Comment les projets de développement de filières sont-ils plus efficaces pour les producteurs ruraux?

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Comment les projets de développement de filières sont-ils plus efficaces pour les producteurs ruraux?

©FIDA/Olivier Asselin

©FIDA/Olivier Asselin

Est-il possible de mettre les petits producteurs en lien avec des systèmes alimentaires dynamiques leur offrant des possibilités nouvelles? Un nouveau rapport publié par l'Alliance pour une révolution verte en Afrique montre que 64% des aliments consommés en Afrique proviennent de petits producteurs auprès desquels s'approvisionnent des petites et moyennes entreprises (PME). Celles-ci sont souvent des acteurs de filières du secteur privé, qui offrent des débouchés et des avantages aux petits producteurs dans le domaine de la vente en gros, de la transformation, du conditionnement, du transport et de la distribution au détail de produits alimentaires.

La recherche a montré que les agriculteurs positionnés dans des filières bénéficient de revenus plus élevés et accumulent davantage d'actifs. En outre, la recherche a indiqué qu'en s'intensifiant, ce phénomène détermine aussi une amélioration de la productivité et la rentabilité de leurs rendements. Il y a deux grands mécanismes permettant d'intégrer ces producteurs dans des filières: la signature de contrats entre ces producteurs et les acteurs occupant des échelons plus élevés dans la filière ou un renforcement des liens avec les marchés.

Ce que nous disent les évaluations d'impact à propos des facteurs de réussite des projets de développement de filières

Le FIDA a réalisé plusieurs évaluations d'impact de projets de développement de filières axés sur les liens entre les producteurs et les marchés, en Asie et en Afrique. Elles montrent que les projets ont eu des retombées positives sur les participants avec une augmentation des revenus, des actifs et des rendements, ainsi qu'une amélioration de la sécurité alimentaire et de la diversité des régimes alimentaires. Les données récoltées indiquent qu'en se focalisant sur les facteurs présentés ci-dessous, les projets de développement de filières peuvent être positifs pour les producteurs.

Réduire les coûts de transaction

Au Bangladesh, le Projet d'infrastructure côtière résistante aux aléas climatiques (CCRIP) a permis aux  agriculteurs vivant dans des zones éloignées d'avoir un meilleur accès aux marchés en renforçant la résilience des marchés et des routes locales face aux phénomènes climatiques extrêmes. Le résultat: une réduction des coûts de transport pour les petits agriculteurs et, en conséquence, une augmentation des revenus tirés de la vente de leurs récoltes, de 70% pendant la période de la mousson et de plus de 100% sur une année complète.

Construire des liens entre les producteurs et d'autres acteurs de la filière

Les accords contractuels établis entre les producteurs et d'autres acteurs de la filière jouent un rôle de régulation dans l'offre de produits sur le marché et les prix que peuvent attendre les agriculteurs. Dans le Projet d'appui aux filières agricoles (PAFA) au Sénégal, les contrats entre les organisations de producteurs et les opérateurs de marché faisaient partie d'une offre globale qui a aidé les petits producteurs à diversifier leurs cultures et, en fin de compte, a rendu la production plus rentable. Il en est résulté des augmentations de près de 50% des revenus agricoles pour les producteurs.

Cibler les cultures à haute valeur marchande

Au Népal, le Projet d'appui à une agriculture de haute valeur dans les zones collinaires et montagneuses (HVAP) a adopté une approche intégrée, en établissant des liens entre les petits producteurs et les fournisseurs d'intrants, les commerçants, les prestataires d'appui technique, et les institutions financières dans le cadre de filières de produits agricoles de haute valeur. Des impacts positifs ont été constatés sur les actifs, l'accès au marché et la diversité des régimes alimentaires des producteurs, et les revenus totaux ont augmenté de 37%.

Mettre l'accent sur la transformation

Le Projet de développement des communautés côtières (CCDP) en Indonésie a déployé des investissement dans la pêche et l'aquaculture en ciblant les communautés côtières et celles des petites îles, où la pauvreté était endémique. Dans le même temps, des groupes ont été mis en place formant à la transformation du poisson devant permettre localement aux femmes de transformer et de commercialiser le poisson. Des fumoirs à poisson, des entrepôts de transformation et des marchés ont aussi été construits. L'appui à la commercialisation et la participation des femmes à la transformation et à la commercialisation des produits de la pêche ont été essentiels. Les revenus de la pêche ont sensiblement augmenté. La mise en relation entre les pêcheurs et les transformateurs a vraisemblablement joué un rôle important dans ce résultat.

À Sao Tomé-et-Principe, les conclusions de l'évaluation d'impact portant sur le Programme d'appui participatif à l'agriculture familiale et à la pêche artisanale (PAPAFPA) et le Projet d'appui à la petite agriculture commerciale (PAPAC) suggèrent que des investissements plus avant dans la chaîne de valeur, par exemple dans des installations de transformation, auraient permis aux actions menées d’être encore plus bénéfique pour les productuers. Les augmentations des recettes tirées par les agriculteurs cultivant des produits à forte valeur ajoutée, comme la poudre de cacao et le chocolat, en auraient été plus durables.

Que faire de ces enseignements?

Nombre de ces conclusions concordent avec celles du rapport de l'Alliance pour une révolution verte en Afrique, qui établissait que les petits exploitants agricoles bénéficient d'être rattachés aux marchés par l'intermédiaire des petites et moyennes entreprises. Pourtant, alors qu'elles peuvent être particulièrement bénéfiques pour les agriculteurs, les petites et moyennes entreprises participant aux filières sont souvent qualifiées "d'intermédiaires cachés"  (en anglais "hidden middle") parce qu'elles sont souvent insuffisamment prises en compte par les responsables des politiques publiques. Les enseignements qui ressortent des évaluations d'impact du FIDA sont par conséquent pertinents du point de vue de l'élaboration des politiques, et devraient être pris en compte dans la conception de futurs projets de filières.