Blockchain: a plus for smallholder farmers?

IFAD Asset Request Portlet

Agrégateur de contenus

La technologie blockchain: un atout pour les petits agriculteurs?

Imaginons que, au lieu de passer par les institutions publiques pour redistribuer la richesse, on puisse modifier la façon dont la richesse est distribuée, tout simplement. C'est précisément pour cet usage que la technologie blockchain a été conçue, par un mouvement radical dénommé "cypherpunks", dont le but était de contourner le rôle des pouvoirs publics, des banques et des grandes entreprises, dans le sillage de la crise financière. Cependant, cette technologie a, depuis, été adoptée par les plus grands acteurs du marché. Ainsi, ce sont les "technogéants" Alibaba et IBM qui déposent le plus de brevets liés à la blockchain. Les technologies qui reposent sur la blockchain, comme le bitcoin, sont intéressantes en raison non seulement de leur valeur de marché, mais aussi de leur séduisant potentiel de modification du tissu socioéconomique de la société.

La technologie blockchain crée un lien de confiance entre acteurs du marché sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir une autorité de régulation. En résumé, la blockchain est une base de données qui contient des actifs et utilise la cryptographie pour constituer un registre de transactions. À cet égard, elle ressemble à un registre comptable standard, sauf que chaque transaction y est consignée de façon permanente, sans modification possible, et est stockée simultanément par chaque membre d'un réseau de pairs. Cette transparence crée la confiance entre les intermédiaires. La dernière génération de technologies blockchain, comme Ethereum, tire parti de ce constat pour autoriser des "contrats intelligents", qui peuvent déclencher une série d'actions telles qu'un versement en faveur d'une entité spécifique, conformément aux termes du contrat passé. La capacité de transformation que recèle cette technologie tient justement à cet abandon de l'enregistrement au sens traditionnel.

Si la blockchain ouvre une cascade de possibilités pour l'amélioration de la productivité, l'apport d'une valeur ajoutée ou encore le partage sécurisé d'informations, elle n'en est encore qu'à ses balbutiements, et l'on compte à ce jour autant de fausses pistes que de réussites éclatantes. Parmi les questions importantes qui se posent à ce sujet, citons le coût écologique de l'immense puissance de calcul qu'exigent certains types de réseaux reposant sur la blockchain, ou encore l'erreur humaine au moment de l'enregistrement de données dans la chaîne. Néanmoins, la blockchain demeure potentiellement intéressante pour les communautés rurales, en particulier dans les pays en développement et les États en situation de fragilité, par sa capacité à créer de la confiance. Les opérations bancaires et les envois de fonds des travailleurs émigrés, les droits fonciers et la traçabilité des produits sont trois domaines dans lesquels le potentiel de la blockchain a commencé à être testé.

Dans de nombreux pays en développement, les services financiers formels de base ne touchent encore que 10% des communautés rurales, et il n'est généralement pas rentable, pour une banque commerciale, d'accepter les clients les plus pauvres. Bien souvent, les petites entreprises rurales et les migrants internationaux se heurtent à des difficultés pour ouvrir un compte en banque ou envoyer de l'argent à leur famille restée au pays et, de plus, ils doivent acquitter des taux d'intérêt plus élevés sur leurs emprunts, pour des questions d'attestation d'identité, de manque d'infrastructures de base et de risque de change.

C'est là que la technologie blockchain s'avère utile, parce qu'elle peut servir à identifier des personnes si l'on enregistre leurs données biométriques dans la chaîne, comme le fait le Programme alimentaire mondial afin de certifier l'identité de bénéficiaires; ou encore, le bitcoin peut être utilisé comme passerelle de correspondance entre deux monnaies différentes. Le résultat, c'est un transfert d'argent sécurisé en faveur des familles restées au pays, avec une réduction des coûts de transaction. Par ailleurs, connecter les coopératives à la blockchain par application mobile permettrait aux petits producteurs de conserver, en toute transparence, une trace de leurs transactions, ce qui faciliterait la collaboration. Des contrats intelligents intégrés permettraient d'effectuer des paiements en temps réel, de sorte que l'argent pourrait être débloqué presque instantanément en faveur des bénéficiaires tout au long de la chaîne d'approvisionnement lorsqu'une action convenue est réalisée, créant ainsi un nouveau type d'activité bancaire. Cette évolution permettrait à son tour au ruraux pauvres de faire des économies, d'améliorer leur cote de solvabilité, de rationaliser les chaînes d’approvisionnement et de tirer plus efficacement parti du pouvoir de négociation collectif.

Les contrats intelligents peuvent accélérer le versement des indemnités dues aux petits agriculteurs par les compagnies d'assurance et réduire la fraude, ce qui ouvre la voie à une baisse des primes d'assurance et une accélération des remboursements. En cas d'inondation ou de sécheresse, des paiements liés à des contrats intelligents peuvent être immédiatement et automatiquement débloqués en faveur des petits exploitants, ce qui peut les aider à atténuer les risques associés aux catastrophes naturelles et stabiliser des moyens d'existence précaires.

Les droits fonciers sont essentiels pour les paysans qui veulent investir à long terme dans leur exploitation. Si le public pouvait consulter les droits fonciers en ligne, de façon sécurisée, grâce à la technologie blockchain, cela éviterait que plusieurs personnes revendiquent une même parcelle de terre. En effet, les enregistrements dans la blockchain ne peuvent pas être modifiés a posteriori. Ainsi, les paysans pourraient acheter des terres en toute sécurité, sachant que leur titre de propriété ne pourra pas être contesté ultérieurement. Dans un contexte de fragilité, cela pourrait favoriser l'avènement de sociétés plus stables.

À l'heure actuelle, la technologie blockchain peut améliorer la transparence de la chaîne d'approvisionnement pour des produits de grande valeur comme les diamants, mais elle n'est pas encore rentable ni pratique pour les petits exploitants. La raison en est qu'il est matériellement difficile d'étiqueter des biens physiques pour garantir leur authenticité à différents stades d'une filière. Du fait de la haute valeur des diamants, par exemple, le fournisseur est disposé à payer pour imprimer au laser un identifiant unique sur le produit. Des essais sont actuellement menés pour remédier à ce problème de traçabilité dans le secteur halieutique, par exemple en attachant une étiquette munie d'un code QR aux thons. Cependant, une fois que le poisson, ou un autre produit, est découpé et préparé, ou s'il offre une valeur moins élevée, il devient beaucoup plus difficile à vérifier et tracer. De plus, ce processus d'étiquetage représente un coût et une complexité prohibitifs pour les petits producteurs et chaînes d’approvisionnement. Mais en réglant ce problème, on pourrait améliorer la sécurité alimentaire et autoriser des paiements intelligents.

Le FIDA étudie actuellement la valeur ajoutée que la blockchain peut lui offrir dans son action d'IFI et d'organisme des Nations Unies. Ainsi, il teste actuellement l'emploi de cette technologie dans plusieurs applications financières, en partenariat avec d'autres organismes des Nations Unies. L'idée est d'expérimenter les ressources de la blockchain dans la communication d'informations sur des transactions financières avec plusieurs partenaires. Chaque transaction réalisée entre les organismes partenaires serait enregistrée dans une blockchain et pourrait être visualisée de manière immédiate et à distance pour une validation instantanée et transparente, indépendamment du système de ressources utilisé par l'organisme en question. Si cette expérience est couronnée de succès, elle pourrait être élargie à toutes les IFI et organismes des Nations Unies partenaires et faciliter leur collaboration en vue d'un enregistrement cohérent et normalisé des transactions. Cela ne peut être que bénéfique pour les populations rurales, les entités et les gouvernements qui travaillent avec le FIDA et ses partenaires de développement.

Ant Financial a récemment annoncé de nouvelles avancées passionnantes dans la technologie blockchain qui permettraient d'effectuer des paiements transfrontières et que le FIDA étudie attentivement, car les instruments de paiement scripturaux pourraient révolutionner le mode de transfert des fonds destinés au développement.

Le FIDA étudie également les usages potentiels de la blockchain dans ses opérations, car cette technologie pourrait faciliter l'inclusion financière, l'accès au marché et la gestion des filières. Le défi consiste à déterminer, au travers de projets pilotes, s'il est possible de tirer parti de la blockchain dans l'exécution de ses projets.

Le FIDA, le PAM et le HCR animent ensemble un groupe de travail sur l'innovation dans la finance étudiant comment mieux exploiter la technologie blockchain pour soutenir les gains d’efficience et la transparence dans l'ensemble du système des Nations Unies et en faveur des bénéficiaires de ces organisations.