Des arguments désarmants en faveur d'une action immédiate contre les changements climatiques

IFAD Asset Request Portlet

Agrégateur de contenus

Des arguments désarmants en faveur d'une action immédiate contre les changements climatiques

©FIDA/Marco Salustro

©FIDA/Marco Salustro

Vendredi dernier a eu lieu la grève mondiale pour le climat et je me suis demandé comment nous en étions arrivés là.

J'avais 17 ans lorsque, au Sommet planète Terre tenu à Rio en 1992, la communauté internationale a constaté que les changements climatiques constituaient une grave menace pour la planète et pour l'humanité. Dix ans plus tard, j'ai commencé à travailler à l'ONU et, depuis lors, je travaille dans le domaine des changements climatiques. À l’époque, aussi bien en 1992 qu’en 2002, si l’on m’avait demandé où nous en serions en 2019, je n’aurais jamais imaginé le statu quo, même dans mes pires prévisions.

Dans notre domaine d’activité, nous adorons les indicateurs objectifs. Par chance, un tel indicateur, précis et concis, existe pour les changements climatiques: il s’agit du taux de CO2 dans l'atmosphère. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avant l'industrialisation, le niveau de CO2 dans l'atmosphère était stable et s’établissait à environ 280 parties par million (ppm). Pour empêcher un réchauffement climatique planétaire de plus de 2°C (seuil comportant déjà certains dangers), il faut que les niveaux atmosphériques se stabilisent en dessous de 450 ppm. Il est généralement admis que, pour garantir la "protection" de la planète (soit maintenir le réchauffement au-dessous de 1°C), le nombre de ppm devrait être inférieur à 350. Ces données irréfutables, qui sont le fruit de nombreuses recherches scientifiques en cours, ont été compilées et publiées par le GIEC, ou Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.

 

Alors, où en sommes-nous aujourd’hui? Les niveaux actuels se situent entre 410 et 415 ppm et ce nombre augmente d'environ 2 à 2,5 ppm par an. La tendance est toujours à la hausse et, au rythme actuel, nous atteindrons le seuil de 450 ppm d'ici à 2030. Nous n'aurons donc pas réussi à maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 2°C et, à ce moment-là, nous nous dirigerons probablement vers une augmentation de 4°C ou plus, ce que tous les scénarios décrivent comme une catastrophe. Même si l’ensemble des engagements pris au titre de l'Accord de Paris se concrétisaient, la température augmenterait tout de même de 3 à 3,5°C. En d’autres termes, cela ne serait pas suffisant.

Telle est la dure réalité des chiffres. Chacun de nous est malheureusement témoin des conséquences humaines et écologiques qui en découlent. Il y a 20 ou 30 ans, nous travaillions à partir de modèles. Or, toutes les prévisions se concrétisent encore plus vite que prévu. La température mondiale a déjà augmenté de plus de 1°C. Les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées sont, dans l'ordre, 2016, 2015, 2017, 2018 et 2014, et 2019 pourrait battre tous les records. La fonte des glaces se produit à un rythme beaucoup plus rapide que prévu et le niveau des mers s'est déjà élevé de 15 à 20 centimètres. L’acidification et le réchauffement des océans atteignent des niveaux préoccupants. Les populations en subissent les conséquences et on ne peut vraiment plus feindre d'ignorer le lien entre changements climatiques, famine, conflits armés et migrations. Il ne fait plus aucun doute que les changements climatiques sont une réalité et qu'ils vont s’aggraver.

C'est dans ce contexte que la jeune génération, dont le message est porté par la voix d’une jeune, qui s'appelle Greta Thunberg, exige que des mesures soient prises. Ces jeunes sont nés dans un monde dont ils savent qu’il deviendra, au cours de leur vie, inhospitalier pour une majeure partie de l'humanité. Et ils nous ont tous vus nous rencontrer, discuter, élaborer des plans d'action, proposer des échéances, faire des promesses, fixer des objectifs et, au final, ne jamais parvenir à prendre de mesures décisives. Pendant ce temps, le seul indicateur qui importe continue de croître. Il n'est donc pas surprenant que les enfants et les jeunes adultes prennent les choses en main – et c'est tout à fait bienvenu. La grève mondiale pour le climat est une bouffée d'oxygène pour le mouvement en faveur du climat. Nous devons soutenir cette action et, surtout, reconnaître que les demandes formulées par les générations futures sont pleinement légitimes et justifiées car, jusqu'à présent et malgré nos efforts, nous n'en avons pas fait assez.

L'argument moral en faveur d'une action contre les changements climatiques est irréfutable.
La bonne nouvelle, c'est qu’il existe des possibilités techniques et économiques de combattre la crise climatique. D'innombrables études, dont la plus célèbre est le rapport Stern de 2006, montrent sans ambiguïté qu’il existe des motifs économiques justifiant une intervention immédiate. La moins bonne nouvelle, c'est que la volonté politique mondiale d'agir est loin d’avoir été suffisante pour fournir la réponse nécessaire. Cela relève de la responsabilité collective. À l’heure actuelle, la crise climatique n’est toujours pas considérée comme une priorité essentielle dans le discours politique et, tant que ce ne sera pas le cas, nos moyens d'existence seront menacés. Continuons donc, à tout prix, d'agir, chacun à notre niveau (moins prendre l’avion, manger moins de viande, utiliser les transports en commun, consommer moins de produits jetables, éteindre les lumières, recycler, etc.), mais restons conscients que ces actions volontaires ne sont pas suffisantes. Pour faire face à cette crise, les règles du jeu doivent changer et nous devons exiger de nos dirigeants qu’ils amorcent ce changement et les en tenir responsables. Si nous reconnaissons que la crise climatique est une question urgente qui doit faire l’objet d’une intervention politique mondiale immédiate et si nous agissons en conséquence, des solutions pourront être apportées.

J'ai assez parlé. Greta explique cette situation beaucoup mieux que je ne le ferai jamais. Je vous invite donc une fois de plus à prendre part à la grève pour le climat en consacrant dix minutes de votre temps à regarder la vidéo dans laquelle s'exprime Greta. Vous ne le regretterez pas.