À l’occasion de la Journée internationale de la diversité biologique, l’engagement pour une agriculture durable reste plus que jamais de mise

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À l’occasion de la Journée internationale de la diversité biologique, l’engagement pour une agriculture durable reste plus que jamais de mise

© Oxfam Novib

Nous célébrons aujourd’hui la Journée internationale de la diversité biologique. Le thème de cette année, "Nos solutions sont dans la nature", est d’autant plus opportun que la biodiversité mondiale est actuellement en péril et qu’une agriculture durable peut contribuer à relever différents défis liés au développement. Pour continuer à profiter de la biodiversité mondiale et de l’ensemble de ses fonctions écosystémiques, nous devons repenser de fond en comble notre rapport à la nature, notamment dans le secteur agricole, où les pratiques de gestion doivent revêtir un caractère plus durable.

La diversité biologique de la planète est plus menacée que jamais. D’après les dernières estimations, un million d’espèces végétales et animales sont en voie d’extinction, dont plus de 40% des amphibiens, près d’un tiers des coraux bâtisseurs de récifs et plus d’un tiers des mammifères marins. Ces disparitions sont pour la plupart causées par les activités humaines. Leurs lourdes conséquences de l’action humaine, telles que les taux d’extinction 100 à 1 000 fois supérieurs aux taux habituels (680 espèces de vertébrés ont disparu depuis 1600), ainsi que d’autres catastrophes environnementales comme les changements climatiques et la pollution par le plastique, ont amené certains scientifiques à rebaptiser notre époque du nom d’anthropocène. En outre, d’après les premiers éléments d’information recueillis, aucun des objectifs d’Aichi pour la biodiversité ne sera pleinement atteint d’ici la fin de l’année, signe qu’il faut redoubler d’efforts et rehausser considérablement les ambitions.

La situation alarmante des abeilles, papillons et autres pollinisateurs est particulièrement préoccupante. En effet, les trois quarts de la production végétale mondiale, représentant une valeur monétaire annuelle comprise entre 235 milliards et 577 milliards d’USD, dépendent des pollinisateurs à des degrés divers. Les pollinisateurs ne sont pas vitaux que pour les écosystèmes agricoles, puisque 90% des plantes sauvages en sont tributaires. Pourtant, 40% des populations d’insectes sont en déclin dans le monde et près d’un tiers (soit deux millions d’espèces) sont menacées d’extinction. Une diminution drastique des populations de pollinisateurs pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur la sécurité alimentaire mondiale et viendrait aggraver les difficultés actuelles causées par l’explosion démographique, l’évolution des habitudes alimentaires, l’urbanisation et les changements climatiques.

Cette situation laisse augurer une catastrophe majeure pour l’agriculture, et notamment pour les petits exploitants. Les ruraux pauvres sont tributaires des ressources naturelles pour subsister et ont notamment besoin d’eau propre, de sols sains et d’un milieu présentant une riche diversité génétique et écologique. Le déclin de la biodiversité mettra en péril les services écosystémiques nécessaires à la préservation de ce réservoir de ressources naturelles. Or, la plupart des petits exploitants ne sont déjà pas en mesure de faire face aux répercussions néfastes des changements climatiques. Les jeunes ruraux et les agricultrices, en particulier, peinent à trouver un emploi décent et à se procurer les intrants indispensables.

La généralisation de la monoculture accentue encore davantage la vulnérabilité du secteur agricole. Alors que 7 000 espèces végétales ont été cultivées au cours de l’histoire de l’humanité pour être consommées, seules 103 espèces assurent aujourd’hui 90% de nos calories quotidiennes, et quatre seulement (le riz, la pomme de terre, le blé et le maïs) en représentent 60%. Notre dépendance à un nombre limité de cultures, lesquelles manquent d’ailleurs souvent de diversité génétique, renforce la vulnérabilité des systèmes alimentaires aux stress biotiques et abiotiques.

Paradoxalement, l’agriculture a beau pâtir profondément de l’appauvrissement de la biodiversité, c’est elle qui y contribue plus que tout autre secteur, notamment en raison de l’expansion et de l’intensification agricoles. D’une part, l’expansion entraîne la fragmentation et la destruction des habitats et, de l’autre, l’intensification menace la biodiversité en raison du recours accru à des intrants artificiels, tels que les pesticides et les engrais. Ainsi, la concentration d’azote dans les eaux de ruissellement des exploitations agricoles a augmenté de 43% en seulement 30 ans (entre 1970 et 2000), une situation qui favorise la multiplication des zones mortes côtières et la dévastation de la biodiversité locale.  

La chute brutale de la biodiversité survient à un moment où le système alimentaire mondial n’est déjà pas en mesure d’assurer une alimentation convenable pour tous et où 821 millions de personnes subissent des pénuries alimentaires graves. Face à ce constat, et compte tenu du climat d’incertitude engendré par la pandémie de COVID-19 et la menace imminente des changements climatiques pour la sécurité alimentaire, il n’a jamais été aussi urgent de préserver la biodiversité mondiale.

Il est encore possible de changer la donne. L’agriculture peut grandement contribuer à la protection de la biodiversité, ainsi qu’au développement d’agroécosystèmes diversifiés grâce au recours à des solutions fondées sur la nature. Les petits exploitants et les populations autochtones peuvent devenir le fer de lance de ce changement, notamment grâce à leur connaissance approfondie des espèces négligées ou peu cultivées. L’amélioration de la diversité génétique permise par la culture accrue de ces espèces présente de nombreux avantages: elle renforce la résilience face aux changements climatiques, favorise l’autonomisation des femmes et des populations autochtones, et assure une alimentation plus nutritive.

L’action du FIDA est fondamentalement axée sur la préservation et la gestion durable de la biodiversité. Cet engagement transparaît dans la première déclaration d’orientation énoncée dans la version actuelle des Procédures d’évaluation sociale, environnementale et climatique (PESEC), qui régissent les liens entre les opérations du FIDA et la biodiversité. L’édition 2020 des PESEC entérinera davantage ce souci de préservation à la faveur de la création d’une norme de biodiversité. Les solutions fondées sur la nature et la planification agroécologique figureront au cœur de cette démarche.

Articuler préservation et besoins humains constitue un défi de taille qui implique de faire preuve d’innovation et de tenir compte des réalités locales. Mesurant toute l’ampleur de cette tâche, le FIDA est résolument déterminé à mener à bien des projets visant des objectifs plus ambitieux en matière de biodiversité mondiale après 2020.

En savoir plus: The Biodiversity Advantage (en anglais)