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Du 26 octobre au 2 novembre 2003, une mission du FIDA s'est rendue au Maroc. Elle était constituée de M. Alain Guillouët, Administrateur pour la France, Ioan Pavel, Administrateur pour la Roumanie, Abdelmajid Slama, Directeur de la division Afrique du Nord et Proche-Orient et M. Mounif Nourallah, chargé du Maroc. Elle a été organisée par M. Nourallah, avec la collaboration de l'Office régional de mise en valeur agricole de Ouarzazate (ORMVAO) et la Direction provinciale de l'agriculture de Marrakech (DPAM). Elle a visité deux projets: "vallée du Dadès" et "Al Haouz". Elle a achevé son séjour par des entretiens avec les autorités marocaines ainsi que les responsables de donneurs d'aide. Cette visite sur le terrain permet de conforter et d'affiner un certain nombre d'observations effectuées au cours d'une mission effectuée au Viet Nam l'an dernier1. Cette mission a également montré l'importance de l'adaptation des projets en cours de réalisation, mais aussi la capacité de réaction des bénéficiaires. I. Déroulement de la mission La mission a bénéficié d'une présentation de chaque projet par le Directeur de l'ORMVAO et celui de la DPAM assistés de leur équipe. Pour la vallée du Dadès, projet lancé au début des années 90, la visite sur le terrain a notamment porté sur l'alimentation en eau potable de Tilaouine, la station caprine et la fromagerie de Skoura, la bergerie des ovins D'man, les installations hydro-agricoles de M'gouna, la réhabilitation de la séguia de Nig Ihgrem et la palmeraie de Todgha. Pour le projet d'Al Haouz, plus récemment engagé2, ont notamment été visités la fondation microcrédit du Crédit agricole et la coopérative agricole d'Amirmiz, les vergers et l'adduction d'eau potable à Toulkine, un bureau de la Fondep (microcrédit) et un atelier bénéficiaire de son activité, l'association Tifaouine et une association dans le secteur de l'écotourisme à Imlil. Dans la capitale, la mission a notamment rencontré le Secrétaire général et le Directeur du budget du Ministère des finances, le Secrétaire général et le Directeur des affaires foncières du Ministère de l'agriculture, le Représentant de l'Union européenne et les collaborateurs spécialistes de l'eau et du développement rural, la nouvelle Représentante de la Banque mondiale ainsi que les membres d'une mission conjointe Banque mondiale/FAO3 , le Représentant de l'Agence française de développement. L'Administrateur pour la France a également pu rencontrer l'Ambassadeur de France au Maroc ainsi que le Chef de la Mission économique à Casablanca. |
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II. Le FIDA au service des plus pauvres 1. Ciblage: les plus pauvres parmi les ruraux Les deux provinces visitées sont parmi les plus pauvres du royaume. En leur sein, ce sont les zones les plus défavorisées qui ont été retenues. Ainsi, même dans la province d'Al Haouz, moins excentrée que celle de Ouarzazate, le projet couvre une partie du piémont du Haut-Atlas et au-dessus. Les communes sont ensuite choisies parmi celles qui sont rurales et en fonction du rang de pauvreté tel qu'il a été déterminé par le PNUD. Puis les douars (villages) sont sélectionnés un par un. Pour Al Haouz, 209 douars, comptant 5 347 exploitations, ont ainsi été inclus dans le cadre du projet sur un total de 465 douars et 11 902 exploitations. Le pourcentage de douars retenus va de25 % dans les communes "moins défavorisées" de la zone du projet jusqu'à plus de 70% pour "les plus défavorisées". En moyenne, le niveau de malnutrition constaté dépasse 50% dans la zone du projet. En outre, les zones de montagne sont isolées, elles ont donc peu bénéficié des investissements publics jusque-là et se trouvent à l'écart des circuits des échanges. D'où la difficulté d'échapper à l'enchaînement: pauvreté > faible niveau d'instruction > croissance démographique > surexploitation des ressources naturelles > dégradation des ressources > faible niveau de production > pauvreté. Dans un tel contexte, seule une intervention extérieure (formation/investissement/désenclavement) permettant de relever de façon suffisamment rapide et diffuse la productivité des agents est susceptible de briser cet enchaînement. C'est ce que le FIDA essaie de faire de façon modeste et pragmatique. 2. La démarche participative La démarche du FIDA est bien participative. Elle remonte à partir des besoins constatés sur place vers la définition du projet. Elle colle à la réalité et implique les communautés et associations locales afin de répondre aux besoins réels, d'assurer une meilleure efficacité ainsi que la durabilité des projets. Trois principes permettent de la résumer : concertation, participation, responsabilisation. Dans les projets les plus récents comme celui d'Al Haouz, plusieurs équipes d'animateurs et de sociologues, renforcées de techniciens en tant que de besoin, sont allées dans chacun des 465 douars (en amont de la sélection des villages) pour faire le point sur les besoins, les attentes et les contraintes afin de faire émerger des idées de projet correspondant à la réalité et aux capacités locales. Ainsi, l'accent sur les infrastructures socioéconomiques de base part des besoins constatés: pistes rurales, alimentation en eau, centres de santé, écoles, etc. Dans ces zones où l'eau manque tant, tout ce qui relève de la protection des ressources et de l'irrigation n'est pas oublié, mais là encore il s'agit de micro-projets, le plus souvent sous forme de rénovation de séguias ou de khettaras (plusieurs dizaines dans la Vallée du Dadès). Le souci de coller aux besoins se retrouve encore dans l'importance des travaux de protection des terrains de culture. Ainsi des digues en gabion sont réalisées, ou vont l'être, sur plus de 10 km dans la zone de Ouarzazate. La modestie de ces micro-composantes du projet n'en réduit pas la valeur dans une zone où les pluies peuvent être torrentielles et emporter une partie des rives cultivables. 3. Action en faveur des femmes 4. L'interaction avec les administrations locales La présence du FIDA sur le terrain ne se voit pas seulement à travers ses projets, mais également par sa participation aux réflexions du pays bénéficiaire. Ainsi, le Gouvernement marocain a élaboré sa "stratégie 2020 de développement rural" en tirant les leçons de ses propres expériences, en particulier de celles réalisées avec l'aide des bailleurs de fonds. A cet égard, l'accent mis sur la démarche participative et l'implication de la société civile reflète assez largement celle du FIDA dont c'est la spécificité. Au-delà du soutien à la formation et à la production, ces projets développent, pour certaines activités, une approche intégrée soit en amont, notamment en ce qui concerne le financement (microcrédit), soit en aval, au niveau de la valorisation et de commercialisation. On a vu l'exemple de l'agriculture, des plantes médicinales, de la production de fruits, etc. L'exemple de la coopérative agricole d'Adrar montre que même un micro-projet doit comporter nécessairement plusieurs composantes pour être efficace, notamment la valorisation et l'adaptation de la production. Cette coopérative regroupe 7 personnes et 120 ruches qui produisent de 10 à 30 kg de miel, les années de sécheresse réduisant considérablement la production. Dans un premier temps, la coopérative a reçu du matériel et bénéficié d'un premier module de formation. La deuxième étape va porter sur la sélection des abeilles pour accroître la production et permettre la certification des produits. En outre, la valorisation des sous-produits (cire) va être recherchée (bougies, jouets, etc.) ; elle suppose au préalable une formation. De façon plus générale, au cours des dernières années, la prise en compte des besoins de financement (microcrédit) et des problèmes de commercialisation reflète ce nouveau concept. De son côté, le Ministère de l'agriculture préconise d'ailleurs une double intégration: verticale tout au long d'une filière de production (de l'élevage à la fabrication de fromage par exemple), mais aussi horizontale pour bénéficier aux autres secteurs (travail du cuir par des artisans). 5. Efficacité et limite des cofinancements Les cofinancements existent. Ils sont extrêmement efficaces lorsque chacun contribue au même projet de façon complémentaire. Ainsi, nous avons pu constater que la KFW a financé une route principale dans la région de Ouarzazate, le FIDA se chargeant des petites pistes qui la prolongent jusqu'au village. Là encore, nous avons pu voir l'effort que représentait la montée au douar, par un sentier de plusieurs centaines de mètres, voire quelques kilomètres, avec même des marches en escalier dans les parties les plus pentues et l'importance de répondre à ce besoin d'accès au village lui-même. Le Fonds de l'OPEP a également apporté un financement et l'ONG "Near East Fondation" l'assistance technique (élevage). En outre, il est clair que quand un multilatéral comme le Fonds de développement de l'OPEP ou la Banque islamique de développement fait confiance et se soucie d'abord d'apporter un complément financier au FIDA, qui est de fait son agence d'exécution5 , c'est le mode de fonctionnement le plus simple et le plus efficace pour l'institution. Mais les discussions avec les institutions bilatérales ou multilatérales montrent que chacune a ses priorités, ses modes de financement et ses règles de gestion. La concertation est plus étroite lorsque les projets s'inscrivent dans des programmes nationaux; c'est en particulier le cas pour la gestion de l'eau, domaine où l'Union européenne a participé à la définition d'un projet d'ajustement sectoriel ; de nombreux intervenants participent à sa mise en oeuvre, dont l'Agence française de développement, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. Dans d'autres domaines, la coopération est plus intellectuelle que concrète à travers des projets conjoints. Le Ministère de l'agriculture le regrette vivement. Le Secrétaire général préconise d'ailleurs de mieux insérer les projets dans les programmes nationaux et de recourir davantage aux institutions et aux procédures locales afin de simplifier la gestion des projets. III. Les leçons concrètes 1. L'adaptation aux réalités
Dans d'autres cas, plus rares, on constate une appropriation individuelle d'anciens droits collectifs. C'est évidemment une situation qui facilite les financements individuels comme on a pu le voir dans un élevage de chèvres tout à fait remarquable. Mais, de façon générale, de l'avis même du Directeur de l'Office régional de mise en valeur agricole de Ouarzazate, l'aménagement des terres et l'utilisation des terrains collectifs7 sont les opérations les plus difficiles à conduire. b. Du partenariat au consensus La logique de la démarche participative, c'est d'impliquer la totalité des bénéficiaires. Par exemple, lorsque l'on crée un projet d'irrigation, tous les utilisateurs devraient être membres de l'association des usagers qui gérera par la suite la répartition de l'eau8, assurera l'entretien du réseau et veillera à la formation de techniciens compétents. Tous sont également censés contribuer en nature à la réalisation du projet9. Lorsqu'il y a seulement une majorité de bénéficiaires au sein de l'association, faut-il se priver d'un projet? Une position inflexible conduirait à récuser ce type de projet. Pourtant l'exemple d'une palmeraie où, à côté de la rénovation de la séguia, l'association majoritaire (mais pas unanime) a en plus creusé un puits qui bénéficie en priorité à ses membres, mais également aux autres, plaide pour une approche pragmatique. Bien sûr c'est source de difficultés ; seule une minorité prend en charge les risques financiers et les problèmes techniques tels que la répartition des eaux, l'entretien des installations et la comptabilité ; en outre, il y a une probabilité de subventions croisées (sauf à avoir une double comptabilité). Il est vrai que cette difficulté a été constatée sur un projet lancé il y a longtemps et pour lequel la démarche participative était peut-être moins développée. L'existence d'une dynamique au sein du douar a été prise en compte dans la réflexion et la formulation du projet d'Al Haouz. En ce qui concerne les projets d'utilisation de l'eau, l'adhésion de l'ensemble des titulaires d'un droit d'usage est un préalable au lancement du projet. c. Gérer la pénurie d'eau L'urgence est non seulement d'essayer de collecter un peu plus d'eau (dans la mesure du possible), mais surtout de mieux l'utiliser. En effet, la prospection en eaux souterraines conduite dans la vallée du Dadès n'a pas permis de réaliser autant de puits qu'espéré par manque d'eau. Economiser l'eau est donc impératif. C'est une direction dans laquelle le FIDA s'est déjà investi et devrait logiquement continuer à le faire. Le Directeur des affaires foncières du Ministère de l'agriculture a également indiqué que ses services se souciaient de monter des projets qui encourageaient des activités adaptées aux ressources disponibles. Ainsi, la production de céréales est rarement préconisée dans la zone orientale du pays, parce que trop consommatrice d'eau. Les solutions vont vers le goutte à goutte, le choix de plantations plus économes en eau (pommier plutôt que figuier) ou à plus forte valeur ajoutée (roses, plantes médicinales). 2. La capacité de réaction des bénéficiaires a. Le dynamisme de la société civile Une autre source de renouveau consiste à s'appuyer sur des personnalités d'un village qui ont réussi à l'extérieur et acceptent de venir aider et conseiller des actions dans leur village, de valoriser les produits en les transformant sur place ou en les labellisant voire les brancher sur un marché existant (voir production biologique dans le village de Darjama ou la coopérative apicole d'Amiz miz. Des artisans sont parfois prêts à développer leur activité. Il suffit d'une petite aide. C'était ainsi le cas du fabricant d'abat-jour en métal à Asni. Avec un minicrédit, il a pu louer un local, recruter quatre personnes et développer sa production qu'il n'a aucun mal à écouler. Une simple opération de microcrédit10 peut donc dynamiser le tissu local. D'où les deux composantes de micro-crédit (à court terme) et des associations de micro-finance des douars (pour avoir accès direct aux crédits à moyen et long terme des banques dont le Crédit agricole). b. Réagir face à une situation détériorée Dans les cas de détérioration de l'environnement, la rentabilité des projets est sans doute difficile à assurer et pourtant leur existence est ô combien nécessaire. Autrement dit, entre le moment où l'on conçoit un projet et celui où on le met en oeuvre, des conditions climatiques, par exemple, peuvent rendre le projet encore plus nécessaire, mais encore plus difficile à mettre en oeuvre. Ce serait certainement une erreur de se désengager mais également de juger la réussite du projet sur la base des hypothèses initiales. c. Des réserves d'imagination Dans des situations moins dramatiques, on voit aussi des idées qui, de prime abord, peuvent paraître surprenantes et qui sont néanmoins porteuses de projets intéressants. Au cours de sa session de septembre 2003, le Conseil d'administration a adopté un rapport préconisant des visites sur le terrain pour les administrateurs comme dans les autres IFI . Cette mission confirme le bien-fondé de cette orientation. L'observation montre en particulier combien l'action du FIDA doit être flexible et pragmatique. A titre personnel, après avoir vu trois projets en phase de démarrage ou de mise en oeuvre, mon souhait serait un jour de participer à une mission d'évaluation pour mieux comprendre comment les projets vivent et s'adaptent aux besoins exprimés par la collectivité, à la réalité de la situation tout en s'évertuant à conserver une efficacité aussi élevée que possible. Alain Guillouët 1. Le rapport de cette mission effectuée en juillet 2002 se trouve sur le site du FIDA à l'adresse 2. Le projet Al Haouz a été approuvé lors du Conseil d'administration du FIDA du 7 décembre 2000 alors que l'approbation pour celui de Ouarzazate remonte au 20 avril 1994. 3. Cette mission est chargée de tirer les premières leçons et de dresser les perspectives de la mise en oeuvre de la stratégie 2020 de développement rural (voir plus loin). 4. La participation des bénéficiaires représente 50% du coût de l'élimination des jujubiers contre 10% au plus pour la plupart des autres composantes. Malgré ce taux élevé, la demande est très forte. 5. Une mission conjointe à Djedda du Gouvernement marocain et du FIDA avait permis de présenter le projet à ces partenaires. 6. Souvent un territoire est propriété collective d'une tribu ethno-lignagère. 7. La difficulté s'accroît par le fait que les terres dites collectives font souvent l'objet de droits d'usage régis par la tradition orale. 8. La répartition de l'eau nécessite un suivi précis. A Aït Abdoun, où il y a à la fois une seguia et un puits, les règles sont différentes selon la source d'approvisionnement en cas de rationnement et le tarif est différent. Ceux qui l'ont financés sont prioritaires. 9. La contribution en nature heures de travail représente en général 7,5 à 10% de la valeur de l'investissement. 10. Le bureau de micro-crédit d'Asni accorde des prêts d'une durée allant jusqu'à deux ans pour un taux d'intérêt de 8% par an. Le montant moyen du prêt est un peu supérieur à 100 dirham (9,20 €). 80 % des crédits vont à l'agriculture, très souvent pour de l'élevage. Le projet privilégie les femmes et les jeunes. Le crédit est accordé à un groupe de solidarité d'au moins quatre personnes qui en garantissent ensemble le remboursement. Le FIDA finance la ligne de microcrédit, la FONDEP prenant en charge les frais de fonctionnement (salaires, location des locaux, équipement, etc.). 12. Voir le document EB 2003/79/R31 "visites sur le terrain à l'intention des administrateurs". |
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