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Discours du Ministre de l’agriculture et de l'agriculture et de l’élevage de la République du Burundi, Son Excellence M. Elie Buzoya, à la 29ème session du Conseil des Gouverneurs du FIDA

Excellence Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Délégués,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Au nom du gouvernement de la République du Burundi et de la délégation qui m'accompagne, l'honneur m'échoit, de m'adresser à cette auguste assemblée, pour vous adresser les salutations du Peuple Burundais.

Qu'il me soit permis, de me joindre à mes prédécesseurs pour exprimer mes vifs remerciements au Fonds International de Développement Agricole pour l'invitation nous adressée afin de participer à cette 29ème session du Conseil des Gouverneurs du FIDA et de l'accueil combien chaleureux qui nous a été réservé, depuis notre arrivée jusqu' à présent.

Nos sincères remerciements et félicitations s'adressent particulièrement au Président du FIDA et à tout son personnel pour le travail qu'ils ont accompli dans la préparation de cette conférence, pour les excellentes conditions de travail qui nous sont assurées et pour l'attention qu'ils nous entourent.

Excellence Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Délégués,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

La 29ème session du Conseil des Gouverneurs est tenue au moment d'un tournant historique caractérisé notamment par la mondialisation, le développement soutenu sinon l'apogée de l'information et de la technologie, mais également pendant une période où l'on assiste à des catastrophes naturelles que le Burundi n'a pas connues dans l'histoire récente.

Ces catastrophes, surtout la sécheresse prolongée, causent beaucoup de dégâts au moment où notre pays est sous-équipé et n'a pas de moyens suffisants pour y faire face, ce qui est à l'origine de disettes cycliques qui accentuent la pauvreté dans notre pays.

C'est pour cela que la délégation du Burundi apprécie hautement les points retenus à l'ordre du jour pour cette 29ème session du Conseil des Gouverneurs du FIDA.
Il s'agit des sujets d'actualité et d'une grande importance pour l'avenir et le développement de l'agriculture. Ils constituent les principales préoccupations du gouvernement burundais et je ne doute pas, que malgré les particularités de chaque pays, qu'il en soit de même pour les autres pays ici représentés. Ma délégation a le privilège et le plaisir de pouvoir bénéficier de vos expériences dans les différents domaines qui vont faire objet d'analyse et de débats pendant notre séjour ici à Rome.

C'est également pour elle un honneur d'avoir cette opportunité pour vous faire part des stratégies adoptées par le Burundi et des objectifs qu'il s'est fixés pour faire face aux différents problèmes auxquels le pays est confronté pour la relance de l'agriculture sous ses différents aspects afin d'assurer la croissance économique.

Excellence Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Délégués,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Notre pays, le Burundi, sort d'une crise sociopolitique qui a duré plus de treize ans. Depuis 1993 jusque très récemment, tous les bailleurs de fonds se sont retirés et le pays a été laissé à lui-même.

Les quelques financements accordés au pays étaient orientés sur le projet de la résolution du conflit burundais. L'aide au développement a été suspendue.

Avant la crise et pendant de longues années, l'aide extérieure finançait environ 8O% des programmes de développement et plus de 40% de rentrées en devises.

La crise sociopolitique intérieure burundaise et l'environnement sous-régional ont exercé des effets dramatiques sur l'économie: la destruction et insuffisance d'entretien des infrastructures économiques et sociales, les déplacements massifs des populations, l'impossibilité pour ces dernières de poursuivre les activités productives, l'affaiblissement des structures d'encadrement, la paralysie des activités commerciales et industrielles, la dépréciation de la monnaie nationale, l'épuisement des réserves de change, etc.

Cette situation s'est encore dégradée à cause de la sécheresse qui sévit dans le pays depuis pratiquement six ans, de la mosaïque du manioc et d'autres maladies sur les principales cultures vivrières qui sont à la base d'un déficit alimentaire que le pays n'a pas connu pendant les cinquante dernières années.

Selon une étude nationale sur la vulnérabilité à l'insécurité alimentaire menée en septembre 2004, 16% de la population totale du Burundi vivait dans un état de déficit alimentaire chronique tandis que 68% était à la lisière de l'insécurité alimentaire.

Le gouvernement a dû faire appel à une aide alimentaire massive en 2004 et en 2005 et on est entrain de faire de même  cette année car la situation est critique.
En effet, nous estimons que plus de cinquante pour cent de la population est menacée par la disette.

Au mois de septembre 2005, une évaluation menée conjointement par la FAO, le PAM, l'UNICEF et le gouvernement a montré que le déficit alimentaire était de 310 000 tonnes d'équivalent en céréales, comparé à 259 000 tonnes en 2004.

Le déficit alimentaire est aggravé par une baisse drastique de la production de toutes les cultures et en particulier les tubercules.

Le déficit alimentaire est particulièrement aigu dans les provinces du nord, nord-est, centre et sud-est ; des zones traditionnellement considérées comme des greniers du Burundi.
Dans ces provinces, les familles ont commencé à vendre leurs avoirs, le bétail, les toitures de leurs habitations et à immigrer vers d'autres zones ou d'autres pays limitrophes pour survivre.
Face à cette situation, le pays vient de mettre sur pied un comité national de coordination des aides. Ce dernier a déjà procédé à l'évaluation de l'assistance d'urgence en denrées alimentaires et intrants ainsi que des ressources financières nécessaires pour leur acquisition. D'après les estimations de cette commission, le pays a besoin d'un montant de plus de 74 millions de dollars des Etats Unis d'Amérique pour subvenir à ces besoins urgents.

Des requêtes de demande d'assistance d'urgence sont actuellement adressées aux pays amis, institutions financières internationales, agences des Nations Unies, des personnes morales ainsi que des confessions religieuses. De plus, un document d'un Programme d'urgence 2006 a été élaboré dans le cadre de la préparation de la Conférence des Donateurs du Burundi prévue prochainement.

Nous saisissons cette occasion, auguste assemblée, pour vous inviter à prendre part à cette Conférence.

Par ailleurs, en ce moment où le pays est en train de sortir de la crise sociopolitique, malgré la situation alimentaire alarmante dont nous venons de vous décrire, le pays vient de se doter entre autre d'un plan de relance du secteur agricole pour une période de cinq ans.

L'agriculture étant le secteur qui occupe plus de 90% de la population, l'actuel gouvernement a décidé d'en faire une de ses priorités et de lui accorder plus d'attention que pendant les 13 dernières années de la crise.

En effet, le gouvernement pense qu'il est fondamental de mettre en place une stratégie de développement agricole basée sur l'exploitation rationnelle des ressources naturelles et humaines du pays, et qui ne soit pas dépendante en grande partie de l'aide extérieure. La nouvelle philosophie de développement agricole sera basée sur l'utilisation maximale des ressources en eaux, forêts et terres disponibles, combinée avec l'accroissement de la productivité par unité de production.

Les actions que le gouvernement a retenu visent, d'une part, à entreprendre des actions rapides pour faire face aux effets néfastes de la crise en relançant la production pour rétablir et surpasser les meilleurs niveaux d'avant la crise et, d'autre part, à jeter les bases d'une croissance durable de l'agriculture burundaise pour le moyen et le long terme.

A cet effet, il sera procédé à 

  • la réhabilitation de l'outil de production endommagé par la crise et la mobilisation des moyens de travail ;
  • l'amélioration de l'offre et de la qualité des denrées alimentaires par l'accroissement des productions animales et végétales ;
  • l'augmentation des revenus des familles rurales et des recettes de l'État par la promotion et la diversification des cultures de rente sans oublier la création d'emplois non agricoles ;
  • la réhabilitation et la gestion rationnelle des ressources naturelles ;
  • le renforcement des capacités des acteurs clés du secteur agricole.

Vous constatez avec moi, auguste assemblée, qu'il s'agit d'un programme ambitieux pour un pays qui est entrain de sortir d'une crise socio-économique.

Le gouvernement est conscient de ses grands défis pour relancer la production agricole et assurer la croissance économique du pays.

La politique de la relance du secteur agricole s'articulera notamment sur : la valorisation de tous les facteurs de production, la caractérisation et le cadastrage des terres, l'intensification de la production, la promotion et la diversification des filières agro-industrielles, la valorisation des produits agricoles par la conservation et la transformation, la promotion de la commercialisation des produits agricoles, la promotion et la diversification des structures d'appui à la production à travers des appuis techniques et financiers et des réformes institutionnelles des structures étatiques avec une implication effective du secteur privé et des collectivités locales dans les activités agricoles, la décentralisation du développement, la promotion des financements des opérateurs dans le secteur agricole en vue de développer l'entreprenariat rural, la poursuite des réformes économiques pour améliorer l'environnement des affaires.

Notre objectif est de transformer à long terme notre agriculture de subsistance en une agriculture de marché en mettant en œuvre les stratégies ci-dessus et en désengorgeant le milieu rural par la promotion des emplois non agricoles et générateurs de revenus.

Le développement agricole durable que le gouvernement cherche ne serait réellement effectif sans l'organisation des communautés rurales.

En effet, la population rurale organisée en structures associatives pourra accéder plus facilement aux services et ressources offerts par les pouvoirs publics et les organismes d'aide au développement.

Ainsi, il nous faut une meilleure représentativité du monde rural, pour l'analyse des problèmes et des priorités, pour l'expression des besoins d'appui technique, pour servir de cadre à la participation des populations à la mise en œuvre des programmes d'appui qui les concernent. Afin que le plan que le gouvernement a élaboré puisse être exécuté, des mesures d'accompagnement seront mises en oeuvres.

Il s'agit essentiellement de l'amélioration des circuits de circulation de l'information et renforcement des capacités de communication à tous les niveaux, l'appui à la réhabilitation et à la réinsertion des sinistrés et vulnérables et leur implication dans la relance de la production agricole, la relance de la mécanisation agricole, l' élaboration et la mise en oeuvre d' un plan directeur national de maîtrise de l'eau, la réorientation de la politique d' aide d' urgence, la coopération avec les autres pays et autres partenaires afin de partager nos expériences en particulier en matière de la maîtrise de l'eau, la biotechnologie agricole pour apprendre de quelle façon la technologie, et plus précisément les domaines que nous venons de citer pourraient accroître la productivité et faire reculer la faim dans notre pays.

Excellence Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Délégués,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Nous ne saurions pas terminer notre propos sans remercier encore une fois, au nom du gouvernement de la République du Burundi et de la délégation que je conduis, le Fonds International pour le Développement Agricole et les organisateurs de cette session, tous ceux qui ont contribué à la préparation et à la réussite de l'organisation de cette 29ème session du Conseil des Gouverneurs du FIDA. Nous exhortons le FIDA et d'autres partenaires à soutenir le Burundi dans cette innovation salvatrice de son peuple.

Enfin, nous voudrions terminer en vous informant que le gouvernement du Burundi ne ménagera aucun effort pour mettre en application les résolutions et recommandations qui seront issues de cette session selon ses ressources naturelles, financières et humaines en étroite collaboration avec le FIDA et d'autres partenaires.

Je vous remercie.