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Discours du Ministre du Developpement Rural et de l’Agriculture à la 32ème session du Conseil des Gouverneurs

Monsieur  le Président  du FIDA,
Mesdames  et Messieurs  les Gouverneurs  du FIDA,
Honorables  et Distingués Invités,

En ce début  d'année  2009, permettez-moi, au nom  du Gouvernement  de la République  Centrafricaine  et au mien propre, de présenter  à l'endroit  de tous les membres  du Conseil des Gouverneurs, mes meilleurs  vœux de santé et de prospérité, d'une part  et d'autre part, les vœux de succès et de longévité aux actions du Fonds International de développement  agricole.

Je formule également  les vœux que les assises actuelles puissent  être  couronnées  des plus  éclatants  résultats.

Monsieur le Président,

La République  Centrafricaine, mon pays, a bénéficié  par le passé  de plusieurs  appuis  déterminants de la part  du FIDA pour son  développement rural. En effet, depuis la création du FIDA en 1977 et jusqu'en 1994, le FIDA a financé six projets  en République   Centrafricaine axés  essentiellement  sur  le développement  des  productions  vivrières  et pastorales.  Cela a représenté une enveloppe globale d'environ  119  millions  de dollars  américains.

Tous  ces projets  ont  été  clôturés  et n'ont pas  de suite.

Les  quatre  premiers  projets  mis  en œuvre  ont été  exécutés dans  le délai   imparti  et ont eu des impacts socioéconomiques  significatifs  dans  le milieu  paysan  et éleveur. Les  résultats  encourageants de ces  projets  ont  permis l'identification et la mise en œuvre  de deux derniers projets.

Malheureusement, les fréquentes  suspensions  de financement pour   non paiement  des arriérés  du FIDA  et pour non respect  de certaines  conditionnalités  du bailleur  de fonds  auxquelles  se sont ajoutées  des  difficultés  de gestion  et de sécurité, sont  à la base  des résultats  chaotiques  et mitigés  de ces  deux projets.

De ce qui précède, il peut  être  aisé de constater  que la coopération  entre la République Centrafricaine et le Fonds  International de Développement Agricole a été agissante. C'est donc ici le lieu  d'exprimer  au nom du Gouvernement  Centrafricain, du haut de cette tribune, nos sincères  remerciements pour les appuis  multiformes accordés à la République  Centrafricaine  par le FIDA.

Ces  appuis  n'ont pu malheureusement se poursuivre et se pérenniser pour  des  raisons  multiples  mais  aussi  et surtout sécuritaires. En effet, les  crises militaro-politiques  successives  depuis 1996 qui ont  secoué  le pays, ont contribué à détruire  l'ensemble  des acquis  du processus de développement  agropastoral mis en place  tant à Bangui que dans  l'arrière-pays.

L'insécurité grandissante  dans  les  principales  zones  de  culture  et d'élevage, l'une des conséquence  de ces  crises, a découragé l'ensemble des partenaires extérieurs de la République  Centrafricaine, dont  le FIDA, à développer  leur  appui  aux  producteurs  ruraux. Aujourd'hui, avec la tenue dernièrement à Bangui du dialogue politique inclusif ayant regroupé toutes les sensibilités nationales y compris tous les  groupes  rebelles, la paix et la sécurité sont entrain de se consolider.

Monsieur le Président,

Avant d'aborder  « les problèmes auxquels sont confrontés  les petits  agriculteurs », thème de la session  actuelle, permettez-moi de vous présenter brièvement le contexte national de la République Centrafricaine.

La République Centrafricaine a une population de 3,8 millions  d'habitants  pour une superficie de 623 000 km2. Le milieu  rural occupe à lui seul 58% de la population totale  mais  avec  une  répartition  inégale sur l'étendue du territoire. Le monde rural bénéficie des conditions agro écologiques très favorables aux activités agricoles et pastorales.

Le climat dans tout le pays est favorable à une agriculture  pluviale avec des cycles  culturaux  relativement longs. Le pays dispose  d'un important réseau  hydrographique et des sols riches mais  très  fragiles.

Sur environ 15 millions  d'hectares  de terres  arables, seulement 600 000 hectares sont mis en culture annuellement, ce qui représente à peine 1% du territoire  national, 4,4%  de la superficie arable  et moins de 0,5 hectare exploité  en  moyenne par actif  agricole.

Au plan  des  ressources  pastorales, le poids  du cheptel est  moindre. Sur 16 millions  d'hectares  de pâturages  naturels, seuls 9,3 millions  d'hectares  sont  exploités  par  un cheptel  bovin estimé  à 3,2 millions  de  têtes  de bétail  essentiellement  constitué  de  zébus  transhumants.

L'activité  agricole  en milieu  rural, malgré  les  conditions  agrécologiques  favorables  dont  elle  bénéficie, présente  des performances  très  faibles:

  • Pendant les trois décennies, les sous-secteurs  de l'agriculture  et de l'élevage qui occupent  près  de 80%  de la  population  active  du  pays  et près  de 50% du Produit intérieur  brut ont  connu  une croissance  annuelle  moyenne  faible  de l'ordre  de 2%  inférieur  de fait  au taux  de croissance  de la population  estimé  à 2,5%,
  • L'économie rurale  Centrafricaine est essentiellement composée  des  activités  de subsistance: les  cultures  vivrières  occupent  près  de  55%  de la valeur  ajoutée  de l'agriculture , la pêche, la chasse, la  cueillette et  certains  sous-produits  de l'élevage  sont essentiellement  destinés  à l'autoconsommation.

La faible  performance  de l'activité  rurale  est  corrélée avec  une  baisse   considérable  du niveau  de vie  des populations  rurales.

Elle  est  également accentuée  par l'exode  rural  massif  des jeunes, entraînant  une  réduction  de la  force  de travail  dans  les exploitations   agricoles  et pastorales  et un  non  renouvellement  des  actifs  agricoles  vieillissants.

Sur  le  plan de pauvreté  humaine, les indicateurs  se sont  gravement  dégradés  ces dernières  années. En milieu  rural, l'espérance  de vie  à la naissance  a baissé  de 47,1  ans en 1988 à 41,8 ans  en 2003  avec  des  écarts  selon  les  sexes, de 45,7 ans  à 39,2 an chez  les hommes, et de 48,54 à 45 ans  chez  les femmes. En 2003, l'indice  de mortalité infantile est  de 141 pour mille  pour l'ensemble  du monde  rural  dont 145 pour mille  chez  les garçons  et 136 pour mille  chez  les filles.

Voilà brièvement  présenté  le contexte  national  actuel  de la République  Centrafricaine.

Monsieur  le Président,

La situation  du monde  rural  en Centrafrique  présentée ci haut peut bien être  un cadre  modèle pour « les problèmes  auxquels  sont  confrontés les petits agriculteurs», thème  de notre  session, qui  constituent  des  opportunités  de développement  du monde  rural.

La dégradation  du niveau des indicateurs  sociaux  et la  baisse  constante  de la performance  des  activités  rurale  sont des facteurs  importants qui caractérisent  le niveau  de la  pauvreté  de nos petits  agriculteurs en République  Centrafricaine. Cette  situation constitue  une préoccupation quotidienne  du Gouvernement.

Actuellement, l'ensemble  des  acteurs  étatiques  et non  étatiques  du développement  rural  centrafricain sont  donc  confronté  à un véritable  défi, celui de la mise en place d'un environnement  propice  au développement  des activités  individuelles  et collectives  en milieu  rural. Il s'agit maintenant de raisonner  dans un cadre  spatial  et temporel de la   reconstruction de l'Etat  et de la Nation Centrafricaine.

En réalité, les années  des  crises  n'ont pas  permis  de tenir  des  débats concrets  sur  ces  différents  thèmes. Aujourd'hui, après  les  échéances électorales  démocratiques  présidentielles  et législatives  réalisées  au courant  du premier   semestre  de l'année  2005,  le retour  à l'ordre  constitutionnel, la tenue effective des états généraux du Développement Rural et, dernièrement, la tenue du Dialogue Politique Inclusif, le moment est venu de relancer les débats afin d'aboutir rapidement aux premiers résultats escomptés.

Le Gouvernement centrafricain est déterminé à faire aboutir un processus de réforme débouchant sur la mise en place d'un nouvel environnement institutionnel propice au développement économique. Il s'agit, en effet, de travailler et d'élaborer des stratégies dans les domaines suivants;

  • La restructuration des organisations professionnelles agricoles.
  • L'élaboration d'une loi portant code foncier Agro pastoral.
  • L'organisation des marchés agricole et la sécurisation des transactions commerciales.
  • L'élaboration des mesures de soutien et d'incitation à l'investissement privé de l'Agriculture et l'élevage.
  • La mise en conformité des normes internationales.
  • L'élaboration d'une politique d'aménagement rural articulé aux pôles de développement.
  • La reforme institutionnelle du Ministère du Développement Rural et institutions Sous tutelle.
  • La préparation de la consultation sectorielle sur le Développement Rural, pour la quelle le FIDA sera le bien venu.

Nous reconnaissons que c'est un travail important et difficile à réaliser dans les conditions actuelles de la République Centrafricaine. Mais c'est un défi à relever afin de réhabiliter la politique du développement économique en général et plus particulièrement du secteur rural, car pour relancer de manière durable l'économie rural centrafricaine sortie d'une longue période de crise, il faut construire un nouveau modèle social et politique qui rompe définitivement avec les errements du passé.

Monsieur le Président,

Comme vous venez de suivre, la République Centrafricaine, qui retrouve la voie de la stabilité avec le retour à l'ordre constitutionnel et la tenue du Dialogue Politique  Inclusif a grandement besoin du soutien financier de la communauté des Bailleurs de fonds dont le FIDA afin de lui permettre:

  • de relancer son agriculture et son élevage qui occupent plus de 80% de sa population.
  • de mobiliser les petits agriculteurs dans sa stratégie de lutte contre la pauvreté.
  • d'améliorer les conditions de vie des petits agriculteurs.
  • de renforcer la sécurité alimentaire, dans le contexte de la crise actuelle.

Le Gouvernement centrafricain s'emploie à poursuivre les efforts pour la mise en place des conditions d'une reprise rapide des négociations avec le FIDA afin de garantir les possibilités de financement de son programme de développement agricole et pastoral dans cette période post-crise.

Je vous remercie.