement acquises avec d'autres femmes de sa région, en créant le Mbeya Bamboo Women’s Group.

Ensemble, elles fabriquent divers produits, comme des paniers, des chaises, des tables et des poubelles, et elles ont même conçu un catalogue de leurs produits qu'elles distribuent dans les bureaux et les hôtels. De plus, elles ont réussi à s'assurer d'un revenu fixe de 3 millions de shillings tanzaniens (1 900 USD) en vendant leurs produits à Shoprite, à Dar es Salam. "Les femmes gagnent 50 000 TZS (31 USD) par mois," dit Samata. "Avec ce revenu, elles payent l'éducation de leurs enfants, achètent de la nourriture et des médicaments, et réussissent à économiser, chaque mois, au moins 5 000 TZS (3 USD)." Samata a pour vision de former le plus grand nombre possible de personnes. "Je dois sensibiliser davantage les Tanzaniens afin qu'ils soient plus nombreux à comprendre les multiples avantages du bambou et qu'ils apprennent à l'utiliser pour différents usages," explique-t-elle. "Ils pourront ainsi s'aider à s'extraire eux-mêmes de la pauvreté."

Au Malawi, un autre groupe de femmes a tiré le plus grand parti d'un programme de formation au cours duquel elles ont appris à greffer des jeunes plants de manguiers, dans le cadre d'un projet appuyé par le FIDA. Avant de suivre cette formation, les agricultrices vendaient les jeunes plants à très bas prix. Profitant de leurs nouvelles compétences, elles ont été en mesure d'obtenir une variété améliorée de manguiers, produisant davantage de fruits, et de les vendre à un prix beaucoup plus élevé. Aujourd'hui, leur club horticole ne cesse de s'agrandir et elles envisagent même d'ouvrir un magasin dans la capitale, Lilongwe (voir le récit plus loin).

Appuyer les entreprises naissantes

Dans de nombreux cas, les femmes entrepreneurs possèdent déjà des compétences très spécialisées, mais elles manquent d'une vision qui les conduirait à élargir leurs activités au-delà de leur environnement immédiat. Elles peuvent savoir, par exemple, comment fabriquer un produit spécifique et le vendre sur le marché local, mais ne pas avoir les connaissances requises pour augmenter l'échelle de leur production et trouver de nouveaux débouchés. De ce point de vue, les programmes et projets du FIDA peuvent leur apporter une aide. À Madagascar, le Programme de soutien aux pôles de microentreprises rurales et aux économies régionales (PROSPERER) appuyé par le FIDA a aidé trois microentreprises gérées par des femmes à s'associer pour remporter un marché de décoration de chapeaux (panamas) pour la célébration de la fête nationale de l'Indépendance. Cette initiative a rencontré un très grand succès, dans la mesure où elle a aidé les femmes à comprendre les avantages qu'il y a, pour des microentreprises, à travailler en équipe et à viser de plus grands marchés. PROSPERER appuie le développement d'activités mieux organisées, tout en créant des services efficaces  de développement des entreprises répondant aux besoins des petites et des microentreprises rurales (voir le récit plus loin).

Un projet du même ordre en cours d'exécution au Rwanda, le Projet pour la promotion des petites et microentreprises rurales (PPMER), encourage la création de microentreprises rurales, en particulier pour les groupes vulnérables, et notamment les femmes. Il forme des organisations professionnelles, comme des coopératives ou des associations commerciales, et leur apprend à fournir des services d'appui à des entreprises nouvellement créées. En obtenant l'appui d'une association locale ou d'un groupe commercial, les jeunes femmes entrepreneurs acquièrent la confiance dont elles ont besoin pour développer davantage leur entreprise. Le projet soutient également l'élaboration d'une politique nationale et d'une plateforme de concertation  à l'intention des PME.

Par ailleurs, les femmes entrepreneurs manquent souvent de connaissances relatives aux aspects opérationnels de la gestion d'une affaire, comme la comptabilité, les plans d'entreprise et les stratégies financières. Cela barre leur accès au secteur bancaire formel et empêche la croissance de leur entreprise. Dans cette perspective, les programmes et projets du FIDA peuvent apporter un appui très utile aux groupes et aux associations commerciales qui aident les femmes entrepreneurs à accroître leurs connaissances en matière d'opérations commerciales. Ces associations peuvent aussi les aider à développer leurs compétences dans le domaine de la commercialisation pour cibler des marchés de plus grande taille.

Cultiver l'esprit d'entreprise

En Afrique comme ailleurs dans le monde, être un entrepreneur suppose avant tout que l'on possède l'état d'esprit adéquat pour saisir les opportunités lorsqu'elles se présentent et les transformer en une affaire rentable. Maimouna Omary Ikanga, une femme d'une quarantaine d'années vivant en Tanzanie, offre un excellent exemple des résultats que l'on peut obtenir  lorsqu'on possède un esprit d'entreprise, même dans un coin reculé du pays.  Maimouna avait bénéficié, au départ, du système de récépissés d'entrepôt mis en place par le FIDA au cours de la décennie écoulée. Ce système permet aux agriculteurs d'emprunter de l'argent avant la vente de leur récolte, en utilisant comme garantie les produits stockés dans un entrepôt. Ils sont ainsi à même de mieux faire la soudure, souvent difficile, entre les récoltes et de ne pas vendre à très bas prix par désespoir.

En 2006, Maimouna a obtenu une bonne récolte et, grâce au système de récépissés d'entrepôt, elle a été en mesure d'entreposer ses céréales en attendant de pouvoir les vendre à un meilleur prix. Cette année-là, elle a pratiquement doublé son revenu. Elle a investi ses bénéfices dans l'achat d'une parabole, d'un téléviseur et d'un groupe électrogène. La source d'électricité la plus proche se trouvant à 15 kilomètres de là, son acquisition a constitué une attraction de premier plan pour la communauté. Pendant la Coupe du monde, elle a fait payer les habitants du village pour suivre les matches de football sur son téléviseur, et ses gains ont largement dépassé ses prévisions. Depuis lors, elle est devenue présidente de sa coopérative locale d'épargne et de crédit (SACCO), et elle gère désormais un réseau local en ligne qui aide à sécuriser les transactions commerciales. "Elle est extrêmement entreprenante, et elle a tous ses chiffres dans sa tête" déclare Scheuermeier, qui soutient le réseau régional d'entrepreneurs dont fait partie Maimouna. Bien qu'elle sache lire et écrire, elle est  limitée par son ignorance de l'anglais (elle ne parle que le swahili). Mais cela ne l'arrête pas. "J'ai un fils" dit-elle "qui peut s'exprimer en anglais, et m'aider à utiliser l'internet."

L'exemple de Maimouna est peut-être exceptionnel du fait de son fort esprit d'entreprise. Toutefois, de nombreuses autres femmes vivant dans des zones tout aussi éloignées pourraient également réussir. Étant donné que nombre d'entre elles sont de jeunes entrepreneurs débutants, elles ont encore besoin d'aide pour parvenir au stade auquel leur entreprise pourra générer des revenus suffisants pour être réinvestis dans l'entreprise plutôt que d'être uniquement utilisés pour contribuer à la survie. Avec l'appui d'une organisation comme le FIDA, ce niveau de succès peut être atteint par les nombreuses femmes qui s'efforcent de gagner leur vie en exploitant leur sens aigu des affaires, leur initiative et leur créativité.

On trouvera de plus amples informations en suivant les liens ci-après:


Récits recueillis sur le terrain

Malawi: apprendre de nouvelles techniques horticoles pour accroître les revenus

   
 

 

Sapithirika, présidente du Kapaco club - FIDA/D. Magada    

La zone de Lobi est l'une des plus reculées du Malawi, à l'ouest du bourg de Dedza, sur la frontière avec le Mozambique. Il faut une heure, sur une piste de terre battue, pour y arriver. Jusqu'à une date très récente, les agriculteurs ne parvenaient pas à produire suffisamment pour garantir leur sécurité alimentaire, et dépendaient de récoltes irrégulières et peu abondantes de légumes et de maïs, souvent épuisées avant la récolte suivante.

Lorsque le Projet de développement de l'agriculture, des moyens de subsistance ruraux et de l'irrigation (IRLADP) est arrivé dans le district de Dedza, de nombreux petits exploitants agricoles ont eu la possibilité d'apprendre de nouvelles techniques et de trouver des moyens plus rentables de gagner leur vie. Le projet, d'une durée de six ans et cofinancé par la Banque mondiale, a pour objectif d'accroître la productivité agricole et les revenus nets des ménages ruraux pauvres en leur fournissant un ensemble intégré d'éléments d'appui - irrigation, services de conseil en matière d'agriculture et d'irrigation, actifs et services de commercialisation et post-récolte. L'IRLADP a été mis en œuvre dans 11 districts dans les régions du nord, du centre et du sud du Malawi.

Construction de serres

L'Association horticole de Lobi est l'une des associations ayant participé au projet. Constituée en 1998 pour la production de jeunes plants de manguiers et de citronniers, elle compte 1778 membres, dont 1226 femmes. Elle a bénéficié d'un don qui l'a aidée à construire des serres et à acquérir des intrants et du matériel – brouettes, tuyaux en plastique et jeunes plants. "La proposition que nous avions soumise au projet IRLADP concernait une serre, parce que nous estimions que nous en avions réellement besoin pour améliorer notre production," a expliqué Alice Guburu, secrétaire de l'association. "Depuis que nous avons commencé à travailler avec le projet, ce nombre est passé à sept", a-t-elle ajouté. L'association est structurée en six clubs horticoles répartis sur trois zones; chaque club exploite deux serres qui font fonction de pépinières. La septième serre est gérée directement par l'association au bénéfice de tous ses membres.

Greffe des jeunes plants

Les membres de l'association ont reçu une formation utile concernant la technique de greffe des jeunes plants; les agriculteurs sont désormais en mesure de vendre des jeunes plants de meilleure qualité, qui produiront davantage de fruits, à un prix beaucoup plus élevé. "Nous vendions chaque plant de manguier non greffé à MK 20 (0,13 USD). Aujourd'hui, chaque plant greffé se vend à MK 200 (1,32 USD)" déclare Sapithirika, présidente du Kapaco Club, celui qui, parmi tous les clubs de l'association, obtient les meilleurs résultats. "Avant que nous ayons acquis ces connaissances et la structure d'une serre, nos jeunes plants mourraient ou étaient détruits par les animaux."

Le Kapaco Club, qui compte 45 membres dont 42 femmes, a accumulé sur son compte bancaire près de MK 600 000 (3973 USD), provenant de la production et de la vente de jeunes plants de manguiers. En 2008, le club a vendu 1500 plants non greffés, pour un total de MK 30 000 (198 USD). En 2009, après l'apprentissage de la nouvelle technique de greffe, la vente des jeunes plants a rapporté au club la somme de MK 250 000 (1655 USD). Les recettes ont encore augmenté en 2010, pour atteindre MK 300 000 (1986 USD), avec une production de 1500 jeunes plants. Les membres du club produisent également des aubergines, des tomates et du maïs, pour leur propre consommation et pour la vente. Comme dans les autres clubs, le revenu de chaque agriculteur dépend de sa propre production et de la qualité de ses jeunes plants.

Vente et commercialisation

Le projet a également assuré une formation dans d'autres domaines: direction, gestion des pépinières et commercialisation. Chaque club est responsable de la production et de la gestion des serres, tandis que l'association est responsable de la commercialisation et des ventes. "Nous avons créé un comité de commercialisation qui supervise l'évolution des jeunes plants afin de s'assurer qu'ils atteignent le stade de maturité adéquat pour la vente, et qui recherche des débouchés", explique Sapithirika. Parfois, les acheteurs viennent les voir; sinon, les membres négocient par téléphone ou même se déplacent chez les acheteurs avec un échantillon de jeunes plants. Le principal acheteur est une organisation non gouvernementale, Concern Universal.

L'association ne perçoit aucune commission sur les ventes, mais les membres versent une cotisation annuelle de MK 150 (1 USD). L'association utilise les recettes de sa propre serre pour payer ses quatre salariés – un employé de bureau, un gardien et deux jardiniers – et pour acheter le carburant nécessaire au transport. Le reste de l'argent, dont une partie sert aussi à l'acquisition d'autres intrants agricoles, comme des engrais et des jeunes plants, est déposé sur un compte bancaire à Dedza, à environ 40 kilomètres. "En 2010, nous avons déposé MK 85 000 (563 USD). Pour cette année, nous attendons de vendre nos jeunes plants," déclare Alice.

Un avenir plus brillant

   
 

 

Mary devant sa nouvelle maison, avec son vélo – FIDA/D. Magada    

Les membres estiment que leurs moyens de subsistance se sont considérablement améliorés depuis 2008, année de démarrage du projet qui appuie l'association. "Nous avons tous très largement bénéficié du projet. Nous avons maintenant assez de nourriture pour parvenir à la récolte suivante, beaucoup d'entre nous ont placé un toit en tôle ondulée sur leur maison, nous envoyons nos enfants à l'école, et nous avons pu acheter des bicyclettes," a dit Sapithirika. "Nous avons également pu acheter des articles de ménage et des engrais. Notre argent sert aussi à l'entretien de la serre, et nous avons investi dans l'acquisition d'un moulin pour le traitement du maïs que consomment nos familles. Nous recevons régulièrement des visiteurs, qui viennent voir ce que nous faisons, et nous envisageons d'ouvrir un point de vente dans la capitale, Lilongwe.”

Mary, une femme de 45 ans et mère de sept enfants, est membre du Chikondano Club, l'un des clubs de l'Association horticole de Lobi. Elle a vécu avec sa mère jusqu'en 2009, mais elle a pu construire sa propre maison après avoir vendu avec succès des jeunes plants greffés. "J'ai greffé 370 jeunes plants en 2008, et en 2009 l'association a trouvé un marché, l'ONG Concern Universal. J'ai obtenu MK 200 (1,32 USD) pour chacun de mes jeunes plants, soit MK 74 000 (490 USD) au total. Avec cette somme, j'ai acheté des tôles ondulées, qui m'ont coûté MK 45 000 (298 USD), pour mon toit. J'ai payé MK 1500 (10 USD) à un jeune pour la préparation des briques crues qui ont servi à la construction de la maison, et MK 20 000 (132 USD) au maçon qui l'a construite," a-t-elle expliqué.

En 2009, Mary a greffé 400 jeunes plants, qu'elle a aussi vendus à Concern Universal, par l'intermédiaire de l'association, encaissant MK 80 000 (530 USD). "J'ai acheté un vélo et j'ai placé le reste de l'argent sur un compte bancaire auprès de la New Building Society," dit-elle. Elle réserve une partie de cet argent à l'acquisition d'intrants agricoles et d'engrais, dans la perspective de la prochaine campagne. Elle a aussi profité des prix peu élevés pour acheter du maïs, qu'elle entrepose dans sa maison, pour sa propre consommation. Elle possède également du bétail.

Les six plus jeunes enfants de Mary, qui ont entre 12 et  20 ans, fréquentent l'école secondaire, même s'ils sont légèrement en retard parce qu'ils ont commencé tard. "Je n'avais pas les moyens de les envoyer plus tôt", explique Mary. Contrairement aux écoles primaires, qui sont gratuites au Malawi, les écoles secondaires sont payantes. Elle est très fière de sa fille aînée, qui a obtenu son diplôme d'enseignante, et exerce maintenant au village. Elle n'a plus le sentiment d'être pauvre. "Je ne suis pas riche non plus", dit-elle. "Je suis entre les deux. Je n'aurais jamais pensé avoir tant d'argent à la banque." Mary n'a pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin. Elle est très ambitieuse et voudrait avoir sa propre serre afin de produire davantage de jeunes plants de manguiers et de gagner ainsi plus d'argent.

Les autres membres de l'association ont la même vision de l'avenir que Mary. Ils veulent plus de serres pour produire et vendre plus de jeunes plants. "Notre projet est d'avoir au moins 20 serres pour nos clubs et l'association," déclare Alice. " Nous sommes déjà à l'étroit, et certains de nos membres doivent entreposer les jeunes plants dans leur propre maison."

Pour de plus amples informations, prière de s'adresser à:

Miriam Okong’o, Chargée de programme de pays, FIDA
m.okongo@ifad.org

Dixie Kampani, Coordination du projet, IRLADP
dkampani@globemw.net

ou de suivre le lien ci-après:

Le FIDA au Malawi


Madagascar: promouvoir la coopération entre microentreprises

   
 

 

Des panamas décorés aux couleurs nationales de Madagascar - PROSPERER    

Madagascar possède une longue tradition de petites et de microentreprises (PME), en particulier dans le secteur artisanal. Elles tendent toutefois à limiter leurs activités à leur environnement immédiat, avec peu de perspectives de développement. Le Programme de soutien aux pôles de microentreprises rurales et aux économies régionales (PROSPERER), qui appuie le développement d'entreprises organisées dans ce secteur, a contribué à la mise en place d'une collaboration innovante entre microentreprises. "Madagascar est un pays dynamique, avec un fort esprit d'entreprise, spécialement dans le domaine de l'artisanat, où les savoirs sont transmis de génération en génération. Nous essayons, à partir de là, de le développer davantage," déclare Benoit Thierry, Chargé de programme de pays au FIDA.

En 2010, le programme a joué le rôle d'intermédiaire pour permettre de répondre à une commande de décoration de 10 000 chapeaux (des panamas) aux couleurs du drapeau malgache. Les panamas devaient être spécialement réalisés pour les célébrations, cette année-là, du 50ème anniversaire de l'indépendance de Madagascar. La commande était beaucoup trop importante pour une seule entreprise, de sorte que le programme a essayé de réunir plusieurs microentreprises pour répondre à la demande.

Trois microentreprises, toutes trois gérées par des femmes, ont été choisies pour remplir ce contrat, l'ensemble du travail étant coordonné par l'une des trois femmes entrepreneurs, Joelle Rabevazaha, propriétaire de Kalangita Creation, à Ampilanonana Ambalavao, près de la capitale, Antananarivo. La tâche consistait à produire des rubans blancs, rouges et verts pour décorer les chapeaux. "Il nous a fallu d'abord préparer un échantillon, pour que le client puisse choisir, avant d'entamer le travail sur la commande proprement dite," a-t-elle expliqué. "Le client a toutefois mis assez longtemps pour faire son choix, ce qui ne nous a laissé qu'une semaine pour produire tous les rubans."

   
 

 

Des machines à coudre électriques alimentées par un groupe électrogène ont été utilisées pour préparer les rubans - PROSPERER    

Joelle était chargée de l'achat des chapeaux, à l'état brut, qui seraient ensuite décorés par les trois microentreprises concernées. "C'était un énorme investissement pour nous, et nous n'avions pas les moyens de les acheter", dit-elle. PROSPERER les a aidées à obtenir un acompte du client, ce qui leur a permis d'acheter la matière première.

Chacune des trois sociétés a reçu son lot de chapeaux à décorer, et s'est mise au travail. "Nous avons acheté des ciseaux électriques pour pouvoir travailler plus vite, et en quatre heures environ, nous avons réussi à couper 620 morceaux de ruban," raconte Menja, une autre femme entrepreneur impliquée dans le projet. "Et pour achever le travail dans les délais, j'ai dû embaucher davantage de personnel." Menja est propriétaire d'une petite entreprise qui fabrique des poupées. Son personnel est exclusivement féminin, et toutes les employées travaillent ensemble dans son atelier.

Menja et Joelle possèdent toutes deux des machines à coudre électriques, alimentées par un groupe électrogène, étant donné que leur village ne dispose pas de l'électricité. Hanja, la propriétaire de la troisième entreprise, emploie également des hommes, principalement pour coudre au moyen de machines à pédale, qui exigent une plus grande force physique. Ils utilisent aussi des fers électriques ou des fers traditionnels.

Les trois sociétés ont communiqué régulièrement entre elles par téléphone pour vérifier l'état d'avancement de la commande, conformément aux directives données au départ. Le programme a en outre recruté une coordonnatrice chargée de vérifier la qualité d'ensemble du travail, et de s'assurer que les trois ateliers respectaient les mêmes normes. Elle s'est rendue chaque jour dans les trois ateliers, donnant des avis lorsque c'était nécessaire, puisqu'elle était informée des exigences du client. En outre, les propriétaires des entreprises ont formé, dans le cadre de l'initiative, des travailleuses moins expérimentées. "Nous avons aussi dû former nos employées, qui ont en même temps suivi un stage de formation proposé par PROSPERER," déclare Joelle.

Les trois partenaires sont parvenues à produire tous les panamas commandés et à les livrer à temps pour la célébration de la Journée de l'Indépendance. Cette expérience leur a montré qu'elles peuvent, en travaillant ensemble, cibler des marchés plus importants et qui leur semblaient précédemment hors de portée.

À ce jour, PROSPERER a choisi 14 500 petites entreprises, parmi lesquelles 13 000 ont déjà bénéficié d'une formation ou reçu des services d'appui. L'objectif d'ensemble est d'apporter, d'ici à 2015, un appui à 48 000 PME. "L'idée est de travailler avec des personnes qui possèdent déjà une petite entreprise, parce qu'elles ont déjà une expérience et des connaissances relatives à l'achat de la matière première, à sa transformation et à sa vente. Elles ont déjà une mentalité d'entrepreneur," déclare Thierry.

Des conseils sont dispensés, dans le cadre du programme, sur la manière d'élaborer et de présenter un plan d'entreprise pour obtenir des fonds de démarrage auprès d'une institution de microfinance. Des stages de formation en matière de commercialisation, de direction et de gestion sont également proposés. "Avant le programme, nous ne nous considérions pas comme des entrepreneurs. Nous n'avions aucune idée de la commercialisation ou de la direction," a dit l'un des entrepreneurs concernés.

Toutefois, le but ultime du programme PROSPERER est de rassembler au sein d'une association toutes les PME d'un secteur donné afin qu'elles soient mieux organisées. À cet égard, l'expérience relative aux panamas a constitué un premier pas, montrant que la coopération était possible. "Notre objectif est de parvenir à des secteurs d'activité bien organisés. Les divers réseaux existent déjà, mais de manière plutôt informelle. Le message que nous voulons faire passer est le suivant: ensemble, nous sommes plus forts," déclare Thierry.

Pour de plus amples informations, prière de s'adresser à: 

Benoit Thierry, Chargé de programme de pays, FIDA
b.thierry@ifad.org

Norman Messer, Chargé de programme de pays, FIDA
n.messer@ifad.org

Caroline Bidault, Chargée de programme de pays associée, FIDA
c.bidault@ifad.org

Haingo Rakotondratsima, Fonctionnaire de programme de pays, c/o Ministère de l’Agriculture, de l'Élevage et de la Pêche
h.rakotondratsima@ifad.org

ou de suivre les liens ci-après:


Ouganda: diversifier ses activités en produisant des cosmétiques naturels

   
 

 

Ouganda ph 001 - Mme Seguja vendant ses produits au cours d'une foire commerciale    

Grace Seguja est la créatrice et la directrice de NALUSCO, une société fabriquant des savons aux herbes et des produits de soins de la peau. Avant de lancer son entreprise, Grace était une femme rurale au foyer, qui élevait des poules pour apporter un complément au revenu de son mari et contribuer au bien-être de la famille. Grace et son mari Joel ont dix enfants.

Son esprit d'entreprise s'était révélé plus tôt, lorsqu'elle avait remporté un prix, offert par une radio locale, récompensant la meilleure entreprise de production de poulets. Pour Grace, cela ne suffisait pas. Elle était ambitieuse et voulait faire quelque chose d'autre, mais n'avait pas accès au crédit nécessaire pour l'aider à lancer une entreprise. "J'avais des idées, mais je n'avais pas d'argent pour démarrer une activité," dit-elle.

En 2006, Grace a adhéré à une coopérative locale d'épargne et de crédit (SACCO), la Masaka Elders SACCO, appuyée par le Programme de services financiers ruraux (RFSP) exécuté en Ouganda par le FIDA. Elle avait reçu l'assurance qu'elle pourrait obtenir du capital pour démarrer son entreprise. Son idée était de produire du savon et des cosmétiques, et les autres agriculteurs du village l'ont encouragée dans ce projet. L'intervention du RFSP a pour objectif de donner aux populations rurales les plus pauvres une capacité accrue d'épargner, d'acquérir des actifs et d'investir dans des activités productives et des entreprises, par le biais de l'accroissement du champ d'action et de la durabilité de SACCO choisies. La SACCO à laquelle a adhéré Grace, basée dans la ville de Masaka, dans le sous-comté de Kimanya–Kyabukuza, compte 2463 membres.

En 2008, Grace a emprunté 300 000 shillings ougandais (115 USD) à la SACCO et, avec son mari et ses enfants, a commencé à fabriquer des barres de savon. Au début, ils ne produisaient que trois barres de savon par jour, vendues chacune au prix de UGX 1000 (0,38 USD). Après avoir remboursé le premier emprunt, elle en a obtenu un nouveau, plus important, et a pu faire l'acquisition d'une machine qui lui a permis de développer sa production. Son mari a démissionné de son poste dans la section comptable de l'hôpital de Kitovu pour travailler à plein temps dans ce qui constitue désormais une entreprise familiale. Grace et Joel ont depuis lors élargi leur champ d'action en ouvrant une autre unité de production à Kampala, en ajoutant une crème pour le corps à leur ligne de produits, en conditionnant leurs produits pour cibler un marché plus vaste, et en achetant une camionnette pour transporter les produits.

Ils utilisent exclusivement une main-d'œuvre familiale pour toutes les opérations: recherche, production, tests des produits, ventes, commercialisation, gestion financière et comptabilité. Tous leurs enfants sont concernés, soit en participant activement à l'entreprise, soit en travaillant comme apprentis pour apprendre le métier.

Grace attribue son succès et sa notoriété à l'aide reçue de la SACCO.  "Je suis maintenant connue dans tout le pays, à cause de mon activité et grâce à la SACCO, qui m'a fait confiance et m'a accordé un prêt pour lancer mon entreprise", dit-elle.

Eric Kizza, le directeur de la SACCO, est heureux que la coopérative ait donné à Grace la possibilité d'explorer son potentiel et de développer une entreprise florissante. "Lorsque Grace a adhéré à la SACCO, elle ne possédait pas grand chose. Elle a démarré avec un petit prêt qu'elle a utilisé et promptement remboursé avant de pouvoir en demander un nouveau. Elle n'est pas revenue sur le passé et elle est aujourd'hui en mesure d'obtenir des prêts encore plus importants, non seulement auprès de la SACCO mais aussi des banques commerciales, si tel était son souhait," dit-il.

Pour NALUSCO, le principal défi dans l'avenir proche sera de faire mieux connaître ses produits sur un marché plus vaste. La société doit accumuler des fonds pour assurer la publicité de ses produits par l'intermédiaire des médias, et ne pas se limiter à un étal sur les marchés ou un stand dans les foires commerciales.

Pour de plus amples informations, prière de s'adresser à:

Marian Bradley, Chargée de programme de pays, FIDA
m.bradley@ifad.org

ou de suivre le lien ci-après:

Le FIDA en Ouganda


Actualités et manifestations

Dons et prêts approuvés par le Conseil d'administration à sa session de septembre 2011

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Nominations et mouvements du personnel

Robert Creswell, précédemment attaché à la Division de l'Audit, a rejoint la Division ESA en tant que Fonctionnaire chargé de la gestion financière à compter du 1er septembre 2011.

Norman Messer a rejoint la Division ESA en qualité de Chargé de programme de pays pour Madagascar. Il avait auparavant été attaché au Fonds belge de sécurité alimentaire, et à la Division Afrique de l'Ouest et du Centre.

Nous disons au revoir à M. Ides de Willebois, Directeur de la Division ESA, qui devient à compter du 1er novembre 2011 Directeur de la Division Afrique de l'Ouest et du Centre.