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Allocution de M. Ambroise Fayolle Gouverneur suppléant pour la France à la XXVème session du Co20 August, 2007Agricole

Rome - 20 février 2002

Monsieur le Président du Conseil des Gouverneurs,
Monsieur le Président du Fonds International de
Développement Agricole,
Mesdames et Messieurs les Gouverneurs,
Mesdames et Messieurs les délégués,

La situation internationale a profondément évolué depuis notre dernière assemblée. L'onde de choc de la tragédie du 11 septembre a aujourd'hui un impact psychologique, politique et économique sur les relations internationales. Des incertitudes naissent et à la veille d'échéances internationales importantes, je pense en particulier aux Conférences de Monterrey et de Johannesburg, la question de la globalisation est au cœur des préoccupations des gouvernements du Nord et du Sud. Et la sécurité alimentaire est l'un des enjeux de ce phénomène global.
La mondialisation est ambivalente. Elle crée des richesses et porte en elle la promesse d'un développement pour la planète entière. Mais, si nous ne nous dotons pas des instruments de régulation pertinents, elle pourrait accentuer les inégalités entre le Nord et le Sud, tout comme au sein de chaque pays. Elle facilite les rencontres entre les hommes et entre les cultures, mais elle porte, en elle, le danger de l'uniformisation.

Comme pour l'instabilité financière, les inégalités de développement, les pandémies, ou la détérioration de l'environnement, l'insécurité alimentaire, à mesure que le monde s'unifie, devient une question globale. Les questions globales appellent des réponses globales. Notre monde a de plus en plus besoin d'organisation et de normes. Il faut donc penser nos actions contre la pauvreté rurale dans cette nouvelle perspective, ce qui représente, pour une organisation comme le FIDA, plus qu'un ajustement technique, plus que des amendements à une stratégie existante: une vraie réflexion qui doit porter sur le rôle et les moyens du FIDA, ou, plus exactement, de nos instruments multilatéraux de financement du développement agricole, dans un contexte global.
Je voudrais, aujourd'hui, souligner deux points dont le FIDA devra, à mes yeux, tenir particulièrement compte pour les années à venir :


- la responsabilité collective en matière de sécurité alimentaire
et
- la place et les moyens du FIDA au sein de la communauté des bailleurs de fonds pour répondre à ces défis.

La communauté internationale s'est fixé des objectifs précis en matière de lutte contre la faim dans le monde. Et les craintes que ces objectifs ne soient pas remplis peuvent être fortes; c'est notre rôle d'y répondre. A cet effet, je voudrais aborder trois points qui méritent, selon moi, une certaine attention:

a) Le premier point porte sur les raisons de la survivance de la faim dans le monde, qui est la manifestation la plus brutale d'un problème plus global, de déséquilibre persistant entre le Nord et le Sud. Ce point suscite plusieurs questions:
- comment faire face, durablement, aux difficultés des agricultures des pays du Sud, à la pression sur l'environnement et les ressources en eau, au sentiment que le Sud est le-laissé-pour-compte de la globalisation économique ?
- comment le FIDA, institution spécialisée, peut-il participer à cette réflexion générale, proposer et mettre en œuvre des solutions concrètes en plein accord avec les Etats membres?
- comment les Etats du Nord envisagent-ils de mettre en œuvre les principes de la solidarité internationale tout en recherchant la croissance au niveau mondial ?
- Comment, enfin, les Pays en développement disposeront-ils des moyens qu'ils jugent appropriés pour assurer quantitativement et qualitativement la sécurité alimentaire de leur population.
Nous sommes évidemment modestes dans nos réponses à ces questions, mais il nous faut néanmoins avancer, car on sait que l'approvisionnement des agglomérations urbaines des PED représente un enjeu croissant du fait de l'exode rural qui concentre dans les villes à la fois les problèmes de la pauvreté et de la malnutrition.

b) Le second point, que je voudrais aborder, porte sur la capacité de la communauté internationale de faire en sorte que l'ouverture des frontières, c'est-à-dire de ce qu'il est convenu d'appeler la "levée des barrières commerciales", puisse offrir un surcroît de croissance pour les pays en développement. En effet, la réalité montre que les PED ont encore trop peu tiré les bénéfices annoncés de la libéralisation des échanges, notamment agricoles, et qu'il existe là une forte capacité de croissance.

La Conférence de Doha a été un moment important dans cette perspective, même si un sujet comme l'agriculture y a suscité de fortes tensions. La France souhaite que les négociations désormais ouvertes aboutissent à un résultat favorable aux PED.

Nous pouvons aussi progresser avec un geste fort, celui du « déliement de l'aide alimentaire ». Derrière ce concept d'aide alimentaire, on soupçonne fréquemment une réalité moins flatteuse : l'aide alimentaire serait un moyen de déverser les surplus agricoles des pays riches au détriment du développement agricoles des pays pauvres; mais c'est le caractère lié de ces apports qui génère cette suspicion. Nous devons donc avancer vers un accord entre grands pays développés pour supprimer ce lien entre l'aide alimentaire et l'écoulement des surplus agricoles, afin de progresser vers un monde où, de plus en plus « le Sud nourrira le Sud ». D'une façon générale, il s'agit d'accepter d'ouvrir plus largement nos marchés aux productions des pays pauvres. Les négociations multilatérales ne sont qu'une partie de la réponse mais elles sont indispensables. L'Union Européenne montre la voix par certaines initiatives importantes. Les accords de Cotonou, qui visent à la mise en place, à partir de 2008, d'accords de partenariat économique entre l'Union européenne et les pays ACP, ou l'initiative "tout sauf des armes", qui offre aux PMA un accès libre au marché européen en sont deux témoignages importants.

c) Le troisième point porte sur notre responsabilité collective de faire en sorte que la sécurité alimentaire du Sud ne soit pas mise en opposition avec la sécurité des aliments au Nord:
- nous savons que le relèvement des normes en Europe est une exigence des consommateurs et, que ce mouvement se poursuivra.
- nous savons aussi que, c'est la capacité à respecter les normes internationales ou européennes en matière sanitaire, phytosanitaire ou environnementale qui sera fondamental pour déterminer l'accès aux marchés.

C'est un nouvel enjeu dont les pays du sud doivent prendre conscience. Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons améliorer significativement la bonne " gouvernance " mondiale en matière de sécurité alimentaire.

2) Les défis de la communauté internationale sont également ceux du FIDA.
Je voudrais rappeler quelques éléments évoqués l'an passé à l'occasion du dernier Conseil des Gouverneurs:
- nous nous sommes réjouis que la 5ème reconstitution du FIDA soit officialisée; elle a été la traduction de la confiance des Etats membres envers l'institution et lui a donné les moyens de participer au financement de l'initiative PPTE.
- nous nous réjouissons aujourd'hui, de savoir que la 5ème reconstitution ait pu entrer en vigueur et que la plupart d'entre nous y avons déjà apporté les financements promis. Les autres le feront, je l'espère, très vite.
Mais au-delà de ces marques de satisfaction, je voudrais vous faire part de deux inquiétudes:
- nous sommes attentifs au bon fonctionnement du FIDA et à la préservation de ses ressources, dans l'intérêt commun des bénéficiaires et des bailleurs de fonds. Cela veut dire qu'on ne doit pas spéculer avec l'argent des plus démunis. Rechercher un rendement meilleur ne saurait justifier de prise de risque inconsidérée. Je tiens ici à redire notre désaccord sur la politique d'investissement qui était encore menée, il y a peu, et qui pèsera malheureusement longtemps sur la situation financière du FIDA.
- nous souhaitons disposer, Monsieur le Président, de propositions de réformes dans les prochains mois. Cette institution se trouve, en effet, à une période charnière, je listerai aujourd'hui deux aspects qui me paraissent importants:

  • D'abord sur la mise en œuvre de l'initiative PPTE. Nous avions trouvé, il y a deux ans, une solution permettant d'annuler la dette des pays éligibles et nous avions décidé d'aller vite, plus vite que dans les autres institutions financières internationales. Ne peut-on se dire aujourd'hui que les pertes du FIDA sur les marchés d'action risquent de nous empêcher d'annuler ces échéances comme cela avait été prévu. Des solutions existent mais elles sont difficiles et nous ne pouvons guère nous réjouir de la situation qui se dessine. Le FIDA a souhaité bénéficier de contributions directes supplémentaires des Etats membres. Je sais que certains Etats y ont répondu favorablement. C'est une bonne chose pour le FIDA. Le FIDA peut également souhaiter accéder, de façon « équitable », au fonds fiduciaire de la Banque mondiale. Mais cela pourrait vouloir dire que d'autres institutions bénéficieraient de moins de financements de ce même fonds: est-ce là une solution "équitable" ?
  • Je voudrais rappeler combien nous sommes attachés à l'exigence d'une grande transparence vis-à-vis des institutions internationales. J'approuve les efforts de transparence déjà engagés mais je souhaite les voir encore se développer. J'en appelle, en particulier, à une politique de recrutement du personnel d'une qualité irréprochable qui ne soit pas uniquement basée sur des considérations géographiques, qui traduise une gestion performante des effectifs et à une présentation du budget de nature à exprimer, sans ambiguïté, la stratégie de l'institution et les moyens financiers retenus.

Monsieur le Président, vous souhaitez engager, dès demain, un nouveau processus de reconstitution des ressources du FIDA. C'est un moment important dans la vie de l'institution. Il me semble que c'est, aussi, le temps pour prendre du recul, regarder ce qui a été fait à Rome, ce qui se fait ailleurs, ce dont les pays les plus pauvres, et en particulier en Afrique, ont besoin.

Je souhaite pour ma part que nous n'entrions pas dans une négociation sans avoir fait établir un état des lieux par un examinateur externe à l'institution et à ses actionnaires C'est une pratique que nous utilisons en France pour nos mécanismes bilatéraux. Elle est toujours éclairante, en termes de stratégie, d'articulation, d'adéquation des moyens par rapport aux besoins. Je souhaite que nous adoptions cette démarche avant d'entrer réellement dans le vif de la négociation. Nous considérons cela comme un préalable.

Il me semble, par ailleurs, évident que compte tenu de la rareté des ressources, les exigences d'efficacité de l'aide et de prudence dans la gestion devront être renforcées.

Enfin, je voudrais clore mon intervention en vous adressant un nouveau souhait. Les ressources dont disposent le FIDA ne lui permettront qu'une action marginale s'il reste isolé. Toutes les institutions doivent travailler dans le même sens. La cohérence entre les doctrines et les programmes des différentes institutions internationales est un objectif central. Il nous faut trouver le moyen d'assurer une meilleure coordination entre les institutions internationales. . C'est un thème qui est mis en avant par la France dans toutes les institutions financières internationales.
Monsieur le Président, l'institution que vous présidez a donc un agenda bien chargé pour les prochains mois, et vous pouvez compter sur la confiance de mon pays.

Je vous remercie.