La présente note se rapporte au FCR3: Alignement des éléments de conception sur les objectifs stratégiques du FIDA et enseignements tirés; analyse et cadre de résultats
Version du 2007
Questions de fond
La conception d’investissements de développement rural doit inclure des tests de viabilité et de durabilité financières, ainsi qu’une démonstration de l’intérêt du projet pour l’économie en général. Les analyses économiques et financières permettent de disposer à l’avance des éléments pertinents grâce aux méthodes de la valeur actualisée nette et de l’analyse coût-avantage. Les principes sur lesquels reposent ces méthodes sont connus et établis depuis longtemps. Toutefois, l’intérêt de l’analyse en tant qu’instrument de décision dépend de la qualité de ces hypothèses sous-jacentes et de la mesure dans laquelle elle permet de cerner les divers coûts et avantages et de prévoir avec précision les résultats du projet. Parmi les questions de fond liées à ce qui précède et qu’il convient d’étudier dans le cadre du renforcement de la qualité figurent:
- L’estimation précise des coûts financiers. L’imprécision des premières estimations de coûts peut être en partie imputée au caractère incomplet des informations et aux difficultés inhérentes aux prédictions à long terme. Quoi qu’il en soit, la tendance sur le marché est à la sous-estimation, laquelle résulte fréquemment d’une évaluation inappropriée des capacités locales à procéder à une mise en œuvre rapide et opportune et dépend de l’accessibilité locale/internationale des intrants, de l’efficacité de la passation des marchés et de la disponibilité en temps opportun des fonds de contrepartie.
- L’estimation précise des avantages financiers. L’une des variables critiques de l’estimation des avantages additionnels est le degré d’adoption des nouvelles technologies et d’adaptation des entreprises. La justification du changement repose habituellement sur la viabilité technique et financière, mais le degré d’adaptation dépend également de la perception des risques qu’a le groupe cible et de ses stratégies de réduction de ces derniers, des contraintes des ménages en matière de main-d’œuvre et de trésorerie, de la fiabilité et de la complexité de la technologie et d’autres facteurs sociaux qui peuvent déterminer les préférences et les motivations individuelles. En outre, la commercialisation des produits repose sur l’hypothèse de l’existence d’une demande est d’un marché qui fonctionne. Cette hypothèse doit être examinée avec soin afin de parvenir à une estimation réaliste des prix à la production et des volumes des ventes.
- La démonstration de la viabilité et de la durabilité financière. Le test habituel de la viabilité financière des projets du FIDA consiste à procéder à l’analyse financière des entreprises privées indicatives. L’analyse devrait également englober la viabilité des institutions participantes et de celles créées dans le cadre du projet, en vue de s’assurer que la prestation de services pourra être maintenue au-delà de la période de financement. Le recouvrement des coûts est un élément clé de la durabilité financière et lorsque les services sont fournis sur cette base, la formulation doit inclure une analyse de la demande de ces services. Quoi qu’il en soit, la volonté et la capacité des ruraux pauvres à payer les services et produits appuyés dans le cadre du projet et la capacité des institutions et prestataires de services à les faire payer doivent faire l’objet d’un examen sans concessions.
- L’évaluation des coûts et des avantages sociaux. Traditionnellement, on utilise l’analyse économique pour tenir compte du coût financier des distorsions et transferts de paiements. Une analyse coûts-avantages élargie peut également permettre de tenir compte des externalités et autres coûts et avantages sociaux. Une telle analyse peut nécessiter le recours à des méthodes complexes faisant appel à des prix fictifs et à des jugements de valeur, mais, lorsque les externalités pécuniaires communes au développement agricole (comme par exemple les liens en amont/aval dans les bassins versants) dépendent pour une part importante des coûts et des avantages du projet, il convient alors d’en tenir compte dans l’analyse.
- Les incertitudes sur la répartition des coûts et des avantages: les instruments de financement souples, comme les fonds de développement communautaire, génèrent des flux de coûts et d’avantages imprévisibles. Une analyse fondée sur certaines activités indicatives à entreprendre peut-être fiable dans certains cas, si l’on prévoit un éventail de choix pour le groupe cible. L’incertitude peut également peser sur les projets à la conception plus structurée, notamment pour les activités de recherche et de vulgarisation. Ceci tient à l’importance du délai qui précède l’apparition des avantages des services de recherche et de vulgarisation et à la sérendipité inhérente aux résultats de la recherche. Enfin, le problème de la répartition des coûts et des avantages s’applique notamment aux projets du FIDA qui s’inscrivent dans le cadre d’initiatives plus vastes de programmes de donateurs tels que les programmes intersectoriels et, dans ce cas, une analyse coûts-avantages ex ante de la contribution du FIDA peut alors ne pas constituer l’instrument de décision approprié.
Missions clés de la conception et de l’examen
- Dans le document de projet et les tableaux, préciser les coûts du projet de façon claire, succincte, mais suffisamment détaillée. Dans tous les cas, les comptes de dépenses doivent surtout être transparents et sans aucune ambiguïté et comporter à chaque fois des estimations des frais et des indemnités journalières liées aux services rémunérés dans le cadre du projet. Recourir aux logiciels classiques (COSTAB) qui permettent de regrouper et de présenter: les coûts d’investissement et les dépenses renouvelables de différentes catégories aux différents niveaux; les coûts unitaires et les quantités; les liens entre comptabilité, décaissements et passation de marchés; et l’estimation des provisions pour aléas financiers et d’exécution. Exposer clairement les hypothèses et préciser les sources d’information.
- Exposer dans l’analyse financière et économique le scénario en l’absence du projet, en tenant compte des tendances sous-jacentes et du contexte technologique, politique, économique et matériel du projet et de l’ensemble plus vaste dans lequel il s’insère, afin de montrer l’évolution (positive ou négative) de la productivité qui aurait eu lieu en l’absence d’intervention. Pour le scénario prévoyant le déroulement du projet, analyser les effets de substitution éventuels, afin de déterminer le résultat et l’impact net propre au projet.
- Pour l’analyse financière, présenter des évaluations appropriées de l’intérêt de l’investissement pour le groupe cible. Les calculs de rendement du capital pourraient s’accompagner d’estimations des rendements de la main-d’œuvre et de la terre. Vérifier les hypothèses qui sous-tendent les modèles d’entreprise du point de vue de la disponibilité des intrants, de la main-d’œuvre et – lorsque c’est utile – de l’accès au crédit. Estimer le degré de diffusion des activités proposées dans le cadre du projet en s’appuyant, si possible, sur l’expérience tirée des projets antérieurs et, de préférence, sur les rapports de suivi et d’évaluation et de supervision. Étudier la répartition des avantages et des coûts privés supplémentaires tout au long de la chaîne de valeur, afin d’obtenir des prix à la production réalistes.
- Inclure (en tenant dûment compte de la volonté et de la capacité des groupes cibles du FIDA de payer) une analyse de la demande des services du projet octroyés sur la base du recouvrement intégral ou partiel des coûts.
- Entreprendre une analyse économique en recourant aux méthodes classiques de calcul du prix de référence afin de permettre un ajustement des coûts financiers et l’élimination des transferts publics et de refléter ainsi les prix économiques des ressources. Élargir le calcul du prix de référence en vue de parvenir à une estimation de l’impact et des résultats significatifs du projet ne donnant pas lieu à une commercialisation.
- Lorsque le coût total des infrastructures, du développement agricole, de l’irrigation et des autres investissements « lourds » prédomine dans les tableaux récapitulatifs des dépenses, calculer les taux de rendement au niveau de l’ensemble du projet. L’analyse sera d’autant plus pertinente si les taux de rendement sont également calculés de façon séparée pour chaque composante ou combinaison de ces dernières.
- Tester les hypothèses clés et les risques du projet en procédant à une analyse de sensibilité et de risques. Au niveau de l’entreprise, les paramètres importants sont la variabilité des rendements et la volatilité saisonnière des prix; au niveau du projet, ce sont les retards d’exécution et la disponibilité des financements de contrepartie (et, en particulier, les contributions prévues des communautés visées et des institutions gouvernementales concernées à la couverture des coûts administratifs et de gestion et d’autres coûts supplémentaires). Pour l’analyse de sensibilité, utiliser des valeurs seuil et justifier le choix des scénarios étudiés.
