Construire une Grande Muraille verte - Quatre enseignements de l’expérience de la Banque mondiale

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Construire une Grande Muraille verte - Quatre enseignements de l’expérience de la Banque mondiale

La région du Sahel fait face à des difficultés de taille, notamment la faim chronique, l’instabilité et la vulnérabilité causée par les changements climatiques, mais elle offre aussi de nombreuses possibilités. Elle est riche en produits primaires (noix de cajou, maïs, café et produits laitiers en particulier) et son grand potentiel dans le domaine des énergies renouvelables reste à exploiter.

Si l’on veut tirer parti de ces possibilités et aider les populations du Sahel à prospérer, il faut bâtir rien de moins qu’une Grande Muraille verte, une chaîne de verdure qui traverse tout le continent africain. Cette « muraille » et les ressources fournies en conséquence peuvent contribuer à lutter contre la faim et la pauvreté, à accroître la résilience face aux changements climatiques et à créer des perspectives d’emploi pour les générations d’aujourd’hui et de demain.

De 2002 à 2013, la Banque mondiale a mis en œuvre un projet relatif à la Grande Muraille verte dans 12 pays africains. Le projet, qui représentait un investissement de 1,2 milliard d’USD, visait à renforcer les pratiques de gestion durable des terres et des eaux afin d’améliorer les moyens d’existence et les résultats obtenus sur le plan environnemental en Afrique de l’Ouest et dans les pays du Sahel. Dans le cadre du projet, une approche paysagère ciblée et adaptée aux nombreux paysages et aux multiples collectivités de cette vaste région a été adoptée. Le projet a permis de mettre en place des pratiques de gestion durable sur 1,6 milliard d’hectares de terres et a profité à plus de 19 millions de personnes.

À son tour le FIDA lance son projet en faveur de la Grande Muraille verte. Alors que nous nous apprêtons à entamer les premières étapes, nous avons voulu savoir quels enseignements nous pouvions tirer du projet de la Banque mondiale.

Au cours d’un webinaire récemment organisé par la Banque mondiale et le FIDA, les experts des deux institutions ont échangé sur leurs meilleurs pratiques et formulé des questions. Quatre grands enseignements ont été tirés de ces échanges:

  1. Éviter toute dérive de mission.

Le projet de la Banque mondiale a entraîné l’adoption de pratiques de gestion durable des terres et des eaux sur 1,6 milliard d’hectares de terres. Toutefois, il s’est avéré que ces pratiques ne permettaient pas toujours d’améliorer les moyens d’existence. Par exemple, les évaluateurs indépendants de la Banque mondiale ont fait savoir qu’au Burkina Faso et au Niger, l’amélioration des moyens d’existence des participants au projet était liée à un meilleur accès aux infrastructures rurales comme les routes, et non aux interventions de gestion durable.

Ces résultats laissent à penser que nos initiatives devraient bien tenir compte des activités interdépendantes. Nous devons en outre garder à l’esprit que les activités interdépendantes peuvent avoir des retombées plus vastes que celles qui sont indépendantes et nous devons régulièrement nous demander si les interventions écologiques sont menées sur la bonne unité paysagère et permettent d’améliorer les résultats.

  1. Faire preuve de souplesse.

Le Sahel se compose de diverses cultures et de nombreux groupes – éleveurs pastoraux, petits exploitants, jeunes, femmes, etc. – qui requièrent un appui différent. Les projets en faveur de la Grande Muraille verte doivent tenir compte de cette complexité et de la diversité des besoins si l’on veut venir en aide aux personnes les plus démunies.

Par exemple, dans le cadre de certaines initiatives de la Banque mondiale, des programmes « travail contre rémunération » ont été menés afin de créer des possibilités d’emploi en restaurant les paysages naturels. Toutefois, en raison de normes culturelles qui exigent l’accord du mari pour travailler en dehors du foyer, certaines femmes n’ont pas pu participer aux initiatives menées, leurs époux étant partis travailler à leur compte dans le cadre d’un autre projet à long terme. De même, pour mettre en place des programmes de crédit, il faut tenir compte de toutes les normes religieuses locales qui régissent la dépense des revenus.

Ces nuances et cette complexité doivent être particulièrement prises en considération dans l’exécution des projets, afin que les initiatives soient bien adaptées aux populations et aux territoires ciblés. Il faut donc disposer de structures adaptables qui peuvent à la fois correspondre aux conditions locales et rester coordonnées malgré leur déploiement sur de vastes zones. (Voir également l’enseignement 4 ci-dessous.)

  1. Investir dans une collecte de données qui profite à toutes les parties.

La Banque mondiale a mis à l’essai de nouveaux indicateurs de projet et de nouvelles méthodes de collecte des données pour mesurer les effets des interventions de gestion durable des terres et des eaux. L’un de ces indicateurs servait par exemple à évaluer l’évolution de la végétation dans les zones cibles ainsi que l’évolution des taux d’accumulation de carbone dans la biomasse et les sols. Pour mesurer ces indicateurs, il a fallu créer des outils, dont le suivi par système d’information géographique et l’indice de végétation par différence normalisé.

Toutefois, l’adoption de nouveaux outils prend du temps et l’évaluation des résultats exige un suivi continu. Dans certains cas, ces outils n’ont pas été pris en compte par les équipes, car ils étaient présentés comme des moyens de mesurer l’impact global, ce qui se produit généralement à la fin d’un cycle de projet. En outre, recueillir des données sur les ressources naturelles et les retombées prend plus de temps que collecter des données sociales sur les personnes.

Afin que la collecte de données profite à la fois aux équipes de projet et aux évaluateurs, il importe de faciliter l’adoption des outils en renforçant les capacités au moment de leur introduction. Les nouveaux outils doivent également être mis en place le plus tôt possible et la pertinence de leur utilisation au regard de l’exécution doit être montrée en temps réel.

  1. Nouer des partenariats.

Les experts de la Banque mondiale ont fait remarquer que les autorités nationales étaient généralement les principaux interlocuteurs dans le cadre de programmes multipays comme ceux en faveur de la Grande Muraille verte. Bien que leur contribution soit essentielle pour venir en aide aux participants aux projets, notamment les petits exploitants, les autorités locales étaient souvent négligées. Le projet de la Banque mondiale a également mis en lumière l’importance de collaborer avec les institutions et les partenaires régionaux, notamment le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel et l’Observatoire du Sahara et du Sahel.

Comme l’a montré le projet de la Banque mondiale, une approche décentralisée de la gouvernance des programmes peut favoriser la collaboration et, surtout, aider à nouer des liens avec les autorités locales et les municipalités. Ce type d’approche peut aussi aider à cerner et à atténuer les risques, comme les enjeux politiques liés aux questions foncières locales.