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Chaque goutte compte – protéger les ressources en eau et les moyens d’existence

19 mars 2021
©FIDA/FAO/PAM/Michael Teweld

Jusqu'à très récemment, chaque fois que Fatima Hassan Mohamed avait besoin d'eau pour se laver, cuisiner ou boire, cette mère de cinq enfants devait partir à pied. La source d'eau la plus proche se trouvait à plus de 20 kilomètres Un voyage éreintant d’une demi-journée dans un pays où l’eau est si précieuse que chaque goutte compte.

Fatima est originaire de Djibouti, l’un des pays les plus pauvres en eau du monde. Sa famille vit dans la région aride de Tadjourah, la plus vaste du pays. Là-bas, même après avoir marché pendant douze heures, Fatima n’avait accès qu’à une eau si mauvaise qu’elle provoquait toutes sortes de problèmes, allant de la fausse couche à la tuberculose.

Fatima n’est pas un cas isolé. Dans le monde entier, plus de deux milliards de personnes vivent dans des pays soumis à un stress hydrique intense. En effet, la pénurie croissante d’eau représente l’un des problèmes les plus préoccupants de la planète. En outre, la mauvaise gestion de l’eau contribue à transformer l’un des besoins fondamentaux de la vie humaine en une ressource insaisissable.

Le problème de la pénurie physique de l’eau, qui touche à ce jour l’ensemble de la population du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, ainsi que de l’Asie du Sud et d’importantes parties de la Chine, ne fera que s’aggraver. L’économie a également un rôle à jouer: dans des régions telles que l’Afrique subsaharienne, le manque d’infrastructures empêche la population d’avoir accès à un approvisionnement en eau fiable, même lorsque l’eau est disponible.

Qu’elle soit physique ou économique, la pénurie d’eau s’accentue rapidement, sous l’effet des changements climatiques, de l’urbanisation et de l’évolution des habitudes alimentaires. En raison de la croissance démographique, la demande en eau pour divers usages devrait augmenter de 50% d’ici à 2050, ce qui signifie que la quantité d’eau disponible par habitant devrait diminuer.

Les enjeux ne sauraient être plus élevés: il est impossible de satisfaire les besoins nutritionnels et de garantir la sécurité alimentaire, si l’on ne dispose pas de ressources en eau suffisantes pour cultiver, cuisiner et boire. C’est pourquoi le FIDA entend atténuer la crise mondiale de l’eau en finançant une série de projets ayant trait à la gestion de l’eau et aux infrastructures à petite échelle dans le monde entier. La valorisation des sources d’eau est au cœur des investissements du Fonds, comme en atteste son engagement en faveur de la restauration des cycles de l’eau et des écosystèmes, du ralentissement du ruissellement, ainsi que de la collecte et du stockage de l’eau.

Qu’il s’agisse de construire des systèmes d’irrigation économes en eau sur les hauts plateaux ruraux de l’Éthiopie, de fournir des citernes d’eau potable dans les régions frappées par la sécheresse du nord-est du Brésil, de construire des barrages au Niger ou d’appuyer l’aquaculture au Bangladesh, les projets financés par le FIDA font figure d’exemple. En effet, ils s’attaquent à des problèmes tels que la modification et l’irrégularité des précipitations, tout en reconnaissant la valeur de l’eau en tant qu’intrant essentiel pour la production agricole et l’activité socioéconomique.

À Djibouti, le Programme de gestion des eaux et des sols (PROGRES), financé par le FIDA, a changé la vie de Fatima. En collaboration avec le Programme alimentaire mondial et le Gouvernement djiboutien, ce programme a permis d’améliorer les infrastructures hydriques du pays en construisant un système de citernes et de réservoirs qui récupèrent et stockent les précipitations le long des routes de transhumance du bétail dans la région où elle vit.

Cette nouvelle infrastructure de récupération de l’eau représente un bien public inestimable pour les populations et les animaux, qui peuvent désormais accéder à l’eau. Elle a aussi ouvert la voie à de nouvelles possibilités de développement socioéconomique.

Le programme vise à améliorer les moyens d’existence des populations rurales et nomades par l’adoption de solutions techniques améliorées en matière d’agriculture et de gestion durable de l’eau, de bassins versants, de voies de transhumance et de ruminants comme les chèvres et les chameaux. Le programme est non seulement déployé à Tadjourah, où vit Fatima, mais également dans les régions d’Arta et de Dikhil, couvrant un total de 13 voies de transhumance et bénéficiant à quelque 66 000 personnes.

Grâce aux améliorations apportées dans le cadre du PROGRES dans sa région, Fatima a pu réduire son temps de trajet pour aller chercher de l’eau, économisant ainsi 10 heures par voyage. Plus important encore, l’eau qu’elle rapporte peut désormais être utilisée pour cuisiner ou être consommée sans danger.

Partout dans le monde, la pénurie d’eau affecte de manière disproportionnée les chances, la santé et le bien-être des femmes et des filles. Fatima et ses enfants, qui étaient fréquemment malades et souffraient de malnutrition et de problèmes de croissance, ont rapidement constaté une amélioration de leur état de santé. « Le programme nous a aussi permis d’éviter certaines maladies, notamment la diarrhée », a expliqué Fatima.

L’amélioration de l’accès à l’eau potable a en outre directement amélioré leur alimentation, ce qui souligne à quel point les services liés à l’eau sont essentiels pour la sécurité alimentaire. À Djibouti, les travailleurs financés dans le cadre du PROGRES ont pu mettre en place 250 jardins potagers familiaux – ce qui aurait été impossible avec les anciens systèmes d’approvisionnement en eau – et fournir des conseils diététiques. Produisant des tomates, des poivrons verts, des oignons, des pommes de terre et du moringa, ces jardins ont rapidement fourni les micronutriments nécessaires à une alimentation plus équilibrée.

Fatima a désormais le temps de jardiner et de s’occuper de ses cinq enfants, ce qui a profondément transformé sa vie. « Le programme m’a permis d’en savoir beaucoup plus sur la nutrition », a-t-elle expliqué. « Mon dernier enfant a bénéficié des pratiques que j’ai apprises, comme l’allaitement exclusif au sein pendant six mois. »

Dans les régions où la pénurie d’eau est extrême, les efforts de valorisation de l’eau doivent se poursuivre. Il est essentiel d’optimiser la consommation d’eau, de réduire les déchets et de réutiliser l’eau dans la mesure du possible. Dans les zones rurales en particulier, des solutions techniques à plus petite échelle peuvent permettre de réutiliser les eaux grises, et ainsi recycler les nutriments. Le secteur privé a déjà commencé à se saisir de cette question, mais il est nécessaire d’obtenir un soutien public pour développer des pratiques comme celles-ci.

Avant toute chose, il est urgent de trouver de nouvelles solutions qui nous permettrons de tirer le meilleur parti de chaque goutte d’eau, en particulier dans les zones rurales et faiblement peuplées.