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Statement by France to the Twenty-Eighth Session of the IFAD Governing Council

Allocution de Mme Odile Renaud-Basso
Chef du Service des Affaires Européennes et Internationales
Ministère du Trésor, Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie
République de France

Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Je commencerai mon intervention par un constat qui pourrait sembler être une simple figure de style, mais à la fois un défi à relever et une source d'espoir et de motivation: l'année 2005 est une année charnière pour l'aide au développement. Le bilan d'étape de la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement qui aura lieu à New York en septembre prochain suscite une mobilisation intense pour accroître le volume et la qualité l'aide au développement. Les propositions sont nombreuses : initiative britannique pour une facilité financière internationale en faveur de la vaccination ; proposition française sur les nouvelles contributions internationales, qui ont reçu le soutien de l'Allemagne, du Brésil, du Chili et de l'Espagne ; débats sur l'extension de l'initiative PPTE pour traiter les dettes multilatérales ; mais aussi reforme des Nations Unies, ou encore rencontre à haut niveau sur l'efficacité de l'aide dans deux semaines à Paris.

Ce bouillonnement d'idées marque une volonté de sortir de la routine de l'aide au développement et du découragement qu'elle a pu susciter. Bien sûr, il s'agit de s'appuyer sur des organisations dont les méthodes de travail sont reconnues, mais le contexte actuel donne un nouvel élan, une nouvelle motivation qui ne peut que galvaniser les énergies vers un même objectif : la lutte contre la pauvreté.

J'espère que ces propos ne vous sembleront pas trop grandiloquents : plutôt que d'énumérer des statistiques connues de tous ou de rappeler des engagements maintes fois réitères, il m'a semblé préférable d'opter pour une vision résolument dynamique dans laquelle le FIDA doit, à mon sens, s'inscrire.

Il y est d'ailleurs aidé par une prise de conscience croissante de l'importance des questions agricoles et rurales : l'aide publique au développement en direction des projets dans ce domaine a augmenté, de même que les ressources qui y sont consacrés par les gouvernements nationaux. Le rapport de l'équipe de projet pour le Millénaire, dirigé par Jeffrey Sachs, insiste fortement sur ce secteur. Les Etats africains à Maputo, l'année dernière, se sont même engagés à affecter 10% de leur budget à l'essor de la production agricole et au développement rural.

J'aimerais partager avec vous quelques réflexions sur le fonctionnement du FIDA et sur la place qu'il doit occuper dans la lutte contre la pauvreté rurale.

Je tiens tout d'abord à féliciter le Président Bage pour les réels progrès qui ont été accomplis sous son impulsion dans la gestion de l'Institution. Je m'arrêterai sur les trois éléments suivants qui me paraissent particulièrement significatif : la reforme de la politique d'investissement ; amélioration de la procédure budgétaire ; enfin, la mise au point d'un système d'allocation fondée sur la performance.

  • La reforme de la politique d'investissement tout d'abord : la réduction progressive de la part des actions, puis leur suppression du portefeuille met le FIDA à l'abri des fluctuations des marchés internationaux, en accord avec les pratiques des autres organisations internationales. En effet, les risques financiers pris par la détention d'actions étaient incompatibles avec la raison d'être du Fonds et auraient pu pénaliser les pays bénéficiaires en cas de pertes sur les marchés financier comme cela a été au début des années 2000.

  • ensuite, amélioration de la procédure budgétaire : la présentation du budget par poste de dépenses et par activités, l'étude détaillée du budget par le comité d'audit sont autant éléments qui permettent un suivi efficace des activités du Fonds.

  • enfin, la mise au point du système d'allocation fondée sur la performance : dans la mesure où son application n'en est qu'aux prémices, il est trop tôt pour mesurer son efficacité. Toutefois, sur le principe, je tiens à souligner qu'il est indispensable de privilégier le soutien aux Etats qui montrent leur motivation et leur souci de venir en aide aux populations rurales. S'il s'agit bien d'aider les plus performants, nous ne devons pas perdre de vue la spécificité sectorielle du FIDA, et donc axer l'appréciation des pays principalement sur leur engagement en faveur de amélioration des conditions de vie des ruraux pauvres.

J'aurais pu également citer le système de gestion de la performance du personnel et des cadres de direction ou encore l'élaboration du cadre de résultats, autant d'initiatives qui doivent permettre au FIDA de progresser et de se doter de méthodes de travail et d'évaluation garantissant l'efficacité de son action sur le terrain.

J'en viens justement à cette action sur le terrain. Le rapport sur l'évaluation indépendante rendu disponible récemment, (en anglais uniquement, je le déplore !) met en évidence un certain nombre d'éléments très intéressants sur les atouts et faiblesses du Fonds. Il convient d'ailleurs de se féliciter que cette évaluation ait été menée : elle apporte de nombreux éléments de réflexion qui vont permettre de faire avancer le FIDA dans la voie de l'efficacité et de l'efficience. Par cette réalisation, le FIDA se met au diapason des meilleures institutions multilatérales, soucieuses d'améliorer en permanence la qualité de leur action dans la plus grande transparence.

Je retiens de la lecture de ce rapport que la plus grande partie des ressources du FIDA est affectée aux pays les plus pauvres, notamment les pays d'Afrique subsaharienne ; que ses ressources servent de plus en plus à financer des projets ayant des composantes institutionnelles et de soutien aux infrastructures ; que ces projets répondent bien aux besoins. Mais je retiens aussi d'autres éléments, moins satisfaisants : seule la moitié des projets a un effet global important sur la pauvreté ; leur suivi n'est pas optimal ; le FIDA n'est pas considéré comme une organisation porteuse en termes de débats d'idées sur le développement rural et la réduction de la pauvreté rurale.

Il me semble essentiel sur la base de ce document de conforter les points positifs et de s'attaquer aux défaillances. Je souhaite que le FIDA soit en mesure, au plus tôt, de présenter un plan d'action. Ceci sera naturellement un de points importants des débats qui vont s'engager pour la reconstitution de ses ressources.

D'ailleurs, pour reprendre certains des éléments que je viens d'évoquer, je pense indispensable que le FIDA s'appuie sur son expérience et sur la spécificité de son action pour être un laboratoire d'idées et développer une approche globale.

Je m'explique : le FIDA mène des projets qui s'attachent à aider les ruraux pauvres. En cela son action se différencie de celle menée par d'autres acteurs du développement. Il cherche à toucher des populations quelque peu négligées par les autres organisations internationales dont les cibles sont différentes. Parallèlement, il est reconnu que le succès ne pourra venir que d'une action globale visant à renforcer les capacités institutionnelles et faisant une large place au développement rural dont on a pu constater qu'il est un élément indispensable au développement général.

Je pense qu'une réflexion doit être menée sur les synergies entre développement rural et politique globale. C'est pour cette raison que j'ai accepté avec plaisir d'être la modératrice de la discussion qui a eu lieu sur la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement : investissement rural et politiques porteuses. J'espère que les débats auront été fructueux pour tous et qu'ils auront permis d'ouvrir des voies à des actions futures.

Laboratoire d'idées, innovation, efficacité de l'action, autant de défis que le FIDA se doit de relever pour s'inscrire dans le courant dynamique de la pensée de l'aide au développement qui caractérise l'année 2005.

Pour conclure, je souhaite renouveler toute ma confiance au FIDA et dans l'action de ses équipes, sous la conduite du Président Bage. Les objectifs sont clairs et ambitieux. Les reformes doivent se poursuivre pour porter leurs fruits. Les enseignements de l'évaluation doivent être tirés. Des mesures correctives doivent être prises.

Et je ne crois pas faire preuve d'un optimisme beat en disant que année 2005 peut être une année qui marquera un tournant dans la façon dont est conçue l'aide au développement. Je le pense et je le souhaite réellement.

Je vous remercie pour votre attention.