De retour à la maison: quel avenir pour les migrants qui rentrent au Népal?

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De retour à la maison: quel avenir pour les migrants qui rentrent au Népal?

Les migrants sont des travailleurs essentiels en ce qu’ils contribuent à l’économie de leur pays de destination et, grâce à leurs envois de fonds, à celle de leur communauté d’origine. Toutefois, du fait de la pandémie de COVID-19, qui a eu d’importantes incidences sur l’économie de tous les pays et entraîné une perte massive d’emplois, les envois de fonds des migrants à l’échelle mondiale devraient chuter de 110 milliards d’USD en 2020 – et de nombreuses années seront nécessaires avant qu’ils ne remontent à leur niveau d’avant la pandémie. Les 200 millions de travailleurs migrants – dont la moitié sont des femmes – ainsi que les 800 millions de bénéficiaires en subiront les conséquences.

Le Népal ne fait pas exception à la règle. Il est même particulièrement vulnérable puisque les envois de fonds par les migrants représentent 28,6% de son produit intérieur brut (PIB), ce qui fait de lui le premier pays destinataire des envois de fonds en Asie du Sud (en pourcentage du PIB) et le classe au cinquième rang, à l’échelle mondiale, des pays les plus tributaires de ces transferts, après les Tonga, le Kirghizistan, le Tadjikistan et Haïti. Les fonds envoyés au Népal depuis l’étranger ont triplé au cours des dix dernières années, passant de 2,54 milliards à 8,79 milliards d’USD. La Nepal Rastra Bank, la banque centrale du Népal, estime que, comme suite à la pandémie les entrées de fonds chuteront de 14%, ce qui constituera un coup dur dans ce pays où plus de la moitié des familles ont besoin de ces transferts de fonds pour se protéger des chocs et investir dans un avenir meilleur.

En plus de la perte de revenus, la pandémie pose un autre problème. En effet, on s’attend à ce que 15 à 33% des travailleurs migrants perdent leur emploi et retournent au Népal – d’après le Gouvernement, un demi-million de migrants népalais attendent la levée des restrictions à la liberté de circulation pour embarquer à bord d'un vol qui les ramènera chez eux. Il faudra impérativement réussir à insérer ces personnes sur le marché du travail national. Certains pays du Golfe, où vivent plus d'un million de travailleurs migrants népalais, ont déjà demandé au Gouvernement de rapatrier les personnes ayant perdu leur emploi et les travailleurs bloqués.

Dans le cadre du Projet de promotion des entreprises rurales et des envois de fonds (Samriddhi), le FIDA s’efforce, avec des familles de migrants vivant en milieu rural, de mettre en place et de consolider des entreprises agricoles et non agricoles. Il facilite également l’insertion des jeunes sur le marché du travail en les aidant à acquérir les compétences techniques et professionnelles voulues, à accéder à l’apprentissage et aux services financiers, et à lancer leur entreprise. C’est pourquoi il est particulièrement bien placé pour aider le Gouvernement à gérer les migrants de retour au pays.

Par l’intermédiaire des 14 centres de ressources destinés aux migrants qui ont été créés avec les autorités locales, Samriddhi propose également un ensemble de services aux travailleurs migrants. Avant le départ, ces derniers ont ainsi accès à des informations sur les emplois disponibles dans tel ou tel pays, sur les compétences nécessaires et sur les rémunérations habituellement proposées par les employeurs, et peuvent participer à une séance d’orientation. En coordination avec le Centre des migrations et des relations internationales, l’une des principales organisations à but non lucratif spécialisées dans l’accompagnement des migrants, le projet leur offre aussi un appui juridique et répond à leurs questions relatives, par exemple, aux cas d’abus et de fraude commis par les recruteurs ou encore aux demandes d'indemnisation.

Toutefois, la COVID-19 a changé la donne. Les migrants et leur famille ont maintenant besoin d’aide pour retourner en toute sécurité dans leur pays d’origine. Ils ont également besoin de nouvelles perspectives d’emploi et de génération de revenus. Face à cette crise, Samriddhi a mené, en coopération étroite avec les autorités municipales, une enquête téléphonique auprès des migrants rentrés au Népal à partir de la semaine du 23 mars. Les questions portaient notamment sur le type d’emploi recherché, les compétences détenues et la volonté d’émigrer de nouveau lorsque la situation serait de retour à la normale, ainsi que sur l’appui nécessaire dans le pays.

L’enquête, qui a débuté à la mi-avril 2020, est encore en cours. Pour l’instant, 652 migrants de retour chez eux, répartis dans 67 municipalités de 67 districts, ont répondu. Les premières données montrent que:

  • Les pays du Golfe sont la première destination souhaitée (55%), suivis par la Malaisie (23%) et l’Inde (19%), puis par les autres pays (3%). Les migrants sont répartis dans 18 pays.
  • 46% des migrants occupaient un emploi non qualifié (ménage et lessive, ou conditionnement, chargement, transport et livraison); 17% travaillaient dans la vente et les services (boulangerie et pâtisserie, café, beauté et mise en forme, soin aux personnes, services ménagers, sécurité, confection de vêtements et restauration); 13% travaillaient dans le bâtiment (charpenterie, maçonnerie ou peinture); 8% occupaient un emploi technique (ventilation et climatisation, automobile, électricité, plomberie ou soudure); 6% étaient chauffeurs ou opérateurs d’engins; 4% travaillaient dans le secteur agricole ou l’industrie manufacturière.
  • Les migrants de retour chez eux ont acquis d’autres compétences, soit au Népal, soit dans leur pays de destination, dans le secteur agricole (pour près de la moitié d’entre eux) ou en matière de conduite, de cuisine, de réparation d’appareils électriques, de charpenterie ou de maçonnerie.  
  • Environ 77% des migrants de retour chez eux ne souhaitent pas repartir à l’étranger.
  • Sur ces derniers, 60% se sont dits prêts à envisager l’agriculture comme moyen d’existence, au Népal. Moins de 30% recherchent un emploi correspondant à leurs compétences ou nécessitant une formation supplémentaire. Les répondants ont indiqué que, pour créer leur entreprise, ils avaient besoin d’un appui en matière de formation professionnelle, d’accès aux services financiers, de technologies et d’accès au marché.

Ces premiers résultats ont servi à ajuster le plan de travail et budget annuel du projet pour le prochain exercice financier. Il est désormais prévu d’aider les migrants de retour chez eux à se lancer dans l’agriculture, ce qui pourrait contribuer à la création d’emplois et prévenir une crise alimentaire. En collaboration avec les autorités locales et provinciales, des séances de formation technique et professionnelle seront également organisées à l'intention d’environ 25 000 jeunes, en particulier des migrants rentrés au pays. Les informations issues de l’enquête serviront à créer une base de données pour chaque municipalité. Avec l’Organisation internationale pour les migrations, le Centre des migrations et des relations internationales et le Peoples Forum, Samriddhi aidera les autorités locales à élaborer des politiques et des programmes visant à réintégrer les migrants et à permettre aux microentreprises et aux petites entreprises ainsi qu’aux nouvelles entreprises d’avoir accès aux services financiers.