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ناشر الأصول

Allocution inaugurale de S. E. Jean Nkuete, Vice Premier Ministre, Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural du Cameroun à l’occasion du trentième anniversaire du Fonds International de Développement Agricole (FIDA).

Monsieur le Président du Conseil des Gouverneurs,
Mesdames et Messieurs les gouverneurs,
Mesdames et Messieurs,
Distingués Invités,

Le Cameroun se trouve honoré ce jour, grâce à l'aimable invitation du Président du Fonds International de Développement Agricole (FIDA), à prendre part à cette 31ème session du Conseil des Gouverneurs qui marque le trentième Anniversaire du FIDA. Le Chef de l'Etat, le Président Paul Biya, avait souhaité être présent lui-même, pour délivrer ce message. Ayant été empêché au dernier moment, il m'a désigné pour le représenter personnellement et délivrer, en son nom, cette allocution. Je voudrais donc, d'entrée de jeu, transmettre à M. Lennart Båge, Président du FIDA, les remerciements du Président Paul Biya pour cet honneur et lui réaffirmer le soutien du Cameroun à l'action du FIDA.

Je voudrais également remercier les autorités italiennes, pour l'accueil qui m'a été réservé, ainsi qu'à la délégation qui m'accompagne, depuis notre arrivée à Rome.

Il y a trente ans, plus précisément en 1977, naissait le FIDA, en réponse à l'appel lancé lors de la Conférence mondiale sur l'alimentation de 1974.

Le  FIDA a été créé avec l'ambition de donner une réponse adéquate au problème structurel de financement du secteur de l'agriculture. À cette période déjà, cela laissait entrevoir les signes précurseurs d'une baisse d'intérêt de la part de la communauté internationale pour le secteur agricole, caractérisé notamment par la baisse des prix agricoles sur les marchés internationaux, la surproduction et les excédents agricoles et la détérioration des termes d'échanges.

Pendant que plusieurs bailleurs de fonds se désengageaient progressivement de l'agriculture, le FIDA y est resté, convaincu que le secteur serait encore à même de promouvoir un développement durable et continuer à répondre aux besoins des populations les plus pauvres. L'histoire lui donne raison aujourd'hui, eu égard à l'intérêt que toute la communauté de développement semble de nouveau accorder à l'agriculture.

Durant ces trente années, le Cameroun, qui a toujours fait de l'agriculture une priorité dans son processus de développement, a gardé des rapports très étroits avec le FIDA, en dépit de la période difficile des années quatre-vingt-dix, quand le pays était confronté au plus fort de la crise économique. Au total sept projets ont été financés par le FIDA au Cameroun. C'est la preuve s'il en est que le FIDA accorde une attention particulière au développement agricole de notre pays. Les projets en cours d'exécution aujourd'hui sont prometteurs. Une partie des résultats positifs en matière de lutte contre la pauvreté observés au Cameroun, particulièrement la pauvreté rurale, sont à attribuer à ces projets. Le Cameroun a pu réduire de près de vingt points, l'indice de pauvreté entre 1996 et aujourd'hui. Nous sommes sur la bonne voie pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. Nous entendons raffermir davantage nos liens avec le FIDA, notamment dans le cadre de la mise en place d'une banque de crédit agricole au Cameroun et pour soutenir la production agricole en général.

Après avoir très brièvement brossé les contours du partenariat Cameroun/FIDA dans la lutte contre la pauvreté, il me semble tout à fait indiqué, à une tribune comme celle-ci, de dire un mot sur les grands problèmes mondiaux du moment, en l'occurrence, le paradigme révisé en matière de développement, les changements climatiques, les biotechnologies et les bioénergies.

Après une longue période d'augmentation de la production agricole mondiale, ayant entraîné d'importants surplus, d'ailleurs inégalement répartis, les estimations récentes, notamment celles de la FAO, quant à son évolution au cours des prochaines années, montrent que le monde s'achemine progressivement vers une situation de déficit chronique, menaçant la sécurité alimentaire. Je suis cependant heureux de noter que le monde en prend conscience et se reprend pour remettre l'agriculture à la place qu'elle n'aurait jamais dû quitter, et lui réassigner son rôle de premier plan comme moteur du développement.

Les rapports de la FAO sur la situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2007 : « Payer les agriculteurs pour les services environnementaux » et de la Banque mondiale sur le développement dans le monde en 2008 : « l'Agriculture au service du développement » sont suffisamment éloquents à cet égard.

Ce changement de paradigme est sans nul doute un signal fort qui devrait impulser une nouvelle dynamique dans la manière d'aborder les questions de développement. Pour les pays africains en général, étant donné qu'une grande proportion de la population vit de l'agriculture et des activités connexes, l'essor économique passe nécessairement par la définition de politiques agricoles adaptées et par la poursuite d'investissements porteurs. La typologie des exploitations agricoles recommande qu'un accent particulier soit mis sur les petites exploitations agricoles, pour assurer aux millions de ruraux pauvres vivant dans nos campagnes, des créneaux sûrs pour améliorer leurs conditions de vie, réduire la pauvreté et combattre l'insécurité alimentaire. Vaincre la faim chez les plus pauvres est le créneau du FIDA. Cependant, on ne saurait taire le nécessaire dosage entre la promotion des moyennes exploitations agricoles et l'agro-business, tous deux faisant intervenir le secteur privé, et s'avérant ainsi générateurs d'emplois.

Pour que l'agriculture assure son rôle fondamental de lutte contre la pauvreté et de moteur de la croissance et de développement durable, certaines conditions essentielles doivent être remplies 

D'abord les échanges régionaux des produits agricoles faisant déjà l'objet d'un commerce international devraient être facilités, il faudrait également diversifier les produits pouvant faire partie des échanges internationaux. D'un autre côté, particulièrement en Afrique, nous devons investir dans l'approvisionnement en eau pour les activités agricoles de manière à maximiser les rendements. D'autres aspects tels que l'accès aux facteurs de production et aux services financiers devraient également être pris en compte.

Les questions de bonne gouvernance, d'équilibres macroéconomiques et de paix sociale reviennent toujours comme préalables pour la mise en œuvre de programmes de développement agricoles.

Plusieurs pays africains ont fait des progrès énormes en mettant en place des structures démocratiques qui fonctionnent même si elles restent encore perfectibles. Nous pensons que la démocratie est un processus d'apprentissage de longue durée.

Au Cameroun, nous restons disposés à travailler avec la communauté des bailleurs de fonds, et plus particulièrement le FIDA, pour mettre au point un plan d'action mettant l'agriculture au centre du développement et en harmonie avec notre Stratégie de développement du secteur rural.

Sur la question des changements climatiques, qui est  aujourd'hui au centre de toutes les préoccupations et génère des inquiétudes au niveau mondial, il est de toute évidence prouvé que les populations pauvres sont les plus exposées, notamment au travers de la dégradation des écosystèmes. Le réchauffement climatique est effectif et est surtout dû à l'activité humaine. Il faudrait en prendre conscience dès maintenant et agir immédiatement pour éviter que le monde se retrouve dans une situation de non retour.

Les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère ne respectent pas les limites d'un pays ou d'un continent ; toute action isolée sur le plan national ou régional pour juguler le mal serait inappropriée. La problématique et la solution doivent être globalisées, c'est la raison pour laquelle nous pensons que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et les accords de Kyoto constituent une base objective de mise en commun des efforts sur le plan mondial.

Nous notons qu'une Feuille de route a vu le jour lors de la Conférence de Bali sur les changements climatiques qui s'est tenue en décembre 2007, qui enclenche un nouveau cycle de négociation devant être terminé en 2009 pour alimenter les conclusions en 2012 et au-delà, du Protocole de Kyoto.

Il faut à tous les Etats, une bonne dose de volonté politique pour que les négociations puissent aboutir, notamment sur les aspects de mitigation et d'adaptation, qui nous semblent être les principaux points de controverse et de discorde, mais aussi s'agissant des questions liées à la déforestation et au transfert de technologies.

Toutes les actions prises sur le plan national, y compris les législations, doivent contribuer à cet effort collectif. Pour notre part, le Président Paul Biya avait déjà annoncé, lors de son intervention à la réunion de Haut niveau sur les changements climatiques, qui s'est tenue en marge de la soixante-deuxième session de l'Assemblée générale des Nations Unies, deux actions d'envergure. Il s'agit de la relance de « l'Opération Sahel vert » avant la fin de cette année et la création d'un observatoire des changements climatiques au Cameroun. Ces actions, qui ont pour ambition de participer à l'effort global, pourront, nous l'espérons, inspirer d'autres pays.

Le débat sur les bioénergies est aujourd'hui ouvert non plus sur leur importance comme source d'énergie alternative aux carburants fossiles, mais sur leurs effets sur la sécurité alimentaire d'une manière générale, et sur leur contribution à l'augmentation des revenus des producteurs agricoles les plus pauvres. Nous reconnaissons la pertinence et le bien fondé du travail en cours à la FAO et au FIDA en matière de collecte d'informations permettant de mieux cerner l'ampleur de cette question sur le plan global pour  les mettre à la disposition des États membres.

Le Cameroun considère que les bioénergies peuvent présenter d'énormes avantages, si le potentiel agricole existant est exploité à juste escient.

En développant les biocarburants, il importe de tenir compte du fait que les cultures appropriées à cette activité et celles vouées à l'alimentation peuvent entrer en compétition s'agissant de l'utilisation des terres et du temps consacré au travail. Il le faut notamment pour éviter que la course effrénée vers la recherche de l'augmentation des revenus ne se fasse au détriment de la lutte contre l'insécurité alimentaire. C'est dans ce cadre que le travail de la recherche peut devenir essentiel en valorisant des produits résiduels de ces cultures.

Sur la question des biotechnologies, la réflexion autour des problèmes d'éthique qu'elles suscitent continue à alimenter la controverse, avec pour centre d'intérêt les manipulations génétiques. L'utilité des biotechnologies modernes sur l'alimentation et l'agriculture, telles qu'appliquées dans l'agro-industrie, est un domaine qui demande certainement à être davantage exploré.

Quel rôle peut jouer le génie génétique pour résoudre les problèmes des paysans pauvres dans les pays en développement ? Il faudrait examiner cette question sous les divers angles de la sécurité alimentaire, des gains de productivité, des marchés des produits agricoles et de la croissance économique en général. Le monde est encore très loin d'avoir épluché tous ces aspects. En l'absence de connaissances plus pointues sur le rôle, à long terme, de la biotechnologie sur l'alimentation et l'agriculture, certains pays continuent à adopter le principe de précaution, qui n'est qu'un moyen de procrastination de l'action en attendant d'avoir plus d'informations scientifiquement vérifiées. Quoiqu'intéressé par la question, le Cameroun souhaite participer activement à cette quête d'information en utilisant les ressources à sa disposition dans le cadre de ses programmes de recherche agricole.

En dernière analyse, un constat s'impose : qu'il s'agisse des changements climatiques, des bioénergies ou des biotechnologies, les défis pour l'humanité restent importants en ce vingt et unième siècle, notamment en matière d'alimentation et d'agriculture. La conjonction de cet ensemble de questions, aussi importantes les unes que les autres, auxquelles s'ajoute la forte croissance démographique sur le plan global, rend la résolution des problèmes de développement davantage complexe. La structure et le flot de l'Aide publique au développement devraient considérer tous ces éléments pour être véritablement au service du développement mondial.

Le FIDA, avec les deux autres institutions des Nations Unies basées à Rome, que sont la FAO et le PAM, chacune dans le cadre de son mandat, sont suffisamment outillés pour soutenir, au sein d'un partenariat bien étudié, les efforts internationaux pour apporter des solutions aux problèmes globaux de l'heure. Les Etats Membres de leur côté, devront tenir leurs engagements.

Dans le cas spécifique du FIDA dont nous savons que la présente session lancera le processus de consultations pour la huitième reconstitution de ses ressources, nous confirmons que le Cameroun, qui est membre du Conseil d'administration, fera tout ce qui est de son pouvoir pour assurer une heureuse conclusion de ces négociations. Mon pays mettra à la disposition du FIDA, le niveau de ressources lui permettant un programme de travail de plus en plus important dans nos pays pour les prochaines années. Nous nous assurerons que notre niveau de contribution soit tout au moins équivalent à celui qu'il était lors de la septième reconstitution.

Je terminerai mon propos en disant « Happy Anniversary » au FIDA, lui souhaitant plusieurs autres années joyeuses au service des populations rurales les plus pauvres du globe.

Je vous remercie de votre aimable attention.